Que philosopher c’est apprendre à mourir à soi

Art de vivre. La psychothérapie relationnelle peut y conduire, à chacun la responsabilité de s’en trouver un bien à soi, d’une singularité qui n’ôte pas au contexte ses mérites, nous inventons peu, nous reprenons et aménageons, incarnant la plupart du temps notre époque à notre insu. Le philosophe et le religieux permettent à certains de tenir. Leur vie dans le cadre de contraintes parfois bien contraignantes. Faire de sa contrainte l’outil de sa libération voilà le paradoxe pas forcément à la portée de tous, il reste aux autres l’admiration ou la modélisation plus ou moins lointaine. Il reste aux autres la réflexion. Et aux praticiens en psychothérapie relationnelle une petite pointe de méditation distanciée.

Où l’on distigue que notre discipline évite l’idéologisation et ne propose aucun modèle. C’est ainsi que nous vous répercutons ce billet que nous adresse une collègue chère.

Bonjour,

Alexandre JOLLIEN vient de nous donner un nouveau livre où il partage son combat pour un art de vivre qui, à ses yeux, justifie toute quête philosophique (1). Après avoir vécu 17 ans dans une institution spécialisée pour personnes handicapées physiques, suite à un grave accident lors de sa naissance, Alexandre Jollien poursuit une œuvre qu’il appelle lui-même son « métier d’homme ». « Elle gravite, écrit-il, autour de trois vocations : celle de père de famille, celle d’écrivain et la dernière, celle à côté de laquelle je serais bien volontiers passé : la vocation de personne handicapée ». Ce mot de vocation est pour lui important : « Je préfère parler de vocation plutôt que de sens de la vie car elle m’installe dans le présent alors que le sens vient toujours après, semble-t-il » (2). Et il poursuit « Mourir à soi par les vocations constitue à mes yeux la voie royale ! Je souhaite accomplir impeccablement la tâche que m’assigne la vie ! (…) Embrasser une vocation réclame une reddition venue de l’intime. Jamais on ne dictera à quiconque d’épouser la réalité. Tristes sont les mariages forcés » (3)

Cet authentique philosophe nous fait partager, au quotidien, son travail intellectuel et spirituel aux prises avec ce que le philosophe Emmanuel Kant appelle « les trois manies : la manie de l’honneur, celle de la possession et la manie de la domination ».Avec un grande lucidité, il débusque les pièges de la possession jusque dans la recherche du dépouillement : « À côté de mon rêve de normalité, je débusque un autre désir, tout aussi violent : mon désir de dépouillement a déjà fait déborder quelques rayons de ma bibliothèque ! Confondant paradoxe. A quoi bon chercher dans l’avoir ce qui ne s’obtient que dans la pratique et l’abandon ? » (4).

Jollien découvre qu’il convient d’oublier la quête d’un idéal qui, « trop exigeant, m’épuise et me tue » pour faire de la joie un guide, un moteur sur les chemins de l’existence. « Retenir que la joie n’advient pas qu’au bout du chemin. Elle est l’unique bagage que je me dois d’emporter. Souvent je sacrifie le plaisir de cheminer pour ne considérer qu’une idéale et trop lointaine destination : « quand j’aurai accompli cela, je serai heureux ! » (…) Comment savourer la joie dans le présent ? Comment cesser de vivre toujours à un stade préparatoire ? » (5).

Dans la pratique du Zen, il trouve un chemin vers cette libération. « Je pourrais, écrit-il, continuer à aligner les pages et faire mille théories sur l’art de vivre : tant que je m’accrocherai à ce que je suis et à ce que je possède, je n’irai pas loin ! tant que ne m’ouvrirai pas au présent, tout ce que j’accomplis ne sert de rien ! » (6).

Alexandre Jollien ne sépare pas sa réflexion philosophique, ses exercices spirituels et sa foi. « Se blinder contre l’existence, voilà la tare invétérée ! La vie me donne sans cesse des maîtres et des guides. L’humour et le rire de ma famille m’ont révélé que le goût de l’existence peut triompher de la souffrance : le père Morand m’a convié à me tourner vers l’intériorité plutôt qu’à chercher au-dehors les motifs de ma joie ; l’enthousiasme de mes enfants, tous les jours, m’enseigne à désapprendre mes peurs et à oser tant bien que mal un tout petit peu d’amour de soi… »

Et ce philosophe qui affronte au quotidien les regards apitoyés ou amusés que provoque sont handicap conclut : « je note que le rire me réconcilie avec l’existence, qu’il me met en paix, qu’il fait la paix. Il atteste une réconciliation avec nos limites, il incarne la douceur, la tendresse. Il exige une sincérité, une franchise, une transparence et, dans le même temps, un petit recul envers le personnage que bien des fois nous jouons. Rire conduit à un généreux détachement » (7).

(Chronique hebdomadaire de Bernard Ginisty diffusée sur RCF Saône & Loire le 04/09/2010)


(1) JOLLIEN Alexandre . Le philosophe nu. Éditions du Seuil 2010, 200 p., 15 euros.-

Site Internet d’Alexandre Jollien: www.alexandre-jollien.ch
(2) page 73
(3) page 188
(4) page 101
(5) page 33
(6) page 144
(7) page 176

Le sarkozysme comme idéologie

http://www.dazibaoueb.fr/article.php?art=14908&rech=25986

Hélène Chaigneau, monument de la psychothérapie institutionnelle, s’en va sa bonne femme de chemin

90 ans à peu près et beaucoup d’écriture, une écriture discrète qu’on était en train de recollecter. Une psychiatre ancien modèle, du temps où l’inconscient n’avait pas été supplanté par les TCC avec de la Mindfullness comme supplément d’âme, une spécialiste de la schizophrénie. C’est notre Jacques Tosquellas qui a de précieuses choses à dire à propos d’Hélène Chaigneau, une des ancêtres de la psychothérapie institutionnnelle à laquelle nous devons tant. L’ami Joseph Mornet aussi devrait collaborer. Nous attendons leur communication.

Philippe Grauer


…/ « je ne reprendrai pas ici les arguments subtils et très nuancés d’Hélène Chaigneau, (je suis de ceux qui lui demandent instamment d’écrire, en réalité il faudrait que quelqu’un l’interviewe)… elle précisait quel travail psychique les soignants devaient déployer pour être présents’ en laissant le patient libre. Il est indispensable que nous soyons au clair avec cette question pour poursuivre notre travail. Elle est en continuité avec notre réflexion sur les passages’, où nous cherchons à préciser ce que nous allons transmettre lorsqu’un patient quitte une unité de soin pour entrer dans une autre, nous constatons que lorsqu’un soignant de l’unité qu’il quitte peut relater à un collègue de l’unité où entre le patient en la présence de ce dernier des moments qui témoignent qu’ils viennent de partager des temps de soin, ainsi il y a construction possible sur laquelle le soin à venir va s’arrimer. Mais alors il y a une évaluation à faire de ce qui est à transmettre… »

Guy Baillon.


« Petit à petit on commence à assister à l’extraction de ses articles — parce qu’elle a beaucoup écrit, cette femme, ce qu’on ne savait pas. On ne le savait pas parce que elle disait rien, elle faisait ses trucs comme ça presque en douce, c’est un ton particulier, ce n’est pas quelque chose qu’on trouve chez n’importe qui, une certaine façon de parler de ce qu’elle tourne en dérision à savoir la maladie mentale, quand on dit la maladie, on dit pas la maladie somatique, donc pourquoi dire la maladie mentale, c’est idiot, enfin, elle a bien des de points de vue comme ça très extraordinaires sur les choses. Ce que j’ai ici, c’est le livre qui sera publié chez Campagne Première, une interview, je ne sais combien d’entretiens qui se sont passés entre 1988 et 1989. »


Hélène Chaigneau, Entretien du 7 novembre 1988 (suite)

J. P. : Dernièrement André Green rappelait, au cours des Journées d’Études sur “La conduite de la cure” que nous savons plus ou moins, même quand on l’a pas présent à l’esprit, que si l’histoire du patient, l’histoire de l’enfance, l’histoire familiale, l’histoire réelle, nous ne la connaîtrons jamais que par ce qu’il en dit, par contre l’histoire des séances du déroulement, ça nous en sommes les dépositaires et les acteurs avec lui.

H. C. : Tout à fait, tout à fait.

J. P. : Est-ce que pour vous l’Historial c’est aussi ça ?

H. C. : Oui, oui.

J. P. : Dans les soins que nous…

H. C. : Oui oui, ça ça va assez bien ensemble.

J. P. : Sauf que le schizophrène soigné dans une institution, par une équipe, on est plusieurs à être dépositaires de ce déroulement d’histoire.

H. C. : Tout à fait, c’est pour ça que ça va ensemble, je ne dirais certainement pas que c’est la même chose, sûrement pas. Et puis c’est pas la même chose non plus parce que dans la cure, nous sommes dépositaires d’une histoire qui est directement en rapport avec l’histoire d’un transfert, alors que dans l’établissement de soin, dans le cadre institutionnel il y a bien du transfert, mais il y a cent façons de l’entendre.


« Le problème : c’est son histoire, elle est en lui, elle n’est pas ailleurs, il n’y a pas à discuter, mais on sait bien que ces troubles schizophréniques font que lui ne peut pas la tolérer en lui, que tous ces objets sont à l’extérieur et que le travail qu’on a à faire avec lui c’est, par chance, d’obtenir qu’il puisse les intégrer à l’intérieur, j’allais dire les réintégrer, mais justement on n’en est même pas là.

Alors je crois que je ne prends jamais assez de précautions concernant cet historial. Parce que il ne s’agit pas d’une analogie d’une petite histoire et son histoire d’une histoire et de sa grande histoire, il ne s’agit pas du maniement d’un symbole d’histoire ou au contraire d’une image d’histoire, d’une caricature d’histoire, d’une miniature d’histoire, non, c’est pas, ça ne fonctionne pas comme ça, c’est plus délicat ! Mais il semble que ce serait, cette valeur de démonstration et de témoignage possible pour le patient, elle peut être soumise de part et d’autre, pour le patient et pour ceux qui le soignent, à une occasion de croire aussi, ce qui est une chose importante aussi, à une occasion de croire à une histoire. »

Hélène Chaigneau

Sakineh Mohammadi-Ashtiani : non à l’acharnement lapidatoire

La course contre la montre contre l’acharnement de la barbarie se poursuit. La pression ne doit pas se relâcher.

De quoi s’agit-il ?

Sakineh Mohammadi-Ashtiani a d’abord été jugée le 15 mai 2006 par un tribunal à Tabriz (nord-ouest de l’Iran), plaidant coupable du chef de « relation illicite » avec deux hommes, bien que l’incident ait eu lieu après la mort de son mari. Elle a été condamnée à la flagellation et a reçu 99 coups de fouet.

En septembre 2006, lors du procès d’un des deux hommes pour le meurtre du mari de Sakineh Mohammadi Ashtiani, cette dernière a de nouveau été mise en cause. D’après International Campaign for Human Rights in Iran, qui ne cite pas de source, elle aurait été condamnée à 10 ans de prison pour complicité de meurtre (1« ). Selon The Guardian, qui cite son avocat, elle a été acquittée de ce chef d’inculpation[5]. Elle a ensuite été déclarée coupable d’« adultère commis en étant mariée », et condamnée à mort par lapidation. Mais elle revient plus tard sur ses aveux, déclarant que ceux-ci avaient été faits sous la contrainte, et qu’elle ne parle d’autre part pas le persan, mais le turc. Sakineh Ashtiani n’a pas eu non plus d’avocat avant la fin de la procédure d’appel[6]. La Cour suprême iranienne a confirmé la peine de mort le 27 mai 2007, de sorte que seule une grâce accordée par l’ayatollah Ali Khamenei pourrait éviter l’exécution.

Selon l’agence de presse officielle IRNA, le chef des autorités judiciaires de la province de l’Azerbaïdjan oriental, Malek Ezhder Sharifi, a indiqué que Sakineh Mohammadi Ashtiani « avait commis plusieurs crimes très graves, et pas seulement un adultère »[7].

Information provenant de Wikipedia. Les notes en noir entre crochets sont lisibles comme hyperliens sur ce site.


1 • 31 août

«N’humiliez pas votre pays, sauvez cette femme»

La Règle du jeu, le magazine Elle et Libération relaient la parole d’artistes, d’intellectuels, de lecteurs en faveur de Sakineh, cette Iranienne condamnée à la lapidation.

Non à la lapidation de Sakineh Mohammadi-Ashtiani

L’Iran est un pays magnifique, un peuple ancien qui régna sur le monde connu pendant des siècles. Comment oublier la Grande Perse, les Mèdes, la civilisation de Jiroft, les Elamites, les Sassanides? Comment ne pas admirer ce peuple qui inventa l’écriture 3000 ans avant notre ère, cette civilisation qui plaçait la femme au centre de sa vie sociale, qui érigeait des palais incroyables à Persépolis.

J’aime la Perse. J’aime l’Iran. Et c’est pourquoi, Monsieur le Président Ahmadinejad, je me suis joins à l’appel lancé internationalement pour sauver Sakineh. Par amour pour votre pays, par respect pour ce peuple fier et digne, qui, ne l’oubliez jamais, a rédigé la première déclaration des droits de l’homme de l’histoire de l’humanité.

Ne crachez pas sur votre histoire, n’humiliez pas mondialement votre pays, sauvez cette femme.

En mon nom, au nom du monde de l’internet francophone dont je m’efforce, quand je le puis, de porter haut les couleurs, au nom des entrepreneurs et des humanistes qui se battent pour un avenir meilleur, sauvez cette femme.

Elle est devenue le symbole d’une pratique barbare, une pratique dont l’abolition vous grandirait mondialement: la lapidation.

Par Jean-Baptiste Descroix-Vernier, Président et fondateur du groupe Rentabiliweb.


2 • 19 août

Nous portons cette protestation à votre connaissance. Quel dommage qu’il ne s’agisse pas d’une véritable pétition, que tout le monde signerait. Cela porterait de façon encore plus audible la protestation de l’opinion publique mondiale aux oreilles des dirigeants macho intégristes.

Philippe Grauer


Une femme âgée de 43 ans et mère de deux enfants, Sakineh Mohammadi-Ashtiani, risque aujourd’hui, dans la République islamique d’Iran, l’exécution par lapidation — après avoir déjà reçu en guise de « punition » publique, et en présence de l’un de ses propres enfants, à titre d' »exemple », 99 coups de fouet —.

Mettre fin au moyen-âgisme des autorités iraniennes

Les signataires appellent « les autorités iraniennes à mettre fin à ce type de procédure, ainsi qu’à ce châtiment inique et barbare ».

Mettez fin aux exécutions par lapidation(2« ) !

Les signataires appellent « les autorités iraniennes à mettre fin à ce type de procédure, ainsi qu’à ce châtiment inique et barbare ».

Réactions

– Téhéran reproche aux Occidentaux leur ingérence

– 17 personnalités lancent un appel pour sauver une Iranienne condamnée à la lapidation.

– Le président brésilien Lula offre l’asile à une Iranienne menacée de lapidation.

L’adultère n’est ni un crime ni un délit

Ses crimes, aux yeux des autorités politico-religieuses de ce pays ? L’adultère, qui n’est ni un crime ni un délit(3« ). Mais, surtout, sa supposée complicité dans un meurtre qu’on lui a fait avouer sous la contrainte, à tel point qu’elle s’est immédiatement rétractée. On sait quoi penser de ces méthodes consistant à extorquer de prétendues vérités !

Nous, signataires de ce texte, nous appelons donc solennellement les autorités iraniennes à mettre fin à ce type de procédure, ainsi qu’à ce châtiment inique et barbare.

Nous nous associons à toutes les initiatives déjà engagées, notamment par des organisations de défense des droits de l’homme telles que Human Rights Watch et Amnesty International, en faveur de Madame Sakineh Mohammadi-Ashtiani.

Liberté pour toutes les femmes iraniennes

Au-delà même de l’urgence de ce cas particulier, c’est, plus généralement, le respect de la dignité et de la liberté de toutes les femmes iraniennes, opprimées ou menacées, que nous demandons avec une même détermination.

Signataires

Marc Bressant (écrivain, Grand Prix du Roman de l’Académie française), Luc Ferry (philosophe, ancien ministre français de l’Éducation nationale), Viviane Forrester (écrivain), Max Gallo (historien, écrivain, membre de l’Académie française), Marek Halter (écrivain), Alexandre Jardin (écrivain), Julia Kristeva (psychanalyste, écrivain), Edgar Morin (sociologue, philosophe), Gilles Perrault (écrivain), Nicolas Rey (écrivain), Elisabeth Roudinesco (historienne, université de Paris-VII), Daniel Salvatore Schiffer (philosophe, écrivain), Michel Serres (philosophe, membre de l’Académie française), Gilbert Sinoué (écrivain), Michel Wieviorka (sociologue, École des hautes études en sciences sociales).

Autres signataires

Vous et moi. Où quand et comment ? Dommage que les signataires n’y aient pas pensé. On attend toujours la grande pétition internationale qui ruine la détermination des autorités iraniennes. PHG

  • 1 « Mother of Two Faces Stoning for Alleged Adultery » [archive] sur International Campaign for Human Rights in Iran. Mis en ligne le 3 juillet 2010.
  • 2 Évidemment, l’alternative ubuesque de l’enterrer vivante, de la pendre, fusiller, tuer à coups de fouets ou Allah sait quoi d’autre ne serait pas non plus une solution acceptable. Il faut sauver sa vie. NdlR
  • 3 Les faits incriminés datent d’après la mort du mari. Inquisition pas morte ! Ou plutôt : morte en Espagne voici qu’elle renaît sous d’autres douleurs. NdlR.

MM Mdames les professeurs de Latin et de Grec : exit.

Protestation

des membres du jury du Capes de lettres classiquesÈ

La stratégie visant à éradiquer le grec et le latin de l’école publique
entre dans sa phase terminale, avec la suppression programmée du Capes
de lettres classiques, concours principal pourvoyeur des professeurs de
langues anciennes dans les collèges et lycées de France. Membres du jury
de ce défunt concours, nous avons devant nous ce qui semble devoir être
la dernière génération de professeurs de grec et de latin.

Il y aura, dès le mois de novembre, un Capes de lettres classiques
flambant neuf, sans latin ni grec. Tout au plus les candidats auront-ils
à se fendre de quelques bribes de versions, comme nos collègues de
lettres modernes traduisent parfois un peu d’anglais. Fi des
explications de Virgile, Horace, Sénèque, Cicéron, Euripide, Eschyle,
Platon. Place au contrôle de l’éthique du fonctionnaire et à l’épreuve
reine : le commentaire d’une photocopie de manuel scolaire.

Aucune autre discipline n’a eu droit à un traitement aussi privilégié ;
partout ailleurs, la réforme des concours a tout de même laissé debout
quelques épreuves qui permettent encore de vérifier la compétence des
candidats dans la discipline qu’ils s’apprêtent à enseigner ; partout.
sauf en langues anciennes. Aucune volonté politique établie, aucune
logique de rentabilité, aucun impératif économique.

Une commission de réforme des concours se réunit en petit comité ; un
inspecteur général y représente les lettres, négocie les nouvelles
épreuves, sans latin ni grec ! Chagrin de notre inspecteur : « Je fis ce
que je pus pour vous pouvoir défendre. » Le ministre valide, pas de
risque de professeurs ou de gamins dans la rue pour sauver Homère et
Tacite, et d’un trait de plume des disciplines entières disparaissent
des écrans de contrôle, sans le début du commencement d’une
justification.

Un peu d’histoire : depuis trente ans, des « hommes de progrès », plutôt
bien représentés au sein du ministère, et de son inspection générale des
lettres en particulier, luttent contre ces fléaux de l’élitisme, du
conservatisme et de l’inutilité que constitueraient le grec et le latin.
Aucune fracture droite-gauche à chercher : les pragmatiques comme les
révolutionnaires y trouvent leur compte.

Ils avaient d’abord voulu agir sur la demande (les élèves et leurs
familles), en proposant des horaires stimulants (latin pendant le
déjeuner, grec le mercredi après-midi), des innovations audacieuses
(seconde, première et terminale regroupées en une seule classe), la
technique dite du « supermarket » (« Alors on vous propose la classe
sportive, ou la classe numérique, ou la classe européenne, ou la classe
musique, ou la classe d’excellence artistique, ou la classe sciences de
l’ingénieur, ou alors du latin. »).

Mais tous ces efforts se révélèrent peine perdue. Il restait, à la
rentrée 2009, un demi-million de petits néoréactionnaires qui
s’entêtaient à vouloir étudier le grec et le latin dans les collèges et
lycées de France. Plus grave : dans un contexte où les supposées élites
se détournent massivement de l’étude des langues anciennes au profit
d’options jugées plus modernes (classe européenne, cinéma, chinois.), le
grec et le latin sont en train de devenir l’un des rares endroits où les
élèves les plus fragiles peuvent bénéficier de ce grand luxe dans
l’école d’aujourd’hui : du temps.

Du temps pour comprendre l’orthographe des mots, la grammaire d’une
langue, l’évolution d’une écriture, du temps pour l’essentiel. La
diminution drastique des horaires de français dans le secondaire rend
ces matières indispensables, du moins pour ceux qui ne peuvent apprendre
le français là où on l’apprend désormais : non plus dans une classe,
mais dans sa famille.

Dans cette étoffe d’incohérence que constitue une journée de cours pour
un lycéen d’aujourd’hui, le grec et le latin confèrent une unité à cet
ensemble, notamment pour ceux qui n’ont personne autour d’eux pour les
aider à s’orienter dans le dédale des filières et des options. Pouvoir
retrouver l’étymologie de tel nouveau terme scientifique, tel symbole
mathématique familier, tel mythe revu et corrigé par un auteur du XXe
siècle, telle racine indo-européenne commune à l’allemand et à
l’espagnol : ou comment une journée de cours s’ordonne autour d’une
langue ancienne.

Le grec et le latin, instruments de l’égalité des chances, vecteurs de
réussite scolaire pour les plus démunis ! Il fallait agir ! Supprimer
les élèves prendrait du temps, le plus simple est qu’ils n’aient plus de
professeurs. Cette décision devenait d’autant plus urgente que commence
à se dessiner aujourd’hui le bilan des « hommes de progrès » qui ont,
depuis quelques décennies, la haute main sur l’enseignement des lettres.

Un bac français où a désormais cours la notion de « compréhension
phonétique » de la copie, des professeurs de langues vivantes, de
sciences, bloqués dans leur progression par les lacunes abyssales des
élèves en français, des universités instituant un peu partout des
modules de rattrapage accéléré en grammaire et en orthographe pour les
jeunes bacheliers, des élèves incapables de trouver les mots,
prisonniers de codes langagiers qui font peut-être les délices des
scénaristes et des publicitaires mais s’avèrent assez discriminants dans
les entretiens d’embauche.

Effectivement, mieux vaut que les élèves n’entendent pas trop parler de
l’Athènes antique, où les hauts fonctionnaires étaient astreints à
rendre compte de leur gestion au sortir de leur charge.

C’est dire la responsabilité qui échoira à ces derniers jeunes
professeurs de lettres classiques qui, dans un mois à peine, seront
projetés dans les eaux troubles des classes de collège avec la lourde
charge d’y faire exister le grec et le latin. C’est là-bas plus
qu’ailleurs que ces matières devront apporter la preuve de leur
légitimité et de leur nécessité. Ils nous trouveront à leurs côtés dans
cette entreprise. Universitaires, formateurs, professeurs, c’est à ce
combat-là que nous allons désormais consacrer toutes nos forces, loin
des jurys de concours où nous laisserons à d’autres la délicate besogne
d’abandonner l’étude des « poètes impeccables » pour le contrôle, plus
inattendu, des « collègues impeccables ».

Car nous sommes convaincus qu’il y a plus que jamais en France une
demande d’école, une demande d’exigence, d’ambition et de dépaysement,
et que le grec et le latin sont les mieux placés pour y répondre. Dans
un système qui ne fait qu’accroître les inégalités entre les familles,
où l’on explique aux élèves boursiers : « On va vous faire passer des
concours différents parce que vous êtes pauvres », dans un système qui
abandonne, sans combattre, ses principes fondateurs aux établissements
privés, nous ne comptons pas vraiment abdiquer « l’honneur d’être une
cible ».

Michèle Gally, professeur des universités (Aix-Marseille) ;
Malika Bastin-Hammou, maître de conférences (Grenoble) ;

Emanuèle Caire, professeur des universités (Aix-Marseille)

Sabine Luciani, professeur des universités (Grenoble) ;

Bénédicte Delignon, maître de conférences à l’ENS (Lyon) ;

Anne de Crémoux, maître de conférences (Lille) ;

Danièle Sabbah, professeur des universités (Bordeaux) ;

Thomas Guard, maître de conférences (Besançon) ;

Anne-Marie Favreau-Linder, maître de conférences (Clermont-Ferrand) ;

Pascale Barillot, professeur de lettres classiques (Versailles) ;

Laure Echalier, maître de conférences (Montpellier) ;

Anne Vialle, professeur en classe préparatoire (Bordeaux) ;

Michèle Gueret-Laferte, maître de conférences (Rouen) ;

Augustin d’Humières, professeur de lettres classiques (Créteil).

des membres du jury du Capes de lettres classiques


in Le Monde.fr
(http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2010/08/20/langues-anciennes-cibles-emouvantes_1400980_3232.html)

Une belle croisée des chemins à six branches

Les séminaires d’été du Cifp se perdent dans la nuit des temps. On les appelle des hameaux, à cause du lieu d’accueil cévenol dit Hameau de l’étoile, que ses fondateurs, Françoise Spindler, gestalt-thérapeute à Montpellier, membre titulaire du SNPPsy, et Jean Monnot, concepteur créateur d’architectures et gestionnaire multi talentueux, viennent de quitter(1« ), merci à eux pour l’immense travail accompli au service de la psychothérapie relationnelle, pour le lieu, sa beauté et le climat qu’ils ont su établir, maintenir et développer au bénéfice de ceux qui se cherchent, et de ceux qui aiment transmettre un savoir à leurs yeux inestimable.

La dénomination du lieu renvoie à une croisée de chemins en étoile, datant du XIVème siècle à l’emplacement primitif d’une agnellerie, hameau dès les XVI-XVIIème siècles, lieu de stages pour finir, d’orientation spi mêlés à ceux d’orientation psy — le cumul s’effectue parfois(2« ) — où l’on reconnaît l’empreinte de la matrice du Potentiel Humain fondé à Esalen dans les années 60 venu implanter jusque près de Ganges l’utopie du carrefour salvateur dans un paysage on ne peut plus karstique revêtu d’un somptueux manteau végétal.

Des Écoles y établissent leurs quartiers d’été, dont la nôtre pour une modeste part puisque nous n’y contribuons que pour une semaine par an, l’avant-dernière semaine pleine du mois d’août.

Nous y pratiquons notre modèle multiréférentiel bien rôdé depuis le temps, fondé sur le socle exclusif de la psychothérapie relationnelle, dont la description se trouve quelques lignes ci-contre. Cette année l’équipe se trouve renouvelée des deux tiers, fait exceptionnel, réunissant la psychologue analyste bioénergéticienne belge Claudia Ucros, le professeur émérite Edmond Marc (psychologie sociale), particulièrement sensible au travail groupal et à la recherche dans ce champ, et Philippe Grauer, votre serviteur, incarnant emblématiquement le projet quadri (dans le domaine psy) et hexa (+ philosophie + psychopathologie) dimensionnel, constituant les six branches de l’Étoile de notre hameau, qui cette année jouera les père et re-père, l’autre heureux repère se situant dans la mémoire des étudiants qui se partagent depuis des années le modèle hexafocal qui structure leur compétence.

L’événement est banal dans sa reconduction évolutive si bien que personne ne songe à en évoquer les mérites ni même particulièrement l’existence. Pourtant ce moment sert aussi de portique introductif à qui désire savoir à quoi notre École ressemble, principes, ambiance, éthique, orientations cardinales en matière de clinique, à qui également, déjà en psychothérapie ou psychanalyse, désire s’approcher d’une expérience groupale complexe qui le décale de son habitus psychothérapique, tout en propulsant son processus. Des étudiants avancés y font de l’observation, d’autres de l’assistanat. Chacun selon son degré d’avancement fait vivre le dispositif, qui le lui rend généralement bien.

Comme bientôt commence l’année 25ème anniversaire de l’École, nous en profitons pour faire de cette manifestation interne un petit événement de la profession en la traitant comme fait d’actualité. Notre discipline, la psychothérapie relationnelle à dimension multiréférentielle, mérite bien une fois par quart de siècle, en ces temps singuliers où tant d’institutions psy aimeraient nous savoir portés disparus, que soit mis à l’honneur un travail somme toute pas trop mal fait.

Au cœur d’août, quand rien d’autre ne se passe(3« ) que de la vacance, du festival et de l’université d’été, le CIFP se réunit en session intensive dans un lieu unique pour se ressourcer. Que cela se sache et réjouisse qui aime notre combat pour transmettre et faire progresser la psychodiversité dont ont besoin nos concitoyens.

Philippe Grauer

  • 1 Transmettant le flambeau à Véronique LOUIS.
  • 2 Pour notre part nous nous en tenons résolument à la psychothérapie, la spiritualité ne s’y articulant à certaines occasions que rigoureusement seconde.
  • 3 Sauf toutefois pour les millions de laissés pour compte du système et les Roms reconduits chez eux avec la promesse d’un pourboire, mais ceci est une autre histoire — une autre, vraiment ?

Freud, entre amour & haine : une révolution de l’intime

Mercredi 18 août , à 18h30 :
au café Jougla à Camplong — près de Béziers et non comme on serait porté à le croire de Pnohm Pen.

Lectures vagabondes

vous invite à une rencontre-débat avec

Élisabeth Roudinesco

Des ouvrages d’Élisabeth Roudinesco ressort un portrait de Freud, conquérant des lumières sombres et dont l’œuvre éclaire le XXIème siècle. Pourtant, le succès que la psychanalyse remporte dans le monde se heurte à des attaques incessantes et parfois violentes. «  L’histoire de la haine de Freud est aussi ancienne que celle de la psychanalyse. On ne touche pas impunément au sexe, au secret de l’intimité, aux affaires de famille, à la pulsion de mort et à la barbarie des régimes qui asservissent les femmes, les homosexuels, les marginaux, les anormaux, sans avoir à en payer le prix » écrit-elle. Ces attaques manifestent « une haine à l’état pur », une détestation de Freud portée à l’incandescence.

Elles n’ont rien à voir avec le travail de l’historien qui s’accompagne d’une nécessaire critique de l’histoire dorée de la psychanalyse, du dogmatisme des praticiens de l’inconscient, voire de la théorie freudienne elle-même quand elle devient un corpus sacré.

C’est à cette tâche qu’Élisabeth Roudinesco a consacré l’essentiel de ses livres et de son enseignement, faisant en sorte qu’ainsi « la question de la psyché, du désir et de l’inconscient redevienne, au même titre que celle du bonheur et de la révolution, une idée neuve dans le monde. »

Michel Rotfus, s’entretiendra avec Élisabeth Roudinesco.

Michel Rotfus est professeur de philosophie au lycée international de Paris, Honoré de Balzac.

Élisabeth Roudinesco est historienne, directrice de recherches à l’Université de Paris VII-Diderot. Elle a écrit une vingtaine d’ouvrages, traduits en trente langues.

Derniers ouvrages parus

Histoire de la psychanalyse en France – J. Lacan, Esquisse d’une vie, histoire d’un système de pensée. Coll. La Pochothèque.
Retour sur la question juive. Albin Michel .
Théroigne de Méricourt (rééd.). Albin Michel.
Préface au journal d’Hilda Doolittle, Pour l’amour de Freud. Des femmes-Fouque.
Mais pourquoi tant de haine ? (L’affabulation d’Onfray). Seuil.
La part obscure de nous-mêmes : une histoire des pervers. Albin Michel.
Pourquoi la psychanalyse ? Champs Flammarion
De quoi demain… Dialogue. Jacques Derrida et Élisabeth Roudinesco, Fayard.
Philosophes dans la tourmente. Fayard.

Médecins généralistes sous anxiolytiques

Comme les enseignants les médecins généralistes sont psychiquement surexposés. Cette maladie du Chifre qui traverse tout, histoire de sacrifier à l’épidémiologie et la scientisticité, fournit parfois des aperçus intéressants sur l’état de « santé mentale » comme ils disent, du nécessaire bon équilibre psychique des professionnels de ladite. Nous, qui en psychothérapie relationnelle savons de quoi il retourne, raison pour laquelle nos praticiens ont souvent plus de dix années de psychothérapie ou psychanalyse personnelle à leur actif et poursuivent impérativement leur mise en supervision toute leur vie professionnelle durant, ne nous étonnons pas des difficultés psychologiques qui peuvent atteindre nos collègues médecins généralistes, omnipraticiens devant faire face sur tous les fronts avec de plus en plus de coups de transfert contre-transfert et une désolante zéro formation ad hoc, sauf la formation démarchage intensive des visiteurs médicaux et bientôt de temps à autre un stage aux îles Fortunées payé par les laboratoires Tournenron, sur relation d’aide, neurosciences et TCC, le tout assisté par molécules — DSM à la clé.

De plus, puisqu’ils s’auto médiquent eux-mêmes à coups de produits, c’est qu’ils y croient et surtout ne connaissent pas autre chose, ce qui est compréhensible mais parfois dommage, cela s’appelle laisser à désirer, professionnellement. Et quand on laisse à désirer sans fournir au désir de quoi cheminer c’est dommage, cela tourne au manque dont il n’est pas pris soin. Avec à la clé un risque pour les patients, et … pour les praticiens eux-mêmes. Comme ça il y en aura pour tout le monde des raisons de consommer un peu plus de psychotropes. C’est les laboratoires Tournenron qui vont se frotter les mains.

Philippe Grauer


Selon une enquête sur les pratiques et les conditions d’exercice en médecine générale, 8 praticiens sur 10 se déclarent en bonne santé (une proportion inférieure à celle des cadres et des professions intellectuelles), mais plus de 1 sur 10 sont en détresse psychologique. L’enquête qui, à l’automne 2008, a porté sur leur état de santé, leurs comportements à risque et leurs pratiques en matière de dépistage a réuni 1.900 généralistes venus de 5 régions (Basse-Normandie, Bretagne, Bourgogne, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Pays de la Loire).

Dans les symptômes les plus fréquemment mentionnés par les généralistes, la fatigue vient en tête, dans une proportion presque deux fois plus élevée que chez les cadres et les professions intellectuelles supérieures. Elle est suivie par le stress et les troubles du sommeil. En revanche, ces médecins déclarent moins de maladies chroniques (un sur trois est, tout de même, concerné). Mais plus d’un généraliste sur dix se dit en état de détresse psychologique, les femmes (19 %) plus que les hommes. La proportion est supérieure à celle de la population active avant 45 ans, et inférieure ensuite, comme si ceux qui avaient réussi à tenir jusque-là étaient les mieux adaptés aux contraintes de la profession.

Le recours aux psychotropes est, globalement, proche de celui de la population générale : au cours des 12 mois précédant l’enquête, 20 % ont pris des anxiolytiques ou des hypnotiques et 5 % des antidépresseurs (8 % des femmes). Dans 60 % des cas, le traitement antidépresseur a été autoprescrit, 84 % des praticiens interrogés étant leur propre médecin traitant, remarque le Quotidien du médecin. Des idées de suicide sont évoquées par 4 % des médecins de Basse-Normandie, contre 2 % parmi ceux des autres régions. Ce n’est pas la zone géographique qui est en cause, mais le mode d’exercice, les généralistes travaillant seuls étant plus susceptibles d’être tentés par le suicide. De plus, près d’un généraliste sur cinq déclare avoir subi des violences ou agressions dans le cadre de son exercice, dans l’année écoulée, les femmes plus souvent que les hommes (24 % contre 18 %).

La loi sur les psychothérapeutes a ouvert la boîte de Pandore

Gérard Guingouain (SFP) : « La loi sur les psychothérapeutes a ouvert la boîte de Pandore » in Le cercle psy
Propos recueillis par Jean-François Marmion
Article publié le 07/07/2010


Après la parution de son décret d’application le 20 mai 2010, l’article 52 de la loi du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique entre en vigueur pour définir l’usage du titre de psychothérapeute. Les réactions des psychologues sont quasi unanimement hostiles. Que reprochent-ils à ce texte, censé pourtant garantir une formation correcte des psychothérapeutes ? Réponses de Gérard Guingouain, président de la Société française de psychologie (SFP), et maître de conférences en psychologie sociale à l’université de Rennes 2.

Pourquoi les psychologues critiquent-ils à ce point la réglementation de l’usage du titre de psychothérapeute ?

La loi relative à l’usage du titre de psychothérapeute avait pour objectif de garantir la sécurité des usagers par une bonne formation des professionnels. Malheureusement, elle n’y répond pas. Je suis extrêmement inquiet du décret paru au mois de mai. Il part de l’article 52, dont tout le monde sait qu’il est mal rédigé en ce qu’il mélange et traite de la même façon diplôme d’Etat, diplôme national et association loi de 1901. Ensuite, comme les décrets d’application n’ont été produits qu’avec d’énormes difficultés, les services du ministère sont arrivés à une cote mal taillée. Le résultat est totalement absurde : d’une part, des gens qui n’ont aucune formation en psychologie pourront devenir psychothérapeutes moyennant quelques petits compléments en psychopathologie ; d’autre part, des psychologues formés vont devoir se reformer en psychologie ; de plus, elle différencie psychologues cliniciens et non cliniciens, mais sans les définir. Au final elle avantage surtout les « ni-ni-ni », ni médecins, ni psychologues, ni psychanalystes, à qui il faudra, en gros, quatre cents heures pour acquérir le droit à l’usage du titre. Comme si quatre cents heures équivalaient à cinq ans de formation en psychologie… C’est un très mauvais signe que l’on envoie au public des compétences supposées acquises au cours de cette formation universitaire : cela laisse supposer que le bagage d’un psychothérapeute ou d’un psychologue ne se limiterait finalement qu’à quelques compétences personnelles, un « savoir-être », ignorant ou négligeant un corpus de connaissances et de méthodologie qui a mis deux cents ans à se construire. Un psychologue doit en effet assimiler un savoir, des expériences, des connaissances accumulées qui s’appliquent dans une multitude de domaines allant de la santé à l’industrie. Prétendre les résumer en quatre cents heures, c’est un peu léger ! La loi va, de plus, permettre à toute personne inscrite dans une association reconnue de psychanalystes (relevant de la loi de 1901) de devenir psychothérapeute. Demain matin, on est cinq, on va à la préfecture pour créer une association incluant par exemple le terme de psychanalyse, et l’on devient de fait éligible à l’usage du titre de psychothérapeute ! Tout cela relève d’un mépris total de la discipline (psychologie comme psychanalyse d’ailleurs) et va laisser apparaître, sur le terrain, des praticiens qui n’y connaissent rien en psychologie sur des domaines qui pourtant en relèvent. Cela ne peut qu’être propice à des dérives sectaires, c’est-à-dire justement ce que le législateur voulait empêcher ! C’est très dangereux. En fait, n’importe qui pourra se déclarer psychothérapeute. Comprenez que le président de la SFP s’en trouve affecté… J’aimerais que tous mes collègues soient très vigilants sur le sujet. Cela vaut pour les « ni-ni-ni », mais je pose aussi la question pour les professions médicales : combien d’heures sont consacrées à la psychologie durant leur formation ?

Vous pensez que le décret favorise les médecins ?

Autant, comme président de la SFP, je n’ai aucune réticence à penser qu’un psychiatre puisse être, par définition, psychothérapeute, autant j’ai quelques doutes qu’un médecin sans spécialité de psychiatrie puisse le devenir avec un tout petit complément de deux cents heures et de deux mois de stage (c’est-à-dire moins qu’un psychologue en titre n’ayant pas la qualification de clinicien !). Je rappelle que si l’Homme est composé de neurones, il existe des mécanismes psychologiques qui ne se mesurent pas de la même manière, qui ne relèvent pas des mêmes principes et du même corpus de connaissances. Personne n’imaginerait cela dans le domaine de la santé physique. Qui oserait préconiser de former des médecins à moitié, ou des cardiologues qui ne soient pas d’abord médecins ? Personne, nulle part ! En revanche on pourrait être psychothérapeute, prendre en charge la santé mentale des gens, sans être d’abord psychologue, c’est-à-dire formé aux fonctionnements mentaux, à la manière dont se construit une personnalité ?

Redoutez-vous que des employeurs préfèrent employer un psychothérapeute mal formé et mal payé plutôt qu’un psychologue plus exigeant ?

C’est manifeste. Les contraintes économiques induisent de faire appel à des gens moins formés, parce que moins chers. C’est une certitude, même si les psychologues sont excessivement mal payés pour la formation et la responsabilité qui sont les leurs. Si on pouvait les payer encore moins cher, je pense qu’on le ferait. A défaut, les établissements de santé ou les entreprises pourront donc recruter des psychothérapeutes plus soumis, plutôt que des psychologues difficilement maîtrisables et souvent trop autonomes. Les psychologues sont en danger, je le crois. Et les usagers aussi, car c’est au final eux qui en paieront les conséquences. En ouvrant ainsi la boîte de Pandore, on va permettre toutes les dérives. Nous avions proposé des garanties qui étaient celles de l’université : « si vous ne pouvez pas faire autrement au niveau du texte, faites en sorte que les formations complémentaires soient attestées par l’université, qui a cet avantage de dépendre d’une entité, l’Etat, responsable indépendant de la santé mentale ». Or, dans le texte, c’est laissé à la discrétion du niveau local : certes des ARS (Agences régionales de santé) dépendant de l’Etat, mais aussi des commissions locales qui vont évidemment être soumises à toutes sortes de pressions, qu’elles soient politiques ou de courants. Personne n’est dupe. Ou alors, il faudrait vivre dans un monde de Bisounours…

Pourquoi les psychologues n’ont-ils pas réussi à peser davantage durant ces années de débat ? Ne sont-ils pas entrés dans la bataille trop tardivement, et en ordre dispersé ?

Vous êtes très méchant, à appuyer là où ça fait mal ! Sans doute, en effet, ne sommes-nous pas suffisamment corporatistes. Les psychologues sont trop divers, de par leurs pratiques, leurs domaines d’interventions, leurs courants de référence. Par ailleurs les universitaires, pour toutes sortes de raisons, entre autres de carrière, se sont sans doute trop investis dans leurs propres recherches en oubliant la sortie : les praticiens de la psychologie. Nous nous sommes beaucoup divisés, en une multitude d’associations thématiques soit par domaine, soit par paradigme. Nous n’apparaissons pas unis. Le résultat, c’est que nous ne sommes pas crédibles. Pour reprendre l’expression de Staline parlant du pape : « Combien de divisions ? » Nous ne représentons qu’une multitude de petites divisions très séparées. Et comme nous n’avons pas su nous défendre en tant que profession, représenter un corps comme les infirmiers ou les médecins, notre ministère de tutelle nous regarde d’un air amusé.

Parmi les législateurs, on compte beaucoup de médecins mais pas de psychologues…

C’est notre point faible : les psychologues ne sont pas assez engagés en tant que citoyens. Et là, il s’agit moins d’une question de divisions que de présence dans les postes à responsabilités. Les psychologues restent trop psychologues. Quand vous restez dans votre cabinet, vous êtes le chef de votre cabinet. Lorsque vous êtes élu ou exercez un poste important en termes de visibilité, vous pouvez avoir de l’influence. Or, nous manquons d’engagement de la sorte.

Maintenant que la loi va être appliquée, que comptez-vous faire pour vous y opposer ?

C’est terrible. Quand nous avions indiqué au ministère que l’article 52 était inapplicable, on nous avait répondu qu’il était impossible de changer la loi parce que ce serait trop compliqué. Nous n’avons pas eu l’énergie ni le pouvoir pour essayer malgré tout. Résultat, nous arrivons à un décret que le monde de la psychologie, toutes tendances confondues, depuis les « cognitivistes » jusqu’aux « psychanalystes », trouve mauvais. Nous sommes donc en train d’essayer de nous organiser pour y répondre. La SFP soutiendra toutes les actions initiées contre ce décret. Pour l’instant, nous restons au niveau des communiqués et malheureusement, la santé mentale n’est pas un sujet très porteur politiquement. S’il s’agissait de maisons de retraite, nous aurions davantage de pouvoir. Peut-être même que si nous pouvions favoriser l’équipe de France de football, nous aurions des chances d’être reçus par le président de la République… Nous aimerions que les politiques se réveillent, et qu’ils n’attendent pas qu’il arrive quelque catastrophe pour légiférer de nouveau, et dans la précipitation. Nous leur demandons, pour une fois, un regard à long terme, qu’ils soient de droite ou de gauche.

Les délinquants du titre de psychothérapeute : le délit commence le 1er juillet 2010

Nous vous conseillons si vous n’êtes pas tranquillement sur votre lieu de vacances bien méritées, de vous déclarer psychopraticien/ne relationnel/le, y compris aux Pages jaunes qui devront s’en débrouiller — elles sont avisées depuis plus d’un an par nos soins de cette nouvelle dénomination.

Naturellement si vous avez déjà introduit un dossier de demande de jouissance du titre de psychothérapeute (NN), vous pouvez continuer de le porter.

On continue de ne pas s’affoler. Personne ne viendra vous embêter en plein mois d’août sur votre plage ou montagne préférée. La mise en place de la loi prendra son temps. Il ne faut simplement pas confondre le droit et le fait. Le droit est net. Le fait est vacanciel.

Pour plus de précision reportez vous au § 5 c de l’éditorial.

Et portez-vous bien jusqu’à la Rentrée, que nous effectuerons ensemble en bon ordre.

Philippe Grauer


L’usurpation de titre de psychothérapeute commence dès le 1er juillet 2010, date d’entrée en vigueur du décret http://www.lta.frdm.fr/spip.php?article184 et d’exécution de l’article de loi http://www.lta.frdm.fr/spip.php?article58 – article 52 modifié de la loi du 9 août 2004, relatif au titre de psychothérapeute.

Art. 17 du décret (mesures transitoires) : « À la réception du dossier complet, il est délivré à l’intéressé un accusé de réception délivré dans les conditions fixées par le décret du 6 juin 2001 susvisé. Celui-ci permet au professionnel qui utilisait précédemment le titre de psychothérapeute de continuer à l’utiliser jusqu’à l’intervention de la décision. ».

Par conséquent, seuls ceux qui déposent un dossier de demande de bénéfice des mesures transitoires (et qui « *utilisaient précédemment le titre de psychothérapeute* »), et qui obtiennent un récépissé de dossier complet, peuvent continuer, en attendant la décision, à faire usage du titre de psychothérapeute.

Les autres tombent sous le coup du délit d’usurpation de titre : http://goo.gl/u1zP
« Code pénal
* Partie législative
o LIVRE IV : Des crimes et délits contre la nation, l’État et la paix publique
+ TITRE III : Des atteintes à l’autorité de l’État
# CHAPITRE III : Des atteintes à l’administration publique commises par les particuliers
* Section 9 : De l’usurpation de titres
Article 433-17
Modifié par LOI nº 2009-1437 du 24 novembre 2009 – art. 50
¶ L’usage, sans droit, d’un titre attaché à une profession réglementée par l’autorité publique ou d’un diplôme officiel ou d’une qualité dont les conditions d’attribution sont fixées par l’autorité publique est puni d’un an d’emprisonnement et de 15000 euros d’amende.
¶ Les personnes physiques ou morales coupables du délit prévu à la présente section encourent également la peine complémentaire suivante : interdiction de l’activité de prestataire de formation professionnelle continue au sens de l’article L. 6313-1 du code du travail pour une durée de cinq ans. ».

Il se présente un « vide législatif et réglementaire » pour ceux qui pratiquaient la psychothérapie plus de cinq ans à la date de publication du décret, *et* qui « *utilisaient précédemment le titre de psychothérapeute* », *et* dans la période entre le 1er juillet 2010 et leur dépôt de dossier. Si des poursuites étaient engagées, l’on devrait examiner si les motifs de délai à déposer leur dossier sont légitimes ou non.

En droit, le délai d’un an pour déposer un dossier ne constitue aucunement une excuse pour continuer à user du titre de psychothérapeute. Car ce délai s’applique aussi à ceux qui ne faisaient pas « précédemment » usage du titre de psychothérapeute, et qui ne peuvent donc pas en faire usage entre le récépissé de leur dossier complet et la décision sur leur dossier.

Mais… en pratique, dans la période d’un an à compter de la publication du décret, qui forme le délai pour déposer un dossier, il est difficile d’imaginer que des poursuites soient engagées contre les délinquants.

La règle à ce sujet de l’usurpation est claire, mais en pratique elle ne sera pas appliquée… probablement ?

Mais voilà pourquoi les Pages Jaunes commencent à diffuser leur courrier, afin d’éviter la « complicité » d’usurpation de titre :
http://www.facebook.com/photo.php?pid=4964591&id=300259906937
et certains assureurs demandent déjà le titre de psychothérapeute à des psychologues pour assurer leur activité clinique comme travailleurs indépendants.

Quant à ceux qui auront obtenu et obtiendront leur master en psychologie ou master en psychanalyse à l’issue de l’année universitaire 2009-2010, ils sont dans le vide absolu puisque aucune formation en « psychopathologie clinique pour l’obtention du titre de psychothérapeute » n’est agréée pour l’année 2010-2011, puisque les commissions idoines chargées de l’examen des dossiers relatifs à la formation ne sont pas encore constituées….