La vie entre bio-pouvoir & bio-souci, bio-logie & bio-art

Sous l’égide

du Laboratoire EA 4010 AIAC — Arts des images et art contemporain,

&

de RETINA — International recherches esthétiques & théorétiques sur les
images nouvelles & anciennes

Dans le cadre du

Séminaire Philosophie, Art, Image

de François Soulages, Professeur des universités (Université Paris 8/
Institut national d’histoire de l’art)

Journée d’étude à Paris

Lundi 15 février 2010
de 8:30 à 18:00


La vie entre bio-pouvoir & bio-souci, bio-logie & bio-art


Sous la direction de François Soulages

La vie ne se réduit pas au vivant. A son sujet, se posent des questions
auxquelles on peut donner des réponses & des problèmes qu’il est
fructueux de travailler

– questions & problèmes du bio-souci : souci de soi ou bien
souci de la vie ; choix de vies ou bien choix de la vie ; fin de vie ou
bien fins de la vie ; philosophie ou bien sagesse de la vie ; vie
bienheureuse ou bien raisonnable, simple ou bien problématique ; vie de
la pensée ou bien de la cité ; vie de l’esprit ou bien du corps ; récit
d’une vie, de sa vie ou bien de la vie ; temps ou bien mort ; création
ou bien libération

– questions & problèmes du bio-pouvoir : « droit de mort &
pouvoir sur la vie », écrivait Foucault ; le laisser vivre, le faire
vivre & le faire mourir ; disciplines & régulations ; contrôles &
surveillances globalisés, projets & programmes uniformisés

– questions & problèmes de la bio-logie contemporaine :
bio-informatique, chrono-bio-logie, bio-métrie, bio-technologie,
bioéthique

– questions & ouvres du bio-art et de l’art en général face au
vivant & à la vie.

Cette Journée d’étude cherchera à penser les liens et les tensions entre
bio-souci & bio-pouvoir, bio-logie & bio-art, entre pensée, art &
existence face à la vie.


8:30 PRESENTATION

Ouverture

9:00 François Soulages La vie, au carrefour du souci & du pouvoir, de la
science & de l’art

BIO-POUVOIR, VIE & MORT

9:20 Jean-Pierre Sag, psychanalyste & maître de conférences à l’Université
Paris 1, Le paradoxe éthique de la gestation pour autrui

9:40 Gilles-Olivier Silvagni, psychanalyste, Sur la fin de vie

10:00 Philippe Cardinali, agrégé de philosophie & docteur en esthétique,
La vie & la mort : une histoire

10:20 Marc Tamisier, chargé de mission pour la philosophie et
l’éducation aux images au CNDP, membre de RETINA.International,-
Vie & mort d’un auteur

10:40 Julie Cailler, doctorante EA 4010 AIAC Arts des images & art
contemporain Université Paris 8, Vita Nova

11:00 Dialogue général

BIO-POUVOIR, VIE COLLECTIVE & VIE INDIVUELLE

11:20 Didier Toussaint, docteur en philosophie & conseil en entreprise
(DIT), Les enjeux du Social Business

11:40 Bertrand Quentin, agrégé de philosophie & docteur en
philosophie, Faut-il vivre avec précaution ?

12:00 Michel Gironde, écrivain, Vie, éthique & culture : Carlos Fuentes

12:20 Daniel Podosek, doctorant EA 4010 AIAC Arts des images & art
contemporain Université Paris 8, Une vie, à la recherche de la jonction

12:40 Catherine Rebois, doctorante EA 4010 AIAC Arts des images & art
contemporain Université Paris 8, La vie comme expérience à l’œuvre.


13:00 Dialogue général

BIO-LOGIE & BIO-ART

14 h Zoé Forget, doctorante EA 4010 AIAC Arts des images & art
contemporain Université Paris 8, Le monstre comme signe de vie
14 h 20 Marion Zilio, doctorante EA 4010 AIAC Arts des images & art
contemporain Université Paris 8, Vie & contingence, l’effort d’une
attitude ambivalente
14 h 40 Julien Verhaeghe, doctorant EA 4010 AIAC Arts des images & art
contemporain Université Paris 8, Esthétique et complexité : un regard
écologique porté sur l’art
15 h Olga Kisseleva, artiste, maître de conférences HDR à l’Université
Paris 1, CERAP, Quand le corps du spectateur est intégré dans l’ouvre
15 h 20 Manuela de Barros, maître de conférences à l’Université Paris 8,
AIAC, Ces fictions qui changent le monde : hypothèses sur le corps
technologisé

15 h 40 Dialogue général

BIO-SOUCI & ŒUVRES

16:00 Alain Chareyre-Méjan, Professeur des universités, Université Aix I,
L’envie de vivre comme mode de pensée

16 h 20 Valérie Cavallo, doctorante EA 4010 AIAC Arts des images & art
contemporain Université Paris 8, Une rencontre absolue face à une
catastrophe humaine absolue Hiroshima mon amour

16 h 40 Caroline Blanvillain, doctorante EA 4010 AIAC Arts des images &
art contemporain Université Paris 8, L’effroi devant l’humanité.
Philippe Bazin

17 h Géraldine Millo, doctorante EA 4010 AIAC Arts des images & art
contemporain Université Paris 8, La photographie à coups de marteau. La
vie des Faces de Philippe Bazin

17 h 20 Laurence Gossart, artiste, professeur d’arts plastiques, L’acte
du regard constitutif de la vie. Henri Michaux


17:40 Dialogue général


INHA

Salle Giorgio Vasari

Institut national d’histoire de l’art

2, rue Vivienne, 75002 Paris, France.

Hôpital public : pétitionneriez-vous ?

Hôpital silence

on rentabilise ! Un hôpital rentable c’est un hôpital centré sur la technique financière et gestionnaire des soins pas sur la personne humaine en difficulté de santé. C’est un hôpital en relation avec l’argent pas avec vous. Pas de psychothérapie relationnelle, ça c’est déjà fait, pas de dispositif d’écoute et d’aide à la personne, ça coûte trop cher on n’est pas là pour ça, mais pour rentabiliser.

Un management qui déménage

L’hôpital n’est pas une entreprise, la santé n’est pas un gisement, les gens ne sont pas des pions circulant à flux tendu. Toute la philosophie et l’éthique de notre profession milite pour que l’hôpital soit humanisé pas déshumanisé. La chirurgie ne se conçoit pas comme une usine à saucisses. On ne débranche pas les gens selon l’aspect statistique de leur cas. Pour éviter ce genre de cas de figure et maintenir à l’hôpital son taux d’humanité actuel, mieux vaut ne pas le laisser casser pour avoir à subir et payer les dégâts de la malsoignance puis devoir reconstruire ensuite à grands frais ce qu’on aura commencé par laisser détruire.

Jugez par vous-même

si vous voulez signer la pétition qui nous parvient et que nous vous répercutons ici.

Philippe Grauer


Défense de l’hôpital public

Ci-dessous vous trouverez la pétition de défense de l’hôpital public, à faire signer au plus grand nombre possible de personnes.

Merci de la signer et de la faire suivre à votre carnet d’adresse.

Objectif du Mouvement de Défense de l’Hôpital public : dépasser le
million de signatures
avant la fin de la semaine.


Merci de prendre connaissance de la pétition jointe, de la signer et de
la faire signer si vous partagez notre sentiment d’inquiétude.

Cordialement.

La psychothérapie [relationnelle] n’est pas soluble dans l’enseignement universitaire

Comme tous les psychiatres, Lucien Tenenbaum entend par la psychothérapie celle qu’il pratique, et comme il est psychothérapeute relationnel, cela sonne psychothérapie relationnelle là où il se contente de dire psychothérapie. Au fil du texte des crochets rétablissent dans notre terminologie l’adjectif relationnel manquant dans le texte de l’auteur, ce qui permet nous l’avons vu d’en finir avec l’amalgame provenant de l’usage du terme générique psychothérapie pour désigner dans un ensemble à proprement parler confondant les psychothérapies à protocoles, fonctionnelles ou « symptomatiques » (1« ), d’inspiration comportementaliste, tout aussi bien que notre {relationnelle, d’inspiration néo humaniste.

On connaît ce genre de confusion, parfois dangereuse, mais l’intelligence et l’élégance de son texte rendent cette ombre au tableau supportable. Il convient toutefois de ne jamais perdre de vue cette petite différence, qui nous distingue de la psychothérapie au sens générique, sans quoi tout le développement de notre ami Tenenbaum risque d’en pâtir. Réjouissez-vous quoi qu’il en soit de ce texte — dont les intertitres sont de notre cru, nos propres notes étant signées PHG —, ça en vaut non pas la peine mais le plaisir, sinon la jouissance.

Et réjouissance. Naturellement, quand un psychiatre médecin-chef parle de notre psychothérapie relationnelle, qu’il aime, illustre et soutient avec talent, nous nous réjouissons de l’entendre dire des vérités sur la médecine et l’université, leurs prétentions et leurs dérives. Son propos nous conforte, son argumentation touche juste et nous rappelle que c’est l’adversaire que blesse son bât. Le plutôt bas niveau des attaques populistes faisant rideau de fumée contre nous déployées exige en effet que nous n’oublions jamais que les innovateurs et porteurs d’avenir c’est nous, que nous procédons de la bonne autorité scientifique en sciences humaines cliniques. Notre psychothérapie relationnelle se voit attaquée, comme naguère et encore la psychanalyse. Recevons comme il convient cette sorte d’hommage historique.

Dans un tel contexte ce texte contribue à la fierté de notre sentiment identitaire disicplinaire et professionnel. Remercions-en ici l’auteur. Il nous rappelle que le danger ne vient pas de nous.

Mais de l’ignorance dans laquelle se tiennent tant de nos chers universitaires (2« ) doctement, scientistiquement, au nom du principe d’évaluation consistant à mesurer à tort et à travers, occultant ce qu’il en est de la relation comme concept critique et novateur, rejetant l’intersubjectivité, refusant le procès de subjectivation dans et à partir de la relation.

Pire, à côté, au-delà, du supposé savoir, se dessine la redoutable silhouette du veux pas savoir. Tristes temps pour notre université. Nos détenteurs de la vérité scientiste neurologique comportementaliste et évaluative fondent, à l’heure de la complexité et de la multiréférentialité, leur arrogance sur des bases périmées. Ils jouent leurs machines et machineries, idolâtres post-modernes, adeptes d’un management procustéen, à l’heure de l’âme.

Face au colosse aux pieds d’argile, fragile et sonnant creux, nous avons la chance de représenter l’avenir. Il n’y a vraiment pas de quoi se plaindre ; à terme, et dès maintenant pour une grande part, nous avons gagné. Dès lors la question du nom sous lequel nous serions appelés à opérer devient annexe. C’est l’apport de notre précieuse et irremplaçable pratique qui continuera de compter, là-dessus, pas de souci.

Philippe Grauer}}


Lucien Tenenbaum a assumé pendant une vingtaine d’années la responsabilité de médecin-chef psychiatre dans un établissement public. S’intéressant à des approches alternatives de la guérison, il développe à partir de 1989 sa propre pratique psychothérapeutique en libéral. Soucieux d’aider chacun à trouver son propre centre de gravité, il a développé une pratique personnelle largement fondée sur le corps, la forme, l’intuition, le présent.

Il est l’auteur de La Bascule des mal-aimés , de La psychothérapie, un savoir étrange aux éditions du Souffle d’Or, de Écrire, parler, soigner en chinois aux éditions You-Feng et de La dépression, une épreuve moderne aux éditions L’Harmattan (3« ).}


Obscurcissement

S’il est un domaine constamment créateur d’innovations et d’emplois et dont un nombre croissant d’usagers apprécie les services, c’est bien la psychothérapie. Comment comprendre, dans ces conditions, que les pouvoirs publics la diabolisent et s’évertuent à inventer une règlementation pour prévenir de dangers et de délits pour lesquels il existe déjà un arsenal juridique conséquent ?

Plusieurs hypothèses sont possibles. En dehors d’un lobbying corporatiste jaloux, et sans l’exclure, il semble que ce phénomène social, nouveau et d’ampleur croissante, qu’est la psychothérapie provoque chez les politiques un tel obscurcissement de leur pensée qu’il leur devient difficile de réfléchir.

Accusations vagues, répétition hypnotique

Les risques liés au travail psychothérapique sont réels. Certains comportements délictueux, clairement définis par le code pénal, attentats sexuels, abus d’autorité ou de faiblesse, escroquerie, captation, voire criminels comme les viols, tombent sous le coup de la loi et justifient des poursuites.

Les pouvoirs publics, qui s’en soucient (4« ), y ajoutent des comportements dont la définition est beaucoup plus hasardeuse (5« ), dérives sectaires, charlatanisme. Ce glissement de la définition juridique – pervers, sectaire, ou charlatan – conduit à lancer des anathèmes, au risque de favoriser tous les amalgames et de jouer sur les réflexes émotionnels. De fait, le discours gouvernemental a pris l’allure étrange d’une répétition incessante et hypnotique d’accusations vagues, répétition que je dis hypnotique, car le procédé endort tout le monde et empêche de poser les questions de façon rationnelle.

Tous les jours ou presque, des médecins sont poursuivis et, quelquefois, condamnés pour les délits et crimes dont on soupçonne les psychothérapeutes de menacer les usagers. Pas n’importe quels psychothérapeutes d’ailleurs, le contexte indique clairement qu’on vise les psychothérapeutes qui ne sont ni médecins ni psychologues, c’est à dire les ni-ni 3. Comment le législateur a-t-il pu penser que le risque était lié à l’absence de diplômes et que la parade en était l’enseignement universitaire de la psychopathologie, alors que ces dispositions, qu’on prétend imposer aux psychothérapeutes ni-ni(6« ), semblent pourtant avoir fait la preuve de leur inefficacité. L’expérience montre que les praticiens auxquels la législation nouvelle confère le droit d’exercer la psychothérapie ès qualités présentent exactement les mêmes risques pour l’usager. Et si, dans le cas des psychothérapies, on remet en cause la psychothérapie et la formation psychothérapique, pourquoi, quand il s’agit de médecins, psychiatres ou psychologues, ne remet-on pas en cause la médecine, ou la psychologie ou les formations universitaires diplômantes ?

Risques réels de la médecine : le docteur Knock

De nombreux faits, dont beaucoup n’arrivent même pas en justice, parce que les victimes, déjà victimes toute leur vie et pour cela venues en thérapie, sont peu enclines à élever la voix, montrent que l’exercice de la psychothérapie, quelle que soit la formation initiale du praticien qui l’exerce, comporte des risques. Pas seulement d’ailleurs l’exercice de la psychothérapie, mais celui de la médecine.

Une affaire récente vient jeter sur la question une aveuglante clarté. Devant la Cour d’Assises de la Dordogne a comparu le Dr C., psychiatre à Bergerac, accusé de viols sur quatre de ses patientes. Ils les auraient placées, « par des pratiques inhabituelles(7« ) », en « état de dépendance susceptible d’altérer leur volonté » afin de leur imposer des relations sexuelles. Il rejette ces accusations comme affabulations, voire comme allégations délirantes. Un expert décrit sa personnalité comme ayant « une forte polarité narcissique(8« ) ».5

Voici un professionnel, le Dr C., bardé de diplômes et de qualifications, qui commet un acte, ici qualifié de viol et donc de nature criminelle, dans l’exercice de sa profession. Il a été reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés (9« ). Comme on pouvait s’y attendre, le crime a été examiné sous l’angle d’une culpabilité personnelle, éventuellement aggravée du fait de la situation d’autorité sur personne vulnérable, mais à aucun moment n’ont été remis en cause ni sa formation professionnelle ni le jugement de ceux qui l’ont reconnu apte à exercer ce métier…

Quand les affaires de cet ordre concernent des médecins, celles du moins qui arrivent jusqu’au tribunal, les juges concluent à la faute personnelle du médecin, dans tous les cas dont j’ai eu à connaître. Il s’agit pourtant, par définition, d’actes commis dans le cadre professionnel, à l’égard de personnes vulnérables par définition – tout ce qui est reproché aux psychothérapeutes. Jamais les jugements n’incriminent la formation professionnelle du médecin ou les carences de celles-ci, voire sa méconnaissance éventuelle de la psychopathologie et des « mécanismes normaux et pathologiques » (comme dit la ministre), alors qu’il s’agit de fautes identiques commises dans des contextes identiques, qu’on soit médecin, psychiatre, psychologue, psychanalyste, psychothérapeute, éducateur, etc.

Procès

Or ces risques sont bien des risques professionnels. Lors du procès du Dr C., les experts ont clairement décrit les dangers propres à cet exercice professionnel. La relation qui se déroule entre deux personnes dans le cabinet médical est de nature particulière. Un expert explique que la relation sexuelle, si elle est avérée, « ne peut être considérée comme librement consentie » dans ce contexte. Un autre expert dit : « ces personnes [les patientes] n’ont pas opposé de refus mais elles n’ont pas non plus donné leur consentement », ajoutant qu’elles étaient prises « dans un processus d’idéalisation colossale du soignant qui rendait la situation extrêmement dangereuse ». On dépiste les défauts de la vue chez les pilotes de ligne. Pourquoi pas les traits de personnalités susceptibles de dérives perverses chez les professionnels de la santé ?

Après la cour d’assises, voici la scène théâtrale. Le Dr Knock (10« ), pour être un personnage de théâtre, ne ressemble-t-il à personne ? N’est-il pas un virtuose du diagnostic et un médecin parfaitement formé ? Mais s’il peut si bien berner, manipuler, embobiner son monde, jusqu’au bon vieux Dr Parpalaid, et le réduire à sa dépendance, n’est-ce pas parce qu’il connaît des choses qui ne relèvent d’aucun enseignement universitaire médical et dont nul ne s’est soucié de le prévenir. Il sait tout ce qu’induit et permet une position dominante dans une relation par définition inégalitaire, ce qu’est par nature la relation médecin-malade. De très bonnes connaissances médicales et une grande aptitude au diagnostic ouvriraient-elles même grande la porte à toutes les dérives ? Alors que c’est ce que préconise avec insistance la ministre de la Santé ?

Vice de raisonnement

Le remède définitif aux dérives imputées aux psychothérapeutes non diplômés universitaires résiderait, pour les responsables de la santé publique, dans un enseignement universitaire. « Avant de prendre en charge une personne en psychothérapie, il est indispensable de faire un diagnostic précis, et notamment d’éliminer toute pathologie somatique ou psychiatrique qui nécessiterait une prise en charge différente, en particulier pharmacologique. C’est pourquoi il est indispensable que toutes les personnes qui utilisent le titre de psychothérapeute aient suivi au cours de leur cursus une formation théorique et clinique de psychopathologie clinique (11« ) ». « La connaissance du développement et des mécanismes psychiques normaux et pathologiques est indispensable », dit encore la ministre, et ceci pour deux raisons : pour faire un diagnostic et pour protéger les usagers.

Surprenant vice de raisonnement, si gros apparemment que personne ne l’a vu, peut-être suite à certaine incantation hypnotique. D’une part, on occulte avec une facilité surprenante le fait évident que ce complément, concernant la psychopathologie, est celui qu’ont reçu les psychiatres, peut-être les psychologues, sans pour autant protéger leurs patients des abus et dérives. Et ce ne sont pas les quelques heures de psychologie reçues par les médecins et autres spécialistes exposés (gynécologues, chirurgiens, etc.) qui auront pu les en prévenir. D’autre part, on commet la double erreur de confondre le diagnostic et les mécanismes, et de penser que la connaissance théorique protège les usagers.

Diagnostic

Avant d’entreprendre une psychothérapie, dit la ministre, il faut pouvoir faire un diagnostic pour éliminer une pathologie somatique ou psychiatrique. Ceci appelle deux remarques.

D’abord, comment une formation, quelle qu’elle soit, en psychopathologie, permettra-t-elle de faire un diagnostic ? Le psychothérapeute devra-t-il aller jusqu’au scanner, à l’échographie, à l’IRM, etc. ? Le diagnostic résulte d’une démarche médicale très sophistiquée. On peut s’étonner que les médecins acceptent de le voir ainsi réduit à un apprentissage de quelques heures hors tout contexte.

Mais surtout la ministre semble ignorer que le diagnostic, en psychiatrie, ne passe plus du tout par la connaissance des mécanismes, qu’ils soient normaux ou pathologiques. Le sacro-saint D.S.M. IV (12« ), sur lequel repose maintenant toute démarche diagnostique, ignore délibérément tout ce qui est de l’ordre des mécanismes, des ressorts profonds, etc. etc. pour s’en tenir à l’inventaire des signes repérables et quantifiables. La démarche diagnostique semble de plus en plus orientée vers la prescription chimiothérapique et s’écarte d’une psychopathologie conçue en termes de connaissances des mécanismes (13« ).

Connaissance des mécanismes

Quant à la « connaissance des mécanismes », de quoi parle-t-on ?

Les mécanismes en jeu dans la relation thérapeutique et qui rendent compte à la fois de la puissance de ses effets thérapeutiques et des « dérives » possibles ne sont pas les mécanismes neurophysiologiques, normaux ou pathologiques, du cerveau des neurologues, tels que les décrit la pensée scientifique du moment. Ce sont les mécanismes de la relation humaine qui sont de tous temps, et connus et utilisés, sinon dévoilés, de tous temps et dans toutes les sociétés.

Ils sont de même nature que ceux qui engendrent les souffrances pesant sur la vie des personnes et les amenant à consulter. Ce sont les processus complexes qui accompagnent les jeux du désir et du pouvoir, de l’amour, du manque, de l’autonomisation, etc. tout ce qui forme notre propension à la dépendance relationnelle. Le risque majeur auquel ils exposent, dans un contexte de position dominante vis-à-vis d’une personne en situation de demande, – position des parents, des soignants et aidants de toute nature, des enseignants, etc. – est la prise de pouvoir sur l’autre jusqu’au risque d’abus. Mais, autant ils peuvent aliéner et faire souffrir, autant, s’ils sont utilisés à bon escient, ils peuvent soigner et libérer. La révolution freudienne, et en cela la plupart des psychothérapies peuvent s’en réclamer, a consisté à mettre à jour ces mécanismes et, en aidant à déjouer les pièges auxquels ils exposent, à montrer le rôle essentiel qu’ils jouent dans le processus thérapeutique. Quelle que soit la technique utilisée, le travail thérapeutique aide le consultant à s’extirper de ces pièges et à sortir des dépendances et aliénations où il était assujetti, quelles que soient les formes qu’elles ont prises.

Savoir / croyances

On voit que par nature le travail thérapeutique vise à désaliéner le sujet et non à prendre le moindre contrôle sur son esprit. À l’inverse des positions de pouvoir voir fondés sur la conjonction du charisme d’une personne (aimantant le transfert sur elle) et d’un système de croyances. On saisit mieux le danger de l’enseignement universitaire : il fait croire aux médecins qu’ils savent et qu’ils maîtrisent la dite psychopathologie et il fait entrer patients et public dans cette croyance , terreau des abus, comme toutes les croyances. C’est l’illusion du « sujet supposé savoir », sur lequel on reviendra, qui ne fonctionne thérapeutiquement que si le sujet en question sait qu’il ne sait pas… Le processus thérapeutique conduit le consultant à sortir de l’illusion que l’autre, le thérapeute, sait… et à s’en libérer.

À ces données générales sur les enjeux relationnels, viennent s’ajouter des caractéristiques de la demande psychothérapique qui ont peut-être échappé aux responsables de la santé publique. Elles font de la psychothérapie une discipline tout à fait originale dans les sciences humaines comme dans le système de soins et la sortent, à ce titre, des cadres de l’enseignement universitaire tel qu’il a été conçu et dispensé jusqu’à présent dans notre pays.

Une nouveauté floue

La particularité de la demande de psychothérapie ou de psychanalyse est d’être une nouveauté floue. La souffrance qui amène la demande n’est pas nouvelle, tant s’en faut, elle est ancienne et née avec nous. Mais que des personnes fassent une démarche pour sortir de cette souffrance, disant « ça ne peut pas continuer comme ça », constitue un fait très nouveau (14« ). Jusqu’à maintenant, il y a eu maintes façons de supporter, justifier, valoriser cette souffrance, mais aujourd’hui elle est devenue une gêne dans notre vie. Elle nous invalide et nous handicape. Et l’être en souffrance s’entend dire « il faut que tu fasses quelque chose, que tu ailles voir quelqu’un ». Je reprends les mots les plus habituels, ne pas continuer comme ça, faire quelque chose, voir quelqu’un, pronoms indéfinis, dont le flou n’a d’égal que l’exigence avec laquelle ils s’imposent, et auxquels fait écho le vide juridique dans lequel baigne la psychothérapie ….

La nouveauté floue de cette demande, traduit des paradigmes nouveaux dont l’émergence remonte à une cinquantaine d’années dans la société occidentale. Une des nouvelles valeurs est l’exigence de bien-être sur tous les plans, matériel, social, affectif, sexuel, physique, etc. Elle est perçue comme une exigence intérieure, qui transforme la hiérarchie des valeurs, à commencer par la valeur de la hiérarchie. Elle repose sur l’idée qu’une autre vie que celle qu’on a menée jusque là est possible, une autre vie ici-bas, pas dans un au-delà, ce qui sous-entend aussi un changement des idées sur la mort. Une autre vie qu’on n’attend pas non plus d’un changement macro-social – l’histoire du 20° siècle nous a tempérés sur ce qu’on peut espérer des grands changements.

Double danger

Si ce n’est du macrocosme, d’où viendra le changement ? Nouveau paradigme: la personne humaine prend une valeur inédite, centrale. Si la personne est au centre, si elle constitue une entité en elle-même, la cause des difficultés et des souffrances qu’elle vit est à l’intérieur d’elle-même. Justes ou fausses, ces idées se développent sous nos yeux, nous y contribuons et elles fondent la psychothérapie. L’origine des souffrances est à l’intérieur, de même que le remède, la ressource. La psychothérapie a pour objet d’y donner accès. Ainsi la personne trouvera-t-elle la solution, et pourra-t-elle agir sur les leviers de son fonctionnement personnel pour sortir de sa souffrance. L’idée que la personne est un univers à elle seule, qui contient la cause comme le remède, est au fondement de notre pratique. Le résultat attendu n’est plus le retour à l’état antérieur et la réintégration dans l’ordre des choses, mais un changement. La souffrance nous apparaît désormais liée à un déséquilibre intérieur, au fait que nous n’entendions plus nos besoins profonds, ou notre vérité, quelle que soit la façon de le dire.

La demande de soins résulte d’une exigence interne – nous nous devons quelque chose à nous-mêmes – mais sa satisfaction dépend de processus nouveaux et mal connus, pour lesquels nous n’avons ni modèles de référence, ni même de noms bien établis. D’où le flou et le flottement. La pression de la demande et le flou de la nouveauté ont des effets déstabilisants, qui exposent le consultant comme le psychothérapeute à des risques majeurs. Le consultant est exposé à un risque de passage dépressif, qui lui fera d’autant plus espérer du thérapeute un soutien et un aide, quitte à s’en trouver dépendant. Le thérapeute, quant à lui, est confronté à la pression d’une demande, d’une attente, qui reviennent à remettre un pouvoir entre ses mains, avec d’autant plus de force que les autres étais se dérobent. Il est d’autant plus exposé à ce risque qu’il est pour le consultant, selon la belle formule de Lacan, le sujet supposé savoir. Ce dont le consultant crédite ainsi le thérapeute est un levier très puissant dans l’entreprise où il s’engage, mais elle comporte le danger que le sujet supposé savoir croie qu’il sait et qu’il y comprend quelque chose.

La conjonction de cette double expérience, qui confronte le consultant à la déstabilisation et le psychothérapeute à l’abus de pouvoir, peut susciter le recours à des réponses de type sectaire ou religieux. Ce n’est pas la connaissance des mécanismes neurophysiologiques qui peut protéger l’usager, mais celle des enjeux relationnels et de leurs dangers. On pourrait même dire que faire porter l’effort sur l’enseignement des mécanismes neurophysiologiques et pathologiques, en ignorant les enjeux relationnels, et le visage très spécifique qu’ils prennent pour chacun, est le meilleur moyen d’exposer étudiants et professeurs à leur jeu incontrôlé, comme on l’a vu plus haut, et comme le montrent les tribunaux. On donne un pouvoir, en laissant chacun libre d’en user…

Lucidité sur soi-même, refus de manipulation de l’autre

Cette connaissance reste de peu de secours dans la pratique si elle est transmise de façon théorique et scolastique, car les enjeux se situent dans l’intimité et le fonctionnement psychoaffectif de chacun, thérapeute et consultant. La connaissance des mécanismes repose d’abord sur une praxis, une expérience vécue de leur réalité, de leur impact. C’est ce qu’ont compris et que pratiquent les écoles de formation des psychothérapeutes, où depuis toujours s’effectue un travail sur le transfert et le contre-transfert in vivo in situ . Non seulement par l’étude théorique, mais avant tout par la mise en situation et le travail expérientiel qui, 7 seuls, permettent au futur psychothérapeute de s’y confronter, de se remettre en question, de voir les implications réelles de la situation psychothérapique et d’œuvrer à en préserver l’éthique et la déontologie. C’est au terme d’une formation et non d’un enseignement que s’acquiert la lucidité sur ces processus et leurs dangers.

Lucidité qui n’est pas l’objectif des sectes, précisément parce que leur bonne connaissance de ces mécanismes relationnels, à la fois cognitifs, émotionnels et affectifs, leur permet de séduire et de recruter tant de gens confrontés à la nouveauté floue.

Lucidité qui n’est pas non plus l’objectif des publicitaires. N’est-ce pas parce qu’ils ont étudié ces mécanismes et qu’ils les utilisent en toute connaissance de cause qu’ils peuvent faire avaler (au propre et au figuré) n’importe quoi aux consommateurs, en commençant systématiquement par les plus vulnérables, comme les enfants ou les personnes de faible niveau éducatif ?

Sans parler de la façon dont les politiques utilisent les mêmes mécanismes, sans les avoir étudiés en faculté, mais en les connaissant très intuitivement. Ne parle-t-on pas d’animal politique ?

Sectaires, publicitaires, politiciens utilisent ces mécanismes de façon délibérée et sans aucune intention de les dévoiler. Le faire les déconsidèrerait à leurs propres yeux, à moins qu’ils n’en soient aucunement dupes, et dans ce cas ils fonctionnent comme n’importe quel escroc. Les dévoiler à leurs « cibles » leur enlèverait tout pouvoir sur elles. Or ces deux points, lucidité sur soi-même, refus de manipulation du consultant, sont très précisément les points sur lesquels portent l’effort incessant des instituts de psychothérapie responsables et l’éthique des psychothérapeutes eux-mêmes, à travers ces deux fondamentaux que sont la formation expérientielle et la supervision. Le paradoxe est que, concernant ces dangers réels, il n’y a pas la moindre formation en milieu universitaire, puisque, à ma connaissance, il ne s’y pratique ni formation expérientielle ni supervision.

Ni-NI : ni formation expérientielle ni supervision

Le paradoxe est que, concernant ces dangers réels; il n’y a pas la moindre formation au milieu universitaire, puisque, à ma connaissance, il ne s’y pratique ni formation expérientielle ni supervision.

Un enseignement de la psychopathologie est justifié, et indispensable, mais ce ne peut être celui qui permet aux médecins de poser un diagnostic médical, ni celui qui permet aux psychiatres de prescrire. Le psychothérapeute doit se souvenir qu’il n’est pas médecin, qu’il n’a pas à l’être et qu’il ne le peut pas. Il doit se souvenir qu’il y a des médecins, ou un SAMU et ne pas hésiter à y recourir. La formation psychopathologique destinée aux psychothérapeutes doit montrer comment les mécanismes relationnels impliqués dans la souffrance de chaque personne fonctionnent dans le cadre psychothérapique. Elle montre comment ces processus aliènent la personne et comment on utilise leur puissance pour en dénouer les entraves. Elle fait apparaître les risques et les dangers inhérents à ce travail et comment le praticien doit prendre ses responsabilités avec la conscience claire de ses propres limites. Car être psychothérapeute, c’est aussi, et peut-être d’abord, travailler sur ses limites, sur la place que viennent prendre dans l’espace thérapeutique la peur, la panique, voire la terreur, sur le rôle qu’elles y jouent, pour éclairer les enjeux ou les obscurcir ou les occulter. C’est aussi, et surtout, comprendre comment la peur et le danger ont à voir avec la vie, voir ce qu’il y a d’alliée potentielle dans la peur et de réalité à affronter dans le danger.

Seuls des psychothérapeutes chevronnés peuvent assurer une telle formation.

Sortir de la position victimaire

Il est plus que temps pour les psychothérapeutes [relationnels] de sortir de la position victimaire qui leur fait adopter profil bas et les soumet à une recherche de respectabilité, dans une position toujours défensive. Ce qui n’a aucune raison d’être.

Ni sur le fond : l’existence de la psychothérapie, et la leur [la relationnelle] par voie de conséquence, sont liées à un mouvement profond de la société civile, que traduit une demande engendrant en retour une offre. Offre d’écoute ou d’attention ou de « soins »(15« ) psychothérapiques, qui se situe en dehors des offres règlementées et diplômées, car la demande est profondément originale et le besoin qu’elle traduit n’est pas près de changer.

Ni sur la forme, car peu importe le nom. Si les psychothérapeutes dûment réglementés n’y satisfont pas, les mieux placés [nous, les relationnels] pour y répondre le feront sous un autre nom. C’est aussi simple et aussi logique que cela. Il est inutile d’y perdre son énergie.

  • 1 Les guillemets pour indiquer que le DSM l’escamote littéralement sous le {trouble, le symptôme, et qu’on ne saurait non plus utiliser rigoureusement ce terme, sinon pour signifier que lesdites psychothérapies visent à effacer un symptôme préalablement saucissonné, mis en tranches à chaque nouvelle édition plus nombreuses de troubles médicamentables chacune.
  • 2 Mes ex collègues, j’en connais quelques uns qui font exception. L’ambiance scientiste prévaut en Sciences humaines, y est puissante et en écœure plus d’un/e. C’est vraiment dommage, nous avions le potentiel, passé la lame de fond et d’innovation 68 (bien entendu il fallut filtrer, mais nous étions au travail), l’université française n’a rien voulu en savoir. À charge pour la génération suivante de se rendre compte et de reprendre ce qui devra l’être, cependant que le travail d’avancement se sera effectué hors les murs, dans une sorte d’exo ghetto fertile. PHG
  • 3 Ouvrage par plus d’un point dans la ligne de la pensée et pratique de Henri Colomb, le grand psychiatre africaniste dont après sa mort Lucien Tenenbaum avait repris le service ) à l’hôpital Pasteur à Nice. Colomb soutenait que nous sommes reliés verticalement aux ancêtres et horizontalement à la communauté des vivants (à commencer par ceux de mon village, que je connais et dont je participe du système villageois — que se passe-t-il quand mon village se casse, ou quand j’ai dû, ou mes parents, me casser du village ?), pensée typiquement africaine, qui explique que la psychose réside dans une rupture du lien vertical, la névrose de l’horizontal. La question contemporaine en Occident, le renouvellement des formes psychopathologiques que nous connaissons relève de ce que nos organisations-limites {migratives se trouvent en double fêlure ou rupture de lien. Bref, la façon dont Lucien Tenenbaum aborde la dépression mérite le détour de l’acquisition de son livre. PHG
  • 4 « C’est là un objectif de santé publique car il existe des comportements déviants, parfois même pervers qui fragilisent des personnes déjà instables psychologiquement. Il s’agit de garantir, ici aussi, la qualité des soins » (intervention de Mme Bachelot, Ministre de la Santé, lors du vote sur la loi, au Sénat, séance du 05.06.2009)
  • 5 « Mais le fait est que certaines pratiques professionnelles déviantes constituent souvent une voie d’entrée [dans les sectes], on ne peut pas ne pas l’évoquer : je vous renvoie au récent rapport de la mission interministérielle de lutte contre les pratiques sectaires ». (idem)
  • 6 Ainsi se qualifient par autodérision les psychothérapeutes qui ne sont ni médecins ni psychologues. LT. Inexact, c’est un représentant des pouvoirs publics qui le premier utilisa cette dénomination, dans les locaux de l’Assemblée nationale. En fait cette expression est réversible, les futurs psychothérapeutes NN — pour Nouvelles normes à venir, ou pour « Ninis » au sens de notre avant-dernier sous-titre retournant le compliment, au terme de la loi ni formés expérientiellement ni bénéficiaires d’un processus personnel de psychothérapie ou psychanalyse, ni, troisième ni pour faire bonne mesure, ne se soumettant à une supervision constante. Cela en fait, des déninis. PHG.
  • 7 Selon l’acte d’accusation.
  • 8 Var-Matin, 01.07.09.
  • 9 Il a été condamné à 12 ans de réclusion et à l’interdiction définitive d’exercer. L’avocat général l’avait présenté comme un « violeur en série » et n’avait retenu la « vulnérabilité » que pour une personne. (les journaux, 06.07.2009)
  • 10 Knock, ou le triomphe de la médecine, Jules Romains, 1923, pièce de théâtre. LT. Immortalisé par Louis Jouvet. PHG
  • 11 Mme Bachelot, au Sénat le 05/06/09.
  • 12 Le Diagnostical and Statistical Manual of mental disorders, version IV, outil de référence des psychiatres français à la suite des recommandations de l’association des psychiatres américains.
  • 13 Ce qui explique d’ailleurs que les médecins et psychiatres souhaitant une formation en psychothérapie la cherchent en dehors de l’Université.
  • 14 Le phénomène est étudié dans mon livre La dépression, une épreuve moderne paru chez l’Harmattan, Paris, 2009.
  • 15 Nous offrons à ceux qui recourent à nous qu’ils commencent à prendre soin d’eux mêmes, à se soucier d’eux. Ce soin-souci n’a rien à voir avec le soin-traitement de la médecine, de sujet, le médecin, à objet, le malade, mieux, la maladie. La polysémie du terme soin doit être traitée, c’est le moment de le dire, avec le plus grand soin. PHG

Quand le Collectif désaliène

L’équipe d’ISADORA est heureuse de vous présenter ses meilleurs vœux pour vos engagements et vos pratiques durant l’année 2010.

Elle espère vivement avoir l’occasion de continuer à travailler avec vous dans les rencontres qu’elle organisera tout au long de cette année et dont elle vous communique déjà les grandes étapes.


Qui dira mieux que Joseph Mornet, après bientôt trente années d’expérience, la valeur toujours vive de l’héritage de la psychothérapie institutionnelle, sa valeur de ferment dans l’histoire de la psychanalyse et de la psychothérapie institutionnelle ? Maintenant sa recherche, son exigence et sa militance, car c’est aussi une, au plus haut niveau, il témoigne, au sein de l’institution dans laquelle il travaille, de la valeur irremplaçable de la pensée et pratique institutionnelle dans le secteur psychiatrique et psychothérapique quand il est centré sur le processus de subjectivation. Ça se fait rare mais ça existe encore, et ça se transmet.

Les psychothérapeutes relationnels œuvrant en cabinet se doivent d’aller apprendre auprès de ces découvreurs qui ont révolutionné la pratique psychiatrique et l’hôpital éponyme. Au moment où l’on nous propose la grande régression comportementaliste bourrée d’évaluation comme une voiture l’est d’électronique — mais voilà l’homme n’est pas une voiture, ni l’hôpital un camion blindé, il est capital d’aller s’inspirer de la réflexion sur le collectif comme pluriel de soin (pris aussi bien au sens de souci) articulé de façon intelligente et sensible.

Philippe Grauer


Les Soirées de Saint Martin — le vendredi à 21:00 

– Le 12 février : Persiste et signe avec Patrice CHARBIT

– Le 26 mars : Les années de pèlerinage de Franz LISTZ avec Philippe ANDRÉ

Les 9e Journées de printemps d’Isadora et de Saint Martin de Vignogoul

les 28 et 29 mai 2010 

Figures du collectif 

Le collectif, terme usé, abusé à tel point que l’on ne sait plus très bien à quoi son emploi renvoie.

Le collectif, c’est ce qui conjugue l’organisation d’ensemble et les vecteurs de singularité, la « praxis » de tous et celle de chacun.

C’est ce qui fait qu’une institution est un « tout » constitué d’hétérogénéité de lieux, de différences d’ambiances, de contextes variés.

C’est ce qui fait que dans la grande Histoire des lieux et des cultures, chacun puisse développer sa propre histoire.

En cela le collectif s’oppose aussi bien au collectif centralisateur et bureaucratique niant et abrasant toute singularité et créativité, qu’à l’individualisme anonyme et sériel des « egos grégaires » de nos sociétés libérales.

C’est pour cette raison que le collectif ne peut conjuguer ses propres figures qu’au pluriel.

Dans la psychothérapie institutionnelle, il est un signifiant central, celui autour duquel s’articule le travail sur l’aliénation sociale et le soin du psychotique.

Avec Franck CHAUMON, Patrice CHEMLA, Pierre DARDOT, Dany Robert DUFOUR, Heidor de MACEDO, Antoine MACHTO, Jean OURY, Jean François PASCUAL, Jean Louis PLACE, l’Université Critique de Psychiatrie

& l’équipe de SAINT MARTIN DE VIGNOGOUL.

Les journées commenceront, cette année, dès le vendredi après-midi autour des interventions de Dany Robert DUFOUR et de Pierre DARDOT.

Le fil rouge de la journée de samedi sera tenu par Heitor de MACEDO.

À bientôt !

Pour l’équipe d’Isadora,

Joseph Mornet

Bouleversements et compromis du soin psychique dans la clinique contemporaine

Pour le 6 Mars 2009

Bouleversements et compromis du soin psychique dans la clinique contemporaine

À la faculté de médecine, Grange Blanche, 8 avenue Rockefeller, 69008 LYON


Qui sont « les professionnels du soin psychique » ? les différents locataires du Carré psy. Dont nous, les psychothérapeutes relationnels. Ceux du Snppsy y seront, ainsi nous l’espérons que beaucoup d’autres. Nous avons l’habitude de parler de nous-mêmes comme de praticiens, il s’agit d’un synonyme libéral pour cliniciens. Héritiers lointains de Lagache, le médecin psychanalyste qui fonda la psychologie clinique, variété universitaire de la psychologie psychanalytique,

Ces choses-là sont rudes

Il faut pour les comprendre avoir fait ses études,

en psychologie … clinique bien entendu — à moins que ça ne soit en psychothérapie relationnelle multiréférentielle dans nos Écoles. Les psychologues généralement hospitaliers mais on en trouve en libéral — on vous avait prévenu que rien n’est simple dans le monde psy, se disent cliniciens pour exprimer en le dissimulant qu’ils font de la contrebande d’inspiration psychanalytique en institution (ou ailleurs en cabinet, les non informés ne comprennent pas tout d’un coup, pas d’affolement). Donc nous pratiquons différemment mais semblablement (reprise en couplet du dyptique de Hugo) et sommes « quelque part » solidaires du combat pour sauver la pratique humaniste psy telle que l’entendent nos collègues rassemblés dans Sauvons la clinique.

Que nos lyonnais y soient, qu’il soit visible que nous livrons ensemble, chacun dans son genre et identité professionnelle propres, un même combat d’essence humaniste contre le positivisme qui croit pouvoir calculer chaque être humain, ramener le sujet à son comportement saucissonné façon DSM, et le traiter en définitive en objet transparent médicalisable et étatisable à merci.

Philippe Grauer


Le mouvement Sauvons La Clinique Lyon propose d’organiser des rencontres régulières permettant aux professionnels du soin psychique de se réunir pour partager et penser les bouleversements et les évolutions de leurs pratiques de terrain, afin de dynamiser et de renforcer une conception et une pratique clinique soucieuse de l’humain. Nous resterons attentifs au fait que le plus de champs de pratiques puissent être représentés tout au long de ces journées.

Ainsi ces rencontres se dérouleront selon deux axes d’intervention : des conférences plénières d’une part et des ateliers thématiques d’autre part.

Les intervenants qui souhaitent participer aux ateliers peuvent dès maintenant répondre à l’appel à Communication en envoyant un résumé de 30 lignes maximum (voir document joint) à retourner par mail ou par courrier, avant le 4 Février 2010. L’ensemble des échanges lors des ateliers sera synthétisé et retransmis lors de la séance plénière, ainsi que par un compte rendu général à l’adresse des professionnels mobilisés par cette dynamique. Ces journées sont rigoureusement centrées sur les échanges, la réflexion et le débat.


Voir fichiers joints

– programme, bulletin d’inscription, appel à participation

– Participation aux frais 5 €

– Renvoi du bulletin d’inscription avant le 2 Mars 2010 (places limitées)

contact

Traité de Psychothérapie comparée. Sous la direction de Nicolas Duruz et Michèle Gennart Ed. Médecine et Hygiène, Genève 2002.

Traité de Psychothérapie comparée Sous la direction de Nicolas Duruz et Michèle Gennart Ed. Médecine et Hygiène, Genève 2002. Note de lecture de Claude R. JULIER.

Alors que dans tous les secteurs d’activité de nos sociétés modernes, le morcellement de la pensée et des pratiques pollue notre capacité à penser multiple, et que dans le domaine de la psychothérapie un vif débat est engagé pour sa reconnaissance et sa réglementation, ce traité de psycho-thérapie comparée me paraît tout à fait opportun, dans la mesure où il permet une réelle confrontation « sans rien ajouter, faire émerger un plus qualitatif de la confrontation des orientations psychothérapeutiques existantes ». Le pari me paraît réussi.
Il faut dire que N. Duruz n’en est pas à son premier essai. En 1994, il nous proposait déjà

1

une réflexion serrée sur deux questions :

* En quoi consiste une thérapie ? Peut-on dire autre chose que V. Raimy « la psychothérapie est une technique indéfinie, appliquée à des cas non spécifiques avec des résultats imprédictibles. Pour cette technique, un training rigoureux est requis ?»
* La convivialité est-elle possible entre les différentes orientations psychothérapeutiques ?

Dans l’ouvrage présenté ici, Duruz et Gennart ont demandé à 14 psychothérapeutes, de décrire la méthode thérapeutique qu’ils pratiquaient selon une grille

2

de traitement commune permettant une étude comparée.

* Les méthodes retenues :
* La psychanalyse selon Freud
* La psychologie analytique de Jung
* La psychologie individuelle d’après Adler
* Psychiatrie phénoménologique et Daseinanalyse
* L’analyse du destin selon Szondi
* La psychothérapie intégrative selon Baudouin
* De l’analyse bioénergétique aux thérapies psycho-corporelles analytiques
* La Gestalt-thérapie
* L’analyse transactionnelle
* La psychothérapie selon l’approche centrées sur la personne de Rogers
* L’approche cognitive et comportementale en psychothérapie
* La thérapie d’orientation systémique
* L’hypnose
* La programmation Neuro-Linguistique (P.N.L.)

Impossible de résumer ces présentations : toutes sont décrites avec clarté et sans langue de bois. Si la plupart sont bien connues, d’autres, tel l’analyse du destin de Szondi, la psychothérapie intégrative de Baudouin ou la Daseinanalyse méritent notre attention. Chacune, dans son originalité et sa spécificité nous renvoie à notre propre orientation pour découvrir divergence et convergences, emprunts et création, filiations et perspectives.
Le but de cet ouvrage ne se limite toute-fois pas à cette description comparative. Les commentaires de Nicolas Duruz au fil des présentations, comme la postface de François Roustang sont des repères pour nous aider à comparer.
Dans l’introduction, N. Duruz distingue quatre grands courants :

1. L’éclectisme : « choisir parmi plusieurs orientations de pensée ou de pratique, leur meilleurs éléments ». Il semblerait que 40 à 60% des psychothérapeutes américains et européens se reconnaissent dans cette orientation.
2. L’intégration : réagissant à l’insuffisance de l’éclectisme, chercher « à définir un modèle général de la psychothérapie ».
3. La pensée d’école : antithétique à l’éclectisme, ses partisans veulent s’en tenir à un seul modèle.
4. L’articulation épistémologique différentielle, voie privilégiée par N. Duruz et M. Gennart, que l’on pourrait résumer ainsi :

* chaque modèle est une construction basée sur un ensemble d’hypothèses ou de prémisses se validant elles-mêmes (Bateson). Le rôle des présupposés est donc capital dans cette construction comme dans son application
* « chaque méthode, en fonction de ses présupposés conceptualise et actualise pour le client et son thérapeute une manière d’expérimenter le dysfonctionnement psychique et sa transformation, une manière d’être en relation thérapeutique, une manière de faire partie de la société, etc. qui lui sont propres » (p. 7).
* Conséquence : « le réel dialogue entre psychothérapeutes repose selon nous sur le repérage de leurs présupposés compatibles et incompatibles, grâce auquel chacun est censé pouvoir situer sa méthode dans une articulation épistémologique à celles des autres » (p. 7).

Pour le lecteur qui se fatiguerait en cours de route, qu’il n’hésite pas à sauter tel ou tel chapitre, mais ATTENTION à ne pas rater la postface de François Roustang !
Et pourquoi donc ? Un petit extrait en avant-goût :
« Nous nous comportons en spectateur et nous ne voyons pas comment nous pourrions connaître quelque chose si nous n’en étions pas, non seulement distincts, mais séparés. Tout cela ne fait aucun doute. Il existe pourtant une autre manière d’appréhender les objets, les êtres et l’environnement… c’est l’appréhension du fond par rapport à la figure, du contexte par rapport à la phrase…. » (p. 407)
« La relation, celle qui transforme, n’est ni objective ni subjective. Comme elle est toujours les deux à la fois, elle n’est ni l’une ni l’autre. Elle est la mise en oeuvre de la singularité du patient. Mais comment s’opère cette apparition ? Encore une fois par la prise en compte de la totalité de la personne… » (p. 411).
« Elle (la théorie) ne pourra s’élaborer que dans la mesure où les thérapeutes auront le souci de dire les certitudes informulées qui président à leur travail… chaque thérapeute y reconnaîtra des évidences. Il verra qu’il ne s’agit ni de sa personnalité, ni de ses caractéristiques propres, mais des dimensions humaines qu’il incarne : l’attente qui est provocation, le non pouvoir qui est puissance, le vide de soi qui ouvre à la plénitude, la force de l’existence dépouillée, l’indifférence au succès ou à l’échec. Car c’est cela sans doute le fondement du non spécifique qui soigne. Il restera aux thérapeutes à confronter ces expériences personnelles le plus souvent méconnues et oubliées. Ainsi sera manifestée, non pas une théorie, mais la rigueur d’une intelligence de la pratique. C’était le but recherché par ce livre »(p. 413).
But atteint avec efficacité !
PS : lisez les chapitres sur la Gestalt, richement décrite, d’un côté par Alexis Burger et de l’autre par Serge Ginger : si la comparaison entre méthodes peut être instructive, ce qui se dit – au sein d’un même modèle – l’est tout autant.

Allaitement, protage et co-dodo.

Plus près de toi, mon bébé

Allaitement à la demande, portage et  » co-dodo  » : le maternage  » proximal  » fait des adeptes et provoque la controverse

Le Monde nous livre cet article, administrant des conseils de psychanalystes à la rubrique Psychologie, s’appuyant sur les travaux d’un chercheur psychologue, et nous psychothérapeutes relationnels relayons le message. On conçoit la complexité qui règne à la surface du Carré psy. La lecture de cet article nous renvoie certainement au spectacle de mères contemporaines (ou parfois de pères) portant leur bébé près du corps drapé dans une pièce de tissus, à l’africaine, et l’on songe que des continents entiers n’ont pas attendu les travaux et découvertes de Bowlby pour procéder de la sorte depuis la nuit des temps, nous fournissant matière à une réflexion sur l’anthropologie du portage des bébés.

Il est d’autant plus intéressant de noter comment évoluent les mentalités et habitudes. En effet l’organisation ritualo psychosociale des sociétés anciennes impose un sevrage sévère aaaaaaa

PSYCHOLOGIE

Herrade, 39 ans, traductrice, est adepte du maternage intensif. Maman d’un petit Volodia d’un an, elle continue à l’allaiter quand il le souhaite, bien qu’il soit passé à la nourriture diversifiée. Mère de deux autres enfants de 9 et 6 ans, elle prépare souvent le repas le soir avec Volodia plaqué contre son dos, dans une écharpe.

La nuit, le petit dort dans son lit de bébé installé dans la chambre des parents et parfois, s’il se réveille, il lui arrive de finir dans le lit parental,  » mais dans une turbulette, pas sous la couette « , précise Herrade. La sexualité du couple n’en est pas perturbée :  » On emmène le bébé, endormi, dans une autre pièce.  » L’aînée a dormi jusqu’à 2 ans dans la chambre de ses parents et la cadette jusqu’à 4 ans.  » La petite enfance, c’est le meilleur moment pour remplir le réservoir affectif des enfants, explique la jeune femme. Cela construit leur confiance et les rend beaucoup plus indépendants que les autres. « 

Géraldine, 35 ans, journaliste, donne encore une tétée, matin et soir, à Rose, un an. Grâce à un congé parental, elle n’a repris son travail que quand sa fille avait 6 mois.  » Elle vient réclamer, c’est un moment de câlins. Jamais je n’aurais pensé allaiter jusque-là « , avoue-t-elle. La petite a dormi jusqu’à 8 mois dans sa chambre, mais pas dans son lit.  » Ça me rassurait « , affirme Géraldine. Toute petite, Rose était portée en écharpe contre sa mère.  » Les trois quarts de mes amies ont du mal à comprendre ma démarche, regrette-t-elle. Elles ont peur que le développement de l’enfant en soit perturbé. « 

Tout en restant minoritaire, le maternage intensif ou  » proximal  » fait de plus en plus d’adeptes en France. La pratique a émergé outre-Atlantique, portée par le pédiatre américain William Sears, auteur de l’expression  » attachment parenting  » et s’est diffusée notamment par les canaux de l’association pour l’allaitement, la Leche League.

Ses fondements théoriques reposent sur la théorie de l’attachement élaborée par John Bowlby, un psychiatre et psychanalyste anglais mort en 1990. Pour lui, l’attachement est un des besoins primaires du jeune enfant, comme manger ou dormir. Ce n’est que lorsque ses besoins de proximité sont satisfaits qu’il peut s’éloigner de la figure qui le sécurise, pour explorer le monde.

Concrètement, le maternage proximal se traduit par un allaitement long et à la demande, le portage du bébé au plus près du corps grâce aux écharpes, et parfois le  » co-dodo « , qui consiste à dormir avec son enfant dans le lit ou à proximité, comme cela est pratiqué au Japon ou en Afrique.  » Contrairement à beaucoup de mammifères, les bébés ne sont pas prêts à être autonomes dès la naissance. L’enfant a besoin d’une figure d’attachement stable et attentive à ses besoins fondamentaux pour devenir un adulte bien dans sa peau « , explique Claude Didierjean-Jouveau, rédactrice en chef de la revue Allaiter de la Leche League France.

Depuis le début des années 2000, elle constate que le maternage se développe. La promotion de l’allaitement par le Plan national nutrition santé (PNNS), dès 2001, en est l’une des raisons. La multiplication des sites Internet, des forums d’échanges et des blogs sur ces questions participent à cet essor également porté par les valeurs écologistes.  » Je mange bio, je m’inscris dans une AMAP – Association pour le maintien d’une agriculture paysanne – , je materne mon bébé, c’est un ensemble de convictions qui traduisent l’envie de choses plus authentiques « , explique Géraldine.

Christine Coursaget, sage-femme, forme les professionnels de santé à l’accompagnement de l’allaitement maternel dans le cadre de l’association Co-naître.  » Plus les bébés sont près de leur mère, plus ils ont envie de téter, témoigne-t-elle. Il faut en revenir à une culture de proximité et se détacher de cette culture de séparation héritée des années 1950.  » Portés par leur mère, les bébés retrouvent les sensations intra-utérines qui les rassurent : battements du coeur, mouvements, écho de la voix, odeurs. Le co-dodo reste la mesure la plus controversée.  » Je n’ai rien contre mais je préconise d’être attentive à la sécurité de l’enfant « , poursuit la sage-femme. Les parents ne doivent pas être fumeurs, boire ou se droguer ni être trop fatigués. L’enfant ne doit pas être sous la couette, ne pas risquer de tomber, etc.

Pédopsychiatre, psychanalyste, Myriam Szejer émet elle aussi des réserves.  » Il faut savoir que dormir avec son bébé est réprouvé par les pédiatres à cause des risques d’étouffement, explique-t-elle. Par ailleurs, nous ne sommes pas dans une culture où cette pratique est inscrite dans les rituels. Il va être d’autant plus compliqué de repérer à quel moment on arrête. Le maternage intensif peut devenir problématique si le couple mère-enfant vient prendre la place du couple conjugal ou s’il vient réparer une anxiété maternelle intense. « 

Pour Sylvain Missonnier, psychanalyste et professeur de psychopathologie clinique de la périnatalité à l’université Paris-V-René-Descartes, on est passé d’un excès quasi phobique à l’égard de la fusion entre la mère et le bébé à un excès inverse avec éloge de l’allaitement long et du co-dodo militant.  » La vie humaine est ponctuée d’épreuves de séparation – naissance, sevrage, apprentissage de la propreté, etc. -, qui sont des étapes importantes pour préparer l’enfant à prendre son envol. Par un peau à peau obsessionnel, on risque de priver le petit humain d’un apprentissage fondamental, et c’est une illusion d’imaginer un processus d’éducation sans la mise à l’épreuve de ces séparations « , explique le professeur.

Martine Laronche

À lire :

 » Maman bio « , de Martine Laganier et Claude Didierjean-Jouveau (Eyrolles, 2008, 192 p., 12,90 ¤).  » Planète Maternage « , de Catherine Piraud-Rouet (Marabout, 2008, 348 p., 5,90 ¤).  » Si les bébés pouvaient parler « , de Myriam Szejer (Bayard, 2009, 187 p., 18,50 ¤).  » Devenir parent, naître humain « , de Sylvain Missonnier (PUF, 2009, 512 p., 38 ¤).

© Le Monde, 17 janvier 2010.

Élisabeth Roudinesco : Lacan, la parole

Bibliothèque nationale de France

Les samedis du savoir

Cycle consacré à la parole

Élisabeth Roudinesco nous fournit l’occasion de relire son Lacan repris en compilation dans l’édition sur papier bible en Pochothèque de ses deux ouvrages monumentaux (1« ). Fort de cette (re)lecture on suivra avec intérêt l’historienne retracer l’évolution d’une œuvre et d’un système qui ont marqué l’époque, pour à présent s’inscrire dans un tout autre contexte, à partir d’une base documentaire transcrite.

Philippe Grauer}


Élisabeth Roudinesco : Lacan, la parole

L’œuvre de Lacan est orale et pendant vingt-six ans, elle s’est énoncée
tout au long d’un fameux séminaire au cours duquel une voix, unique en son
genre, faisait fonction de repère clinique et théorique. Organisée comme une
cantate et mise en scène selon les règles d’un opéra baroque, la
parole de Lacan a fait vibrer plusieurs générations d’auditeurs. Et c’est
pourquoi quand elle s’est tue pour être remplacée par une gestuelle du corps
et par une écriture topologique, qui tentait de résoudre l’énigme de la
folie, l’enseignement de Lacan a pris une tournure tragique.

Site François Mitterrand, quai François Mauriac, 75013, hall
Est, petit auditorium.

SAMEDI 30 janvier 2010, 11:00 -12:00


  • 1 {Histoire de la psychanalyse en France, 1994, et Lacan, esquisse d’une vie, histoire d’un système de pensée, 1993, chez Fayard.

Les juifs en France, une présence oubliée

Des traces archéologiques depuis l’Antiquité


Chrétien de Troyes tout le monde connait. Rachi, aussi important que lui, le commentateur du Talmud et de la Bible universellement connu et apprécié dans le concert de la culture européenne de son époque, dont la clarté déjà si bien française illumine tout ce qu’il touche, en langue romane, qui en a entendu parler ? à l’heure où Élisabeth Roudinesco publie son Retour sur la question juive, il est bon que la mémoire collective en France ravive les couleurs de la présence juive dans le tissu de son histoire.

L’Europe n’est pas que chrétienne, elle est multiple, et tant l’nfluence musulmane sur notre poésie que la présence juive médiévale ont contribué de façon décisive au façonnage de sa civilisation. Il est temps de réviser nos fondamentaux et d’ajouter quelques planches à nos images d’Épinal. La mémoire de ce pauvre Saint Louis entre autres risque d’en souffrir quelque peu, mais les souffrances qu’il a infligées très chrétiennement et en toute sainteté à des populations entières pour cause d’altérité, repérées et reconnues, risquent d’autant mieux cicatricer des plaies dont notre « identité nationale » a si longtemps supporté le secret mortifère.

Philippe Grauer.


Des traces archéologiques depuis l’Antiquité

Nécropoles antiques, cimetières médiévaux, synagogues, bains rituels, écoles talmudiques, juiveries, carrières en Provence, calls en Catalogne : l’essor de l’archéologie préventive au cours des vingt dernières années a révélé une myriade de vestiges qui rappellent que des communautés juives vécurent en Europe de l’Antiquité jusqu’au Moyen Age.

Ces découvertes font émerger la réalité de communautés connues à travers la littérature rabbinique mais dont ne subsistait la trace que dans de rares monuments et dans des noms de lieux : on recense ainsi, dans des centaines de communes, des  » rues aux juifs « ,  » de la juiverie  » ou  » de la synagogue « , mais aussi des chemins, pas, prés, champs, herbages  » aux juifs  » ou  » aux juives « , remontant à l’époque médiévale. Sur notre territoire, ces communautés, qui purent compter jusqu’à 100 000 habitants à la fin du XIIIe siècle, ont presque toutes disparu à la fin du Moyen Age en raison des édits d’expulsion dont le premier – pris par Philippe Auguste en 1182 – inaugure la sinistre litanie des bannissements des juifs d’Europe occidentale.

Un jeu de rappels moyennant finances, et d’expulsions accompagnées de la spoliation des biens et des terres, se poursuivra avec les décrets pris par Philippe le Bel en 1306, Philippe V en 1322 et Charles VI en 1394. De Provence, les juifs ne seront chassés qu’en 1501, tandis qu’ils demeureront sous la protection des papes dans le Comtat Venaissin, et que des communautés de  » nouveaux chrétiens « , d’origine hispano-portugaise, renaîtront à Bayonne et à Bordeaux au XVIe siècle.

Ces découvertes  » contribuent à recomposer un passé plus complexe, échappant à la réécriture strictement chrétienne (…) des sociétés médiévales européennes « , comme le notent les archéologues Astrid Huser et Claude de Mecquenem. Et si l’expulsion de 1306 a pu faire l’objet d’une très discrète mention au titre de commémoration nationale en 2006, la présence juive dans la France médiévale est presque absente des synthèses historiques sur le Moyen Age. Du  » Petit Lavisse  » aux manuels scolaires des années 1980, le judaïsme médiéval n’appartient pas au  » roman national « , comme l’a montré l’historienne Suzanne Citron.

Et au-delà de l’historiographie scolaire, rares sont les ouvrages généraux sur l’histoire de France qui abordent ces persécutions en dehors des lapidaires chronologies de fin de volume. Il en va de même pour les synthèses d’histoire de l’art et les grandes expositions, qui font l’impasse sur les manuscrits juifs médiévaux français, admirables par l’originalité de la calligraphie et la singularité du rapport de l’image au texte.

Un corps étranger

Il en est également ainsi des sommes d’histoire culturelle qui ignorent, par exemple, le nom de Rachi, le maître champenois dont les commentaires monumentaux sur la Bible et le Talmud constituent, dès son vivant et jusqu’à aujourd’hui, l’accès le plus indispensable à la compréhension de ces textes. Sa méthode l’a conduit à insérer dans l’hébreu de ses commentaires des traductions en langue romane des termes rares ou difficiles à une époque où la langue des lettrés chrétiens reste le latin. Rachi rassemble ainsi un thésaurus de cinq mille mots qui constitue le premier témoignage de l’ancien français. Omettrait-on Bernard de Clairvaux et Pierre Abélard, ses (presque) contemporains, ou Chrétien de Troyes dans nos synthèses historiques ?

Dans un raisonnement circulaire qui prévaut encore aujourd’hui en dehors des études juives, les juifs du Moyen Age n’appartiennent pas à la communauté nationale et n’ont pas leur place dans l’histoire de France. Les représentations conventionnelles font d’eux un corps étranger, un Autre dont l’exclusion est un fait  » normal « , donc inexorable. L’absence de référence au judaïsme dans l’histoire médiévale entérine l’idée fausse que les juifs n’auraient pas existé en France avant la fin du XVIIIe siècle ou que leur contribution à la société médiévale serait dérisoire.

On peut s’étonner de l’amnésie durable qui frappe l’historiographie française. L’antijudaïsme chrétien dans la France médiévale serait-il d’une telle  » évidence  » qu’il ne mériterait pas d’être évoqué et que l’histoire contrastée, parfois catastrophique, des juifs sur notre territoire serait insignifiante ? Les exactions, massacres et expulsions ont eu raison des êtres. En 1242, le brûlement de monceaux de manuscrits du Talmud à Paris en place de Grève tenta d’en effacer l’esprit. Qui se souvient de Yéhiel de Paris qui avec ses pairs – Moïse de Coucy, Samuel dit Morel de Falaise et Juda Ben David de Melun – fut sommé à une disputation théologique par Louis IX (le  » bon roi  » Saint Louis), lequel ordonna la destruction par le feu du texte incriminé.

Les découvertes récentes signalent donc, comme par effraction, que les  » archives du sol  » recèlent les traces d’une histoire ignorée. La connaissance de la présence juive y gagne en profondeur : chaque site exhumé témoigne d’une terre où, au Moyen Age, les juifs ont vécu, produit, reçu, pensé, échangé mais aussi été persécutés et chassés. Il ne s’agit pas ici de stigmatiser les historiens, mais de montrer un déni collectif qui contribue à la persistance du fantasme d’une France historiquement chrétienne et homogène.

À l’instar des recherches archéologiques concernant le paléolithique, le néolithique ou l’Antiquité tardive, qui montrent que notre pays est le fruit de vagues de peuplement et d’acculturations successifs, chaque découverte de vestiges juifs vient réinscrire une réalité ancienne dans l’environnement d’aujourd’hui et, par là même, modifie nos représentations. L’archéologie provoque ainsi une forme de  » retour du refoulé  » et contribue à l’écriture d’une nouvelle histoire nationale.

Laurence Sigal, Directrice du Musée d’art et d’histoire du judaïsme à Paris

KlagsbaldPaul Salmona, Directeur du développement culturel à l’Institut national de recherches archéologiques préventives

© Le Monde, 17 janvier 2010.

James Cameron, encore un effort pour être darwinien !

17 janvier 2010

L’évolutionnisme mal dégrossi du film Avatar reflète notre imaginaire

L’auteur de Titanic nous présente un film admirablement bien fait, avec des paysages foudroyants de beauté, et une histoire où les exo-indiens vivant en harmonie avec leur écosystème l’emportent à la fin sur les terriens mondialisateurs à l’occidentale qui croient qu’on peut s’emparer de ce qu’on désire du seul fait de le vouloir, au mépris de toute civilisation niée avec la tranquille férocité du prédateur colonial. Un exo anti-western.

L’imaginaire biologique nous montre une planète relativement voisine ressemblant de façon saisissante à la nôtre et Thomas Heams nous pointe que la biodiversité réelle risque de nous surprendre infiniment davantage que le calque du modèle terrien à base cellulaire qui sert de canevas au superbe film de James Cameron.

Il fallait y penser et c’est pourquoi cette réflexion sur Darwin, dont on sait l’importance dans la pensée psy à partir de celle de Freud, et l’imposture de l’Intelligent Design, dont nous avons ici-même exposé l’analyse critique, nous a paru pertinente sur nos écrans. Dans tous les cas, faites-vous plaisir, si ce n’est déjà fait allez voir ce film en 3D qui préfigure peut-être à cause de l’avancée techonologique une nouvelle phase de l’histoire du cinéma, dont de toute façon certaines séquences demeureront des références inoubliables.

Philippe Grauer


La première hypothèse sur laquelle se fonde Avatar, le film de James Cameron, c’est qu’il existe une vie extraterrestre très près de la nôtre. Elle s’invite dans un des débats les plus vifs aux frontières de la biologie et de la cosmologie, qui est justement la question des origines du vivant : ce qui s’est passé sur Terre il y a 3,8 milliards d’années était-il un processus inexorable compte tenu des éléments disponibles et des conditions de l’époque, ou bien est-ce une splendide exception ? Pour y répondre, les chercheurs de vie extraterrestre, les exobiologistes, scrutent nos plus proches voisines, notamment Mars.

Ils espèrent y trouver, en vain à ce jour, une activité biologique ou des traces fossiles, au prix d’une frustration fondamentale : en trouver serait certes l’indice fort d’une vie inéluctable, mais échouer nous laisserait tout entiers à notre doute, faute de réelles planètes candidates explorables à proximité. Cameron tranche le débat de manière spectaculaire : en dehors du système solaire, c’est dès le  » prochain arrêt  » dans l’Univers, dès le système stellaire le plus proche du nôtre, celui d’Alpha du Centaure, (à 4,4 milliards d’années-lumière tout de même !) qu’il situe la luxuriante lune Pandora, plaidant ainsi fortement en faveur de la vie comme conséquence inéluctable de l’évolution cosmique.

Mais la proximité ne s’arrête pas là : ce qui frappe immédiatement l’évolutionniste, c’est la remarquable similitude entre la structure des biosphères terrienne et pandorienne, soit une vie composée de végétaux chlorophylliens et d’animaux dont certains sont des mammifères. Or en théorie, strictement rien ne garantit qu’une vie extraterrestre aurait cet aspect, ni d’ailleurs qu’elle aurait la forme d’une vie cellulaire, unité fondamentale chez nous, de la bactérie au séquoia, et signe de leur ascendance commune ; aucune certitude même qu’elle serait à base d’ADN, hypothèse indispensable pour que l’on puisse combiner celui du héros Jake Sully à celui d’un Na’vi (habitant de Pandora). Là encore, les choix de Cameron laissent penser que toutes ces formes et structures seraient inéluctables, et implacablement reproduites partout où la vie apparaîtrait.

Conséquence implicite, et dégât collatéral : le mécanisme de sélection naturelle, c’est-à-dire le jeu local et aveugle du hasard et de la sélection proposée par Charles Darwin il y a cent cinquante ans, et qui reste à ce jour d’une formidable puissance pour expliquer l’ensemble de l’évolution du vivant, prend un coup dans l’aile. Car si des structures semblables apparaissaient indépendamment sur des planètes distantes, cela signifierait que nous aurions attribué trop d’importance au hasard sur Terre. Il faudrait se résoudre d’urgence à envisager d’autres mécanismes pour expliquer ces tendances partagées, telles que le passage à l’état multicellulaire, la distinction entre végétaux et animaux, sans parler de l’évolution de certaines formes vivantes vers une forme de culture et de civilisation.

Même si rien n’interdirait d’imaginer des explications rationnelles à cela, cette perspective ouvre néanmoins les portes à toutes les ambiguïtés dont les biologistes se sont progressivement et salutairement éloignés grâce à Darwin et ses continuateurs, notamment celles qui voudraient que des forces obscures, pourquoi pas divines, interviennent à des moments-clés de l’évolution pour lui donner une direction.

Cela fait-il de James Cameron un anti-évolutionniste ? Non, bien sûr. L’idée d’une origine commune aux espèces est sous-jacente dans le fait que l’ensemble des gros animaux (vipperwolfe, hammeread, thanator et autres hyppoferox) sont hexapodes (six pattes) – là où leurs  » équivalents  » sur Terre sont tétrapodes, timide concession à l’idée que  » les  » évolutions biologiques interplanétaires ne seraient pas condamnées à se ressembler.

Et cette hexapodie partagée sur Pandora, elle, s’explique bien dans la vision darwinienne classique de descendance avec modification : en effet, l’explication la plus simple consiste à supposer un ancêtre commun à toutes ces espèces, hexapode lui aussi, par rapport auquel elles auraient évolué. Par ailleurs, les Na’vi, héros anthropomorphes du film, semblent avoir évolué à partir de singes arboricoles à six pattes qui pourraient ressembler à d’autres animaux présents dans le bestiaire pandorien, les prolemuris. On constate d’ailleurs aussi cette perte chez les banshees, sorte d’oiseaux et donc très différents des Na’vi : cela peut aussi s’expliquer avec les outils de l’évolutionnisme moderne, notamment par le phénomène de convergence, qui veut que parfois des caractéristiques similaires apparaissent (ou disparaissent) dans des groupes éloignés, pouvant aller jusqu’à donner l’illusion d’une parenté évolutive.

Ainsi donc, Cameron est évolutionniste mais pas tout à fait darwinien au sens moderne du terme. Poussée à l’extrême, dévoyée, cette position peut conduire à toutes les dérives comme l' » Intelligent Design  » (dessein intelligent), faux nez faussement scientifique et vraiment pervers du créationnisme, une déclinaison allégée, puisqu’il fait mine d’accepter l’évolution mais convoque des forces  » intelligentes  » pour expliquer les grandes transitions. Mais ne faisons pas ici de mauvais procès au cinéaste. Cameron est loin d’être le premier auteur de science-fiction à recréer des écosystèmes lointains troublants de ressemblances. Il a par ailleurs tous les droits du créateur ayant imaginé un monde ni trop éloigné du nôtre ni trop familier, pour nous permettre à la fois la fascination de l’étrange et l’empathie de la proximité.

En outre, même les évolutionnistes les plus célèbres, au cours du long travail de maturation qu’a été la synthèse néodarwinienne au cours du XXe siècle, ont parsemé leurs écrits de considérations similaires. Sans faire appel au surnaturel, ils ont très souvent cédé à l’idée d’une directionalité dans l’histoire de la vie.

Un des aspects les plus fascinants de l’histoire de la pensée évolutionniste, en cette année où nous célébrons Charles Darwin, est justement le chemin patient vers le rejet résolu de cette vision. Les progrès en biologie moléculaire ont permis cette mue progressive. Ils nous disent entre autres que tous les caractères transmis ne le sont pas forcément par pure adaptation, et qu’une histoire de la vie doit prendre en compte des phénomènes imprévisibles et contingents, comme la chute d’une météorite bouleversant n’importe quelle biosphère, faisant litière du déterminisme.

Les mammifères, et donc bien plus tard notre espèce, ne se seraient vraisemblablement pas développés et répandus avec autant d’efficacité si les dinosaures n’avaient pas quasiment disparu pour des raisons de cet ordre et qui n’ont que très peu à voir avec ce qu’ils avaient dans leurs gènes. Et d’ailleurs, si ces grandes tendances devaient se reproduire sur chaque planète habitable, où sont les dinosaures sur Pandora ?

En somme, Cameron nous propose un évolutionnisme mal dégrossi, qui ressemble à l’idée que s’en fait le grand public. Ce dernier accepte assez largement l’évolution, mais renâcle souvent devant son côté aveugle. Parmi d’autres, l’idée que l’espèce humaine n’est ni plus ni moins le produit du hasard et de la sélection que toutes les autres formes vivantes en choque encore beaucoup. C’est pourtant le cas, et il faut encore bien souvent convaincre qu’Homo sapiens n’est ni le but, ni le sommet, ni la perfection, ni la fin de l’évolution.

En nous faisant voyager loin, dans cette Pandora qui n’existe pas et qui s’apprête pourtant à entrer dans nos vies, Avatar nous parle aussi de nous, de nos vertiges face à notre position minuscule dans l’Univers, et des constructions imaginaires que nous échafaudons pour nous en accommoder. En ce sens, il incite à d’autres explorations, en nous-mêmes. D’autres beaux voyages.

Thomas Heams

Maître de conférences en génomique à AgroParisTech, codirecteur des Mondes darwiniens, l’évolution de l’évolution, Syllepse, 2009.

© Le Monde — 17 janvier 2010