Winnicott vingt cinq ans avant

WINNICOTT : VINGT-CINQ ANS AVANT

Par JOYCE MAC DOUGALL

Psychanalyste, Paris

Quand mon collègue Philippe Porret m’a demandé si j’accepterais de parler à ce colloque sur le rôle qu’a joué Winnicott dans ma formation psychanalytique, j’ai accepté à condition que cela ne me demande pas de préparation particulière. Il était d’accord que je parle de Winnicott, tel que je l’ai connu pendant mes quelques années londoniennes.

Je n’ai pas l’intention de vous parler des théories et paradoxes de Winnicott — car vous connaissez déjà son œuvre — et sans doute aussi les excellents livres qui ont été écrits sur lui par certains analystes bien connus en France (je pense en particulier aux livres d’Heitor de Macedo, Anne Clancier et Janine Kalmanovitch).

Le chemin vers Winnicott.

Je vais donc vous parler du chemin personnel qui m’a amenée à rencontrer Winnicott. Pour commencer par le commencement, le début de ma formation psychanalytique a été celui d’une autodidacte en Nouvelle Zélande, alors que j’étais âgée de 17 ans lorsque j’ai lu Psychopathologie de la vie quotidienne » dans une édition de poche. Après cette lecture, ma décision fut prise : je ne ferais pas mes études de médecine comme le souhaitait ma famille (j’ai laissé cela à d’autres membres de la famille). Par contre, j’ai déclaré que j’allais étudier la psychologie. En fait, mon rêve était d’arriver, d’une façon ou d’une autre, à Londres pour entreprendre une psychanalyse. Je me suis demandée aussi, vaguement, si un jour je pourrais suivre une formation de psychanalyste d’enfants.

Je me suis inscrite cette année là à la Faculté d’Arts et Sciences de l’Université d’Otago où je rencontrai mon futur mari Jimmy McDougall, dans le Club de Théâtre de l’École Normale. Nous avions été tous deux choisis pour jouer une pièce destinée à une production publique (déjà je m’intéressais au théâtre, mais pas en temps qu’actrice, mon rêve étant de produire des pièces ce que je fis dans le cadre de l’Université et de l’École Normale d’Otago). Nous avions le projet ferme, mon mari et moi, mais avec des visées différentes, de quitter la Nouvelle Zélande pour l’Angleterre : moi dans l’espoir de commencer une analyse, et peut-être un jour d’entreprendre une formation, mon mari avec le souhait d’aller plus loin dans son champ à lui, l’éducation des adultes et ce qui s’appelait l' »extension universitaire ». Mais la déclaration de guerre a provisoirement mis fin à nos rêves. A la place, j’ai donné naissance à un fils et deux ans et demi plus tard à une petite fille, née le jour même de la fin de la guerre (télégramme de mon père qui suggéra que nous la prénommions « Victoria Japonica » !).

Il nous fallut attendre encore trois ans avant qu’il nous soit possible de faire notre grand voyage en Angleterre. Dès notre arrivée, j’écrivis des lettres à tous les gens dont j’avais lu les livres, et parmi eux, Anna Freud et D.W. Winnicott.

Voici ce dont je me souviens de mon entretien avec « Miss Freud » à Hampstead Gardens. Sa première question fut la suivante : « Mais comment avez-vous entendu parler de mon père ? » Interloquée, je lui répondis que j’avais lu quelques uns de ses livres (je ne fis pas mention de ma Psychopathologie de la vie quotidienne en édition de poche) et j’ajoutai qu’en plus, ayant été étudiante en psychologie, il était beaucoup question de son père et de son œuvre à l’Université. « Ici, à l’Université, on ne parle pas de mon père » me dit-elle (étonnement de ma part — comment ça ? Une étudiante Kiwi pourrait-elle être plus instruite que sa contrepartie anglaise ?).

Quand je lui dis mon intérêt pour la formation en psychothérapie d’enfants elle me demanda d’un ton un peu accusateur : « Mais avez-vous des enfants ? » (et moi de répondre… « j’ai deux petits, etc.). À la fin, elle m’expliqua la démarche à suivre en m’assurant que je serais acceptée comme élève à la Hampstead.

En accord avec mon tempérament, je choisis un analyste du « Middle Group » et commençai les séminaires au début de l’année scolaire, pour la plupart dans la bibliothèque de la maison même des Freud, quatre soirées par semaine. On était supposé ne rien faire d’autre que travailler et étudier dans cet endroit sacro-saint ! Une fois, j’aperçus la vieille Martha, la femme de Freud, qui ouvrit brusquement la porte de la bibliothèque sans doute pour prendre un livre et qui, en nous voyant, dit tout haut « Chut ! encore des psychanalystes ! » et elle claqua la porte derrière elle. Anna continua à parler comme si de rien n’était (ce qu’elle fit quelques mois plus tard après nous avoir annoncé la mort de sa mère. Je ne crois pas qu’elle était insensible à cette perte, mais elle avait une éthique qui interdisait qu’on révèle ses états d’âme).

Ayant choisi une école pour mon fils et une maternelle pour ma fille, je trouvai du travail. Je fus d’abord psychologue clinicienne au Maudsley Hospital, dans le service de pédopsychiatrie où je rencontrai des analystes autres que nos enseignants de Hampstead, et où je pus suivre leurs cours. Un kleinien (Henri Rey, français) et un jungien (Gordon Prince) m’ont particulièrement intéressée, et en même temps je profitai de l’invitation de Winnicott pour assister à ses entretiens à la Paddington Green Children’s Hospital.

La rencontre avec Winnicott fut pour moi un émerveillement. L’originalité, tant de sa personnalité que de sa pensée et de son approche thérapeutique, m’a laissée une empreinte durable.

Une vignette de son travail me revient : il s’agissait d’une jeune femme, Cockney, qui avait consulté Winnicott pour son petit garçon de 3 ans parce qu’il « ne chiait plus ».

— « Depuis combien de temps est-ce qu’il ne chie plus ? » demanda Winnicott. Tout en parlant avec la mère, il offre à l’enfant du papier et un crayon.

— « Depuis deux semaines ».

La mère enchaîne en parlant de sa fille, de son mari et de son travail de concierge. A un moment donné, Winnicott l’interrompit :

— « Madame, depuis combien de temps êtes-vous enceinte ? ».

— « Mais Docteur, je ne l’ai dit à personne encore ! Même mon mari ne le sait pas ».

Winnicott se tourna vers l’enfant : « Mais lui, il le sait » ; (à l’enfant) « tu voudrais en savoir plus sur le bébé qui est dans le ventre de ta maman ? ».

L’enfant qui crayonnait depuis le début de l’entretien de grands cercles sur le papier répond : « Ouais! ».

La semaine suivante la mère annonça à Winnicott : « Docteur, il chie, il chie ! ».

Je me souviens encore de certaines de ses notions qui m’ont le plus impressionnée telles que : « le bébé n’a pas tant besoin d’un repas qui lui convient que d’être nourri par quelqu’un qui aime le nourrir… sinon tout est…mécanique…mort ».

Je fus tout aussi ravie de voir Winnicott prendre en grippe le célèbre pédiatre néo-zélandais Truby King, bien connu pour ses centres de soins aux jeunes mères avec leur nourrisson, et son insistance à prôner que les bébés doivent être nourris à des heures régulières et privés de nourriture, s’ils demandent à d’autres heures. Et Winnicott de proclamer haut et fort que c’était une idée insensée !

Il faisait référence aussi, à cette époque, aux travaux de Mélanie Klein, surtout à son concept de position « schizo-paranoïde » et celui de « position dépressive » qu’il approuvait tout en laissant traîner un soupçon de doute quant à leur importance fondamentale.

Tout aussi frappante et inoubliable pour moi fut l’expérience de Winnicott avec de très jeunes enfants (de quatre/six mois, etc.) qui était étayée sur les observations de Freud de « l’enfant à la bobine » et l’exemple de Winnicott qu’il a illustré à partir du cas d’une enfant asthmatique et insomniaque (« Margaret ») où il décrit comment il mettait à la portée du bébé une spatule métallique et comment l’asthme disparut après deux séances avec mère et bébé : plus de spatule ! Winnicott soulignait que tout ce qui se passe dans ce genre de cas ne peut s’expliquer sans la notion de « fantasmes » chez le bébé — détachés des mots — fantasmes primaires et inconscients.

Par la suite, ses idées sur la relation entre psyché et soma m’ont intéressée au plus haut point : Winnicott insistait sur le rôle de la mère qui consiste à associer le corps et l’esprit, afin que son enfant se sente exister. Il disait, je le cite, que dès le début « une mère avec un nourrisson est engagée constamment à tisser pour son bébé des liens entre son soma et sa psyché ». Et il ajoutait que « même un bébé né avec une difformité peut devenir un enfant en bonne santé psychique, avec un self non déformé, pourvu qu’il (ou elle) ait été totalement accepté(e) en tant que tel par ses parents ».

Cette intégration dans le développement du sentiment d’identité subjective commençait, disait-il, bien avant qu’on puisse parler en termes de verbalisation ou de structure, ce qui selon Winnicott débute chez le petit enfant avec l’image de lui-même reflétée dans les yeux maternels. Ensuite, il élaborait ce concept pour expliquer que ce que le bébé capte dans le regard de sa mère est ce qu’il représente pour elle (bien plus tard, Piera Aulagnier en est venue à dire des choses semblables à partir de ses recherches avec les mères d’enfants psychotiques et sans avoir lu Winnicott ; d’ailleurs, cela l’énervait beaucoup d’entendre que Winnicott avait fait les mêmes observations).

À la suite de Winnicott, je m’intéressais aussi à ce qui pouvait advenir chez des sujets démontrant une scission entre psyché et soma. L’intégration psychosomatique peut être bloquée chez l’enfant qui se trouve obligé de se défendre par un clivage entre corps et esprit pour éviter non seulement la menace d’une rupture dans sa continuité narcissique, mais plus encore contre le danger extrême d’anéantissement en tant que sujet. Je crois que mon intérêt pour le « corps parlant » a commencé à Londres et des années plus tard, il m’a permis d’écrire dans un chapitre d’un livre récent (Eros aux mille et un visages intitulé « Du corps parlant au corps parlé ») et de reconnaître qu’il est imprégné de ce que j’ai appris en écoutant Winnicott des années auparavant. Je me permets de me citer : « Chez le nouveau-né, corps et esprit ne sont pas encore vécus comme séparés et le bébé ne fait aucune distinction entre son psychisme et son corps, et ceux de sa mère. Sa mère n’est pas encore une « autre », distincte de lui, tout en étant bien plus que cela : elle constitue un environnement total dont l’enfant n’est qu’une minuscule partie. Nous pouvons poser l’hypothèse d’un fantasme universel, pendant les premières semaines de la vie, dans l’expérience psychique de l’enfant : celui d’un corps et d’un esprit pour deux personnes… Il est normal que les mères partagent l’illusion d’une fusion totale avec leur bébé pendant les semaines qui suivent sa naissance. Mais, pour diverses raisons, quelques-unes d’entre elles prolongent volontiers ce fantasme de fusion comme si, inconsciemment, pendant de longs mois (voire même des années) elles vivaient leur enfant comme une partie intégrante d’elle-même. Ignorant les signaux des communications non-verbales de leur bébé, elles lui imposent leur interprétation de ses besoins et de ses préférences (les insomnies infantiles, une des formes les plus précoces de perturbation psychosomatique chez le nourrisson, sont souvent provoquées par cette forme de maternage. Autrement dit, le problème réside dans l’angoisse de séparation de la mère et non dans celle de l’enfant !).

Et plus loin (je me cite encore) : « l’idée d’une dissociation entre soma et psyché est parfaitement arbitraire ». Le concept de la dualité corps-esprit qui nous vient tout droit de la philosophie cartésienne peut obscurcir notre perception, fausser nos concepts théoriques et même dévier notre travail clinique. De plus, postuler comme le prétendent volontiers certains théoriciens que le corps n’a pas de « langage », est un parti pris douteux alors que probablement c’est le seul langage qui ne saurait mentir ! Tout au moins, est-il certain que le corps, comme son fonctionnement somatique, est doté d’une mémoire remarquable.

La psyché infantile est indéniablement construite sur un mode pré-langagier, malgré le fait que les premiers échanges entre la mère et son bébé ont lieu dans une atmosphère infiltrée du langage… Dès sa naissance, le tout petit baigne dans des influences environnementales organisées autour d’un système de signes et significations verbaux. Mais, en même temps, un autre langage est en train de lui être transmis. Le corps de l’enfant avec toutes ses perceptions sensorielles est en contact constant avec le corps de sa mère (sa voix, son odeur, sa peau, sa chaleur). Le bébé accueille ces communications non-verbales sous la forme d’inscriptions corporelles, bien que celles-ci soient transmises par des êtres parlants. »… « D’une certaine façon, l’expérience somatique est déjà, et pour toujours, étroitement liée au monde symbolique depuis la naissance, mais il ne s’agit pas encore de signifiants verbaux. »‘

Je ne peux pas être sûre que Winnicott aurait été totalement d’accord avec ce que j’ai écrit là, mais il est certain qu’il aurait reconnu jusqu’à quel point sa pensée m’a marquée.

À la Tavistock, où je me suis inscrite également, j’eus de brèves rencontres avec des kleiniens (ce qui était déconseillé par la Hampstead Clinic) là où circulaient des blagues telles que : l’analysant retardé par une panne de voiture qui téléphona à son analyste kleinienne pour dire « j’aurai une demie heure de retard, mais commencez quand même ».

J’ai eu la chance d’être nommée psychologue clinicienne dans un nouveau CMPP à Londres et, à ma grande joie, j’ai pu commencer à prendre des cas d’enfants en psychothérapie. Mais durant ces deux premières années londoniennes, mon mari qui n’avait pu trouver aucun travail consistant, seulement quelques heures par semaine à la BBC, « émission pour adultes » fut soudain nommé à un poste dans « l’éducation fondamentale » à l’UNESCO ! Ce qui, pour moi, était catastrophique. Il me fallait donc quitter la Hampstead Clinic, quitter mon analyste, quitter Winnicott, mon maître à penser, enlever mes enfants de leur école pour venir à Paris continuer ma formation dans une langue que je parlais à peine.

J’ai demandé audience à Miss Freud pour lui expliquer mon dilemme. Elle me dit : « Quoi ? Vous allez quitter le cours ? ». Je lui dis que cela me désolait, mais que mon mari était déjà installé à Paris, que je continuerais ma formation comme je pourrais. « Mais il n’y a pas d’enseignement de la psychanalyse d’enfants à Paris ! » dit-elle. Finalement, je lui dis : « Mais les enfants ont besoin de leur père », ce qui fut pour elle un argument de poids. « Eh bien, oui ! Il faut que vous partiez pour Paris. » Elle ajouta qu’elle me donnerait une lettre pour son amie « la Princesse Bonaparte »…

Je terminai l’année en cours et, le cœur lourd, je partis pour la France.

Je suis donc arrivée à Paris en 1953. Il n’y avait à cette époque qu’une seule Société psychanalytique. Or, la SPP était au bord de la guerre civile…, et la divergence qui n’était pas moindre que celle qui régnait dans la Société britannique à cette même période battait son plein, mais avec cette différence que les discussions au sein de ma nouvelle Société étaient d’une rare violence pour mes oreilles anglo-saxonnes. Dans des circonstances semblables, les Britanniques « posaient un acte » comme disait l’autre. On m’avait raconté que, parfois, au milieu d’une conférence, les kleiniens se mettaient debout et partaient sans mot dire pour manifester leur désaccord, et les Anna-freudiens, dans les mêmes circonstances, faisaient pareillement.

J’étais férue des idées de Winnicott, l’analyste le plus charismatique à cette époque sur la scène londonienne, et toutes oreilles pour écouter Lacan qui jouissait de la même réputation sur la scène parisienne.

Je fus tout d’abord frappée par la différence de personnalité entre Winnicott et Lacan : le tempérament de Lacan incitait aux divisions, tandis que celui de Winnicott visait plutôt la coalition (il a réussi à mettre les uns et les autres en contact avec des nouvelles théories, etc. Mais sa tentative la plus célèbre, celle d’essayer de raccommoder Anna Freud et Mélanie Klein, a bien échoué avec comme seul résultat que Winnicott fut désormais regardé avec méfiance par les deux parties !).

Mis à part la différence théorique entre Winnicott et Lacan, l’autre dissemblance la plus saisissante pour moi, résidait dans leur approche clinique :

a) D’abord la question de l’effet du temps et la durée de la séance : j’avais appris chez Winnicott que la relation analytique était à considérer comme ayant lieu dans un espace de jeu. Qui plus est, Winnicott qui définit le « jeu » comme un « continuum d’espace-temps, une forme de vie… » considérait que c’était uniquement dans cet espace analytique — cette « aire transitionnelle  » que le changement psychique pouvait avoir lieu. J’avais appris de mon ancien maître à penser que la tâche du psychanalyste était de créer une atmosphère de confiance dans la fiabilité de l’analyste et dans l’espace-temps de la séance pour que l’analysant puisse, comme il le disait, « se construire une existence personnelle » (surtout quand ce sentiment d’identité — d’existence personnelle — n’a pu se consolider pendant l’enfance). Et Winnicott mettait l’accent tout aussi bien sur l’importance dans la relation analytique de l’expression des affects transférentiels négatifs, en partie pour que l’analysant comprenne que sa destructivité ne détruit pas son objet (comme on le sait, il laissait la place aussi aux affects haineux dans le transfert de l’analyste). Je me rappelle une fois lui avoir demandé comment il supportait les attaques continuelles de certains patients borderline et psychotiques, et lui de me répondre : « n’oubliez pas que c’est fatiguant d’être un mauvais sein » !

Bref, l’analysant devait trouver dans le cadre analytique une atmosphère calme, et compter sur un espace fiable à temps fixe afin qu’il se sente détendu et prêt alors à donner libre cours, dans la mesure du possible, à toutes ses associations et à tous ses affects, transférentiels et autres. Quand je demandai à une collègue (qui m’avait confié qu’en matière de théorie elle devait tout à Lacan) de m’expliquer la raison des séances à temps variable, elle me répondit qu’une des raisons principales d’écourter la séance était d’empêcher l’analysant de se sentir détendu et confortable dans la situation analytique ! Cette perspective fut confirmée par la suite par Lacan lui-même, qui à plusieurs reprises, avança qu’il ne fallait surtout pas que l’analysant trouve une forme d’existence dans l’espace-temps des séances, ni se laisser aller à entretenir ses « états d’âme ». En effet, une visée totalement opposée à celle de Winnicott !

b) Un deuxième aspect frappant pour moi fut le fameux diktat de Lacan à savoir que « l’inconscient est structuré radicalement comme un langage » ainsi que la métaphore qui dit que « l’inconscient est le discours de l’autre ». Dans mon effort de comprendre les conférences de Lacan (que je suivis avec assiduité longtemps après la scission), je suis arrivée à me dire que, si dans le terme du discours est inclus tout ce qui a à faire avec la mère-univers de la prime enfance, son odeur, son toucher, sa voix, ainsi que sa façon de bercer, chanter, soulager son bébé, c’est-à-dire d’admettre qu’il existait des signifiants préverbaux, j’étais tout à fait prête à accepter que l’inconscient pouvait être considéré comme le « discours de l’Autre ».

c) Le troisième point qui a retenu mon attention était en rapport avec l’importance accordée par Lacan au verbe par rapport à celle donnée par Winnicott à l’environnement, plus particulièrement l’environnement maternant à l’aube de la vie et que Lacan, qui centrait toute sa théorie à cette époque sur le « dit » avait écarté, du moins me semblait-il. Quand je posais timidement des questions sur l’exclusion de l’environnement primitif, on m’avait répondu qu’aucune référence à l’environnement n’était nécessaire pour comprendre la construction du sujet. Quant à moi, je suis venue à envisager un lien entre l’objet transitionnel et le langage quand j’ai compris que l’enfant peut lâcher son objet transitionnel au fur et à mesure que les mots deviennent capables de représenter l’objet absent. Quand l’enfant dans sa solitude peut dire et penser « Maman », il commence à ne plus avoir besoin de sa peluche.

d) Les idées de Winnicott sur la créativité qui, elles aussi avaient à faire avec l’espace de jeu, me semblaient aussi en contraste avec les concepts de Lacan. Pour Winnicott, cet espace était le seul qui permettait qu’une analyse puisse avoir lieu. N’allait-il pas dire que « l’analyste qui ne sait pas jouer ferait mieux de changer de profession ? » Ces réflexions m’ont amenée à faire, plus tard, un lien entre les processus de création et la violence. Il me semble que tout ce que nous avons pu voir hier de la construction des mobiles et des sculptures de Calder témoigne de façon magistrale.

e) Une autre dissemblance m’a frappée ; Winnicott disait : « le nourrisson n’existe pas ». Lacan disait: « la femme n’existe pas ». Je constatai que pour Winnicott (chez qui on ne distingue pas bien la figure du Père) la Mère était un « tout », tandis que pour Lacan elle était un « trou » ! (À ce propos, il est à noter que la traduction désastreuse en français de good enough mother ne veut absolument pas dire « suffisamment bonne », loin de là. Good enough implique : « c’est pas très bien, mais ça peut aller, » adéquate sans plus. Et Winnicott d’ajouter que la good enough mother est quelqu’un qui « n’est pas trop persécutante pour son bébé ».)

Le souvenir me revient d’un disciple de Lacan des années cinquante (qui est devenu célèbre par la suite) à qui je demandais des éclaircissements quant à la « construction du sujet », et qui m’a répondu : « Mais voyons, si on n’est pas lacanien on est foutu dès le départ ! ». C’était le même « tout ou rien », sorte de religiosité que je ne trouvais pas chez Winnicott mais qui m’avait déjà lassée chez Anna Freud et chez Mélanie Klein et que je croyais avoir fui une fois pour toutes, en laissant derrière moi mon éducation religieuse.

C’est peut-être pour cette raison que ces lignes de Freud m’ont tenue à cœur depuis des années :
« Je ne cherche pas à susciter des convictions, je veux stimuler et ébranler des préjugés. (..) Nous n’exigeons pas, même de nos patients, qu’ils croient ou qu’ils adhèrent à la psychanalyse. Cela nous apparaît souvent suspect. Un scepticisme bienveillant est pour nous la position la plus souhaitable. »

De ce point de vue, je considère que Winnicott a été profondément, et toujours, un freudien éminent et authentique.

Noël Salathé, la piste From — éléments d’historiographie gestalt-thérapique existentielle

AVERTISSEMENT : ceci constitue le texte original que n’éditeront pas les autorités des États généraux de la gestalt-thérapie. En tête du condensé qu’ils se disposent à présenter, ils indiqueront la référence au présent document intégral. Qu’ils soient ici remerciés de leur courtoisie.

Noël Salathé — éléments d’historiographie gestalt-thérapique

Il importe de dessiner plus précisément le rôle de Noël Salathé dans le développement de la gestalt-thérapie en France. Son intimité de 20 ans avec Isadore From et sa stature de théoricien exigeant ont marqué toute une génération. Les quelques minutes imparties en lever de rideau aux États Généraux n’y pouvaient suffire. Nous convînmes alors qu’un article reprendrait ce qui n’avait pu être exposé. Chacun sait dans le milieu gestaltiste et au-delà ce que nous devons à l’inlassable et discrète passion de Noël pour la diffusion d’une gestalt-thérapie rigoureuse et toujours en recherche. La mémoire collective commune doit pouvoir situer et reconnaître exactement ce qui s’est passé et rien ne saurait se trouver omis sans dommage de ces racines qui constituent le patrimoine commun.

Cet article ne prétend pas à l’exhaustivité mais dégage et établit des faits pris à la source et soigneusement recoupés. J’ai parfois laissé courir le style direct de l’interview, trace des journées de travail consacrées à collecter les données ici livrées. On peut sentir la fraîcheur de l’ombre de la parole dialoguée qui donne par moments au texte son côté presque collage. À titre de traces de vie prenons le parti d’en jouir au passage. Par ce travail j’espère en tout cas avoir contribué à l’établissement d’éléments de l’histoire de la gestalt-thérapie qui ne sauraient souffrir le statut de tus.

Années de formation : 1974 et suivantes

Noël Salathé se forme auprès du CQG — Centre québecquois de gestalt, puis IFG — Institut de formation par le groupe, auprès d’Ernest Gaudin et Louise Loiseux. C’est en 1974 qu’il rencontre Isadore From, et que se crée entre les deux hommes une amitié et une intimité intellectuelle qui durera jusqu’à la mort de ce dernier.

Écoutons-le évoquer ses souvenirs. “J’ai connu, dit-il, Isadore chez Suzanne Saros dans son centre à Montréal où il venait une fois par an conduire un ou deux stages comportant une trentaine de personnes pendant deux trois jours. C’est ainsi qu’avec d’autres de l’IFG je me suis inscrit à un stage avec cet Isadore qui venait de New-York, logeait au Ritz à Montréal, se faisait envoyer le taxi le matin pour se rendre à sa formation, un personnage, dont on nous avait tant parlé.

Je suis le seul de cette première fournée. La formation se répartissait en deux stages dans l’année avec Isadore, et deux avec Laura Perls. Ils étaient très proches, Laura le recommandait souvent quand elle ne pouvait pas prendre quelqu’un in my group, allez d’abord voir disait-elle un bon thérapeute, Isadore From. Ensuite l’IFG a invité directement Isadore une ou deux fois à venir faire de la supervision pour le groupe des formateurs, puis à mettre sur pied son programme de deux ans, articulé en Approfondissement théorique puis Practicum à Montréal — c’est à partir de là que s’est répandue dans notre milieu l’appellation practicum (1*)}. C’est lors de cette seconde phase que Jean-Marie Delacroix est venu rejoindre ce petit groupe.”

Le groupe de supervision de New-York, auquel Noël Salathé n’a pas continué de participer se poursuivit. Ernest et Louise se rendaient tous les trimestres à New York. C’est alors que se noua une relation d’amitié personnelle continue avec Isadore, à partir de 1975. Par la suite après le retour en France de Noël (1980) Isadore descendait souvent chez lui. Il appréciait aussi beaucoup Béatrice sa femme, qu’il aurait volontiers disait-il épousée s’il n’avait été homosexuel(2*). Le trio demeura très lié(3*).

1978-79 avec le CQG première formation de psychothérapeutes et psychanalystes francophones en Europe — France et Belgique

À la demande de psychothérapeutes européens, essentiellement d’un groupe de psychanalystes français et belges, pas en mesure de faire cela aux États-unis avec des formateurs anglophones, le Centre québécois de gestaltCQG, s’est trouvé invité à intervenir en Europe. Ces psychanalystes et psychothérapeutes étaient venus demander au CQG — s’étant disjoint de l’IFG (Institut de formation par le groupe, vous vous souvenez ?) alors dissous, d’offrir des stages de formation de gestalt-thérapie en France. Ernest entreprit de monter deux groupes de formation pour l’Europe francophone. Une vingtaine de personnes en tout. En Bretagne à Lorient. Aussi en Belgique dans un centre VVF. 25-30 jours par an à peu près, sur deux ans. Puis un deuxième groupe, à la fin de la première année du groupe initial. Nous sommes en 1979, Ernest demande à Noël de participer à la formation dans ce deuxième groupe.

1980-84 : Noël Salathé assure le Secrétariat du programme de formation français du CIG

1980 — “Ça nous conduit en 79-80. Je rentre en France fin 80 à Mougins dans la maison familiale. Louise ne voulait plus traverser l’Atlantique pour organiser des formations. Ernest m’a demandé d’assurer le secrétariat du programme. La tête de pont France-Belgique avait donné naissance à une antenne. J’ai organisé les formations du CQG rebaptisé Centre international de Gestalt — CIG (l’organisme de Delisle en porte actuellement le titre homonyme). Ça commençait à prendre de l’extension, il y avait de la demande pour des stages ponctuels en France, auxquels j’ai participé, qui se tinrent à Lorient puis en d’autres lieux. »

La formation CIG débuta en 1983. Le travail s’est trouvé réparti entre Ernest, qui avait tenu à intervenir cette fois en premier alors que Noël le faisait d’habitude, puis Noël (théorie du Self N°1) puis André Jaques (Self N°2(4*)) , puis Jean-Yves Roy, un psychiatre pour lequel Noël marque une grande considération, puis Ernest pour finir.

1983 — Philosophie clinique

C’est toujours en 1983, en mars, au premier congrès de la SFG — Société française de gestalt, à Paris en présence de Furlaud, Robine, Ginger, Anne Ancelin, Ambrosi, Delacroix qu’il prononce « La Gestalt, une philosophie clinique. » Il y soutient qu’à l’instar de la psychologie clinique, dans le droit fil du mouvement humaniste américain il conviendrait de parler en termes de philosophie clinique. Ce qui le conduit à désigner la gestalt-thérapie comme l’antenne clinique de l’existentialisme en ces termes :

— « Sartre disait que « la première démarche de l’existentialisme est de mettre tout homme en possession de ce qu’il est et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de son existence« . Ajoutant : « Sur la façon de s’y prendre concrètement, la Gestalt(5*) peut être considérée comme une antenne thérapeutique de l’existentialisme. »

Cette avancée nous conduit à examiner certains des termes de ce qui sera appelé à faire débat. L’existentiel sartrien renvoie à l’homme responsable en situation face aux difficiles chemins de la liberté, elle nous confronte à l’inéluctabilité du choix. La phénoménologie désigne pour sa part une réalité plus large, elle dit le surgissement angoissant de l’instant de ma rencontre avec le présent du monde où je suis jeté, inaugurant une problématique co-présence dans laquelle le vécu représente l’indice de mon être au monde dans l’instant. La phénoménologie dit la manière dont je vis ma réalité et la subjectivise. C’est une deuxième chose. Elle s’attache à comprendre mon éprouvé et considère qu’il n’y a de souffrance et de pathologie qu’à la première personne du singulier. Laquelle pathologie Noël Salathé dérive systématiquement du Cycle de l’expérience, inventoriant ses points de blocage.

Pour lui la phénoménologie représente essentiellement une méthode d’investigation. Elle permet de repérer ce qui se passe si l’on essaye pour voir. Elle procède par mise en situation : tenter l’expérience de faire un peu différemment que d’habitude. Dans le moment de la relation actuelle avec le psychothérapeute, sous tension relationnelle. Rendant possible une comparaison de la qualité des vécus à partir de la nouveauté introduite, exprimée en dialogue, engageant la dynamique d’un processus. On pourrait qualifier de phénoménologie clinique la méthode expérientielle(6*).

Il s’agit de passer d’une philosophie de la perception à une clinique phénoménologique tout en se tenant dans le fil d’une pratique, théorie et méthodologie gestalt-thérapiques. Est-il encore ajusté de parler en termes d’étant (ce que je suis en train de devenir, étant devenant faudrait-il dire à la Dolto) et de thérapie phénoménologique ? Noël Salathé manifeste le souci qu’on ne recouvre pas d’un manteau terminologique proprement philosophique, limite hermétique, le corps de la gestalt-thérapie. Il interroge et l’on aimerait ouvrir après lui le débat, les trois questions fondatrices de la démarche psychothérapique de Perls, ce que vous sentez, voulez, faites, que gagne-t-on à les rebaptiser ?

Tout cela le ramène à une gestalt-thérapie sartrienne, fortement teintée de Camus, incluant les contraintes existentielles de Yalom, angoisse face à la mort, au déterminisme couplé à la liberté, à l’absurde, à la finitude, à quoi il ajoute l’imperfection. Comme il n’est pas question d’exprimer ce positionnement en termes de courant(7*), on se contentera d’y voir l’ombre d’un exemple de méthode intégrative subreptice.

1985 — La gestalt-thérapie au CIFP

En créant, Noël, Christian Chazette et moi-même en 1982 le CIFP , nous eûmes immédiatement le souci d’y donner toute sa place à la gestalt-thérapie, dans le cadre d’un carré (apparemment j’affectionne les carrés) quadridisciplinaire, à rang égal aux côtés de la psychanalyse, de l’analyse bioénergétique et du groupe psychothérapique. La philosophie, cinquième élément, vint plus tard.

Paradoxalement, avec le Noël puriste que nous connaissons, le CIFP(8*) adopta d’emblée le positionnement multiréférentiel que nous souhaitions pour l’école. Ce terme venu plus tard relève de la pensée de Jacques Ardoino, de qui nous avons tenu d’abord celui d’interdisciplinaire, tous concepts qu’il développa en Sciences de l’Éducation à Paris 8. On retrouve en partie ce paradoxe de la multiréférentialité à ARTEX (voir infra ici même). Paradoxe qui se soutient du fait que comme disait Montaigne quand je danse je danse, quand je gestaltise je gestaltise(9*), et uniquement cela. Pas question de pratiquer ni l’éclectisme, qui consisterait à introjecter des concepts venus d’ailleurs, ni l’intégrativisme qui mixerait plusieurs domaines conceptuels et pratiques(10*). Par contre rien n’interdit la posture comparatiste, consistant à considérer le contexte, à examiner dans le paradigme de la psychanalyse, du psychocorporel, du groupal ou de la philosophie comment les choses se passent, la responsabilité du théoricien gestaltiste consistant à retourner à son champ de référence propre pour formuler les choses rigoureusement dans ses termes, et j’entends encore Noël grommeler puis lancer une phrase de Goodman pour recentrer le débat.

C’est de ce point de vue que l’on peut aborder la question de l’articulation de la psychothérapie existentielle de Yalom avec la gestalt-thérapie. Noël Salathé soutient que cette dernière représente en soi une psychothérapie existentielle. Il remarque que toute la psychologie humaniste américaine se déclare humanistic existential. Il rappelle que Laura Perls voulait appeler la nouvelle discipline psychothérapie existentielle. Selon ces termes par conséquent si Yalom n’est pas gestaltiste(11*), la gestalt-thérapie, elle, est existentielle. Cela permet de poser différemment la question du courant, en incluant la gestalt-thérapie au sein de l’existentialisme.

1983 — Noël Salathé introduit l’étude de Goodman en France

C’est encore en 1983 qu’à l’EPG — École parisienne de gestalt, Noël Salathé lance l’étude de Goodman, qui ne cessera plus désormais en France d’inspirer les gestalt-thérapeutes.

1980-91 — Noël Salathé introduit les contraintes existentielles

Au moment où il quittait Montréal (1980), on parlait des contraintes(12*) à l’IFG (Institut de formation par le groupe, vous aviez déjà oublié), en particulier de la responsabilité. Il devait diriger un séminaire sur les contraintes existentielles à Montréal et finalement ne l’a pas fait. Comme il partait, Ernest lui dit pour ton stage en France, puisque tu veux parler des contraintes existentielles, il lui donne le bouquin de Yalom(13*), lis ça, ça t’intéressera.

1984 — Naissance au CIFP du projet de formation sur les contraintes existentielles en France

À partir d’une première maquette sur les contraintes existentielles créée puis expérimentée par Claude Haza dans des formations hospitalières auprès de personnels infirmiers psychiatriques, d’abord à l’hôpital de Saint-Quentin puis en plusieurs autres hôpitaux(14*), intégrée au socle des fondements Goodman, le cadre naissant du CIFP se trouva le lieu idéal pour mettre en place une formation complète reprenant l’ensemble des conceptions et recherches de Noël. Ainsi, de 1985 à 1996 naquit un programme de formation complet avec la psychopathologie intégrée à partir de l’angoisse existentielle : “— Toute une construction autour de l’angoisse existentielle, un stage sur les rêves, un sur les résistances, etc. tout y était, l’ensemble de la pathologie existentielle selon Yalom, avec son traitement(15*).”

a) 1970-1986 — Isadore From en tournée régulière en Europe

Isadore venait en Europe tous les ans, séjournant dans une propriété en Dordogne (où Hunt Cole vit actuellement), à partir des années 70. Il était très demandé, jouissant d’une réputation considérable, en Allemagne (Berlin et Düsseldorf) et en Italie, où toujours Margarita Spagnolo Lobb et son ami lui organisaient son circuit. À Berlin un psychiatre lui organisait ses stages, à Düsseldorf, Joana et Bertram Müller, lequel était directeur animateur d’une Maison des arts, tous deux psychothérapeutes, lui s’occupant beaucoup de danse. Très proches d’Isadore ayant beaucoup travaillé avec lui ils lui organisaient ses groupes. Ils avaient réuni six ou sept psychothérapeutes avec lesquels ils travaillaient, et faisaient de la supervision avec lui quand Isadore venait.

b) 1981-86 : constitution d’un groupe européen de formation avancée conduit par Isadore

Noël raconte : “— Quand je suis arrivé en France, il s’est trouvé que j’ai invité je ne sais comment le trio. Un jour voilà qu’arrivent Bertram et Joana avec Isadore à Mougins pour passer quelques jours, on est en 1981. Bertram me dit parlons : il s’agissait de réunir autour d’Isadore pour le lui offrir en quelque sorte, un groupe avancé du même type que celui de New-York pour procéder à l’épluchage du Goodman et au travail de ces fameux Practicum. Furent planifiés trois stages réguliers par an avec un groupe trié sur le volet(16*) de praticiens européens. Isadore accepte. Le groupe comprenait Joana, Bertram, Noël Salathé, deux psychothérapeutes dont un psychiatre de Düsseldorf, un thérapeute Healer (catégorie adlérienne) de Cologne, un de Milan, et un autre de Berlin. »

La formation démarra en 1981 et se poursuivit sur quatre ans. Première année Düsseldorf 1981, 1982 Mougins, 1983 Paris, 1984 Düsseldorf, 1985-6 Milan(17*). Puis Robine a demandé à participer au groupe, Noël a appuyé sa candidature, mais retenu dans le Maine il n’a pu se rendre lui-même à Milan. Par la suite il est encore parti une ou deux fois travailler avec Isadore à New-York quelques jours.

À New-York où il était présent en 1985 pour l’anniversaire des 65 ans d’Isadore. À cette date le groupe From s’arrêtait, Isadore ayant décidé de prendre sa retraite, de cesser les circuits, de voyager pour son plaisir. Il y eut encore un ou deux stages après Milan. Puis une fois aux environs de Bordeaux. Entre temps il passait par Villars chez Noël et Marie-Noëlle(18*) quand il venait en Europe rendre visite à ses grands amis de Zurich et Berlin. En route pour l’Allemagne il faisait étape en Dordogne, puis en Suisse quelques jours à Villars avec Hunt Cole et son ami de Zurich. Relation amicale familiale. Les dernières visites sous le signe de l’amitié avaient évacué le professionnel. À l’exception de l’ultime rebond qu’on trouve ci-dessous en c).

[1989 — constitution d’ARTEX, voir ci-infra]

c) 1990-94 — Isadore forme Marie-Noëlle Salathé

Joana propose à Marie-Noëlle à la cuisine :
“— Tu devrais travailler avec Isadore pendant qu’il est encore temps. — je ne parle pas l’anglais et il est à la retraite, comment cela se pourrait-il ?
—Demande-le lui quand même.”

Elle envoie une lettre à New-York, deux lignes en anglais le reste en français. Il répond d’accord je t’attends. Marie-Noëlle ira à partir de 1990 chaque année travailler avec lui cinq jours par an à domicile jusqu’à sa mort. Comme il venait à Villars tous les ans, elle le rencontrait en fait deux fois par an(19*). “Je t’attends“, ces derniers mots au téléphone résonnent encore à l’oreille de Marie-Noëlle, qui conduisirent les Salathé dans le jardin new-yorkais où furent dispersées ses cendres, c’était en 1994.

”Nous lui prêtions se souvient-elle l’appartement du boulevard Jourdan. Moi j’allais en plus le voir à Paris. Après nos séances de travail il m’invitait à dîner au parc Montsouris, payait en me disant c’est avec ton argent !”

d) 1994 — mort d’Isadore From

La célébration funéraire fut retardée d’une semaine pour donner le temps à Noël de s’y rendre. Il l’a fait avec Marie-Noëlle et Alexandre âgé alors de 8 ans, auquel Isadore portait une affection particulière.

Lorsque Isadore dit « Je n’ai rien écrit mais j’ai eu quelques bons élèves qui laissent une trace de ma pensée et de mon enseignement  » on peut rappeler que Noël Salathé figure dans cette affaire de famille à titre d’héritier majeur du petit dernier des 7 samouraïs fondateurs.

1984 — Exploration existentielle de la relation de couple, anatomie du lien, bilan et perspectives

Noël engagea avec Marie-Noëlle Salathé-Granès sa femme un travail d’équipe psychothérapique, à partir d’une maquette élaborée sur le terrain antérieurement. Il s’agit d’une clinique du couple fondée sur une analyse existentielle du lien dans un dialogue non plus à trois mais à quatre. Chacun des membres du couple consultant, après considération d’un bilan systématique, se voit accompagné jusqu’à sa décision à l’issue d’une semaine intensive de travail, de poursuivre ou non son engagement de couple, avec toutes les conséquences que cela implique. Si je m’engage qu’est-ce que je vais modifier et construire, sur quelles nouvelles bases je vais contribuer à relancer le couple. Si je romps comment je prendrai la responsabilité de conduire la séparation dans le respect de l’histoire commune, de l’autre et de mes valeurs.

Cette méthodologie, portant sur le dégagement des attentes, besoins, désirs, s’appuyant à travers un dialogue confrontatif sur une exploration sans concessions de la nature et des caractéristiques du lien, par le moyen d’échange dialogal de ce qui surgit dans l’espace relationnel à quatre voix, permet de dégager sans délai dans le cadre d’une session d’une semaine une orientation conclusive sur l’avenir du couple. Ce modèle fit ses preuves. Omettre de le mentionner au motif qu’il ne donna pas matière à transmission at large laisserait injustement dans l’ombre un pan d’activité qui se déploie sur une trentaine d’années et qui s’exerce encore.

1989 — parallèlement, constitution d’ARTEX(20*) et poursuite de sa recherche

Pendant ce temps, s’institue l’ Atelier de recherche en thérapie existentielle, ouvrant une dernière période. Depuis 1980 Noël avait rassemblé autour de lui un groupe de supervision qui finit par se fidéliser et tourna à une relation à la parole du Maître pour dire comme Lacan, mais aussi de parole fraternelle pour dire comme Rogers, et de transmission et approfondissement du cœur de la théorie gestaltiste centrée sur Goodman pour se tenir dans la dynamique de l’apport de From.

De fidèles ils devinrent un groupe d’égaux, conservant un affectueux égard pour le savoir et l’expérience de leur pilier qu’ils n’appelèrent jamais Nono la science mais quand même. Ils finirent par se muer en groupe d’études. Et changèrent définitivement de peau en devenant en 1985 nous venons de le voir Atelier de recherche en gestalt-thérapie existentielle, sous le nom d’ARTEX(21*), intégrant la dimension existentielle référencée à Yalom et Frankl(22*). Cela sous le signe d’une amitié mutuelle et d’une solidarité sans faille, où plaisanterie sérieux et confirmation mutuelle s’équilibrent et se renforcent, alimentant le plaisir toujours renouvelé de se retrouver pour travailler, on pourrait dire avec Misrahi dans la joie et qui sait avec quelque bonheur.

Une des lois fondatrices du groupe fut de s’imposer l’absence de contrainte de production écrite. Ce qui n’empêcha pas de stimuler une collatérale production externe, dont la revue Gestalt profita largement. Cette production reste en deçà du travail accompli dans le cadre des deux rencontres annuelles du groupe à Paris. Sans compter que nombre de ses membres exercent ou exercèrent des responsabilités institutionnelles importantes dans le milieu gestalt-thérapiste et au-delà. Dans le cadre d’ARTEX Noël Salathé transmit comme jamais un esprit de rigueur et d’ouverture au bénéfice de tous dans un constant dialogue théorico-clinique. D’où la multiréférentialité, paradoxalement associée au souci puristique n’était jamais exclue.

Au catalogue, une série de thèmes parmi lesquels le cycle de l’expérience, les émotions, la perversion, Nietzsche, la régression, la philosophie clinique et le bonheur (sessions spéciale chez Noël Salathé)(23*).

Noël voyant sa santé décliner se retira en 2005. ARTEX tourne actuellement comme groupe sans leader désigné, poursuivant heureusement son travail dans la même ambiance avec une efficacité tranquille qui ne démérite pas.

1992-95 — Psychothérapie existentielle, une perspective gestaltiste(24*)}

Claude Haza contribua techniquement et moralement (amical harcèlement psychique) à la mise en place de l’édition de l’ouvrage, à partir de manuscrits et polycopiés(25*) échelonnés sur la décennie 80. Ce Document à l’usage des étudiants et des cliniciens situe la gestalt-thérapie dans le cadre de la psychothérapie existentielle. Écrit dans une langue dense et claire, il donne à comprendre et réfléchir. Il comporte trois parties intégrant théorie du Self, contraintes existentielles et une contribution originale à une psychopathologie gestaltiste. Diffusion restreinte, probablement en proportion inverse de son importance.


CHRONOLOGIE

Années 70 — Isadore From en tournée régulière en Europe

1972-74 — CQG puis IFG. NS se forme à l’IFG

1974-94 — 20 ans d’amitié avec Isadore

1978-79 — NS avec le CQG première formation gestaltiste de psychothérapeutes et psychanalystes francophones en Europe —France et Belgique

1980-84 — NS assure le Secrétariat du programme de formation français du CIG

1980-1991 — Groupe de supervision NS

1983 — NS au premier congrès SFG : « pour une philosophie clinique »

Décembre 83 — Introduction à l’EPG de l’étude de Goodman

1980-91 — Introduction par NS des contraintes existentielles

1982-91 — le CIFP, promoteur avec NS du premier programme de psychothérapie existentielle gestalt

1981-85 — Constitution d’un groupe de formation avancé européen conduit par Isadore auquel appartient NS (10)

1985 — Isadore prend sa retraite. Maintien du lien IF-NS-MNS.

1985- — Le groupe de supervision NS devient ARTEX

1990-94 — Isadore forme Marie-Noëlle Salathé

1992 — Parution de Psychothérapie existentielle, une perspective gestaltiste

1994 — Les Salathé aux funérailles d’Isadore.

2005 – Retrait d’Artex.

11 juin 2013 – Mort de Noël Salathé.

19 octobre 2013 – Colloque Noël Salathé.


QUELS PROGRÈS SONT INTERVENUS DEPUIS L’ŒUVRE PRINCEPS DE PHG ?

Aux yeux de Noël Salathé les trois directions de la recherche en gestalt-thérapie sont :

— la relation d’objet : à chaque nouveauté proposée se pose la question : qu’est-ce que ça apporte de plus qu’il n’y ait pas déjà dans le corpus originel, ou que ce dernier ne suffise pas pour résoudre les problèmes cliniques qui se posent.

— la phénoménologie et l’existentialisme. On a vu au début de cet article comment Noël Salathé se situe par rapport à cela.

— la psychopathologie. Dans ce dernier domaine la psychopathologie de Noël Salathé représente une avancée. Lorsqu’il a présenté son travail sur l’hystérie à Isadore ce dernier s’est montré intéressé et l’a encouragé à poursuivre sa recherche dans ce sens.


21 juin 2008 –

 

  • 1 Pour {travaux d’applications, ou travaux pratiques cliniques, on n’en sort pas de cet exotisme colonial consistant à trouver plus chic le mot de l’autre s’il est anglo-saxon.
  • 2 Et si d’aventure elle n’avait déjà épousé Noël. Ah, ces façons de dire !
  • 3 Clin d’œil aux freudiens s’ils choisissent de l’entendre depuis l’oreille standard.
  • 4 André Jaques, auteur de l’excellent Le Soi, fond et figures de la gestalt-thérapie , L’Exprimerie, disait alors le Soi, et il avait raison, l’anglomanie due à l’influence de l’Empire états-unien l’emporta. Il apparut à nos importateurs qu’un terme exotique lèverait toute ambiguïté. Locuteur francophone je préfère être titulaire d’un Soi que d’un Self, j’appréhende ainsi mieux mon monde. C’est comme au quotidien quand je commence à discerner, me rends compte de quelque chose et y vois enfin clair, c’est plus plaisant et familier que de me raconter que je suis euouaire. Ce charabia fait secte et ne fait honneur ni à nos intellectuels ni à notre culture. Il est incorrect en théorie de la traduction de s’en tenir à une traduction univoque pour des expressions courantes dans une langue vers l’autre. La folie de la néo-traduction française de Freud, un monument d’ineptie prétentieuse, devrait là-dessus nous servir de leçon.
  • 5 J’adopte la graphie utilisée dans le texte original.
  • 6 Pendant subjectiviste de la méthode expérimentale, dépendant d’un autre continent épistémologique, objectiviste dans son fondement. Sciences physiques et sciences humaines diffèrent, fort heureusement — ce que le scientisme et récemment la scientistique, ignorent par idéologisme.
  • 7 La dénégation, concept freudien, peut-on le voit fonctionner hors contexte
  • 8 Centre interdisciplinaire de formation à la psychothérapie. On ne disait pas encore relationnelle, La psychothérapie c’était la seule, la nôtre. Voir des articles sur cette question en particulier sur le site cifpr.fr. Il s’agit de la première école de ce type en France, quatre angles, quatre pierres angulaires, un édifice dédié à la complexité dans la rigueur. Et aussi à l’amitié.
  • 9 Précisons gestalt-thérapie parce que toute une population de non thérapeutes se réclament de la gestalt tout court. Trop de gens emploient le terme de gestalt comme psychocorporel, émotionnel, désignant des appartenances variées, le terme recouvre trop de choses. Pas question martelle Noël Salathé de gestalt-bio. From « jamais je ne dis gestalt mais toujours gestalt-thérapie ». Les choses ne sont pas si simples quand on sait que Perls fut analysé par Reich, mais c’est une autre histoire. La question du non mélange reste une préoccupation constante chez lui.À part cela j’ai pris le parti de franciser le terme et d’en finir avec les majuscules d’importation. L’inconvénient c’est que les non informés prononcent spontanément jeustalt, ce qui écorche les oreilles. La prononciation fautive se maintient avec la majuscule germanique, insuffisamment de nos compatriotes connaissant cette langue. Si l’on se réfère à l’anglais ça ne change hélas rien. Je penche pour maintenir dorénavant la graphie gestalt-thérapie — peut-être en prévenant initialement qu’il convient de prononcer guestalt, depuis gestalten (sans majuscule…), donner forme.
  • 10 À moins qu’il soit prouvé que c’est indispensable.
  • 11 La tentative de récupération lors de la présentation des récentes traductions de Yalom en France l’an dernier fut de ce point de vue exemplaire. Ce dernier au demeurant peu soucieux de se faire intégrer à qui ou quoi que ce soit réussit à rester seulement lui-même, ce qui avait l’air de lui suffire. Aucune allusion parmi les gestaltistes organisateurs de la réunion à Noël Salathé. C’est à ce type d’occultation que le présent article aimerait remédier.
  • 12 Yalom parle de données, tout un débat se poursuit sur la manière de dire, donc de penser, ce concept. Au moment de l’écriture de cet article c’est bien la terminologie contraintes en tout cas qu’employait Noël Salathé. L’autre question, savoir si articuler l’existentialisme yalomien au corpus théorique de la GT ne constituait pas une démarche intégrative, piquante pour un puriste, n’a pas été à l’époque posée. Noël Salathé pensait plutôt en termes de complémentarité naturelle, le débat reste ouvert. Note de mai 2012
  • 13 Existential Psychotherapy. Psychothérapie existentielle, traduction Laurence Richard, Galaad, 2008, 750 p.-
  • 14 Puis en collaboration restreinte à un module gestalt-thérapie dans le cadre d’un programme IFEPP destiné à des infirmiers psychiatriques de l’hôpital de Rouffach — Institut de formation et d’études psychosociologiques et pédagogiques, conduit par Paul Molliex en 1991-93. Il s’agit de la première formation européenne de psychothérapeutes sur les contraintes existentielles. Elle comportait un module de six jours. Ce module s’inscrivit dans une formation à la gestalt-thérapie existentielle s’étalant sur 42 jours, sous l’appellation institutionnelle locale d’École rouffachoise de gestalt.
  • 15 Ce programme figure dans le Mémoire de Marie-Noëlle Salathé et bien entendu dans les archives du CIFP.
  • 16 Isadore était très exigeant sur la sélection.
  • 17 Un ou deux ans, l’information reste incertaine. Probablement deux ans.
  • 18 Salathé-Granès, son épouse.
  • 19 Ce qui représente dix jours par an soit 45 jours en tout. Note de PHG.
  • 20 Il s’agit, dans l’ordre des places occupées en cercle, de Claude Haza, Phillippe Hardy, Élisabeth Drault, Paul Molliex, Noël Salathé, Jacques Péaron, Françoise Rossignol, Marie-Noëlle Salathé-Granès, Marie Boutrolle, Philippe Grauer. Deux de ces dix, les deux Philippe, n’appartenaient pas au groupe d’études initial. Chantal Savatier-Masquelier s’est retirée en 2005.
  • 21 Atelier de recherche en thérapie existentielle : on y cherche en vain le vocable gestalt. C’est le moment de l’enthousiasme yalomiste, les gestalt-thérapeutes du groupe n’ont sur leur identité gestaltiste aucun doute, et prononcent existentielle gestaltiste.
  • 22 Intégrant par la même occasion dans leurs rangs Philippe Grauer, qui co-fondait à ce même moment le CIFP avec Noël, toujours fier d’en être le Doyen honoraire.
  • 23 D’importantes minutes de plusieurs de ses séances de trois jours existent, actuellement confidentielles.
  • 24 SALATHE Noël K., {Psychothérapie existentielle, une perspective gestaltiste, document à l’usage des étudiants et des cliniciens, Genève, Amers, 1995, 173 p.- On peut s’en procurer une récente réédition auprès du Cifpr)
  • 25 SALATHE Noël K., Précis de gestalt-thérapie, Genève, Amers, épuisé.

Nouveau projet de décret dans les tuyaux de la cneser

Ce nouvel état du projet appelle quelques premiers commentaires. Nous les fournirons dans les heures qui suivent. Ne pas oublier qu’il continue de ne s’agir que d’un projet.

PHG

Régression, décharge émotionnelle, catharsis

PHILIPPE GRAUER

RÉGRESSION, DÉCHARGE ÉMOTIONNELLE, CATHARSIS

Quelques éléments de réflexion


APERÇU THÉORIQUE

Le cadre dont je présente ici l’esquisse m’a manqué jusqu’à ce que j’y parvienne. Je naviguais jusque-là relativement aux théories sur la vie émotionnelle dans des représentations toujours à mes yeux insuffisantes, arbitraires, peu cohérentes, ce qui me faisait personnellement souffrir. La pensée de Robert Plutchik me procure la philosophie clinique dont j’avais besoin. Intellectuellement je préfère œuvrer dans le champ émotionnel dans le confort de ce que je considère comme une bonne théorie, dont Lewin disait qu’il n’est rien de plus utile. J’aimerais témoigner de l’intérêt pour moi de celle dont je vous exposerai ici seulement quelques éléments, par rapport auxquels la seconde partie de cet article prend tout son sens. En fait je greffe sur le support de l’élégante théorie de Plutchik mes propres propositions théorico-cliniques, inspirées d’un énergétisme enraciné dans Freud, Reich et les émotionalistes, autant dire à des sources capitales de la Gestalt-Thérapie sans compter la référence au substrat gestaltiste lui-même, naturellement.

La théorie unifiée des émotions à laquelle je me réfère, fondée en grande partie sur les écrits de Plutchik, décrit celles-ci en termes de schémas adaptatifs basaux, sortes de fonctions cardinales du vivant, lesquelles s’organisent elles-mêmes selon un système de quatre paires de fonctions de base. Cette théorie néo darwinienne situe la fonction émotionnelle immédiatement au-dessus de l’ADN dans l’échelle des propriétés du vivant.
Quelles sont donc ces fonctions sans lesquelles aucun organisme vivant ne peut le rester ? dans un ordre circomplexe, je nommerai la fonction de sécurité (commençons par elle puisque les temps qui courent l’ont mise très à la mode) ou agonistique, la locomotive, terme que j’ai détourné de la terminologie lewinienne ; la nutritive (y intégrer la nutrition gazeuse, relative à la respiration), chère à Perls ; enfin celle qui s’occupe de triompher du temps et nous relie à la fois à nos congénères et à l’espèce, que j’appellerai la fonction de socialité.

Chacun de ces axes fonctionnels s’organisant selon deux polarités, respectivement :

sécurité : se protéger / détruire

nutrition : incorporer / rejeter, éliminer, évacuer

locomotion : explorer / marquer un temps d’arrêt pour s’orienter

socialité : être relié — se reproduire / rester seul, subir la perte.

Singulièrement, j’ai remarqué que ces verbes désignant des actions adaptatives de base peuvent se ramener à des adverbes, ce qui m’a conduit à définir une sorte de modalité existentielle primaire organisée de façon cardinale. Par le biais de laquelle on débouche inopinément sur une phénoménologie du vivant. Cette adverbialisation conduit aux paires suivantes :

• contre / hors de (portée de)

• dedans / dehors

• vers / stop

• avec / sans.

Et les émotions ? Il suffit de décliner ces embryons de tableau, applicable je le rappelle à tout ce qui vit, en termes de subjectivité humaine, pour tomber sur des termes connus. Si l’on commence par le basique, les couples suivants, transférant dans le langage commun les concepts précédents se déclinent ainsi :

• colère — peur

• acceptation — rejet

• curiosité — surprise (temps d’arrêt face à un événement inattendu)

• joie — peine.

À partir de quoi Plutchik construit, en la disposant sur un disque, une architecture complexe. Il ne s’agit en aucun cas d’une nouvelle liste arbitraire des émotions, qui en vaudrait des tas d’autres, se valant toutes, mais d’un ordre issu de nuages statistiques, dégagé au cours d’une démarche de recherche rigoureuse.

Ces différents items peuvent varier en degrés d’intensité, et se mélanger à la façon des couleurs (ou senteurs, la roue des arômes serait probablement plus difficile à manier. Par contre il existe une théorie des couleurs, lesquelles se mesurent très facilement, en longueurs d’onde), se hiérarchiser en niveaux, etc.

Employant une terminologie lewinienne qui nous rappelle qu’il s’agit de concepts inférés dont la désignation occulte la complexité de la réalité, considérons ces briques de base comme des constructions conceptuelles (Constructs) et attribuons leur la dénomination d’émotions, en n’oubliant pas que nous ne les désignons de la sorte d’après leur dimension subjective anthropomorphe, que par une convention qui ne les réduise surtout pas à ce seul niveau. Souvenons-nous qu’il s’agit de configurations prototypiques de base, construites autour de fonctions vitales, et non du seul ressentir. Nous avons affaire à un système psychophysiologique universel d’évaluation des qualités sensibles du réel, en vue de mobilisation immédiate de l’organisme en fonction de ses intérêts vitaux, organisé selon les quatre axes polaires décrits plus haut.
Nous nous intéresserons dans les limites de cet article plus particulièrement à leur relation avec la décharge émotionnelle, laquelle apparaît cliniquement rapportée au concept de régression.

Pour rejoindre la question de la décharge, l’émotion consiste, succédant sans délai à l’appréciation des qualités sensibles du contexte, tout d’abord en une préparation immédiate — l’émotion est par excellence affaire d’ici et maintenant — à l’action (ça n’est pas le lendemain qu’il faudrait que je me rende compte qu’Untel m’énerve, ou que la voiture en face me fait peur, si je veux lui adresser ici et maintenant une réponse ajustée), mobilisant l’organisme à cette fin. Ici nous abordons la dimension qu’en termes freudiens on appelle économique, que l’on retrouve en GT par le biais de Reich en particulier. Ainsi un réseau multiréférentiel souterrain irriguerait-il des disciplines agonistiques en surface ? Je me fais un plaisir de signaler au passage la présence probable d’un ver multiréférentialiste dans le fruit.

On appelle communément décharge, économiquement parlant, ce passage rapide du psychique au physique, la mise en mouvement qui s’ensuit, avec les paradoxes contre-productifs qui ont beaucoup fait disserter, comme celui par exemple de la peur paralysante, dont parle Sartre. Appelons cette décharge, ce passage à l’action [activation ?], Décharge-1.

Mais le processus émotionnel ne s’arrête pas là. Il existe un second type de décharge, appelé précisément décharge émotionnelle, mécanisme par lequel le sujet humain se déleste de ses tensions préparatrices, et qui répondent au schéma reichien tension charge — décharge détente. Remarquons au passage que ce schéma présente d’autant plus d’intérêt pour la Gestalt-Thérapie qu’il se trouve à l’origine du cycle de l’expérience. Ce délestage n’est nullement mécanique, mais comme le dirait Max Pagès, expressif, c’est-à-dire qu’il se produit dans un espace relationnel (« tu te rends compte de ce qui m’arrive ! »). C’est celui qu’après Aristote on appelle catharsis, purge émotionnelle (on disait purge des passions à l’époque où on appelait ainsi les émotions ; la terminologie s’est diversifiée au cours du XIXème siècle) . Disons décharge-2.

Quelques mots sur le concept de catharsis. On la connaît nous venons de l’évoquer, par Aristote, qui en fournit une version soft, médico-psychologique.
La version d’origine est plus sulfureuse : culte dyonisiaque, transe, états modifiés de conscience, pour ne pas dire état psychotique temporaire provoqué, à l’occasion d’ingestion de produits sous contrôle (apparemment, au départ, du vin, répandu en Méditerranée à partir de la Crète), comme cela se pratique dans les cultures africaines, sud américaines et autres. La mise en relation avec les forces de l’invisible que convoquent ces cultes orgiaques — dont nous restent les bacchanales — recèle un triple principe ; a) politique et social, par le renversement provisoire de l’ordre social et la promotion de l’espace carnavalesque, d’inspiration subversive et populaire, dont Rabelais et le carnaval de Rio demeurent à nos yeux contemporains des illustrations toujours vivantes ; b) mystique, par l’invitation (après purification) à communier avec le principe de la divinité, conduisant à la spiritualité et, pour la société grecque antique, au concept d’âme assorti de la revendication d’éternité ; c) thérapeutique, connexe de la précédente, car la pratique de sessions de transe dans un cadre collectif bien tenu peut provoquer des remaniements psychologiques importants.

Avec Aristote et sa théorie médico-philosophique de la purge, de la dépuration émotionnelle, ou catharsis (purification), l’orgie pulsionnelle a cédé la place à la scène, aux mécanismes de l’identification et à la représentation. Nous voici dans l’espace politique de la cité, de la philosophie, sur les marges de ce qu’on n’appelait pas alors philosophie clinique, car la philosophie constituant une pratique par là même revêtait cette dimension que nous appelons clinique. L’effet de purge, métaphore médicale, conjoint à l’effet de distanciation, le fameux Verfremdungeffekt de Brecht, fournira une théorie rendant compte du vif intérêt des athéniens pour l’opéra. Nous retrouverons cette théorisation au XVIIè siècle français, et c’est là que Freud est allé la chercher au moment de ses Études sur l’hystérie.

Aristote en fait propose une théorie de la prévention. Ou, pour utiliser une métaphore médicale qui n’a aucun sens à l’époque, une théorie de la vaccination. En m’identifiant à distance respectueuse, en me sentant solidaire sans être directement acteur, c’est sans pâtir de l’excès (hybris) que j’éprouve ce qu’éprouvent les personnages que ravage le jeu des pulsions (passions, dans la terminologie de l’époque). Ayant ainsi fait l’économie de l’expérience directe d’un destin effrayant, libéré par voie de décharge du trop plein d’affect suscité par le spectacle, me voici rééquilibré comme si j’avais pris un psychotrope purgatif émotionnel.

En définitive, c’est la peur (qu’il m’arrive pareil) et la pitié pour le héros aux prises avec un destin tragique, qui agissent, produisant une « certaine catharsis et un soulagement accompagné de plaisir ». Le plaisir au théâtre provient du soulagement produit par la détente succédant à la décharge. On dirait du Reich. Mais du Reich apollinisé : peur et pitié une fois épurées, cathartiquement, on passe par épuration (décharge) de Dyonisos, lieu du déchirement tragique, à Apollon : moment de la réconciliation et de l’harmonie.

C’est sur de telles bases que je m’appuierai pour définir la décharge 2, ou catharsis, comme comportant le moment de l’engendrement de sens, livré plus ou moins consciemment au cours de ou à l’issue du processus de décharge. Si comme l’expriment très bien les De Mijolla , « dans l’affect quelque chose se perd en se dépensant », avec la catharsis je me dépense donc je pense, la décharge émotionnelle libère de la capacité d’élaboration, il s’agit d’un mécanisme détraumatisant.

Ce qui distingue à mes yeux ce processus de celui habituellement nommé abréaction, dont contrairement à la tradition psychanalytique, je ne ferai pas le synonyme de catharsis. Ce qui introduit une nouvelle diversification. J’appelle abréaction la décharge émotionnelle qui ne provoque pas de prise de conscience (même inconsciente ? comment en être sûr ? pourtant il semble bien qu’il y ait des explosions émotionnelles sèches), et ne semble pas influer sur le processus psychothérapique, à preuve qu’elle peut se répéter mécaniquement indéfiniment sans apparemment de profit pour l’intéressé. Bourrasque pulsionnelle sans produit, elle peut constituer un système d’évitement, se voir barrer sans plus, ou encore cultiver par des psychothérapeutes rustiques lâchant répétitivement la proie pour l’ombre. Décharge-3.

Pour compléter le tableau, je distinguerai encore la dramatisation, ou pseudo décharge, consistant à (se) donner le spectacle d’une démonstration émotionnelle, dans laquelle le spectaculaire (faire son cinéma) prend la place de l’authentique éprouvé émotionnel ; je me risquerais à parler dans ce cas d’une sorte de faux-self émotionnel, et d’étalage de sentiments bidons. Fausse décharge, ou décharge-4.

Je viens d’introduire le terme de sentiment. Ceux-ci constituent des réalités d’une tout autre espèce : psychiquement stables. Nous sommes là très proches de W. James, ce sont les entités affectives qui prennent le relais des émotions une fois celles-ci passées, et partiellement déchargées (1 ou 2). Les sentiments définissent notre orientation psychique vis-à-vis des personnes (ou toute autre entité) envers lesquelles nous ressentons quelque chose. Durablement. Les sentiments, c’est du reliquat émotionnel sédimenté, réactivable psychocorporellement. Redécomposable en émotions, lesquelles pourraient se dissoudre en décharge émotionnelle (2), la seule productive à nos yeux, même très longtemps après sa constitution, sa mise en conserve en sentiments. On peut même pousser le bouchon d’un cran : les sentiments servant de base à la constitution du caractère, on peut imaginer une stratégie psychothérapeutique consistant à enclencher le processus régrédient du trait de caractère aux sentiments constitutifs puis aux émotions sous-jacentes, lesquelles se résoudraient en sens pour le sujet, venant s’intégrer enfin à sa fonction personnalité, faire intelligiblement pour lui partie de son histoire.

Un exemple simplifié : un des traits de caractère de Pablo est l’amertume. C’est à force d' »avoir la haine » — sentiment (du registre du rejet, relevant de l’émotion relative à la fonction d’évacuation) couplé à celui d’impuissance (renonciation à la colère, pour faire simple). Le processus psychothérapeutique pourra conduire à saisir, au cours du déroulement des séances, le surgissement des réalités émotionnelles afférentes, selon le déroulement du processus psychothérapique, dans le cadre de la relation, le caractère en venant à se décomposer partiellement en sentiments, s’investissant dans la relation, à lâcher des « ions émotionnels », navigant entre Pablo et son psychothérapeute (qu’ils percutent, ce qui ne va pas sans répercussions).

Je disais plus haut que l’émotion relève par définition de l’ordre de l’ici-maintenant. Que des émotions compactées en sentiments puissent se redécomposer en émotions, les corrèle à la régression temporelle. C’est bien ici et maintenant que s’opère la dégradation du sentiment en composants émotionnels, dont le dégagement s’énergétise en moi en libération émotionnelle, dans le cadre de la relation psychothérapique, du transfert et du processus en cours. Ces éléments libérant leur énergie ramènent à la conscience des représentations, des instants de prise de conscience jusque-là empêchés, on pourrait dire des noyaux d’affaires inachevées, pris dans la gélatine ayant durci, d’un événement émotionnel pénible (contexte évalué comme nociceptif), engendrant par la suite sa répétition à l’infini, à la recherche aveugle d’une issue.

Dans tous les cas le terme de régression n’est ni simple ni innocent. Se pose à propos de ce concept la question de son contenu idéologique implicite. La personne au travail psychothérapique retrouve sa capacité d’expression et de décharge émotionnelle, sa flexibilité psychique : régression bénigne, ou tombe dans l’ornière d’une manipulation émotionnelle, soit d’elle-même soit du contexte (le psychothérapeute en face), soit des deux à la fois, par quoi elle marque qu’elle est prisonnière d’un événement ancien qui se rejoue sans qu’elle puisse s’en délivrer : régression maligne. Dans le premier cas, la connotation négative du terme régression : recours à des registres psychiques antérieurs, réputés primaires ou primitifs comme on voudra, véhicule qu’on le veuille ou non une sorte d’idéologie du progrès pour le coup primaire, qui voudrait que l’adulte soit nettement situé dans une échelle des valeurs qui reste à examiner, au-dessus de l’infantile. Dans le second cas, on pourrait dire qu’au cours du processus psychothérapique les protagonistes ont contacté une zone à travailler, dont le côté inadapté manifeste permet qu’on s’en saisisse. Alors la connotation négative tend à englober le terme régression dans son ensemble, discréditant la précieuse et souvent indispensable dimension émotionnelle et corporelle du travail. Et si l’on prend au sérieux cette dimension émotionnelle, on risque de se faire traiter d’humaniste naïf, de psychothérapeute à courte vue, bref d’imbécile qui regarde le doigt du sage montrant la lune de l’élaboration.

Naturellement, il serait erroné de réduire les émotions aux pénibles. Dans le cadre théorique que j’évoque ici, la moitié exactement joue sur le registre positif, de nature agréable, engendre du plaisir, donne naissance à des sentiments dont il n’y a pas lieu ordinairement de se plaindre. Encore que les meilleures choses ayant une fin, et les contraintes existentielles étant ce qu’elles sont, elles comportent à la clé elles-mêmes une certaine quantité d’angoisse, et que d’autre part, si le trop plein émotionnel positif ne trouve pas à partir en danse et autres motions (ré)créatives, de nouveaux problèmes vont se présenter, mais je ne le mentionnerai que pour mémoire.

En fait, la capacité à se décharger émotionnellement (sur tous les registres) est en place dès la naissance, et contribue grandement à l’évolution psychologique du nourrisson puis de l’enfant. Il est à peine nécessaire de rappeler sa dimension relationnelle et son fonctionnement comme mécanisme régulateur et réparateur, son rôle essentiel dans la relation mère-enfant.

On sait par ailleurs que la décharge émotionnelle est socialisée, et que la fonction père promeut des mécanismes de maîtrise pratiquement dès la naissance (j’ai vu un père chercher de bonne foi à éteindre à la naissance c’est le moment de le dire, la colère de sa fille née depuis une heure), avec là comme en matière de maîtrise des sphincters et autres muscles non myélinisés à la naissance, des questions de calendrier de maturation qu’il serait utile aux parents de connaître, et surtout des questions de tolérance de la catharsis dépendant de la façon dont les parents eux-mêmes ont été acculturés dans ce domaine. Viendraient aussi en ligne de compte les représentations que l’on se fait communément de la décharge émotionnelle. Autant elle est recherchée, au titre de la catharsis classique, liée à l’espace de l’art et du « moment d’émotion », autant on s’imagine par exemple qu’il faut arrêter au plus vite les pleurs d’un enfant, puisque aussi bien ainsi on s’imagine interrompre la peine que les pleurs sont précisément en train d’évacuer et cicatriser.

Cette socialisation tient compte de la différence des sexes, de la différence des fonctions maternelle et paternelle, et des traits des différentes cultures. D’innombrables abus et ignorances dans la sphère de la vie émotionnelle précipitent dans nos cabinets et services quantité de personnes qui nécessitent dans ce domaine comme dans d’autres quelque reprise, à quoi nous nous employons à leur permettre de s’employer.
Il fut d’ailleurs un temps, où la recherche de la guérison émotionnelle par une pratique devenue excessive de la soufflerie déchargeatoire (et par confusion entre les quatre types définis plus haut), travaillée de façon à la fois expressionniste et idéologique, à l’enseigne d’un Libérez vos émotions d’inspiration libertaire, ne fut pas toujours en mesure de permettre aux patients qui y recoururent, de se dégager comme ils auraient pu le souhaiter de leurs difficultés. Devenue panacée, la thérapie émotionnelle outrepasse comme toutes les méthodes tombant dans cette prétention, ses limites de crédibilité. Qu’il nous suffise ici de déterminer les conditions nécessaires et suffisantes au déploiement de la décharge émotionnelle en cours de séance.

PILOTAGE DE LA LIBÉRATION ÉMOTIONNELLE

Pour que celle-ci se produise et produise de bons fruits, à savoir soulager de tensions emmagasinées de longue date, qui incapacitent celui qui en est le siège, et lui permettre de récupérer sa liberté de vivre et comprendre sa vie dans le domaine considéré, il faut et il suffit que se trouvent réunies les conditions suivantes.

Se trouver suffisamment en sécurité. Le cadre psychothérapique devrait y pourvoir, si l’on est parvenu à l’établir et le faire fonctionner avec ce patient-là . Attention, un patient peut éprouver enfin son sentiment d’insécurité, du fait qu’il se trouve et sent en sécurité pour le faire. Vous devrez veiller là-dessus, lui, est déjà suffisamment occupé comme ça par ce qu’il est en train d’éprouver en votre compagnie.

Disposer de l’attention disponible d’au moins une personne, focalisée sur soi. Attention, l’effet amplificateur de l’attention d’un groupe tout entier peut mettre la personne en insécurité. Lorsqu’on pleure seul, par exemple, cela peut s’effectuer aussi sous le regard de soi-même occupant par dissociation le poste de l’autre. Le système peut se trouver faussé, du fait que l' »autre » interne peut mal occuper le poste d’autre (par exemple en dérapant sur le registre de la dramatisation).

Que l’intérêt et l’attention disponible que porte cette autre personne témoin de sa souffrance à celui qui se décharge (& non à ses malheurs proprement dits), dans le cadre de la relation en cours, offrent suffisamment de sécurité pour faire contrepoids à la quantité de détresse prête à s’exprimer. Ce principe d’un partage équilibré de l’attention entre le quantum de malaise psychique et celui de bien-être procuré par la situation psychothérapique présente (suffisamment bonne), peut se jouer sur le calibrage relatif des deux quanta : faire varier l’un et l’autre corrélativement, tomber sur le moment d’équivalence, puis surfer sur l’onde de propagation.

La décharge émotionnelle, pour bien se déployer, requiert que celui qui en est le témoin en admette le principe et la pertinence. Dans ce cas elle autorise implicitement celui qui éprouve le besoin / désir de s’y livrer. Qu’il en connaisse personnellement l’économie, et puisse en soutenir la délicate conduite, aidera considérablement le candidat à la décharge.

Veiller à assister la personne aux prises avec ses mécanismes interrupteurs de décharge. Ceux-ci peuvent être quasi automatisés. Dès que les conditions sont réalisées, le blocage anti-décharge acquis souvent dès les premiers mois de la vie, se met en route. Un très connu : l’interruption diaphragmatique, l’arrêt de respirer anti-sanglots. Il y en a tellement d’autres. Profiter de la surprise, qui un très bref instant peut avoir pris de court le mécanisme autobloquant. L’effet d’autorisation et d’entraînement (je ne parle pas de la modélisation, de type surmoïque je dois me décharger car c’est ce qu’on attend de moi et que tout le monde fait ici), bien repéré au titre de la contagion émotionnelle, parfois peut aider.

Que la quantité, le quantum de détresse soit proportionné à la capacité de décharge. Fixer l’attention du catharsisant sur des détails appréhendables, lui permettant une représentation suffisamment distanciée. Déterminer la distance juste. Distance trop grande, pas assez d’affect, trop courte, suffocation affective, pas de décharge, ou sa cessation.

Une décharge émotionnelle bien conduite est fluide et vivante. Dans la relation elle ne donne pas à éprouver de sentiment de malaise à celui qui se trouve pris à témoin. Elle n’est jamais dangereuse (ni pour soi ni pour l’autre ni pour l’environnement) ni répétitive et mécanique (dramatisation : crier sur quelqu’un n’a rien à voir avec éprouver une montée d’indignation). Parler de façon vivante et sensible constitue une décharge émotionnelle parfaite. Celle-ci n’est pas toujours, loin de là, spectaculaire.

Rigidifiée en dramatisation, la décharge émotionnelle ne soulage pas, ne libère pas celui qui s’y livre. On peut l’assimiler à une régression maligne. Elle peut même approfondir l’état de détresse. Il convient de faire passer le dramatiseur sur le registre vivant de la décharge (allègement émotionnel, humour, déflexion ; ni contre-dramatisation ni complicité). Une caricature connue de la colère consiste à gueuler sur quelqu’un, comme on l’a vu faire, comme un père perdu répète sur ses enfants les criailleries impuissantes de sa propre mère en panne de bonne autorité. Autre exemple, le larmoiement agressif. Il n’existe pas de liste exhaustive, la névrose étant très créative dans ce domaine. Le caractère répétitif et monotone de telles performances toutefois saute aux yeux et aux oreilles. Il n’est évidemment jamais question d’épingler la personne en train de dramatiser. C’est le moment d’être astucieux, et éventuellement de se contenter de décrocher.

Sur un registre voisin, l’abréaction constitue une bouffée déconnectée qui ne contribue pas au travail psychothérapique. Sa violence sans prise de conscience est aussi spectaculaire que stérile. Elle peut se répéter, en pure perte. Il y a lieu de l’interrompre.

Dans les deux cas de pseudo ou simili décharge, dramatisation, abréaction, on pourrait parler de régression maligne. L’interrompre, la défléchir, pour faire place à la bénigne.

Éducation émotionnelle. Les parents puis la société apprennent à l’enfant selon son sexe à interrompre sa décharge émotionnelle. Cette acculturation du mécanisme émotionnel est utile dans le processus de socialisation. Elle rend la personne libre de déterminer les moments propices à la décharge, ou contre-indiqués, vu le contexte et la qualité de la relation.

Les mécanismes d’interruption, en particulier respiratoires, mis en œuvre pour bloquer ou masquer la décharge émotionnelle peuvent devenir automatiques et inconscients. Dans ce cas ils peuvent finir par interdire l’accès à la prise de conscience émotionnelle , ce qui représente une importante perte de liberté.

En cas de verrouillage du mécanisme émotionnel, déterminer les voies de dégagement, qui rendent à nouveau possible l’accès à la décharge. Ne jamais craindre d’en faire trop peu. Il s’agira pour le psychothérapeute de finesse, et de mobiliser son intelligence clinique.

En particulier, les demandes techniques du style aujourd’hui j’aimerais travailler ma peur du loup, constituent des artéfacts de la psychologie humaniste, bien propres à embarquer le psychothérapeute débutant dans des opérations douteuses. Les travailleurs de force de la régression doivent veiller à leurs dosages, s’agissant d’un domaine complexe et subtil, qui relève ne l’oublions pas du domaine de l’art.

POUR CONCLURE

La décharge émotionnelle relève d’un registre primaire, il s’agit d’une capacité installée à la naissance, déterminante dans le processus de croissance, d’un mécanisme régulateur des tensions, détraumatisant, producteur de sens.
Ne plus pouvoir y recourir représente une perte handicapante pour la santé psychique et la santé tout court (danger de psychosomatisation, la tension émotionnelle cherchant alors d’autres voies de dégagement, organiques).
Au cours du processus psychothérapique, la capacité de libération émotionnelle a tendance à chercher à se restaurer, pourvu que le praticien soit capable de constituer un interlocuteur convenable, ce qui permet en fin de compte l’élaboration, dans le cadre du transfert et de la relation.

Chaque système psychothérapique régit la question des émotions selon sa méthodologie et sa théorie. Celui de la Gestalt-Thérapie se fonde sur le principe de la relation dialogale et de la responsabilité du sujet thérapisant. Il y aura lieu d’être attentif à l’état du continuum émotionnel toujours sous-jacent au cours de la séance.

Il est paradoxal de considérer comme régression, même bénigne, connoté qu’on le veuille ou non, comme recours à des mécanismes primitifs, le fait de pleurer, rire, tempêter, etc, c’est-à-dire de jouir de toutes ses facultés émotionnelles, acquises à la naissance certes, mais indispensables à la vie psychique jusqu’à la mort (voir après, à en croire le rire des anges de Reims et celui des dieux grecs). En tout cas, le terme régression appliqué à une décharge émotionnelle bien conduite, dans le cadre du processus psychothérapique, doit être compris sans la moindre trace de péjoration. Pleurer comme un enfant ou rire comme un dieu sont des mécanismes hautement adaptatifs.

 

Naissance et développement de la psychothérapie relationnelle. Nouvelles perspectives

Plus de 25 ans de psychothérapie multiréférentielle

Le CIFP fut l’un des tout premiers en France(1*) à former des psychothérapeutes relationnels « polytechniciens » intégrés, capables à la fois d’offrir aux personnes venant les consulter un éventail équilibré de pratiques, méthodes et théories relevant de la psychothérapie relationnelle dans sa diversité, ménageant sa place à l’influence psychanalytique, sans conférer de prime abord à une discipline particulière une position prééminente, un statut a priori hégémonique. Il y a vingt deux ans la psychothérapie multiréférentielle naissait, dans un premier temps sous le vocable d’interdisciplinaire. À vrai dire qu’est-ce qu’une discipline ? nous aurons l’occasion de revenir sur cette question.

Un demi-siècle de psychothérapie relationnelle

La situation de la psychothérapie dans son ensemble, au sens générique du terme, a évolué depuis notre dernière édition, dans laquelle nous décrivions sans le nommer le Carré psy dont nous étions en train d’affiner le concept. Nous ne nommions pas non plus la psychothérapie relationnelle, laquelle se distingue à présent clairement des psychothérapies qui se pratiquent à l’enseigne des autres disciplines constituant le Carré en question. Cela donne psychiatrie et psychologie d’une part, psychanalyse et psychothérapie relationnelle de l’autre. Au sein de laquelle la psychothérapie dite intégrative, et celle que nous préférons nommer multiréférentielle.

[voir]Définition
Qui dit psychothérapie dit relation, entend-on dire parfois, pourquoi cet apparent pléonasme ? parce que la psychothérapie relationnelle ne se contente pas d’une relation implicite et obligée, du fait que deux personnes au moins doivent bien entrer en relation d’une manière ou d’une autre pour que l’un des deux dise à l’autre je vais ou suis mal et que l’autre lui réponde. Lui réponde par exemple voici ce que, vous ayant entendu, je vous prescris, ou prescris de faire, ça va aller mieux. Lui réponde sans engagement personnel profond, mais dans le cadre d’une relation à base d’objectivité, définissant un modèle de distance à l’autre caractéristique. Dans ce modèle celui qui sait dirige l’opération. Qui tient le diagnostic tient le traitement. Cette relation-là n’est pas beaucoup relationnelle. Elle ne prend pas en compte le transfert.

Deux sujets intimement engagés
Celle qui prend place dans la psychothérapie qui lui emprunte son nom est à double implication, entre deux sujets également affectés par ce qui va se passer entre eux et en chacun d’eux, phénomènes inconscients et transfert compris, du fait du processus relationnel enclenché. Une telle psychothérapie intersubjective œuvre à partir du ressort même de la relation, et de son devenir, au cours duquel celui qui vient peut se trouver advenir. À lui-même. La relation constitue le moteur d’une telle psychothérapie, elle comporte le lent travail qu’on nomme élaboration et catharsis, un travail à deux, entre deux. Ou davantage dans un cadre groupal. Il s’agit d’une relation de vérité où celle-ci chemine et émerge par surprise, et une fois qu’elle est là, mais encore faut-il quelqu’un sur place pour la saisir, elle fait son travail. Cette collaboration engagée ne peut être le fait côté praticien que celle d’un professionnel dûment et longuement entraîné à ce genre de pratique, à la pratique de la relation psychothérapique au sens particulier, fort, du terme. Art et métier. Métier d’art. Science humaine clinique, on pourrait précisément dire relationnelle. Dans ce modèle c’est la relation elle-même qui soigne. Prendre soin d’elle c’est se soucier de soi. Car ce soin est un souci.

Toute psychothérapie n’est pas relationnelle
Elle peut se décliner selon diverses méthodes, toujours on y retrouve cette maturation de soi, ce processus d’émergence de la subjectivité et du sens, dans le cadre de la rencontre avec un autre sujet, accompagnateur à l’écoute, témoin intime engagé à une certaine mi-distance particulière, interagissant, sensible aux aléas de la relation psychothérapique. Il n’est nullement obligatoire qu’un psychothérapeute exerce au sens relationnel tel que nous venons de le définir. Toutes les psychothérapies n’œuvrent pas dans, par, et pour la relation au sens fort, existentiel réciproque, du terme, engageant deux subjectivités dont l’une en souffrance et recherche, l’autre entraînée à ce cheminement à deux, capable de lire en elle-même et de trouver l’occasion d’en faire quelque chose qui aide. Il importe d’admettre ce fait sans réserve.[/voir]

Genèse du Carré psy — perspectives historiques et institutionnelles

Se retrouver sur la carte

Tout cela est complexe mais si vous désirez vous informer et un jour vous former à cette discipline, vous ne pourrez pas vous épargner de savoir lire la carte du territoire psy avec boussole et vue satellite. De même que vous ne pourrez faire l’économie de l’Histoire, ancienne et récente, qui raconte et permet de comprendre comment depuis la psychiatrie et la psychologie, disciplines universitaires fascinées par la psychanalyse qui exerça son hégémonie sur elles durant un demi-siècle, constituant un étonnant trio institutionnel, la situation a évolué vers la quadrature actuelle— qui n’est pas en effet sans parenté avec l’impossible figure de celle du cercle dont on la cherche si l’on pense aux tensions qui la travaillent.

Quatre entités cardinales

Le Carré psy se construit sur la base de la combinaison de quatre entités institutionnelles cardinales, qui permettent l’orientation et de concevoir les infinies combinaisons à partir d’un système de polarités agencées. Elles-mêmes marchant par paires. Psychiatrie-psychologie d’une part — ensemble que dans l’entre-deux guerres Édouard Toulouse proposait d’appeler la Noologie (2*) —, psychanalyse-psychothérapie relationnelle de l’autre. Pôles eux-mêmes complexes, dont l’analyse révèle qu’il s’agit de composites, de surcroît d’aspect friable comme l’alios, dur cependant en son noyau, mouvants, enclins à constituer d’autres formes matricielles. Autrement dit, nous évoluons dans un univers complexe, travaillé par des forces contraires (ça va encore) et contradictoires (plus difficile). Ces unités fondamentales aux contours imprécis engendrent les fluctuations, hésitations, compositions et recompositions au spectacle desquelles nous assistons au fil du temps.

Angoisse et violence identitaire

L’ensemble tourne à peu près. De solides axes de référence continuent d’agréger des entités de base dont on ne comprend jamais tout à fait comment certaines tiennent, soumises ensemble à des forces centripètes et centrifuges mouvantes. On imagine l’angoisse institutionnelle et épistémologique qui peut découler d’un tel état de choses, et l’on se prend à comprendre la violence identitaire, les accès de haine pour tout dire, quasi nationaliste, pouvant virer à une sorte de populisme scientiste qui en découle à l’occasion.

Nécessité du concept

C’est pourquoi un peu de structuralisme ne fait pas de mal au traitement de cet univers qui ne serait insaisissable que d’être inconcevable, c’est-à-dire dépourvu des concepts propres à le mettre en forme au moment de l’aborder. Les quatre côtés de notre Carré sont-ils aussi arbitraires que les 7 couleurs de Newton ? quand bien même cela serait, on nous fera le crédit qu’ils permettent d’accéder à une certaine intelligence de leur matière. Le drapeau des couleurs aurait pu comprendre une répartition entre d’autres noms de couleurs, la juste théorie de la lumière ne s’en serait en rien trouvée altérée.

Deux blocs : objectivation / subjectivation

Cela dit il n’est pas exclu que nous assistions actuellement à une reconfiguration historique dont la Gestalt devienne soudain lisible, où l’ensemble Noologie / travail psychique axé sur la dynamique du sens et de l’inconscient s’installerait de part et d’autre d’une ligne de faille accentuée. Cela donnerait
sciences du comportement, du physiologique et de l’objectivation : médecine (dont la psychiatrie DSM Nouvelles Normes) et psychologie
sciences résolument humaines(3*) du processus de subjectivation par le sens. On aura reconnu le bloc psychanalyse-psychothérapie relationnelle.

Vers les Sciences humaines cliniques

La psychologie clinique, chimère créée par Lagache, greffant une psychanalyse universitaire sur le corps de la psychologie par elle « unifiée », pourrait dans un tel cadre conceptuel réclamer son autonomie à l’université, créer son domaine disciplinaire propre. Mieux elle devrait créer un domaine multiple s’articulant au pôle voisin de la psychothérapie relationnelle. Philosophie, histoire, sociologie clinique, littérature, linguistique, arts et anthropologie compléteraient l’édifice. Le tout à la portée d’étudiants adultes en reconversion, comme cela se fait partiellement avec les Sciences de l’Éducation. Belle tâche pour les deux décennies à venir, mettre au monde une nouvelle discipline, non chimérique elle(4*), les Sciences humaines cliniques(5*).

Bousculade institutionnelle

À se pencher sur cette mouvance institutionnelle on observe comment la psychologie humaniste américaine, devenue Growth Movement puis Mouvement du potentiel humain puis enfin psychothérapie relationnelle, est venue bousculer et enrichir le paradigme institutionnel et scientifique au moment même où la psychiatrie déclinait et où la psychanalyse perdait sans le savoir encore sa position de toute puissance, de domination idéologique, assise de travers puisqu’elle n’était jamais devenue une discipline universitaire au sens plein du terme(6*).

Le temps a passé très vite

Il faut prendre en compte que cette période est courte, sous sa fausse figure d’éternité. Après les catacombes puis son rayonnement avant-gardiste de l’entre-deux guerres, la psychanalyse prend son essor institutionnel et d’influence culturelle en France en deux temps, après la Libération (1945, c’est le moment de situer la révolution de la psychothérapie institutionnelle), puis après la mort de Staline (1953, qui libère les énergies psychanalytiques du côté des progressistes). En 1968 seulement, c’était hier, la psychiatrie se sépare de la neurologie, une psychiatrie vigoureuse sous influence psychanalytique non durable. Jusqu’à la révolution conservatrice états-unienne neuroscientiste, cognitiviste et DSM (fin des années 80).

Parallèlement la décadence psychiatrique actuelle croise en sens inverse l’ascension des psychologues. Cependant que La psychothérapie, fille de la psychologie humaniste américaine, se développe et débarque triomphalement en France dans la fin des années 60 d’abord comme psychosociologie puis comme non-directivité rebondissant plusieurs fois pour finir en France par sa syndicalisation radicale en 1981, et par la déclaration européenne d’indépendance de Strasbourg en 1990.

Changement de paradigme

Résultat : dans les années 80 le « va te faire soigner » qui jusque là voulait dire va consulter un psychanalyste est devenu dans la langue courante va voir un psychothérapeute. Changement de paradigme. Cette nouvelle pratique sociale désignait une psychothérapie correspondant à la définition relationnelle et intersubjective de La psychothérapie de ces années-là — la nôtre pour tout dire.

Celle-ci, psychologie humaniste (1960), aussi Troisième voie, devenue Mouvement du potentiel humain (1970) s’individualisera comme Nouvelles thérapies (1980) puis comme psychothérapie relationnelle (1990). Antagoniste radical du comportementalisme (Skinner, le pendant américain du Pavlov qui fait saliver les chiens du soviétisme) de la psychologie « scientifique », basculée dans le scientisme et même la scientistique, sous la dénomination TCC, le mouvement humaniste(7*) combattit sur ses deux fronts d’origine, cognitivisme avant la lettre donc, et psychanalyse(8*).

[voir]Noms de domaine

La psychothérapie relationnelle s’est progressivement dégagée de la nébuleuse humaniste, dans le cadre d’un processus de différenciation qui vit se consteller des formes institutionnelles comme le développement personnel, le développement professionnel et le conseil, le coaching — le counseling, la relation d’aide, l’hypnose nouvelles normes, le chamanisme, et même le Nouvel âge. Et maintenant le « care » comme ils disent. Les personnes qui travaillent dans ces champs sont parfois incertaines de leurs délimitations, et il est plus facile de construire rigoureusement les identités centrales que les périphériques. Réciproquement, on peut s’appuyer sur des confusions, entretenues ou non, pour s’annexer des zones ou dénoncer des théories et méthodes par la méthode de l’amalgame à des territoires voisins.

De façon générale, on définit mieux un psychothérapeute relationnel par son degré de compétence psychothérapique relationnel que par sa méthodologie et son champ de référence, souvent complexes. De toute façon c’est la question de la souffrance qui fonctionne comme critère. S’agit-il d’une demande adressée à partir d’une position de souffrance auprès de quelqu’un qui se propose non de la réduire mais de l’entendre — sans proposer conseil, aide particulière, consolation ou recette, ou résolution de problème(9*), en position de témoin impliqué, intégrant la double dimension phénoménologique et transférentielle.[/voir]

La psychothérapie relationnelle, sous l’inspiration du SNPPsy (Présidence Philippe Grauer) ne se rapprocha réellement de la psychanalyse qu’au début du XXIème siècle, même si des prémisses de cette tendance s’étaient manifestées dans la décennie précédente. Deux personnalités de la psychanalyse française permirent ce rapprochement, Jacques-Alain Miller et Élisabeth Roudinesco [cet article date du tout début du siècle].

La psychanalyse française rejette « les-psychothérapeutes« 

Quant à la psychanalyse française, elle a refusé d’un bloc toute considération positive de la psychothérapie relationnelle, de ce qu’elle nomme « les psychothérapeutes »(10*), maintenant envers eux un mépris ontologique. Seule l’École de la Cause freudienne, lacanienne millérienne, anti IPA(11*), choisit de soutenir les institutions historiques de la psychothérapie relationnelle, conservant par devers soi sa persuasion de supériorité scientifique mais comprenant que ce qu’en d’autres temps on appelait le sens de l’Histoire propulsait irrésistiblement cette seconde branche du travail psychique à la fois psychodynamique et fondée sur le processus de subjectivation, irrésistiblement. Cette alliance a pour cadre la Coordination psy.

On peut imaginer toutes sortes de renversements des alliances, sur la surface du Carré psy vu comme échiquier la partie qui se joue est déjà gagnée pour la psychothérapie relationnelle, parce que sur le terrain elle demeure présente et efficace, et qu’institutionnellement si elle avait dû être liquidée ce serait déjà fait.

La psychanalyse colonise la psychiatrie

Deux disciplines qui se croisent

Postel et Quetel rappellent que la psychanalyse est « née en marge de la psychiatrie(12*) d’un accident de parcours dans la carrière de son inventeur ». Elle accomplira une double destinée, révolutionnant la discipline hôtesse à partir du nouveau paradigme qu’elle constitue, intervenant en tant que tel au niveau de la psychopathologie qu’elle bouleverse, et à l’inverse domestiquée en qualité de « servante, surtout destinée aux services de rangement dans la maison psychiatrique(13*) ». Biswanger dit des deux disciplines qu’elles se croisent. Comment entendre ce terme ? absolument et dans tous les sens.

Intégration à risques

Cette « pénétration pacifique » selon Freud en 1925, n’ira jamais sans ambiguïté ni tensions. Il ne pouvait en être autrement. La psychiatrie vit dans une tension permanente, incarnée dans le présent de la relation clinique, entre anthropologie et psychophysiologie, entre science humaine et de la relation et science de l’objet corps, neuroscience. Deux pôles, psychiatrie-médecine d’une part, psychanalyse science humaine de l’autre, qui à ce titre a opéré une mutation scientifique et épistémologique irréversible. Leur croisement dont Biswanger parle de nos jours pourrait s’appeler intégration, articulation de deux domaines, à l’horizon de laquelle pointe le concept de multiréférentialité : rencontre fatale, articulation hiatale, donc impossible, radicalement antagoniste en plusieurs points, cependant inévitable et nécessaire. Carrefour dangereux difficile à aménager.

Identité de la psychiatrie

La psychiatrie travaillée par la psychanalyse, comme la pâte par le levain, s’en trouvera modifiée, mais pas au point d’en perdre son identité. Au fait, en quoi consiste cette identité (si toutefois elle est véritablement consistante) ? sa matière c’est la folie. Son antécédent, l’asile, lieu du refoulement au XIXème siècle des fous devenus aliénés par le jeu d’une classification issue des Lumières et de la première révolution industrielle.

De l’aliénisme à la psychiatrie

Avec Magnan à Sainte Anne (de 1867 à 1912 !) et Kraepelin à Heidelberg puis Munich (1903- 19**, avec prolongation de son système en Union soviétique, une affaire qui a duré), nous vivons sous le règne de la théorie organiciste de la dégénérescence et d’une classification fixiste. L’aliénisme ne deviendra institutionnellement psychiatrie qu’à partir de 1920, date à laquelle on passe une première fois de l’asile à l’hôpital(14*), et de 1937 pour l’ensemble du territoire français. Et encore ! en réalité, c’est l’après-guerre qui en verra la véritable liquidation. Psychiatrie, à titre de dépendance de la neurologie d’une part, psychologie(15*) de l’autre, le tout travaillé par l’entrée en scène de la psychanalyse, tel se présente le tableau d’entre-deux guerres.

La psychatrie se sépare de la neurologie

C’est la psychothérapie, une psychothérapie bientôt travaillée par l’influence psychanalytique, qui sort la psychiatrie d’affaire. Cela porte le nom de psychothérapie institutionnelle. Pour qui l’hôpital d’aliénés l’est lui-même, aliéné, au service et au sein d’une société qui l’est tout autant. C’est durant la guerre que les pionniers de Saint Alban ouvriront la voie à une clinique révolutionnaire de la folie par laquelle malades et soignants ensemble coopèrent à la vie de l’institution conçue comme outil collectif de soin. Les altérations de la vie de relation corrélées au trouble psychique, on atteint le second par modification coopérative de la première. On n’est pas loin d’une psychiatrie sociale. L’aspect relationnel est souligné. La réflexion sur les camps, une persuasion marxiste et l’influence de la psychanalyse parachèveront le tableau. Tout cela conduira de 1959 à 1968 (États généraux de la psychiatrie, succédant à la création d’un syndicat des psychiatres français — 1965) à la disjonction du couple neurologie-psychiatrie.

Naissance du culturalisme américain

Outre-Atlantique, deux psychiatres américains vont rompre avec la neurologie et le kraepelinisme. Adolf Meyer, un Suisse émigré qui se rapproche de C.S. Pierce, W. James et J. Dewey. Fondateur pas obligatoirement orthodoxe de l’Association américaine de psychanalyse, il aborde la psychiatrie de façon concrète : comment le malade réagit en situation. Puis Abraham Kardiner, psychiatre et psychanalyste, initie le culturalisme américain (comportant beaucoup des têtes chercheuses de l’université judéo-germanique), une sorte de psychanalyse sociale. Ce mouvement, enrichi d’un élan vers une psychiatrie d’inspiration psychanalytique, parviendra chez nous dans les soutes du plan Marshall et fera bon ménage avec le mouvement de libération de notre psychiatrie.

Développement de l’antipsychiatrie européenne

Durant la même période le mouvement européen de l’anti-psychiatrie prend le relais. Il sortira de tout cela la mise en place d’une psychiatrie de secteur, une psychiatrie de proximité, imprégnée de freudisme. L’entreprise se trouve facilitée par l’irruption des médicaments psychotropes (Henri Laborit).

Naissance de la psychologie humaniste américaine

Et ça n’est pas tout. Côté psychologie ça bouge aussi. Durant la guerre Kurt Lewin poursuit sa recherche et met au monde ce qui deviendra la psychosociologie , au début de l’après-guerre Abraham Maslow lance la vague de fond de la psychologie humaniste, Troisième force venant exploser la tenaille de l’alternative jusqu’alors obligée, comportementalisme ou une psychanalyse(16*) réduite au médical et au conformisme de normalisation. Les œufs de la psychothérapie relationnelle sont déposés dans le nid de l’Histoire.

Réaction organiciste en psychiatrie

Ainsi en France la psychiatrie en tant qu’entité autonome date de 68. Sa dégringolade institutionnelle date des années 80. Tout va très vite. À présent face à la réaction organiciste comportementaliste d’une psychiatrie DSM 4 et suivants qui étend son ombre sur l’ensemble d’une pratique psychiatrique NN, des psychiatres commencent à se dire relationnels — comme nous. En fait la grande mode de la psychiatrie psychanalytique commencée dans les années 60 avec le lacanisme aura duré une génération.

Redistribution et redéfinition des rôles

Une seule éternité. Cela aura suffi pour que la psychanalyse se sente reine. Et pour que nos psychanalystes ne voient pas le monde changer autour d’eux. Ne voient pas que la psychiatrie qu’ils pensaient avoir définitivement acquise (à tous les sens du terme ?) à leurs vues reprenne son chemin sans elle. Après une phase de colonisation, qui va de la fin de la seconde guerre mondiale aux années 80, reflux massif, certains parleront de régression. La psychanalyse se retrouve seule, que va devenir la psychiatrie ? pour l’instant elle périclite. Vous en saurez davantage durant la vingtaine d’années à venir. En tout cas le repartage des tâches et territoires autour du Carré psy fait de la psychologie un sérieux candidat repreneur.

La psychanalyse hébergée en psychologie

Établie de façon informelle en psychiatrie, l’imprudente psychanalyse se contenta par ailleurs de se faire héberger chez les psychologues. Elle n’avait pas distingué qu’elle risquait ainsi de se voir déloger au gré de l’évolution de la psychologie et de l’ensemble de la mouvante sensibilité psy et des mentalités, idéologiques et scientifiques. On peut comprendre que c’était difficile à discerner, en période de montée en puissance dans les années 50-70, et que les psychanalystes en leurs institutions avaient pu penser absorber la psychologie, en tout cas la pénétrer si l’on peut dire, définitivement. Le phallus étant ce qu’il est, l’actuelle débandade n’est pas si surprenante.

Nouvelle filière

Quoi qu’il en soit, de nouvelles pratiques ont vu le jour. À partir de fiefs installés dans la féodalité universitaire, une filière d’engendrement de psychanalystes s’est mise en place, au terme de laquelle certains psychologues cliniciens analysés devenaient psychanalystes, en passant par une société école de psychanalyse en sus de leur formation universitaire, avec le brevet de psychologue en poche qui les autorisait à exercer l’une au titre de l’autre.

La psychanalyse universitaire française

La psychanalyse installée chez les autres

Si bien que, répartie entre psychiatrie et psychologie clinique, la psychanalyse ne s’est pas fait reconnaître dans notre pays comme discipline universitaire spécifique, avec des laboratoires, des points d’ancrage institués indélogeables. On peut être professeur de rang A en psychologie ou en psychiatrie — et psychanalyste, c’est le supplément. D’une certaine façon, malgré les apparences, la psychanalyse universitaire enseigne en contrebande. Licite certes, tolérée disons. Tout de même en porte-à-faux. Et si d’aventure on est professeur en psychothérapie relationnelle, avec ou sans cet intitulé, comme le furent Max Pagès et Edmond Marc, là on est directement liquidé à la sortie, les exécuteurs étant en premier lieu … les psychanalystes universitaires.

Psychologie clinique

La psychanalyse universitaire peau de chagrin maintient sa précarité institutionnelle comme elle peut dans un univers à présent hostile tant en psychologie, où elle compte ses plus nombreux effectifs, qu’en psychiatrie. En psychologie, elle se bat aux couleurs de la psychologie clinique, la sous-marque que Lagache avait imposée du temps de « l’unité de la psychologie », expression dénégative par laquelle se désignait l’inscription d’un enseignement de la psychanalyse(17*) dans les départements de psychologie au lendemain de la guerre.

menacée d’une part méprisante de l’autre
Par ailleurs, imbue d’un véritable complexe aristocratique exclusif de l’Hexagone, la psychanalyse universitaire dans notre pays (de laquelle s’excepte notablement la psychanalyse millérienne) méprise les nouveaux énergumènes que sont les psychothérapeutes relationnels, oubliant que sa discipline construite elle-même à l’écart de l’université avait commencé avec le même statut. Cela doit s’appeler le vieillissement. Vous pensez, des gens qui ne sont même pas (suffisamment) diplômés (de l’université)(18*) ! Ce phénomène typiquement français ne se retrouve nulle part ailleurs en Europe et dans le monde. Craignant de chavirer en bloc vers La psychothérapie — une chose incertaine où elle appréhende la dissolution de son identité, la psychanalyse universitaire française se raidit, faudra-t-il dire un jour cadavériquement ? Décidément notre université actuelle n’est pas lieu fertile. Actuellement en sciences humaines livrée aux délices du scientisme, elle tend à stériliser ce qu’elle touche. Il existe certes d’heureuses exceptions, souvent en posture difficile.


Les Associations internationales

Un vaste conflit international se livre dont les protagonistes sont l’Association internationale de psychanalyse — IPA en anglais, maison Freud et fils, l’Association mondiale de psychanalyse, Maison Lacan-Miller, les cognitivistes, maison TCC neurosciences et DSM 4, l’Association mondiale de psychothérapie, et l’Association européenne de psychothérapie, Alfred Pritz, Vienne.

IPA – TCC : non agression

Un travail ultérieur fera le point sur les lignes de forces qui traversent le champ psy mondial. Un accord de non agression tacite et même de collaboration implicite entre l’IPA, dirigée à l’époque par Daniel Widlöcher, et le camp cognitiviste neuroscientiste, permet à l’IPA d’avoir les mains libres pour réunifier autant que faire se puisse la psychanalyse au niveau international. La résistance de Jacques-Alain Miller provoque une situation de tension permanente dans notre pays, ce dernier prétendant à rien moins que représenter à lui seul l’ensemble de la psychanalyse française. Situation bloquée à perpétuité, péripéties incessantes, haines chronicisées.

L’Association mondiale de psychothérapie (Vienne)

L’Association mondiale de psychothérapie, centrée sur Vienne et l’infatigable action du professeur Alfred Pritz, a le mérite d’ambitionner de fédérer les psychothérapeutes relationnels du monde entier. Nombre de psychanalystes ont participé à ses assises. Elle a adopté une déclaration des droits à la psychothérapie. après tout puisqu’il existe plusieurs associations internationales de psychanalyse, pourquoi ne pas marquer sa place dans le concert psy ?

l’EAP (toujours Vienne) AEP en français

L’Association européenne de psychothérapie, « EAP » — décidément la mode d’adopter l’acronyme selon l’anglais semble aussi vigoureusement installée que la domination américaine, fonde son autorité professionnelle et scientifique sur le principe de la reconnaissance de méthodes « scientifiquement reconnues ». Comme l’IPA [API en français, l’acronyme globish tend à l’emporter] cherchant à regrouper en son sein les petites associations psychanalytiques, l’EAP favorise les centrales importantes, par leur effectif, leur clientèle, leur capacité d’organisation et de diffusion d’où n’est pas exclue la capacité marketing. Elle distingue ainsi une vingtaine de méthodes majors, qui constituent son armature institutionnelle. Cette centrale a mis en place un certificat européen de psychothérapie (sans préciser davantage) CEP — cette fois on adopte l’acronyme francophone, qui revalide(19*) au niveau du collectif professionnel européen les études effectuées au sein des écoles des méthodes reconnues.
La section française de l’Association européenne de psychothérapie est la FF2P.

Dissidences : en France SNPPsy et AFFOP

Dont se sont dissociés le SNPPsy et le Psy’G, qui avaient co-fondé la FFdP (devenue depuis FF2P) à l’appel de l’EAP. Des dissidences sont en effet rapidement apparues, fondées sur des questions d’éthique, d’orientation et de fonctionnement et sans doute d’épistémologie. Les britanniques se sont retirés pour manifester leur EAP septicisme après avoir expérimenté ce que pouvait valoir l’axe Londres-Vienne en matière de pratique institutionnelle. L’AFFOP française s’est retirée de la FFdP pour se démarquer à la fois d’une politique plus soucieuse du quantitatif, et surtout d’une centration sur l’institution, c’est le principe de la reconnaissance de et par la maison-Mère, davantage que sur les qualités du praticien lui-même du point de vue de sa reconnaissance pluraliste par des pairs expérimentés.

Le Cinquième critère, apanage du tandem SNPPsy-AFFOP

Ce fameux cinquième critère déterminant de la reconnaissance par les pairs, d’abord pris en compte en demie teinte se voit actuellement en voie d’abandon définitif par l’AEP, sans même traçage d’une fausse fenêtre. Il redevient l’apanage du SNPPsy et de l’AFFOP.

La Coordination psy

Quoiqu’il en soit, l’EAP constitue une force importante, précisément aussi à cause de son souci du nombre et de sa dimension européenne. Au bout du compte en France AFFOP et FF2P, avec leurs personnalités politiques et éthiques différentes, collaborent régulièrement dans le cadre de la Coordination psy impulsée par Jacques-Alain Miller en 2004.

Le Carré psy reconfigure le paysage

Bref, reconfiguré, le paysage psy revêt la forme d’un carré, dont chaque côté figure une discipline majeure, avec cette distinction que deux d’entre elles ne sont pas universitaires, même si l’une, la psychanalyse, occupe quelques sièges de professeurs à l’université, vestiges de sa gloire passée, et que l’autre, la psychothérapie relationnelle, n’en occupe pratiquement plus, sur le peu dont elle avait disposé un moment.

Les deux disciplines du procès de subjectivation et leurs écoles

Rien d’inquiétant dans cette situation, plutôt significative. Les deux disciplines qui s’occupent de la relation et du processus par lequel on devient sujet de sa propre histoire, nécessitent une formation spécifique, à fort coefficient d’expérimentation existentielle conjointe à une psychothérapie relationnelle ou une psychanalyse individuelle de longue durée, et ce genre de cursus l’université française est incapable de le produire et conduire. Il y faut un savoir faire et une mentalité particuliers, que seules dans notre pays les écoles et sociétés-écoles spécialisées détiennent, et les deux disciplines en tant qu’institutions sont à même d’agréer leurs bons instituts et de réguler le flux des psychanalystes et psychothérapeutes relationnels qui en sortent.

Une psychothérapie de la complexité

La psychothérapie relationnelle se décline selon quelques grands axes, définissant les domaines existentiel, groupal, psychocorporel, transpersonnel, enfin le multiréférentiel et l’intégratif. Dans chacun de ces champs, de multiples écoles et sous-écoles se proposent, chacune ayant tendance à ne voir midi qu’à sa porte. On peut, dans une perspective unimodale ne se former que dans une, et, trop souvent confiné confit dans son bon jus, y rester toute sa vie, persuadé d’elle, ou élargir son horizon avec l’âge et la sagesse. On peut aussi commencer large pour se fixer en fin de compte sur une discipline élue après avoir commencé par goûter aux autres, les voyages forment la jeunesse. On peut encore préférer commencer multimodal et rester ouvert, multiple et complexe. La discipline multiréférentielle a probablement un bel avenir devant elle, face à un monde de plus en plus éclaté, pour lequel une méthodologie prenant en compte la complexité risque de se révéler fertile. Sinon indispensable.

Quatre disciplines majeures en bouquet plus deux branches de verdure

La psychothérapie multiréférentielle que nous proposons comprend quatre disciplines (ce qui rend compte du fait que nous avons commencé par nous intituler interdisciplinaires) plus deux.

Ces disciplines sont

1 — d’une part les trois sub-disciplines de la PSYCHOTHÉRAPIE RELATIONNELLE

1.1 — groupe psychothérapique

1.2 — psychocorporel, constitué de la bioénergie, de la dynamique du souffle, du travail à médiation en piscine d’eau chaude

1.3 —gestalt-thérapie

2 — d’autre part la PSYCHANALYSE

déclinée diversement — lacanisme, kleinisme, relation d’objet, jungisme(20*)etc.

Ce qui situe la psychothérapie multiréférentielle en interface, toujours du côté du procès de subjectivation — et à proximité de la psychanalyse. Par voie de conséquence à proximité de la psychanalyse multiréférentielle ou encore intégrative.

3 — Si l’on compte les items précédents 1 subdivisé en 3, + 2, cela donne 4, la philosophie, qui vient en troisième discipline, constituerait alors le cinquième élément. Qui permet à l’occasion de cheminer d’une discipline à l’autre, ce qui n’est ni inutile ni désagréable.

4 — Enfin, quatrième discipline(21*) au sens plein du terme (enseignée à ce titre à l’université), ici sixième composante, la psychopathologie, se répartit selon deux secteurs

4.1.— dans le cadre de chaque discipline et sub-discipline

4. 2 — à titre de psychopathologie générale puis approfondie, dans un secteur propre.

[voir]Organisation en blocs selon deux systèmes de classification

Si l’on compte six domaines disciplinaires au sens large du terme cela fait

1) Groupe psychothérapique

2) Psychocorporel

3) Gestalt-thérapie

4) Psychanalyse

5) Philosophie

6) Psychopathologie

Si l’on compte par disciplines au sens strict cela fait

I – Psychothérapie relationnelle (trois sub-disciplines : (1), (2), (3) )

II – Psychanalyse (4)

III – Philosophie (5)

IV – Psychopathologie (6)[/voir]

Faire face aux enjeux du XXIème siècle

Le Cifp, depuis l’AFFOP auquel il appartient à titre de membre fondateur et dont il est agréé, la Fédération française de psychothérapie intégrative et multiréférentielle — FFRAPIM, également membre de l’Affop [3] , et le SNPPsy dont il est également agréé, a pris sa part dans le débat de ces dernières années pour soutenir, promouvoir et faire reconnaître la psychothérapie relationnelle et en son sein la multiréférentielle. L’affaire fut rude mais les issues sont d’ores et déjà positives. Si vous décidez de fréquenter ses activités, vous participerez au mouvement pour l’humanisme en psychothérapie et l’accès à la complexité qui ouvre à la créativité dans la rigueur. Bienvenue à cette aventure qui orientera dans le domaine des sciences humaines cliniques le devenir de ce siècle qui devra se donner les outils nécessaires à la mutation du managérisme vers la société de demain. La psychothérapie relationnelle multiréférentielle représente l’un de ces outils.

À vous de participer à l’aventure en professionnels

À vous de voir si le cœur vous en dit de vous engager comme acteurs dûment professionnalisés à participer à l’évolution psychosociale et des mentalités en cours pour qu’elle comporte sa proportion incompressible d’humanité et citoyenneté, de singularité, de sur mesure pour tout dire, pour éviter la catastrophe de l’administration standardisée des âmes par la « mesure industrielle » scientiste du tout biomédical étatisé, les ratios et les protocoles, et si notre école vous semble un moyen sérieux d’y parvenir.


28 mai 2008

  • 1 Historiquement, ce fut le CDPH, Centre de développement du potentiel humain, conduit en 1972 par Jean-Michel Fourcade, Tan Nguyen, Dominique Colleter et Philippe Grauer, qui créa le premier lieu de formation en France à ce qui s’appelait alors les disciplines du Potentiel humain, d’inspiration intégrative. Il en sortit la décennie suivante le CIFP, puis la FLDP, devenue NFL, dirigée par Jean-Michel Fourcade.
    Le Centre d’Évolution, créé l’année suivante par Jacques Durand-Dassier, de retour d’une longue expérience américaine, reçut la marque de ce dernier durant plusieurs années avec des groupes de Rencontre marathons avant de devenir un Centre collectif d’exercice de psychothérapeutes humanistes.
  • 2 Pour être plus exact, il y ajoutait le trait d’union de la physiologie. On saisit ici sur le vif la labilité de la territorialité psy.
  • 3 Nous parlons bien de sciences dans les deux cas. La logique sciences humaines, sciences molles, reste intégralement rationnelle. Elle s’axe sur une épistémologie prenant en compte la dimension subjective et intersubjective, que relaie d’une certaine façon l’adjectif clinique, faisant état de la singularité de ce qui ne se présente jamais qu’une fois, l’expérienciation, opposé à l’expérience expérimentaliste, par définition reproductible.
  • 4 Susceptible d’une prudente articulation avec la problématique médicale.
  • 5 Dans un tel cadre institutionnel l’université et les écoles privées, expérientialistes, coopéreraient : savoir de la rationalité instrumentale d’un côté, savoir historique, savoir être et savoir faire fondé sur l’ontique et la dynamique de la relation mutuellement impliquée de l’autre. Il se pourrait qu’un accord juste intervienne au Moyen-Orient, instaurant une coopération fraternelle entre Liban, Palestine et Israël avant l’événement que nous sommes en train d’évoquer. Il demeure que l’Histoire a ceci de passionnant qu’elle est toujours surprenante et que le pire n’est jamais sûr.
  • 6 Il eut fallu pour cela qu’eussent été créées des chaires, unités d’enseignement et laboratoires de psychanalyse, ne suffisant pas d’accueillir des psychanalystes comme professeurs en psychologie clinique, psychopathologie ou philosophie. Dès que la psychologie en particulier se fut réorientée résolument vers le cognitivisme et la neurologie neuroscientiste, ce qui est strictement son droit, elle récupéra le plus rapidement possible les postes devenus vacants pour les attribuer à la sensibilité scientifique de son choix. Il eut fallu en des temps plus propices, adopter une autre politique, ou bien ne pas se plaindre d’une situation délibérément choisie. La psychanalyse continue de jouir à force de batailler de quelques strapontins naguères concédés, mais demeure précaire au sein d’une université qui la recrache. Sa force institutionnelle tient à ses associations, dont les listes de membres confèrent, par la grâce d’accords pris de longue date dans l’ombre des corridors ministériels, une légitimité appréciable et une place dans le cadre de la loi du 4 août 2004 — dont à ce jour le décret d’application n’est toujours pas écrit. Au prix à terme d’un gel institutionnel : les sociétés psychanalytiques existantes imposeront qu’aucune autre société soit jamais créée, qui abriterait d’aventure des psychothérapeutes relationnels opportunément déguisés. D’autre part, de grandes manœuvres sont déjà en cours, pour intégrer les petites associations au sein des grandes, dans le cadre d’une bi-polararisation IPA-Association mondiale de psychanalyse. La liberté d’allure institutionnelle de la psychanalyse en France se trouve compromise. Ceux-là qui protestaient contre « les psychothérapeutes » réclamant une place au soleil institutionnel se sont contentés pour eux-mêmes d’une place à l’ombre d’un parapluie d’État, contre leurs propres principes extra-territorialistes, au mépris de toute solidarité avec leurs collègues humanistes maltraités.
  • 7 L’ anti-humanisme théorique déconstruisait l’humanisme en ce qu’instituant l’homme mesure de toute chose, il oubliait de penser la nature et le contexte comme premiers, proposant en définitive un anthropocentrisme potentiellement et, on le constate chaque jour, réellement ravageur. De ce point de vue l’humanisme devenait une naïveté. La position revendiquée ici intègre cette critique mais réintègre la revendication humaniste devant la montée de périls scientistes qui oublient tout simplement l’homme au nom de la gestion et de la statistique comme outils de l’ultra-libéralisme au service de l’homme comportemental.
  • 8 À laquelle était reproché son conformisme médicalisateur — « c’est grave docteur ? », son dogmatisme et une focalisation œdipienne mécaniste. De plus nous sommes dans la découverte du psychocorporel et de l’univers émotionnel et le gongorisme lacanien de surcroît anti-« psychothérapie », c’est-à-dire anti-thérapie d’inspiration comportementale mais la chose n’était alors pas si claire, ne va pas trop bien aux humanistes qui débarquent les bras pleins des fleurs du Flower Power et la tête pleine de théories hétérodoxes. Retour à Reich contre retour à Freud, il faudra un peu de temps pour que s’opère une jonction quelconque.
  • 9 Sauf dans la singularité d’un cas et d’une exception qui précisément justifie la règle. Question d’esprit de finesse clinique relationnelle.
  • 10 Ce qui autorise toutes les confusions. Celle avec les professionnels du développement personnel ou du coaching n’est pas innocente, elle permet le discrédit et de porter l’ombre d’un soupçon sur la psychothérapie relationnelle, déniée au passage d’identité. Elle camoufle que psychiatres, médecins, psychologues pas forcément cliniciens eux-mêmes, pratiquement jamais psychothérapeutes relationnels, revendiquent pour eux seuls la pratique d’une discipline novatrice créée par des collègues engagés dans une recherche dont ils ignorent tout.
  • 11 Il faudrait dire AIP — Association internationale de psychanalyse. Comme si on disait NATO pour OTAN, nos psychanalystes français ont adopté en matière d’acronyme de s’aligner sur la puissance dominante du moment.
  • 12 Cf. POSTEL Jacques, QUETEL Claude (sous la direction de), Nouvelle histoire de la psychiatrie, Dunod (1983) 1994, p. 368 et suiv. —
  • 13 Opusc cité.
  • 14 Henri-Rousselle exactement, sous l’impulsion d’Édouard Toulouse.
  • 15 Scientifique, à base d’observation de comportements. Le cognitivisme perfectionnera le modèle mais sur ce fondement.
  • 16 Tableau partiellement inexact, la psychanalyse américaine recélait aussi des zones de recherche créative.
  • 17 On sait que la psychanalyse peut s’enseigner, mais que son seul enseignement ne produit pas de psychanalyste. Il y faut une transmission, tâche extra universitaire par définition. La psychothérapie relationnelle se loge à la même enseigne, sauf qu’en plus en France elle ne s’enseigne quasiment pas en dehors des Écoles qu’elle a fondées et que parfois elle agrée soigneusement.
  • 18 Bien entendu, on ne peut s’engager dans l’étude en vue de devenir psychothérapeute relationnel sans disposer d’un fonds culturel suffisant, souvent acquis à l’université, quoique pas toujours à hauteur du doctorat. Une École comme la nôtre, qui dispense une formation sur six années universitaires dont ce document présente le programme et la philosophie, illustre que le mépris psychanalytique, pour distingué qu’il soit, concerne davantage un fantasme que notre réalité. Il suffirait de procéder au tri, tout comme pour les psychanalystes eux-mêmes.
  • 19 Cette réinscription sur un registre professionnel européen, sans plus de légitimité au demeurant que celle qu’il revendique selon sa seule et propre autorité, s’effectue par vérification de l’accord sur quatre critères et non cinq. En un mot le CEP enregistre les cursus sortie d’École, des Écoles du système EAP (ou AEP). Le cinquième critère, qui traite de la reconnaissance croisée avec celle de pairs expérimentés, la confirmation du praticien lui-même au-delà de sa certification d’école, se voyant progressivement exclu du catalogue critérial de l’EAP. Cela souligne la frontière éthique idéologique et politique, qui sépare cet univers de référence de celui de l’AFFOP et du SNPPsy, toutes deux institutions du Cinquième critère portant individuellement sur le praticien. C’est à partir de la pertinence déterminante de ce critère que s’effectua la disjonction entre les deux blocs institutionnels.
  • 20 On sait que depuis la rupture Freud-Jung, ce dernier a créé la psychologie analytique, les deux domaines se manifestant distinctement. Par la suite les jungiens se sont déclarés psychanalystes, et sont rigoureux dans la qualification des membres de leur société, la SFPA. Mentionner ici Jung signifie que nous n’occultons pas cette personnalité, importante dans l’histoire même de la psychanalyse, sans pour autant le reclassifier, si l’on peut dire, du simple fait que les jungiens se déclarent à présent psychanalystes. Comme le dit excellemment J. Ghédighian-Courier dans cette même brochure, le mieux pour Jung est encore de le rapporter à Jung.
  • 21 S’agit-il d’une discipline ou là encore plutôt d’une subdiscipline, à moins que transdiscipline convienne davantage ?

Rapport au Premier ministre

Nous fournissons le texte sous sa forme Pdf, tel que livré par la Miviludes, plus aisé à consulter, et sans risque d’altération.

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Code d’éthique Cifpr : quelques règles relatives à la conduite du processus psychothérapique de groupe

QUELQUES RÈGLES RELATIVES À LA CONDUITE
DU PROCESSUS PSYCHOTHÉRAPIQUE DE GROUPE

Lors des activités à forte composante psychothérapique les participants s’engagent à mettre en jeu les principes suivants :

1. Exprimer, lors du travail, tout ce qui nous vient. S’efforcer d’exprimer ce qu’on ressent et pense de façon aussi honnête que possible.

2. Restituer les informations utiles au groupe, c’est-à-dire les communications et interactions ayant lieu en dehors des séances avec d’autres membres du groupe, et concernant ce qui s’y passe. Dans l’après-coup, on peut écrire ce qu’on n’a pas pu dire, et l’adresser à la personne qui conduit le groupe ou à un assistant.

3. Savoir qu’il sera toujours possible qu’un participant nous confronte à nos oublis, contradictions, infractions aux règles du groupe, et l’accepter pour soi-même.

4. Mettre en œuvre dans le groupe les attitudes et les comportements auxquels on aspire.

5. S’interdire tout passage à l’acte, sur le matériel, sur soi, sur autrui, y compris le passage à l’acte sexuel — y compris entre les sessions.

6. Déterminer ses propres limites et chercher comment on peut participer à ce qui se passe pour réaliser les objectifs de sa psychothérapie, chacun étant responsable — par principe — de son travail et de ses conséquences, pour soi et pour les autres.

7. Préserver l’anonymat des membres du groupe par rapport au monde extérieur et la confidentialité de ce qui s’y passe.

8. Respecter les horaires. Ne pas cesser la relation sans annonce préalable – effectuée en groupe, avec travail sur l’éventualité de cette cessation (possibilité de délai de préavis).

9. Se présenter sans excès de fatigue, d’alcool ni d’excitants. S’abstenir de drogues. L’usage des médicaments doit être sous contrôle médical et implique l’information de la personne qui conduit le groupe.

10. S’assurer de son état de santé et en assumer la responsabilité.

11. Demander l’aide dont on a besoin, si nécessaire, pour respecter ou faire respecter ces règles.

La manie de l’évaluation menace, une nouvelle fois, de transformer les experts de la psyché en agents de sécurité. Alerte !

Élisabeth Roudinesco,

Le Monde, samedi 19 janvier 2008. Débats (p. 22)

La manie de l’évaluation menace, une nouvelle fois, de transformer les experts de la psyché en agents de sécurité. Alerte !

Depuis trois décennies, les États démocratiques s’appuient sur la science pour gouverner les peuples. Si cette politique a permis de prévenir, soigner et guérir avec succès les maladies organiques et si elle a magnifiquement amélioré notre vie quotidienne, elle n’a pas produit de résultats aussi pertinents dans le domaine de la souffrance psychique.

Ni l’étude des gènes, ni celle de la plasticité cérébrale n’ont encore réussi à donner naissance à des traitements efficaces des maladies mentales pas plus qu’elles n’ont permis de venir à bout de ces “maladies de l’existence” que sont névroses, dépressions, angoisses, passions, addictions, volonté de se détruire, etc.

Tout au plus a-t-on mis au point des médicaments de l’esprit (ou psychotropes) qui ont contribué à faire vivre les psychotiques au sein de leur famille et surtout à apporter une tranquillité à ceux qui risquaient d’être dangereux pour eux-mêmes, pour leur entourage et pour leurs employeurs.

Mais, il y a eu un prix à cette entreprise. La gestion des populations par la médecine et la biologie a favorisé l’éclosion d’une idéologie sécuritaire consistant à réduire chaque citoyen à un misérable petit tas de neurones soumis à toutes sortes d’évaluations. Au sujet politique, héritier des Lumières, s’est substitué l’homme comportemental, quantifié, chosifié, inféodé à une norme tyrannique et auquel on accorde une identité religieuse ou ethnique tout en se moquant des engagements universalistes jugés dangereux, au même titre que les idéaux de mai 1968 : vouloir changer le monde ou lutter contre les inégalités.

Ainsi s’opposent deux conceptions de l’homme. L’une, fréquente dans la philosophie anglophone, préconise que le sujet soit “naturalisé” pour rejoindre le monde de l’animalité : la fin de l’exception humaine. Et pour ce sujet là, qui ne doit plus penser mais obéir, seuls sont retenus, s’il souffre, des traitements rapides évalués par des experts et agissant par dressage sur des comportements visibles. Foin de psychisme, le sujet naturalisé n’a droit qu’à des médicaments d’un côté et à des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) de l’autre.

L’autre conception, issue de la tradition européenne continentale — phénoménologie et psychanalyse —, considère au contraire que pour traiter la souffrance de l’âme, des approches dites “dynamiques” ou “relationnelles”, plus longues, sont nécessaires pour accompagner ou non les traitements chimiques, tant l’homme se sépare de l’animal par la parole.

C’est l’adhésion des États à l’idéologie de l’expertise, véhiculée aujourd’hui par divers organismes de santé — Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), agences d’évaluation, comités de dépistage, etc — qui explique les conflits survenus depuis quelques années en France. Les médias leur ont donné le nom de “guerre des psys” : ils concernent 5 à 8 millions de personnes, traitées autant par les médicaments que par des thérapies multiples.

La première crise survint en octobre 2003, lorsque Bernard Accoyer, pourtant défenseur de la psychanalyse — et actuel président de l’Assemblée nationale — réussit à faire voter, au nom de la “sécurité” des usagers, un amendement à une loi de Santé publique qui réservait l’exercice de la psychothérapie à des diplômés de médecine ou de psychologie, ce qui autorisait un orthopédiste à soigner des angoisses, c’est-à-dire un boulanger à se faire serrurier. Cette disposition venait conforter une expertise collective de l’Inserm qui valorisait les TCC au détriment des autres approches. D’où une levée de boucliers des professionnels férocement divisés entre eux : 13 000 psychiatres, 5000 psychanalystes, 35 000 psychologues, 7 000 psychothérapeutes.

Après avoir mobilisé trois ministres de la Santé, qui ne cessèrent de se contredire, le conflit s’acheva par une capitulation annoncée de longue date par le sénateur Jean-Pierre Sueur : l’adoption d’une loi inapplicable (9 août 2004), dont une quatrième ministre, Roselyne Bachelot, ne sait pas encore si elle va réussir à en écrire les décrets, alors même qu’elle soutient un plan de dépistage de la dépression qui risque d’augmenter la consommation de psychotropes en faisant croire à chaque sujet en état de tristesse qu’il est un malade mental.

En septembre 2005, il y eut la parution d’un Livre noir de la psychanalyse, déferlement de haine contre Freud, suivie de près par l’annonce d’une nouvelle expertise de l’Inserm qui déclencha la juste colère des pédopsychiatres. Privilégiant un modèle génétique, celle-ci préconisait de voir dans les énervements excessifs des bébés les signes avant-coureurs d’une délinquance sociale. Autant dire qu’on demandait à chaque parent de devenir le dépisteur de sa progéniture. Une pétition, “Pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans”, lancée par Pierre Delion recueillit 200 000 signatures.

Il y eut ensuite les propos pour le moins déplacés tenus par Nicolas Sarkozy sur le caractère génético-hormonal du suicide et des déviances sexuelles. Il y eut enfin, après mai 2007, la volonté du pouvoir d’État d’utiliser les tests ADN pour le contrôle des immigrés, au mépris des droits de l’homme. À quoi s’ajouta, cerise sur le gâteau, la proposition faite par la ministre de la Justice d’envoyer aux assises les fous criminels pourtant incapables de comprendre la signification de leurs actes.

Si l’idéologie sécuritaire s’est déployée dans le cadre des ministères de la Santé et de la Justice, elle se propage aussi dans les rangs des fonctionnaires du ministère de l’Éducation nationale.

Depuis quarante ans, sont délivrés dans les départements de psychologie des formations cliniques qui se réclament de la psychanalyse et sont désormais menacées par des experts issus de la psychologie expérimentale ou cognitive. Une fois de plus, on demande à des spécialistes de donner un avis sur ce qu’ils ne connaissent pas : un boulanger juge un serrurier. D’où un conflit d’intérêts, puisque ces experts adhèrent à une conception de la subjectivité contraire à celle des cliniciens.

Face à cette avancée de la manie évaluationniste, les enseignants concernés lancèrent, en juin 2007, une pétition Sauvons la clinique, qui recueillit plus de 10 000 signatures. Elle allait dans le même sens que les actions de Jacques-Alain Miller, organisateur de forums destinés à lutter contre les ravages de l’expertise.

Fort de ce succès, Roland Gori, président de la seule association à réunir tous les enseignants de psychopathologie (SIUEERPP), demanda audience à Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et responsable des experts qui sont ses conseillers ou ceux du premier ministre : Jean-Marc Monteil et Roger Lécuyer, Michel Fayol. Or, contre toute attente, il fut éconduit.

Après de telles dérives, qui menacent aujourd’hui les ministres eux-mêmes, les autorités de l’État doivent se prononcer clairement sur cette question de civilisation. Va-t-on continuer à soumettre des chercheurs à des expertises inopérantes et à transformer les praticiens de la psyché en agents de la sécurité ? Va-t-on poursuivre une politique qui nous éloigne de la tradition humaniste de l’Europe ? Va-t-on éradiquer le freudisme des départements de psychologie dans un pays qui a pourtant vu naître quelques uns de ses plus brillants interprètes reconnus dans le monde entier ?

Le débat est ouvert.


Élisabeth Roudinesco est directrice de recherches au département d’histoire de l’Université de Paris VII.

On lira avec profit son dernier ouvrage, analysé ici même Élisabeth Roudinesco : La part obscure de nous-mêmes, A. Michel.

Code d’éthique et de déontologie de l’Affop

1. Engagement

Les instituts de formation adhérents à l’Affop présentent en début de formation à leurs étudiants un code de déontologie du psychopraticien relationnel (1*) adopté par les sociétés de pairs et/ou les syndicats de psychothérapeutes adhérents à l’Affop et le leur donnent à signer au moment du début d’une pratique professionnelle, dans le cadre de leur formation en cours.

2. Relation étudiant – formateur

2.1. La relation étudiant – formateur est une relation professionnelle.

2.2. Le formateur est conscient de son influence et de son pouvoir inhérent à la situation d’apprentissage et s’engage à ne pas en abuser. Il s’interdit d’avoir des relations sexuelles avec tout étudiant de l’école où il enseigne.

2.3. Le formateur sera attentif notamment à ne pas cumuler les rôles de formateur-superviseur et de psychothérapeute pour une même personne. Un formateur s’abstient d’accepter en psychothérapie un étudiant en formation dans l’institut dans lequel le formateur intervient.

2.4. Lorsqu’une personne est en psychothérapie et candidate à une formation dans laquelle son psychothérapeute est formateur, l’équipe pédagogoqiue responsable de la formation doit considérer cette candidature avec soin et au cas par cas en fonction de la personne, de son histoire psychothérapeutique notamment avec le psychothérapeute-formateur et du dispositif pédagogique. Il en sera de même pour toutes les procédures d’évaluation au cours de la formation.

2.5. Il est demandé d’adopter un règlement intérieur à l’institut, signé par les formateurs et par les étudiants, conforme aux textes de loi en vigueur et au présent code.

2.6. Une information sur l’état du statut des psychothérapeutes et de l’exercice légal de ce métier doit être faite en début de formation.

3. Confidentialité

3.1. Les informations personnelles issues de situations expérientielles d’implication personnelle et d’entraînement à la pratique durant la formation doivent rester confidentielles à l’intérieur de l’espace d’apprentissage.

3.2. Lorsqu’un formateur souhaite faire l’usage d’informations spécifiques recueillies au cours d’un travail expérientiel en vue d’une conférence ou d’une publication, il doit avertir l’étudiant, obtenir son accord et s’engager à préserver l’anonymat des personnes concernées.

4. Compétences

Les formateurs doivent être conscients de leurs ressources et de leurs limites. Ils s’engagent à poursuivre leur développement professionnel et personnel.

5. Sélection et évaluation

Un soin particulier sera apporté à la sélection et à l’évaluation des étudiants. Un professionnel extérieur à l’institut et faisant partie d’un organisme adhérent à l’Affop pourra être invité pour contribuer à la qualité et à l’objectivité de l’évaluation finale.

6. Présentation des instituts

Les informations fournies par les instituts sur leur programme seront claires, complètes et respectueuses de la dignité de chacun ; elles ne doivent pas comporter d’informations mensongères ou comparatives avec d’autres instituts.

7. Relations entre instituts de l’Affop

Un soin particulier sera porté aux relations entre instituts. En particulier, dans le cas où un étudiant souhaite arrêter une formation longue en cours et contacte un autre institut, ce dernier est tenu de consulter l’institut précédent et de différer l’entrée en formation du candidat tant que la situation et les conditions de départ de l’étudiant n’ont pas été clarifiées.

8. Commissions de médiation

8.1. Commission de médiation de l’institut

• Lorsqu’un étudiant représente, aux yeux de l’école, un danger pour lui même ou pour les autres.

• Lorsqu’une plainte est déposée contre un formateur ou contre l’école.
Une instance de médiation étudiants/formateurs peut être mise en place pour prendre toute décision utile, pouvant allant jusqu’à l’exclusion de toute personne impliquée dans la situation.

8.2. En cas de litige, il peut être fait appel à la Commission de médiation de l’Affop.

Composée de trois membres, elle peut être saisie par les étudiants, formateurs et instituts adhérents de l’Affop, en cas de conflits et litiges à résoudre, concernant un institut ou un formateur de cet institut. Son but est de :

• réguler les conflits, entendre les parties adverses, leur permettre de confronter leurs points de vue et de proposer, dans l’intérêt commun, toute mesure qui semblerait utile

• statuer sur l’objet du litige

• émettre un conseil.

9. Relations entre les intervenants et les instituts

Les formateurs s’engagent à ne pas outrepasser leur mission au service de l’école. En particulier, ils s’engagent à ne pas faire de publicité ni promouvoir leurs activités en leur nom propre ou s’exerçant dans le cadre d’un autre institut.

  • 1 Lors de la rédaction de ce code l’expression était psychothérapeute relationnel. La loi a changé le système de dénomination, dorénavant les psychopraticiens relationnels pratiquent la psychothérapie relationnelle, les psychologues et médecins (dont évidemment les psychiatres) pratiquent une psychothérapie paramédicale. Dans certains cas une psychothérapie freudienne, dite d’inspiration psychanalytique, compte tenu de l’ambiguïté de cette expression – dans certains cas même une véritable psychothérapie relationnelle. Juin 2011.

Les humains convoités comme des Choses ou : ne suivez pas le Guide

MARC BLÉCON appartient au Collectif du Morbihan de l’InterCoPsycho

Texte originairement publié par les soins de : http://www.intercopsychos.org/

La brochure de l’INPES au titre prometteur : La dépression chez l’adulte : en savoir plus pour s’en sorti r, est une auto-accréditation à la mode de la Haute autorité en Santé, où l’on perçoit, sous couvert d’informer et d’orienter tout un monde de dépressifs (il y en a de différentes sortes et il en viendra d’autres, toujours davantage) qu’une poignée de gens soit disant bien informés est en fait déterminée à guider les Français (c’est-à-dire les contrôler) vers un marché lucratif convoité depuis longtemps. (1)

Avec le marché de la dépression s’ouvre celui du mal de vivre et des souffrances de l’humanité. Localisez tous les dépressifs, évaluez-les, classez-les, mettez-les sous contrôle médical et médicamenteux ! Quel professionnel consulter ? Quels sont les bons tests à passer et les bonnes questions à poser pour non pas en savoir plus mais pour que l’administration sache par qui vous allez être suivi ? Quel traitement ? Combien de temps ? etc. Toute une procédure à suivre dans laquelle à différents endroits du guide se révèlent, tant pour celui qui est malade que pour les professionnels, toutes les logiques des rapports et procédures annoncées ces dernières années en matière de politiques de santé.

Amendement Accoyer, Plan Cléry-Melin, Plan hôpital 2007 puis 2012 puis 2034, Nouvelle gouvernance et mise en place des bonnes pratiques, annuaires des praticiens, tarifications à l’acte et durée limitée des prises en charges codifiées, etc.

Le Nouvel Âne N°7, en dévoile magistralement la trame en différents articles aux effets de loupe qui nous font l’un après l’autre saisir le montage qui férocement et progressivement se compose comme le paysage de la Santé mentale rêvé par certains. (2)

Dans ce nouvel empire de la Santé mentale, l’autre nom de la convoitise est — ACCRÉDITATION — qui a pour projet d’achever, en plusieurs étapes programmées, la concurrence déjà asphyxiée par des années de restrictions budgétaires et de plans dans la fonction publique ou par des lois liberticides réglementant les professions dans la fonction publique comme dans le privé.

Les nouveaux missionnaires en santé mentale habitent aujourd’hui dans les cliniques privées, les ministères, les Instituts, ils veulent se donner l’autorité nécessaire pour agir en qualité de. (3)

Les rapports, amendements, guides de bonnes conduites sanitaires ou de bonnes pratiques professionnelles sont les lettres de créances qu’ils écrivent eux-mêmes ou qu’ils s’adressent en réseau. On passe alors de l’accréditation à l’accréditif, c’est-à-dire rendre croyable quelque chose, plausible, alors on autorise et on propage. Bien sûr, « Si on laisse courir des mensonges sans les démentir ils risquent de s’accréditer » (Gracq ).

Les « nouvelles utopies sociales » que l’INPES et la HAS veulent imposer aux français par ces lettres de créances que sont par exemple ce guide de l’INPES, sont autoritaires non seulement parce qu’elles s’auto-accréditent, non seulement parce que l’idéologie qu’elles véhiculent est hygiéniste et autoritaire (4), non seulement parce qu’elles érigent une fausse science en vérité indémontrable (5), mais aussi parce qu’elles convoitent la place de Hauts contrôleurs en manipulation mentale de la population. C’est plus que de l’autoritarisme !

La liberté de choix, individuelle comme professionnelle, doit tomber pour que s’impose la politique des choses (6) et la novlangue managériale. Il faut gommer tout ce qui fait point social de capiton et notre mode de vie à la française pour que l’évaluation non pas comme mot, mais comme mot d’ordre s’impose.

« Évaluer les êtres parlants, en masse et en détail, les évaluer corps et âme, cela s’appelle un contrôle » nous dit J.-C. Milner, et il ajoute « Quand le même contrôle prétend à la fois régner sur les institutions externes et au cœur du for interne, on peut et doit s’agiter » (7). C’est bien ce que réalise ce guide avec son questionnaire que doivent remplir les dépressifs et les recommandations sur les bonnes pratiques ; première phase de contrôle, de prise dans la nasse, avant que n’arrive celle des Disease Managers et leur coaching téléphonique des patients comme c’est le cas dans le Disease Managment Program américain — DMP. (8)

L’abjection s’associerait alors au parti pris scientiste qui pousse les auteurs du guide de l’INPES à guider les dépressifs vers des thérapies qui n’en sont plus à se faire complices, puisqu’elles ne disent rien, de la manipulation mentale annoncée par des experts en verroterie.

Il m’a fallu, récemment, manœuvrer contre l’automaton des bonnes pratiques en Santé mentale, même inavoué, pour éviter le pire à une petite dame âgée, bien trop seule.

Lors d’une réunion de synthèse, l’équipe soignante parle de son cas, elle est épinglée dans leur discours comme « dépression très grave nécessitant une hospitalisation dans un service spécialisé, pour administration d’une cure d’électroconvulsivothérapie ». Après déjà plusieurs mois de traitements divers et d’hospitalisation, l’équipe s’avoue impuissante à la sortir de son état de repli qualifié de « dépression grave de type mélancolique ». Elle ne veut rien, refuse de parler, n’a plus de goût à la vie, reste dans son lit. Elle avait perdu son mari depuis quelque temps déjà, alors ça ne pouvait être ça ! Elle se laissait couler, une bonne décharge allait la rebooster !

Après une discussion animée, le praticien hospitalier me l’adresse pour quelques séances, c’est la thérapie de la dernière chance, un rendez-vous est quand même pris dans un service spécialisé pour les électrochocs. On me fait comprendre que s’il n’y a pas de résultats rapides, elle ira se faire électrochoquer, d’ailleurs sa fille, infirmière ne voit plus que cette solution pour la sortir de la dépression ; alors… puisque tout le monde est d’accord…

Mme A. se présente sur la défensive, elle n’a rien à me dire, ne voit pas d’utilité à ces séances, n’a pas envie de parler … mais elle a bien quelque chose à me dire, il fallait de la bonne façon, prendre le temps avec elle, pour que cela soit dit.

L’impossible à supporter qui la poussait vers le refus de tout était bien lié à la mort de son partenaire dans la vie. Quarante ans de vie commune. Elle refusait de l’oublier, sa mort ne passait pas, elle n’arrivait pas à se passer de cet homme qui suppléait pour de nombreuses choses au vide de son existence.

Une conversation s’engagea, sur sa vie, sur sa vie avec cet homme et maintenant sans sa présence physique, mais pas sans lui.

Il était toujours là, elle ne pouvait le laisser tomber, vendre la maison, liquider leur histoire, vivre pour elle-même et s’occuper d’elle. Elle ne serait jamais prête à sa disparition. Qui le lui demandait ? Elle ne cèderait pas sur ce lien vital à son partenaire pour la vie.

Mot à mot elle déplia tout ce qui comptait, et j’acquiesçais. Elle était surprise du ton de nos conversations, autant qu’elle était désemparée, au bord du vide laissé par son partenaire. Après trois séances, elle revint d’elle-même dans la salle commune du pavillon, puis se remaquilla, puis fit la demande d’aller chez le coiffeur. Je saisis ces occasions rapportées par les soignants pour éloigner le spectre de la sismothérapie.

Elle ira de mieux en mieux, viendra seule à chacune de ses séances jusqu’à son départ lorsqu’elle pu louer sa maison pour financer une maison de retraite confortable avec quelques meubles personnels. Depuis plusieurs années elle n’a pas eu de rechute dépressive, elle refusait qu’on la sépare de lui et de leur histoire, elle va bien. Elle aura pu parler avec un psychologue du service public orienté par l’enseignement de Freud et de Lacan, elle n’a passé aucune évaluation psychologique, aucun test psychomoteur, elle n’a pas eu à subir le moindre électrochoc.

Les recommandations faites aux français par le guide de l’INPES et de la HAS, sont une manipulation mentale, elles rejettent la cause de chaque parlêtre, les coordonnées subjectives de son mal-être, en faisant de la dépression une maladie du cerveau.

Mme A., comme tant d’autres, n’était pas malade de son cerveau, elle était déboussolée, angoissée face à la mort … de ce qui faisait sa vie.

C’était sa part d’humanité. La lui reconnaître l’a éloignée du pire.

Pour la reconnaître à chaque dépressif, et pour que chaque dépressif puisse la garder, ne suivez pas le guide ! Il n’est pas fait pour les humains, il les traite comme des Choses qu’il veut contrôler.


(1) À propos de cette nouvelle alliance entre la Haute autorité en santé et l’INPES rappelons que l’ANAES dont un Forum des psys appelait naguère à son démantèlement a été simplement rebaptisée Haute autorité en santé ; elle sévit plus que jamais dans les hôpitaux français aujourd’hui et cosigne ce guide de la dépression, ses méthodes y sont employées, ses buts y sont poursuivis. Rappelons-nous ce qu’en disait Jacques-Alain Miller lors du second Forum des Psys (voir. Le Nouvel Âne N°2 du 15 décembre 2003) :  » … Je considère que la méthode de l’évaluation, la méthode de l’ANAES, est une méthode perverse de manipulation mentale du public, et qu’elle nous traite comme des populations indigènes qu’on essayait, au temps de la colonisation, de gagner par de la verroterie. Je considère que c’est un fait capital que ce soit un psychanalyste qui formule ceci : L’ANAES, la méthode de l’évaluation, n’est pas réformable. Et donc, puisque c’est moi qui dirige ce Forum des psys, je proposerai qu’au Troisième Forum, dans quinze jours, en plus de ANNULATION DE L’AMENDEMENT ACCOYER, nous ayons sur nos banderoles : DÉMANTELEMENT DE L’ANAES. « .

(2) Le Nouvel Âne N°7 octobre 2007.

(3) À la définition d’Accréditer, dans Le petit Robert.

(4) Voir dans LNA N°7 les articles de Guy Briole, Éric Laurent, Sophie Bialek et Pierre Sidon.

(5) Voir dans LNA N°7 l’article de Jean-Claude Maleval.

(6) Jean-Claude Milner, La politique des choses, Navarin Éditeur. 2005.,

(7) Idem. pp13 et 14.

(8) Voir l’article de Philippe La Sagna dans Le Nouvel Âne N°7 octobre 2007.