quand les psy(chanalyste)s se dévoilent

Sorties DVD

QUAND LES PSYS SE DÉVOILENT

UN COPIEUX COFFRET RETRACE L’HISTOIRE DE LA PSYCHANALYSE EN FRANCE

Il s’agit d’un événement. La première encyclopédie vivante consacrée à la psychanalyse, ses pères fondateurs, sa raison d’être, ses influences, son mode de fonctionnement, ses défis, ses champs d’action, ses limites… L’ensemble offre 33 heures d’entretiens de Daniel Friedmann, chercheur au CNRS, avec quinze éminents psychanalystes : Isi Beller, Laurence Bataille, Jean Clavreul, Gérard Haddad, Georg Garner, André Green, Patrick Landman, Catherine Millot, Jean-Bertrand Pontalis, Eduardo Prado de Oliveira, Ginette Raimbault, Elisabeth Roudinesco, François Roustang, Jean-Paul Valabrega, Markos Zafiropoulos.

Thèmes des débats menés par Daniel Friedmann

Qu’est-ce qu’être psychanalyste ? ; La psychanalyse et l’argent, La psychanalyse et la politique, Lacan, Les thérapies comportementales… S’ensuivent des entretiens individuels avec chacune des quinze sommités. Qu’est qu’être psychanalyste ? « Les mots manquent », répond Pontalis, pour qui se poser en psychanalyste est une imposture, comme se poser en écrivain. André Green est concret : « C’est le sentiment d’appartenir à un mouvement qui représente la connaissance la plus poussée qu’on puisse avoir du psychisme humain. » Pour François Roustang, « c’est un métier… impossible (comme celui d’éduquer et de gouverner, disait Freud), car il s’agit à la fois d’établir une relation et de la modifier ». Pour Jean-Paul Valabrega, le psychanalyste est « celui qui a aptitude (rare et difficile) à écouter autrui, en renonçant à tout narcissisme ». Mais « écouter avec plus que ses oreilles », surenchérit Georg Garner, qui parle d’écouter avec son corps, de savoir écouter le silence, de « garder le silence comme un berger garde ses moutons ».

UNE SCIENCE QUI DÉRANGE

Ce travail phénoménal a été réalisé en deux temps. Daniel Friedmann a interviewé ces hommes et ces femmes en 1983, puis en 2008. Ainsi Elisabeth Roudinesco retrace-t-elle l’histoire de la psychanalyse en France depuis le début du XXe siècle, puis, vingt-cinq ans plus tard, analyse l’évolution des mentalités. Elle explique que, parallèlement au ressenti de la psychanalyse comme appartenant à une élite, s’est développée une pratique des psychothérapies par quête du bonheur, d’un nouvel individualisme lié à l’économie de marché. « La quête de soi est devenue plus importante que l’exploration de soi », dit-elle. Haï parce qu’il inventa une science qui dérange, en particulier les Eglises, voyant dans les analyses une atteinte à la morale, une libération du corps des femmes, haï par toutes les dictatures, par le communisme qui y voyait une « science bourgeoise », Freud est aujourd’hui haï par rejet de la spiritualité.

Un livret de 32 pages s’interroge sur le concept du coffret

Comment et pourquoi filmer les psychanalystes, plutôt que la pratique analytique ? Daniel Friedmann répond qu’outre l’interdit (une séance d’analyse relève du secret professionnel), il n’y a qu’une manière de comprendre ce qu’est une analyse : en faire une. Il dépeint son travail comme un portrait des analystes où le spectateur est à son tour écoute et regard.

Jean-Luc Douin

Un même extrait, des versions différentes… La guerre des éditeurs au format poche

LA GUERRE des Freud est déclarée !

Désormais dans le domaine public, l’œuvre du père de la psychanalyse attise les convoitises éditoriales. C’est pour les sciences humaines  » un événement comparable à la fin des droits d’auteur pour Proust en littérature « , estime Michel Prigent, patron des Presses universitaires de France (PUF), qui revendiquent la place de premier éditeur de Freud en France.  » Il va y avoir une véritable redistribution des cartes, et la question des traductions redevient centrale « , poursuit-il. Aux PUF, Freud représente aujourd’hui 10 % du chiffre d’affaires. La maison s’est mise en ordre de marche pour défendre sa part de marché.  » Je préfère les traductions de notre équipe dirigée par Jean Laplanche, mais j’attends avec impatience celle de Jean-Pierre Lefebvre au Seuil « , précise encore Michel Prigent. À côté de la poursuite des œuvres complètes qui devrait se terminer en 2014 ou 2015, les PUF ont lancé une offensive en  » Quadrige « , la collection de poche maison, avec la parution de douze titres en janvier, qui seront suivis d’autres au cours de l’année.

Car c’est au format de poche, et dans un certain désordre, que se joue cette bataille entre éditeurs. «  La disponibilité immédiate et le prix sont les deux clés du succès « , reconnaît Eric Vigne, qui dirige  » Folio Essais  » chez Gallimard. Dès janvier, l’éditeur affichera quinze titres en poche, dont cinq nouvelles reprises de l’édition courante.  » Freud est un auteur qui tourne très bien « , avoue-t-il. Chez Gallimard, le titre phare demeure Sur le rêve, qui, depuis vingt ans, s’est écoulé à 321 000 exemplaires.

 » Pas question de se laisser manger la laine sur le dos par les autres éditeurs « , avertit de son côté Benoîte Mourot, directrice générale de Payot, qui peut se targuer d’être l’ « éditeur historique de Freud ». Huit titres sont présents en  » Petite bibliothèque Payot « , dont deux nouveautés (voir ci-contre) et une réédition actualisée : Cinq leçons sur la psychanalyse, leur texte le plus célèbre et le plus vendu.  » Le titre lui-même est une trouvaille de Gustave Payot, qui l’a inventé lors de la première publication, en 1921 « , précise-t-elle.

Pour ces trois éditeurs, qui se partageaient jusqu’à présent l’œuvre de Freud, l’impératif est d’occuper le terrain avant l’arrivée des nouveaux entrants. Ceux-ci ne sont pour l’instant qu’au nombre de deux : Le Seuil et Flammarion. Editeur de Lacan, Le Seuil est attendu avec intérêt sur ce terrain. Deux des trois premiers titres sont publiés en  » Points « . Quant aux éditions Flammarion, elles publient d’ores et déjà un volume en  » GF « , et l’éditrice Sylvie Fenczak annonce, à partir du mois de mai,  » une quinzaine de titres dans la collection « Champs », avec, au centre du projet, le traducteur Fernand Cambon « .

Alain Beuve-Méry

8 janvier © Le Monde

Peur ou angoisse ? Culture ou civilisation ? trois traducteurs s’expliquent

S’AGISSANT d’un auteur comme Freud, tout choix de traduction engage des enjeux non seulement linguisitiques, mais aussi théoriques et conceptuels. Nous avons demandé à trois traducteurs d’expliquer leurs options, en prenant un exemple : le livre de Freud intitulé Das Unbehagen in der Kultur (1930). François Robert appartient au comité éditorial qui supervise la parution des Œuvres complètes de Freud aux Presses universitaires de France, où ce texte a été publié en 1994 sous le titre Le Malaise dans la culture. Deux nouvelles traductions paraissent ces jours-ci : chez Garnier-Flammarion, Dorian Astor a conservé le même titre ; au Seuil, Bernard Lortholary a préféré, quant à lui, Le Malaise dans la civilisation. Entretiens croisés.

Comment envisagez-vous l’avenir du texte freudien, à présent que chacun peut en publier une nouvelle traduction ?

Bernard Lortholary : À chaque fois qu’on publie une nouvelle traduction d’un grand écrivain, cela augmente mécaniquement son audience, et cela offre aussi à ceux qui le connaissent déjà un matériau qui nourrit l’échange, la réflexion. Pour Freud, c’est une chance d’échapper à la pierre tombale jargonnante qui a jusqu’ici dissuadé le grand public de le lire, alors même qu’il écrit un allemand tout à fait fluide, et qu’il mérite d’être traduit de façon limpide. Or il l’a essentiellement été par des gens qui connaissaient mieux la psychanalyse que l’allemand. Il s’y sont attelés avec un incontestable courage, mais sans réelle compréhension de la langue.

Dorian Astor : Cette concurrence des traductions permet un travail critique qui oblige à revenir au texte. En France, l’œuvre freudienne a longtemps été enfermée dans une forteresse psychanalytique qui prétendait détenir sa vérité. Il y avait l’idée que, si l’on n’était pas psychanalyste, on ne pouvait pas traduire Freud. Or dire qu’une traduction est définitive, c’est un réflexe totalitaire. Pour ma part, je suis germaniste, traducteur littéraire, et je refuse de me battre avec les psychanalystes sur le terrain de l’orthodoxie. Mais je peux les affronter sur le terrain de la langue…

François Robert : Nous attendons la confrontation avec sérénité. Toute nouvelle traduction est la bienvenue. Mais attention, il ne faut pas régresser. Chacun peut proposer une traduction qu’on dira plus  » lisible « , mais l’important est de ne pas revenir en arrière en nivelant tout, au mépris de la rigueur théorique. Notre équipe travaille sur l’ensemble des œuvres. Il est plus facile de dire  » allez, je vais traduire Malaise dans la culture ! « , ponctuellement, sans se préoccuper de savoir si tel ou tel terme revient dans un autre livre. On nous a beaucoup reproché de chercher à uniformiser le vocabulaire de Freud. Mais notre but est d’abord de faire apparaître des discontinuités et des continuités dans cette langue qui est faussement simple, car Freud a une manière très spécifique de conceptualiser les mots. Il faut en tenir compte. La diversité, oui ; l’éclectisme, non !

Pourquoi avoir choisi de traduire Das Unbehagen in der Kultur par Malaise dans la civilisation ou par Malaise dans la culture ?

Bernard Lortholary : La langue allemande dispose des deux termes, «  Kultur  » et  » Zivilization « . Quand on traduit, il faut toujours se demander : ce texte, de quoi il parle, à quelle date, et à qui s’adresse-t-il maintenant ? Freud parle du malaise engendré par la civilisation. Mais il écrit à un moment où les idéologues accusent la  » Zivilisation  » d’être française, voire juive, par opposition à la  » Kultur  » allemande. Il met les pieds en terrain miné. Nous n’en sommes plus là. Aujourd’hui, si un journal titre  » Malaise dans la culture « , on se dit : ah, Frédéric Mitterrand doit avoir de gros soucis… Le terme  » culture  » a été réquisitionné par ce sens institutionnel. Donc, j’ai choisi Malaise dans la civilisation.

Dorian Astor : Il y a ici un jeu de miroirs. En allemand, le mot «  Kultur  » est mélioratif, il signifie supérieur. En français, c’est plutôt  » civilisation  » : on ne parle pas de civilisation papoue, mais de culture papoue. Dans L’Avenir d’une illusion, Freud dit :  » Je dédaigne de faire la différence entre Kultur et Zivilization.  » À partir de là, il faut savoir comment les choses s’articulent conceptuellement. Freud est l’héritier d’une philosophie où l’on oppose nature et culture. Pour lui, tout ce qui éloigne l’homme de la nature est un fait culturel. Utiliser le terme  » civilisation  » pour traduire le titre, ce serait en revenir au vieux sentiment de supériorité français façon années 1930. J’ai opté pour Malaise dans la culture.

François Robert : La distinction Kultur/Zivilization appartient à l’univers de pensée allemand. Pourtant, il est possible d’importer le concept de Kultur dans la traduction, où ce mot va prendre une nouvelle acception, parfaitement cohérente avec celle qu’il a aujourd’hui en français.  » La culture est édifiée sur le renoncement pulsionnel « , répète Freud. Telle est l’opposition pertinente chez lui. Si on traduit par  » civilisation « , on perd donc le sens nouveau que Freud a donné au mot  » Kultur  » : la grande nouveauté freudienne, c’est d’assimiler la nature à la pulsion, et la culture à son refoulement.

Pourquoi avoir choisi de traduire le mot allemand  » Angst  » par  » angoisse  » ou par  » peur  » ?

Bernard Lortholary : Souvent, en traduction, il n’y a pas de solution idéale, on doit choisir la moins mauvaise. D’abord, il faut éviter ce qu’a fait l’équipe des œuvres complètes : parce que l’allemand dit  » das Kind hat Angst vor dem Pferd « , ils traduisent  » l’enfant a de l’angoisse devant le cheval « . Sous prétexte de cohérence terminologique, on écrit des choses ridicules. Le mot «  Angst  » recouvre un sens large, depuis la peur de ceci ou cela jusqu’à l’angoisse existentielle. Il faut donc se résoudre à ne pas toujours traduire par le même mot : j’ai choisi tantôt  » peur « , tantôt  » angoisse « . Le contexte donne la solution.

Dorian Astor : La distinction que le français opère entre  » angoisse  » et  » peur  » n’existe pas en allemand. J’ai donc choisi  » peur « , afin de garder la généralité du terme. Par ailleurs, l’angoisse se définit comme une peur dont on ignore l’objet. Freud dit que l' » Angst  » se cache derrière tous les symptômes. Parler d’une  » angoisse inconsciente « , comme le font certains traducteurs, n’a pas de sens. Ce qui est inconscient, c’est l’objet de la peur. Un enfant dit  » j’ai peur « , il ne dit pas  » je suis angoissé « . Et de quoi mon chéri ?, lui demande-t-on.  » Je sais pas « …

François Robert : Chez Freud, la théorie de l’angoisse présuppose qu’on puisse parler d' » angoisse inconsciente « , comme on parle de  » culpabilité inconsciente « . Ce n’est pas le traducteur qui est en cause, c’est Freud lui-même ! Quand on dit  » Ich habe Angst vor « , on est tenté de traduire par  » j’ai peur de « . Mais Freud vient toujours compliquer les choses. Il faut prendre le risque d’une périphrase, pour montrer comment le concept se déploie. Lorsque le petit Hans dit  » j’ai peur du cheval « , Freud explique que c’est de l’angoisse ( » Angst « ) et non de la peur ( » Furcht « ). Si vous passez indistinctement de l’une à l’autre, vous perdez la richesse de la théorie. Il faut donc dire que Hans  » a de l’angoisse devant le cheval « . Il y a une grande différence entre le sens courant d’un mot et celui que Freud lui donne. Il est piégeant, vous savez !

Propos recueillis par Jean Birnbaum


Un même extrait, des versions différentes

Peut-être est-il opportun de remarquer ici que le sentiment de culpabilité n’est au fond rien d’autre qu’une variété topique de l’angoisse ; dans ses phases tardives, il coïncide tout à fait avec l’angoisse devant le sur-moi. Et dans l’angoisse les mêmes extraordinaires variations se rencontrent dans son rapport à la conscience. D’une manière ou d’une autre, l’angoisse se cache derrière tous les symptômes, mais tantôt elle accapare bruyamment la conscience, tantôt elle se dissimule si parfaitement que nous sommes obligés de parler d’angoisse inconsciente, ou – si nous voulons garder plus pure notre conscience morale de psychologue, puisqu’en en effet l’angoisse n’est au premier chef, il est vrai, qu’une sensation – , de possibilités d’angoisse. »

Le Malaise dans la culture, PUF-« Quadrige », traduction de l’équipe éditoriale en charge des Oeuvres complètes, p. 78-79.

____________________

« Peut-être est-il bienvenu de faire remarquer ici que le sentiment de culpabilité n’est au fond qu’une dégénérescence topique de la peur, dans ses phases ultérieures il coïncide tout à fait avec la peur du surmoi. Et dans la peur se révèlent les mêmes extraordinaires variations du rapport à la conscience. D’une certaine façon, la peur se cache derrière tous les symptômes, mais tantôt elle accapare la conscience avec bruit, tantôt elle se cache si parfaitement que nous sommes obligés de parler d’une peur inconsciente, ou – si nous voulons garder plus pure notre conscience de psychologue, car la peur n’est d’abord, il est vrai, qu’une sensation – de possibilités de peur. »

Le Malaise dans la culture, Garnier-Flammarion, traduction de Dorian Astor, p. 163.
____________________

« Peut-être serait-ce ici le bon moment de remarquer que le sentiment de culpabilité, au fond, n’est rien qu’une forme topique d’angoisse, sous ses formes ultimes il coïncide entièrement avec la peur du Surmoi. Et, s’agissant de l’angoisse, les mêmes variations extraordinaires se manifestent par rapport à la conscience claire. D’une certaine façon, l’angoisse est derrière tous les symptômes, mais tantôt elle réquisitionne à grand tapage la conscience entière, tantôt elle se cache si parfaitement que nous sommes forcés de parler d’angoisse inconsciente ou bien – si nous tenons à avoir meilleure conscience vis-à-vis de la psychologie, car enfin l’angoisse n’est d’abord qu’une sensation – de possibilités d’angoisse. »

Le Malaise dans la civilisation, Points « essais », traduction de Bernard Lortholary, p. 155.


8 janvier 2010 © Le Monde

Élisabeth Roudinesco espère un Freud « dépoussiéré du dogmatisme des analystes »

Sud Ouest Dimanche , 10 janvier 2010. Le grand entretien.

Freud sur la place publique

Christophe Lucet in L’ENTRETIEN DU DIMANCHE : depuis le 1er janvier, les textes du père de la psychanalyse sont libres de droits. Pour Élisabeth Roudinesco, c’est l’occasion de le libérer des « freudologues ». Elle espère un Freud « dépoussiéré du dogmatisme des analystes « .

CL. Sigmund Freud est mort en 1939. Libres de droits désormais, ses œuvres vont pouvoir être retraduites. Quelle est la portée de l’événement ?

Élisabeth Roudinesco. Considérable. C’est un moment de liberté. Freud va enfin échapper à l’emprise des seuls psychanalystes ! J’attendais ce moment depuis des années. Jusqu’ici, l’IPA (l’Association internationale de psychanalyse) (1), était, de facto, seule habilitée à recruter des traducteurs. Or l’IPA est devenue corporatiste. Elle a fait de Freud, pour la France, l’otage des « freudologues » : pour eux, Freud ne parle pas l’allemand mais le « freudien ».

CL. Une aberration ?

ER : Bien sûr ! Freud a inventé des concepts mais pas une nouvelle langue. Et cet avis est unanime. Non seulement Freud parle un allemand limpide mais il est facile à traduire. Rien à voir avec Hegel ou Heidegger, dont les textes, souvent obscurs et compliqués, posent de vraies difficultés de traduction. Ne parlons pas de Lacan, un vrai casse-tête dans toutes les langues ! Freud, lui, ne pose pas de problèmes, sauf quand les psychanalystes s’instaurent traducteurs.

CL. Mais enfin, la psychanalyse, à laquelle vous avez consacré un dictionnaire, est un langage en soi…

ER : C’est vrai mais, en français, l’unification des concepts est terminée. Freud peut parfaitement être traduit par un auteur littéraire qui ignorerait la psychanalyse. Il suffit à celui-ci de se procurer le  Vocabulaire de la psychanalyse de Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis, ou le Dictionnaire de la psychanalyse (co-auteur Michel Plon) pour savoir que les mots que Freud utilise, par exemple pour parler des variétés du désir. Il sait que Unbewusst se traduit par inconscient et pas par inconnu. Et voilà longtemps que pulsion n’est plus traduit par instinct, comme faisaient les premières traductions françaises de Meyerson ou Marie Bonaparte, qui étaient par ailleurs très bonnes.

CL. Sa préemption par les psychanalystes a-t-elle éloigné Freud de ses lecteurs français ?

ER : Non. Il continue de bien se vendre grâce aux très bonnes traductions de Gallimard, toutes en collection Folio (15 volumes). Elles sont l’œuvre des meilleurs germanistes, réunis par Pontalis. En revanche, les traductions des PUF (2), l’autre éditeur de Freud, sont catastrophiques.

CL. Pourquoi ?

ER : Parce qu’elles ont révisé les textes en « freudien ». Les traducteurs réunis par Laplanche étaient soit psychanalystes, soit formés à la « freudologie ». Ils font d’excellentes préfaces et notes. Mais, quand on se met à trente pour traduire puis réviser des textes, on les déshumanise et on produit du charabia. Il y a des fautes de syntaxe. Les auteurs, qui ne sont pas écrivains, ne sont pas relus par des correcteurs. Or la traduction, ce sont des humains qui lisent un texte, pas des ordinateurs.

CL. La brouille Laplanche-Pontalis explique-t-elle l’absence en France d’une édition de référence, comme il en existe une en anglais ?

ER : Oui. Les deux psychanalystes qui avaient rédigé le Vocabulaire de 1968, tous deux membres de l’IPA n’étaient plus d’accord sur la façon de traduire Freud. Ce divorce a empêché que le pays le plus freudien du monde se dote de l’équivalent de la Standard Edition anglaise de James Strachey, un chef-d’oeuvre.

Même l’édition de Freud dans La Pléiade, que j’ai proposée en 1997 en équipe avec Jacques Le Rider, le grand germaniste français, a échoué, faute d’un accord écrit de Pontalis. Le projet consistait à reprendre les traductions de Gallimard, à les réviser et à les publier en deux volumes avec de nouvelles présentations et des notes. Gallimard aurait pu, au minimum, faire une nouvelle édition dans sa collection Quarto, mais cela aussi a échoué.

CL. L’ouverture des droits, en 2010, a-t-elle ouvert les vannes à de nouvelles traductions ?

ER : Oui, et tant mieux. On va voir fleurir de petits ou grands Freud, on va mettre en collections de poche tout ce qu’on veut. Le Seuil a commencé avec une nouvelle traduction de L’interprétation des rêves  par Jean-Pierre Lefebvre. C’est un travail de longue haleine. Il faut des préfaces qui resituent l’oeuvre dans son contexte : comment elle a été reçue, ce qu’elle a de novateur, comment on interprète les rêves aujourd’hui. Il faut dépoussiérer le langage dogmatique des sociétés analytiques, et tenir compte de l’historiographie la plus récente.

CL. Les psychanalystes ne sont-ils pas capables de le faire ?

ER : Qu’ils essayent. La concurrence est ouverte. Mais la majorité des psychanalystes se sont orientés  exclusivement vers la clinique. Certains sont cultivés mais hélas ils ne sont pas assez formés à l’érudition pour un nouveau Freud moderne : ils lisent un Freud à usage des futurs cliniciens. En lisant certaines préfaces de psychanalystes, on s’aperçoit qu’ils ne s’intéressent pas aux grands travaux freudiens, notamment anglophones, et qu’ils répètent ce qu’ils ont appris dans leurs écoles autrefois. Et il y a de plus en plus de non-psychanalystes qui produisent de bons travaux sur Freud et qui sont plus compétents qu’eux en érudition car ils ont plus de temps.

CL. Est-ce que la nouvelle vague de traductions de Freud va assécher les polémiques ?

ER : Au contraire, elle va les relancer. D’abord parce que les psychanalystes vont se sentir dépossédés. Ensuite parce que les anti-freudiens vont revenir à la charge contre cet « escroc » ou ce « salaud » de Freud, comme ils disent. Je ne m’en plains pas. Car, comme Darwin ou Marx, Freud est éternel. Et il n’est pas question de tomber dans l’hagiographie. Tout grand auteur doit être mis en discussion. Mais Freud gêne toujours car il a apporté quelque chose de nouveau.

CL. Comment définir sa nouveauté ?

ER : La découverte que nous avons un inconscient, bien sûr. Mais aussi que les enfants ont une sexualité, qui est de l’ordre du désir et pas de la sexologie. Notre époque cherche les recettes du bonheur ou de la sexualité au travers de la chirurgie esthétique, de la sexologie, de la performance. Or, qu’il s’agisse de liberté sexuelle ou de transformations de la famille, Freud montre que la solution passe par le psychisme. Nous sommes à une époque où il faut à nouveau réfléchir sur qui nous sommes en termes de subjectivité.


(1) Fondée en 191O par Freud lui-même.

(2) Presses universitaires de France. Depuis 1988, les PUF se partageaient avec Gallimard les droits sur l’oeuvre de Freud. Troisième éditeur historique, Payot, non concerné par l’accord de 1988, n’a plus produit d’autres traductions depuis lors.



Propos recueillis par Christophe Lucet

Freud, une passion publique

Par Élisabeth Roudinesco — © Le Monde


Depuis le 1er janvier, l’œuvre de Sigmund Freud est libre de droits. Soixante-dix ans après la mort du maître viennois, ses textes font donc l’objet de traductions inédites, échappant désormais au seul milieu psychanalytique et à ses querelles. Ils suscitent aussi la convoitise des éditeurs, qui multiplient les parutions en poche. C’est l’occasion d’analyser les enjeux historiques et doctrinaux de cette nouvelle bataille freudienne, et de donner la parole aux traducteurs.

Freud, une passion publique

Depuis le 1er janvier 2010, les œuvres de Freud entrent dans le domaine public, devenant, soixante-dix ans après sa mort, des  » biens non susceptibles d’appropriation privée « .

À ce jour, et alors qu’elles sont partiellement traduites en une soixantaine de langues, l’établissement d’une édition intégrale (vingt volumes environ), organisée de façon cohérente et dans l’ordre chronologique, n’a été effectuée que dans cinq langues : l’allemand, l’anglais, l’italien, l’espagnol et le japonais. Les correspondances ne sont pas encore disponibles dans leur totalité, mais régulièrement traduites. Après de longues batailles, elles commencent à être accessibles à la Library of Congress de Washington où ont été déposés les manuscrits de Freud. On évalue à 15 000 le nombre de lettres écrites par lui : 5 000 ont été perdues et plus de 3 000 ont été déjà publiées ou sont en cours de traduction dans plusieurs langues.

Deux éditions complètes de l’oeuvre ont été réalisées en allemand : l’une du vivant de Freud, l’autre après sa mort. Publiées à Londres entre 1940 et 1952, les Gesammelte Werke (GW) sont devenues l’édition de référence, complétée ensuite par un index et un volume de suppléments.

La destruction de la psychanalyse par les nazis, qui a eu pour conséquence l’émigration de la majorité des freudiens allemands, autrichiens et hongrois vers les États-Unis, a été un désastre pour l’évolution du mouvement psychanalytique, mais aussi pour la publication des œuvres de Freud. En devenant américains, les psychanalystes européens, contraints à être médecins et à adopter l’idéal adaptatif de l’american way of life, se sont orientés exclusivement vers la clinique, délaissant la partie spéculative de la pensée du maître et les travaux érudits.

Jamais le mouvement psychanalytique allemand n’est parvenu, après 1945, à retrouver son ancienne splendeur : d’autant moins que les quelques freudiens non juifs, demeurés à Berlin, avaient collaboré avec le régime. Seul Alexander Mitscherlich (1908-1982) parvint à sauver l’honneur en créant à Francfort le prestigieux Institut Freud et en obligeant les nouvelles générations à réfléchir sur le passé. C’est sous son impulsion que furent mises en chantier les Studienausgaben (ou textes choisis) destinées à un public un peu plus large que celui des GW. Mais comme Freud n’est plus considéré en Allemagne comme un penseur et que son œuvre n’a guère été étudiée à l’université, elle n’est pas suffisamment lue pour qu’une nouvelle édition critique ait pu être entreprise chez Fischer Verlag, l’éditeur actuel de Freud.

Partout dans le monde, aujourd’hui, cette œuvre est donc lue en anglais. Et ce d’autant plus que la plupart des psychanalystes contemporains, inféodés à l’idéologie utilitariste venue d’outre-Atlantique, s’intéressent moins à la genèse des textes du père fondateur qu’à l’exploration des circonvolutions cérébrales. Ils ont presque oublié que celui-ci était d’abord un juif viennois, savant et écrivain, contemporain de Theodor Herzl, ami de Stefan Zweig et de Thomas Mann, héritier de la tradition philosophique allemande : un penseur des lumières sombres.

En conséquence, depuis la seconde guerre mondiale, l’International Psychoanalytical Association (IPA (1« )), fondée par Freud en 1910, est une association corporatiste, même si les Latino-Américains, plus puissants que les Européens et les Nord-Américains, résistent à cette orientation, tout en étant parfaitement anglophones.

Et pourtant, c’est au psychanalyste anglais James Strachey (1887-1967) que l’on doit la plus belle traduction de l’oeuvre de Freud : la fameuse Standard Edition (SE), dont l’appareil critique est un chef-d’œuvre. Proche de Virginia Woolf et du groupe de Bloomsbury, analysé par Freud à Vienne, Strachey a réussi à investir, par amour, l’œuvre d’un autre, au point de la faire sienne toute sa vie. Certes, la Standard a des défauts – latinisation des concepts, effacement d’un certain style littéraire -, mais elle a le mérite d’avoir unifié les concepts en anglais et elle est la seule à témoigner de ce que peut être la passion d’un traducteur. Au fil des années, elle a été révisée et corrigée. Sa qualité, liée à la domination de la langue anglaise sur le mouvement psychanalytique, a donné lieu à quelques aberrations : ainsi les Obras completas publiées en portugais au Brésil, de 1970 à 1977, ont-elles été traduites de l’anglais. Il est probable qu’avec le passage au domaine public, une nouvelle traduction pourra enfin voir le jour dans l’un des pays où la psychanalyse est une culture nationale.

La situation de la France est unique au monde. Les premiers traducteurs – Samuel Jankélévitch, Yves Le Lay, Ignace Meyerson, Blanche Reverchon-Jouve, Marie Bonaparte – ont été excellents. Mais ils n’ont pas eu le souci d’unifier la conceptualité : les uns étaient psychanalystes, les autres philosophes ou germanistes. De son côté, Edouard Pichon, grammairien, membre de l’Action française et cofondateur de la Société psychanalytique de Paris (SPP), en 1926, créa une commission pour l’unification du vocabulaire psychanalytique français dont l’objectif était de débarrasser la psychanalyse de son  » caractère germanique  » pour en faire l’expression d’un  » génie français  » : la civilisation contre la Kultur. Au sein de la SPP, affiliée à l’IPA, la princesse Bonaparte traduisait donc les textes de Freud avec talent sans proposer de travail théorique. Contre elle, Pichon pensait une conceptualité sans traduire le moindre texte.

Durant les années 1950, un nouveau clivage se produisit quand Jacques Lacan effectua sa refonte de la pensée freudienne. Il incita ses élèves à lire Freud en allemand, actualisant du même coup l’idée d’une unification de la conceptualité, dont on trouve la trace dans le célèbre Vocabulaire de la psychanalyse (Presses universitaires de France, 1968), réalisé par Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis, sous la direction de Daniel Lagache, lequel mit en chantier aux PUF, à la même époque, un projet d’opus magnum qui ne se réalisa jamais, du fait des désaccords survenus entre les différents protagonistes.

Ayant quitté l’IPA en 1963, Lacan, installé aux éditions du Seuil, n’obtint jamais la permission de traduire certaines œuvres de Freud : les droits étaient réservés à trois éditeurs – PUF, Gallimard, Payot – et aux psychanalystes membres de l’IPA, seuls habilités à y désigner une équipe. Installé chez Gallimard, Pontalis renonça, lui, à publier des œuvres complètes, refusa tout projet de passage de Freud dans la collection  » La Pléiade  » et se contenta de faire traduire, retraduire ou réviser un grand nombre d’ouvrages dans la collection  » Connaissance de l’inconscient « . Malgré des préfaces insuffisantes, ces textes sont remarquablement traduits, notamment par Cornélius Heim et Fernand Cambon. Ils mériteraient d’être republiés, avec des commentaires et des notes adéquates, dans la collection de poche  » Quarto « , comme cela avait été prévu. Hélas, ce projet a été ajourné lui aussi.

Freudologues : parlez-vous le novfreudien ?

Mise en chantier en 1988 par une équipe composée de Jean Laplanche, Pierre Cotet, André Bourguignon (1920-1996) et François Robert, l’édition des Œuvres complètes de Sigmund Freud (OCSF) n’est pas encore achevée aux PUF, avec 15 volumes parus (sur 21) en édition courante et en poche (dans la collection  » Quadrige « ). En contradiction avec l’esprit du Vocabulaire de la psychanalyse, cette édition, fruit d’un travail d’équipe et non pas d’une rencontre entre un traducteur et une œuvre, a été unanimement critiquée. Voulant se situer en symétrie inverse de Pichon, les artisans de cette entreprise ont prétendu faire retour à une sorte de germanité archaïque du texte freudien. Aussi se sont-ils donné le titre de  » freudologues « , convaincus que la langue freudienne n’était pas l’allemand mais le  » freudien « , c’est-à-dire un  » idiome de l’allemand qui n’est pas l’allemand mais une langue inventée par Freud « . Ainsi traduite en freudien, l’œuvre de Freud n’est guère lisible en français : tournures incompréhensibles, néologismes, etc. Parmi les inventions, notons  » souhait  » ou  » désirance  » à la place de  » désir  » (Wunsch),  » animique  » à la place d' » âme  » (Seele) ou de psyché,  » fantaisie  » au lieu de  » fantasme  » (Fantasie). Face d’un côté à cette version pathologique de l’oeuvre freudienne, et, de l’autre, à l’immobilisme de Gallimard, on comprend que l’entrée dans le domaine public soit en France un événement : un moment de bonheur et de liberté.

Si les traductions françaises publiées aujourd’hui sont différentes les unes des autres, elles ont pour point commun un rejet de toute théorie  » freudologique « , un retour au classicisme, un refus des dérives interprétatives. Le nouveau Freud français est désormais l’œuvre d’universitaires patentés. D’où un certain académisme : les traducteurs et commentateurs, normaliens, agrégés, professeurs de lettres, germanistes, philosophes ne se soucient guère des travaux des psychanalystes ou même des historiens du freudisme, et pas du tout des innovations issues du monde anglophone : retour à la langue de Freud, à l’allemand de Freud et à l’Europe continentale qui a vu naître la psychanalyse. Le nouveau Freud français n’est ni lacanien, ni freudien orthodoxe, ni scientiste, ni affilié à l’IPA, il est un auteur du patrimoine philologique franco-allemand, revu et corrigé à la lumière de la philosophie et de la littérature : un Freud de la République des professeurs, démédicalisé, dépsychologisé, dépsychanalysé, peu historisé. Cette perspective est très différente de celle adoptée par les Britanniques.

Puisque la Standard Edition révisée est une merveille, les responsables de la nouvelle édition anglaise ont pris un parti inverse de celui de la France. Chez Penguin, les traductions ne visent pas à corriger les erreurs du passé mais plutôt à donner une autre image de l’œuvre en l’immergeant dans l’histoire de la culture politique, des études de genre ou des débats historiographiques. Aussi bien sont-elles désormais présentées par d’excellents auteurs anglophones ayant eux-mêmes produit des travaux critiques ou historiques : John Forrester, Jacqueline Rose, Mark Edmundson, Leo Bersani, Malcolm Bowie. Adam Philips est le seul psychanalyste à faire partie de cette entreprise, mais il est aussi un essayiste iconoclaste peu apprécié de ses collègues praticiens.

Une chose est certaine en tout cas : dans le monde entier, l’édition des œuvres de Freud est désormais l’affaire des écrivains, des universitaires et des historiens. Après des décennies de querelles ou de charabia, Freud est désormais regardé, hors du milieu psychanalytique – et à l’exception notable de l’Allemagne -, comme l’un des grands penseurs de son temps. Cela ne manquera pas de provoquer de nouvelles campagnes antifreudiennes semblables à celles orchestrées depuis vingt ans par les tenants d’un comportementalisme barbare. Car il en va de Freud comme de Darwin ou de Marx. Les déferlements de haine à leur égard semblent être la preuve que leur invention touche à une vérité universelle : quelque chose comme le propre de l’homme. L’être humain est en effet le produit d’une évolution biologique, d’une détermination psychique conflitctuelle et d’un environnement social conçu en termes de classes.


Édition

TROIS ÉDITEURS sont présents pour la publication du nouveau Freud en France et d’autres se mettront sans doute au travail en 2010.

Pour l’heure, c’est au Seuil que se dessine, avec trois ouvrages, un vrai programme. Néanmoins, la présentation éditoriale de l’ensemble n’est pas encore au point : la liste des traductions antérieures n’est pas indiquée au début de chaque volume, et les deux préfaces de Clotilde Leguil, qui font de Freud une sorte de naturaliste néokantien, tranchent par leur légèreté avec le sérieux de l’entreprise.

C’est à Jean-Pierre Lefebvre, éminent germaniste, titulaire de la chaire de littérature allemande à l’Ecole normale supérieure (Paris), traducteur de La Phénoménologie de l’esprit d’Hegel et du Capital de Marx, qu’a été confiée la supervision des trois traductions, sans que l’on sache encore quels autres volumes paraîtront. Lefebvre donne une version magistrale de l’ouvrage majeur de Freud, L’Interprétation du rêve (Die Traumdeutung). On retrouve ici comme ailleurs tous les termes qui avaient été évacués par le couperet  » freudologique  » : désir, fantasme, psyché, etc. Cette traduction devrait être désormais l’édition de référence, puisque celle de Meyerson de 1926, révisée par Denise Berger en 1967, n’est plus disponible aux PUF et a été remplacée par la version  » freudologique  » (OCSF, t. IV). Non seulement les annotations de Lefebvre tiennent compte de l’appareil critique de la Standard, mais le parti pris bibliographique est audacieux. Seuls sont retenus les ouvrages cités par Freud au fil des sept rééditions de ce texte, publié en novembre 1899. Un délice pour les érudits.

Politique freudienne

– Tout aussi remarquable est le travail de Bernard Lortholary, qui a choisi pour Das Unbehagen in der Kultur (1930) de traduire kultur par  » civilisation  » : Le Malaise dans la civilisation (lire page de droite). Moins bonne, mais honorable, est la traduction de Totem et tabou (1912-1913) par Dominique Tassel.

– Chez Garnier-Flammarion, Dorian Astor, excellent traducteur, a choisi le mot  » culture  » : Le Malaise dans la culture. Dans sa présentation, presque aussi longue que le texte de Freud, Pierre Pellegin, spécialiste d’Aristote, livre une analyse serrée de ce que devrait être une politique freudienne face au malaise civilisationnel des sociétés postmodernes : ni hédonisme ni réaction conservatrice.

– Chez Payot, on trouvera une traduction inédite du cas Dora (Ida Bauer) et deux versions révisées de plusieurs textes. Si l’ensemble est correct, deux des présentations sont extravagantes. Sylvie Pons-Nicolas explique que l’exposé par Freud du cas Dora est une  » observation magistrale « , alors que tous les spécialistes savent que cette cure fut un échec, reconnu par Freud lui-même. Quant à Jean Maisondieu, il semble convaincu que les oublis et les lapsus seraient le signe avant-coureur, pour chacun d’entre nous, de la présence d’une future maladie Alzheimer.

Plutôt que de frissonner, en opposant les neurones à l’inconscient, mieux vaut lire le texte de Freud. On y découvrira qu’en visitant la cathédrale d’Orvieto, après avoir oublié le nom de Signorelli, il avait su réinventer l’art du voyage romantique en Italie : quel plaisir pour le lecteur d’aujourd’hui !

– Aux éditions du Seuil :

L’Interprétation du rêve
, traduit, annoté et présenté par Jean-Pierre Lefebvre, 696 p., 25 €

Totem et tabou, traduit par Dominique Tassel, présenté par Clotilde Leguil,  » Points « , 302 p., 7 € ;

Le Malaise dans la civilisation
, traduit par Bernard Lortholary, présenté par Clotilde Leguil,  » Points « , 176 p., 6,30 €.

– Chez Garnier-Flammarion :

Le Malaise dans la culture
, traduit par Dorian Astor, présentation, dossier et notes de Pierre Pellegrin, 216 p., 4,80 €, en librairie le 20 janvier.

– Dans la Petite bibliothèque Payot :

Cinq leçons sur la psychanalyse, suivi de Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique, traduction d’Yves Le Lay et Samuel Jankélévitch, révisée par Gisèle Harrus-Révidi, présenté par Frédérique Debout, 204 p., 6 € ;


Dora. Fragment d’une analyse d’hystérie
, traduit par Cédric Cohen-Skalli, présenté par Sylvie Pons-Nicolas, 228 p., 8 € ;

Mémoire, souvenirs, oublis, traduction d’Yves Le Lay et Samuel Jankélévitch, révisée par Gisèle Harrus-Révidi, présenté par Jean Maisondieu, 188 p, 7,50 €.


Élisabeth Roudinesco
© Le Monde

  • 1 AIP en français, l’Association internationale de psychanalyse. Nous nous refusons d’acronymer en anglais ! Note de la Rédaction du site.

Psychologie clinique ravagée par l’expertise

Oui ces sigles ne disent rien à ceux qui ne sont pas de la partie. Ces sigles disent simplement que des professeurs en psychologie par ailleurs psychanalystes (SIUEERPP) et psychiatres, répondent à la guerre que leur ont déclaré les experts d’une agence d’évaluation (AERÈS), au nom d’âneries sans non comme l’Impact Factor, dont nous vous avons déjà souvent entretenus ici.

Nous avons bien de la chance, nous autres simples psychothérapeutes relationnels, de ne pas avoir affaire à ce genre de persécution administrativo politique, de ne pas vivre de cauchemar universitaire positiviste. Les psychanalystes qui avaient pensé naguère tirer leur épingle du jeu en jouant celui de nos persécuteurs du temps du Groupe de contact et de l’accusation de charlatanerie portée contre nous, se retrouvent iniquement traités à leur tour, bien plus tôt qu’ils auraient pu le prévoir.

Le professeur Maleval a toujours soutenu notre combat. Nous soutenons le sien. Il n’est pas bon pour la France de jouir d’une université brillant par sa stupidité. Il n’est pas bon pour le Carré psy d’assister à la tentative de démantèlement de pans entiers de savoir relatif au processus de subjectivation. Il n’est pas bon pour le public de voir mettre à mal des secteurs entiers de la recherche universitaire en sciences humaines cliniques.

Structurellement abrités de la destructivité des experts zélateurs de la scientistique, nos Écoles continueront de développer leur enseignement, recherche et transmission indépendants, couverts par le mépris de n’être pas universitaires. Secteur paradoxalement protégé, nous continuons d’accueillir et nourrir la pensée psychanalytique et néo-humaniste, une réflexion et clinique libres dans le domaine du processus de subjectivation.

Et nous continuerons d’appuyer le juste combat des professeurs de psychologie clinique aux prises avec les fonctionnaires d’Ubu.

Philippe Grauer


Pourquoi la liste de revues promue par l’AERES pour évaluer les publications des chercheurs en psychologie est-elle inéquitable et inacceptable ?

Parce que leur activité réelle de recherche, quand elle se traduit par la publication d’articles, n’est prise en compte que de façon marginale.

Prenons deux exemples sommaires, mais indicatifs de l’essentiel, ceux de deux universitaires cliniciens, appartenant à deux universités différentes, reconnus par leurs pairs (Professeurs 1re classe), ayant une certaine notoriété nationale (20 livres publiés pour l’un, 5 pour l’autre) et internationale, attestée par 28 articles en langues étrangères pour l’un, 33 pour l’autre, par des traductions de certains de leurs ouvrages, et par la participation à plusieurs ouvrages collectifs. L’un a commencé à publier en 1975, l’autre en 1977. Quelle est la part de leur production réelle d’articles actuellement prise en compte par la liste des revues AERES pour le domaine Psychologie-Éthologie-Ergonomie, mise à jour le 14-10-2009 ?
8, 84 % pour l’un ; 17, 21 % pour l’autre.
Pour le premier 10 articles évaluables sur 113 publiés.
Pour le second 26 articles évaluables sur 151 publiés.
(Dans les deux cas en négligeant certaines revues trop confidentielles).

On constate que la majeure partie de l’activité réelle de publication de ces chercheurs (91,12% et 82,79 % ) est ignorée de ceux qui prétendent l’apprécier avec pertinence. Quant à la plupart de leurs articles évaluables, ils ont été publié dans des revues au facteur d’impact « non déterminé », plus rarement « modéré », jamais au-delà. Malgré cela les deux enseignants-chercheurs sont parvenus à franchir les différentes étapes d’une carrière normale. Qu’en conclure? Que les évaluations antérieures étaient mieux adaptées? ou que les cliniciens doivent publier beaucoup plus que leurs collègues pour obtenir de leurs pairs une reconnaissance équivalente?

Bref, bien que leurs travaux possèdent une reconnaissance internationale (nombreux livres, chapitres d’ouvrages et articles traduits en plusieurs langues) de tels chercheurs constituent un handicap pour l’évaluation de leurs équipes de recherche. Bien entendu, dans ces conditions, en ce qui concerne les conséquences de l’évaluation des travaux de collègues plus jeunes, il faudrait trouver un mot plus fort que handicap.

Que l’on compare avec les enseignants-chercheurs qui situent leurs travaux dans le paradigme des sciences cognitives, ceux-là atteignent à des taux avoisinant 70% quant à la prise en compte de l’évaluation de leur production d’articles, lesquels sont de surcroît publiés dans des revues dont les facteurs d’impact sont plus élevés. On compare pourtant sans vergogne les uns et les autres.

Notons le paradoxe selon lequel les cliniciens publient en moyenne plus que les chercheurs du paradigme cognitiviste sans que cela ait une incidence positive sur leur évaluation. Il s’agit d’un effet de cultures éditoriales différentes méconnu par l’AERES.

Ceux qui imposent une évaluation méthodique, en elle-même fort contestable, ont pour premier devoir de la rendre équitable. Or la manière d’évaluer actuellement les productions d’articles des deux paradigmes, clinique et cognitif, est sans commune mesure. Elle est si disproportionnée, qu’accepter ou refuser l’évaluation de l’AERES n’est même plus un choix pour les cliniciens : dans les deux cas l’issue les concernant ne peut être que péjorative. Par la pré-évaluation de la psychologie clinique à laquelle procède la liste actuelle de l’AERES, chacun sait qu’elle est porteuse d’un projet de mort pour cette sous-discipline. Dans de telles conditions comment l’AERES peut-elle prétendre chercher à être « consensuelle »? L’inégalité d’évaluation méconnue entre sous-disciplines peut parfois n’être pas moindre que celle reconnue entre disciplines.

Pourquoi une telle situation ? Par la vertu d’une liste contraignante de revues édictée par des commissions dans lesquelles les cliniciens étaient soit minoritaires, soit non représentatifs de leur communauté. La liste actuelle de revues de l’AERES ignore la spécificité du champ clinique. Procéder à un nouveau toilettage de celle-ci serait sans effet : le gouffre entre l’évaluation des deux paradigmes resterait béant. Ce sont les critères mêmes qui doivent être reconsidérés. Les revues du champ clinique n’ont pas la même culture, ni les mêmes fonctionnements, ni les mêmes diffusions, ni les mêmes langues dominantes que celles de l’autre paradigme. (Ci-joint une liste de 56 revues dans laquelle les deux chercheurs pris en exemple ont publié. Une majorité de celles-ci devrait être considérée comme évaluable pour que dans leurs cas soient rétablis les équilibres – liste qui serait bien entendu à compléter et qui ne vise pas à être représentative.)

Pourquoi une sur-représentation écrasante (90% !) des revues anglo-saxonnes dans la liste Psychologie-Ethologie-Ergonomie? Au nom de l’impact factor, dont chacun reconnaît pourtant la niaiserie, mais qui reste déterminant dans la constitution de la liste, et dans le classement interne des revues. Il aboutit à faire équivaloir la diffusion de la langue anglaise avec la qualité des revues. Or le paradigme positiviste qui prévaut dans leurs comités de lecture oppose un filtre épais aux publications du champ clinique. La situation est très différente dans les revues de langue espagnole et portugaise. Une évaluation « consensuelle » de la psychologie clinique ferait à ces dernières une place beaucoup plus large. Pour les deux chercheurs considérés, ils publient quatre fois plus en espagnol et en portugais qu’en anglais (29 articles contre 7). Plusieurs de leurs livres sont traduits en espagnol et portugais, voire en italien ou en grec, aucun en anglais.

En psychologie clinique, la situation actuelle est comparable à celle qui imposerait à des historiens des critères issus de la physique. Dans ces conditions soit une rupture s’effectue, soit l’évaluation se discrédite.

Un pas décisif ne peut passer que par l’élaboration de critères nouveaux adaptés au champ considéré.

Un indice de leur acceptabilité serait qu’ils prennent en compte une majorité des revues de la liste ci-jointe. Par exemple en se fondant sur l’ancienneté de la revue, sur le nombre de numéros déjà publiés, attestant ainsi d’un certain champ de diffusion. De surcroît un rééquilibrage des langues est incontournable : est-il légitime de considérer que les articles produits en français, en espagnol et portugais représentent moins de 4% de la recherche en psychologie ! Sachant que le paradigme clinique y trouve son champ majeur d’expression, ce chiffre donne un nouvel indice de l’incommensurabilité d’évaluation des deux paradigmes. Une authentique représentativité des divers courants de pensée du champ clinique ne pourrait être obtenue qu’en minimisant le poids de l’idéologie positiviste véhiculée par la recherche anglo-saxonne. Les évaluateurs se défendent de tout choix idéologique, arguant d’une impartialité, alors qu’ils la prouvent !

Bref, pour sortir de la situation actuelle, nous demandons :

– l’élaboration d’une liste de revues par les cliniciens eux-mêmes, en fonction de critères propres à leur sous-discipline.

– la scission de la 16e section du CNU, ou sa division en deux sous-disciplines, comme cela existe déjà en d’autres sections.

MALEVAL J.-C.
Professeur de psychologie
clinique à Rennes 2
Membre du SIUEERPP
.
SAURET M.-J.
Professeur de psychologie
clinique à Toulouse 2
Membre du SIUEERPP


P.S. Exemple d’une liste de revues ignorées (56) pouvant accueillir des publications du champ clinique :

1. Analysis . Australian Center for Psychoanalysis. Melbourne.
2. Ancla. Universidad de Buenos-Aires.
3. Annales de Médecine Interne.
4. Apertura. Cuadernos de Psicoanalisis. Barcelona.
5. Archives de Sciences sociales des religions.
6. Capiton. Caracas. Venezuela.
7. Che vuoi ? Revue de psychanalyse.
8. Clinica y pensamiento
9. Confluencias. Barcelona.
10. Confrontations psychiatriques.
11. Connexions.
12. Cuadernos de Psicoanalisis. Bilbao.
13. Desde ell Jardin de Freud.
14. Essaim. Paris.
15. Estudos e Pesquisas em Psicologia. UERJ, Rio Janeiro.
16. Etudes psychothérapiques.
17. Freudiana. Revista psicoanalitica publicada en Barcelona.
18. Filigranne, Ecoutes psychothérapiques, Santé mentale au Québec.
19. Hurly-Burly. The International Lacanian Journal of Psychoanalysis.
20. Jahrbuch für klinische Psychoanalyse.
21. L’information psychiatrique.
22. L’ippogrifo. (Italie)
23. La Cause freudienne. Revue de psychanalyse.
24. La Clinique lacanienne.
25. La petite girafe. Revue de la Diagonale francophone du nouveau réseau CEREDA.
26. La Règle du jeu. Revue Littérature/Philosophie/ Politique/Arts. Paris.
27. Latusa. Rio de Janeiro.
28. Le Nouvel Âne. Paris.
29. Les feuillets du Courtil. Belgique.
30. Les Temps Modernes. Paris.
31. Malentendido. Buenos-Aires.
32. Médecine. De la médecine factuelle à nos pratiques. John Libbey Eurotext.
33. Mental. Revue Internationale de Santé mentale et de Psychanalyse appliquée.
34. Nervure. Revue de psychiatrie.
35. Ornicar? Revue du champ freudien.
36. Opçao lacaniana, Revista Brasileira Internacional de Psicanalise.
37. Pas tant, Revue de la Découverte Freudienne, Toulouse.
38. Préliminaire. Bruxelles.
39. Psicologia USP (Instituto de Psicologia de Sao Paulo)
40. Psychanalyse.
41. Psychiatries.
42. Psychoanalytical Notebooks of the London Circle.
43. Psychologie clinique.
44. Psychologie Médicale.
45. Quarto. Revue de psychanalyse. Belgique.
46. Raison Présente.
47. Revista de la Asociacion Espanola de Neuropsiquiatria.
48. Question d’orientation. Revue de l’ACOP France. (Association des Conseillers d’orientation psychologues).
49. Revue des Collèges cliniques du Champ lacanien.
50. Revue québécoise de psychologie.
51. Revue Internationale de Criminologie et de Police Technique et Scientifique.
52. Stylus, Revista de psicanalise
53. Synapse. (France).
54. Sud/Nord – Folies & cultures, Revue internationale.
55. Trazos, Departamento de Psicologia, Universidad de Antioquia.(Colombie).
56. Vertex. Revista Argentina de psiquiatria.

Freud : enfin libre

Tombé dans le domaine public comme le dit Libération (1« ) sous la plume de Frédérique Roussel dont vous trouverez ici l’article du 2 janvier en pdf, Freud est moins mort que nos neuropsys de tous poils le proclament volontiers, donnant davantage de crédit à la réalité de leur désir et à la force d’une résistance à la psychanalyse qui n’en démord pas en France, 70 ans après la mort du héros fondateur, qu’à celle de ce qui est devenu du bon sens en sciences humaines.

Achetons et lisons Freud, ne nous préoccupons pas des chamailleries interminables des gardiens du temple dont chacun s’est trouvé une porte à garder dans son propre style. Avec Freud mettons-nous à penser, et à nous faire plaisir car c’est un bon écrivain, tout cela n’a jamais fait de mal à personne. Et puisque nos mentors nous indiquent chacun la meilleure façon de marcher, comme dans la chanson considérons que la meilleure c’est encore la nôtre, à chacun sa libre allure comme nous le conseille Montaigne.

La psychothérapie relationnelle compte d’évidence comme une héritière et prolongatrice de l’œuvre de Freud, même paradoxalement quand elle dévie, contredit et innove. Quand elle invente et crée la psychologie humaniste américaine des années 60 elle ne fait que suivre l’exemple d’un chercheur profondément honnête qui ne s’est jamais arrêté de remettre en question ses découvertes, de les renouveler et approfondir. Il serait cependant incorrect de situer la psychothérapie relationnelle comme un simple courant freudien. Fleuve puissant elle est allé creuser son lit ailleurs, tout en maintenant des bras connexes, mais nous coulons bien dans la même large vallée, celle du processus de subjectivation.

Nos adversaires le savent qui s’en prennent tantôt à l’une tantôt à l’autre de nos deux disciplines, en vue de tenter de ramener les flots de la liberté humaine dans leurs canaux TCC à fond plat conduisant à des réservoirs médicalisés enfin prévisibles. Freud nous donne l’exemple d’une discipline toujours rebelle, en cela nous saurons inspirer notre créativité et double héritage de son exemple.

Dans la situation actuelle nos Écoles constituent une référence incontournable du développement d’une pensée et clinique impensables sans la puissance du génie de Freud. Notre Cifp qui fait toute sa part à la transmission d’une œuvre qui aura marqué le XXème siècle, y conjoignant des disciplines rigoureuses et innovatrices, maintenant au titre de la multiréférentialité le débat et la tension théorique et clinique nécessaires, y tient sa partie honorablement, et s’associe avec joie à l’événement de l’année Freud.

Philippe Grauer

[Document : Freud, une lecture pour tous.]

  • 1 Qui annonce des publications qui n’auront pas lieu. Nul n’est à l’abri de l’erreur.

Le titre de psychothérapeute et la loi Bachelot

Le titre de psychothérapeute et la loi Bachelot

Cet article de Marie-Noëlle Godet bien documenté datant de la fin de l’été 2009 analyse les tensions et conflits qui continuent de jouer actuellement, produisant l’actuel silence et gel. Bien entendu l’autrice ne ménage pas sa place à notre psychothérapie relationnelle. Entre les lignes on comprend que ce qui intéresse et menace la psychanalyse nous concerne a fortiori. Dans le grand remaniement en cours notre psychothérapie relationnelle risque de changer de nom, pas forcément de poste. On se reportera utilement pour achever de se faire une idée sur l’état des lieux et les perspectives de la psychothérapie relationnelle et de ses Écoles, au Rapport moral et politique proposé à la dernière AG du Snppsy ici même.

Nos écoles poursuivent leur travail de formation et de transmission. Dans le paysage en voie de recomposition nous conservons toute notre place, les futurs neuropsychothérapeutes travaillant en psychopathologues DSM à partir d’autres bases épistémologiques et méthodologiques, celles de la santé mentale scientiste « durable », celle paramédicale du fastpsy et du handicap consolidé par médicaments.

De tout cela on peut conclure que l’affaire et l’aventure se poursuivent et que notre profession qui n’en est pas une mais qui en voisine une qui pourrait en devenir une tout en ne l’étant absolument pas, foi de ministère ! poursuit sa trajectoire institutionnalisante propre. Cela se joue sur des décennies, on reste calme. Les noms et désignations changent, de toutes parts, retenons cela. La mutation de la psychiatrie rapatriant au neurologis à l’enseigne de la {santé mentale l’ensemble du champ médicalisé neuroscientistisé se poursuit, provoquant en cascade une redistribution des niches sur le territoire du carré psy, qui perdure.

Philippe Grauer}

PS : nous disposons d’informations nous permettant de penser que notre changement de nom n’est pas pour demain, non plus que le bridage de nos Écoles agréées. Cf. à ce sujet notre éditorial en date du 6 janvier 2010. On ne peut que se réjouir de voir la psychothérapie relationnelle maintenue en l’état.


La croisade entreprise par Bernanrd Accoyer depuis 1999 qui a débouché sur un amendement éponyme en octobre 2003 aboutissant au vote de la loi du 9 août 2004 sur le titre de psychothérapeute semblait toucher à sa fin. Plus d’une demi-douzaine de projets de décret différemment contestés par les associations de professionnels concernés ou par le Conseil d’État n’ont pas vu le jour. Le dernier en date du 22 octobre 2008 rétablissait une exigence de niveau master, comme pré requis indispensable pour accéder à la formation de psychopathologie nécessaire à l’obtention du titre de psychothérapeute, mais l’introduction explicite du niveau master n’étant pas recevable par le Conseil d’État sans modifier la loi, elle sera remaniée au printemps 2009.

L’article 52 de la loi du 9 août 2004 devient l’article 91 de la loi du 24 juin 2009

Un amendement proposé par le gouvernement dans le cadre de la loi sur la réforme de l’hôpital : « Hôpital, patients, santé et territoires », a donc été adopté par l’Assemblée nationale le 5 mars 2009 modifiant les troisième et quatrième alinéas de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 (cf. tableau ci-après). Cet amendement vient donner force de loi à une loi dont les projets de décret n’avaient pas eu la force de dépasser les objections du Conseil d’État. Il traduit les vicissitudes rencontrées à l’occasion de cette législation et annonce la parution imminente du futur décret. Entre temps, il connaîtra d’autres remaniements lors de sa discussion au Sénat, jusqu’à sa version définitive, après examen en CMP (Commission Mixte Paritaire), votée le 24 juin (article 91 de « la petite loi » HPST) et qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celle adoptée par L’Assemblée nationale le 5 mars dernier.

Quatre alinéas donc viennent se substituer aux alinéas 3 et 4 de l’article 52 de la loi du 9 août 2004. Les modifications apportées par cet amendement ne se réduisent pas à l’exigence d’un niveau master. La catégorie des professionnels « de droit » c’est-à-dire, les médecins, les psychologues, les psychanalystes « régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations », bien que toujours mentionnée, se retrouve confondue avec « l’ensemble des professionnels [i] souhaitant s’inscrire au registre national de psychothérapeutes ». Par voie de conséquence, l’exigence d’un niveau master dont la spécialité est la psychologie ou la psychanalyse (il n’existe à ce jour qu’un seul master dont la spécialité est la psychanalyse, celui de Paris 8) ou d’un doctorat donnant droit d’exercer la médecine, constitue un pré requis opposable à tous ceux qui souhaitent obtenir le titre de psychothérapeute, y compris aux médecins, psychologues, psychanalystes, assortie de dispenses partielles ou totales pour la formation en psychopathologie, dispenses dont l’édiction appartient au décret à venir et arrêtés subséquents.

Exit les de droit

On se souvient que cette catégorie « de droit » avait suscité bien des remous dans les rangs des psychothérapeutes qui s’estimaient lésés de ne pas en faire partie. S’agirait-il de ménager leur susceptibilité et de leur conférer une place de choix dans le nouveau dispositif de soins amorcé de longue date ?

Il y avait belle lurette qu’on ne croyait plus aux affirmations réitérées selon lesquelles il ne s’agissait que de la création d’un titre qui ne déboucherait pas sur une nouvelle profession. « Ce texte ne concerne que l’usage du titre de psychothérapeute, mais pour autant il ne crée pas une profession nouvelle qui se substituerait à celle de psychologue. … Des professions sont réglementées avec des statuts particuliers … Nous avons fait en sorte de ne pas excéder la loi. » C’est Bernanrd Basset, sous directeur de la DGS qui s’exprime ainsi le 10 janvier 2006.

Des emplois dans la fonction publique

Aujourd’hui, inséré dans une loi sur l’hôpital, cet amendement vient répondre indirectement à une question posée et restée en suspens le 7 avril 2006, au cours d’une rencontre au ministère de la Santé avec les associations de professionnels concernés, en vue de la rédaction des décrets d’application : « l’usage du titre donnera-t-il lieu à des emplois dans la fonction publique » ? Et pas seulement publique d’ailleurs.

Ces derniers remaniements législatifs autour de l’article 52 s’éclairent de leur confrontation aux rapports de psychiatrie nombreux qui se sont succédés depuis 2001 jusqu’au dernier rapport parlementaire fait au nom de l’OPEPS — Office parlementaire d’évaluation des politiques de santé.

Rapport Milon : restructuration en profondeur des métiers de la santé mentale

La psychiatrie en France : de la stigmatisation à la médecine de pointe , publié le 3 juin 2009, dit rapport A. Milon, du nom du rapporteur de la loi Bachelot au Sénat. Le passage de la psychiatrie à la santé mentale s’est accompagné d’une refonte de toutes les professions de santé et la loi sur le titre de psychothérapeute telle que modifié en 2009 en est un des édifices.

Les psychologues et le titre de psychothérapeute 2009 ; l’apparition d’une nouvelle profession, la disparition d’une autre.

Les psychologues et leur fonction se trouvent en ligne de mire des restructurations en cours des métiers de la santé mentale.

– Le Plan psychiatrie et santé mentale (2005-2008) fait référence à une possible co-tutelle Éducation nationale/ ministère de la Santé dans la formation des psychologues. Quant aux psychothérapies, elles feront l’objet de certifications au même titre que n’importe quel traitement médical.

– Le rapport Cléry-Melin estime que les formations universitaires des psychologues « souffrent souvent d’une formation trop mono référencée à la psychanalyse ». Il appréhende les psychothérapies comme « des techniques standardisées, appuyées sur des bases scientifiques structurées dans le temps et permettant d’obtenir des résultats ».

– Le rapport Cressard adopté par le Conseil national de l’ordre des médecins en juillet 2004 et dont les recommandations n’avaient pas encore eu le temps d’irriguer la loi du 9 août préconise que les psychothérapies pratiquées par les psychologues le soient sur prescription médicale. Il parle de « psychologie médicale ».

– La fiche métier du répertoire des psychologues de la fonction publique hospitalière publiée en novembre 2004 a supprimé la psychanalyse de la rubrique « connaissances associées ». Selon la nouvelle fiche publiée en décembre 2008 , l’activité de psychothérapie qui figurait précédemment a disparu de la rubrique des activités des psychologues hospitaliers. Alors, si l’on a biffé la mention devenue inutile de « psychothérapie » des activités jusqu’alors dévolues aux psychologues, on peut s’attendre à la voir affectée …aux futurs psychothérapeutes.

– Le rapport Couty qui a inspiré la loi Bachelot avait préparé le terrain en insistant sur la nécessaire délégation de tâches. Il conditionne la compétence déléguée au psychologue au fait « qu’ils auraient volontairement opté pour un éventuel statut de professionnels de santé ». Il leur est reproché de privilégier les orientations qu’ils revendiquent au détriment d’autres techniques de soin que celles auxquelles ils se réfèrent. Toujours selon le même rapport, Les psychologues consacreraient du temps de travail à « des recherches jamais identifiées ». Il s’agit d’une allusion au temps FIR ( Formation Information Recherche). « Leur singulier statut » devrait se trouver écorné par l’arrivée d’un nouveau corps de métier nettement moins regardant, prompt à pratiquer les thérapies qui se prêtent à l’évaluation au même titre qu’un traitement médical et ne nécessitant pas le temps de réflexion et de formation alloué aux psychologues.

Médicalisation

On voit bien le glissement de terrain qui a conduit les psychologues à dénoncer, à maintes reprises le risque d’une médicalisation de leur pratique…et de leur formation. Ils ne se doutaient pas que le titre de psychologue [iii] serait peut-être réservé à la pratique libérale. En effet, s’ils souhaitent continuer l’exercice de la psychothérapie en institution, ils pourront le faire, mais en qualité de psychothérapeute dont le statut à venir, sculpté par toute une série de rapports de santé mentale relèvera d’une tout autre conception des enjeux cliniques.

Quels établissements seront habilités à dispenser la formation en psychopathologie ? Si l’on se fie aux critiques émises par les rapports officiels sur l’orientation, la formation des psychologues et le souhait de les voir réintégrer le giron médical, on peut supposer que les établissements agréés le seront en vertu de leur adossement à la faculté de médecine [v].

L’évolution annoncée, du métier de psychologue et cristallisée dans les textes n’est qu’un aperçu de la restructuration en profondeur des métiers de la santé mentale. Le rapport Milon synthétise bien des propositions déjà en germe dans les rapports précédents. Il préconise de favoriser :

– La formation initiale et continue des généralistes en matière de psychiatrie, « une formation continue centrée sur la pose de diagnostic et la psychothérapie ».

– « La mise en place de protocoles innovants permettant la délégation de tâches et une répartition de rôles plus efficaces entre médecins, psychologues cliniciens et infirmiers sous le contrôle de la Haute autorité en santé — HAS.

– Une définition stable de la profession de psychothérapeute. « Le fait que seuls les médecins puissent prescrire des médicaments remboursés est de moins en moins compris par la population ».

Dans le giron de la neuropsychiatrie

Quant aux raisons pour lesquelles on a pu déplorer la scission de la psychiatrie d’avec la neurologie en 1968 ou l’abandon de la spécialité des infirmiers psychiatriques en 1992, ne nous y trompons pas, elles diffèrent de celles qui sont invoquées aujourd’hui dans ce rapport par le ministère de la Santé, en faveur de leur rétablissement.

À présent, c’est en vertu de la révolution qu’ont connue les neurosciences et l’imagerie médicale qu’on envisagerait sans déplaisir un retour de la psychiatrie – définie dans le rapport comme spécialité médicale à part entière – dans le giron de la neuropsychiatrie. Un consensus existe pour que soit créée une spécialisation en psychiatrie de niveau master après le diplôme commun d’infirmier d’État ; faut-il vraiment s’en réjouir ? Il semble que le retour de cette spécialisation soit moins souhaité pour renforcer les structures soignantes de l’hôpital que pour soutenir une pratique plus libérale dans le cadre de la mise en place des groupements locaux pour la santé mentale.

Le décret d’application de la loi sur le titre de psychothérapeute est très attendu dans ce rapport. On voit bien l’articulation avec une redistribution dans la prise en charge de la souffrance psychique entre les différents acteurs.

Que vient donc faire cet article sur le titre de psychothérapeute dans une loi dont le préambule sur les missions des établissements de santé en vigueur dans le Code de la santé publique s’est vu amputé de la mention « prise en compte des aspects psychologiques des patients »… ? Les sénateurs et médecins N. About et A. Milon, membres de la CMP ont considéré qu’elle relevait des missions du médecin non de celles d’un hôpital. Certes, si les psychologues ne pratiquent plus la psychothérapie, si les psychothérapeutes article 52 travaillent sur prescription médicale, si le médecin généraliste s’occupe aussi des troubles psychiatriques, alors il ne resterait plus à l’hôpital que la prise en charge des maladies, pas des malades et il peut même l’afficher noir sur blanc par élision « des aspects psychologiques des patients ».

La psychanalyse et le titre de psychothérapeute 2009

De la psychanalyse, dans les 357 pages du rapport Milon il ne sera pas question. Le sénateur G. Barbier a tenté d’évoquer « la reconnaissance des disciplines voisines non médicalisées , telles que la psychologie ou la psychanalyse », mais Le professeur M. Leboyer l’en a vite dissuadé : « les maladies psychiques doivent être traitées comme les autres maladies ».

Si la demande de soin psychique doit relever du modèle du soin médical, la liberté qui restera aux psychanalystes non médecins en institution risque de se réduire au choix obligatoire d’une seule possibilité, celle d’opter pour un statut de psychothérapeute, à l’instar des psychologues. Si tel est le cas à l’avenir, on imagine la nature de la clinique qu’il leur sera loisible d’entreprendre, qui plus est dans un hôpital qui n’a plus pour mission de se soucier « des aspects psychologiques des patients ». Qu’en est-il alors de l’argument souvent soutenu par ceux qui se sont présentés à la table des négociations ministérielles selon lequel la mention de la psychanalyse dans la loi allait la préserver d’une confusion avec le conglomérat des psychothérapies ?

La culture de l’évaluation qui a envahi tout le champ social ne nous incline pas à imaginer que la mention des psychanalystes dans la loi ait pour mission de concéder à la psychanalyse dans la cité une place hors du champ tracé par ce discours. [vii]

Selon quels critères les associations seront-elles définies ? On a souvent évoqué le risque nominaliste pour désigner la crainte avérée de voir les psychothérapeutes se découvrir subitement une vocation de psychanalyste afin d’échapper aux exigences requises pour l’obtention du titre de psychothérapeute. Aujourd’hui, la tentation devient caduque avec la nouvelle version de la loi, mais le processus est enclenché et les débats qui ont secoué « le carré psy » laisseront sans doute des traces.

Le contexte des enjeux politiques contemporains aurait pu rendre les psychanalystes qui se sont présentés à la table des négociations plus circonspects. Ils ont sans doute fait fausse route quand ils ont cru bon d’accepter l’inscription de la psychanalyse dans la loi au nom d’un quelconque lien avec la psychothérapie.

Alors, la psychanalyse, toujours ailleurs comme le préconisait Freud ou ailleurs… en voie de redressement réglementaire, puisque la voilà nommée pour la première fois en France dans une loi de santé publique ?

Nettement plus monoréférencé au cognitivisme

Ailleurs, en tout cas pas à l’université où le nombre d’UFR de psychologie clinique orientée par la psychanalyse diminue au profit d’un enseignement nettement plus mono référencé au cognitivisme. Alors, ailleurs… dans les associations de psychanalyse qui sont maintenant ailleurs…nommées dans une loi de santé publique ? Seraient-elles en passe de devenir des organismes de formation et la psychanalyse une pratique du passé si, comme le disait le Manifeste pour la psychanalyse : « Les mesures juridiques et réglementaires l’ont contrainte à délaisser son contenu de vérité et à s’exiler dans le rôle d’un rouage de la gestion sociale ». ?

On se souvient des différentes controverses qui ont secoué la corporation freudienne depuis l’amendement Accoyer entre les partisans d’une négociation avec le ministère, les tenants d’un retrait pur et simple de l’amendement et/ou ceux, nombreux qui se sont associés au {Manifeste pour la psychanalyse } né du refus de toute implication dans la réglementation de la psychanalyse sous couvert de celle des psychothérapies. On ne peut que s’étonner aujourd’hui du silence — y compris sur le forum de ce site — qui a entouré les derniers remaniements législatifs comparé au foisonnement des prises de position quotidiennes qui l’ont alimenté, puis se sont taries depuis l’alerte rouge lancée par l’Assemblée générale de Sauvons la clinique, réunie le 5 juillet 2008 à propos du cahier des charges relatif à l’avant dernier projet de décret de juin 2008.

Depuis ? Depuis, des mouvements tels que l’appel des 39 engagé dans la défense d’une psychiatrie torturée par l’amplification du virage sécuritaire et l’Appel des appels, cette mobilisation transversale lancée à l’initiative de psychanalystes ont absorbé une bonne partie de la contestation.

Ils nous ont fait momentanément oublier que les pouvoirs publics avaient de la suite dans les idées et que les psychothérapeutes article 52 que l’on croyait assoupis avec le spectre des dérives sectaires allaient refaire surface à l’occasion de la sortie en mai dernier du rapport de la MIVILUDES — Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, et des propos de son président Georges Fenech : « Aujourd’hui les psychothérapies sont au cœur de nos préoccupations car l’offre de soins explose. Les gens qui souhaitent se tourner vers un psychothérapeute ne savent pas comment faire le bon choix. Or la mouvance sectaire investit largement le champ de la santé.» Dans les débats au Sénat, on renouera avec cette thématique et le procès de l’église de scientologie vient à point nommé redonner de la vigueur à une argumentation dont on avait perdu l’habitude depuis un certain temps au profit d’une argumentation de santé publique plus vaste qui replacera l’amendement dans un cadre logique d’application des rapports de santé mentale et toujours avec cette idée qu’un niveau élevé de formation garantirait les compétences psychothérapeutiques.

Bienvenue aux psychothérapeutes d’État

Bernard Accoyer nous avait prévenus : « jamais je n’abandonnerai cette cause ». Il a tenu parole, son entourage aussi. Bienvenue aux psychothérapeutes d’État, habilités à dispenser les psychothérapies qui auront à n’en pas douter la faveur de la HAS et la conformité aux modes d’accréditation aujourd’hui en vigueur dans les institutions de soin sur fond de PMSI — Programme de médicalisation des systèmes d’information , tarification à l’activité et démarche qualité.

Le rapport Milon annonce pour bientôt des états généraux de…la santé mentale, (ceux de la psychanalyse qui devaient se tenir en juillet 2006 à Bruxelles en ont été annulés). Avec la santé mentale, on est entré dans l’ère de la post psychiatrie et de la post psychanalyse au profit de lasanté.durable@gouv.fr (ne cliquez pas sur ce lien purement ironique, vous n’y trouverez que l’écho d’un mensonge prémonitoire).

À suivre…


PS : Ce 2 juillet, le Conseil constitutionnel a fait l’objet d’une saisine de la part de parlementaires socialistes et apparentés pour inconstitutionnalité relative à la loi Bachelot. L’article 91 qui nous intéresse ici serait visé au nom d’un respect du principe d’égalité de traitement entre les professionnels concernés car « aucun dispositif n’est prévu permettant d’accéder au titre de psychothérapeute sur la base d’une formation en psychothérapie. » Et l’on voit ressurgir le serpent de mer d’une formation à la psychothérapie qui avait donné lieu à tant de débats antérieurs. Il faut dire que depuis des mois les associations de psychothérapeutes multipliaient les démarches auprès des pouvoirs publics, pour faire droit à leurs revendications et l’on n’a pas de mal à reconnaître dans le texte de la saisine du Conseil constitutionnel la prise en compte de certaines d’entre elles.

Cette saisine, selon toute vraisemblance irrecevable (1« ) traduit une fois de plus les risques encourus par la psychanalyse à figurer dans une loi relative au titre de psychothérapeute. À présent que le terme de psychanalyse a fait son entrée dans une loi réglementant la psychothérapie, elle se retrouve aspirée par la psychothérapie par le truchement de la psychothérapie d’inspiration analytique, mais elle risque d’expirer, prise entre le désir de soutenir son extraterritorialité et celui de ne pouvoir subsister qu’associée à la psychothérapie, comme c’est le cas dans bien des pays européens.

Marie-Noëlle Godet


– GODET Marie-Noëlle. Des psychothérapeutes d’État à l’État thérapeute. Paris, l’Harmattan, 2009, 127 p.-.

– ROUDINESCO Élisabeth. Le patient, le psychothérapeute et l’État. Paris, Fayard, 2004, 179 p.-


Évolution de la loi du 9 août 2004 sur le titre de psychothérapeute

9 août 2004 article 52

5 mars 2009 à l’AN Article 22 septies

5 juin 2009 au Sénat Article 22 septies

24 juin 2009 Article 91 adopté dans « la petite loi » HPST

I. L’usage du titre de psychothérapeute est réservé aux professionnels inscrits au registre national des psychothérapeutes.

I. L’usage du titre de psychothérapeute est réservé aux professionnels inscrits au registre national des psychothérapeutes.

I. L’usage du titre de psychothérapeute est réservé aux professionnels inscrits au registre national des psychothérapeutes.

I. L’usage du titre de psychothérapeute est réservé aux professionnels inscrits au registre national des psychothérapeutes.

II. L’inscription est enregistrée sur une liste dressée par le représentant de l’État dans le département de leur résidence professionnelle. Elle est tenue à jour, mise à la disposition du public et publiée régulièrement. Cette liste mentionne les formations suivies par le professionnel. En cas de transfert de la résidence professionnelle dans un autre département, une nouvelle inscription est obligatoire. La même obligation s’impose aux personnes qui, après deux ans d’interruption, veulent à nouveau faire usage du titre de psychothérapeute.

II. L’inscription est enregistrée sur une liste dressée par le représentant de l’État dans le département de leur résidence professionnelle. Elle est tenue à jour, mise à la disposition du public et publiée régulièrement. Cette liste mentionne les formations suivies par le professionnel. En cas de transfert de la résidence professionnelle dans un autre département, une nouvelle inscription est obligatoire. La même obligation s’impose aux personnes qui, après deux ans d’interruption, veulent à nouveau faire usage du titre de psychothérapeute.

II. L’inscription est enregistrée sur une liste dressée par le représentant de l’État dans le département de leur résidence professionnelle. Elle est tenue à jour, mise à la disposition du public et publiée régulièrement. Cette liste mentionne les formations suivies par le professionnel. En cas de transfert de la résidence professionnelle dans un autre département, une nouvelle inscription est obligatoire. La même obligation s’impose aux personnes qui, après deux ans d’interruption, veulent à nouveau faire usage du titre de psychothérapeute.

II. L’inscription est enregistrée sur une liste dressée par le représentant de l’État dans le département de leur résidence professionnelle. Elle est tenue à jour, mise à la disposition du public et publiée régulièrement. Cette liste mentionne les formations suivies par le professionnel. En cas de transfert de la résidence professionnelle dans un autre département, une nouvelle inscription est obligatoire. La même obligation s’impose aux personnes qui, après deux ans d’interruption, veulent à nouveau faire usage du titre de psychothérapeute.

III. L’inscription sur la liste visée à l’alinéa précédent est de droit pour les titulaires d’un diplôme de docteur en médecine, les personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue dans les conditions définies par l’article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations.

III. Un décret en Conseil d’État précise les modalités d’application du présent article et les conditions de formation théorique et pratique en psychopathologie clinique que doivent remplir l’ensemble des professionnels souhaitant s’inscrire au registre national des psychothérapeutes. Il définit les conditions dans lesquelles les ministères chargés de la santé et de l’enseignement supérieur agréent les établissements autorisés à délivrer cette formation.

III. Un décret en Conseil d’État précise les modalités d’application du présent article et les conditions de formation théorique et pratique en psychopathologie clinique que doivent remplir les professionnels1 souhaitant s’inscrire au registre national des psychothérapeutes. Il définit les conditions dans lesquelles les ministres chargés de la santé et de l’enseignement supérieur agréent les établissements autorisés à délivrer cette formation.

III. Un décret en Conseil d’État précise les modalités d’application du présent article et les conditions de formation théorique et pratique en psychopathologie clinique que doivent remplir les professionnels souhaitant s’inscrire au registre national des psychothérapeutes. Il définit les conditions dans lesquelles les ministres chargés de la santé et de l’enseignement supérieur agréent les établissements autorisés à délivrer cette formation.

IV. Un décret en conseil d’État précise les modalités d’application du présent article et les conditions de formation théoriques et pratiques en psychopathologie clinique que doivent remplir les personnes visées au deuxième et troisième alinéa.»

IV. L’accès à cette formation est réservé aux titulaires d’un diplôme de niveau doctorat donnant le droit d’exercer la médecine en France ou d’un diplôme de niveau master dont la spécialité ou la mention est la psychologie ou la psychanalyse.

IV. L’accès à cette formation est réservé aux titulaires d’un diplôme de niveau doctorat donnant le droit d’exercer la médecine en France ou d’un diplôme de niveau master dont la spécialité ou la mention est la psychologie ou la psychanalyse. Le diplôme de niveau master peut être délivré par un établissement d’enseignement supérieur dans le cadre de la validation des acquis de l’expérience.

IV. L’accès à cette formation est réservé aux titulaires d’un diplôme de niveau doctorat donnant le droit d’exercer la médecine en France ou d’un diplôme de niveau master dont la spécialité ou la mention est la psychologie ou la psychanalyse. (Suppression)

V. Le décret en Conseil d’État définit les conditions dans lesquelles les titulaires d’un diplôme de docteur en médecine, les personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue dans les conditions définies par l’article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations peuvent bénéficier d’une dispense totale ou partielle pour la formation en psychopathologie clinique.

V. Le décret en Conseil d’État définit les conditions dans lesquelles les titulaires d’un diplôme de docteur en médecine, les personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue dans les conditions définies par l’article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations peuvent bénéficier d’une dispense totale ou partielle pour la formation en psychopathologie clinique.

V. Le décret en Conseil d’État définit les conditions dans lesquelles les titulaires d’un diplôme de docteur en médecine, les personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue dans les conditions définies par l’article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations peuvent bénéficier d’une dispense totale ou partielle pour la formation en psychopathologie clinique.

VI. Le décret en Conseil d’État précise également les dispositions transitoires dont pourront bénéficier les professionnels justifiant d’au moins cinq ans de pratique de la psychothérapie à la date de publication du décret.

VI. Le décret en Conseil d’État précise également les dispositions transitoires dont pourront bénéficier les professionnels justifiant d’au moins cinq ans de pratique de la psychothérapie à la date de publication du décret.

VI. Le décret en Conseil d’État précise également les dispositions transitoires dont pourront bénéficier les professionnels justifiant d’au moins cinq ans de pratique de la psychothérapie à la date de publication du décret.
[viii]

i

Le 4 mai 2009, dans la version adoptée par la Commission des affaires sociales du Sénat, l’expression « l’ensemble des » a été supprimée et remplacée par « les professionnels souhaitant… ».
[i]

ii

iii
[iii]

iv
Le titre de psychologue suppose l’obtention préalable d’une licence de psychologie pour accéder au master. Selon loi amendée en 2009, tout titulaire d’une licence littéraire ou scientifique pourra accéder au master mention psychologie ou psychanalyse et de ce fait postuler à la formation demandée pour l’obtention du nouveau titre de psychothérapeute.

v
[v]

vi
F. R. Dupont Muzart, « L’ article 52 de la loi du 9 août 2004 modifié en 2009 : un triomphe de l’ Académie de médecine et du Conseil national de l’ordre des médecins sur les psychologues quant au titre de psychothérapeute , et dès lors quant aux psychothérapies dans le système de santé ? ».

vii
Par ailleurs, si l’exigence de pré requis à la formation de psychopathologie est opposable à tous les professionnels y compris aux « psychanalystes régulièrement… », que vient faire alors la reconnaissance d’appartenance à des associations de psychanalystes qui demeure dans l’article 52 versus 2009 ? S’agit-il de la trace malencontreusement laissée par des années de négociations entre le ministère de la Santé et les professionnels concernés au rang desquels figuraient un certain nombre de psychanalystes qui n’ont pas toujours été les derniers à accepter une telle inscription ? La loi porterait-elle les stigmates des divergences officielles entre psychanalystes qui n’auraient peut-être jamais vu le jour si la réglementation ne les avait poussés à cultiver leurs différends dans les couloirs des ministères au détriment de ce qui fait la spécificité de la psychanalyse profane ?

viii

  • 1 En effet elle fut rejetée.PHG

Pour une psychothérapie humaniste intégrative

Statutory Regulation >  

La justice américaine propose plusieurs scénarii à Roman Polanski

On se souvient de la réaction d’une de nos étudiantes, Sabine Sprich, à partir de quoi nous avions constitué un petit dossier concernant cette affaire qui inivitait à réfléchir sur l’articulation conduite criminelle, justice, médias. Voici que nous parvient un éventail de scénarii qui propose plusieurs versions d’épilogues correspondant à la fois au désir de l’intéressée de tourner cette page de sa jeunesse, précédemment tout de même indemnisée par le coupable, et au souci d’en finir avec un imbrogilo juridique devenu juridico poliitico médiatique, qui laisserait le dernier mot à une justice pacificatrice.

Cela fait un peu conte de Noël eh bien, va pour le conte de Noël, que le mal et la persécution connaissent cette fois un juste terme !

Philippe Grauer


Le cinéaste pourrait être jugé en son absence, et condamné sans incarcération supplémentaire

Les trois juges de la cour d’appel du deuxième district de l’Etat de Californie ont refusé, lundi 21 décembre à Los Angeles, le classement de la plainte pour relations sexuelles avec une mineure datant de 1977, demandé par les avocats américains de Roman Polanski en décembre 2008.

Mais dans leur décision unanime de 70 pages, les juges Laurie Zelon, Dennis Perluss et Fred Woods proposent plusieurs scénarios de libération au cinéaste. Parmi lesquels une condamnation en son absence qui n’inclurait pas de prison ferme, et conclurait l’une des plus longues sagas dans l’histoire de la justice californienne :  » Polanski pourrait demander à être jugé in absentia, et nous sommes persuadés que le tribunal peut trouver une condamnation sans incarcération supplémentaire. « 

La cour d’appel suggère aussi que Roman Polanski, arrêté le 26 septembre à Zurich (Suisse), incarcéré puis remis en liberté surveillée dans son chalet de Gstaad, accepte son extradition et revienne en Californie pour faire valoir ses droits à la justice :  » Nous faisons grand cas des très sérieuses allégations de manquements à l’éthique du juge et du procureur qui ont été présentées, et nous préconisons aux parties concernées de mener une enquête et de répondre à ces plaintes. « 

Pour les trois juges, une audience devant le juge du comté de Los Angeles Peter Espinoza permettrait d’évaluer les allégations de manquements à l’éthique professionnelle dans l’instruction du dossier visant le juge chargé de l’affaire à l’époque, Laurence Rittenband :  » Nous exhortons tous les participants à placer l’intégrité du système judiciaire au-dessus du désir de punir un individu, que ce soit pour son délit initial ou sa fuite. « 

Recours sans retour

Sous réserve que Polanski en fasse la demande écrite, son sort pourrait donc revenir devant le juge Espinoza, qui avait refusé de classer la plainte le 7 mai, arguant de la règle du fugitive disentitlement (qui prive un fugitif d’un recours sans retour).

Aujourd’hui, une instance supérieure lui suggère de prononcer une condamnation en l’absence du prévenu, et l’invite à libérer Roman Polanski, en ne le condamnant qu’au temps de prison déjà accompli.

Une telle décision pourrait donc annuler la procédure d’extradition en cours en Suisse, et représenterait, pour le réalisateur de Chinatown, fugitif depuis 1978, la possibilité de rentrer, libre, aux Etats-Unis.

Le Monde, Claudine Mulard, Los Angeles Correspondante.