MARSEILLE : FOLIES ET MEDIAS

Marseille : folie & médias

par le dr. Dolores Lina Torres
Psychiatre, Chef de secteur à C.H. Edouard-Toulouse, présidente d’ARPSYDEMIO.


Où est la dangerosité ? Qui sont les victimes ?

Depuis des siècles, la Folie, les différentes formes de folie font peur. Opposées à la raison, leur démesure inquiète et suscite incompréhension et rejet.

Les pathologies mentales, dans les représentations du public, se confondent avec la violence et l’agressivité : {« Il faut être fou pour avoir fait cela … »

Les médias s’emparent de tous les évènements dramatiques qui tiennent en haleine le public. Mais s’agit-il de donner une information objective, d’effectuer un véritable travail d’éducation du public ou plutôt de produire du sensationnel à partir de faits divers tragiques, où le destin de familles entières bascule ?

Les questions autour de la folie et de la maladie mentale sont traitées comme des faits divers et non comme des évènements inscrits dans des champs pluriels, scientifiques, nécessitant du recul et un travail d’analyse. Cette absence de recul, cette manière de traiter de façon lapidaire des faits complexes renforcent les peurs séculaires de chacun. Ainsi, les professionnels, les familles, les usagers qui depuis des années tentent de donner de l’information et réalisent un véritable travail pédagogique, voient leurs efforts réduits à néant dès qu’un fait divers tragique défraie la chronique. La stigmatisation s’amplifie chaque fois un peu plus. Cette violence faite à l’autre en raison de sa différence n’est pas la seule conséquence de cette spirale infernale.

Les évènements tragiques survenus à Pau, à Grenoble et récemment à Marseille ont eu un impact direct sur la prise de décision sécuritaire, alors que l’ensemble des professionnels de la psychiatrie demande depuis des années une évaluation de la loi du 27 juin 1990. Cette évaluation doit s’effectuer dans un climat apaisé et non dicté par des drames peu propices à la réflexion. La figure du Bouc émissaire, chère à René GIRARD, montre combien il est facile d’éluder les vrais problèmes et se contenter de désigner un responsable.

Au cours de cette SISM nous vous proposons de démonter ces différents mécanismes afin de mieux appréhender les faits de violence liés aux troubles mentaux. Il ne faut pas en nier l’existence, mais il convient aussi d’analyser où se situe la violence. Peut-être n’est-elle pas là où on l’attend ? Qui sont les victimes ? Quelles sont les conséquences de la sur médiatisation de la violence liée aux troubles mentaux ? Quelle transformation des conditions de soins des personnes souffrant de trouble psychiques entraîne-elles ?

Nous proposerons à des acteurs de terrain de venir présenter leur travail destiné à prévenir ces phénomènes en cascade aboutissant à des situations de violence qui renforcent les représentations négatives. Nous avons aussi souhaité associer à notre réflexion des journalistes qui ont conscience des effets délétères de cette stigmatisation. Ils seront à nos côtés pour analyser, commenter, discuter l’ensemble des communications. Nous les en remercions, car nous pensons que seuls la communication et le dialogue peuvent renverser cette machine infernale. Tous, élus, sociologues, psychiatres, magistrats, psychologues, soignants, usagers et familles seront présents pour réfléchir, dialoguer et construire autour de cette thématique complexe.

En effet, à l’heure où les orientations sécuritaires remettent en question les principes fondamentaux des libertés des usagers, nous proposons plutôt un travail de réflexion. Nous souhaitons être force de proposition et montrer qu’une organisation différente des soins en psychiatrie peut réduire et limiter la violence, faciliter l’insertion et redonner aux usagers leur véritable citoyenneté.


Mis en ligne le 10 mars 2010 remis en forme le 3 mai 2013.

DSM 5 en vue : mais jouir de la vie n’est pas une pathologie !

Elisabeth Roudinesco

Entretien avec Marie Claude Martin pour le quotidien suisse le Matin dimanche, 28 février 2010, <http://www.lesquotidiennes.ch>, à propos de la cinquième version du DSM, en préparation pour 2013 et qui suscite de nombreuses controverses.

Jouir de la vie n’est pas une pathologie

Historienne et psychanalyste, Élisabeth Roudinesco combat depuis longtemps l’idéologie du DSM, cette «bible» qui aspire à faire de la psychiatrie une branche de l’hygiène publique. Elle ne mâche pas ses mots à l’égard de ce modèle cognitivo-comportemental qui nie l’inconscient :

«Instrument de la norme sociale, le DSM tend non seulement à remplacer la religion mais aussi, par une sorte de novlangue sensée résoudre les problèmes sans discussion, à se substituer à l’exercice de la politique fondée sur le conflit, la contradiction et la dialectique. D’ailleurs, il n’y a même plus de langage dans ce manuel du docteur Diafoirus où l’homme est réduit réduit à des initiales et à un chiffre. C’est une sorte de dictature molle, mondialisée et horizontale, un petit fascisme qui prétend gouverner la vie quotidienne au nom de la lutte contre de vrais fléaux : un verre de vin est associé à l’alcoolisme, la gastronomie à une dépendance alimentaire, mais jouir de la vie n’est pas une pathologie. L’humain est fait de passions, d’excès et de raison mêlés. Les supprimer, c’est supprimer la vie.»

Dislocation de l’universel dans le particulier

Élisabeth Roudinesco va plus loin :

«La psychiatrie telle que la reformule le DSM considère l’humain comme une somme de particularismes. C’est la dislocation de l’universel dans le particulier, la porte ouverte à tous les communautarismes.» Et le plus insensé, relève l’historienne, c’est que «tout ce projet s’élabore dans un pays, les États-Unis, où Obama se fait traiter de nazi quand il souhaite une sécurité sociale pour tout le monde.»

Le DSM fabrique des excès qu’il va ensuite dénoncer en les nommant

La psychanalyste met aussi en avant l’absence de sérieux de cette entreprise qui «fait entrer et sortir des pathologies au gré des groupes de pression.» Elle craint une crise de confiance massive, un peu comme celle que la France vient de connaître avec la mauvaise gestion de sa campagne de vaccination contre la grippe A où certains ont pensé qu’on inventait une maladie pour écouler les vaccins. Les conséquences de cette médicalisation à outrance, c’est le retour de l’obscurantisme. «À force de faire passer pour scientifique ce qui ne l’est pas, les gens risquent de se détourner de la vraie science pour se jeter dans les bras de l’irrationnel, celle qui prétend guérir le cancer avec des fraises» 

Enfin, elle relève le caractère délirant de ce manuel inflationniste «qui fabrique des excès qu’il va ensuite dénoncer en les nommant.»

À part cela une réédition

Une réédition du livre d’Élisabeth Roudinesco, Théroigne de Méricourt, une femme mélancolique sous la Révolution, paraît le 4 mars chez Albin Michel, avec une préface d’Élisabeth Badinter et une postface inédite de l’auteur.

La vie sexuelle d’Anna G.

Élisabeth Roudinesco

Anna G.. Mon analyse avec le professeur Freud. Ouvrage édité sous la direction d’Anna Koellreuteur Wie benimmt sich der Prof.Freud ? Freud eigentlich, traduit de l’allemand par Jean-Claude Capèle, Aubier, 351p, 23 euros.


Comment se comporte-t-il au juste ce prof. Freud ?

Il y a toujours eu dans l’histoire des médecines de l’âme plusieurs manières d’exposer les cas cliniques. Tantôt c’est le thérapeute qui reconstruit une fiction vraie afin de d’éprouver la validité de ses thèses, tout en conservant l’anonymat du patient, tantôt c’est le patient qui rédige son journal de cure : on a alors affaire a un témoignage écrit qui exprime une toute autre vision du déroulement de l’expérience.  

Depuis des décennies, les historiens de la psychanalyse ont, de leur côté, révisé et réécrit l’histoire des patients anonymes en dévoilant leur véritable identité. Et ils se sont aperçu que, bien souvent, cette histoire était très différente de la fiction reconstruite par le thérapeute. Dans ce type de recherche, l’historien donne la parole à un patient sans écriture après avoir retrouvé sa trace dans des archives.

S’agissant de Freud, tous les grands cas originels ont été identifies, commentés et réinterprétés par les historiens. Et l’on sait désormais que les reconstructions du maître viennois – Dora, l’Homme aux loups, le petit Hans, notamment – ne rendent pas forcément compte de la destinée ultérieure des patients traités. Mais pour autant, elles ne sont ni des falsifications ni des affabulations.

C’est à Anna Koellreuter que l’on doit la découverte d’un récit d’Anna Guggenbühl (1896-1982), sa grand-mère, dans lequel se trouvent tout à la fois le commentaire de celle-ci sur sa cure et un verbatim des  interventions de Freud. A l’âge de 27 ans, le 1er avril 1921, cette jeune psychiatre, formée dans le sérail de la célèbre clinique du Burghölzli, à Zurich, se rend à Vienne pour suivre une analyse avec le célèbre professeur, laquelle s’achèvera le 14 juillet.

Fiancée depuis des années avec Richard, un camarade d’études, et ayant eu de nombreuses aventures amoureuses, Anna avait des doutes sur son envie de l’épouser. Son désir s’émoussait, alors même que le mariage était déjà programmé, dans ses moindres détails, par sa famille. Décidée à comprendre les raisons inconscientes de son hésitation, elle quitte ses parents et son travail d’autant plus librement qu’elle souhaite rencontrer celui qu’elle considère comme la plus grande oreille de son époque.

Elle ne sera pas déçue! En virtuose de l’interprétation foudroyante, Freud, après l’avoir  écouté, lui explique qu’à l’”étage supérieur” de sa vie se déploie son conflit avec son fiancée. Pour en comprendre la signification, ajoute-t-il, il faut explorer l’”étage intermédiaire”, qui la renvoie à sa relation névrotique avec son frère, puis l’”étage inférieur” – totalement inconscient – qui concerne sa relation avec ses parents. En d’autres termes, il lui explique qu’elle était amoureuse de son père, qu’elle souhaitait la mort de sa mère et que c’est son attachement à son frère, substitut de son père, qui expliquait sa valse hésitation permanente : “Vos amants sont des substituts de vos frères et c’est pourquoi ils ont tous le même âge alors qu’ils sont moins mûrs.”

Comme toujours, Freud se passionne pour son concept de complexe d’Oedipe. Soucieux aussi de l’avenir de sa patiente, il ne peut s’empêcher de lui donner des conseils d’abstinence qu’elle ne suit guère. Au fil des associations libres – où l’on découvre de fantastiques histoires de masturbation, de chats, de borgnes, de gardeurs d’oies et d’airs d’opéra, etc… -, elle décide d’annuler son mariage, de partir pour Paris et d’épouser Arnold, fameux sculpteur de Brienz (Canton de Berne), qui lui a fait savoir combien il l’aimait. Ils fonderont une famille et resteront unis une vie entière.

La cure s’achève sans que soit explicitée ni le pourquoi ni la raison de cette décision. Cependant, on saisit qu’elle se produit au moment où Freud affirme à Anna qu’elle est sous l’emprise d’un défi lancé à ses parents. Et l’on peut supposer que c’est la levée de ce désir refoulé d’emprise qui la conduit à rompre ses fiançailles et à désobéïr enfin à son père. Celui-ci la poussait à ne pas quitter son fiancé et lui avait demandé un jour : “Comment se comporte-t-il au juste ce professeur Freud? Quand rentres-tu et qu’as-tu decidé concernant R ? Voilà ce que te demande ton papa en t’adressant ses pensées affectueuses.”  

Les meilleurs spécialistes du freudisme germanophone et anglophone ont été convoqués pour commenter chaque mot de ce journal magnifiquement traduit en français par Jean-Claude Capèle : Ernst Falzeder, Karl Fallend, Thomas Aichhorn, John Forrester, Pierre Passett, Juliet Mitchell, André Haynal, Ulrike May, August Ruhs. Chacun d’eux livre une interprétation personnelle du cas, ajoutant au corpus initial une vaste narration post-freudienne, kleinienne, lacanienne ou simplement historiographique. Une passionnante anthologie qui contribue à enrichir les annales de l’histoire de la psychanalyse.

On regrettera que l’éditeur français ait trouvé bon de substituer un titre banal (Mon analyse avec…) à celui de l’édition allemande, qui reprenait le fragment de la lettre adressée à Anna par son père ( Comment se comporte-t-il au juste ce prof. Freud ? ). Notons aussi que le patronyme de l’auteure a été supprimé, que plusieurs contributions ont été enlevées sans être résumées dans la presentation. La bibliographie est défaillante : certains titres devraient être mentionnés en français et d’autres en  anglais. Enfin, il manque à l’ouvrage des notices biographiques concernant les contributeurs, peu connus du public français. Dommage car le document est bel et bien fascinant.


Anna G. extraits des interventions de Freud

p. 50 : “La dernière fois, nous avons vu que vous vous ennuyez, que vous souhaiteriez aimer quelqu’un. Il y a deux voies possibles dans l’analyse : certaines personnes doivent tout faire; les autres, ceux chez qui il y a assez de materiel psychique, affrontent tout dans le psychisme. Si c’est possible, laissez tomber les aventures. Souffrez, supportez la privation, de sorte que tout apparaisse d’autant plus clairement pendant la séance.”

p. 53 : “Il y a tout d’abord la disponibilité intellectuelle, on accepte les preuves de l’inconscient et c’est après seulement qu’on l’admet aussi sur le plan émotionnel, et enfin, en conclusion, viennent s’ajouter encore des souvenirs directs.

L’amour pour votre frère – un amour bien conscient, lui – n’est pas la strate la plus profonde, et c’est pourquoi la conscience de son existence ne sert à rien, vous ne pouvez pas vous en libérer, car il est conditionné à un niveau plus profond.”

P. 60 : “La crainte que vous deviez par la suite contracter un autre marriage, encore plus bête, parce que vous n’en pouvez plus est totalement absurde, car c’est précisément le but de la cure que de vous apprendre à maîtriser cette pulsion et donc que vous puissiez vous marier librement et non par peur de la pulsion. Cette objection rappelle l’histoire du gardeur d’oies et du gardien de chevaux qui s’imaginaient ce qu’ils feraient s’ils gagnaient le gros lot. Le gardien de cheveaux a décrit le palais dans lequel il vivrait alors (…) Le gardeur d’oies a dit qu’il garderait toujours ses oies assis sur le dos d’un cheval.”

Le Monde des livres du 25 février 2010

Pour l’amour de Freud

Hilda Doolittle, Pour l’amour de Freud. Préface de Élisabeth Roudinesco

[Document : Pour l’amour de Freud]

En 1933, poussée par une crise personnelle autant que par les événements historiques, Hilda Doolittle se rend à Vienne pour consulter Freud. Le récit de cette analyse s’appellera Pour l’amour de Freud. L’auteure y explore, au-delà de son histoire familiale et de ses relations amoureuses, son propre processus de création. Une correspondance entre Freud et H.D. permet en outre de plonger au cœur de la relation singulière, d’affection et d’admiration réciproques, que continuèrent d’entretenir le maître de l’inconscient et la poétesse.

Les éditions Des femmes-Antoinette Fouque rééditent aujourd’hui cette œuvre dans une nouvelle traduction de Nicole Casanova, augmentée d’un extrait de la correspondance entre Hilda Doolitle et Bryher, sa compagne, publiée pour la première fois en France.

Hilda Doolittle (1886-1961), romancière et essayiste américaine, plus connue sous les célèbres initiales H.D., fut une éminente praticienne du modernisme, tout en demeurant toujours au-delà des courants dont elle a pu être proche, créant une œuvre absolument originale. Des femmes ont publié son œuvre romanesque et autobiographique, { Hermione (1986), Dis-moi de vivre (1987) et Le Don (1988).}


Traduit de l’anglais par Nicole Casanova
et par Edith Ochs pour la correspondance entre H.D. et Bryher.

La paix soit avec nous tous

Un membre d’Artex nous diligente cette chronique. Nous n’entretenons aucune espèce de lien avec les religions, mais trouvons plutôt sympathique l’idée qu’elles cherchent davantage à unir leurs efforts pour l’humanisation de l’humanité qu’à travailler à jeter des hommes plus ou moins enrobés d’explosifs les uns contre les autres.

La psychothérapie relationnelle applaudit à tout ce qui contribue à désamorcer le fanatisme. C’en pourquoi nous souhaitons ici la bienvenue à cette idée d’œcuménisme pour le dialogue et la paix.

Philippe Grauer


Ce mois-ci paraît la traduction française du deuxième tome des Mémoires du théologien Hans Küng. Cet ouvrage couvre une période cruciale dans l’histoire de l’Église catholique, celle qui va de la fin du Concile Vatican II au début du pontificat de Jean-Paul II. Il représente un témoignage de premier plan sur l’histoire de l’Église post-conciliaire, et permet, entre autre, de comparer le parcours de son auteur avec celui de Joseph Ratzinger, le pape actuel. Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire Témoignage Chrétien, il déclare ceci : « Je suis un témoin privilégié de l’histoire de la théologie catholique et œcuménique du XXe siècle. J’ai participé à beaucoup de choses, au dernier concile, bien sûr, mais pas seulement. Par exemple, la mise en parallèle de ma carrière avec celle de Joseph Ratzinger, qui est de la même génération que moi et qui a été mon collègue à l’université de Tübingen, est sans aucun doute instructive pour qui cherche à comprendre l’évolution récente de l’Église catholique » (2)

Ses positions critiques, notamment sur le dogme de l’infaillibilité, conduisent les autorités romaines à lui retirer sa mission canonique d’enseignement en 1979. L’université d’Etat de Tübingen crée alors une nouvelle chaire de théologie œcuménique pour lui permettre de continuer à enseigner. Malgré ce conflit, Hans Küng a toujours refusé de s’enfermer dans l’image médiatique du théologien contestataire pourfendeur du Vatican : « Je n’ai rien d’un contestataire, écrit-il, et je n’ai jamais cherché la confrontation. Ce n’est pas dans mon tempérament. (…) À l’époque du pape Jean XXIII, je faisais partie d’un mouvement de renouveau théologique qui incarnait les aspirations d’une majorité des théologiens et des responsables d’Église, y compris Joseph Ratzinger. Je me suis contenté de poursuivre ma vie et mes travaux de manière conséquente avec ces aspirations. (…) Je ne suis quant à moi qu’un théologien catholique ordinaire qui a fait son boulot, en dépit d’un appareil romain objectivement réactionnaire dans son fonctionnement. Je n’apparais comme contestataire aux yeux de cet appareil que parce que je n’ai jamais voulu écrire ou dire quelque chose que je ne croyais pas » (3).

Mais l’œuvre de Hans Küng ne se limite pas à la nostalgie d’un ancien combattant de Vatican II. Cet homme croit que l’Esprit est à l’œuvre à travers l’humanité. C’est pourquoi, en 1990, il lance un Projet d’éthique planétaire pour inviter les religions à donner l’exemple d’une paix mondiale.: « Comme théologien œcuménique, bien qu’enraciné dans ma propre Église, je me sens responsable à l’égard de toutes les Églises et toutes les religions – responsable d’unité des Églises et de la paix entre les religions. (…)

Le temps est mûr pour un appel pressant : aujourd’hui, une responsabilité toute particulière incombe aux religions du monde quant à la paix du globe. Et la crédibilité de toutes les religions, y compris les plus minoritaires, dépendra de ce qu’à l’avenir elles mettront l’accent plus sur ce qui les unit que sur ce qui les sépare. L’humanité pourra en effet de moins en moins accepter de laisser les religions attiser les guerres au lieu de bâtir la paix, sombrer dans le fanatisme au lieu d’œuvrer à la réconciliation, se prévaloir de leur supériorité au lieu d’ouvrir le dialogue » (4).
On ne saurait trop souligner l’urgence et l’importance d’un tel projet.


(1) Hans KÜNG. Une vérité contestée. Mémoires II 1968-1980. Éditions du Cerf 2010

(2) Hans KÜNG. Une autre mémoire de l’Église. Entretien avec Jérôme Anciberro. Témoignage Chrétien, 11 février 2010, pages 19-24

(3) Id. Page 20

(4) Hans KÜNG. Projet d’éthique planétaire. La paix mondiale par la paix entre les religions. Éditions du Seuil 1991, page11

La psychopathologie comme fait de civilisation ?

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ INTERNATIONALE D’HISTOIRE 

DE LA PSYCHIATRIE ET DE LA PSYCHANALYSE — SIHPP

Bonsoir chers amis.
On vient de me transmettre un annonce, arrivée immédiatement après l’expédition du dernier Bulletin.
La voici.

Bien à vous.
HR


Université Paris Diderot

MERCREDI 17 FEVRIER 2010 

18:00 – 20:00

LA PSYCHOPATHOLOGIE COMME FAIT DE CIVILISATION ?

Rencontre autour de :

Roland GORI  

Professeur des Universités Aix-Marseille, psychanalyste

Invitant : Fethi Benslama

Directeur UFR SHC,  Professeur à l’Université Paris Diderot, psychanalyste

La Halle aux farines
AMPHI 2A  2ème étage  Entrée A
10 – 16 rue Françoise Dolto /  9-15 esplanade Pierre Vidal-Naquet
75013  Paris

Metro ligne 14  –  RER  C : Bibliothèque F. Mitterrand

Monsieur Lanzmann n’est pas le Surmoi de la Shoah

Chères Mesdames et Chers Messieurs,

J’admire profondément Monsieur Claude Lanzmann pour son film sur la Shoah. Je l’ai vu deux fois et j’ai lu son livre. Je vais vers 70 ans, sans aucune illusion sur la perversion humaine, les crimes de masse et les génocides: je suis pourtant obligé d’écrire ce qui suit.

Je viens de finir la lecture du roman Jan Karski. Je ne comprends pas pourquoi Monsieur Claude Lanzmann s’est attaqué avec violence à Monsieur Yannick Haenel.J’ai vérifié les repères historiques. Ils sont justes. A Saint-Cyr et à L’école supérieure de guerre nous avions des professeurs civils et colonels agrégés ou docteurs d’université en histoire militaire. Ils ne falsifiaient pas l’Histoire, sinon les généraux directeurs de ces grandes écoles les auraient mis à la porte immédiatement.

Tout ce qu’a raconté René Girard dans « Achever Clausewitz(2007), je l’ai appris à École supérieure de guerre entre 1980 et 1982 et par la lecture des théories de l’emploi des armes nucléaires du général Pierre Gallois(1985). Raoul Girardet, François Thual, Gérard Chaliand et Jean-Christophe Victor, tous  professeurs à l’Ecole Supérieure de guerre (certains aussi à Sciences po et à l’IHEDN) sont nettement plus brillants que Bernard-Henri Lévy  ou André Glucksmann dans le domaine de la violence des hommes, échappant à tout contrôle qui  menace aujourd’hui la planète entière.

Monsieur Lanzmann n’est pas le Surmoi de la Shoah. L’Holocauste ne lui appartient pas. Tous les moyens de transmettre cette mémoire historique sont bons, même la fiction. Il faut sans arrêt relancer la mémoire des générations. Ce qui s’est passé au Cambodge et au Rwanda prouve cette nécessité impérative et incontournable.

En réalité Haenel exprime la douleur de l’indicible cruauté du monde, de la Realpolitik , de la guerre et des génocides. Ce n’est pas Karski qui parle dans le 3e chapitre, c’est l’âme terrorisée de Haenel. Moi aussi  je suis hanté par les camps de la mort et les destructions d’Hiroshima et de Nagasaki. L‚image de la toute petite fille japonaise tressaillant de peur et gravement traumatisée me poursuivra toujours, comme les images des bulldozers américains et soviétiques enterrant les cadavres des Juifs dans des fosses communes. La fillette brûlée par du napalm américain  qui courre sur un pont du Vietnam ne peut pas être oblitérée de la mémoire. Comment ne pas vouloir mourir le plus vite possible quand on a vu le petit garçon Juif levant les mains, un soldat allemand derrière lui tenant une mitraillette ? Je sais que Kafka a raison quant il écrit « comme un chien » à la fin du Procès.

Je comprends le suicide de Stefan Zweig et de son épouse…et d’autres.

Il est certain que le rêve d’Emmanuel Kant « Vers la paix perpétuelle » est une utopie. Mieux vaut lire « Hitler » du professeur  Ian Kershaw et « Droit de la guerre du général A.P.V. Rogers. Je suis expert et professeur en droit des droits de l’homme et droit de la guerre. Je sens que beaucoup de jeunes écrivains vont s’exprimer et défoncer l’Histoire officielle imposée. Le roman de Haenel est un début.

Cordialement.

Jacques Martin-Berne

Saint-cyrien et colonel (ER) honoraire

Wikipédia et la psychothérapie

Nous avions entamé d’améliorer l’article Psychothérapie sur Wikipédia. Pour des raisons qui lui appartiennent, que nous respectons mais n’approuvons pas, car l’orientation de l’article psychothérapie sur Wikipédia mérite objectivement de se voir complèter, l’encyclopédie coopérative en ligne n’a pas jugé bon de conserver le travail que nous avions proposé.

Nous le mettons donc à la disposition des internautes curieux de la chose psy sur notre site. En espérant que ce début de complément d’information et de mise à jour soit porté à leur connaissance aussi largement que possible.

Nous avons l’intention de poursuivre ce travail.

Pour consulter cliquez le présent hyperlien.

Et revenez à cet article bientôt prolongé.

Une nouvelle Frêche : la blague juive du jour

Georges Frèche et les Juifs

Comme dans les sables mouvants il y a des situations où plus vous bougez, quoi que vous fassiez, ou disiez, plus vous vous enfoncez. Ainsi notre Georges Frèche ne parvient pas à se sortir d’une accusation d’antisémtisme. Nous ne lui jetons pas la pierre, étant par principe contre la lapidation, mais profitons de l’événement pour décoder le discours, parce que ça, c’est valable au quotidien pour chacun de nous, l’antisémitisme inconscient, masqué à la personne même qui en est le siège, c’est terriblement intéressant. Pour en savoir plus et s’y repérer mieux sur la question de l’antisémitisme, matrice du racisme, engendré au milieu du XIXème siècle à partir des travaux de Renan, lire l’excellent ouvrage d’Élisabeth Roudinesco venant de paraître sur une question qu’elle éclaire de façon alerte et passionnante, contribuant à faire avancer le fameux Schmlblk.

Philippe Grauer


Comique involontaire

Dans Le Point il y a une fabuleuse interview de Georges Frèche.
Il dit qu’il n’est pas content d’être traité d’antisémite. Il raconte que son père résistant protégeait les Juifs. Et que d’ailleurs les Frèche descendent des marranes : “Pour moi, une ascendance juive, ce serait un honneur” (sic) Et plus loin : “Le consistoire juif de France m’a apporté son soutien, et même le CRIF est revenu en arrière. Le CRIF est un peu instrumentalisé par Sarkozy, mais c’est normal, le grand-père de Sarkozy était juif”

Traduction en blague juive : “ Je ne suis pas antisémite puisque mon père a protégé des Juifs, que j’ai une ascendance juive et que le CRIF et le consistoire me soutiennent – c’est-à-dire les Juifs –, même s’ils sont instrumentalisés par des Juifs .”

Forum des psys

LE FORUM DU 7 FÉVRIER

Inscriptions : chèque de 20 euros à “Forum des psys”, 15,

place Charles Gruet, 33000 Bordeaux ; étudiants de moins de 26

ans : 10 euros ; inscriptions sur place possibles.

La Mutualité, 24, rue Saint Victor Paris 5e


Fort heureusement la psychothérapie relationnelle n’est pas immédiatement concernée par ce mal qui gangrène les institutions publiques : Éducation nationale, Santé. À vouloir nous éliminer du club des gens bien (entre eux) psychiatres, psychologues, psychanalystes réintégrés gémissent sous le fouet soft des agents de la Haute autorité de santé, HAS, faiseurs de pluie et de beau temps en vous assaisonnant à votre propre sauce car c’est vous qui finirez par leur dire comment vous liquider. Un système pervers admirable.

Cela ne donne pas envie de se faire attribuer s’il advient le titre peu envié par nous de psychothérapeute NN.

Philippe Grauer


Éléments du programme

– Eric Laurent : Nouveaux semblants de l’évaluation

Comment les gentils « coups de pouce » et les brutales contraintes

contribuent à la mort subjective

– Cyntia Fleury : Conscience et science panoptiques

Ou comment confiner l’individu au double bind : être tué/être

criminel

– Roland Gori : L’évaluation : un dispositif de servitude volontaire

Les pratiques de l’évaluation à l’Université constituent de nouveaux

dispositifs de servitude volontaire qui participent de l’art

néolibéral de gouvernement des individus et des populations. Pour y

parvenir le Pouvoir pris par la fièvre de l’évaluation a dû

insidieusement et progressivement acter le changement de

signification de cette notion conçue comme une extension sociale de

la norme managériale dans des secteurs de la vie sociale qui en

étaient jusque-là préservés.

– Jean-Claude Milner : Le retour du travailleur idéal

Le capitalisme suppose un travailleur idéal. C’est-à-dire un être

parlant dont on n’attend qu’une seule chose : qu’il fasse travailler

un savoir-faire. Évaluer, c’est vérifier que le sujet fonctionne au

plus près de sa réduction systémique : un savoir qui ne pense pas,

qui ne calcule pas, qui ne juge pas, mais qui travaille. La

vérification sera d’autant plus concluante que les critères seront

aléatoires, infondés et sans appel. La possibilité de la

désespérance n’est pas incluse dans l’épure. La mortalité, non plus.

– Yves-Charles Zarka : L’évaluation, tribunal d’inquisition !

J’ai l’intention de montrer que l’évaluation est une forme

sécularisée des tribunaux médiévaux d’inquisition. C’est une machine

à surveiller, à persécuter, à réprimer et à tuer, mais aussi une

machine à enquêter, à scruter, établir des preuves supposées, tout

cela en vue de donner un jugement sans appel. C’est un tribunal sans

aucune garantie ni recours pour tous les prévenus virtuels, c’est-àdire

tout ceux qui ne bénéficient pas d’une protection par le

pouvoir. Mais la religion a changé : l’évaluation est l’instrument

de la nouvelle religion managériale ».

– Mathias Gokalp : L’évaluation et le comédien en entreprise

Sources documentaires et réflexion à propos de l’écriture du film

« Rien de personnel“.

– Margaret Moreau : Liens entre Evaluation, Lean et MTM (Méthodes de

Mesure du Temps)

Expérience acquise dans des grandes entreprises françaises en tant

que médecin du travail.

– Carole D. La Sagna : Éducation thérapeutique et bientraitance, les

deux mots clefs de l’HAS

– François Ansermet : Contre les verdicts du futur

L’évaluation prend aujourd’hui une pente prédictive, réglant le

futur sur des certitudes ségrégatives, suivant une logique mortifère

qui fixe une destinée, face à laquelle, en contrepoint, la

psychanalyse lutte pour maintenir l’accès à l’inattendu.

– Clotilde Leguil : Contre le déluge de l’évaluation, retour à Freud

Le mot d’ordre de Lacan d’un retour à Freud prend un sens nouveau au

XXIème siècle alors que nous avons à lutter contre l’évaluation

comme nouvelle idéologie d’une rationalité technique désenchantée,

empruntant ses dogmes à la religion de la quantification, contre

tout désir de culture. En ce début d’année 2010, l’oeuvre de Freud

tombée dans le domaine public, doit pouvoir être le lieu depuis

lequel une nouvelle lutte pour la civilisation peut s’engager.

– Guy Briole : La société des Morticoles réalisée

Au pays des Morticoles ou bien l’on est médecin ou bien l’on est

malade. La caste médicale décide de la place de chacun dans une

société redistribuée par l’évaluation.

Autiste, hyperactif, asocial,

suicidaire et toxicomane, inadapté, immigré revendiquant,

consommateur excessif, chômeur déprimé, Alzheimer : la société de

l’évaluation médicale a une réponse, un protocole applicable à

toutes les étapes et circonstances de la vie. Le médecin moderne —

évaluateur-évalué — collabore en étant convaincu que c’est là, sa

responsabilité morale !

L’évaluation médicale tue le sujet ; il crie

sous le scalpel, mais le médecin ne veut pas l’entendre, ou ne le

peut pas tant il est occupé à servir le pouvoir.

– Jean-Pierre Deffieux : Chroniques de l’accréditation