PSYCHOTHÉRAPIES SUR ORDONNANCE

SYBILLE LACAN : NON DU PÈRE, IMPAIR ET MANQUE

MARCELLE MAUGIN : MANIFESTE POUR UNE PRATIQUE PLEINEMENT RELATIONNELLE DE LA PSYCHOTHÉRAPIE

LA NOUVELLE HUMANITÉ SELON ANDREW SALOMON


TEXTE 2 — Philippe Grauer

Bégaiements vers une nouvelle cartographie psychopathologique « dépathologisée »

La classification, pour paraphraser De Gaulle parlant de l’Europe, c’est toute la question. La psychiatrie après le désastre du traitement moral et le pénible réaménagement du mode de vie asilaire (supprimé seulement après la seconde guerre mondiale), s’est attelée à la question de la description, faute de principe de théorisation générale du psychisme, plongée dans les affres de ce qu’on peut bien appeler avec Élisabeth Roudinesco le nihilisme thérapeutique. Il fallut trouver un ordre taxinomique. Un monument comme le manuel de base de Kraeppelin, passant de la compilation de symptômes hétéroclites à un regroupement par syndromes, ou le devenu populaire véritable traité de collectionneur de Krafft-Ebing, qui se voulait professionnel strictement confidentiel en direction des juristes, ont marqué le tournant et le début du siècle. Ensuite, Henri Ey intégrant le modèle psychanalytique édifia son système organo-dynamique, tandis que le modèle psychanalytique marquait la psychiatrie toute entière de son influence, jusqu’à la révolution conservatrice scientistique épistémologique du DSM selon Léo Spitzer et Robert Francès.

humanité/genre/animalité

Tout ceci est parvenu à dissocier psychiatrie et psychanalyse. Mais disparu le concept de symptôme on régresse vers un organicisme idéologique dominé par Big Pharma et un comportementalisme navrant, même relevé par un relish neuroscientifique neuromirifique, aboutissant au modèle de la médicalisation de l’existence. Pas vraiment enthousiasmant. Rendus à la faillite des taxinomies, des radicaux du genre travaillent alors à redessiner la carte. Entre ceux qui brouillent systématiquement, jusqu’à des systèmes délirants, les frontières humanité/genre/animalité[1], et à présent Andrew Salomon, qui mobilise une immense culture au service d’une nouvelle cartographie qui vous laisse sur le cul, on peut mesurer que la colonne vertébrale de la science psychiatrique fait souffrir le monde psy de douleurs sciatiques sévères, et plonge les épistémologues dans des abîmes d’ébahissement.

la question de l’identité

Cela touche à la question de l’identité, de sa définition, de ses composantes. Cela concerne également la question du courant existentiel non freudien, venu avec sa composante phénoménologique (Husserl publie ses Recherches logiques en 1900, en même temps que Freud sa Signification des rêves) et le concept de relation qui contribue à complexifier la figure. Alors, tout est à reconstruire ? De la crise actuelle attendons patiemment quelque dénouement à venir. En attendant, le principe multiréférentiel peut nous aider un peu. Et une saine action critique nous empêcher de trébucher sur des excentricités qui démontrent à quel point, passées les bornes il n’y a plus de limites.


[1] Cf. à ce sujet, Jean-François Braunstein, La philosophie devenue folle, le genre, l’animal, la mort, Paris, Grasset, 2018, 394 p.- On peut émettre des réserves, mais son tour d’horizon, complet, reste incontournable.

ÉTRANGE CÉRÉMONIE À BERLIN : Inhumation de lamelles de femmes

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PARADOXES DE L’EFFET PLACEBO — ce qu’une substance neutre révèle de la médecine

HANS ASPERGER NAZI ASSASSIN D’ENFANTS

L’EXIL, LES DÉSOLÉS ET LA COLÈRE

 

 

À PROPOS D’UN ARTICLE DE ANNICK OHAYON

une bien curieuse enquête

Dans un article publié dans la Revue d’histoire des sciences et mis en ligne le 3 décembre 2018 sous le titre « Qui peut faire l’histoire de la psychanalyse en France et de quelle histoire s’agit-il », Annick Ohayon, maître de conférences honoraire au département de psychologie de Paris VIII-Saint-Denis, se livre à une curieuse enquête sur l’historiographie de la psychanalyse en France. Elle compare mes travaux à ceux de Alain de Mijolla en prétendant que lui et moi nous nous serions livrés, à partir de 1982, à une « course à l’histoire de la psychanalyse », soulignant, à juste titre d’ailleurs, que Mijolla pensait à cette date « qu’une histoire de la psychanalyse en France était impossible à faire, ou au moins prématurée ». Où est la course à l’histoire de la psychanalyse ? Mijolla n’est plus là pour répondre mais pour ma part, je n’ai pas souvenir de la moindre course.

un cas d’école de forclusion

Après de multiples détours, Ohayon affirme que cette histoire n’est pas encore écrite puisque, dit-elle, « il ne faut pas sous-estimer la grande difficulté de la tâche en France. Une histoire du lacanisme par exemple demeure à élaborer et, compte-tenu des passions que les tentatives d’établir une biographie de Lacan ou de Françoise Dolto ont suscitées, on peut clairement en inférer qu’une telle histoire n’est pas près d’être produite, du moins par un auteur français. »

S’il est exact de dire qu’il n’existe à ce jour aucune biographie de Dolto, il me semble que s’agissant de Lacan, Annick Ohayon fait preuve d’une curieuse cécité. Voilà donc une psychologue, qui, apparemment, est la seule à croire que ma biographie de Lacan, parue en 1993, traduite en 25 langues et vendue à ce jour à plus de 50.000 exemplaires n’a donc jamais été écrite.

Il faudra bien un jour qu’elle apporte la preuve de ce qu’elle avance. En attendant, je constate qu’elle a accepté, en 2016, de participer à un livre collectif, dirigé par Christophe Charle et Laurent Jeanpierre, La vie intellectuelle en France, II vol., (Paris, Seuil, 2016), dans lequel j’ai rédigé deux longs articles, l’un sur l’histoire de la psychanalyse en France et l’autre sur la vie et l’œuvre de Lacan.

troublante incohérence

Pour sa part, Ohayon a écrit, dans cet ouvrage, un article intitulé « De la psychanalyse à la psychologie cognitive ?». Non seulement elle évite dans ce texte de livrer son opinion sur la prétendue « non écriture de l’histoire de la psychanalyse en France ou de la biographie de Lacan » mais dans une note en bas de page, elle renvoie à mes propres contributions (p. 251, éditions Points-histoire, vol. 3). Par quel mystère a-t-elle pu citer en 2016 un travail dont, en 2018, elle conteste l’existence ?

succession en bon ordre — kidnapping zéro

1982-1985 — SFHPP, Postel président

1985 — la SFHPP prend le nom de SIHPP

1986 Major président

2006 Roudinesco présidente

Non contente de nier l’existence de ce qu’elle cite elle-même, Ohayon affirme, à propos de La SIHPP, qu’après avoir « intégré cette société fondée par Michel Vallée (sic), Jacques Postel et Claude Quétel, « j’en ai fait en 1986 la Société internationale de psychiatrie et de la psychanalyse (SIHPP), en une sorte de kidnapping ». Voilà donc comment Ohayon, qui n’a pas consulté les archives de la SIHPP pourtant disponibles, réécrit l’histoire selon ses propres fantasmes : Michel Vallée n’existe pas puisqu’il s’agit de Michel Collée, lequel a été l’initiateur en 1982 (avec Quétel et Postel) d’une Société française d’histoire de la psychiatrie et de la psychanalyse (SFHPP) présidée par Jacques Postel. Lors de sa première Assemblé générale, en 1986, cette société a pris le nom de SIHPP. En 1987, René Major en a été élu président, tandis que Jacques Postel en devenait, à sa demande, président honoraire, tout en continuant à faire partie du CA et du bureau. Où est le kidnapping ? En 2006, j’ai été élue présidente de cette société. Toujours pas de kidnapping.

Ohayon prétend en outre que, malgré le vocable « international », la SIHPP est « restée relativement franco-française et peu ouverte aux historiens » Nouvelle bévue : la SIHPP a toujours compté dans ses rangs des membres de diverses nationalités : américains, canadiens, anglais, belges, suisses, suédois, russes, brésiliens, argentins, israéliens, libanais, chinois, etc. Plusieurs de ses colloques se sont déroulés hors de France. Lors de sa fondation, elle avait réuni des historiens ou des philosophes qui n’étaient ni psychiatres, ni psychologues, ni psychanalystes : Mikkel Borch-Jacobsen, François Furet, Jackie Pigeaud,Jean François, Mireille Cifali, Jean-François Braunstein, Michel Ellenberger, Myriam Revault D’Allones, Yannick Ripa, Dora Weiner, Hugo Vezzetti, Jan Goldstein, Michel Gourevitch, etc.  Cette tradition s’est poursuivie.

Ohayon, l’Occupation, et l’impossible rencontre avec l’antisémitisme de Mauco

J’ajoute que lors de la parution de son ouvrage, L’impossible rencontre. Psychologie et psychanalyse en France (La découverte, 1999), Annick Ohayon prétendait étudier le plus sérieusement du monde la période de l’Occupation dans un chapitre intitulé : « La politique sociale de Vichy : des enfants et des hommes » pp. 263-271). Elle s’en prenait à Lagache, Dolto, Heuyer, Alexis Carrel, etc. Mais, elle ne disait pas un mot de Georges Mauco, antisémite notoire, dénonciateur de Juifs et nazi convaincu.

Je pris donc la décision de lui adresser l’article que j’avais consacré en 1995 à ce sinistre personnage : « Georges Mauco (1899-1988) : un psychanalyste au service de Vichy ; de l’antisémitisme à la psychopédagogie » (L’infini, 51, pp. 73-84). Dans une longue lettre, datée du 11 mai 2000, Ohayon me répondit que lorsque Mauco était au service de Vichy, il était géographe et démographe et pas psychanalyste. Et elle me demandait des preuves supplémentaires, tout en affirmant qu’elle était très attachée à l’établissement de la vérité sur cette période.

[voir]Pour mémoire, voilà un extrait d’un texte de Mauco d’août 1941 à propos des relations entre Juifs étrangers et Juifs français : «Pour les israélites, leur nombre, leur puissance financière, leur activité intellectuelle et la solidarité qui les liait aux israélites français, leur nombre dans les postes de direction leur permettaient une activité politique juive (…) C’est à travers eux et à travers la multitude des espions et des agents doubles qu’ils entraînèrent avec eux que les services d’information ou de renseignements ont vu, déformées, les réalités extérieures (…) La démoralisation de ces éléments gagnaient non seulement les activités urbaines dont ils s’emparaient, mais par l’exemple, la corruption, les mariages mixtes malheureux, par l’influence intellectuelle (notamment dans les professions libérales et artistiques), une partie de l’opinion française.”[/voir]

Je me demande aujourd’hui quelles preuves supplémentaires je pourrais apporter pour satisfaire au sacro-saint principe de l’établissement de la vérité.