Garanties démocratiques : un recul de plus

Commission nationale de déontologie de la sécurité
62 bd de la Tour-Maubourg – 75007 PARIS
T/ 01 53 59 72 72 – F/ 01 53 59 72 73

Communiqué – 21 septembre 2009

Sans avoir été consultée auparavant, la Commission nationale de déontologie de la sécurité a
pris connaissance, à l’occasion de sa publication, du projet de loi organique relatif au Défenseur
des droits. Elle en a délibéré lors de sa réunion en formation plénière du 21 septembre 2009.

Elle relève que ce texte prévoit sa suppression et le transfert de ses attributions à une seule
personne, le Défenseur des droits, nommé en conseil des ministres, à charge pour lui, lorsqu’il
intervient en matière de déontologie, de consulter un collège de trois personnalités désignées
respectivement par le Président de la République, le Président de l’Assemblée nationale et le
Président du Sénat, en raison de leur compétence dans le domaine de la sécurité.

Par comparaison avec son propre statut, la CNDS constate que cette nouvelle organisation :
1°) n’offre aucune des garanties d’indépendance qui tenaient au mode de désignation de ses
membres comprenant quatre parlementaires, des représentants du conseil d’Etat, de la cour de
cassation et de la cour des comptes et six personnalités qualifiées choisies par les autres
membres (art. 11) ;
2°) fait disparaître le caractère multidisciplinaire de sa composition qui lui a permis de regrouper
des juristes, avocats ou magistrats, un professeur de médecine légale, des universitaires et
chercheurs, d’anciens responsables de la police, ayant tous eu à connaître dans l’exercice de
leur profession des problèmes de déontologie des forces de sécurité, chacun apportant dans une
approche différente ses connaissances et expériences propres (art. 11) ;
3°) ne comporte aucune précision sur la qualité des délégués du Défenseur des droits pouvant
intervenir pour instruire et participer au règlement des affaires en matière de déontologie
(art. 28) ;
4°) permet aux autorités mises en cause de s’opposer à la venue du Défenseur des droits dans
les locaux dont ils sont responsables pour des motifs tenant « aux exigences de la défense
nationale ou de la sécurité publique ou dans le cas de circonstances exceptionnelles », cette
disposition ayant pour conséquence de donner désormais à ces autorités la faculté de se
soustraire à tout contrôle qui pourrait les gêner (art. 18) ;
5°) interdit toute investigation sur des réclamations émanées de personnes ou associations
témoins de manquements déontologiques ou de graves irrégularités en matière de reconduite à
la frontière en raison de l’impossibilité d’avertir les victimes de ces faits et d’obtenir leur accord
lorsque, entre-temps, elles auront été expulsées (art. 8) ;
6°) donne au Défenseur des droits le pouvoir arbitraire de rejeter toute requête sans avoir à
motiver sa décision ni respecter le principe de la contradiction (art. 20) ;
7°) va diluer au sein d’une institution omnicompétente des attributions spécifiques nécessitant
des connaissances et une approche particulières dans le domaine sensible des rapports entre les
citoyens avec les forces de sécurité, les manquements commis dans l’usage de la force légale
n’appelant ni « transaction » ni « règlement en équité » (art. 20 et 22).

La CNDS considère que sur chacun des points qui précèdent la réforme projetée marque un
recul des garanties démocratiques qu’elle offrait aux citoyens, pour le respect de leurs droits
fondamentaux.
Elle rappelle enfin que son existence et la qualité de son action ont été saluées par les
institutions internationales – notamment le commissaire européen aux droits de l’homme –, la
Commission nationale consultative des droits de l’homme et les O.N.G. attachées à la défense
des droits de l’homme, dont plusieurs ont exprimé le souhait de voir ses compétences et ses
moyens élargis.


Site FFPP :

http://www.psychologues-psychologie.net/index.php?option=com_content&view=article&id=262:la-defenseure-des-enfants-et-la-commission-nationale-de-deontologie-et-de-securite-&catid=49
= http://tinyurl.com/ye68928

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La Défenseure des enfants et la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité
Écrit par Brigitte Guinot

La Défenseure des enfants et la Commission Nationale de Déontologie et de Sécurité supprimés abruptement : un recul du droit et des libertés ou une évolution ?

Article paru dans Fédérer nº 51 [erratum : cf. nº 50] :
http://www.psychologues-psychologie.net/index.php?option=com_docman&task=cat_view&gid=1&Itemid=161
= http://tinyurl.com/mxv7sf

Deux projets de loi examinés le 9 septembre en Conseil des ministres visent à supprimer les autorités indépendantes suivantes : celle de la « Défenseure des enfants » (1) et celle de la « Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité » (2). Un nouveau projet « Défenseur des droits » (3) englobera les missions jusque là imparties à ces deux autorités. Revenons sur les prérogatives de ces deux instances qui ont en commun de donner la parole à ceux qui s’estiment lésés.

La Défenseure des enfants est une institution de l’Etat, qui a le statut d’Autorité indépendante « afin de pouvoir intervenir de façon neutre et impartiale en faveur des enfants dont les droits ne seraient pas respectés ».

Souvent identifiée à la personne qui en assure la responsabilité (la Défenseure des enfants, actuellement Madame Dominique Versini, qui a succédé en 2006 à Madame Claire Brisset), cette institution de l’État, dispose de prérogatives multiples, comme recevoir et traiter des réclamations individuelles (droits de l’enfant non respectés et situations non résolues de manière satisfaisante par les structures ou organismes compétents), proposer des modifications de textes législatifs, réglementaires ou de pratiques afin d’apporter des solutions à des dysfonctionnements collectifs, ou encore rendre des avis sur tous les projets de loi qui concernent les mineurs. La Défenseure des enfants a également pour mission de développer des actions de formation et d’information. Tous les ans, elle remet au Président de la République et au parlement un rapport d’activité comprenant une partie thématique.

La Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité (CNDS), créée en 2000 sous le gouvernement Jospin, est elle aussi une institution de l’État au statut d’autorité indépendante. Elle veille au respect de la déontologie par les personnes exerçant des activités de sécurité sur le territoire, qu’il s’agisse de professions publiques ou privées. Ni tribunal ni conseil de discipline, c’est un lieu de recours et de contrôle. Elle peut être sollicitée par tous, mais toujours sur saisine d’un parlementaire. Ses moyens juridiques sont très importants : le secret professionnel ne peut lui être opposé. Ainsi tout refus de lui répondre constitue une infraction pénale. Elle peut exiger renseignements ou documents et effectuer une visite dans les locaux professionnels. Elle peut saisir les autorités hiérarchiques ou les autorités judiciaires, si elle constate des manquements à la déontologie ou une infraction pénale. Elle produit un rapport annuel qu’elle remet au Président de la République, dont la lecture fait état d’un grand nombre de dysfonctionnements des services visés. Elle peut également publier un rapport spécial au Journal Officiel si elle estime ne pas avoir reçu de réponse appropriée des autorités administratives dans le cadre d’une affaire particulière. Elle ne peut, en revanche, intervenir dans le cadre d’une instruction en cours. Si ses moyens juridiques sont conséquents, la commission souffre d’un sous financement qui entrave sa mission.

La disparition de ces deux institutions a été programmée dans le projet de loi constitutionnel voté le 3 juin 2008. L’article 31 a créé un poste de « Défenseur des droits » (appelé initialement « Défenseur des droits des citoyens »). L’objet de cette institution est de renforcer et de donner plus de cohérence et de lisibilité à la protection des droits et des libertés des citoyens en la dotant de pouvoirs renforcés sans toutefois définir précisément le périmètre d’activité de son action qui devrait porter « sur une approche pragmatique et progressive ».

La mise en place de cette institution nouvelle n’a fait l’objet d’aucune concertation avec les principaux intéressés, en particulier les deux institutions dont la suppression est programmée. L’une et l’autre ont été mises devant le fait accompli.

Madame Versini, actuelle « Défenseure des enfants » a réagi vigoureusement. Elle a été rejointe par un grand nombre d’associations ou de politiques qui tous dénoncent le caractère autoritaire du mode opératoire. La revue de presse sur ce sujet est vigoureuse et engagée : « recul », « nouveau recul des droits de l’homme », « recul des droits et des libertés fondamentales », « affaiblissement des droits des enfants », « mauvais coup contre la protection de l’enfance », « inacceptable régression de l’État de droit »…

La Ligue des droits de l’Homme (LDH), dans son communiqué, résume parfaitement la situation : « Sans doute l’actuelle Défenseure des enfants a-t-elle déplu en prenant au sérieux la défense des enfants et de leurs droits, comme la Commission nationale de déontologie des forces de sécurité avait eu le tort de reconnaître l’existence de violences policières, ce qui lui avait valu naguère une tentative d’étranglement budgétaire. La punition sera donc la même pour ces deux autorités trop indépendantes : elles disparaissent au profit du Défenseur des droits prévu par la récente révision constitutionnelle, institution généraliste et donc moins gênante ».

Nous avions rencontré il y a deux ans les collaborateurs de Madame Versini. L’objet de la rencontre était bien sur de lui présenter la FFPP, ses travaux, ses engagements et ses missions. Nous avions particulièrement plaidé pour une meilleure visibilité des psychologues, qui d’après nous n’étaient pas suffisamment marquée dans les travaux et les rapports de la Défenseure des enfants. Nous avions proposé notre collaboration par l’apport technique de professionnels reconnus par la communauté professionnelle pour leurs compétences sur les sujets traités. Madame Versini a accepté à deux reprises de participer (octobre 2007 et octobre 2009) aux colloques de Psychologie et de psychopathologie de l’enfant de la FFPP. Nous y avons reconnu une contribution à la reconnaissance de l’apport des psychologues en même temps que nous étions honorés de l’audience donnée par ce contexte aux missions défendues.

Pour la FFPP, le bureau fédéral.

(1) http://www.defenseurdesenfants.fr/

(2) http://www.cnds.fr/

(3) http://www.vie-publique.fr/actualite/panorama/texte-discussion/projet-loi-organique-projet-loi-relatifs-au-defenseur-droits.html
= http://tinyurl.com/y9twjwm

(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Defenseur_des_enfants
= http://tinyurl.com/ybtsche

Colloque AFP sur l’évaluation

[Document : Colloque de l’Association française de psychiatrie sur l’Évaluation des psychothérapies et de la psychanalyse]

L’Association française de psychiatrie réunit en colloque psychiatres, psychologues, psychanalystes, à l’exception des tenants de la psychothérapie relationnelle. Il existe bien un Quatrième groupe en psychanalyse, bien représenté dans cet aréopage, mais pas de quatrième côté du Carré psy, entité inconnue chez nos éminents collègues. De là-haut ils ne distinguent pas les fourmis que nous sommes.

Ils vont donc se retrouver entre eux — on est mieux seul avec soi-même pour nier l’existence de l’autre que face à lui c’est vrai, seuls pour s’interroger entre eux sur les pratiques évaluatives et examiner leur influence sur la fabrique de la vérité et de la clinique.

Nul doute qu’il s’y prononcera de belles et espérons-le sages paroles. Nul doute également que notre absence programmée ne sera pas remarquée. Nous n’avons pas eu encore le loisir de prendre connaissance du prometteur ouvrage de Georges Fischman. Avoir pour préfacier Widlöcher constitue un vaste programme à soi tout seul quand on sait que notre Professeur émérite eut l’insigne mérite d’infléchir la psychanalyse vers le neuroscientisme et de la dégrader de discipline en simple métier récupérable par l’État pour tenir chacun à sa place en période de crise. De crise biosociale puisque de nos jours tout ce qui touche au social est d’abord génétique c’est cela le progrès de la « science ». Nous le consulterons avec le plus vif intérêt.

Éric Laurent étant fort lié à Jacques-Alain Miller voici la Cause freudienne réunie à « l’évaluation adaptée aux psychothérapies et à la psychanalyse« . Nicolas Duruz représente à lui (tout) seul « les psychothérapies », il est vrai que son œuvre est considérable, le voici embarqué dans cette éméritale aventure.

L’Inserm (Jean-Michel Thurin) sera présent et pondérera comme il a montré qu’il sait faire les débats qui protesteront de l’irréductibilité de la psyché dans le temps qu’il faut bien tout de même en prendre la mesure avant que l’État ne prenne les siennes.

On regrettera Roland Gori, pas si fou pour aller noyer son poisson dans ces eaux incertaines. On n’en finirait pas de commenter cette passionnante réunion. Allez-y donc voir et entendre, que vous n’existez tout simplement pas. Sans doute le pluriel nous protège : « les psychothérapies » ça n’est pas la psychothérapie relationnelle. Ça n’est pas non plus ce qu’ils ont coutume de nommer « les psychothérapeutes« , c’est-à-dire nous.

ils se retrouvent à trois, nous, le quatrième côté du carré qu’ils continuent de voir triangulaire comme il y a un quart de siècle — il faut dire que c’est de leur âge apparemment, sommes bien là, hors de leur jeu, avec notre propre système de véridiction et notre processus de subjectivation, réfractaires au principe même de l’évaluation. Ouverts sur le devenir du sujet et la difficile aventure de sa liberté.

Qui pas davantage que l’égalité et la fraternité, ne supporte l’entrave mortifère de la mesure psycho comptable.

Philippe Grauer

Psychiatrie soin relation et Nuit sécuritaire

Contre La Nuit Sécuritaire – Appel des 39

La psychiatrie se verrait-elle expropriée de sa fonction soignante, pour redevenir la gardienne de l’ordre social ?

Nous, citoyens, professionnels du soin, du travail social, refusons de servir de caution à cette dérive idéologique de notre société.

COMMUNIQUÉ

Collectif des 39 – Contre la nuit sécuritaire

De nouveau à Montreuil

SAMEDI 28 NOVEMBRE 2009 :

Depuis plusieurs mois, un mouvement se construit au sein de la psychiatrie. Pour sa part, le collectif des 39 a élargi son action au-delà de la condamnation du discours sécuritaire. Lors des nombreux forums et rencontres organisés, nous avons pu constater la présence d’un engagement fort au sein des personnes confrontées au soin psychique ainsi qu’une importante volonté de résistance. De multiples témoignages ont montré une indignation massive vis-à-vis des conditions dans lesquelles se pratique la psychiatrie aujourd’hui, manifesté une exigence de modifier les pratiques quotidiennes, de sortir de l’isolement afin d’opérer une mise en commun.

Pour prendre acte de ce tournant et l’élargir, nous avons décidé d’organiser une rencontre nationale le samedi 28 novembre à Montreuil (La Parole Errante à la Maison de l’Arbre).

Il s’agirait de questionner ce qui est en jeu à travers l’ensemble des « réformes » qui voudraient s’imposer, à savoir la réduction des « usagers de santé mentale » à une somme de conduites déviantes à corriger, impliquant en miroir la réduction du rôle de soignant à une somme de fonctions : celle de technicien, d’agent administratif, d’agent du maintien de l’ordre public… Déplaçant ainsi les priorités du soin psychique sur un pôle gestionnaire et sécuritaire, au détriment de la dimension thérapeutique relationnelle, aboutissant à cette situation paradoxale de créer une nouvelle génération de soignants dont la priorité n’est plus de soigner.

Cette exigence de « modernité » et de « réalisme » ne conduirait-elle pas à une réactualisation de pratiques passéistes, telles que le tri, la mise à l’écart, l’enfermement irréversible des populations « marginales », au sein de laquelle les « néo-soignants » reproduiraient une version contemporaine des antiques « gardiens de fous » ?

La seule position lucide et réaliste en psychiatrie est-elle celle qui nous est prescrite par les réformes en cours ? Ou nous est-il possible d’envisager avec sérieux une position soignante rénovée, fondée sur le soin relationnel, la rencontre singulière et le travail collectif ?

Dès maintenant, réservez la date : Samedi 28 Novembre, toute la journée.


Continuez à SIGNER LA PÉTITION, et diffuser cette lettre autour de vous.

http://www.collectifpsychiatrie.fr/phpPetitions/index.php?petition=1
= http://tinyurl.com/5u72h2

TDAH un nouveau trouble de la jeunesse

C’est arrivé près de chez vous.

Le délire DSM visant à découper en tranches ahurissantes les êtres humains selon des profils stéréotypés de bande dessinée s’installe partout, cautionné par les pouvoirs publics, avec le statut de recherche scientifique parfaitement respectable. C’est ce qui se fait de mieux en ce moment vous dit-on et se dit-on. Non c’est ce qui peut se concevoir de pire. Vous ne connaissiez pas le TDAH. un virus de la classe DSM. La forme cataloguée scientistiquement façon épidémiologique de la difficulté d’une jeunesse aux prises avec un monde déshumanisant désorientant managerial et pervers.

On savait déjà l’hyperactivité, symptôme taillé à l’aune de la Ritaline, en relation avec le manque de sommeil des enfants. Mais il n’en faut rien dire ni savoir, cela n’est pas du savoir tendance. On avait noté que les jeunes c’est bien connu ne s’intéressaient à rien, on sait maintenant que c’est parce qu’ils sont affectés par le TDA indice + ou moins H. Après la vertu dormitive de l’opium voici venir la vertu agitative on va bien finir par détermine r de quoi. Les médecins de Molière restent à l’ordre du jour, malheureusement on se demande comment intéresser nos nouveaux malades à l’œuvre de Molière. On ne sait jamais, peut-être en les aidant à en jouer. Pensez donc, la programmation générale de l’Éducation nationale n’a pas prévu de canaliser leur agitation dans des activités qui dépasseraient et de loin la découpe en rondelles horaires successives, une certaine passion pédagogique, et puis quoi encore ?

Non, étudions de près le TDAH qui rôde à nos portes, chiffrons le au plus serré,

Philippe Grauer


Nice, le 30 septembre 2009

L’Inspecteur d’Académie Directeur des Services Départementaux de l’Éducation Nationale

à

Mesdames et Messieurs les Chefs d’Établissement de Nice

Objet :

Participation des établissements scolaires niçois pour l’année 2009-2010 à l’étude épidémiologique « ChiP-ARD ».

L’Inspection Académique des Alpes-Maritimes s’est associée au Centre Hospitalier Universitaire de Nice pour réaliser une étude épidémiologique dirigée par le Docteur Hervé CACI, pédopsychiatre à l’hôpital de l’Archet. Cette étude est financée par le Ministère de la Santé au titre du Programme Hospitalier de Recherche Clinique 2009.

Cette étude est ambitieuse : 4000 enfants scolarisés sur Nice, âgés de quatre à dix-huit ans, ainsi que leurs parents seront amenés à y participer. La grande majorité des établissements scolaires niçois sera concernée : cent cinquante quatre écoles maternelles et primaires, collèges et lycées (représentant plus de mille classes au total) ont été tirés au sort. Cette étude a pour but d’établir, en fonction de l’âge et du sexe, les normes des scores de plusieurs questionnaires évaluant le comportement des élèves et de leurs parents avec un intérêt particulier pour le Trouble Déficitaire de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH).

Ce type de projet a déjà été mené dans d’autres pays ; il s’agit ici d’adapter les scores à une population française. Sans ces normes, les professionnels de santé (les médecins, y compris les médecins scolaires et les psychologues) peuvent difficilement repérer, évaluer voire diagnostiquer ce trouble. De fait, la mise en place d’une prise en charge efficace devrait être facilitée par les résultats de cette étude.

La communauté scolaire est largement concernée par la thématique de ce projet.
En effet, le TDAH est clairement lié aux difficultés d’apprentissage voire à l’échec scolaire.
Il est donc demandé aux chefs d’établissement de tout mettre en œuvre pour assurer le bon déroulement des différentes étapes de l’étude.
Pour la réussite de l’étude et la validation des résultats, la participation de toutes les classes (4 élèves par classe) des différents établissements sélectionnés est nécessaire.

Dans un premier temps, afin de vous fournir toutes les informations nécessaires, une réunion co-organisée par l’Inspection Académique des Alpes- Maritimes et le CHU de Nice est prévue (cf : lettre jointe). Cette réunion de présentation de l’étude est destinée aux chefs d’établissement, aux enseignants et aux médecins scolaires. Les représentants de l’Académie des Alpes-Maritimes, du CHU de Nice et le Dr. Hervé CACI seront présents à cette occasion. Deux sessions seront organisées afin de réunir le maximum de participants.

Dans un second temps, une information au sein de chaque établissement aura pour but d’exposer aux enseignants le déroulement précis de l’étude et les modalités exactes de leur participation.
Cela se déroulera en novembre 2009. Les données devront être collectées au premier trimestre 2010, un dédommagement pour les établissements est prévu pour leur participation.
Des informations complémentaires sont nécessaires pour la mise en place de l’étude.

Vous trouverez ci-joint des documents à remplir et à renvoyer dans les meilleurs délais par mail, fax ou courrier.

Je vous remercie de votre participation.
Philippe JOURDAN.

Entretien avec Élisabeth Roudinesco

Pourquoi faut-il remonter au Moyen-Âge pour comprendre comment se pose aujourd’hui la question juive ?

On confond aujourd’hui, sous une même dénomination, des réalités différentes. Le mot antijudaïsme désigne, au Moyen-Âge, une hostilité envers la religion juive. Il est persécuteur et vise à bannir les Juifs ou à les convertir afin d’assurer la domination du christianisme.
Avec la critique de la cosmologie divine, apparaît un autre antijudaïsme qui, de Spinoza à Marx, vise à libérer les hommes de toute emprise religieuse et donc à faire des Juifs des citoyens comme les autres. Cet antijudaïsme prend corps en France avec la loi du 13 novembre 1791 sur l’émancipation des Juifs.

L’antisémitisme s’affirme à partir de 1850. De manière tout à fait différente, il prétend distinguer des « races » et non plus des religions : les Aryens, supérieurs, les Sémites, inférieurs. Il est persécuteur et il intègre l’antijudaïsme chrétien. Il conduira à Auschwitz.

Comment la création de l’État d’Israël en 1948 a-t-elle pesé sur la façon dont les Juifs de la diaspora vivent leur condition ?

Le sionisme est né de l’antisémitisme au moment de l’Affaire Dreyfus. Il mobilise la haine anti-juive pour la retourner en son contraire, en une fierté d’être juif, avec un projet de retour en terre promise. Mais de nombreux Juifs de la diaspora sont hostiles à cette utopie et se définissent comme antisionistes : c’est la cas de Freud qui tout en étant solidaire des réalisations sionistes en Palestine n’est pas favorable à la création d’un État pour les Juifs.

Dans le monde arabe, le geste de 1948 est vécu comme une expropriation dénuée de légitimité. Et du coup, entre Juifs d’Israël et Juifs de la diaspora, de nouveaux liens se tissent, selon que les uns et les autres prennent parti pour ou contre ce nouvel État, ou pour ou contre sa politique envers les Arabes, oscillant entre apologie et anathème. À mesure que la guerre se perpétue, l’islamisme, à travers une autre forme d’antisionisme, devient le vecteur de l’antisémitisme né en Europe mais banni des démocraties occidentales par des lois, après 1945. Le risque est donc grand que s’affrontent, un peu partout, des Juifs orthodoxes et racistes et des Arabes islamisés et antisémites. Ces deux attitudes extrêmes rendent impossible toute tentative de paix fondée sur la raison et la négociation.

Comment expliquez-vous la multiplication des procès en antisémitisme depuis 20 ans ?

Elle est consécutive à ce manichéisme. Plus personne ne sait de quoi il parle et chacun traite son adversaire de nazi, croyant déceler l’antisémitisme là où il n’est pas pour mieux l’ignorer là où il est. En conséquence, la passion se déploie, hors de toute rationalité, notamment sur internet.

Polanski — ténébreuse affaire suisse, imbroglio judiciaire, où en est-on ?

Une affaire qui « puerait le fric », bien davantage qu’une affaire de mœurs (1« ) ? la respectable et neutre Suisse aurait tendu un traquenard dans le cadre d’un coup tordu où c’est le cou du réalisateur qui serait donné à voir ? Un vif débat s’engaga lors de la session au Cifp dont parle l’autrice du billet. Pas si simple !

Notre étudiante écrit ici sous sa seule responsabilité, avec sa sensibilité de citoyenne helvétique et d’étudiante d’une école de psychothérapie relationnelle. Comme on dit chez nous au Cifp qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son. Nous livrons ce billet à votre réflexion. Évitons dans cette affaire le surdimensionnement émotionnel populiste.

Prenez ce billet d’humeur comme il vient. Si du dialogue s’ensuit, qu’il s’ensuive. Ce genre de fait nécessite toujours un traitement discret, dans l’intérêt de toutes les parties. La masse médiatisation pose la question du changement de registre.

Nous joignons à cette brève un plus récent article du Monde, qui refait le tour de la question. Chacun devient circonspect dans une affaire qui pour le fond n’innocente pas le cinéaste.

Philippe Grauer


La stratégie du bunker

Il n’y a pas plus tard qu’une semaine je disais au cours de psychopatho que le passé Suisse était encore poison et plus que ça !

En voilà une nouvelle preuve. All Zeit bereit : toujours prête à dénoncer, livrer et délivrer dans la stratégie de ses intérêts et de la manière la plus lâche.

Que Polanski aie commis un acte intolérable il y a plus de 30 ans est une chose et le film documentaire sorti cet hiver à ce sujet à soulevé controverse et polémique. Il montre le contexte de l’époque, fait aussi parler la victime, mais en effet il a mis plus l’accent sur l’attitude politiquement incorrect de Polanski. Ne confondons pas les faits avec ce qui se passe actuellement : d’inviter quelqu’un pour un hommage pour lui mettre la main au colet pour un crime commis il y a 32 ans, jugé et puni. On peut penser qu’il s’agit de bien autre chose, d’ordre très politique. Épingler un mauvais juif doit faire plutôt plaisir aux teneurs de comptes infiniment plus immoraux.

Aujourd’hui où le passé le rattrape montre bien que ce n’est qu’un prétexte, qu’il y une justice américaine ou plutôt des hommes qui ne lui ont pas encore pardonné d’avoir tenu tête et d’avoir échappé à leur pouvoir tout puissant, il y a un juge en particulier, mort pourtant. 

Mais la Suisse, neutre comme je l’entend dire, toujours prompte à servir, l’a invité pour mieux lui tirer dans le dos dès sa descente d’avion, pour le délivrer menottes aux poings à qui de droit soit disant ! Pour preuve, il n’y a que la Suisse romande qui s’est jointe au mouvement de solidarité international, la Suisse allemande, Zurich en tête, qui l’aurait invité pour lui rendre hommage, l’invite maintenant à aller se rendre au USA et à négocier ! Je rêve.

Cependant il y en a pour qui cette affaire tombe à pic, pour les gouvernants suisse, les gnomes comme les appelle Ziegler, pour faire encore preuve d’autorité même si leur image de fiabilité a pris un sacré coup dans l’aile. Je suis prête à parier que c’est encore l’or stocké dans les bunkers qui permet à UBS et au Crédit Suisse de retomber sur leurs pieds. Il y aurait long à dire sur le dessous des cartes de cette affaire qui pue.

Sabine Sprich


Le Monde du 7 octobre 2009

Prescription et exceptions

L’encombrant M. Polanski


Dix jours après l’arrestation de Roman Polanski, le 26 septembre, le sentiment général, en France et dans le monde, ne joue pas en faveur du cinéaste, accusé d’avoir eu des  » relations sexuelles illégales  » avec une mineure en 1977

Cela fait dix jours que Roman Polanski est emprisonné dans un lieu tenu secret, à Zurich, en Suisse. Et il faudra probablement attendre plusieurs mois pour savoir s’il sera extradé ou non vers les Etats-Unis, qui le réclament. Le cinéaste, à 76 ans, se voit rattrapé par la justice de Californie, qui lui reproche d’avoir eu des rapports sexuels avec une mineure de 13 ans, en 1977, dans la villa de Jack Nicholson, plantée sur le mythique Mulholland Drive de Los Angeles.

Dix jours ont passé depuis l’arrestation du cinéaste franco-polonais, à l’aéroport de Zurich, samedi 26 septembre, et le sentiment général à l’égard de Polanski, en France et dans le monde, n’est plus le même, qui ne joue pas en faveur du cinéaste. Les professionnels du cinéma qui le soutiennent depuis le début de l’affaire, des Français surtout, se retrouvent isolés. En Suisse par exemple, qui va devoir gérer longtemps un prisonnier encombrant, le sentiment général est :  » Renvoyez Polanski en Amérique.  » Dans le monde entier, les forums sur Internet dénoncent  » l’élite culturelle, le bling-bling politico-artistico-médiatique qui part à la rescousse d’un people pédophile en cavale « .

Bernard Kouchner, qui demandait à son homologue américaine Hilary Clinton d’intervenir pour libérer le cinéaste, s’est vu répondre que cette affaire est du ressort de la justice de Los Angeles. La réaction à chaud, sanguine, de Frédéric Mitterrand, le 27 septembre, semble très loin. Le ministre de la culture – le fait est rarissime – avait pointé un coupable :  » Il y a une Amérique généreuse que nous aimons, il y a aussi une certaine Amérique qui fait peur, et c’est cette Amérique-là qui vient de nous présenter son visage.  » L’Elysée, qui reste très discret sur l’affaire Polanski, avait très diversement apprécié cette sortie, d’autant que le ministre s’était présenté comme le porte-parole du président.

La pétition en faveur de Roman Polanski, lancée en France, a bien reçu quelques signatures en provenance d’Hollywood, mais peu : Martin Scorsese, Woody Allen, John Landis, David Lynch, Alexander Payne, Wes Anderson, Darren Aronofsky, Julian Schnabel… Les stars d’Hollywood ne tiennent pas à risquer leur popularité.

Les signataires avancent plusieurs arguments : cette affaire date d’il y a trente ans et le débat sur la prescription doit être rouvert ; Polanski a déjà fait quarante-deux jours de prison, la victime a retiré sa plainte et ne crie pas vengeance, et on n’arrête pas une personne qui répond à l’invitation d’un festival de cinéma, en l’occurrence celui de Zurich. Tout cela est vrai. Mais tout cela pèse peu par rapport au tir d’arguments avancés par la presse américaine ou l’Internet : le rappel des faits dans toute leur crudité, la fuite de Polanski avant son jugement, l’égalité devant la justice quels que soient la notoriété ou le talent.

L’évolution de Whoopi Goldberg est exemplaire. Mercredi 30 septembre, la populaire comédienne américaine a défendu Polanski avec ce commentaire dans son talk-show  » The View « , sur ABC :  » Ce n’était pas un viol-viol.  » Mais le lendemain, à la suite de critiques, elle a nuancé ses propos et détaillé à l’antenne les chefs d’accusation pesant sur Polanski :  » Fourniture de substance réglementée à une mineure, actes obscènes sur un enfant de moins de 14 ans, relations sexuelles illégales, viol par usage de drogue, perversion et sodomie. « 

Le témoignage de la victime, Samantha Geimer, recueilli à l’époque par un grand jury d’inculpation, circule partout sur l’Internet et confirme dans ses convictions une opinion américaine de moins en moins tolérante vis-à-vis des rapports sexuels entre adultes et enfants mineurs ; comme en Suisse. La presse américaine, comme britannique, ne se prive pas de rappeler les faits. Le sérieux Independent de Londres, par exemple, résume les faits en quelques mots violents à la  » une  » de son édition du 29 septembre.

Même chose pour le chroniqueur du Los Angeles Times, Steve Lopez, qui, à la  » une  » du 30 septembre, exprime son choc à la lecture du récit du rapport sexuel subi par la fillette, qu’il étale à son tour. Le titre de son texte résume un sentiment général aux Etats-Unis :  » Les défenseurs de Polanski ont perdu de vue la vraie victime.  » Et de rappeler, avec moult détails, minute par minute, ce qui s’est passé ce 10 mars 1977. La presse américaine se demande enfin :  » Pourquoi la France aime-t-elle Polanski ? « 

Dans son autobiographie, Roman par Polanski (Laffont 1984), le cinéaste donne sa version des faits. Il raconte que, ayant  » renoué avec son intérêt pour la photo « , il avait proposé à Gérald Azaria, rédacteur en chef du magazine français Vogue Hommes, un reportage photo montrant  » les filles telles qu’elles étaient désormais : sexy, effrontées et bien humaines « . La séance avec Samantha Geimer se termine dans le jacuzzi.

Polanski, 43 ans lorsqu’il publie ce livre, reconnaît avoir eu un rapport sexuel et bu du champagne avec la fillette, mais son récit évite les détails les plus préjudiciables pour lui. A plusieurs reprises, la jeune fille essaie de s’opposer, de dire non. Elle a également dit que Polanski lui avait donné un morceau de Quaalude (un sédatif), qu’elle a avalé avec une gorgée de champagne. La mère a aussitôt porté plainte et le réalisateur a été arrêté le lendemain.

Selon le droit californien, tout rapport sexuel avec un mineur, même  » consentant « , est un crime imprescriptible. Les témoignages de la victime et d’autres témoins (dont l’actrice Anjelica Huston), recueillis à huis clos par le grand jury, ont entraîné six chefs d’inculpation.

C’est à partir de ces faits que quasiment toute la presse américaine, le New York Times en tête, mais aussi une bonne part de la blogosphère, estime que Polanski doit être extradé et jugé. C’est encore la question des faits qui, en France, a emporté la conviction de la plupart des députés UMP mais aussi de personnalités de gauche. D’où la grogne contre l’envolée jugée trop rapide et imprudente de Frédéric Mitterrand, lancée il y a quelques jours par le député UMP de Maine-et-Loire, Marc Laffineur.  » J’ai rappelé qu’il ne faut pas faire d’ingérence vis-à-vis de la Suisse et des Etats-Unis. Et puis, avoir des relations sexuelles avec une fille de 13 ans, ce n’est pas anodin. On doit être prudent, même si l’affaire date de trente ans. « 

Daniel Cohn-Bendit, leader écologiste et ardent défenseur des libertés, a surpris en disant son trouble :  » Polanski est défendu avec trois arguments que je refuse. Dire « c’était il y a trente ans », c’est trop simple, ça relève d’un vrai débat sur la notion de prescription, qui n’est pas la même selon les pays. Dire « c’est un grand artiste », c’est vrai, mais s’il est malade, il doit se soigner. Dire « c’était une autre époque », c’est sous-entendre qu’après 1968 tout était permis. C’est totalement fallacieux : en 1968, on n’avait pas le droit de violer les petites filles en les droguant.  » M. Cohn-Bendit admet que ce sujet lui est sensible : ses écrits  » provocateurs  » sur la sexualité des enfants, en 1975, lui ont souvent été reprochés.

Il y a les faits, et il y a aussi la question controversée du procès, que les défenseurs de Polanski vont creuser. Le 8 août 1977, pour éviter un procès qui aurait traumatisé la victime en la contraignant à témoigner publiquement, le juge Laurence Rittenband, les avocats de Polanski et le procureur se mettent d’accord sur un  » plea bargain « , une pratique courante : Polanski plaide coupable du seul chef d’inculpation  » relations sexuelles illégales  » et le ministère public abandonne les autres charges.

Le juge (aujourd’hui décédé) se serait engagé à ne pas incarcérer le cinéaste au-delà de son internement pour évaluation psychiatrique à la prison de Chino. Après quarante-deux jours de détention et un rapport affirmant qu’il n’y a pas de déviances sexuelles chez Polanski, ce dernier est libéré. En attendant son jugement. La veille de l’audience du 1er février 1978, Polanski fuit, craignant que le juge ne respecte pas sa parole. Il n’y a donc jamais eu de procès ni de peine prononcée.

Du reste, l’actuel mandat d’arrêt visant Polanski se cantonne au seul chef d’inculpation de  » relations sexuelles illégales « . Sauf que, depuis l’interpellation, le bureau du procureur de Los Angeles a suggéré que la fuite de Polanski pourrait invalider cet accord, et donc placer à nouveau le réalisateur sous le coup des six chefs d’inculpation initiaux. Intervient ici la personnalité de Steve Cooley, District Attorney (procureur) du comté de Los Angeles. Le sort de Roman Polanski dépend beaucoup de lui. Il a obtenu son arrestation en Suisse, il compte bien l’extrader et le faire comparaître. Sans doute M. Cooley a-t-il été piqué au vif quand les avocats de Polanski ont déclaré lors d’une audience de demande de classement de l’affaire, en décembre 2008, que le procureur n’avait pas vraiment fait d’efforts, depuis quelques années, pour faire extrader le cinéaste…

 » Justice sera enfin faite « , a-t-il déclaré, indiquant qu’il visait une peine plus sévère que celle de 1977.  » Sa peine très, très, très légère n’est plus envisageable avec les lois actuelles.  » Pour ce républicain de 62 ans, fils d’un agent du FBI, à son poste depuis 2000, et dont il faut rappeler qu’il est élu, les enjeux sont énormes. L’affaire Polanski intervient après l’acquittement de plusieurs personnalités : en 2004, la vedette de football américain O.J. Simpson, poursuivi pour le double meurtre de son ex-femme et d’un ami ; en 2001, l’acteur Robert Blake pour le meurtre de sa femme. Avec Roman Polanski, Steve Cooley, réélu en 2004 et en 2008, est déterminé à prouver à ses électeurs que Los Angeles, siège de l’industrie du cinéma, ne pratique pas une justice indulgente envers les stars.

Polanski doit  » être traité comme tout le monde « , confirme le gouverneur de Californie et ancien acteur Arnold Schwarzenegger. Même avis pour Jill Stewart, rédactrice en chef de l’hebdomadaire L.A.Weekly et experte de la politique locale :  » La population du comté de Los Angeles, majoritairement ouvrière, s’offusque quand des privilégiés se voient offrir des accords à l’amiable et échappent à la justice, alors que les gens autour d’eux n’ont pas cette chance. « 

M. Cooley devra aussi rendre des comptes du coût – financier et en personnel – d’une affaire vieille de trente-deux ans. D’autant que la justice en Californie est surchargée, contrainte d’opérer des coupes budgétaires et de fermer certains jours ses tribunaux. Et l’Etat de Californie est tenu, par décret fédéral, de réduire sa population carcérale de 40 000 prisonniers.

Les avocats de Polanski, qui ont récemment déclaré que leur client était  » digne mais tendu  » dans sa prison suisse, ne manqueront pas enfin de rappeler un épisode du film documentaire Roman Polanski, Wanted and Desired, de Marina Zenovich, dans lequel David Wells, substitut du procureur en 1977, dit avoir communiqué avec le juge Rittenband au cours de l’instruction. C’est interdit. M. Wells a tenté de corriger le tir, il y a peu, sur CNN.  » J’ai dit ça pour animer mes propos « , a-t-il lancé, peu convaincant. Il a été incapable de répondre à la question :  » Mentiez-vous à l’époque ou mentez-vous maintenant ? « 

Agathe Duparc, Pierre Jaxel-Truer et Claudine Mulard

  • 1 À resituer dans son contexte et qui fut à demi jugée et en quelque sorte gelée.

Évaluation à la britannique — psychothérapeutes et psychanalystes solidaires contre le cauchemar

Un document de Grande-Bretagne

Présentation de la SIHPP

Nous avons publié dans le numéro précédent un document dû à diverses associations  de Grande-Bretagne. Il nous paraissait urgent de le donner dans sa version originale. Quelques explications nous semblent les bienvenues.

Vous trouverez donc  ci-joint :

– Une présentation du texte due à Élisabeth Roudinesco

– Le document  en anglais, déjà publié

– Une traduction en français que nous devons à la gentillesse de Mmes Paola Costa et Carmen Hernandez


Un véritable cauchemar

{{Le remède est pire que le mal (1« )

Le texte que nous vous présentons ici semble tout droit sorti d’un véritable cauchemar. On y parle de la psychothérapie – c’est-à-dire aussi de la psychanalyse, bien qu’elle ne soit pas directement nommée – et de la manière dont les évaluateurs et autres agents de la normalisation sécuritaire se sont arrogés le droit de contrôler l’incontrôlable au gré d’une argumentation imparable. Il s’agit en effet de protéger le public de tous les charlatans possibles qui sont sensés polluer les sociétés démocratiques. Autant dire qu’il s’agit de protéger le sujet contre lui-même sans jamais lui demander le moindre avis. Au vu de cette horreur qui nous attend – et dont les psychanalystes n’ont pas encore pris la mesure en France -, on ne peut s’empêcher de penser que le remède au mal est pire que le mal.

Évaluateurs charlatanesques

Car les arguments invoqués par les évaluateurs sont tout aussi charlatanesques que les dérives qu’ils prétendent dénoncer. Si demain nous avons le choix entre la froide technologie prônée par des comités anonymes d’experts parlant en patagon, et les médecines dites “naturelles” des sectes et autres représentants de l’obscurantisme, on peut se demander ce qu’il adviendra des patients et des praticiens, quand on sait que les névroses, psychoses et autres troubles psychiques sont en progression constante dans nos sociétés, abreuvées pourtant de thérapies et de médicaments divers. Peut-être y a-t-il d’ailleurs un lien à établir entre la volonté normalisatrice des comités de santé et la progression du malheur social et psychique dans un monde voué désormais à un projet de rentabilité dont on ne cesse de constater l’échec?


Psychothérapeutes de toutes tendances alliés aux psychanalystes de toutes obédiences

On comprend alors pourquoi, en Grande Bretagne, les psychothérapeutes de toutes tendances se sont alliés avec les psychanalystes de toutes obédiences, à l’exception de ceux de British Psychoanalytic Society (BPS) — dont hélas le déclin est proclamé ouvertement par ses propres adhérents  — afin de s’opposer à ce projet ubuesque mis en oeuvre par le HPC. Fondé en 2001 par l’Ordre des professions de santé, cet organisme, qui réunit toutes sortes de professions, s’est donné pour tâche de protéger le public de tous les dangers liés aux professions paramédicales, en établissant des normes qui ne correspondent à aucune réalité.

S’opposer au délire du Grand Évaluateur

Et pourtant, toutes ces professions —  des diététiciens aux prothésistes en passant par les ergothérapeutes, les orthophonistes et la physiothérapeutes —  ont adhéré à ses principes qui n’ont pour objectif que d’édicter des règles suicidaires à leur encontre. Comme si, pour sortir de la pensée magique par le scientisme, elles préféraient se mettre sous la houlette du Grand Évaluateur plutôt que de penser réellement à la manière de s’opposer à ce délire.

Elisabeth Roudinesco


}}

Cher collègue,

Le Health Professions Council (HPC) vient de publier son (2« )

Bien que ce travail de réglementation des thérapies par la parole se déroule depuis trois ans, ces normes surprendront bien des thérapeutes et des counsellors. Elles relèvent davantage des procédures médicales que des thérapies, et seront méconnaissables pour de nombreux praticiens. Car elles semblent s’appliquer plutôt à une équipe chirurgicale préparant un patient à une opération qu’à la relation ouverte par une thérapie basée sur la parole. Ces normes édictent que les praticiens devraient :

– savoir comment faire fonctionner les équipements et minimiser le risque d’infection ;

– savoir sélectionner les techniques appropriées de gestion , de contrôle, de réduction et d’élimination des risques ;

– avoir une connaissance de la santé, des maladies, des troubles et des dysfonctionnements ;

– être capable d’évaluer et de mettre en œuvre des plans d’intervention utilisant des mesures dont le résultat est reconnu ;

– savoir utiliser un équipement de protection ;

– savoir formuler et délivrer des plans et des stratégies adaptés aux besoins de santé et de protection sociale ;

– comprendre les principes du contrôle de qualité et de sûreté et mener les audits en conséquence ;

– garder une trace efficace de l’audit, participer à des procédures d’audit et travailler dans le sens d’une amélioration permanente ;

– être capable de formuler des plans appropriés et spécifiques de management , comprenant la fixation de délais ;

– faire preuve d’une approche logique et systématique dans la résolution des problèmes et être en mesure d’engager la résolution des problèmes techniques ;

– observer et enregistrer les réactions des clients ;

– montrer des compétences efficaces et appropriées dans la communication des informations, des conseils, et des instrucions ;

– comprendre la nécessité de faire participer usagers et soignants à la planification et l’évaluation des diagnostics, des traitements et des interventions répondant à leurs besoins et objectifs ;

– comprendre l’importance de rester en bonne santé ;

– savoir comment répondre aux besoins du client.


L’hénaurme HPC

Une critique détaillée de ces normes est jointe à ce courriel (*), avec une réponse au rapport du Groupe de Liaison Professionnel du HPC «  Projet de normalisation des compétences concernant la psychothérapie et le counselling  ».. Accepter les normes HPC menace les thérapies par la parole du même sort que celui qu’ont connu d’autres professions : la pratique devient une simple technique de gestion des risques, ayant comme principale préoccupation l’évitement des litiges ou des réclamations au lieu du travail entrepris avec le client. Ces réclamations seraient d’autant plus probables vu la définition de « l’utilisateur des services » donnée par le HPC : celle-ci , en ne se limitant pas seulement au client mais à « tous ceux concernés par les services rendus à une personne régulièrement inscrite », y compris les membres de la famille et le conjoint, encourage ainsi les plaintes de tiers.

Perversion des valeurs

Les thérapeutes, selon le modèle HPC, seraient ainsi obligés d’agir exactement en suivant des méthodes qu’ils conseilleraient à leurs clients de fuir : la soumission plutôt que le questionnement d’une autorité intériorisée, la conformité aux attentes socialement acceptées plutôt que l’encouragement à la créativité et la singularité, visées traditionnellement par les thérapies. Alors que le système de valeurs proposé par les thérapies par la parole repose sur l’émancipation des jugements moraux sociaux, il devrait ainsi se conformer exactement à ces jugements moraux. Ce ne sera plus la psychothérapie telle que nous la connaissons.

Médicalisation des psychothérapies

Toutes les formations dans le domaine relevant de l’HPC, seront tenues de respecter les normes de compétence ; et l’audition des plaintes comme l’aptitude à la pratique se réfèrereont à ces normes. Outre le problème évident que pose cette médicalisation des thérapies par la parole, les thérapeutes du futur, dans un tel climat, ne pourront que se sentir perpétuellement sous le regard d’un juge ; l’espace privé de la thérapie devient une scène habitée par un juge intérieur ou un examinateur. Les conséquences de cette situation sur la pratique thérapeutique ne peuvent être sous-estimées ; il ya là comme une ironie lorsqu’on sait que de nombreuses descriptions traditionnelles de la psychothérapie la définissent comme un effort de libération de l’observateur-juge intériorisé, souvent à la racine du mal-être du client.

Une approche radicalement inadaptée au champ de la pratique de la psychothérapie

Alors que nous soutenons sans réserve les codes de déontologie et l’idée de la responsabilité du praticien, nous pensons que l’approche du HPC n’est pas adaptée à notre champ. Aussi nous vous demandons instamment, si cette réglementation doit être instaurée, d’adopter avec nous une position de principe de non-conformité. Si thérapeutes et counsellors sont assez nombreux à ne pas s’enregistrer auprès du HPC, le gouvernement se rendra compte de l’erreur énorme ainsi commise, et nous ne devrons peut-être pas faire face à un si sombre avenir.

Arbours Association, Association for Group and Individual Psychotherapy, Association of Independent Psychotherapists, Centre for Freudian Analysis and research, The College of Psychoanalysts-UK, The Guild of Psychotherapists, Philadelphia Association, The Site for Contemporary Psychoanalysis.ysts-UK


Le texte en anglais s’affiche sur notre précédent article Psychofolies P1H1.
Voir aussi deux textes plus subtantiels sur le site du Snppsy

  • 1 Les intertitres sont de la Rédaction
  • 2 Projet de normalisation des compétences de la psychothérapie et du counselling->http://www.hpc-uk.org/aboutus/consultations/index.asp?id=93

Chiffrolâtrie : où est donc passé « l’indice de développement humain » ?

La révolution de la « juste mesure »

par Caroline Fourest

Pour l’instant le concept d’indice de développement humain constitue un bel objet qui réchauffe le cœur et la raison et promet une autre politique, celle du renforcement du lien social, celle qui mobilise l’Appel des appels cher à Roland Gori. La réalité quotidienne lui tourne le dos. C’est comme le beau discours que Roselyne Bachelot était venue nous prononcer lors d’un colloque organisé par Jacques-Alain Miller dans les locaux du ministère, la ministre partit applaudie mettre en œuvre au Sénat la liquidation des valeurs auxquelles elle venait vertueusement d’exprimer son attachement indéfectible.

Il nous appartient à nous, praticiens humanistes du lien et de la relation, de nous occuper de la réalisation concrète, en politique professionnelle et au sein même de nos séances, des valeurs dont les pouvoirs publics de temps à autre protestent de l’imprescriptibilité.

À l’heure de l’injuste mesure d’une loi Accoyer nous spoliant de notre nom même au bénéfice d’une thérapie du Chiffre et de la mesure de ce qui ne se mesure pas, nous saurons faire valoir une politique de la juste mesure, celle de l’humanité des êtres humains. Une politique de l’exercice non entravé et de la transmission de notre profession de praticiens en psychothérapie relationnelle, garante sur le terrain de la préservation de la qualité de l’intersubjectivité et du lien humain et social.

Philippe Grauer


Le prérapport Stiglitz mérite d’être salué à sa « juste mesure « , c’est-à-dire avec enthousiasme. Une autre mesure de la performance économique permet d’espérer un autre monde, où la productivité et le produit intérieur brut ne seront plus l’alpha et l’oméga du modèle à suivre, mais une donnée parmi d’autres : la qualité de vie, les services publics, l’impact sur l’environnement, les critères sociaux… Cette révision, des économistes progressistes la rêvent depuis des décennies.

En 1990, le Programme des Nations unies pour le développement adopte l' » indice pour le développement humain « , qui intègre le niveau de vie, de santé et d’éducation. D’après ce classement, les Etats-Unis ne sont plus en tête mais en quinzième place. L’Islande et la Norvège deviennent des modèles à suivre. La révolution de la mesure est en marche… Mais il manque encore une prise de conscience mondiale : la crise financière.

Personne ne la soupçonne lorsque Nicolas Sarkozy annonce vouloir réunir la crème des économistes d’avant-garde pour réfléchir à la mesure de la performance économique, en janvier 2008. La crise va donner une tout autre ampleur à cette initiative. Nicolas Sarkozy parle de « révolution », promet d’en finir avec la « religion du chiffre« , s’engage à mettre les conclusions de ces économistes au programme de « toutes les organisations internationales ». Il propose à ses partenaires européens de « donner l’exemple ». C’est là que le test commence. Car un homme se dresse sur le chemin de cette belle ambition… le président français.

Comme Nicolas Sarkozy, le président français a une passion pour les statistiques, mais quantitatives et au service de la productivité : « Travailler plus pour gagner plus. » Ministre de l’intérieur, il supprime la police de proximité : pas assez rentable du point de vue du « taux d’élucidation des affaires ». Incités par des primes au « résultat », les policiers multiplient les affaires faciles (contrôles d’identité, arrestations de prostituées…) au détriment d’enquêtes longues, sans résultat immédiat. Bilan ? La tension entre jeunes et policiers augmente, et le « taux de violence sur les personnes » s’envole.

Devenu président, le même homme fixe un objectif chiffré en matière de reconduits à la frontière, sans tenir compte de la réalité, ni du cas par cas. Moralité, son ministre de l’intérieur, Brice Hortefeux, ne pense plus à l’intégration qu’en termes de chiffres : un seul militant UMP mangeur de porc et buveur de bière par région ! Au- delà, c’est un « problème »… Les ministres sont censés être notés. Mais la statistique ne doit pas « intégrer » les bons critères, car le ministre de l’intérieur est toujours bien coté.

En matière de santé publique, le président français a voulu noter et récompenser les hôpitaux en fonction de leur taux de mortalité… Ce qui incite à se méfier des patients un peu trop mourants. Dans la recherche, il faut remplir son quota de publications, au lieu de chercher. Les services publics sont en voie d’être privatisés ou affaiblis par des suppressions de postes massives. Encore un objectif chiffré. Grâce à de nouvelles méthodes managériales fondées sur le rendement, on « travaille plus pour se suicider plus » à France Télécom…

L’Appel des appels, un collectif réunissant les professionnels de tous ces secteurs, supplie d’arrêter cette vision chiffrée, qui conduit à la « destruction volontaire et systématique de tout ce qui tisse le lien social« . De fait, le bilan est sans appel. La France régresse au classement fondé sur l‘indice de développement humain.

« Nous avons construit une religion du chiffre. Nous nous y sommes enfermés. Nous commençons à percevoir l’énormité des conséquences de cet enfermement » : cette phrase n’émane pas de l’Appel des appels. Elle a été prononcée par Nicolas Sarkozy au moment du prérapport Stiglitz, au sujet de la crise financière…

Si cet homme parvient à convaincre le président français, alors oui, un autre monde est possible.

Est-ce ainsi que les hommes vivent à l’hôpital psychiatrique ?

Annette Lamielle, psychologue clinicienne, fut étudiante chez nous. Elle nous adresse ce texte, pas mal écrit. Devrions-nous instituer un concours national pour deviner de quel établissement il s’agit ? Asile pas mort.

Certains nous demandent parfois en quoi consiste la différence entre la psychothérapie relationnelle et la psychiatrie, nous les renvoyons au Carré psy. Ils ignorent souvent que cette dernière connaît la misère. En voici une image. Que vaut-il mieux, lorsque la maladie mentale s’attaque à nous, être hébergé en HP, où l’on renforce massivement la contention — c’est-à-dire qu’on vous attache —, et apparemment la crasse ; se retrouver au mitard, qui lui se trouve dans les prisons, où l’on a de fortes chances d’atterrir si l’on est givré, ou crècher sur une bouche de chaleur de nos rues, où une autre partie des clients naturels de la psychiatrie se traîne dans l’abjection. Tout cela en plein XXI ème siècle d’une démocratie avancée, comme cela se dit de la pourriture des faisans.

En cette période de chômage ils sont des centaines de milliers à chercher un job. Job lui, se balade un peu partout, devenu fou.

Il existe également des HP propres, cela ne veut pas dire humains pour autant, rien n’est garanti si le pire n’est pas certain. C’est bien connu mieux vaut être riche et bien portant que pauvre et dingue.

Merci Annette pour ce témoignage. Si d’autres ont vécu des expériences psys quelque peu atypiques, après vérification nous nous ferons un plaisir de les publier.

Philippe Grauer


Un monde étrange

« Nom de nom, y’a personne là-dedans, c’est le vrai bordel ! » s’exclame Monsieur Martineau. Le vieil homme presque aveugle traîne les pieds dans ses savates éculées. Il tend les bras, cherchant à toucher quelque chose ou quelqu’un, mais il ne trouve que le vide. Personne ne bouge. Olivier, dans sa chambre, hurle en tapant la porte de ses poings. Ses deux voisins ont quitté les lieux et attendent dans le couloir que cessent les voix que le jeune homme entend. Madame Leroux sort des toilettes en petite tenue, un long morceau de papier w.c. entre les fesses. Elle fonce droit sur Marguerite qui a pris sa place à la table et la menace de sa main levée. Penchée ainsi, elle ressemble à une araignée avec ses membres amaigris. Sa tête est horrible. Son maquillage outrancier sur la peau vieillie par l’âge ,épouvante les jeunes femmes, leur présentant ainsi un miroir de ce qu’elles craignent de devenir.

Mais où est-on ici ? Dans quel cul de basse-fosse vivent ces gens ? La saleté règne partout. Est-on vraiment dans un service hospitalier? Les femmes de ménage sont absentes pendant le week-end et les murs des toilettes sont maculés d’excréments, une large flaque liquide s’étale jusque dans le couloir. Madeleine est arrivé hier soir. Sans l’avertir on l’a brutalement changé de service. Elle est désigné ce matin pour « voir » la psychiatre.

Madeleine hurle sa colère d’être traitée comme un pion qu’on déplace. Madame D. incapable de supporter cela, prends sa pile de dossiers se lève et s’en va ainsi que les infirmiers qu’elle entrainent hors du bureau. Incapable de créer une relation thérapeutique, elle fuit.

Un jeune infirmier stagiaire est arrivé ce matin. Quelle différence avec le service de rééducation fonctionnelle tout neuf qu’il vient de quitter ! Dans quel monde étrange vient-il de débarquer ? Pour les malades c’est un peu le struggle for life et pour les infirmiers c’est un travail devenu routinier. Que peut-on faire dans un service de psychiatrie à part la préparation et la distribution des médicaments matin midi et soir ? Le jeune stagiaire se demande ce qu’il fiche-là. Il se sent impuissant devant la lourdeur du service et l’indifférence routinière de ses collègues.
Cet après-midi, comme d’habitude les patients attendent, attendent, attendent, attendent l’heure du repas, le bon de sortie signé par la psychiatre ou une improbable visite de leur famille.

Les repas sont infects ; le jeune stagiaire s’étonne de voir que le personnel infirmier prend ses repas à part: ainsi ils ne voient pas les violence verbales ou physiques qui finissent en pugilat. Les tables sont mises par les malades, la vaisselle et le nettoyage du réfectoire aussi : c’est thérapeutique dit-on ! La sécurité des patients ne semble pas assurée. Pendant la nuit les soignés se baladent partout. Les sorties et les appels téléphoniques dépendent du bon vouloir des infirmiers. En principe ce service est ouvert, mais en fait une large banderole déclare que « suite à des fugues répétées d’un patient, une fermeture provisoire a été décidée ». Mais comme on le sait le provisoire a tendance à durer.

Ce soir, tout va mal: le personnel infirmier décide d’annuler la réunion avec le psychologue car « il sont en sous effectifs » et le psy est en vacances. La grogne s’installe. Pendant le dîner, Jimmy, un jeune homme impulsif, balance son dessert par la fenêtre du réfectoire. À l’extérieur des dizaines de paires d’yeux luminescents sortent de l’ombre des buissons. Est-ce une manifestation des âmes errantes ou de l’inconscient ? Ce ne sont que les cris de dispute des chats à demi sauvages ; coups de griffes et coups de crocs pour attraper les meilleurs morceaux. On se croirait dans un zoo inversé où ce sont les hommes qui sont enfermés et ont perdu leur liberté.

Le froid étreint le jeune stagiaire quand il sort du service surchauffé. Avant de prendre son vélo, il vomit contre le mur de l’hôpital.

Psychofolies : P1H1 chez les psys britanniques

Psychanalogie nous communique cette information, que nous répercutons ici. Nous avions déjà publié à ce propos une alerte de lacaniens allemands, au mois d’aoüt semble-t-il.

Allez, un peu d’anglais pour vous préparer à votre prochain séjour à Londres pour Noël ! Nous tâcherons de vous traduire et commenter ces hauts cris que poussent nos collègues britanniques pris à la gorge par la même folie évaluationiste gestionnaire cognitiviste. Tout aussi inquiétant que le H1NI, le psycho-haine-1, nommons-le P1H1, menace de faire des ravages dans le monde entier.

Pour s’immuniser recourir à une psychothérapie relationnelle ou psychanalyse, ou au simple bon sens à titre de traitement de terrain.

Voici donc ce que s’écrient nos collègues. On consultera utilement à titre complémentaire l’article paru sur snppsy.com

dernière minute

{{Cliquez pour la traduction, réalisée par les soins de la SIHPP

Philippe Grauer }}


Dear Colleague,

The Health Professions Council have now published their Draft Standards of Proficiency for Psychotherapy and Counselling.
http://www.hpc-uk.org/aboutus/consultations/index.asp?id=93
= http://tinyurl.com/mqpjjg
Although they have been working on the proposed regulation of the talking therapies for the last three years, the Standards will surprise many therapists and counsellors. They apply more to medical processes than to therapies, and will be unrecognisable to many practitioners. Indeed, they seem to apply more to a surgical team preparing a patient for an operation than to the open-ended relationship-based work of a talking therapy. The Standards dictate that practitioners should:

– know how to operate equipment and minimise the risk of infection.
– know how to select appropriate hazard control and risk management, reduction or elimination techniques.
– have a knowledge of health, disease, disorder and dysfunction.
– be able to evaluate and implement intervention plans using recognised outcome measures.
– know how to use protective equipment.
– know how to formulate and deliver plans and strategies for meeting health and social care needs.
– understand the principles of quality control and quality assurance and conduct audits correspondingly.
– maintain an effective audit trail, participate in audit procedures and work towards continued improvement.
– be able to formulate specific and appropriate management plans including the setting of timescales.
– demonstrate a logical and systematic approach to problem solving and be able to initiate problem solving techniques.
– observe and record client’s responses.
– be able to demonstrate effective and appropriate skills in communicating information, advice and instruction.
– understand the need to engage service users and carers in planning and evaluating the diagnostics, treatment and interventions to meet their needs and goals.
– understand the importance of maintaining their own health.
– know how to meet the needs of the client.

A detailed critique of the Standards is attached to this email, together with a response to the HPC Professional Liaison Group’s Report on the proposed regulation of psychotherapy and counselling. Accepting the HPC Standards threatens the talking therapies with the same fate that has met other professions: practice simply becomes a technique of risk management, with the prime concern less the work undertaken with the client than the avoidance of litigation or complaint. Complaints, indeed, would be much more likely given the definition given by HPC of a ‘service user’: this no longer simply refers to the client, but to « anyone who is affected by the services of a registrant », including a client’s relatives or spouse, thus encouraging third party complaints.

Therapists, on the HPC model, would be obliged to act in exactly the ways they may be encouraging their clients to escape from: submission to rather than questioning of internalised authority, and a conformity to socially-agreed expectations, rather then the fostering of creativity and uniqueness that therapies have traditionally aimed at. Whereas the system of values that the talking therapies have always offered was freed from the moral judgements of social authorities, it is now made to conform to exactly these moral judgements. It will no longer be psychotherapy as we know it.

All trainings in the field will, according to HPC, be obliged to meet the Standards of Proficiency, and the hearing of complaints and fitness to practice cases will use the Standards as a benchmark. Aside from the obvious problem of medicalising the talking therapies, the therapists of the future, in such a climate, may feel they are perpetually under a judgmental gaze, the private space of the therapy becoming the stage for an internalised judge or examiner. The consequences of this on therapeutic practice cannot be underestimated, and there is an irony here that many traditional descriptions of psychotherapy define it as the effort to find freedom from the internalised observer-judge that may be at the root of the client’s unhappiness.

While we unreservedly support codes of ethics and practice that ensure the practitioner’s accountability, we do not believe that HPC’s approach is suited to our field and so urge you, should HPC regulation take place, to adopt with us a position of principled non-compliance. If enough therapists and counsellors do not register with HPC, Government will realise the enormous mistake it is making, and our field may not face such a grim future.

Arbours Association
Association for Group and Individual Psychotherapy
Association of Independent Psychotherapists
Centre for Freudian Analysis and Research
The College of Psychoanalysts-UK
The Guild of Psychotherapists
Philadelphia Association
The Site for Contemporary Psychoanalysis