La rumeur d’Argentan — une chronique des temps post-modernes.


Durant toute la phase médiatique de l’opération sauver le soldat Onfray débarquant dans le monde psy, nous ouvrons cette chronique pour recueillir les déclarations les plus remarquables produites au jour le jour par le célèbre polémiste argentanais.

philouthérapie ?

22 avril — Au cours du grain à moudre de ce jeudi, Michel Onfray, après avoir traité l’avant-veille de guérissons miraculeuses placebos les quelques bons résultats concédés à des psychanalystes, entre autres affabulations annonce sans barguigner la création d’une université de psychothérapie freudo marxiste pour soigner les pauvres. Lui il va nous en faire de la psychothérapie ! il s’apprête même nous en remontrer. Pour commencer il n’est pas malade, chacun son truc, il l’a affirmé devant Gérard Miller, le « petit frère » que lui aurait dépêché Jacques-Alain.

Ce soudain élan thérapeutiste détournerait les eaux sartriennes vers le moulin Onfray. On s’interroge sur la possibilité pour notre polémiste sans aucune formation psy et à peine diplômé de conduire un projet aussi ridicule. Argentan aussi produirait des miracles ? En attendant une telle apothéose France culture accueille délires et insultes. Julia Kristeva a décliné l’invitation à participer à l’émission. Julie Clarini s’est tue, refusant de cautionner le discours de notre tout frais auto émoulu confrère.

PHG

PS : & n’oublions pas de rire. Avec le texte de SPINOZA c’est garanti.


Toi tu es le docteur des soucis !

Enfin autre chose que du Michel Onfray ! Un témoignage. De psychiatre psychanalyste, de pédopsychiatre plus précisément. Pour le cumul de ces activités, se référer à notre Carré psy. Pour l’intérêt du témoignage, poursuivre la lecture ci-infra.

PHG


Le célèbre pédopsychiatre défend la psychanalyse – « une discipline fondamentale de la connaissance humaine » – et explique sa méthode toute personnelle avec ses jeunes patients : empathie sensible et traitement en profondeur.

Le Figaro Magazine

— Pourquoi la psychanalyse freudienne est-elle actuellement si fortement remise en cause?

Marcel Rufo — Parce que Freud a vécu entre les XIXe et XXe siècles et que la société a énormément évolué. Pour autant, il demeure le Christophe Colomb de notre pensée. Explorant le continent inconscient, il a mis en lumière la psychopathologie de la vie quotidienne. Son génie est d’avoir dit qu’un lapsus, un rêve, un acte manqué «signifient». Découverte essentielle dans un monde où toutes les religions sont fondées sur l’inconscient. La catéchèse à 6 ans intervient lorsque l’enfant est en pleine phase de latence : son envie d’apprendre est alors au maximum. La communion, la bar-mitsva, les rites initiatiques des peuples premiers arrivent au moment de l’autonomie. Les religions suivent donc le développement psychomoteur.

Sigmund Freud a mis en mots ces réalités cryptées, lesquelles sont désormais passées dans le vocabulaire courant. Lui qui n’était pas particulièrement prodigue de son argent a su financer les recherches d’anthropologie psychanalytique de l’ethnologue Géza Róheim, en Australie, d’où il est ressorti que les Aborigènes avaient les mêmes rituels de circoncision que la gentry juive viennoise de l’époque. Là où je défendrai toujours l’ouverture de la porte freudienne, c’est la notion universaliste.

— On lui reproche pourtant d’avoir dogmatisé ses propres failles…

Mais il est l’héritier de la pensée des Lumières et, surtout, il va chez Charcot, qui met à la Salpêtrière des hystériques en représentation, des anorexies mentales avec ventre en obusier. Freud, qui étudiait le comportement dilatateur des insectes, estimait que l’hystérie était plus intéressante dans les manifestations cliniques sans cause. C’est là où il est fabuleux : il cherche une cause lorsqu’elle n’est pas médicale. Il renverse la donne du sens, de la signification par rapport à la clinique. L’Anglais Donald Winnicott reprend cela à merveille lorsqu’il explique la différence entre un pédiatre et un pédopsychiatre. Le pédiatre trouve un symptôme. Il lui en faut un deuxième. Un troisième. C’est un syndrome. D’où diagnostic et traitement. Le pédopsychiatre, lui, ne doit pas s’intéresser au symptôme pour, éventuellement, en saisir le sens. Imaginez les 180 degrés de cette pensée ! La psychanalyse demeure donc une discipline fondamentale de la connaissance humaine.

— Mais le XXIe siècle fait désormais la part belle aux techniques des comportementalistes. Que vous inspire cette modernité?

De nombreux internes penchent pour le cognitivo-comportementalisme, qui a l’avantage de l’immédiateté et de l’efficacité. Mais il ne faut pas désespérer qu’ils se mettent à réfléchir.

— Que voulez-vous dire?

Je vais être basique et m’en excuse par avance. Imaginez que vous soyez avocat, que vous travailliez à Wall Street. Vous avez peur de l’ascenseur. On monte avec vous jusqu’à votre étage. Bravo ! Mais la question reste posée : pourquoi avez-vous eu peur ? «Are you OK? -Iam OK!» Tel est le comportementalisme, qui répond à notre impulsivité, notre rapidité.

Dans les phobies, par exemple, il est efficace en diable, mais pour décrypter une telle pathologie, il faut du temps, un traitement en profondeur est onéreux et parfois pénible, d’où la réaction : «Pourquoi ne pas guérir la gêne et passer à autre chose ?» Tel n’est pas mon style de pensée. Je préfère, quant à moi, la rencontre avec les gens. Ma technique, s’il faut employer ce mot, est celle d’un clinicien. Exemple ? J’ai vu cette semaine un petit garçon qui n’était pas propre. Il a 2 ans et demi. Il fait sur lui. Je l’observe. Puis je m’adresse soudain à lui:«Tu sais, maintenant, il y en a assez que tu fasses le bébé alors que tu es un grand garçon.» Il se fige. Me regarde. Je poursuis : «A partir de maintenant, je demanderai régulièrement de tes nouvelles à tes parents. Tu as bien compris?» Il ne répond pas. «Dis-moi seulement oui ou non.» Il esquisse avec sa main un geste de tapotement indiquant qu’il a parfaitement saisi. J’ai attendu le moment pour intervenir.

Pratique plus phénoménologique que psychanalytique, où la conscience interroge la conscience. Certains philosophes affirmeront que la phénoménologie n’a aucun intérêt dès lors que l’enfant est un être en construction, mais ils se trompent. Moi qui ne suis qu’un modeste praticien, j’observe que les enfants sont essentiellement une conquête du temps et de l’espace. Avec des temps différents du nôtre. Songez aux vacances de votre enfance, combien elles étaient longues. Etre petit, c’est avoir un temps infini de découverte et de capacité.

— Quelle attitude avez-vous avec vos jeunes patients?

Plutôt que la neutralité bienveillante de mes confrères et amis psychanalystes, j’ai plutôt glissé vers une empathie sensible. Sans être dans une position démagogique, ou d’érotisation, je suis très intéressé par ce que me raconte l’enfant. J’ai même établi un standard particulier dans ma pratique : quand il quitte mon bureau, j’écris 20 lignes de résumé sur ce que j’ai vécu. Non pas compris, mais vécu. Puis, lorsqu’il revient, après les avoir relues, je lui parle de ce que j’ai éprouvé en le voyant. L’enfant y est sensible : il n’est pas qu’en consultation, je suis aussi en examen de ma propre sensibilité par rapport à lui. Certains hurleront à la séduction et à la manipulation, mais ce serait tragiquement réduire la portée de la chose.

Si vous vous trouvez face à un psychiatre à l’air peu concerné dont le dialogue tient en quelques phrases stéréotypées, du genre : «Poursuivez… Allez plus loin dans vos pensées… Quel est le sens de votre démarche?», vous quitterez bien vite son cabinet. L’empathie est essentielle dans la rencontre. Je me souviens, tout enfant, d’avoir transgressé les interdits de ma grand-mère : nous étions dans un train, je me penchai par la fenêtre – è pericoloso sporgersi! J’ai pris une escarbille dans l’œil. Ma grand-mère m’a demandé pourquoi je pleurais. J’ai répondu : «Il y a des lumières qui s’allument dans les maisons, avec plein de gens auxquels je ne parlerai jamais.» Je mentais, bien sûr, et pourtant, je ne mentais pas.

— Ne peut-on craindre une forme d’aliénation, de dépendance de notre société à la psy?

La psy est par définition altruiste, elle couvre tous les secteurs de la société, sans exclusive, et n’est là, c’est une évidence, que pour faire le bien. Si elle ne fait pas de bien, elle ne fera en tout cas jamais de mal. Avec pour effet minimal d’éviter les anti dépresseurs prescrits par des généralistes.

Aliénation, dites-vous ? Il arrive que les parents exagèrent. Une fois par mois environ, je reçois un gosse qui n’a rien, mais qui « doit » voir un pédopsychiatre. Ma technique est alors simple. Je lui établis un certificat assurant que je l’ai rencontré : «Tes parents t’ont emmené me voir. Tu n’as strictement pas besoin de moi.» Invariablement, l’ado l’affiche dans sa chambre, signifiant à ses parents : «Maintenant, vous ne me cassez plus les pieds. Voilà ce que dit le médecin…» Parallèlement, j’observe souvent qu’un adolescent qui a affirmé n’avoir pas voulu venir est toujours là trois quarts d’heure plus tard. Parce que parler de soi, c’est intéressant. Ceux qui viennent me voir croient me livrer l’histoire la plus intéressante que j’aurai entendue de ma vie. Et moi, je suis dans la position d’accepter cette démarche. La plus belle définition de mon métier, c’est un petit garçon de 5 ans qui me l’a proposée. Il m’a dit: «Toi, tu es le docteur des soucis.»

— Parmi les mutations de la société, on citera la crise de l’autorité, qui ne peut que vous apporter des patients…

Oui. Il est interdit d’interdire ! C’est terriblement psychanalytique, Mai 68, avec le meurtre du père, en l’occurrence, le général de Gaulle : «Notre bonheur ne dépend pas de toi qui nous a sauvés il y a bien longtemps, pendant la guerre.» Le message mal compris de cette période, ce sont les babas cool des Cévennes et du Luberon. «Balade-toi dans les champs, ne te lave pas, ne va pas l’école!» C’est idiot. Freud disait qu’il y avait des frustrations nécessaires, une société ne pouvant pas fonctionner sans limites. Voilà le débat sur l’autorité. A force d’être complices, d’être dans un jeunisme où les parents ne vieillissent plus – dites à Jane Fonda qu’elle est vieille, elle vous collera une tarte -, les ados sont en compétition, alors qu’ils ont au contraire besoin de radicalité : «Tu ne fumes pas de haschisch; tu ne t’empègues pas tous les samedis soir; tu travailles à l’école; tu n’amènes pas de copines à la maison… tu attends que grand-mère soit à Lourdes!»

Et cela, c’est le problème du père. Je suis d’ailleurs à cet égard au bord de créer un «mouvement du masculinisme»… Le féminisme a été tellement facteur de progrès, d’égalité des sexes, qu’il faut prendre garde que certains excès ne fassent du père un petit castrat accessoire : les papas poules ont besoin de psychothérapie et Trois hommes et un couffin ne sont rien moins, objectivement, que trois malades mentaux. Il y a deux espèces sur terre, les garçons et les filles, dans l’égalité certes. Mais pas pareils. Le père aime sa fille, la mère, elle, aime son fils. On parle d’Oedipe, mais n’oublions pas Jocaste !

— À propos de relations père-fille…

Oui, je vois ce que vous voulez dire : ma fille se propose quant à elle de monter une « association des enfants de psy » ! Alice a 29 ans, elle sort de Normale sup lettres et de l’ENA, elle est conseiller diplomatique au Quai d’Orsay et s’imagine que c’est toujours moi le bon élève. Cela donne une certaine ambiguïté que je cultive avec soin. Inutile de préciser que j’en suis fier comme ce marchand de Palmyre qui se fit un tombeau aussi grand que ceux des rois. Mais elle est très critique – de moi et de la psy en général. Son association revendiquerait une pension à remettre aux enfants de psys pour cause de troubles vécus durant l’enfance. Je lui ai demandé de m’expliquer. Ce qu’elle a fait : «Revenant à la maison, tu racontais des histoires que tu avais comprises. Moi, j’avais 7 ans, j’étais en CE1 et je me disais: «Je ne vais rien lui confier de ce que je pense, sinon il va me comprendre!»» Elle se planquait par rapport aux explorateurs de psychisme que sont les psys. Que voulez-vous, je suis ainsi fait. Je suis incurable.


16/04/2010
LE FIGARO

Freud est-il décidément une chasse gardée…

Freud est-il décidément une chasse gardée et son œuvre interdite de relecture critique ?


Michel Onfray s’en prend ad hominem à l’autrice d’une critique en règle de son livre. lisez et jugez par vous-même. Vous disposez des moyens d’aller vérifier dans les textes, présents sur ce site.


Voilà, c’est fait, Mme Roudinesco qui piaffait d’impatience dans la perspective de la parution de mon livre sur Freud a enfin pu vider sa bile dans Le Monde des livres et, personne ne s’en étonnera, les arguments sont connus : je suis un fasciste, un compagnon de route de Vichy et de Pétain, un suppôt du Front national, un défenseur d’auteurs ayant trempé dans la collaboration… De fait, chacun jugera : mon trajet depuis mon premier livre paru en 1989 illustre bien les dires de cette dame, je n’ai cessé en effet d’être un Léon Daudet moderne, un Maurras contemporain, un genre de Le Pen de la philosophie ou bien encore un  » freudo-marxiste  » qui réhabilite  » les thèses paganistes de l’extrême droite française « . J’ai honte pour elle…

Pour écrire un pareil tissu de sottises, il lui aura suffi de reprendre les textes qu’elle publia jadis pour criminaliser les auteurs du Livre noir de la psychanalyse et de changer les noms pour y mettre le mien : son épistémologie est bien connue du milieu… Je dispose même de plusieurs témoignages de psychanalystes illustres affligés que cette dame puisse s’autoproclamer gardienne médiatique du temple freudien et considérer que, si on émet une critique sur Freud, le freudisme ou la psychanalyse, c’est à elle qu’on fait une offense personnelle. Une semaine avant la parution du livre, elle se répandait déjà dans un communiqué insultant à mon endroit auprès de l’Agence France-Presse… Pour éviter cette paranoïa, on peut toujours se faire psychanalyser, mais il est vrai que la chose semble déjà faite et témoigne contre l’efficacité du divan !

Mme Roudinesco coupe l’humanité en deux : les juifs et les antisémites. Comme je n’ai pas l’honneur d’être juif, il faut bien que je sois antisémite. Dialectique imparable apprise pendant les longues années de son militantisme au Parti communiste français dans sa période stalinienne et resservie ad nauseam depuis qu’elle tient boutique à Paris du petit commerce freudien.

Lisons. Voici ce que je penserais : Kant est un précurseur d’Adolf Eichmann, saint Jean un préfigurateur d’Hitler et Jésus l’inventeur d’Hiroshima. Faut-il en rire ? J’ai peine pour elle… Elle parle de ses fantasmes, pas de mes textes, il lui faudrait pour ce faire des vertus qui lui manquent : l’humilité et la capacité à lire ce qui est écrit et non ce qu’elle projette. Elle n’est pas par hasard l’auteur d’un livre intitulé La Part obscure de nous-mêmes , sous-titré Une histoire des pervers … Elle sait de quoi et de qui elle parle et illustre ce faisant, à son corps défendant, la thèse qui anime mon livre sur Freud, thèse nietzschéenne au demeurant : toute philosophie constitue l’autobiographie de son auteur, sa confession…

J’aurais mis cinq mois à lire l’œuvre complète de Freud : la préface signale (page 16) que j’ai commencé ma lecture en 1973… Mme Roudinesco affirme que mon livre est  » truffé d’erreurs  » sans dire lesquelles. Qu’il est  » traversé des rumeurs « , toujours sans préciser. Qu’il est  » sans sources bibliographiques  » ! Or, si Mme Roudinesco avait eu le livre entre les mains et ne s’était pas contentée de ses fantasmes, elle aurait constaté qu’il existe une bibliographie commentée de vingt pages en interligne  » un « , soit, j’ai vérifié sur mon fichier, 56 521 signes… Pour une bibliographie inexistante, on a fait mieux !

Et puis, signature d’un texte qui pourrait être anonyme, on la reconnaîtrait tout de même, la présence du mot  » révisionniste « , sésame à l’aide duquel on criminalise toute pensée critique qui préfère l’histoire à la légende que Mme Roudinesco entretient avec le soin d’un éleveur de mygales. Voici donc le gros mot lâché, il sert à jeter l’opprobre sur toute pensée critique à l’endroit du freudisme, les auteurs du Livre noir de la psychanalyse s’en souviennent, meurtris d’avoir été traités d’antisémites et de révisionnistes par la presque totalité de la presse emboîtant alors le pas comme un seul homme à la dame spécialiste de la perversion. Comme j’avais prévu l’attaque, j’avais écrit que les thuriféraires de la secte affirmeraient ceci :  » Toute critique de la psychanalyse repose sur une critique de Freud qui était juif, elle est donc toujours suspecte d’antisémitisme  » (page 461), un argument inventé par Freud lui-même en son temps. Je ne m’étonne donc pas de le retrouver comme fond de sauce à son vieux ragoût…

J’aurais aimé, au lieu de ce long cri de haine, un article qui m’explique : pourquoi Freud rédige une dédicace élogieuse à Mussolini en 1933 ; pourquoi il s’est rangé du côté du chancelier Dollfuss auquel on doit l’austro-fascisme responsable des répressions sanglantes à Vienne en 1934 – 1 500 à 2 000 morts sous ses fenêtres ; pourquoi, avec le psychanalyste Max Eitingon, Freud travaille dès 1933 avec les nazis pour que, sous couvert de l’Institut Göring, la psychanalyse puisse continuer à exister sous le IIIe Reich ; pourquoi Freud envisage de promouvoir le psychanalyste non juif Felix Boehm à la tête de l’institution pour  » favoriser une politique de collaboration avec le nouveau régime « , écrit Elisabeth Roudinesco dans Retour sur la question juive (page 136) quand il lui arrive par hasard d’être honnête ; pourquoi il existe nombre de textes contre le bolchevisme chez Freud et aucun contre le fascisme ou le national-socialisme ; pourquoi, octogénaire, l’Homme aux loups lui-même explique en 1974 que, plus d’un demi-siècle après avoir été prétendument guéri par Freud en 1918, il est toujours souffrant et en analyse ; pourquoi Freud refusait de prendre les pauvres sur son divan ; pourquoi l' » attention flottante  » est un concept mis en place par ses soins qui justifie que l’analyste puisse dormir pendant les séances sans que l’analyse s’en trouve affectée ; pourquoi il prenait l’équivalent de 450 euros la séance en liquide et préconisait une séance par jour.

Ces deux dernières remarques m’autorisent à penser qu’Elisabeth Roudinesco a raison de conclure son texte ainsi :  » On est loin ici d’un simple débat opposant les partisans et les adeptes de la psychanalyse, et l’on est en droit de se demander si les motivations marchandes ne sont pas désormais d’un tel poids éditorial qu’elles finissent par abolir tout jugement critique. La question mérite d’être posée. « 

Avec ce livre, des amis m’avaient prédit la haine au prétexte que je m’attaquais au portefeuille : je mesure aujourd’hui combien ils avaient raison…

Michel Onfray Philosophe, auteur du Crépuscule d’une idole. L’affabulation freudienne, Grasset, 600 p., 22 €.

Halte aux impostures de l’Histoire

Halte aux impostures de l’Histoire

par Guillaume Mazeau

Avant même sa parution, le dernier livre de Michel Onfray contre Freud fait déjà l’objet d’un violent débat. Beaucoup de bruit pour rien ? L’historienne de la psychanalyse Élisabeth Roudinesco n’exagère-t-elle pas en décrivant Onfray comme un usurpateur qui réhabilite les thèses de l’extrême droite ? Bien au contraire. Les dérives d’Onfray ne sont pas nouvelles. En 2009, il a publié une apologie de Charlotte Corday (La Religion du poignard. Eloge de Charlotte Corday, Galilée). Plutôt bien accueillie par les médias, cette histoire est pourtant historiquement médiocre et politiquement scandaleuse.

Dans ce brûlot truffé d’erreurs grossières, Onfray veut montrer que Charlotte Corday peut aujourd’hui inspirer ceux qui, lassés d’une gauche impuissante et rongée par les luttes fratricides, restent attachés à l’action et à la vertu. Marat, censé personnifier cette classe politique dévoyée, est stigmatisé comme un charlatan, un fou et un dictateur… Presque à chaque page, le lecteur se voit infliger les citations les plus haineuses, inventées de toutes pièces. Ainsi, Marat n’a jamais dit :  » Je voudrais que tout le genre humain fût dans une bombe à laquelle je mettrais le feu pour la faire sauter  » (p. 27)…

Non, les élites politiques de la Révolution n’étaient pas toutes corrompues. Non, les sans-culottes ne peuvent pas être décrits comme des sauvages. Onfray croit-il vraiment que le cannibalisme était une pratique fréquente sous la Révolution ? Comment peut-il réduire la Terreur à une immense giclée de sang due à des meurtriers en série comme Marat ou Sade (chap. 9) ? Surtout, jamais Charlotte Corday n’a été athée ni libertaire, mais une noble défendant une conception conservatrice des rapports sociaux et de la religion.

Affectant la posture du visionnaire incompris des élites parisiennes, Onfray balaye d’un revers de main les centaines de travaux scientifiques publiés depuis au moins quarante ans, qui contredisent ces caricatures. Michel Onfray se rend-il compte que presque tout ce qu’il dit ne provient d’aucune source, d’aucune archive, mais de mémoires ou d’écrits apocryphes pour la plupart publiés au XIXe siècle par l’historiographie catholique et royaliste ?

Travail de sape

Ainsi, tout ce qu’il dit sur le procès et l’exécution de Corday est tiré des Mémoires de Sanson … en réalité écrits par le jeune Balzac à l’orée des années 1830 ! La plupart des anecdotes liées à la personnalité de l’assassin de Marat ont, quant à elles, été inventées un demi-siècle après les faits par Mme de Maromme… une fervente légitimiste !

Cette désinvolture vis-à-vis des sources réduit cet essai à ce qu’il est : une mauvaise paraphrase de la droite cléricale et monarchiste du XIXe siècle. Parmi tous les écrits sur Charlotte Corday, celui qui ressemble le plus à l’éloge d’Onfray est d’ailleurs la pièce de Drieu La Rochelle, jouée sous l’Occupation en zone libre et inspirée de cette même famille de pensée.

Adepte de la  » religion du poignard « , Michel Onfray trahit pourtant l’inventeur de l’expression : Jules Michelet. Celui-ci avait fait l’éloge de la résistance à l’oppression en 1847 pour expliquer les causes de l’assassinat de Marat, en reprenant un argument proposé par Adolphe Thiers vingt ans plus tôt. Mais le contexte était bien différent : ces deux historiens engagés étaient alors confrontés à des régimes monarchiques autrement plus liberticides que le nôtre ! La justification pour l’action violente ressemble plutôt ici à celle que proposait en 1933 Maurice d’Hartoy, le fondateur des Croix de feu, dans le manifeste du  » Comité Corday « …, intitulé Dictature .

La récupération de ce patrimoine et des arguments de l’extrême droite est malhonnête car, comme auteur, Onfray exerce une certaine responsabilité : en l’absence de notes de bas de page et d’une bibliographie sérieuse, il ne donne jamais à ses lecteurs les moyens de vérifier ses affirmations. En vérité, la Charlotte Corday d’Onfray n’a jamais existé… que sous la plume des hommes proches de la droite fascisante.

Dans les années 1930, ceux-ci suggéraient qu’il était possible de sortir du  » déclin français  » en stigmatisant les politiques et en prêchant la violence. Lorsqu’elles sont commises par un des auteurs les plus médiatiques et les plus aimés du grand public et qu’elles passent inaperçues dans la critique, ces révisions de l’Histoire et ces dérives idéologiques participent d’un lent travail de sape contre les valeurs démocratiques. Sans conduire à dénigrer l’ensemble des initiatives d’Onfray, elles doivent donc être dénoncées avec la plus grande fermeté. On ne peut être spécialiste de tout. Michel Onfray ferait bien d’en tirer quelques enseignements.

Guillaume Mazeau

Maître de conférences à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne


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© Le Monde

La psychanalyse sans illusion. Laissons Onfray à lui-même…

La psychanalyse sans illusion.

Laissons Onfray à lui-même et à son inconscient

De Michel Onfray, Le Crépuscule d’une idole : titre glorieux, clin d’oeil nietzschéen. Mais attention : nietzschéisme fréquentable, nietzschéisme de bon aloi, et tout de marketing bien verni. Nietzschéisme d’entre la poire et le fromage, de mauvais rires et de ces salons où, faute de penser, l’on cause toujours. Pauvre Nietzsche…

Depuis des semaines, la rumeur gronde et enfle. Les titres en  » une « … Les magazines qui ne mentent ni ne se trompent jamais, l’affirment : Freud n’a qu’à bien se tenir car Onfray arrive. Car Onfray est là…

Tout de même, d’interviews militantes en confidences soigneusement dosées, on sait déjà que ce livre n’apportera rien de neuf, sinon quelques inepties que l’on avait déjà maintes et maintes fois entendues, mais qui, ici peut-être, seront un rien différemment tournées. Peut-être… Mais de révélations point.

S’il le faut tout de même, parmi d’autres : Freud aurait eu une liaison avec sa belle-soeur, Minna Bernays. Vieille rumeur colportée par Lacan, qui lui-même l’aurait tenue de Jung, auquel tante Minna – alors qu’elle ne l’avait jamais vu auparavant, lui Jung, ni d’Eve ni d’Adam – aurait fait entre deux portes des confidences…

Faut-il rire ? Ou faut-il s’interroger sur ce qui est en jeu chez ceux qui s’acharnent à se représenter Freud à la fois comme une sorte de censeur puritain et comme un débauché ? Petite débauche d’ailleurs et manque lamentable d’imagination. Tante Minna, franchement… Et la chose serait-elle par ailleurs et d’aventure avérée, cela, au juste, changerait quoi à la vérité ou fausseté relative des concepts psychanalytiques ? Très précisément, rien. Historicisme de trou de serrure…

La vérité, quelles qu’aient été ses occasionnelles pratiques d’alcôve (fictionnelles, fantasmatiques ou réelles), est que tout ce que l’on sait de Freud montre un homme qui – à tort ou à raison – se méfiait profondément des excès vers lesquels pouvait le porter son extrême sensibilité : affects, mouvements d’enthousiasme ou de colère, musique, sentiment océanique… La lecture de Nietzsche le ravissait, mais il s’en méfiait. Tout comme Goethe ne supportant pas d’écouter Beethoven, il redoutait de s’y perdre.

Je ne sais avec qui Freud couchait ou ne couchait pas, un peu, beaucoup, tendrement, passionnément, ou pas du tout, et je m’en contrefiche suprêmement, mais ce que je sais c’est que si l’on ne comprend pas que Freud était avant tout apollinien plutôt que dionysiaque, on ne comprend rien ni à Freud ni à l’essence de la psychanalyse.  » La voix de la raison est basse, mais elle ne cesse que d’être entendue.  » Voilà le modeste credo auquel se raccrochait Freud.

Des erreurs, des non-sens, des exemples d’une criante mauvaise foi, à dresser ici la liste serait trop long. D’autres, ailleurs, s’en chargeront. Une remarque encore pourtant, la dernière : il est un instant malheureux où Michel Onfray s’est dévoilé au-delà de ce qu’il aurait dû, et bien au-delà certainement de ce qu’il aurait voulu.

Cherchant à illustrer la radicalité de son opposition à Freud, il lui vint, dans Le Point du 15 avril, cette métaphore étrange :  » Il y a aussi des gens qui trouvent qu’on peut sauver quelque chose dans le nazisme. Moi, je ne défends pas les autoroutes de Hitler.  » Nazisme pour illustrer la psychanalyse. Hitler pour éclairer Freud. Sidérants parallèles… Michel Onfray n’a pas de chance, car c’est là précisément ce que l’on appelle un acte manqué. Une maîtrise apparente, langagière ou autre, qui, un instant, rate le mot, le coche, la marche, et trébuche, et révèle autre chose que son intention première…

Tout acte manqué est un masque qui glisse. Que Michel Onfray ait, comme tout le monde, un inconscient, n’est pas une surprise. Que de son inconscient émane un aussi douteux effluve est, en revanche, à noter soigneusement.  » Allons, allons  » enjoindra la conscience naïve, cette doucereuse lâcheté, cette banalité désireuse de tous les refoulements.  » Allons, allons, ce n’est là, après tout, qu’un mot.  » Oui, un mot, rien qu’un mot. Mais ce mot-là est de trop. Et justement, il est le pire des mots… Laissons donc Michel Onfray à lui-même.

Allons à l’essentiel : pourquoi le retour une fois de plus, de cette vieille agitation ? De ces arguments recuits ? Pourquoi tant de haine ? De haine jubilatoire envers la psychanalyse ?

Essentiellement parce que la psychanalyse est un camouflet à notre narcissisme et à nos fantasmes de toute-puissance. Nous avons un inconscient et cet inconscient est source permanente et inextinguible de pulsions impérieuses et tyranniques. Cet inconscient est le véritable coeur de notre être, et toujours il nous leurre et nous manipule par de faux objectifs, des pseudo-désirs, de pitoyables rationalisations. Cet inconscient, nous n’en déchiffrons les logiques que dans l’après-coup. Et face à lui, notre moi conscient est bien faible.  » Je  » toujours se dérobe et nous nargue.

On connaît l’infernal, l’odieux trio : Copernic, Darwin et Freud. Trois décentrages. Trois impardonnables injures. La Terre n’est pas le centre de l’Univers. L’homme n’est qu’un animal, un animal peut-être un peu particulier, mais animal tout de même, et issu d’une longue lignée d’animaux. Et la conscience de l’homme, en dernière analyse, n’est jamais qu’épiphénomène d’autre chose. L’inconscient triomphe et nous ne sommes même plus maîtres chez nous, en nous. Comme c’est triste…

Pour terminer, au risque de faire ricaner encore les forts et beaux esprits, tous ceux qui savent  » le prix de chaque chose et la valeur d’aucune  » (Oscar Wilde), mais parce que la psychanalyse – n’en déplaise à certains et sans pour autant être ni infaillible, ni magique, ni panacée applicable à tous – n’est pas un exercice vain, une timide note personnelle : j’ai souffert durant plus de vingt ans d’une inhibition névrotique grave à l’écriture. Je sentais les livres en moi, ces textes possibles et impossibles que je ne parvenais pas à mettre sur le papier. Ces feuilles me tétanisaient. Devant l’horreur de ces béances, mon esprit s’engourdissait et devenait silence et informe magma…

Quoi ? Imagerie sexuelle ? Anale ? Et comment !.. Hélas, je ne suis toujours pas Shakespeare aujourd’hui. Je ne suis que Declerck. Mais à tout le moins, je peux écrire ce que j’écris. Et cela m’a pris six ans d’analyse, trois fois par semaine… Ce que la psychanalyse a changé pour moi ? Oh, trois fois rien. Seulement cette petite chose insignifiante et ô combien éphémère qui s’appelle ma vie.

Patrick Declerck

Patrick Declerck Ecrivain

Membre de la Société psychanalytique de Paris

© Le Monde

Réponse à Michel Onfray sur ses prises de positions caricaturales en matière de psychanalyse

Par Pierre Delion

Avril 2010


On n’en peut plus des réactions au brulôt de Michel Onfray. Nous joindrons bientôt au témoignage de Pierre Delion s’en prenant au simplicisme de notre nouveau « Nietzsche » trois autres réactions, sous pdf, un peu plus tard, il faut aussi prendre le temps de respirer. Il faut vous rendre à notre éditorial, qui lui-même renvoie à un autre bouquet de textes par le biais de l’éditorial précédent et le jeu d’hyperliens télescopiques (ce dernier de Pierre Cormary, pour ceux qui veulent approfondir, ne manque pas d’intérêt). Cela fera beaucoup à lire mais d’une lecture qui ne manquera pas d’intérêt. Il n’aura pas été dit qu’on pouvait imprimer n’importe quoi sans que les intellectuels concernés réagissent. Il ne faut pas prendre l’opinion pour une idiote.

Philippe Grauer


Pouvoir débattre de la psychanalyse et de ses limites en matière de système psychopathologique et/ou de réussite thérapeutique est une des possibilités offertes par le débat démocratique. A condition de la faire de façon informée et rigoureuse. Mais profiter de son aura médiatique pour en abuser et transformer le toujours nécessaire débat en caricature est une lâcheté. Et la démocratie actuelle, ravagée par sa dérive médiatique simplificatrice n’a pas besoin de ce coup de pied de l’âne.

Si je me permets de prendre part au débat, c’est parce que certains oublient avec une désinvolture étrange, les progrès que la psychanalyse freudienne a permis de réaliser dans un monde étrange lui aussi, celui de la maladie mentale. Alors que les avancées de la réflexion de Pinel et Pussin avaient abouti à la création d’asiles départementaux à une époque de sinistre mémoire au cours de laquelle les fous étaient enchaînés dans les culs de basse fosse des prisons, les limites du grand renfermement avaient été vite trouvées dans ces lieux dédiés aux malades mentaux.

Toute l’évolution du XIXème siècle n’y aurait rien fait si Freud, avec sa métaphore du cristal n’avait permis de changer le vertex pour examiner les conditions présidant à la psychopathologie dès le début du XXème siècle, engageant dès lors la psychiatrie sur une voie radicalement différente, celle qui consiste à considérer le malade mental comme un frère en déshérence, capable de s’appuyer sur ses propres ressources et sur celles de la communauté pour changer de trajectoire.

La relation thérapeutique avec les patients, conceptualisée par Freud sous le terme de « relation transférentielle », lui donnait une possibilité de modifier en profondeur leur destin tragique. Mais si Freud théorise ces points de vue éminemment dignes d’intérêts pour les personnes névrosées dès le début du vingtième siècle, il va falloir attendre la fin de la deuxième guerre mondiale pour que des psychiatres, Tosquelles, Daumézon, Bonnafé et d’autres, ayant intériorisé de telles notions, puissent les proposer au pouvoir d’État pour les mettre en pratique, et notamment au service des personnes psychotiques.

La psychiatrie de secteur (circulaire du 15 Mars 1960), vraie révolution de la psychiatrie du siècle dernier, n’est que la transposition sous le terme de continuité des soins de la relation transférentielle freudienne dans un dispositif permettant d’accompagner tout au long de leur vie les patients présentant des troubles psychiques graves. On oublie souvent que c’est ce dispositif qui a permis de transformer radicalement les asiles en soignant les patients dans la cité, quitte à, dans certains cas, proposer une hospitalisation en psychiatrie. Je prétends que c’est Freud et ses successeurs au rang desquels je place les fondateurs de la psychothérapie institutionnelle, qui ont, ensemble et à distance dans le temps, permis cette évolution formidable, en modifiant profondément les esprits des soignants.

Si aujourd’hui ces avancées sont ridiculisées à grands traits par certains « intellectuels » comme Michel Onfray, qui se pare à vil prix des atours de la vérité, ils contribuent à rendre le retour de psychiatrie sécuritaire plus prégnant que jamais. En effet, c’est par la casse de cette psychiatrie à visage humain telle que la psychiatrie de secteur l’a promue, que la psychiatrie du XIXème siècle revient pour enfermer les fous qui ne peuvent être que dangereux, alors qu’ils sont moins dangereux que la moyenne des citoyens et, oh combien ! plus vulnérables. Or c’est précisément Freud qui avait grandement contribué à changer cette idée de la folie pour en faire un drame humain parmi d’autres, et à redonner espoir à ceux qu’elle concerne soit directement dans leur chair, soit en tant que psychiste professionnel.

Parce que je suis pédopsychiatre, j’ajoute que la pensée freudienne, approfondie par ses élèves, Melanie Klein, Anna Freud, et beaucoup d’autres en ce qui concerne les enfants, est ce qui permet de faire pièce aux seules prescriptions médicamenteuses et autres pratiques éducativo-comportementales qui sont aujourd’hui devenues la tendance dominante des pratiques pédopsychiatriques. Une prescription médicamenteuse ne doit se faire, quand elle est nécessaire, ce qui est rarement le cas en pédopsychiatrie, que dans un cadre adjuvant par rapport à la psychothérapie. Et les psychothérapies d’inspiration freudiennes sont, à ma connaissance, celles qui sont suivies d’effets lorsqu’elles sont pratiquées dans de bonnes conditions, c’est-à-dire par des gens formés et ouverts aux autres dimensions de la souffrance psychique des enfants, aussi bien aux aspects anthropologiques que socioéconomiques.

Tirer sur le pianiste freudien par provocation et pour le seul plaisir de l’esthète mélancolique est une ânerie. Mais le faire en oubliant que les livres de Freud ont été brûlés par les nazis, est non seulement de la désinformation de bas étage, elle est un effort de plus en faveur de la déconstruction de la pensée complexe. Et là nous avons à faire à un champion.

Onfray : (le doigt) dans l’œil du cyclone

Préliminaire.

Dans l’oeil du cyclone


Ça continue. Henri Roudier, professeur de mathématiques au lycée Chaptal nous fait parvenir sa réaction, où il s’efforce situer la place de l’extrême droite dans le débat. 2002 -2010 : si on contextualise on n’en est plus à des soubresauts erratiques, il s’agit d’une tendance historique sur la durée. Freud, c’est sûrement un honneur, donne lieu à des attaques coordonnées sur une base idéologique cohérente, visant à crapuliser la psychanalyse sur le socle sous-jacent d’accusations insistantes dans le registre bien entendu masqué de l’antisémitisme, qui signe la chose du côté du « détail », celui qui tue.

Cela permettra immédiatement à ceux qui savent se repérer dans ce genre de littérature et de paysage, de savoir immédiatement où ils sont, avec Michel Onfray. Il est plus inquiétant d’observer que des gens de gauche demeurent aveugles à l’évidence et introduisent le vampire dans la demeure. Ainsi nous apprenons que Le Monde vient d’attribuer une chronique à notre pourfendeur célinien. Abasourdissant.

C’est le mérite de la réaction spontanée d’intellectuels de tous bords d’avoir alerté de l’arrivée du loup aux abords de la bergerie. On se plaisait à penser que plus jamais on n’aurait à rencontrer ce style. Eh bien { {le plus jamais ça n’aura fonctionné, on aurait pu s’en douter, qu’un temps. La nouvelle génération n’a pas connu ce genre de littérature, ce ton terrible. Elle n’est pas immunisée. À nous, qui l’avons connu, de l’en prévenir. Ne jamais, au grand jamais, y prêter le flanc.

Philippe Grauer}}


Il y a cinq ans déjà le  Livre noir de la psychanalyse  proposait un montage hallucinant de quelques travaux historiques déjà connus et fort discutables sur la psychanalyse d’une part, et de textes militants pour la promotion des thérapies cognitives et comportementales. Ainsi l’un des auteurs de l’ouvrage, Jean Cottraux, a participé à l’élaboration du fameux rapport de l’INSERM publié quelques mois auparavant ; ce rapport prétendait établir la supériorité de ces thérapies sur toutes les autres psychothérapies en se basant sur une méthode statistique totalement biaisée.

A l’époque le livre fait la une du Nouvel Observateur dirigé par Laurent Joffrin qui s’obstine à voir dans ce livre un équivalent du  Livre noir du communisme . Depuis les temps ont changé et Laurent Joffrin a quitté Le Nouvel Observateur pour Libération où manifestement il continue à défendre les mêmes positions. Quant à l’Observateur, il est revenu à une position rationnelle et s’est engagé à nouveau dans une démarche qui lui fait honneur (cf numéro récent intitulé : Pourquoi la psychanalyse ).

Si les auteurs du Livre noir venaient de tous les horizons politiques, on ne pouvait les situer à l’extrême-droite. Il n’en est pas de même de l’ouvrage de Jacques Bénesteau, paru en 2002 intitulé  Mensonges freudiens. Histoire d’une désinformation , préfacé par Jacques Corraze, psychiatre et ancien professeur à la faculté de Toulouse, proche des thèses du Front national. On sait que Benesteau et le Club de l’Horloge ont intenté en février 2005 un procès en diffamation à Élisabeth Roudinesco pour un article paru dans Les temps modernes (n° 627) intitulé “Le Club de l’Horloge et la psychanalyse. Chronique d’un antisémitisme masqué”. Le club de l’Horloge et J. Benesteau ont perdu le procès. Moment d’autant plus intéressant que se trouvait en jeu un concept historique et linguistique, celui d’antisémitisme masqué (2).

Or dans son pamphlet intitulé  Le crépuscule d’une idole. L’affabulation freudienne , M. Onfray adopte la thèse de Benesteau selon laquelle il n’y avait pas d’antisémitisme à Vienne durant l’entre-deux-guerres car les Juifs occupaient des postes importants dans tous les secteurs de la société. Il y fait également l’éloge de  La scolastique freudienne  (Fayard, 1972), ouvrage de Pierre Debray-Ritzen, pédiatre et fondateur de la Nouvelle droite, connu à l’époque pour ses positions contre le divorce et l’avortement. M. Onfray peut donc continuer à se prétendre d’extrême-gauche ou libertaire, mais force est de constater que ses textes s’inscrivent dans une toute autre tradition et que sa plume emprunte souvent les chemins de la rhetorique de l’extrème-droite ; on en trouvera d’ailleurs une illustation saisissante dans sa réponse au texte d’Elisabeth Roudinesco. En témoigne également, dans un autre registre, son ouvrage sur Charlotte Corday.

Il faut également dire un mot du site internet psychiatrie und ethik. Il s’agit bien d’un site d’extrème-droite ; le logo en est un décalque étonnant de celui du Front national et Laurent Joffrin (cette fois plus lucide) l’observait lui-même en octobre 2005 dans une réponse à une lettre ouverte de S Bialek. Voici l’extrait :

« … Ai-je poussé la curiosité jusqu’à m’informer du contenu du site psychiatrie und ethik ? demandez-vous. Oui, dès le mois d’août dernier, quand les premières accusations contre les auteurs du Livre noir ont été formulées. Nous nous sommes renseignés et il est vite apparu que les auteurs du Livre noir avaient été impliqués dans ce site sans en connaître la louche orientation politique. Ils ont tous rompu avec ce courant dès qu’ils en ont constaté la nature idéologique… »

Enfin il faut faire état de la lettre qu’a adressée l’un des auteurs du Livre noir, M. Borch Jacobsen à Jacques Bénesteau le 24 décembre 2003. En voici le contenu :

“Je vous saurais gré de cesser de me faire parvenir la littérature du Club de l’horloge, officine bien connue de l’extrême-droite française. En ce qui concerne mes rapports avec Elisabeth Roudinesco, il est de notoriété publique que je suis depuis de longues années en désaccord complet avec ses positions. Ceci toutefois ne saurait m’inciter à me rallier aux chemises brunes intellectuelles avec lesquelles vous avez jugé bon de vous associer. J’ai le plus grand mépris pour tout ce que représente le Club de l’horloge et je ressens comme une insulte que vous ayez pu songer un seul instant que je m’associerais à cette provocation”

On se demande comment aujourd’hui le même Borch-Jacobsen peut accepter une alliance avec Michel Onfray (comme on le voit par exemple dans une émission récente de  TV : La grande librairie).

On se demande de même comment Laurent Joffrin dans son éditorial du 17 avril 2010 en adoptant à nouveau une posture soi-disant objective, cette fois pour défendre le livre de Onfray, peut favoriser sans même s’en rendre compte les thèses de l’extrème-droite et entraîner son journal dans une telle dérive.

La dictature du marché expliquerait-elle ces prises de position ?

Henri Roudier

Bulletin de la SIHPP (ioi même)

Trois ans !

Le plus intelligent

C’EST le plus intelligent de mes trois enfants « , précise d’entrée de jeu Michel Girard, qui ajoute que, du côté des deux autres,  » l’un est commandant de bord, l’autre a fait Sciences Po et Dauphine « . Depuis un mois en demi, ce père n’a pas vu son fils Laurent, 40 ans, hospitalisé dans un établissement psychiatrique.

Après sa dernière visite, le malade a fugué durant une nuit, avant de se représenter le lendemain, ravi. Ses parents ont demandé à le revoir, mais attendent toujours une autorisation. La dernière sortie de Laurent avec sa famille, c’était il y a bientôt deux ans.

C’est à l’âge de 22 ans que, de retour d’un rendez-vous avec son psychologue, il a dit à son père et sa mère qu’il voulait être hospitalisé.  » Une douche froide « , se souvient Michel Girard, retraité et président de l’Union nationale des amis et familles de malades psychiques (Unafam) des Hauts-de-Seine. Depuis l’adolescence, les parents de Laurent et certains professeurs voyaient bien qu’il était  » en révolte « , mais aucun diagnostic médical n’avait pu être posé. Laurent est allé jusqu’en terminale, mais n’a jamais eu son bac, ce qui ne l’empêche pas de faire de la programmation informatique. On dit qu’il est psychotique.  » Il peut être envahi par des hallucinations visuelles et auditives qui le terrorisent « , explique son père.

Peu à peu, ses rechutes se sont aggravées. Après des années d’allers-retours volontaires entre son domicile et une clinique psychiatrique, le personnel soignant a estimé qu’il fallait l’hospitaliser sans consentement. Il aurait pu devenir dangereux pour lui-même. Cela a été une nouvelle étape.

Trop long

Une fois, son père a même dû signer une demande d’hospitalisation. Un moment douloureux.  » Je l’ai fait parce que cela permettait un meilleur suivi « , dit-il. Il sait que Laurent est, pour les médecins,  » un cas complexe « .

Cercle vicieux

Depuis trois ans maintenant, le jeune homme reste hospitalisé. Sa famille trouve cela trop long et voudrait quitter ce  » cercle vicieux  » dans lequel elle se sent enfermée. Si les derniers contacts de Laurent avec les siens ont été suivis d’une rechute, ils y voient le signe d’un besoin de sortir.  » Le problème, c’est qu’il tourne en rond dans sa tête, estime son père. Ce n’est pas en lui faisant mettre des lettres dans des enveloppes, une activité inadaptée à son niveau, que cela peut fonctionner. « 

Même s’il pense que son fils ne sera pas concerné, Michel Girard est favorable à l’obligation de soins sous contrainte hors de l’hôpital. Il trouve cependant le projet de loi incomplet, considérant que la réflexion doit aller au-delà du traitement médicamenteux.

Des lieux intermédiaires

Qu’il faut trouver des lieux intermédiaires pour que les malades ne restent pas inoccupés chez eux.  » Le problème, en France, c’est la barrière qui existe entre le médical et le social, conclut-il. Et le manque de prise en charge, dû à la fermeture de structures d’accueil. « 

L. Cl.

Hospitalisation sans consentement


Une grave question de société, abordée au départ sur coup de pulsion du pouvoir, un accident (rarisssime), une loi (sécurissime). Le collectif La nuit sécuritaire continue de faire pression pour épargner à la psychiatrie sa politisation sécuritariste.

Naturellement les quatre côtés du Carré psy sont solidaires et ce qui arrive à l’un par contre-coup affecte les autres. Ce qui explique à quel point il est délicat de toucher à n’importe quelle pièce du système sans voir les trois autres réagir vivement, les solidarités et les oppositions s’accentuer.

Les enjeux idéologico politiques et souvent corporatistes sont considérables, car c’est à l’humain qu’on touche. Que ce soit pour se mettre à l’abri d’autrui ou pour lui venir en aide n’est pas indifférent. À un moment donné quelle tendance est sur le point de l’emporter ? Que ce soit par la méthode médicamenteuse et davantage, de confinement, ou par la libération par la parole (y compris psychocorporelle) — les deux pouvant se combiner. On peut également voir le médical ou le médico psychologique s’efforcer de prendre l’avantage. On peut voir le médical DSM s’appliquer à ruiner le processus de subjectivation. On peut voir le politico idéologique colorer le médical et une inflation neuro TCC occuper tout l’espace psychologique.

On n’est pas près de voir disparaître pour autant ni la psychanalyse ni la psychothérapie relationnelle. Mais on peut assister régulièrement à des moments de tensions et de conflits entre les différents continents qui bougent sans arrêt sur cette terre carrée que constitue le Carré psy, sous les poussées des tendances politiques profondes et de longue durée qui en animent le socle.

PHG


Les hospitalisations sans consentement, régies par la loi du 27 juin 1990, représentent 15 % des hospitalisations en psychiatrie.

HDT

L’hospitalisation à la demande d’un tiers

Elle est demandée par un proche d’une personne malade. L’état de santé du patient doit imposer des soins immédiats assortis d’une surveillance constante. La mesure empêche le patient de sortir librement. Elle est levée sur avis médical.

HO

L’hospitalisation d’office

Elle est prise par le préfet ou le maire pour les personnes qui compromettent l’ordre public ou la sûreté. Le malade ne peut quitter l’hôpital. La mesure est levée par le préfet sur proposition médicale ou le juge judiciaire.


Élargissement en ville des soins sous contrainte ?

Jusque-là cantonnés à l’hôpital psychiatrique, les soins sous contrainte pourraient être élargis à la ville. C’est là l’évolution principale de l’avant-projet de loi  » relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques « , qui modifie la loi de 1990 sur l’hospitalisation sans consentement. Annoncée depuis des années, cette réforme fait actuellement l’objet d’une concertation entre le ministère de la santé, les syndicats de psychiatrie, les patients et leurs familles.

Soigner contre son gré

Est-il possible d’obliger une personne atteinte de troubles psychiques à se soigner, en dehors de l’enceinte de l’hôpital ? De nombreuses inquiétudes s’expriment et le débat fait rage. Rien de plus normal, selon le docteur Yvan Halimi, le président de la Conférence des présidents des commissions médicales d’établissements des centres hospitaliers spécialisés (CME-CHS) :  » La psychiatrie est la seule discipline médicale où l’on peut soigner quelqu’un contre son gré, et porter ainsi atteinte aux libertés individuelles « , rappelle-t-il.

Ministère de la Santé et non de l’Intérieur

Le contexte de cette réforme est particulier. C’est en effet après le drame de Grenoble, où un malade ayant fugué de l’hôpital avait poignardé un étudiant, que le président de la République avait demandé, fin 2008, une réforme des règles d’hospitalisation dans un sens plus sécuritaire. Certes, le fait que le projet de loi soit porté par le ministère de la santé et non celui de l’intérieur a rassuré les professionnels de la santé, mais beaucoup estiment que l’objectif n’est pas uniquement sanitaire.

Délai de 72 heures

Concrètement, le texte prévoit la mise en place, à l’arrivée d’un malade à l’hôpital, d’une période d’observation de son état de 72 heures maximum. Sera alors décidé s’il peut rentrer chez lui, s’il sort mais avec une obligation de se soigner, ou s’il reste hospitalisé, sous le régime de l’hospitalisation libre ou sans consentement. En cas de sortie sous contrainte, un calendrier sera fixé avec l’hôpital pour que le malade y soit régulièrement suivi par un psychiatre. En cas d’écart, la direction préviendra le représentant de l’Etat. Une réhospitalisation pourra s’ensuivre.

Extension en ambulatoire

Les familles de malades mentaux demandaient cette extension, en ambulatoire, de la prise en charge sous contrainte. Parce que tout le monde n’a pas besoin d’être hospitalisé, mais aussi parce que hors structure psychiatrique, le suivi des malades a besoin d’être amélioré.  » Nous savons tous que la nécessité de soins sans consentement se fait sentir quand nos proches sont dans une situation de souffrance extrême ou de risque « , explique Jean Canneva, président de l’Union nationale des amis et familles de malades psychiques (Unafam), en faisant référence aux appels au secours de la mère du jeune schizophrène qui a poussé, début avril, un passager sur les voies du RER.

Autre disposition du texte, il permet de faciliter la prise en charge sans consentement d’un malade par le seul corps médical, sans l’accord d’un tiers. Un point qui séduit, car parfois aucun proche du malade ne voulait signer l’autorisation d’hospitalisation sous contrainte, de peur de se le voir reproché.

Avancées indéniables

Globalement, les représentants des familles (Unafam) et des usagers (Fédération nationale des patients en psychiatrie-Fnapsy) voient dans le texte  » des avancées indéniables « . Le délai de 72 heures d’observation est considéré comme une garantie contre les internements abusifs, comme le renforcement du rôle du juge judiciaire qui pourra être saisi pour ordonner la levée de la contrainte. Néanmoins, les familles et les usagers ont demandé des précisions sur les modalités de retour à l’hôpital, avec une répartition claire des rôles entre acteurs (soignants, pompiers, ambulanciers, policiers) et sur les cas qui seront concernés par le soin contraint hors hôpital.

« Expert en ordre public » — Bokobza contre

Les psychiatres, de leur côté, sont loin d’être tous favorables à la future loi. Les avis divergent sur l’impact de l’élargissement du soin contraint. Selon le ministère de la santé, il n’y aura pas d’augmentation du nombre de prises en charge sans consentement : elles ne devraient être proposées que quand l’état du malade le permettra. D’un avis totalement opposé, le collectif La nuit sécuritaire juge que le texte aboutira à un  » contrôle social des individus « . Farouche opposant au projet de loi, le docteur Hervé Bokobza, membre du collectif, redoute une perte de confiance entre les psychiatres et certains patients, comme les SDF.  » Le psychiatre sera mis dans une position d’expert en ordre public, et non plus de soignant « , juge-t-il.

30% de psychiatres en moins d’ici 10 ans

Beaucoup de craintes émergent sur l’impact de la réforme sur le travail des psychiatres. Angelo Poli, président du Syndicat des psychiatres d’exercice public, est favorable aux soins sous contrainte hors hôpital, mais il estime – et il n’est pas le seul – qu’il y aura un problème de manque de moyens pour suivre les malades, alors que  » dans les dix ans à venir, 30 % des psychiatres vont partir à la retraite « .

Sanitaire ou sécuritaire ?

S’agit-il donc d’une loi sanitaire ? Ou plutôt d’une loi sécuritaire ? Olivier Boitard, pour l’Union syndicale de la psychiatrie, évoque un texte de  » police sanitaire « . Une formule qui résume bien l’inquiétude d’une partie de la profession.

Laetitia Clavreul
© Le Monde
20 avril 2010

Onfray : « les dérives de l’intellectuel médiatique »

par Guillaume Mazeau

Levée de boucliers sur internet contre l’intellectuel falsificateur Michel Onfray, qui fait mousser sa haine en en accablant Freud. Voici ce qu’un autre historien dit du rapport de Michel Onfray à l’Histoire. Un rapport désinvolte, irresponsable, irrespectueux de son sujet comme de son public, qui compte s’en sortir si on le confronte à ses incohérences et positions d’extrême droite revêtues d’un déguisement de gauche qui laisse distinguer suffisament l’oreille du loup sous le masque, par pirouettes, insultes et diffamation.

Regardez comment il procède, finalement son art du brûlot ne date pas d’hier, reconnaissons lui ce mérite. Examinons avec soin et calme sa méthode et son art de l’excès populiste

Alors, on ne se laisse pas enfermer dans un vaste « ils sont tous aussi fous furieux les uns que les autres » et puisqu’il n’y a pas de fumée sans feu il doit certainement avoir un peu raison. On connait ce genre de raisonnement et de manipulation. On n’est pas forcé de tomber dans le panneau au motif qu’il serait grossier.

En tout cas, sur internet ça réagit. Voyons ce que la presse va faire.

Philippe Grauer


Avant même sa parution, le dernier brûlot écrit par Michel Onfray contre Freud ( Le crépuscule d’une idole , Grasset), fait déjà l’objet d’un violent débat. Beaucoup de bruit pour rien ? L’historienne de la psychanalyse Élisabeth Roudinesco n’exagère-t-elle pas en décrivant Onfray comme un usurpateur qui réhabilite les thèses de l’extrême droite? Bien au contraire.

Les dérives de l’intellectuel médiatique ne sont pas nouvelles et méritent d’être portées à la connaissance du public. En 2009, Michel Onfray a publié une apologie de Charlotte Corday (La religion du poignard. Éloge de Charlotte Corday, Galilée). Sortie dans une relative indifférence mais plutôt bien accueillie par les médias, cette histoire est pourtant historiquement médiocre et politiquement scandaleuse. Dans ce brûlot truffé d’erreurs énormes, Onfray veut montrer que Charlotte Corday peut aujourd’hui inspirer ceux qui lassés d’une gauche impuissante et rongée par les luttes fratricides, restent fidèles à l’action et à la vertu. Marat, censé personnifier cette gauche dévoyée, est stigmatisé comme un charlatan, un fou et un dictateur… clichés colportés par l’extrême droite depuis deux siècles.

En les reprenant, Onfray ignore superbement les dizaines de travaux scientifiques publiés depuis une quarantaine d’années et qui ont contredit cette image. Presque à chaque page, le lecteur se voit infliger les citations les plus haineuses, inventées de toutes pièces. Ainsi, Marat n’a évidemment jamais dit «je voudrais que tout le genre humain fût dans une bombe à laquelle je mettrai le feu pour la faire sauter» (p. 27)… Non, les élites politiques de la Révolution n’étaient pas toutes corrompues. Non, les sans-culottes ne peuvent pas être décrits comme des cannibales ni comme des sauvages. Comment Onfray peut-il réduire la Terreur à une immense giclée de sang due à des meurtriers en série comme Marat ou Sade (chap. 9) ? Surtout, jamais Charlotte Corday n’a été athée ni libertaire, mais une noble défendant une conception conservatrice des rapports sociaux et de la religion ! Michel Onfray se rend-il compte que la quasi-totalité de ce qu’il dit provient de Mémoires ou d’écrits apocryphes pour la plupart publiés au 19e siècle par l’historiographie catholique et royaliste?

Mais est-ce un hasard? La Charlotte Corday qu’Onfray cherche à ériger en modèle n’a jamais existé… sauf sous la plume des déclinistes proches de la droite fascisante qui comme Onfray aujourd’hui, suggéraient qu’il était possible de sortir de la crise des années 1930 à coups d’antiparlementarisme et d’appels à la violence. Lorsqu’elles sont commises par un des auteurs les plus médiatiques et les plus aimés du grand public, ces révisions de l’histoire et ces dérives idéologiques sont susceptibles d’être dangereuses. Elles doivent donc être dénoncées avec la plus grande fermeté.

Guillaume Mazeau, maître de conférences à l’Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne,

Institut d’Histoire de la Révolution française et membre du CVUH.

Auteur du Bain de l’Histoire. Charlotte Corday et l’attentat contre Marat (1793-2009). Seyssel, Champ Vallon, 2009.


Michel Onfray. La Religion du poignard. Éloge de Charlotte Corday . Paris, Galilée, 2009, 80 p.,

Michel Onfray est-il la nouvelle victime de Charlotte Corday ? Depuis la fin du 18e siècle, la liste de ceux dont « l’ange de l’assassinat » a fait perdre la tête ne cesse de s’allonger. S’il existe bien un retour de flamme pour Corday, gratifiée d’une section dans l’exposition Crime et Châtiment au musée d’Orsay (16 mars – 27 juin 2010), le coming out d’Onfray ne peut que surprendre et inquiéter, surtout lorsque celui-ci reçoit la bénédiction de la critique la plus installée (Jérôme Garcin, « Michel Onfray : pour Charlotte », Le Nouvel Observateur, 5 mars 2009). Car cet éloge est un brûlot mal inspiré, jamais fondé, truffé d’erreurs, ponctué d’attaques haineuses, arbitraires et pour tout dire, populistes. L’ouvrage a le mérite d’être engagé. Onfray entend montrer que Charlotte Corday doit inspirer tous ceux qui, lassés d’une gauche de ressentiment, impuissante et rongée par les haines et les envies, demeurent fidèles à l’action, à la morale et à la vertu, trilogie qu’Onfray résume en reprenant une expression de Michelet : la « religion du poignard ».

La principale cible d’Onfray, c’est bien sûr Marat, censé personnifier le cynisme des hommes d’une gauche dévoyée, qui profitent de la Révolution pour assouvir leurs frustrations sociales et libérer leurs pulsions : « ce fils de curé, diplômé fraudeur, médecin charlatan, scientifique de caniveau, vivisecteur d’arrière-boutique et acheteur de cadavres humains, obtient une charge de médecin des gardes du comte d’Artois par la faveur d’une patiente dont il soigne la fureur utérine en payant de sa personne » (p. 24). Ce fiel suffit : le livre ne parvient jamais à se hisser au-dessus des délires les plus gratuits dont la droite extrême nous rebat les oreilles depuis deux siècles. Comme tant d’autres avant lui, Onfray décrit Marat, paria de l’histoire française, comme un scientifique raté, un maniaque sanguinaire responsable de « crimes de masse », rêvant de dictature pré-totalitaire. Pour Marat, la Révolution française ne serait que « l’occasion d’exprimer son ressentiment comme on sort le pus d’un bubon » (p. 24) ! Ces clichés dépourvus d’imagination, issus de la propagande contre-révolutionnaire de 1793, sont depuis longtemps balayés par de très nombreux et sérieux travaux qui ont étudié la carrière scientifique, juridique et journalistique de Marat, contesté son image de tribun omnipotent et surtout réfléchi sur les concepts de « dénonciation civique », très différente de la « délation » ou de « diffamation », ou sur la notion de « dictature » conçue par Marat comme provisoire et collective, instaurée pour sauver la République sur le modèle romain. Ces travaux replaçant Marat dans le contexte des petits hommes des Lumières, sont superbement ignorés par Onfray. Tout au long du livre, le lecteur se voit infliger les citations les plus haineuses, inventées de toutes pièces. Marat n’a évidemment jamais dit « je voudrais que tout le genre humain fût dans une bombe à laquelle je mettrai le feu pour la faire sauter », p. 27… Eh non, le bras de l’Ami du peuple n’est jamais tombé au milieu de la foule pendant la pompe funèbre… (p.79) À côté de telles inepties, le scandale de « Botul », cet auteur imaginaire pourtant sérieusement cité par Bernard Henri-Lévy dans son dernier livre (De la guerre en philosophie, 2010), n’est finalement qu’une broutille.

D’ailleurs, à qui nos critiques s’adressent-elles ? A Onfray, Michelet… ou Balzac ? Signé par un des intellectuels les plus médiatiques des années 2000, cet essai a au moins le mérite de poser la question cruciale de la définition de l’ « auteur », de l’ « historien » et du statut du récit historique aujourd’hui. Visiblement rédigé à la va-vite, ce texte ne repose évidemment pas sur un travail d’archives. Le recours à la fiction est évidemment un droit et une pratique classique de l’écriture de l’histoire, mais il est contestable lorsqu’il n’est pas explicitement exprimé. Or ici, Onfray rompt le contrat de vérité qu’il instaure avec le lecteur, en ne précisant jamais quel est son rapport aux faits. L’essai est un medley de textes qui relèvent eux-mêmes d’interprétations et de compilations, pour la plupart écrites au 19e siècle… Or l’ « auteur » ne s’interroge jamais sur leur nature. Cette paresse de la pensée conduit Onfray à paraphraser, durant de longues pages, des récits tout simplement apocryphes, issus… de la droite la plus conservatrice ! Ainsi, les récits édifiants des derniers moments de Charlotte Corday, chantés par toute la droite cléricale du 19e siècle, sont repris presque tels quels par l’admirateur Onfray, philosophe athée et libertaire, qui se place sans le savoir sous l’autorité des Mémoires de Sanson…, écrites par le jeune Balzac, écrivain très catholique et très royaliste ! Enfin, bien des anecdotes (le refus par Corday de porter au toast au roi ou son arrivée chez une tante inconnue après la fermeture des couvents) ont été tout simplement inventées de toutes pièces au 19e siècle par Madame de Maromme, une légitimiste soucieuse, une fois la Révolution passée, de profiter commercialement de son ancienne amitié avec Corday… mais aussi de s’en démarquer !

Dans cet essai, les élites, toutes corrompues, ne trouvent pas plus grâce aux yeux de l’auteur que les classes populaires, déshumanisées avec un dégoût qui ferait presque rougir de honte Le Bon et Taine réunis (« la meute maratiste de chiens en furie abat, tue, massacre, extermine », p. 32). Onfray refuse de voir les sans-culottes autrement que comme des sauvageons, gratifiés d’une conscience politique tout juste proportionnelle au volume de leur estomac, (« Le peuple ne veut ni la Liberté ni la République, il souhaite manger à sa faim, sans plus »). Quelques heures de travail suffisent pourtant pour recenser la longue liste de travaux qui décrivent sans angélisme, la lente politisation des Français au gré des multiples conflits du XVIIIe siècle ou ceux qui montrent que les sans-culottes parisiens passèrent la majeure partie de leur temps, non à massacrer ni à dévorer leurs ennemis (Onfray croit-il vraiment que le cannibalisme fut une pratique courante pendant la Révolution française ?), mais à inventer des pratiques démocratiques ou à participer au maintien de l’ordre. Au fil des pages, tous les clichés défilent : comment Onfray peut-il définir le fédéralisme comme le refus du centralisme jacobin (p.45) ? Comment peut-il réduire la Terreur à une immense giclée de sang due à des meurtriers en série comme Marat ou Sade (chap. 9) ?

Quant à la Charlotte Corday que chérit Onfray, elle n’a tout simplement jamais existé… sauf sous la plume des historiens des Années Noires, hantés par l’idée de déclin et fascinés par les figures du nationalisme. Ainsi, l’héroïne de cet essai (chapitre 6) n’est qu’un triste avatar de la viking et de l’aryenne jadis célébrée par les historiens de l’Action française ou de la droite fascisante. Quelques recherches sur internet montrent d’ailleurs l’excellente réception de ce livre dans les milieux traditionalistes et royalistes. Emboîtant le pas de ceux qui ont exprimé leur dégoût du monde en trouvant refuge dans l’antilibéralisme et les Anti-Lumières, Onfray voit en Corday une vierge romaine (chap. 6 : la virginité est-elle donc une vertu ?), héritière des héroïnes de Plutarque et de Corneille… à ceci près, et ce n’est pas l’invention la moins piquante, que cette Charlotte-là est décrite comme une libertaire athée, sous l’unique prétexte qu’elle a refusé l’assistance d’un prêtre avant l’échafaud (p.51) ! Prisonnier de ses propres idées, l’ »auteur » nous inflige ici son plus gros contresens. Ancienne pensionnaire bénédictine, Corday exprimait des opinions religieuses en réalité conservatrices, méprisant les ordres mineurs, refusant tout contact avec le clergé constitutionnel (d’où son rejet d’un confesseur), vivant en partie son attentat suicide comme un acte de foi digne des premières martyres chrétiennes.

Un objectif politique préside à cet essai : présenter l’assassinat de Marat comme un geste sublime et célébrer Charlotte Corday comme un remède à l’anomie de la vie politique actuelle, présentée comme pourrie et vide de sens. La victoire de Corday face à Marat dans la mémoire collective, indéniable, est comparée à celle de la Résistance face à toutes les formes d’oppression et « celle de tous ceux qui, aujourd’hui, opposent la vertu à la corruption politique » (p. 81). C’est en comparant brièvement le 13 juillet 1793 au 18 juin 1940 qu’Onfray, qui dédie son livre à un ancien résistant, révèle peut-être le mieux l’objectif de ces chassés-croisés entre le présent et le passé : arracher les Français au nihilisme contemporain, les inciter à l’action politique et même au passage à l’acte. Quitte à célébrer l’usage de la violence politique et à recourir aux révisions les plus dangereuses de l’histoire.