Les médecins, des proies de choix pour les sectes

Vendredi 27 Novembre 2009

Le Point

À votre santé

Anne Jeanblanc

avec Destination Santé


Réthorique politiquement correcte conduisan tà une omission qui nous le semble moins. On distingue dans cet article les psychothérapies HPST et les psychothérapies charlatans. Voyons comment l’argumentation de déploie : ces pratiques ne sont pas toutes nuisibles, le pas toutes connote que la majorité l’est. Qui plus est, les pratiques alternatives, sans davantage de définition « constituent un creuset important de dérives sectaires ».

Puis cela bifurque sur la médecine : « tous les médecins peuvent être visés ». La cible c’est l’Église de scientologie — dont nous avons ici même déjà dénoncé la stratégie perverse de dénonciation de la psychiatrie, qui mène campagne contre les drogues, parfaitement exact, et sème le doute sur la médecine (pourquoi ajouter conventionnelle ?), en effet.

Les psychothérapeutes sortis de nos Écoles et titularisés à titre privé par nos syndicats et fédérations membres du CLPR, praticiens honnêtes et sérieux qui sur le terrain contribuent au quotidien à la lutte contre les sectes par leur travail qualifié d’inspiration systématiquement anti emprise, n’existent pas.

L’article nullement dirigé contre eux les ignore. Certes nous n’avons rien à voir avec les sectes, donc pourquoi nous mentionner ? Parce que nous existons et constituons un précieux rempart anti sectes, et ne risquons guère à l’instar de la médecine, moins préparée que nous à résister à ce type de virus, de devenir leur proie. Parce que la psychothérapie ne se répartit pas entre psychothérapie HTSP (en gros, hospitalière) et charlatanerie.

Parce que le Carré psy distingue différents types de psychothérapies :

– paramédicacales / hors du champ médical
– d’inspiration comportementaliste objectiviste / subjectiviste et relationnelle
– positiviste / humaniste
– psychanalytique et relationnelle / neurologique et à protocoles
– couverte par un diplôme universitaire / revêtue d’un diplôme privé professionnel
– autoproclamée de différents types, i.e. garantie ni par l’université ni par une institution regroupée dans le CLPR(1« ). Ou encore appartenant à un genre et se présentant comme relevant d’un autre, sans en maîtirser la compétence réellement. .

Philippe Grauer


Les médecins, des proies de choix pour les sectes

En France, entre 2.000 et 3.000 professionnels de santé sont considérés comme suspects de dérives sectaires. Les médecins, et par conséquent leur patientèle, constituent en effet une cible privilégiée des sectes. Les autorités toutefois sont vigilantes, particulièrement en cette période de pandémie grippale.

La Direction générale de la santé, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires – Miviludes – ainsi que les ministères de la Justice, de l’Éducation nationale et de l’Intérieur se sont alliés en février 2009, pour mettre en place un groupe d’appui technique dédié à cette question. Il a pour mission de « recenser les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique les plus dangereuses », explique Françoise Chalmeau, conseillère du pôle santé/social à la Miviludes. Par pratique non conventionnelle, elle fait par exemple référence « aux médecines alternatives, médecines douces, psychothérapies diverses et variées… Tout ce qui n’a pas fait l’objet d’une évaluation indépendante ».

Ces pratiques ne sont pas forcément toutes nuisibles. Concernant les psychothérapies, l’objectif du groupe d’appui est d’opérer un tri : d’une part celles réalisées dans le cadre conventionnel (défini notamment par la loi Hôpital, patients, santé et territoires ), d’autre part celles menées par des charlatans. Également dans le viseur, toutes les approches thérapeutiques « expliquant que la maladie a une cause psychologique, qu’elle constitue non pas une agression de l’organisme mais une défense. Car derrière, il y a des patients qui subissent de véritables pertes de chances ».

Si les pratiques alternatives constituent un creuset important de dérives sectaires, tous les médecins peuvent être visés. « En attirant un professionnel de santé, ces organisations espèrent toucher aussi ses patients », souligne ainsi Françoise Chalmeau. Chaque année par exemple, l’Église de scientologie mène campagne contre les drogues et l’enfermement psychiatrique. Des lettres, des DVD sont alors adressés aux professionnels de santé pour leur expliquer que la maladie mentale n’existe pas. Cette « église » assure ainsi qu’au contraire, ce sont les médicaments qui les provoquent ! Ces jours-ci, les ligues antivaccination mènent grand battage, pandémie grippale oblige. « Toutes les critiques sur le recul dans l’élaboration du vaccin, le monde pharmaceutique qui s’enrichit, etc., sont mises en avant par ces organisations, qui pratiquent l’opposition systématique. Leur objectif est simple : rebondir sur le débat actuel pour introduire du doute et saper la confiance dans la médecine conventionnelle… »

Source : Interview Françoise Chalmeau (Miviludes), 24 novembre 2009

  • 1 Comité de liaison de la psychothérapie relationnelle

L’enfermement revient en force dans les hôpitaux psychiatriques

LIbération 27/11/2009

Jean-Marie DELARUE — propos recueillis par ERIC FAVEREAU



On se prend à s’interroger sur ce qu’il en est des libertés fondamentales dans notre beau pays de France en lisant cet article. Il est vrai qu’il ne s’agit que des fous, donc ni de vous ni de moi Dieu merci, et que la question du pouvoir médical en la personne du psychiatre qui signera votre libération ou votre maintien au mitard thérapeutique, tout cela est bien loin de votre quotidienneté. Fort heureusement sinon ce serait à devenir dingue.

C’est le nord du Carré psy qui en prend un coup, avec la psychiatrie mise à mal par ses célibataires mêmes comme auraient dit les surréalistes, les psychiatres humanistes qui veulent pratiquer une psychiatrie relationnelle s’alertent, après avoir que nombre d’entre eux aient couvert le premier temps d’une opération qui commença contre nous et bien entendu la psychanalyse. 68 fut la période durant laquelle les us et abus que l’on dénonce à nouveau aujourd’hui avaient dû reculer. N’oublions pas les leçons de l’Histoire. Ça n’est pas d’hier que la mentalité dans les institutions psychiatriques s’est mise à basculer en arrière.

La psychothérapie relationnelle est automatiquement solidaire de la protestation contre la Nuit sécuritaire car les quatre côtés du Carré le sont, solidaires, par le jeu simple des lois de la géométrie.

Philippe Grauer


Jamais depuis vingt ans ne se sont autant multipliées les chambres d’isolement et les mesures de contention (immobilisation) pour les malades mentaux. Hier rarissimes, ces chambres fermées existent aujourd’hui dans tous les services.

En décembre 2008, un collectif «La nuit sécuritaire» s’était élevé contre le plan de sécurisation des hôpitaux psychiatriques, lancé par Nicolas Sarkozy aprés le meurtre d’un jeune par un malade mental, échappé de l’hôpital psychiatrique de St Egréve, près de Grenoble. Une pétition s’en était suivie. Samedi, à Montreuil, le collectif organise une journée de débats sur le thème: «Quelle hospitalité pour la folie ? Non, au retour des gardiens de fous, au grand renfermement, à l’abandon, au tri, à la mise à l’écart(1« ).»

Nous avons demandé l’avis de Jean-Marie Delarue, conseiller d’État, qui est depuis un an contrôleur général des lieux de privation de liberté, poste créé par l’actuel gouvernement, sur la question de l’enfermement des malades.

Y a-t-il une explosion des mesures d’enfermement et des mesures de contention dans les hôpitaux psychiatriques, aujourd’hui ?

Il n’y pas de données générales et globales. Nous, devant cette question, nous faisons comme d’habitude, nous avons visité plus d’une vingtaine d’établissements psychiatriques. Des visites approfondies sur plusieurs jours. Et le premier constat que l’on a pu faire, c’est que l’on avait du mal à faire la distinction entre les patients hospitalisés sous contrainte et ceux hospitalisés libres. Nous avons ensuite examiné la manière dont ils sont enfermés en matière de respect des droits, de leur liberté de mouvement, d’accès aux cultes ou au courrier. Au départ, nous n’avions aucun a priori.

Et finalement ?

En matière d’isolement et de contention, nous avons été frappés par la grande variété des pratiques entre les établissements, mais aussi à l’intérieur d’un même lieu. Ce qui n’est pas sans poser de problèmes, puisque les gens sont hospitalisés en fonction de leurs lieux géographiques, et donc ne choisissent pas. Ils peuvent, ainsi, tomber sur des lieux avec des pratiques très variées… En même temps, il ne faut pas tout regarder en fonction de l’isolement. D’autres éléments peuvent poser problème. Comme, dans certains endroits, cette mise systématique en pyjama pendant quelques jours des patients, pour qu’ils ne fuguent pas. Dans des endroits, le courrier est systématiquement ouvert et lu. Le droit à l’intimité existe, il n’est pas toujours respecté.

Mais l’isolement, alors ?

Nous avons analysé trois facteurs: la fréquence, la durée, et enfin la traçabilité. Sur la fréquence, ce que l’on peut dire, c’est que c’est une pratique relativement répandue, et elle l’est de plus en plus, mais pas toujours dans les lieux où on l’attend.

Sur la durée, ensuite. Normalement, la prescription puis la durée, puis enfin la sortie de la chambre d’isolement se font sur décision d’un psychiatre. Il peut y avoir de brèves phases d’isolement – juste quelques heures – le temps d’un répit thérapeutique, nous dit-on. Cela peut se comprendre. Mais nous avons constaté des durées longues, très longues de plusieurs semaines. Et nous avons vu aussi des isolements sans fin. Comme dans ce service de psychiatrie d’un hôpital général où un malade est enfermé dans une chambre avec un seul matelas, à moitié nu. Il est là depuis des années…

Et la traçabilité ?

Là encore, c’est très variable. Il y a parfois des registres bien tenus, mais souvent ce n’est pas le cas, et même parfois, il n’y a aucune trace. Enfin dans les établissements où il y a des registres, il n’y a aucune analyse de ce qui s’est passé, aucune évaluation. Encore plus troublant, la présence de plus en plus systématique de vidéosurveillance dans ces chambres d’isolement. Le personnel met en avant que cela leur permet d’intervenir à bon escient, mais pour nous, cette violation de l’intimité est problématique.

Et concernant les détenus envoyés par le préfet en hôpital psychiatrique sous le régime de l’hospitalisation d’office ?

On les met à l’isolement, mais sans consigne thérapeutique. Ces patients se retrouvent enfermés, sans télé, ni sortie, ni cigarettes. La plupart s’en plaignent.
En général, le personnel soignant est attentif, mais les psychiatres sont peu présents.

Les malades se plaignent de quoi ?

Ce qui revient, presque tout le temps, c’est qu’ils ne voient pas assez le psychiatre. Puis, l’ennui. Le grand ennui. C’est d’ailleurs un point commun de tous ces lieux, privatifs de liberté.

Au final, vous en ressortez avec quels sentiments ?

D’abord, ce qui est problématique, c’est la grande divergence des pratiques et la non-évaluation de ce qui se fait. Ensuite, nous avons rencontré des problèmes de respect de la dignité, quand l’enfermement n’est justifié par aucune indication claire, quand le patient n’a pas de courrier. Tout individu a droit à une vie privée.

Nous avons vu des endroits dans des états lamentables.

Un nouvelle loi ?

Cela ne paraît pas l’urgence. Il nous semble que certains maires prennent un peu trop de facilités avec les hospitalisations d’office. Et ensuite, il faudrait préciser les recours, ou plus exactement préciser la manière dont les gens sont informés des recours possibles. Enfin, cela ne serait pas inutile que les avocats soient un peu plus présents lors des hospitalisations d’office…

  • 1 Samedi 28 novembre, de 9h à 18h, à la maison de l’arbre et de la parole errante 9, rue François Debergues, Montreuil.

Quelle hospitalité pour la folie ?

Contre la nuit sécuritaire


Les psychiatres continuent de se mobiliser. L’heure, la date plutôt, presse. Après nous avoir tranquillement ignorés, vous pensez, la médecine se solidariser avec ces charlatans dont le mieux qu’elle puisse faire serait de récupérer leur nom — {psychothérapie
, relationnelle ou pas, seul le terme générique nous intéresse, il nous revient à nous par privilège sémantique et corporatiste, voyez ce que dit à ce propos l’Académie de médecine, pour plus de sûreté paramédicalisons-le — , la psychothérapie reste tout de même l’apanagage de la psychiatrie ! même les psychologues, trop littéraires encore (Dieu sait s’ils en font des efforts pour se montrer « scientifiques », TCC, neuropsys et tout), comment leur confier nos malades en toute sécurité ?

Et puis les voilà à leur tour en fâcheuse posture. C’était tout le système qui était visé. Ils se réveillent gardiens de l’ordre social, vigiles de maisons de fous, à isoler les autistes en chambres de contention : moins de personnel, davantage de prisons hospitalières avec leurs mitards. On réforme, entendez on démantèle. À la trappe Tosquellas et Foucault !

Restons solidaires. Le Carré psy se tient par tous ses côtés, si distincts et si complémentaires. Ensemble contre le démantèlement, la déshumanisation, la liquidation des psychothérapies du procès de subjectivation, et bien entendu de la psychanalyse. Ceux qui n’ont pas directement affaire à la maladie mentale, les psychothérapeutes relationnels spécialistes du malaise et du souci, du sens de l’existence, pas du traitement ni de la maladie, ont intérêt à s’informer et se solidariser avec leurs collègues, avec lesquels de toute façon ils sont appelés à travailler en réseau.

Philippe Grauer}


La psychiatrie se verrait-elle expropriée de sa fonction soignante, pour redevenir la gardienne de l’ordre social ?

Nous, citoyens, professionnels du soin, du travail social, refusons de servir de caution à cette dérive idéologique de notre société.


Sommaire

 

1. rencontre

Programme de la journée du 28 novembre, à la Maison de l’arbre à Montreuil : Quelle hospitalité pour la folie ?

2.      Bokobza

Texte d’Hervé Bokobza : Texte introductif à l’une des tables rondes de la journée de samedi 28 novembre 2009 : A l’heure des protocoles et de l’industrialisation des soins

3. revue

La revue Sud/Nord a publié les textes des intervention du meeting de Montreuil du 7 février qui avait réuni 1789 participants.

4.      cahiers

Appels aux Cahiers pour la folie

5. résistance

Création d’un réseau de résistance : les bases d’un mouvement pour mettre en valeur chacun de nos actes de tous les jours, tous ces actes pour ne pas se laisser faire qui sont trop vite oubliés.

6. forum

Prochain forum avec participation du groupe des 39 à Le Thor, au colloque du point de capiton

7. pétition

La pétition, déjà signée par plus de 26 000 personnes.


Collectif des 39…                            
…contre la nuit sécuritaire

Rencontre nationale 

Quelle hospitalité pour la folie ?

Non

– au retour des gardiens de fous

– au grand renfermement

– à l’abandon, au tri, à la mise à l’écart

Au programme   

– la question de l’industrialisation de la santé, l’évaluation, les protocoles, la déshumanisation,

– puis un temps sur les soins contraints et les dérives sécuritaires, l’usage systématisé des chambres d’isolement

– et enfin la réflexion sur les moyens de résistance, de coordination, pour défendre nos pratiques cliniques. 

SAMEDI 28 NOVEMBRE 2009
à la maison de l’arbre et de la parole errante
9, rue François Debergues, à Montreuil.

Ecrivez à resistancepsy@yahoo.fr


Les Forums itinérants du « collectif des 39- Contre La Nuit Sécuritaire » continuent :
Dans toutes les régions, des colloques, des journées d’études, des associations réservent une partie de leur temps pour un forum  » Contre la Nuit Sécuritaire ».

– 20-21-22 novembre : à Cavaillon au colloque du point de capiton http://www.le-point-de-capiton.net/Transfert/transfert.htm qui commencera par un forum intitulé « Pour une relation humaine dans les dispositifs de soin : « une psychiatrie sans transfert est-elle viable ? » à la salle polyvalente de Le Thor


Continuez à SIGNEZ LA PETITION, et diffuser cette lettre autour de vous.
http://www.collectifpsychiatrie.fr/phpPetitions/index.php?petition=1

Voyage au pays de l’inconscient et du désir

Cliquer ici pour consulter ce texte en direct

En 33 heures d’entretiens et 14 DVD, 15 grands psychanalystes français lèvent le voile sur leur pratique, dans un face-à-face sans faux-fuyants

Il existe des métiers impossibles. Freud en comptait deux, connus depuis longtemps, « éduquer et gouverner ». Mais, lucide sur sa propre pratique, le fondateur de la psychanalyse ajoutait : « Il me semble presque (…) qu’analyser soit le troisième de ces métiers impossibles. »

« Profession psy », c’est autour de ce thème que Daniel Friedmann, auteur-réalisateur et sociologue au CNRS, a interrogé une quinzaine de grands psychanalystes français, en 1983 puis une nouvelle fois en 2008, soit une trentaine d’entretiens rassemblés aujourd’hui dans un coffret aux Éditions Montparnasse et diffusés sur grand écran au MK2 à Paris (1).

« Mes questions étaient simples et correspondaient à celles que le grand public et les psychanalystes se posaient et continuent à se poser », témoigne-t-il. Quel est le but de la psychanalyse ? Quelles sont ses indications, sa durée ? Quel doit être la formation de l’analyste ? Quel est le rôle de l’argent ? Quand une analyse se termine-t-elle ? Faut-il réglementer la psychanalyse ? « La psychanalyse s’intéresse à ce qui n’arrive pas à s’enfermer dans les réponses, dans le savoir », prévient d’emblée le psychanalyste Isi Beller dans l’un des DVD…

Le partage d’une intimité

L’initiative de Daniel Friedmann est d’autant plus captivante que ce sujet encore entouré d’un certain mystère, d’incompréhensions, et parfois de préjugés. Les entretiens, réalisés chez les analystes eux-mêmes, s’ouvrent par le partage d’une intimité. L’œil parcourt les objets familiers, déposés avec soin ou désordre : reproductions artistiques, collection de pipes, étagères croulant sous les livres… Le regard évalue la place du fauteuil de l’analyste, plus ou moins imposante, celle du divan de l’analysant, plus ou moins capitonné… Dans cet intérieur, l’analyste, maître des lieux, se soumet pour une fois aux questions simples et directes du réalisateur. La caméra prend son temps : elle laisse vie aux silences, aux hésitations, aux précisions. Au jeu du corps, aussi : plissements des yeux, sourires complices ou gestes de retrait…

Pourquoi devient-on psychanalyste ? « Impossible de répondre en vérité, “pour de vrai” comme disent les enfants à une question comme celle-là », pose d’abord Jean- Bertrand Pontalis, avant d’accepter le dévoilement, par une série de réponses qui se complètent : « une manière d’aider les autres à surmonter leur souffrance psychique », « de satisfaire ma curiosité sur comment est fait un être humain… » « Ce qui serait plus véridique, ajoute-t-il en pointant le mal névrotique, c’est que je supporte mal ce qui entrave l’homme, cette perte d’énergie, de possibilités considérables. » Les psychanalystes ne le dissimulent pas : eux-mêmes ont bien souvent commencé leur analyse sous l’effet de la souffrance, comme tout analysant. « J’étais malade et je l’éprouvais comme une nécessité », partage avec simplicité Laurence Bataille. « J’y étais forcé par mes propres impasses », témoigne Jean Clavreul.

« C’est un métier difficile à cause de ce que l’on s’interdit de faire »

C’est avec pédagogie que les « psys » détaillent ce qu’est une analyse, ce que l’on peut en attendre. « C’est une sorte de lecture que l’on fait avec l’analysant pour l’aider à déchiffrer », pose Ginette Raimbault. François Roustang la décrit comme « une expérimentation de la relation », « une relation en laboratoire par laquelle on va essayer de réformer, de détordre, de rétablir et quelquefois même de revivifier un système dans lequel les relations étaient prises ». Dans ce travail, le psy est celui « qui écoute autre chose que la surface du discours », souligne Georg Garner, non pas pour plaquer une interprétation, mais pour que l’analysant découvre « où ses questions se formulent, où la question devient la sienne, complète Isi Beller. C’est alors à l’analysant de donner sa réponse », insiste-t-il.

Les analystes reviennent longuement sur l’éthique impliquée par cette pratique. Avec une certaine humilité, ils acceptent la critique, pointent les « fautes » et « les bêtises » qu’ils ne parviennent pas toujours à éviter : « parler de soi » au lieu d’écouter, « donner à l’analysant l’idée qu’il n’est pas un cas absolument particulier », « vouloir éduquer, conseiller, malgré tout », détaille Laurence Bataille. « C’est un métier difficile, non pas à cause de ce qu’on est obligé de faire, mais à cause de ce que l’on s’interdit de faire », témoigne André Green.

« La psychanalyse est ressentie comme appartenant à une élite, aux intellectuels »

En 2008, vingt-cinq ans après la première série d’enregistrements, Daniel Friedmann est revenu interroger les mêmes psychanalystes. On retrouve des visages devenus presque familiers, on observe les changements : une certaine liberté a gagné chez les uns, un peu de raideur s’est installée chez d’autres… Souvent les interrogations se sont déplacées, jusqu’à modifier le rapport à l’analyse : Jean-Bertrand Pontalis s’est davantage orienté vers l’écriture, François Roustang a abandonné la psychanalyse pour la thérapie par l’hypnose.

Plane aussi sur les esprits une ombre : le déclin social d’une discipline à laquelle ils ont consacré leur vie. Essor des théories comportementalistes et cognitivistes souvent médicamenteuses, effondrement de la psychiatrie et marginalisation de la psychanalyse en son sein… « La psychanalyse est ressentie comme appartenant à un passé, à une élite, aux intellectuels », résume Élisabeth Roudinesco, faisant le constat d’une « époque de désintellectualisation » où les réponses immédiates « semblent plus importantes que ce qui annonce l’exploration de soi ».

Élodie MAUROT


(1) Être psy , 14 DVD, 70 €. Au MK2 quai de Seine à Paris, cycle « Paroles de psychanalystes », tous les samedis et dimanches aux séances de 11 heures, jusqu’au 14 février.

EUROPSY : l’association européenne des psychologues harmonise

La profession de psychologue en Europe se dote d’un nouveau dispositif de reconnaissance des diplômes :
la certification EuroPsy (pour ceux qui n’ont pas l’habitude, cliquez sur EuroPsy souligné en rouge ci-contre, vous gagnez un hyperlien instructionnant).


Mais de quelle pratique s’agit-il ? en ce qui concerne le voisinage (1« ) avec la psychothérapie relationnelle, cela porte sur un cinquième du champ d’action des psychologues. Ces polyvalents on tellement de cordes à leur arc que ça en devient une harpe : champ clinique-santé, champ enfance-éducation, champ travail-organisations, champ autres. Tant mieux pour tout le monde qu’ils découvrent les bienfaits de la supervision constante en matière clinique, à notre programme d’exigences depuis plus de 25 ans.

Nos collègues envisagent de standardiser leurs pratiques à l’échelle européenne. Les français détenteurs dans un avenir proche ou lointain (2« ) du titre exclusif de psychothérapeute NN correspondant à une formation de psychopathologues, un tout autre métier mais pourquoi pas, se mettraient aux normes européennes. Celles-ci il y a vingt ans spécifiaient déjà qu’un psychologue désireux d’exercer la psychothérapie devrait s’engager dans une formation professionnelle complémentaire de quatre années supplémentaires. Nos psychologues à nous n’en voulaient rien entendre ni savoir.

Avec Europsy que se passerait-il véritablement ? Pour apprendre ce que nous savons, comment faire sans entrer en contact avec nous ? sinon, ils apprendront autre chose. Pourquoi pas. Il faut de tout pour faire un monde.
Donc on ne confond pas les professions et les pratiques. Pour ce qu’il en est de nous on clique Quels « psychothérapeutes » pour quel avenir ? Et on ne perd pas de vue que pour apprendre ce que nous savons, il faudra continuer de se tourner vers nous.

Philippe Grauer


Ce dispositif mis en place par la Fédération Européenne des Associations de Psychologues (200 000 membres) a pour but d’assurer la liberté d’exercice en Europe à partir de la vérification de la compatibilité des diplômes nationaux avec les diplômes des autres pays (35 à terme). Cette avancée significative permettra aux titulaires de la certification Europsy de circuler plus facilement en Europe tout en valorisant la profession par l’affirmation de son haut niveau de qualification
La certification EuroPsy proposée par l’EFPA comporte deux volets : 1) une certification européenne donnée aux psychologues qui en font la demande et qui remplissent trois conditions : un diplôme de master, une pratique professionnelle validée et suivie par un psychologue référent EuroPsy, et un engagement à suivre le code de déontologie national et le métacode européen. 2) une accréditation donnée aux cursus universitaires (licence et spécialités de master) dont l’organisation est compatible avec le cursus type EuroPsy. Les titulaires de la certification pourront circuler en Europe plus facilement qu’actuellement, et contribuer à la valorisation de la profession visée par EuroPsy (cf.le site www.europsy.fr)

L’une des nouveautés les plus importantes d’EuroPsy, en France comme dans beaucoup de pays d’Europe, est la mise en place de ce que le texte EuroPsy appelle la pratique professionnelle supervisée et que le CoFraDeC EuroPsy préfère nommer la pratique référée aux standards EuroPsy.

Pour le CoFraDeC EuroPsy, il est primordial que la mise en place de cette pratique profite de l’expérience acquise par les collègues de plusieurs pays européens et qu’elle intègre les spécificités de la pratique professionnelle en France. Il propose pour ce faire qu’une réflexion collective soit menée à partir de ces deux réalités en organisant le 21 novembre 2009 une journée consacrée aux pratiques de supervision en Europe et aux futurs psychologues référents EuroPsy.

Programme du matin : communications sur les pratiques de supervision dans plusieurs pays : Espagne et Italie (où elle se met en place), Royaume Uni, Québec, (où elle est une pratique instituée).

Après-midi : ateliers par champ professionnel (champ clinique-santé, champ enfance-éducation, champ travail-organisations, champ autres). Les débats seront introduits par de courtes communications de professionnels expérimentés dans ces pratiques.

En fin de journée, rapport sur les ateliers et synthèse faite par les membres du CoFraDeC EuroPsy.

Cette journée favorisera une meilleure compréhension de ce qu’est le dispositif de certification Europsy et éventuellement vous permettra de vous engager dans le processus pour devenir psychologue référent Europsy. Elle sera suivie de la publication sur le site web du CoFraDeC EuroPsy d’un bilan, et d’un calendrier de journées de réflexion-formation des psychologues référents EuroPsy.

Info communiquée par frdm.

Pour en savoir plus : documents europsy

  • 1 Il ne s’agit que de voisinage. Un psychologue « clinique-santé » n’est pas requis d’un travail sur soi, encore moins d’un travail conséquent sur soi, ni de formation expérientielle.
  • 2 Toujours pas de décret d’application à l’horizon.

Marie NDiaye — Vous touchez à la liberté d’expression et vous étouffez la psychothérapie

La psychothérapie relationnelle est ici totalement et organiquement solidaire de la littérature. Nous pratiquons la lecture. Nous témoignons du prix Goncourt à cette écrivaine. Nous : vous et moi. À ce titre j’entends soutenir Marie NDiaye, et fais savoir que je demande à Monsieur Éric Raoult de prendre bonne note que je ne relève pas de son nous qui dans tous les sens du terme abuse.

Que par contre je procède du nous qui avec tant d’autres comporte André Salmon. J’en profite pour m’associer à la dénonciation de ce que Marie Ndiaye trouve monstrueux dans l’actualité de mon pays où le plus strict et imprescriptible devoir de charité, le devoir de l’auvergnat — celui de Brassens, pas celui d’Hortefeux, est sévèrement réprimé. De tous temps les Justes ont maille à partir avec les partisans de ce M. Raoult dont la droite penche vers l’extrême, dont je récuse les valeurs. Décidément les mêmes contre les mêmes continuent d’en découdre. Notre affligeant ministre de la culture se dérobe à son devoir de protestation. Fidèle à tous les miens et à ma profession, j’entends en tant que psychothérapeute relationnel aux prises avec la souffrance des victimes des amis de M. Raoult, faire savoir que je continuerai de me battre du côté de ceux qui expriment sans réserves leur révolte contre le processus de régression en cours.

L’exortation comminatoire à un prétendu devoir de réserve qui vaut pour les fonctionnaires et jamais pour les artistes, ne s’arrêtera que si leurs auteurs mesurent la vigueur de l’opposition à leurs provocations. La psychothérapie comme nous l’entendons procède de l’œuvre d’art, mobilisant la créativité du sujet et de qui auprès duquel il recourt. L’embrigadement des artistes on croyait que c’était fini avec la chute du mur — de l’autre côté duquel on traitait psychiatriquement les opposants, tout se tient. En France il va falloir faire entendre que nous ne sommes pas candidats à la reconstruction dudit mur. Nos amis de l’Appel des appels s’y sont déjà mis. La psychothérapie relationnelle a besoin de liberté d’expression. Veillons à la protéger.

Philippe Grauer


Ne nous y trompons pas. La dernière saillie du député Eric Raoult contre l’écrivain Marie NDiaye est d’une extrême gravité. Elle aurait pu passer en d’autres temps pour le dérapage isolé d’un député en mal de réélection.

Mais son parti, majoritaire à l’Assemblée nationale, lui a aussitôt emboîté le pas. Et le ministre de la culture qui concevait, il y a quelques semaines encore, que son rôle était de prendre la défense des artistes, s’est lavé les mains de cette polémique  » anecdotique  » et  » dérisoire « , mettant au même plan l’offense et l’offensé et renvoyant dos à dos l’écrivain et le député… Pourtant le député ne s’était pas contenté d’exprimer  » ce qu’il avait sur le coeur « , mais il avait écrit une véritable lettre de dénonciation au ministre pour lui demander  » ce qu’il comptait entreprendre en la matière  » contre l’écrivain.

Eric Raoult n’en est pas à son coup d’essai. Le 31 octobre, déjà, il avait justifié l’expulsion de Tunisie d’une journaliste du Monde, Florence Beaugé, sous le prétexte qu’il ne faut pas s’étonner  » quand on fait de la provocation à l’égard du président Ben Ali « , d’être  » remis dans l’avion  » à l’arrivée à Tunis. Eric Raoult, qui préside le groupe d’amitié France-Tunisie à l’Assemblée nationale, légitimait ainsi, selon Le Monde,  » les attaques personnelles les plus farfelues et les plus ignobles, quotidiennement formulées dans la presse tunisienne  » à l’encontre de la journaliste accusée tour à tour, d’être :  » psychotique « ,  » hystérique « ,  » bonne pour la psychanalyse « ,  » maléfique « , et par-dessus le marché  » idiote « , sans compter,  » c’est bien connu, volage « …

A l’encontre de Marie NDiaye, les propos d’Eric Raoult sont sans précédent.  » Nous lui avons accordé le prix Goncourt parce qu’elle a du talent, a-t-il déclaré. Qu’elle soit moins militante. Maintenant qu’elle a le Goncourt, elle peut penser comme elle veut, mais, en l’occurrence, il faut qu’elle soit un peu l’ambassadrice de notre culture. « 

Il faut entendre ce que recèle ce  » nous « , et ce qu’il exclut. Marie NDiaye visiblement n’en fait pas partie. Et nous alors ? Mais qui, nous ? Nous, les Blancs ? Nous, la droite ? Nous, l’Occident ? Ce  » nous  »  » menacé par la haine de soi « , selon les mots de Nicolas Sarkozy à La Chapelle-en-Vercors, jeudi 12 novembre ? Ce  » nous  » n’est-il pas cet obscur objet du débat sur l’identité française ? Qui fait partie de votre  » nous « , M. Raoult ?

Cette déclaration porte atteinte non pas seulement à la liberté d’expression d’un écrivain, comme on l’a dit ces derniers jours. Mais il met en cause la liberté tout court, celle qu’a tout citoyen de trouver en effet  » monstrueux  » – c’est l’adjectif employé par Marie NDiaye – de reconduire manu militari des Afghans dans leurs pays en guerre,  » monstrueux  » de traquer des enfants sans papiers dans les écoles maternelles.  » Monstrueux  » de criminaliser ceux qui prennent leur défense, comme aux pires heures de l’histoire de France.  » Monstrueux  » d’avoir tant valorisé l’expulsion, le rejet de l’autre, la clôture sur soi, qu’il est désormais plus coûteux pour la communauté nationale d’expulser que d’accueillir, d’honorer les statistiques de reconduites aux frontières que de respecter les lois de l’hospitalité.

Doit-on poursuivre ?  » Monstrueuse  » la législation sur les malades mentaux, la responsabilité pénale des mineurs, le tout-sécuritaire, les tentatives réitérées de fichage de la population, la traque des délinquants dès le plus jeune âge, la criminalisation des banlieues, la culpabilisation des chômeurs, la sanctuarisation du profit, la garde à vue pendant plusieurs mois de Julien Coupat, le culte de l’argent drapé dans la méritocratie…

 » Monstrueux « , encore, d’entendre le président de la République parler des liens charnels qui lient  » l’identité nationale française  » avec… la  » terre  » ! Et marteler le mot  » terre  » cinq fois en dix lignes de discours de peur que ne passe inaperçue cette référence explicite à  » la terre qui, elle, ne ment pas « , chère au maréchal Pétain en juin 1940. A force de chercher les  » racines  » introuvables de l’identité, on tombe sur les vieux cadavres, ceux d’une histoire mal enterrée, celle de Vichy.

L’anti-intellectualisme, le mépris des artistes et des intellectuels, font partie du code génétique de ce régime qui a besoin pour imposer ses réformes de traquer la critique jusque dans la langue… Un écrivain n’a pas d’autre citoyenneté que sa langue maternelle. Pas d’autre patrie que le langage dans sa diversité. Pas d’autre territoire à défendre que le pays sans frontières de sa langue. Comment s’étonner alors qu’il soit sensible aux déformations qu’on lui fait subir ? Marie NDiaye ne s’inscrit en rien dans la tradition de l’écrivain engagé, qui  » dit le droit pour les autres  » dans la lignée de Zola, Camus ou Sartre. Son engagement est  » écoute  » et  » attention « , un souci extrême pour la langue. Un gardien du vocabulaire, comme le disait André Breton.

Ce n’est désormais un secret pour personne : la langue du pouvoir s’est abaissée à des niveaux sans précédent. Le sarkozysme, comme l’inconscient lacanien, est structuré comme un langage. Ou plutôt il est  » déstructuré  » comme un langage ; c’est une zone de langage effondrée.

Ses attentats syntaxiques sont quotidiens. La liste est longue de ces violences verbales et de ses outrances, de ses lapsus et jeux de mots. Des métaphores guerrières (le  » Karcher « , la  » racaille « , le  » croc de boucher « ) en vulgarités ( » casse-toi pauvre con « ), de lapsus (les fameux  » coupables  » du procès Clearstream) en plaisanteries machistes ou racistes (les Arabes d’Hortefeux acceptables en petit nombre exclusivement ou Rama Yade qui ferait bien plus  » couleur locale  » dans le Val-d’Oise).

Cher Eric Raoult, entre la  » culture  » et la  » terre « , il faut choisir. Entre les voix du Front national et celle d’un écrivain rétif à tout embrigadement, il faut savoir celle qu’on veut entendre. Récemment le mur de Berlin est tombé et, avec lui, croyait-on, la tentation d’embrigader les artistes et les écrivains. La guerre froide est terminée depuis vingt ans, mais votre langage et sa rhétorique de la responsabilité, du patriotisme, des ambassadeurs culturels, continue à lui appartenir… comme lui appartient la  » prudence  » (de chat ou d’apparatchik ?) de notre ministre de la culture.

Nicolas Sarkozy voulait supprimer, dit-on, le ministère de la culture. Que ne l’a-t-il fait ? Il semble qu’il ne soit pas compatible avec son voisin de l’identité nationale et de l’immigration. Pourquoi ne pas lui donner un intitulé nouveau :  » ministère de la réserve et de la modération  » ? On le confierait à Eric Besson. Il aurait pour mission de récompenser les écrivains  » modérés « , amis du régime, envoyés dans des ambassades ou conviés à déjeuner, à qui l’on confierait des missions, des émissions de radio et des chroniques dans les journaux. L’élection du prix Goncourt serait soumise à son approbation. Alors la France, comme Marie NDiaye, n’habiterait plus la France.


Christian Salmon est écrivain, ex-directeur du Parlement international des écrivains

Le Monde 151109

Tous pédophiles potentiels !

10 novembre 2009

Harry Potter et les présumés pédophiles

communiqué par frdm http://www.lta.frdm.fr/


La menace fantôme en vient parfois à devenir tout à fait concrète. Elle révèle ce qu’il en est dans une société aux prises avec sa perversion qui n’a plus que la vérification paranoïaque de la vertu comme arme de destruction massive de ses propres fantasmes. Les cochages et fichages conduisent toujours aux mêmes délires, ils deviennent eux les instruments de la perversion. Parfaitement logiques et parfaitement fous. Le totalitarisme est toujours possible, sauf qu’en pays de droit et de démocratie les errements sont rapidement dénoncés, montrés du doigt et (provisoirement, toujours provisoirement) neutralisés.

Continuons de veiller bonnes gens. À l’heure de la suppression des juges d’instruction inscrite au programme, il importe de ne pas s’endormir en démocratie pour se réveiller sous, sous quoi au juste ?

Philippe Grauer


C’est à Watford, située au nord-ouest de Londres, qu’ont été tournés Star Wars Episode 1 : la menace fantôme, ainsi que la série de films inspirés de la saga Harry Potter. C’est aussi à Watford que les parents se voient aujourd’hui interdire d’accompagner leurs enfants dans les deux principales aires de jeux municipales… sauf s’ils démontrent qu’ils ne sont pas pédophiles.

En octobre dernier, l’administration britannique lançait une vaste campagne de fichage des enseignants, infirmières, dentistes, pharmaciens, entraîneurs sportifs, gardiens de prison, chefs scout, parents faisant du soutien ou accompagnant leurs enfants lors des sorties scolaires… et tout autre citoyen en contact avec des “personnes vulnérables“, soit un Britannique sur six.

Objectif : croiser leurs antécédents judiciaires avec leurs modes de vie et relations actuelles, pour jauger de leur bonne moralité, et les autoriser (ou non) à être en contact avec des enfants, malades, handicapés, etc. (voir Présomption de pédophilie).

En prévision de cette campagne massive de fichage préventif, le conseil municipal de Watford >envoyait un courrier, mi-septembre, à quelques 300 foyers. Il y était préciser que les parents ne seraient désormais plus autorisés à entrer, avec leurs enfants, dans les deux principales aires de jeux prévues pour les 5-15 ans, sauf s’ils acceptaient, eux aussi, de faire l’objet d’une telle enquête de moralité démontrant qu’ils ne sont pas pédophiles.

Laissez entrer nos parents !

Sun rapportent les propos offusqués de plusieurs mères de famille, choquées de voir que les parents sont désormais traités et perçus comme des “pédophiles potentiels“, qui ne voient pas comment les trois employés du parc seraient plus à même qu’elles de garantir la sécurité de leurs enfants, et qui ne comprennent pas pourquoi, tout simplement, on leur interdit ainsi de jouer avec leurs propres enfants…

En réponse, Dorothy Thornhill, maire de Watford, leur rétorque que les aires de jeux pour enfants et adolescents “ne sont pas des lieux de rencontre pour adultes“, qu’il existe 40 autres parcs où les parents peuvent emmener leurs petits enfants”, et qu’elle ne fait que suivre les recommandations du gouvernement, qui veut interdire tout contact rapproché entre enfants et adultes non fichés…

Rappelant que les employés de ces aires de jeux avaient, eux, dûment été autorisés à travailler avec des enfants, la maire déplore également le fait que ces “play rangers” (sic) passaient plus de temps à s’inquiéter de ce que faisaient les parents avec leurs enfants qu’à surveiller et encadrer ces derniers…

Les autorités britanniques ont depuis rappelé que jamais elles n’avaient cherché à interdire aux parents de rester avec leurs propres enfants, ni à les faire suivre ou surveiller par des adultes dûment autorisés à approcher des enfants, et que seuls ceux qui “travaillent” avec les enfants doivent être fichés, et habilités.

Une paranoïa égarée ? Pas tant que ça. Le Sunday Telegraph rapporte ainsi que des milliers d’étudiants en médecine sont interdits de travailler du fait des délais dans l’obtention de l’habilitation, et que plusieurs églises interdisent désormais aux adultes non fichés d’assister aux cours ou chorales donnés le dimanche, même et y compris lorsqu’il s’agit de parents venus y accompagner leurs enfants… “au cas où ils soient amenés à accompagner d’autres enfants aux toilettes“.

État de droit : le Conseil de l’Europe se penche sur le cas français

La psychothérapie, relationnelle en tout cas, ne peut exister que dans un État de droit. Tout ce qui porte atteinte à ce principe porte directement atteinte à notre exercice professionnel. C’est pourquoi

Philippe Grauer


Pour ceux que l’État de droit intéresse… pour leur culture générale.

La délibération du Conseil de l’Europe critiquant la France, dont traite l’article ci-dessous, se trouve :
http://assembly.coe.int/Main.asp?link=/Documents/AdoptedText/ta09/FRES1685.htm
= http://tinyurl.com/ygqtcdj
<< Allégations d'utilisation abusive du système de justice pénale, motivée par des considérations politiques, dans les États membres du Conseil de l'Europe >>
Résolution 1685 (2009) du 30 septembre 2009
Le sujet dépasse très largement le cadre de la justice pénale pour concerner tout le système juridictionnel français, et donc d’État de droit.
Le rapport présenté pour cette résolution :
http://assembly.coe.int/Documents/WorkingDocs/doc09/fdoc11993.pdf
= http://tinyurl.com/yhy2zol

===== =====

http://www.lesmotsontunsens.com/conseil-de-l-europe-fustige-la-suppression-du-juge-d-instruction-sarkozy-5726
= http://tinyurl.com/yfd4j4s

Le Conseil de l’Europe fustige la suppression du juge d’instruction (notamment)

5 octobre 2009, Les mots ont un sens, par Napakatbra

Dans une totale indifférence, mercredi dernier [30 septembre 2009], le Conseil de l’Europe a asséné une violente charge contre la suppression du juge d’instruction
http://www.lesmotsontunsens.com/suppression-juge-instruction-5370
= http://tinyurl.com/yfomrn4
et contre toutes les tentatives « d’utilisation abusive du système de justice pénale motivée par des considérations politiques »…

Dans une résolution
http://assembly.coe.int/Main.asp?link=/Documents/AdoptedText/ta09/FRES1685.htm
= http://tinyurl.com/ygqtcdj
soumise par la Commission des questions juridiques et des droits de l’homme (CQJDH) et adoptée à l’unanimité mercredi 30 septembre 2009, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) souligne que l’indépendance du système judiciaire est le principal rempart contre toute ingérence politique dans le fonctionnement de la justice. Au cas où on aurait oublié…

Le France doit « revoir le projet de suppression des juges d’instruction »

De fait, constatant que la proposition de Nicolas Sarkozy de supprimer les juges d’instruction remettait en cause ce pré-requis, les parlementaires n’y sont pas allés de main morte, demandant au chef de l’Etat français de « revoir son projet ». Ni plus ni moins. Si toutefois cette réforme devait être confirmée, « et que les compétences en matière [d’instruction] étaient transférées au ministère public », l’APCE exhorte la France « à renforcer l’indépendance des procureurs » et à « permettre aux avocats de la défense d’accéder à l’enquête préliminaire conduite par le parquet »… ce qui constitue effectivement la principale demande des syndicats de magistrats, mais qui n’est pas franchement à l’ordre du jour.

Les juges français les moins bien payés d’Europe

La rémunération des magistrats étant un critère d’indépendance primordial, l’Assemblée invite aussi les autorités à « augmenter progressivement les salaires des juges et des procureurs à la hauteur de la dignité et de l’importance de leurs fonctions, jusqu’à ce que ces salaires soient alignés sur la moyenne des autres pays européens ». Ce ne serait pas du luxe… Dans une étude publiée en 2002, ce même Conseil de l’Europe affirmait que la France était le pays européen le plus radin avec ses juges, rémunérés entre 1.1 et 3.1 fois le salaire moyen français selon l’ancienneté, contre 4.6-7.4 en Grande-Bretagne, 3.7-7.7 en Roumanie, 2.5-6.5 en Espagne, 2-3.4 en Moldavie, 4-9.7 au Portugal…

« Un système de justice pénale à deux vitesses »

Un autre motif d’inquiétude est que les « les ressources affectées à l’aide juridique » ne soient pas augmentées, face à un système devenu principalement accusatoire, donc plus coûteux pour la défense. Ce qui fait craindre à la rapporteure du projet de résolution
http://assembly.coe.int/Documents/WorkingDocs/doc09/fdoc11993.pdf
= http://tinyurl.com/yhy2zol

l’ex-ministre allemande de la justice Sabine Leutheusser-Schnarrenberger, que « se développe un système de justice pénale à deux vitesses, l’égalité des armes étant assurée uniquement pour ceux qui en ont les moyens ». Et là encore, on ne peut que constater le retard de la France en matière de budget annuel alloué au système judiciaire (38ème pour 45 pays membres)
http://www.carte-judiciaire.justice.gouv.fr/index.php?rubrique=10408&ssrubrique=10472
= http://tinyurl.com/yg5xb2h
et ce quelque soit la méthode de calcul : budget par habitant, % de PIB par habitant…

Prise de contrôle politique du CSM

Au sujet du Conseil Supérieur de la Magistrature, l’institution censée garantir l’indépendance des juges, l’APCE constate que « la France a récemment décidé de doubler le nombre de membres nommés par le Président de la République et les présidents des deux chambres du parlement », ce qui pose manifestement un problème de conscience aux parlementaires du Conseil qui demandent à l’Etat de « rétablir une majorité de juges et de procureurs au sein du Conseil Supérieur de la Magistrature ou à veiller à ce que parmi les membres nommés par les organes politiques figurent également des représentants de l’opposition ».

Comme « l’impression que cette réforme vise à protéger la classe politique de tout contrôle judiciaire »…

Seul motif de satisfaction du Conseil de l’Europe, « un parlement et des médias indépendants qui constituent des garde-fous relativement fiables contre l’utilisation abusive du système de justice pénale par le pouvoir exécutif ». A voir comment les « médias indépendants » se sont rués sur l’information, ça ne présage rien de bon… En résumé, selon Sabine Leutheusser-Schnarrenberger, si la France décide de supprimer le juge d’instruction, « certaines conditions essentielles devront être satisfaites pour éviter l’impression que cette réforme vise à protéger la classe politique de tout contrôle judiciaire ». Juste une « impression » ?

(Article publié sur le site « Les mots ont un sens »)
http://www.lesmotsontunsens.com/conseil-de-l-europe-fustige-la-suppression-du-juge-d-instruction-sarkozy-5726
= http://tinyurl.com/yfd4j4s

un cas d’école d’antisémitisme

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11 novembre 2009 Polémique autour d’une phrase
Godard et la question juive

Photogrammes extraits du documentaire  » Morceaux de conversations avec Jean-Luc Godard « , d’Alain Fleischer. ÉDITIONS MONTPARNASSE
Dans son nouveau livre, l’écrivain et cinéaste Alain Fleischer accuse Jean-Luc Godard d’avoir tenu des propos antisémites. Provocation ou dérapage ?

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Filmé en 2006 par Alain Fleischer pour un film qui s’est appelé Morceaux de conversations avec Jean-Luc Godard, le cinéaste franco-suisse aurait tenu des propos très polémiques à l’encontre des juifs, en partie écartés au montage, dont certains sur les deux films de Claude Lanzmann Shoah et Tsahal.

Dans un roman intitulé Courts-circuits, récemment édité au Cherche Midi, Alain Fleischer raconte qu’en aparté, lors d’une pause, Jean-Luc Godard aurait lâché cette phrase monstrueuse à son ami et interlocuteur Jean Narboni, ex-rédacteur en chef des Cahiers du cinéma :  » Les attentats-suicides des Palestiniens pour parvenir à faire exister un Etat palestinien ressemblent en fin de compte à ce que firent les juifs en se laissant conduire comme des moutons et exterminer dans les chambres à gaz, se sacrifiant ainsi pour parvenir à faire exister l’Etat d’Israël. « 

Jean-Luc Godard est coutumier de ce type de provocations. La première est survenue en 1974, lorsque, illustrant sa notion du montage comme vision comparative de l’histoire, il faisait chevaucher dans Ici et ailleurs une image de Golda Meir, premier ministre israélien, avec celle d’Adolf Hitler.

Prenant fait et cause pour la Palestine, l’auteur de Bande à part s’est maintes fois plu à rappeler, entre autres dans JLG/JLG en 1994, que, dans les camps nazis, les détenus au seuil de la mort étaient désignés sous le terme de  » musulmans « . Ignorant délibérément la nature des crimes commis et subis par les uns et par les autres, il sous-entend que les victimes d’hier sont devenues les bourreaux d’aujourd’hui. Décrivant la Bible comme un  » texte trop totalitaire « , il a déjà lâché à propos de ces juifs qui, selon lui, auraient sauvé Israël en mourant dans les camps :  » Au fond, il y a eu six millions de kamikazes. « 

Dans Notre musique, film au départ duquel il voulait reprendre le schéma du Silence de la mer, de Vercors, en imaginant un officier israélien installé chez des Palestiniens, il déclare que  » le peuple juif rejoint la fiction tandis que le peuple palestinien rejoint le documentaire « . Avec démonstration rhétorique, photographies à l’appui. Champ : les Israéliens marchent dans l’eau vers la Terre promise. Contrechamp : les Palestiniens marchent dans l’eau vers la noyade. Il s’en explique dans Morceaux de conversations… :  » Les Israéliens sont arrivés sur un territoire qui est celui de leur fiction éternelle depuis les temps bibliques…  » Jean Narboni lui fait remarquer que le mot  » fiction  » est choquant.  » Alors, réplique-t-il, on dira que les Israéliens sont sur TF1, c’estla télé-réalité. Et les autres, dans un film de Frédéric Wiseman « .

Ces raccourcis suscitent doutes et consternation chez ses thuriféraires. Lorsque Jean Narboni lui rappelle que la juxtaposition des images de Golda Meir et d’Hitler avait même troublé Gilles Deleuze, sympathisant palestinien, lequel avait pourtant tenté de le défendre, Godard répond cinglant :  » Pour moi, il n’y a rien à changer… sauf d’avocat ! « 

 » Juif du cinéma « 

 » Un catholique, je sais ce que c’est : il va à la messe, dit-il dans le film d’Alain Fleischer à Jean Narboni. Mais un juif, je ne sais pas ce que c’est ! Je ne comprends pas !  » Jean-Luc Godard s’est pourtant autoproclamé  » juif du cinéma  » pour signifier son destin de cinéaste persécuté. Il dit que, culpabilisé de n’avoir pas été alerté dans son enfance par l’Holocauste, choqué par les propos antisémites de son grand-père maternel qui faisait des plaisanteries sur son  » médecin youpin « , il n’a pas trouvé d’autre moyen de comprendre le juif qu’en se considérant  » pareil « .

Dans Deux ou trois choses que je sais d’elle, lorsque son héroïne, prostituée occasionnelle, emmène un client dans un hôtel et que celui-ci lui fait remarquer que c’est un hôtel réservé aux juifs parce qu’il a une étoile, elle ne trouve pas ça drôle. Sensibilisé par la Shoah, Godard n’a de cesse de dénoncer la faute inexpiable du cinéma de n’avoir jamais filmé les camps. Le  » ce qui ne peut pas être dit  » de Wittgenstein devient à ses yeux un  » il vaut mieux voir que s’entendre dire « . Clamant que  » l’image c’est comme une preuve dans un procès « , une formule que d’aucuns trouvent à la limite du négationnisme.

Cette certitude que rien n’est infilmable, même la Shoah, l’oppose à Claude Lanzmann, qui, lui, s’insurge contre le caractère suspicieux qu’auraient des images du génocide. Persuadé de l’inadéquation de celles-ci, Lanzmann se range à l’avis d’Elie Wiesel, qui craint que le cinéma ne transforme un événement innommable en  » phénomène de superficialité « . Débat qui, dans les colonnes du Monde, suscite la réaction du psychanalyste Gérard Wacjman résumant l’affrontement :  » Saint Paul Godard contre Moïse Lanzmann « .

La question juive obsède Godard. Parfois à bon escient : le rappel des forfaits perpétrés dans les stades, comme le Heysel, rappelle le Vél’d’Hiv dans Soigne ta droite. Ou ce reproche adressé à Romain Goupil durant le tournage d’Allemagne neuf zéro :  » Tu te dis anti-fasciste et quand tu filmes le stade des JO de Berlin, tu ne filmes qu’un stade, pas celui d’Hitler !  » Mais, en négatif, ses propos sur Hollywood  » inventé par des gangsters juifs « , et sur l’invention du cinéma par ces producteurs émigrés d’Europe centrale ayant compris que  » faire un film, c’est produire une dette « . Son biographe américain, Richard Brody, raconte le projet d’un film où Godard débattrait avec Claude Lanzmann. Bernard-Henri Lévy étant médiateur. Ce dernier déclare :  » Lanzmann et moi étions les instruments de sa cure : celle d’un antisémite qui essaye de se soigner. J’étais prêt à jouer le jeu, mais il a changé de plan.  » Ici antisioniste, là carrément antisémite, Godard se heurte à quelque chose qu’il ne comprend pas, homme d’image affichant un problème avec la parole.

Jean-Luc Douin
© Le Monde

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Le partage des eaux du Nil Polémique autour d’une phrase

Droit à l’agrément pour l’adoption pour une célibataire homosexuelle

Une multitude d’articles sont parus sur une décision du Tribunal administratif de Besançon du 10 novembre 2009 annulant le refus d’agrément pour l’adoption par une célibataire vivant en couple homosexuel.
Voici deux de ces articles :
— celui du Monde, le plus précis
— celui du Point, correct dans ses développements mais faux dans son titre.
Tous les autres articles consultés sont faux en affirmant que c’est à « un « couple homosexuel » que le tribunal a reconnu le droit à l’agrément pour l’adoption.

Attention le titre de l’article du Point ci-dessous est faux : ce n’est pas un couple d’homosexuelles qui pourra adopter, c’est l’une des deux seulement et en tant que célibataire.
En revanche les développements de l’article sont corrects.

===== =====

La justice autorise l’adoption d’un enfant par une homosexuelle

LE MONDE

Le tribunal administratif de Besançon a donné son feu vert, mardi 10 novembre, à l’adoption d’un enfant par une homosexuelle vivant en couple, annulant les décisions du conseil général du Jura, qui refusait l’agrément. Le conseil général a indiqué qu’il appliquerait le jugement du tribunal administratif.

Le rapporteur public avait demandé au tribunal d’annuler la décision du conseil général du Jura et d’octroyer à cette enseignante, Emmanuelle B., un agrément sous quinze jours à compter de la notification du jugement avec une astreinte de 100 euros par jour de retard, et le remboursement de 2 000 euros pour les frais d’avocat. Depuis dix ans, Emmanuelle B., qui vit en couple avec Laurence R., se bat pour obtenir un agrément pour l’adoption d’un enfant, refusé à deux reprises par le conseil général du Jura.

« Le tribunal administratif ne dit pas : les homosexuels peuvent adopter. Il ne dit pas non plus : les couples homosexuels peuvent adopter. Il dit : la Cour européenne des droits de l’homme interdit des refus d’agrément au motif que les célibataires sont homosexuels », explique Anne Chemin du service Société du « Monde » qui rappelle le contexte de cette affaire : cliquez ici pour écouter

La Cour européenne des droits de l’homme avait condamné la France le 22 janvier 2008 pour discrimination sexuelle, soulignant que le droit français autorisait l’adoption d’un enfant par un célibataire et que la Convention européenne des droits de l’homme interdisait de discriminer des personnes sur la base de leur orientation sexuelle.

En dépit de rapports de travailleurs sociaux favorables à une adoption d’un enfant de 6 mois à 10 ans par ce couple, le conseil général avait de nouveau refusé de délivrer un agrément aux motifs qu’il existerait « des différences notables [dans le couple] dans le projet d’adoption, notamment au niveau de l’âge de l’enfant » à adopter, et que son amie montrait « peu d’engagement affectif vis-à-vis de cet enfant ». « Le président du conseil général du Jura n’a pas refusé l’agrément à Mme B. parce qu’elle vit avec une femme, mais parce qu’il existe un désaccord » entre les membres du couple, avait soutenu Me Christophe Nicoley, avocat de la collectivité jurassienne, lors de l’audience.

La Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité a rendu le 5 octobre un avis jugeant ce refus « discriminatoire ». Le conseil général a saisi le Conseil d’Etat d’un recours contre l’avis de la Halde.

Cette affaire met une nouvelle fois en exergue la question de l’adoption par un couple homosexuel. En France, cela reste formellement impossible.

« L’adoption est réservée au couple marié. Un couple concubin ou un couple pacsé n’a pas le droit de demander un agrément pour adopter. Donc la seule manière d’adopter pour un couple homosexuel c’est de se présenter comme célibataire et d’avoir l’agrément pour le célibataire », explique à ce propos Anne Chemin. Elle souligne les limites et conséquences de cette procédure. Elle évoque également la possibilité du recours à la procédure d' »adoption simple » qui a été un moment envisagée par certains couples homosexuels, mais rejetée par la Cour de cassation : cliquez ici pour écouter


Attention le titre de l’article du Point ci-dessous est faux : ce n’est pas un couple d’homosexuelles qui pourra adopter, c’est l’une des deux seulement et en tant que célibataire.
Les développements dans l’article sont en revanche corrects.

Le Point – Société
Publié le 10/11/2009

JUSTICE
Un couple d’homosexuelles pourra adopter un enfant
Par Ségolène Gros de Larquier

Une institutrice homosexuelle se bat depuis onze ans, avec sa compagne, contre le conseil général du Jura pour obtenir le droit d’adopter un enfant

C’est une première en France. Une institutrice homosexuelle, qui se bat depuis 11 ans avec sa compagne pour adopter un enfant, a obtenu gain de cause. Emmanuelle B., 48 ans, va obtenir un agrément, véritable sésame pour prétendre à adopter.

À l’origine de cette avancée, une décision du tribunal administratif de Besançon, qui a annulé, mardi, le refus d’agrément opposé à deux reprises à Emmanuelle B. par l’administration départementale. Aussitôt, le conseil général du Jura a précisé qu’il se conformerait au jugement du tribunal. « Il s’agit là d’une belle victoire contre l’homophobie, alors que les propos et les comportements homophobes demeurent vivaces dans notre société », a réagi Me Caroline Mécary, avocate de la requérante.

Toutefois, le parcours entamé par Emmanuelle B. pour adopter un enfant est loin d’être terminé. L’obtention d’un agrément — délivré par le service de l’aide sociale à l’enfance du département — correspond seulement à la première étape de la procédure d’adoption. Il est remis lorsque les conditions d’accueil d’un enfant sont jugées satisfaisantes sur les plans familial, éducatif et psychologique.

La « solidité » du couple mise en avant

Pour donner leur accord, les juges administratifs se sont justement appuyés sur les rapports des services sociaux. Ces documents se montrent « favorables à la demande d’agrément pour adoption ». « Le couple formé par Mme B. et sa compagne, dont la démarche en vue d’adoption s’inscrit dans la durée, présente une solidité certaine », ont estimé les juges. Selon eux, les motifs retenus par le président du conseil général du Jura ne permettaient pas de « justifier légalement la décision de rejet de la demande d’agrément pour l’adoption présentée par Mme B. ». Saisie de l’affaire, en janvier 2008, la Cour européenne des droits de l’homme avait d’ailleurs condamné la France pour discrimination sexuelle.

Les associations de lutte contre l’homophobie se réjouissent de cette décision. Mais pour l’APGL (Association des parents et futurs parents gay et lesbiens), des progrès restent à faire. « Ce n’est pas suffisant. Si Emmanuelle B. a obtenu l’agrément pour adopter, c’est seulement en tant que célibataire », insiste Franck Tanguy, porte-parole de l’association qui bataille depuis 1986 pour une légitimation sociale et juridique de l’homoparentalité.

La loi de 1966, réformée le 5 juillet 1996, autorise en effet l’adoption « par toute personne âgée d’au moins 28 ans ». Pour adopter, les couples homosexuels sont donc contraints de jouer aux célibataires – ce qu’ils sont légalement – et de taire leur homosexualité. « Il y a deux types de citoyens en France : les hétérosexuels et les homosexuels, qui sont victimes de l’homophobie de l’État. Il faut changer la loi pour qu’un couple de même sexe soit autorisé à adopter », soutient Franck Tanguy. « Nous espérons que ce symbole deviendra réalité pour les couples homosexuels qui demandent la reconnaissance de leur droit de parents », souligne, de son côté, le maire de Bègles, Noël Mamère, qui a célébré en 2004 un mariage homosexuel. Mais le gouvernement ne semble pas l’entendre ainsi. Au sortir du Conseil des ministres, Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, a immédiatement rappelé : « Le président de la République lui-même s’est exprimé sur le sujet. Nous ne sommes pas favorables à l’adoption d’enfants par les couples homosexuels. » En attendant, la décision du tribunal administratif devrait relancer le débat au sein de la société.


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JURA Le conseil général se pliera à la décision tu tribunal