Soudain l’immolation !

Paru dans Libération du 01 février 2011
Fethi Benslama

La situation tunisienne produit de la grandeur. Voici un psychanalyste qui sait parler de la civilisation arabe et nous donner à penser à propos de cette belle révolution en cours, cela fait plaisir. Cela concerne à la fois la libération d’un peuple et ce que la psychanalyse peut dire quand elle est sensible et intelligente. Oui, l’inconscient ne peut pas ne pas être politique. Il est bon à ce double titre de prendre connaissance de ce beau texte de Benslama et d’en prendre de la graine.

Les intertitres sont de notre crû.

Philippe Grauer


angle mort

La révolution tunisienne a surgi d’un angle mort. Vouloir aujourd’hui expliquer ses causes à travers les catégories objectives de la rationalité socio-économique est insuffisant. De telles explications finissent par nous faire adhérer à cette illusion déterministe qui fait tant de mal à notre époque où tout semble programmé. Elles privent l’existence humaine d’avenir en la rendant prévisible, dans le confort rétrospectif refroidi.

Non, la révolution tunisienne est une surprise y compris pour ceux qui l’ont déclenchée et menée avec résolution. De plus, elle survient dans une situation où la notion de révolution s’est retirée de notre espace de pensée, au moins depuis la chute du mur de Berlin. La levée du soulèvement des Tunisiens, autant que sa puissance, a échappé à tout le monde. À commencer par le système de Ben Ali.

insoumission généralisée

Son déclenchement est venu d’une zone inaccessible au champ de vision contrôlé qu’il a constitué. Comment approcher cet angle mort ? Il faut accorder à la notion de déclenchement une valeur propre, qui va au-delà de la conception mécaniste de l’accumulation et de la rupture. Il nous faut penser ce soudain, qui désigne dans la langue ce qui vient sans être vu et qui, en un court laps de temps, renverse massivement la soumission, du moins apparente, en insoumission flagrante et généralisée.

Bouazizi

Ce déclenchement porte un nom désormais, celui de l’auto-immolation de Bouazizi. Contrairement à ce qui a été dit, Bouazizi n’est pas un diplômé sans emploi, mais un marchand de fruits à la sauvette, auquel la police municipale a confisqué son étalage ambulant, et qui a été giflé lors de l’empoignade, par l’un des agents. Ce n’est pas seulement parce que son moyen de subsistance lui fut enlevé qu’il s’est immolé, mais suite à sa plainte qui a trouvé porte close ou qui fut jugée irrecevable. C’est la coïncidence entre la privation matérielle et la non reconnaissance d’un tort qui a conduit à l’acte désespéré.

qahr

Or, lorsqu’on écoute l’homme de la rue en Tunisie et que l’on se rend attentif aux mots qui servent à expliquer son soulèvement, en référence à l’acte de Bouazizi, un signifiant revient sans cesse comme une litanie : celui de qahr. C’est un vocable effrayant qui appartient au registre le plus élevé de la puissance, celle qui asservit quelqu’un et le réduit à l’impuissance totale. De sa racine dérive le mot qui désigne le vainqueur impérieux, celui d’Irrésistible (l’un des noms divins), celui du Caire (la cité victorieuse) et étrangement dans la langue arabe ancienne, celui de l’état de la chair brûlée et vidée de sa substance. Trop belle coïncidence sémantique dira-t-on, toujours est-il que les Tunisiens puisent dans le langage de la détresse afférente à l’homme réduit à l’impuissance absolue, pour désigner l’acte de Bouazizi comme source d’identification à sa situation et aussi à sa révolte.

avec les compliments des démocraties européennes

Il n’est pas exagéré de qualifier le régime de Ben Ali comme un système de pouvoir qui réduit à l’impuissance totale : neutralisation politique des tunisiens et transformation des acteurs publics en marionnettes, organisation policière brutale et techniquement sophistiquée, pillage des biens communs par son clan vorace au su de tous, humiliation physique et morale des opposants, arrogance et menterie quotidiennes, avec les compliments des démocraties européennes qui prétendent, comme d’habitude, ne pas savoir.

L’acte de Bouazizi a eu pour effet de pourvoir la révolte de la possibilité d’un renversement, en montrant comment l’homme peut trouver une puissance dans son impuissance même, peut exister en disparaissant, faire prévaloir son droit en perdant tout. C’est l’antinomie même d’un Ben Ali qui n’existe qu’en faisant disparaître les autres, à l’instar de son image flanquée sur tous les murs du pays.

renversement du narcissisme

C’est le renversement du narcissisme du qahr par un pauvre paysan d’une région laissée pour compte qui a fournit à tous les Tunisiens le symbole (le langage en acte) qui a déclenché un processus de subjectivation collective faisant fond, certes, sur des conditions socio-économiques qui préexistaient ; conditions qui seraient restées en l’état et non devenues un procès irrépressible par lequel des femmes et des hommes retournent subitement leur impuissance en puissance de refus. Il y a un versant imaginaire à ce scénario du déclenchement, autour de l’acte inédit de l’auto-immolation dans la culture tunisienne et musulmane, si ce n’est peut-être l’écho de ce que nous avons appris par cœur, enfants, du geste de la femme d’Hasdrubal se jetant dans la brasier en criant : « le feu plutôt que le déshonneur » pour échapper au « qahr » de Carthage par les Romains.

l’inconscient ne peut pas ne pas être politique

Parmi les trésors iconographiques de la révolution sur Facebook, il existe un collage ou l’on voit la tête coupée de Ben Ali en tenue de président de la république, remplacée par celle de Bouazizi. La thèse freudienne de la constitution libidinale d’une foule est d’actualité : une somme d’individus mettent le même objet à la place de leur idéal du moi pour s’identifier les uns aux autres. Sauf, qu’ici Bouazizi n’était pas un meneur, mais l’homme calciné qui, en disparaissant, a permis à la multitude de s’enflammer. En quoi l’inconscient ne peut pas ne pas être politique.

Hélène Chaigneau psychiatre exemplaire

Auteur : Hélène Chaigneau

Date de saisie : 12/01/2011

Genre : Psychiatrie

Editeur : Campagne première, Paris, France

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 9782915789652

GENCOD : 9782915789652

Sorti le : 19/01/2011


Acheter Soigner la folie : une vie au service de la clinique chez ces libraires indépendants en ligne :
L’Alinéa (Martigues) Dialogues (Brest) Durance (Nantes) Maison du livre (Rodez) Mollat (Bordeaux) Ombres Blanches (Toulouse) Sauramps (Montpellier) Thuard (Le Mans).

«Si loin que j’évoque les sources manifestes de ma vocation médicale, je me souviens d’avoir été témoin de l’angoisse de ma mère, et d’avoir formé le voeu d’être médecin pour l’en guérir

Cet impossible projet augure la vie que le Dr Hélène Chaigneau (1919-2010) a consacrée à la clinique. Elle n’aura cessé de manifester sa considération et son souci de l’autre, le plus proche et le plus lointain, le sujet schizophrène, en tentant de remédier à sa souffrance psychique.

Figure majeure de la psychothérapie institutionnelle, Hélène Chaigneau demande à l’hôpital psychiatrique public d’assumer son rôle décisif d’asile et de soins, à une époque où le mouvement de l’antipsychiatrie le voue aux gémonies. Sa culture des théories psychiatriques affûte son enseignement, tandis que sa formation psychanalytique lui permet une écoute des patients sans a priori dogmatiques. Son enseignement, essentiellement oral, passe par un dialogue fécond avec ses élèves, ses collègues, ses patients. Elle a ainsi formé plusieurs générations de psychiatres et de soignants.

Hélène Chaigneau a pu suivre l’élaboration du présent livre sans en voir la publication. Il se compose de plusieurs textes qui rendent compte de la clinique institutionnelle des psychoses, suivis d’un long entretien où elle témoigne de sa pensée, du traitement spécifique des sujets schizophrènes, des dits et non-dits à l’hôpital, dans un constant rapport à l’éthique.

Cet ouvrage, coordonné par Joséphine Nohra-Puel et le Dr Jean-François Solal, comprend une bibliographie complète d’Hélène Chaigneau, ainsi que sa biographie établie par le Dr Jean Garrabé.


Un bref extrait :

Prise en charge institutionnelle des sujets réputés schizophrènes

«Les fous sont des gens raisonnables, c’est-à-dire pas viciés.»

Il n’y a pas de différence entre la question que pose la folie dans un collectif dit psychiatrique et celle que pose la folie dans la société en général. C’est exactement la même question, chargée de la même angoisse. En réponse à cette question, la tendance naturelle du collectif psychiatrique est de s’équiper techniquement contre cette angoisse. La schizophrénie-maladie s’insère dans cet appareil de technicité. Elle a sa place dans nos manuels de psychiatrie. Elle y est nantie de ses symptômes cardinaux, de son historique, de ses formes cliniques, évolution, traitement, en un mot de tout ce que doit avoir une «maladie» digne de ce nom. Il lui resterait, si nous en acceptions le pari, à trouver sa place dans une nosographie nouvelle, dite «institutionnelle», et ce serait finalement la même, puisque nosographique : celle d’une «maladie».

La découverte freudienne a dramatiquement bouleversé la description catégorielle à laquelle nous soumettions, selon une tradition séculaire, le problème de l’homme souffrant, qui, dans cette tradition, trouvait sa place de «malade». Non que Freud ait renoncé à «classer» ou à essayer de le faire. Rompu à la discipline médicale, mieux encore à l’anatomie-physiologie et à la neurologie, comment l’aurait-il pu ? Mais il a refusé d’être dupe de cette rassurante attitude. Ainsi, toute sa vie, rédigeant jour après jour ses découvertes d’homme clinicien, il n’a pas cru, chaque fois qu’apparaissait une contradiction dans le déroulement historique de sa pensée, devoir la sacrifier à une illusoire clarté. L’erreur des psychiatres lui avait d’ailleurs si peu échappé qu’il écrivait : «Dans le cadre même de la médecine, la psychiatrie, il est vrai, s’occupe à décrire les troubles psychiques qu’elle observe et à les réunir en tableaux cliniques, mais dans leurs bons moments les psychiatres se demandent eux-mêmes si leurs arrangements purement descriptifs méritent le nom de science.» En foi de quoi je me contenterais volontiers, pour ma part, de tenir pour «psychiatre institutionnel» – ou psychiatre tout court ! – celui qui posséderait l’aptitude d’avoir et de multiplier de tels bons moments.

On peut mener toute une vie psychotique sans être hospitalisé, soigné, ou diagnostiqué. Mais il est bien rare, sauf peut-être encore dans des milieux sociologiques très fermés qui légifèrent en vase clos, qu’un sujet aperçu en tant que schizophrène passe dès lors toute sa vie sans être reçu dans un établissement de cure. La plupart du temps, il s’avère impossible de soigner de tels sujets sans faire appel, au moins pendant un certain temps, à un milieu protégé.

«Schizophrène», le sujet franchit donc un seuil important. Il entre dans le monde armé contre la folie, il y est «admis» comme «malade». Il «présente» ses symptômes. On a bien vite dit que la société rejette les malades mentaux. À ne pas voir qu’elle les «consacre», on risque de ne jamais rien comprendre aux problèmes que nous pose la psychose.

Le comportementalisme prend les traits de la Joconde

Le livre du jour

Comportementalisme à visage humain

Les psys aussi sont construits sur des failles. Descendant de leur piédestal, une vingtaine de thérapeutes confient les difficultés qu’ils ont eues à affronter et comment ils les ont surmontées. Ils livrent leurs techniques pour dépasser les épreuves qu’ils ont subies, s’apaiser, s’affirmer et vivre en accord avec leurs valeurs.

Rassemblées à l’initiative de Christophe André, psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris, et fervent promoteur des thérapies cognitives et comportementales, ces confessions ont valeur d’exemples. « Les thérapeutes de ce livre ne se présentent pas comme des modèles à admirer ; plutôt comme des modèles dont s’inspirer : faillibles, fragiles, mais qui ont mis en pratique les efforts qu’ils recommandent. Plus émouvants et plus motivants, donc », explique-t-il.

Certains témoignages évoquent des difficultés assez répandues comme l’anxiété ou la déprime. D’autres des épreuves bouleversantes comme la maltraitance, la toxicomanie, le harcèlement au travail.

« L’héroïne, c’était tout simplement la manière la plus efficace que j’avais trouvée de mener ma lutte intérieure », confie Benjamin Schoendorff, l’un des pionniers de l’introduction de la thérapie d’acceptation et d’engagement en France. « Fils d’un père maltraitant, je suis devenu un père affectueux ; très attiré par le terrorisme politique lorsque j’étais adolescent, je suis devenu partisan de la non-violence à partir de 18 ans, à la suite de ma conversion au christianisme », raconte Jacques Lecomte, psychologue. « La meilleure stratégie que j’ai choisie pour ne pas ressentir l’angoisse de la mort est d’augmenter l’estime de soi », confie le professeur Gilbert Lagrue.

Cette révélation de soi n’a rien d’évident. Elle est aux antipodes de la psychanalyse où l’engagement du thérapeute repose sur le principe de la neutralité bienveillante. Une démarche cohérente avec la manière dont fonctionne la cure psychanalytique. Mais pas les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) fondées sur des techniques reproductibles. Ces thérapies cherchent à débarrasser le patient d’un symptôme, alors que, pour les psychanalystes, le symptôme n’est que le point d’appel de conflits inconscients.

Apparue dans les années 1960, la première vague des TCC était centrée sur le renforcement positif des comportements ; la deuxième sur la modification des interprétations des pensées négatives ; la troisième est un outil supplémentaire fondé sur le lâcher-prise des émotions au travers d’un ancrage corporel et sensoriel. « J’avais le souci de changer l’image très mécaniste et technicienne de ces thérapies, poursuit Christophe André. Les techniques ne marchent que si l’alliance thérapeutique entre le patient et le thérapeute est bonne. »

Cette révélation de soi a-t-elle un intérêt dans le traitement ou sert-elle juste à humaniser l’image des thérapies cognitivo-comportementales ? « On se confie pour soulager le patient et non soi-même, poursuit le psychiatre de Sainte-Anne, pour accrocher son intérêt. Ce peut être un ingrédient, un catalyseur à certains moments pour débloquer la situation, mais ça n’est pas au centre du traitement. »

Martine Laronche

Article paru dans Le Monde du 19.01.11

psychothérapie et sociologie : j’ai compris que c’était pas tout dans ma tête

Psychothérapie, psychosociologie, sociologie clinique

Contribution de Vincent de Gaulejac à la Journée de l’Affop sur le thème :

Sauvons la pratique


Vincent de Gaulejac parla à une vitesse telle que ces notes représentent probablement le tiers de ce qu’il a pu dire. Son style n’est pas restitué, mais une partie de sa pensée.

Un détail. On remarquera la distance qui sépare la pensée de Vincent de Gaulejac de celle de la psychothérapie institutionnelle et de l’analyse du même nom. Dire que on c’est le sujet de l’institution c’est formuler une hypothèse lourde de théorisation, directement opposée au principe selon lequel par définition une institution n’étant pas une personne réelle (bien entendu, mais même pas « morale » ?) ne pense pas ne sent rien, ne saurait être considérée comme sujet que par tragique méprise. Examiner conjointement les deux systèmes de pensée relève de l’orientation multiréférentielle. Sont-ils contraires ou contradictoires ? dans le second cas comment faire si l’on ne veut rejeter aucun des termes ? Il n’est pas interdit de réfléchir à et de débattre de toutes ces choses.

Second détail. L’isomorphie du discours gaulejaccien avec celui de l’Appel des appels et des trois derniers ouvrages de Roland Gori. La clinique qu’affectionne Vincent de Gaulejac et que nous pratiquons sont œuvres d’art, dont la valeur n’a rien à voir avec le prix ni la quantification. Nous sommes gens de valeur, la psychothérapie relationnelle est affaire de spiritualité, d’art, de citoyenneté. Autant de grandeurs incommensurables, non sarkozyables. Le bling bling et le cling du tiroir-caisse n’ont pas prise sur le symbolique. Notre culture n’est pas de leur monde.

PHG


pychosociologie

Max Pagès était un conversant. Il voulait que conversent entre eux les disciplines, en particulier la sociologie et la psychologie. La psychosociologie qui lui est si chère il faut le dire n’a pas été reconnue par l’université et le monde de la recherche. Les sociologues de leur côté considèrent que la bonne sociologie ne peut que se démarquer de la psychologie. Il faut selon ses puristes s’en tenir au principe de l’explication du social par le social. Pourtant comment ne pas voir qu’en même temps que le social se déploient les difficultés existentielles ou névroses, les souffrances des patients limites, de tous ceux dont les difficultés psychologiques sont liées à la modification radicale en cours du champ du travail, et qu’elles relèvent de l’articulation entre les deux disciplines ?

C’est vrai qu’on ne se suicide pas sans motif personnel, mais ceux qui continuent de faire la sourde oreille à l’autre dimension du malaise exprimé préfèrent ignorer les liens étroits qui peuvent exister entre les difficultés psychiques et l’émergence de nouvelles formes de l’organisation du travail qui produisent l’épuisement professionnel dont vous recueillez sûrement les effets dans votre pratique de psychothérapeutes(1« ). Il en va exemplairement de même pour la pratique de coach, le lien est évident entre psychologie individuelle, vécu existentiel et conditions concrètes d’existence et de travail.

une bataille idéologique majeure

La façon dont les politiques ont conduit le débat de la loi Accoyer constitue une bataille idéologique majeure. On en a vu beaucoup d’isolés à l’extrémité du petit bout de leur lorgnette professionnelle. Or il s’agit d’un phénomène massif, concernant l’ensemble des professions du social du relationnel, du service public (France télécom, la Poste, etc.). Toutes ces professions sont en proie actuellement exactement aux mêmes difficultés de principe, les mêmes soubassements idéologiques les ébranlent. Ici-même il y a peu avec Roland Gori nous avons évoqué ces questions. Je vais publier d’ici quelques jours un ouvrage, Travail, les raisons de la colère(2« ), qui développe ces idées, reprenant entre autre le thème de la psycho dynamique du travail de Dejours, la pensée d’Yves Clot sur la violence puis la souffrance au travail. Thèmes aujourd’hui traités comme malaise psychosocial, concept neutre, affadi. On déplace le problème en se demandant comment le mesurer, cela illustre parfaitement la façon dont les politiques et les gestionnaires abordent la question sociale selon le même paradigme scientiste [évitant d’appréhender la vérité d’une réalité que masquera sa réduction chiffrée].

crise des grands récits

C’est que nous assistons à un phénomène mondial, à la crise des grands récits (Lyotard), qui donnaient du sens à la société, du sens et de l’orientation, tous les grands récits, politiques, religieux, scientifiques, sont mis en en crise, présentés comme contradictoires et contestés. Que font alors les gens pour restaurer du sens par rapport à leur vie ? Ils vont voir un psychothérapeute. Chaque individu se trouve dans ce système renvoyé à lui-même pour produire le sens de son existence. Aucun n’est plus cantonné dans un système de sens dominant qui tient au collectif. Tout le monde ne peut pas avoir des parents communistes. Comment cette peuhl fait-elle pour tenir entre son master de sociologie clinique et le famille qui continue de vivre au Burkina à l’ancienne ? Avec la crise des grands systèmes de sens chacun se bricole un système. Avec pour viatique non plus une grande idéologie mais la seule doctrine de la gestion. Chaque individu gère sa carrière, sa famille, son régime alimentaire, la carrière scolaire pour rendre ses enfants employables, pour qu’ils soient armés par rapport à la lutte des places. C’est invivable ? apprenez donc à gérer votre stress !

ressources humaines : retournées comme un gant

Le terme même de ressources humaines, perçu par tous comme un progrès, plaçant l’humain au centre de l’économie s’est vu détourné en son contraire, aboutissant à une gestion dynamique des embauches.

En quoi tout cela est-il idéologique ? il faut réaliser qu’on a transformé l’humain en ressource, qu’on s’est proposé de faire de l’humain un facteur de développement de l’entreprise. Par un renversement spectaculaire, l’entreprise passée de moyen au service du lien social, du bien-être au travail, du bon vivre ensemble, du produire un monde commun, à fin, propose désormais de mettre la société au service du développement économique. Il s’agit d’un événement d’ampleur considérable, dont les composantes idéologiques massives et pourtant peu visibles à première vue ne doivent échapper ni au chercheur ni au psychopraticien.

une institution ça n’éprouve rien

Aucun projet aucun sentiment institutionnel dans tout cela, une institution n’éprouve rien, ne veut rien, c’est une pure mécanique. Il convient de pas la subjectiviser mais de l’analyser et d’en comprendre les ressorts.

Tout cela provient des théories du capital humain. Comme Milton Friedman (théoricien du libéralisme), Gary Becker propose d’appliquer des modèles afin d’optimiser la gestion des ressources humaines, passant du modèle cognitif au modèle normatif. On va former des gestionnaires pour diriger les entreprises selon les décisions de ceux auxquels elles appartiennent. Cette idéologie on ne la discerne même plus comme idéologie. Souvenez-vous des théories du développement personnel, de l’idéologie présidant à la création du CDPH. Il était question de développer des pratiques et techniques pour aider les gens à mieux vivre. On en est loin. On en est à leur contraire, les voici retournées comme un gant sans qu’on s’en soit aperçu.

Le message humaniste s’est vu détourné, retourné, pour rendre le potentiel humain performant. Dans cette idéologie car c’en est bien une, chaque individu représente un capital qu’il peut valoriser, un centre potentiel d’accumulation de richesse monétaire, un moi-capital à faire fructifier. La famille, petite entreprise, sera destinée à produire des enfants performants sur le plan scolaire pour occuper les meilleures places dans le champ économique. Les pas bons deviennent des inutiles au monde. On trouve le paradigme utilitariste au cœur même du mouvement. On créera de petits utilitaristes productifs capables de se vendre. On est loin du contrat social de Mauss.

la honte, un concept psychosociologique

Une des conséquences c’est ce qui vous arrive, et vous-mêmes comme professionnels. C’est votre marché. Si vous participez à la psychologisation des problèmes sociaux (Ehrenberg) c’est que le marché à besoin de personnes qui reçoivent ce besoin d’aide. Là où se situe la complicité c’est quand on n’établit pas le rapport entre causes objectives et conséquences subjectives et psychologiques. Le chômeur déprimé par vos soins remis en position tonique devrait pouvoir retrouver du travail mais il n’y a pas de travail. L’aide dont il a besoin n’est pas seulement d’accompagnement psychologique. Que devient un patient-limite référé à l’individu hypermoderne ? que faire si son état est la conséquence d’une série de normes qui exige des individus qu’ils se défoncent (cf. le coût de l’excellence) ? Comment procède-on quand on est psy pour comprendre la complexité de ces processus ? prenons un exemple. La honte c’est 100% social et 100% psychique. C’est ne pouvoir se tenir sous le regard d’autrui (le tiers, pas le psychothérapeute). Renvoyer la honte du côté de la psychothérapie c’est risquer de s’aveugler au fait que les sources de la honte ont a voir avec celles de violences symboliques bien réelles. Une telle misère ramenée sur un divan de cuir surmontée de tableaux de maîtres conduit à cette réflexion d’un patient : « – que peut-il entendre à ça ? »
Annie Ernaux (3« ) a besoin de dire des choses publiquement, psychiques non articulées aux organisations sociales qui les ont engendrées.

managinaire

Cette idéologie gestionnaire inspire les politiques de l’entreprise. Cette révolution managériale est progressiste par rapport au taylorisme. Elle définit une nouvelle forme de pouvoir. Qui mobilise la psyché pour canaliser l’énergie libidinale, ça n’est plus le corps foucaldien qu’il s’agit de se subordonner mais la psyché, nous voici rendus au système managinaire. On trouve ce concept dans le Coût de l’excellence, contre-point de In Search of Excellence.

Le résultat vous les voyez comme clients, SNCF RATP Poste Pôle-Emploi etc. Le principe s’en inscrit dans la RGPP, la Révision générale des politiques publiques, mise en chantier de la grande transformation. Une révolution. Sarkozy propose une révolution dans le style Reagan-Thatcher. L’action publique devient un coût à réduire. La culture client s’y voit remplacée par celle de l’usager. Celle du résultat remplace celle des moyens. Performative elle s’oppose au principe du contrôle de légitimité. La culture entreprenariale doit remplacer celle du service. Allez visiter le site RGPP.gouv.fr pour vous en faire une idée.

La réduction à marche forcée de la dette publique est au principe de tout cela. Il n’est pas mauvais en soi de s’occuper de réduire la dette publique mais dans le cas qui nous occupe elle est prétexte au démantèlement de tout le système de valeurs sur lequel se centre votre profession. Les économies réalisées sont considérables, les ravages tout autant, et c’est dans le monde entier qu’on l’a fait. Cette politique est portée par les grands cabinets mondiaux de consultants. Avec le soutien des grandes institutions internationales, FMI, banque mondiale OCDE etc. C’est partout et partout pareil. On a affaire au-delà du statut de psychothérapeute à un vaste mouvement qui met les psychothérapeutes en difficulté, en contradiction avec les raisons pour lesquelles ils sont devenus psychothérapeutes (4« ).

Catherine Kokovska

Catherine Kokovska, directrice de la PJJ d’Île de France, se défenestre pour « pouvoir recommencer à penser ». Elle parle de maltraitance institutionnelle. La maltraitance des personnels qui ne savent plus où nous allons. Quand va-t-on arrêter la casse ?

Que se passe-t-il aujourd’hui avec la psychiatrie ? Heureusement qu’ils ont le DSM pour faire face à leur incapacité de remplir véritablement leur mission ! Les professionnels du souci de l’autre, c’est ainsi que vous vous définissez, que leur arrive-t-il quand ils sont pris dans le jeu des contradictions entre finalités institutionnelles et valeurs personnelles ? Une institution c’est un système de finalités, de valeurs, c’est pourquoi on le fait. Une organisation c’est un ensemble de moyens opératoires, comment on le fait, cela concerne l’action. Quand la seconde prend le pas sur la première que se passe-t-il ?

Le nouveau décret met en place une forme de modalité opératoire en contradiction avec la mission qui est la vôtre de mettre en œuvre ce qu’il faut faire pour accompagner les gens, en contradiction avec le sens profond de la clinique, de votre pratique. Nous voici au moment où le scientisme utilitariste l’emporte sur les sciences compréhensives. Nous voici bientôt rendus, peut-être pas vous encore occupés ici-même à vous organiser pour résister, au moment aporétique du paradoxe, à l’acmé de la crise. Que se passe-t-il quand le jeu des contradictions fait exploser ceux qui en sont acteurs et objets ?

j’ai compris que c’était pas tout dans ma tête

(…) blocs qui s’affrontent, où les personnes pourraient être des points d’articulations. Aider à ce qu’ils n’implosent pas en vol mais qu’ils gèrent les tensions auxquels ils sont soumis. Attention à ne pas aider les gens à supporter le mieux possible leurs difficultés au travail. Leur permettre de faire le lien entre conflits vécus et conflits de l’organisation. « J’ai compris que ce n’était pas tout dans ma tête ». Donner à l’individu aussi des moyens d’agir sur ce lien-là. Monter la réflexion au niveau socio politique et organisationnel.

quatre modalités de la subjectivité

Je distinguerais quatre niveaux, à la Max Pagès, quatre façons d’être sujet. Sujet réflexif, sujet du désir pulsions etc. On parle de work addicts ou d’amoureux passionnés – c’est vrai que les gens sont volontiers amoureux de leur travail – qui n’ont pas vu que l’objet de leur amour s’en foutrait d’eux quand il n’en aurait plus besoin. « L’entreprise ne les aime plus » : mais ça n’a pas de sentiments une entreprise ! sujet de l’éprouvé (dénégation par rapport à la souffrance au travail), sujet de l’action homo faber (Arendt), qui se réalise dans l’œuvre, sujet de l’efficience et de la performance (5« ).

Encore une fois, souvenez-vous qu’il ne s’agit du côté de l’institutionnel que de mécanismes. De grâce ne les mettons pas eux en position de sujets ! Pour faire face à l’individualisation pathologique et au délitement du tissu social et de solidarité, prenons en considération les différents niveaux qui s’articulent lorsque la souffrance sociale se conjoint à la psychologique.

  • 1 Bien entendu l’orateur s’adressait à quelques futurs psychothérapeutes NN et de nombreux psychopraticiens relationnels. En employant le terme de métier de cinquante ans d’âge sans compter les mois de nourrice car il arrive tout droit du XIXème siècle, de psychothérapeutes, il utilisait la langue courante et se référait au savoir et histoire communs. Nous avons respecté le propos de l’orateur, faute de quoi sa mise en langue de bois aurait déformé sa pensée. Pendant longtemps encore, et qui sait, cela peut durer un siècle, la langue dira psychothérapeute sans tenir compte du fait qu’il s’agit d’un titre désormais chasse gardée de l’académisme paramédical. Comment contrôler les faits de langue ? les totalitarismes s’y sont essayé et cassé les dents. Le néolibéralement correct réussira-t-il là où le paranoïaque a échoué ? Prudents et respectueux d’une loi dont nous continuons de critiquer l’iniquité, nous prendrons garde de tourner sept fois notre langue dans notre bouche avant de nous trouver en contravention lourde. Nous ne pourrons rien contre l’usage courant. La novlangue en marche n’a pas fini de révéler la souffrance qu’en parlant de bois elle fomente et désigne.
  • 2 La  » valeur travail  » est ébranlée.

    Jadis et tout à la fois source d’accomplissement personnel, d’estime de soi, de liens sociaux et de reconnaissance sociale, le travail est de plus en plus souvent vécu comme une peine quotidienne exposant l’individu à l’isolement, à l’angoisse de n’être plus  » à la hauteur « , au stress de la compétition, à l’humiliation publique, à la souffrance psychique qui pousse certains jusqu’au suicide. Bien des rapports ont exploré ces phénomènes en privilégiant tantôt leur dimension sociale, tantôt ses causes économiques et politiques, ou encore sa dimension individuelle et psychologique.

    L’auteur mêle ici le psychique, le social, l’économique ; il décrypte l’interaction complexe de toutes ces causes et propose une grille de lecture qui fonde une résistance à la déshumanisation du travail. C’est bien un système managérial pensé au service exclusif de la performance financière, et non la fragilité singulière des individus, qui est en train de transformer le travail en torture et d’étendre au secteur public les méfaits d’une gestion inhumaine d’abord rodée dans le secteur privé.

    Identifier l’origine du mal donne ici les  » raisons  » de la colère des travailleurs en un double sens, comme explication de ses sources, mais aussi comme première protection de ses victimes : résister, exprimer et manifester la légitime colère contre un système inhumain est désormais la plus raisonnable des réactions, pour éviter que les individus retournent contre eux-mêmes une violence nourrie par ce système.

  • 3 Une autrice anciennne professeur de lettres qui raconte en particulier dans son roman La Place (prix Renaudot 84) de façon très réaliste et touchante son enfance dans un milieu modeste qu’elle a dû plus ou moins renier pour se hausser dans la classe supérieure des intellectuels. Elle illustre parfaitement les analyses de Gaulejac sur la honte et les problématiques de classe sociale dans toute son œuvre littéraire.
  • 4 Évidemment dans la bouche de Vincent de Gaulejac l’utilisation du terme générique « psychothérapeute », avec le sens de « celui qui pratique la psychothérapie » ne renvoie pas au titre, désormais réservé. Nous rencontrons à chaque instant l’utilisation du terme de la langue courante dans le discours commun pour désigner une fonction, qui ne s’embarrasse pas de la restriction due à la réservation d’un titre.
  • 5 Cf. à ce sujet le film Jean Robert Viallet, La mise à mort du travail.

Psychothérapeutes : droit de contester le Conseil des professions de santé

Grande-Bretagne –10 décembre 2010

La bataille pour la psychothérapie fait rage en Grande Bretagne, où les réglementaristes d’inspiration comportementaliste récemment lancés à l’assaut d’un mouvement de plus de 25 ans d’âge, ayant fédéré autour de la UKCP quasiment l’ensemble des praticiens du royaume, psychanalystes compris à l’exception d’un petit groupe de purs et durs, après un regain de virulence comportementaliste et scientiste se voient mis en échec par psychothérapeutes et psychanalystes unis, rien à voir avec notre pays où nos psychanalystes distingués ne sont pas près de donner le baiser au lépreux (ex !) psychothérapeute relationnel. Autre pays autres mœurs.

Philippe Grauer


Communiqué de presse

Version française

Les psychothérapeutes obtiennent le droit de contester les plans établis par le Conseil des professions de santé au sujet de la réglementation légale

Le Juge Burton a donné à six groupes de praticiens de psychothérapie et psychanalyse la permission de procéder à ce qu’il a qualifie comme un « important » défi de révision judiciaire aux propositions de leur réglementation par le Conseil des professions de santé– CPS.

L’avocate des groupes, Dinah Rose, bâtonnier de l’Ordre, a soutenu que le HPC avait illégalement mis de côté les questions cruciales sur la question de savoir si la psychothérapie et la psychanalyse devraient être réglementées par la loi et, plus important encore, de savoir si le CPS est apte à cet effet dans ce contexte, compte tenu de sa concentration sur les résultats mesurables des interventions de type médical. Leur révision judiciaire a été statuée sans délai et a été estimée « clairement discutable » selon le juge. En donnant un bref jugement oral, le juge Burton a critiqué la nature trompeuse des déclarations de le CPS. Les groupes de praticiens avaient été amenés à croire que le CPS envisageait et ferait un rapport au Ministère de la Santé dans des circonstances où cela n’avait apparemment jamais été prévu ou fait.

Au cours du litige, le Ministère de la Santé a maintenu une position neutre et a mis les plans pour l’adoption d’une loi en attente en vue de la décision du tribunal. Le CPS a maintenant cinq semaines pour produire des preuves ultérieures avant que l’affaire ne soit répertoriée pour une audience complète au printemps.

Le professeur Darian Leader, directeur du Centre d’analyse et recherche freudienne, l’un des groupes de praticiens, a déclaré aujourd’hui :
« Il est très regrettable que le CPS ait choisi d’utiliser les honoraires de ses adhérents actuels pour engager cette affaire à ce jour. Ses avocats nous disent que les frais juridiques s’élèvent déjà à £ 47.000. Cet argent pourrait servir à produire un rapport significatif sur la meilleure manière de réglementer les thérapies de la parole. Au lieu de cela il est utilisé pour défendre une décision visant à la construction d’un empire que le jugement actuel considère légalement contestable et, qui de notre point de vue, est pervers et inadmissible. Le CPS avait été chargé d’enquêter sur les besoins réglementaires des groupes de praticiens comme le nôtre et de décider si une réglementation légale était vraiment opportune, et le cas échéant, s’il était le régulateur approprié. Il a tout simplement éludé ces questions. Nous espérons que le CPS va maintenant se montrer sensible à l’indication donnée par la Cour, retirer ses propositions de réglementation et se retirer afin qu’un organisme actuellement capable d’améliorer les normes et de protéger le public dans ce domaine difficile puisse être créé. »


Original anglais

Psychotherapists win the right to challenge Health Professions Council plans for statutory regulation

Mr Justice Burton has given six psychotherapy and psychoanalysis practitioner groups permission to proceed with what he described as an « important » judicial review challenge to proposals for their regulation by the Health Professions Council (HPC).

The groups’ barrister, Dinah Rose QC argued that the HPC had unlawfully ducked critical questions about whether psychotherapy and psychoanalysis should be regulated by statute and, more importantly, whether the HPC is fit for purpose in this context given its focus on the measurable outcomes of medical-style interventions. Their judicial review was ruled to have been brought without delay and was « clearly arguable » in the judge’s view. Giving a short oral judgement, Mr Justice Burton went on to criticise the misleading nature of HPC statements. Practitioner groups had been led to believe the HPC were considering and would be reporting to the Department of Health on whether it should be the regulator in circumstances where this was apparently never planned or done.

During the course of the litigation the Department of Health has maintained a neutral stance and put plans to introduce legislation on hold to await the Court’s decision. The HPC will now have five weeks to file further evidence before the case is listed for a full hearing in the Spring.

Professor Darian Leader of the Centre for Freudian Analysis and Research, one of the six practitioner groups, said today: « It is very unfortunate that the HPC has chosen to use its existing registrants’ fees to fight this case to date. We are told by its solicitors that its legal costs already run to £47,000. This money could be used to produce a meaningful report on how best to regulate the talking therapies. Instead it is being used to defend an empire-building decision that today’s ruling exposes as being legally questionable and, in our view, is perverse and unsustainable. The HPC was charged with investigating the regulatory needs of practitioner groups such as ours and deciding whether statutory regulation was appropriate at all and, if it was, whether it was the right regulator. It simply evaded those questions. We hope the HPC will now show itself to be appropriately sensitive to the indication given by the Court, withdraw its current proposals for regulation and step aside so a body that is actually capable of improving standards and protect the public in this difficult field can be created. »

Notes for editors:

1. Professor Leader can be contacted for further comment on 07952 520 540. The groups’ solicitor, John Halford of Bindmans LLP can be contacted on 0207 833 7827 or at j.halford@bindmans.com.

2. The claim was brought by the Association for Group And Individual Psychotherapy, the Association of Independent Psychotherapists, the Centre for Freudian Analysis and Research, the College of Psychoanalysts-Uk, the Guild of Psychotherapists and the Philadelphia Association.

3. The campaign has been supported by many well-known artists, writers and philosophers, including Rosie Boycott, Tracey Emin, Brian Eno, Sophie Fiennes, Bella Freud, Esther Freud, Antony Gormley, John Gray, Oliver James, Anish Kapoor, Hanif Kureishi, Lee Hall, Susie Orbach, Cornelia Parker, Adam Phillips, Will Self, Gavin Turk and Slavoj Zizek.


Psychiatrie – Non à l’instauration de juges d’application des soins !

Emprisonner les fous ? c’est déjà fait. Sans doute un tiers ou un quart des prisonniers sont dans un état mental passablement disons difficile, et n’ont pas atterri là où ils sont sans raison, si l’on peut dire. Il est de notoriété publique par ailleurs comme le souligne l’article ci-infra que 90% des schizophrènes sont dans la rue.

Que les pouvoirs publics judiciarisent la maladie mentale en dit long sur la conception de la santé mentale qui prévaut, conception protocolaire évidemment, le protocole étant la bonne forme de nos nouveaux psychothérapeutes à venir – TCC de préférence si l’on donne dans le penchant post-moderne de normer une population à la façon scientiste.

Une population ou un peuple ? une conception contrôlitaire du soin (1« ) présente des implications idéologiques puis politiques. Nous autres psychopraticiens relationnels nous trouvons indirectement concernés par l’ensemble de l’édifice de la santé mentale à la marge de laquelle nous exerçons, dans le cadre du Carré psy. Son évolution vers des formes dangereuses autant pour la démocratie que pour pour l’ensemble des professionnels du psychisme et de tous ceux que cela concerne nous préoccupe, et nous avons à cœur d’informer le public de ce qui se passe et d’afficher notre solidarité avec le Comité des 39 contre la nuit sécuritaire qui milite pour prévenir une dégradation dommageable de nos institutions et représentations de l’ordre de l’imaginaire social, relatives à l’univers anthropologiquement vital pour chaque civilisation, de la folie.

Philippe Grauer}}


La décision du Conseil Constitutionnel a eu un effet de sidération et de confusion sur les soignants en psychiatrie pour la raison qu’elle soulève un paradoxe qui n’est certes pas nouveau, mais qui était tant bien que mal traité au cas par cas jusqu’à présent dans la confiance relative aussi bien envers la justice qu’envers les psychiatres.

Cette décision a immédiatement comme corollaire que les placements sont avant tout des privations de liberté.

Là il nous faut réfléchir ensemble à la différence qu’il y a entre protection sociale discutable et qui doit être discutée et privation de liberté qui serait de fait reconnue par le contrôle judiciaire.

Cette décision veut dire que l’acte de protection sociale par HO et l’acte de protection d’une personne par HDT ne seraient plus assumés par la civilisation, mais par un « état objectivable dans son écart par rapport à une norme » puisque ce serait le trouble en lui-même, expertise à l’appui, qui orienterait la vérité judiciaire chargée de relier nature du trouble et privation de liberté.

Les personnes atteintes de troubles mentaux seraient ainsi, au nom du contradictoire, condamnées ou relaxées, en ce qui concerne leur placement. L’hôpital psychiatrique fonctionnerait alors comme un lieu de privation de liberté c’est-à-dire une prison et la folie comme une faute punissable!

Avec les mesures d’HO ou d’HDT, nous ne privons pas les patients de liberté, nous les écartons de la société pour nous protéger de leurs actes ou pour les protéger d’eux-mêmes et cela doit rester l’absolue exception.

Qu’une personne ainsi placée considère qu’on la prive de liberté c’est son droit le plus strict, et elle doit pouvoir obtenir un droit de recours juridictionnel qui doit lui être offert quel que soit son état, et cela, sans délai, c’est un principe de séparation du soin et du droit qui ne doit souffrir aucune exception.

Nous ne pouvons qu’être inquiets par la prise en compte dans nos démocraties de la question posée par l’accueil et les soins à dispenser auprès des personnes présentant des troubles mentaux quand nous constatons que ces derniers sont essentiellement proposés à la discussion sous l’angle sécuritaire ou judiciaire.

L’idée de perfectionner la loi de 1990 focalise la réflexion sur le temps de la contrainte, alors qu’elle devrait principalement porter sur les traitements, les prises en charge, l’accueil de la folie. Cela risque d’amplifier ce qui s’est produit dans la suite de la loi de 1990 qui n’a en rien amélioré les pratiques psychiatriques. Bien au contraire elle n’a fait qu’augmenter pour une part sensible le nombre de recours au placement en même temps qu’elle a, par effet d’aspiration, diminué les investissements de prévention, de club thérapeutique, de suivi, avec l’accroissement scandaleux du nombre de patients mis en errance, SDF, ou se retrouvant en prison.

Toute la psychiatrie moderne depuis la symbolique de l’acte Pinelien libérant le fou de ses chaînes, très précisément la symbolique qui initie la soustraction de la conception de l’acte soignant d’une contrainte des corps, n’a cessé de s’en départir contre le retour cyclique d’une psychiatrie hygiéniste, dégénérescence incluse, visant à établir une Raison comme norme avec les procédures de rejet et de traitement obligatoire qui en découlent, contre une fiction politique de la Raison, politique partageable parce que discutable et qui doit en permanence s’enrichir par la confrontation à ses limites, en particulier, avec ce que la folie interroge en nous.

C’est en ce sens que nous refusons de faire des moments exceptionnels de la contrainte le noyau organisateur de la psychiatrie. Le recours judiciaire doit être du côté des patients et non du côté d’un perfectionnisme procédural qui ne ferait que déplacer la question de la folie vers une vérité judiciaire de son traitement.

C’est en ce sens que nous refusons de voir les pratiques soignantes organisées sous le modèle de l’enquête judiciaire et de la peine. La folie n’est pas en soi un délit ou un crime.

Nous refusons les centres de rétention de 72 heures construits sur le modèle de la garde à vue.

Nous refusons la mise en place d’un juge d’application des soins sur le modèle du juge d’application des peines.

Nous refusons les traitements ambulatoires obligatoires construits sur le modèle de la liberté conditionnelle.

Bref nous refusons de participer à l’organisation « contrôlitaire du soin ».

25 décembre 2010
Le Collectif des 39 Contre la Nuit Sécuritaire

  • 1 On se souvient que { {soin veut dire soit traitement, au sens médical ou paramédical du terme, ou encore le soin que l’on prend de soi, le souci de soi, qui prend place au cours des séances, de psychanalyse ou de psychothérapie relationnelle, les deux disciplines axant leur effort vers la dynamisation du processus de subjectivation de la personne.

Hackers vengeurs et espions en diligence

LIBERATION 1 décembre 2010

Hackers vengeurs et espions en diligence

Par UMBERTO ECO

L’affaire WikiLeaks a une double valeur. D’un côté, elle se révèle un scandale apparent, un scandale qui n’apparaît comme scandale que devant l’hypocrisie qui régit les rapports entre les États, les citoyens et la presse. De l’autre, elle annonce de profonds changements au niveau international, et préfigure un futur dominé par la régression.

Mais procédons par ordre. Le premier aspect de WikiLeaks, c’est la confirmation du fait que chaque dossier constitué par un service secret (de quelque nation que ce soit) est composé exclusivement de coupures de presse. Les «extraordinaires» révélations américaines sur les habitudes sexuelles de Berlusconi ne font que rapporter ce qui depuis des mois pouvait se lire dans n’importe quel journal (sauf ceux dont Berlusconi est propriétaire), et le profil sinistrement caricatural de Khadafi était depuis longtemps pour les artistes de cabaret matière à sketch.

La règle selon laquelle les dossiers secrets ne doivent être composés que de nouvelles déjà connues est essentielle à la dynamique des services secrets, et pas seulement en ce siècle. Si vous allez dans une librairie consacrée à des publications ésotériques, vous verrez que chaque ouvrage répète (sur le Graal, le mystère de Rennes-le-Château, les Templiers ou les Rose-Croix) exactement ce qui était déjà écrit dans les ouvrages antérieurs. Et ce non seulement parce que l’auteur de textes occultes n’aime pas faire des recherches inédites (ni ne sait où chercher des nouvelles sur l’inexistant), mais parce que ceux qui se vouent à l’occultisme ne croient qu’à ce qu’ils savent déjà, et qui reconfirme ce qu’ils avaient déjà appris. C’est le mécanisme du succès de Dan Brown. Idem pour les dossiers secrets. L’informateur est paresseux, et paresseux (ou d’esprit limité) le chef des services secrets (sinon il pourrait être, que sais-je, rédacteur à Libération), qui ne retient comme vrai que ce qu’il reconnaît. Les informations top secret sur Berlusconi que l’ambassade américaine de Rome envoyait au Département d’Etat étaient les mêmes que celles que Newsweek publiait la semaine d’avant.

Alors pourquoi les révélations sur ces dossiers ont-elles fait tant de bruit ? D’un côté, elles disent ce que toute personne cultivée sait déjà, à savoir que les ambassades, au moins depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et depuis que les chefs d’États peuvent se téléphoner ou prendre un avion pour se rencontrer à dîner, ont perdu leur fonction diplomatique et, exception faite de quelques petits exercices de représentation, se sont transformées en centres d’espionnage. N’importe quel spectateur de films d’enquête sait très bien cela, et ce n’est que par hypocrisie que l’on fait semblant de l’ignorer. Toutefois, le fait de le répéter publiquement viole le devoir d’hypocrisie, et sert à placer sous une mauvaise lumière la diplomatie américaine. En second lieu, l’idée qu’un hacker quelconque puisse capter les secrets les plus secrets du pays le plus puissant du monde porte un coup non négligeable au prestige du département d’État. Aussi le scandale ne met-il pas tant en crise les victimes que les «bourreaux».

Mais venons-en à la nature profonde de ce qui est arrivé. Jadis, au temps d’Orwell, on pouvait concevoir tout pouvoir comme un Big Brother qui contrôlait chaque geste de ses sujets. La prophétie orwellienne s’était complètement avérée depuis que, pouvant contrôler chaque mouvement grâce au téléphone, chaque transaction effectuée, l’hôtel visité, l’autoroute empruntée et ainsi de suite, le citoyen devenait la victime totale de l’œil du pouvoir. Mais lorsque l’on démontre, comme ça arrive maintenant, que même les cryptes des secrets du pouvoir ne peuvent échapper au contrôle d’un hacker, le rapport de contrôle cesse d’être unidirectionnel et devient circulaire. Le pouvoir contrôle chaque citoyen, mais chaque citoyen, ou du moins le hacker – élu comme vengeur du citoyen -, peut connaître tous les secrets du pouvoir.

Comment un pouvoir qui n’a plus la possibilité de conserver ses propres secrets peut-il tenir ? Il est vrai, Georg Simmel le disait déjà, qu’un vrai secret est un secret vide (et secret vide ne pourra jamais être dévoilé) ; il est vrai, aussi, que tout savoir sur le caractère de Berlusconi ou de Merkel est effectivement un secret vide de secret, parce que relevant du domaine public ; mais révéler, comme l’a fait WikiLeaks, que les secrets de Hillary Clinton étaient des secrets vides signifie lui enlever tout pouvoir. WikiLeaks n’a fait aucun tort à Sarkozy ou à Merkel, mais en a fait un trop grand à Clinton et à Obama. Quelles seront les conséquences de cette blessure infligée à un pouvoir très puissant ? Il est évident que dans le futur, les États ne pourront plus mettre en ligne aucune information réservée – cela reviendrait à la publier sur une affiche collée au coin de la rue. Mais il est tout aussi évident qu’avec les technologies actuelles, il est vain d’espérer pouvoir entretenir des rapports confidentiels par téléphone. Rien de plus facile que de découvrir si et quand un chef d’État s’est déplacé en avion et a contacté l’un de ses collègues. Comment pourront être entretenus dans le futur les rapports privés et réservés ? Je sais bien que, pour l’instant, ma prévision relève de la science-fiction et est donc romanesque, mais je suis obligé d’imaginer des agents du gouvernement qui se déplacent de façon discrète dans des diligences aux itinéraires incontrôlables, en n’étant porteurs que de messages appris par cœur ou, tout au plus, en cachant les rares informations écrites dans le talon d’une chaussure. Les informations seront conservées en copie unique dans des tiroirs fermés à clef : au fond, la tentative d’espionnage du Watergate a eu moins de succès que WikiLeaks.

J’ai eu l’occasion d’écrire que la technologie avance maintenant en crabe, c’est-à-dire à reculons. Un siècle après que le télégraphe sans fil a révolutionné les communications, Internet a rétabli un télégraphe sur fils (téléphoniques). Les vidéocassettes (analogiques) avaient permis aux chercheurs en cinéma d’explorer un film pas à pas, en allant en avant et en arrière et en en découvrant tous les secrets du montage, alors que maintenant les CD (numériques) ne permettent que de sauter de chapitre en chapitre, c’est-à-dire par macroportions. Avec les trains à grande vitesse, on va de Rome à Milan en trois heures, alors qu’en avion, et les déplacements qu’il inclut, il faut trois heures et demie. Il n’est donc pas extraordinaire que la politique et les techniques de communications en reviennent aux voitures à cheval.

Une dernière observation. Autrefois, la presse essayait de comprendre ce qui se tramait dans le secret des ambassades. A présent, ce sont les ambassades qui demandent les informations confidentielles à la presse.

Traduit de l’italien par Robert Maggiori

Du droit à la psychanalyse

Retour sur un article de René Major paru dans Libération le 25 d’octobre 2010, préalablement à la réunion autour de l’ouvrage Manifeste pour la psychanalyse du 4 décembre à laquelle il n’a pas participé.

L’auto discipline des ex psychothérapeutes relationnels, devenus depuis psychopraticiens relationnels, elle n’a pas l’honneur de se voir reconnue par le pouvoir (peut-on employer l’expression « qui de droit » en cette circonstance ?). C’est bien tout le problème. & celui de la psychanalyse de se mettre dans le tort de se retrouver de droit à l’exception notable de nous-mêmes, dont elle sait parfaitement qui nous sommes, et qu’elle se fait fort (faible plutôt) de vouer aux gémonies au motif d’une confusion qu’il n’est nul besoin d’avoir lacanisé durant des années pour la comprendre tout de suite, entre thérapie TCC et psychothérapie humaniste, la seconde amalgamée perfidement à la première.

Il se trouve tout de même que si la psychanalyse peut revendiquer le droit de n’être assujettie à aucun savoir constitué – fût-ce celui de la médecine, pour reprendre les justes termes de René Major, la psychothérapie relationnelle revendique exactement et pour les mêmes raisons l’exercice du même droit.

Le jeu des mots sur profession ne doit duper personne. Nous avons déjà dans ces mêmes colonnes soutenu que plus que profession l’exercice de la psychothérapie relationnelle relevait davantage du ministère (pas celui de la Santé, bien entendu), mais que cela étant dit, à l’instar de la prêtrise ledit ministère nécessitait une formation théorique et clinique exigeante, ainsi qu’un examen sérieux des motivations et réelles capacités d’exercice, sans compter le passage par l’expérience personnelle approfondie du type de cheminement ensuite proposé à autrui (sans compter un contrôle continu). Cela en effet déborde la profession proprement dite, ou définit une profession très particulière.

Cela n’empêche que l’hypocrisie de dire je n’exerce pas la profession de psychanalyste mais de psychologue ou de médecin sous le couvert de laquelle j’exerce comme psychanalyste, à propos de religion fait penser furieusement à l’art argumentaire du jésuite. En effet notre savoir n’est pas de ce monde, du monde de la science académique, du monde de la santé mentale positive, nous en tombons précisément d’accord, ni le nôtre ni le vôtre Messieurs et dames, et c’est pour cela que nous sommes bien pareils.

Nous nous dressons exactement comme vous contre le biopouvoir et la psychopolitique, ces instances idéologico politiques qui s’en prennent à nous avant de vous liquider vous. J’ignore ce qu’il en est d’une association psychanalytique de pêcheurs à la ligne mais pour ce qui est de la pêche en eau trouble je pense que le René Major qui fièrement remit à leur place quand il le fallait les ânes à listes du Groupe de contact, serait bien inspiré de ne pas alimenter de quelque façon le courant peu clair dit « anti psychothérapie » sans plus de précision, susceptible d’alimenter de la demande de reconnaissance étatisant de fait à bas bruit la psychanalyse en France.

Protester d’une main contre le programme Accoyer, parfaitement explicite : »Eh bien, il faudra faire pour les psychanalystes – mais j’espère en moins de onze ans ! – ce que j’ai fait pour sécuriser les usagers« , et de l’autre ne concevoir même pas comment un psychanalyste puisse souhaiter avoir le titre de psychothérapeute, tellement ces deux modes de pratique leur paraissent incompatibles, reste cohérent.

Que par contre le « recours au moindre mal » du véritable bouclier psycal de l’agrément des Associations psychanalytiques soit présenté comme une formule révolutionnaire qui sauve la psychanalyse en la mithridatisant du poison juridique qu’elle requiert à condition que sa requête soit couverte du manteau de Noé théorique des auteurs du Manifeste (le livre) peut laisser rêveur. Ces acrobaties ne nous sauverons, ni eux du ridicule, ni nous de la difficulté de ne pas opposer un front uni aux tentatives « crypto-totalitaires » que vous dénoncez.

Nous appartenons ensemble, René Major, à la SIHPP qui répercute ce texte que nous éditons aujourd’hui. Vous savez bien depuis ce lieu qui nous est commun que les psychanalystes ont mieux à faire qu’à se distinguer de nous comme si étions porteurs d’une sorte de nouvelle peste. Nous procédons du même combat, reconnaissons-nous mutuellement à ce titre, ensemble retournons-nous contre nos véritables adversaires scientifiques et politico idéologiques. Ensemble nous serons plus justes et efficaces qu’artificiellement dressés, les auteurs du Manifeste (le livre, dont vous n’êtes pas) contre nous.

Voir également notre Manifeste pour la psychanalyse, première partie, ici même.

Philippe Grauer


Deux événements récents appellent une réflexion sur le chemin parcouru par l’État français pour instaurer une législation où apparaît « la psychanalyse » sans qu’il soit correctement tenu compte du droit de la psychanalyse à ne pas se voir inscrite comme l’une parmi d’autres dans le champ des psychothérapies et sans qu’on retienne que tout citoyen doit disposer d’un droit à la psychanalyse s’il souhaite y avoir recours même pour des motifs qui ne concernent pas la santé au sens où l’entend l’administration.

Ces deux événements sont d’une part la Requête enregistrée en juillet dernier devant le Conseil d’État par l’association Analyser[1] pour annulation partielle du Décret du 20 mai 2010 pris par le Premier ministre et constituant un excès de pouvoir, et d’autre part la parution du Manifeste pour la psychanalyse[2] dans lequel se trouve fortement argumentée, à partir de Freud et de Lacan, l’opposition à une quelconque réglementation, directe ou indirecte, de la psychanalyse par les pouvoirs publics.

État de la question

On se souvient des débats soulevés dans le public et des protestations nombreuses qui ont accompagné la proposition du député Bernard Accoyer visant à réglementer l’exercice de la psychothérapie par un article de loi où il était fait mention de la psychanalyse qui, quant à elle, paraissait être exemptée de la nécessité d’une réglementation. Dans la suite des travaux parlementaires, la mention des psychanalystes et de leurs associations fut ajoutée. En dépit de vives oppositions au Sénat, la loi fut adoptée puis promulguée en date du 9 août 2004. Une modification ultérieure ajouta la mention de master en psychanalyse. Six ans plus tard, cette loi vient d’accoucher péniblement d’un décret dans lequel certains problèmes liés à l’articulation de la pratique de l’analyse freudienne avec le titre de psychothérapeute sont loin d’être résolus.

Le problème essentiel posé par l’article 52 de la loi 2004 peut s’énoncer comme suit : les psychanalystes régulièrement inscrits dans une « association de psychanalystes » qui souhaitent obtenir le titre de « psychothérapeute » et l’inscription au registre des psychothérapeutes sont dispensés partiellement ou globalement de la formation théorique et pratique en psychopathologie clinique requise de ceux qui, n’ayant pas cette qualification, demandent à accéder au titre de psychothérapeute. La question qui reste en suspens tient à la nature de cette qualification de « psychanalyste ».

On sait que d’une manière générale les associations de psychanalyse qui existaient en 2004, quelles que soient leurs divergences quant à la formation de leurs membres, répondaient aux critères les plus exigeants quant aux règles et à l’éthique qui régissent sa pratique. M. Bernard Accoyer le reconnaissait lui-même lors des débats à l’Assemblée nationale : « L’autodiscipline des écoles de psychanalyse apporte des garanties suffisantes. »

Trois moments de l’histoire

Rappelons qu’il y a déjà eu deux moments dans l’histoire de la psychanalyse (remis opportunément en mémoire par le Manifeste) où la question de qui peut exercer la psychanalyse, et à quelles exigences sa pratique doit répondre, s’est posée de manière aiguë. D’abord à Vienne, en 1926, où le Conseil supérieur de la santé de la ville posa la question de l’exercice de la psychanalyse par des non-médecins, et en 1956 à Paris où, face à certaines pratiques axées sur une idéologie de l’efficacité – de thérapies plus brèves mais illusoires – Lacan prôna un retour à Freud, à un Freud qui aura toujours été clair sur la question. En tant que science du psychique inconscient, la psychanalyse peut revendiquer le droit de n’être assujettie à aucun savoir constitué (fût-ce celui de la médecine qui, au sens le plus courant, n’a pas du tout la même manière de penser : là où la médecine vise à la restitution d’un état antérieur à celui de la maladie, la psychanalyse s’attache à l’inconscient de l’histoire passée pour modifier le présent et l’avenir ), pas plus qu’à la religion, à une idéologie ou à un pouvoir d’Etat qui ne peuvent qu’être gênés par l’instance pour le moins critique qu’elle représente.

Ce qui différencie la pratique analytique de celle de tout autre « profession », c’est l’analyse que l’analyste aura suivi personnellement, en la menant le plus loin possible, et qu’il maintiendra en éveil tout au long de sa pratique, à la fois pour rester attentif chez l’autre à ce qu’il aura déjà reconnu comme semblable en lui-même et vigilant à ce qui pourrait interférer avec le travail psychique que l’analysant est en voie d’effectuer. Cette étape essentielle de la formation du psychanalyste ne peut être dispensée par aucune école ni université, ni même par une association de psychanalyse. Elle ne saurait être validée par un diplôme comme ceux de docteur en médecine, de docteur en droit ou même de docteur en psychanalyse. Elle ne dispense pas pour autant le psychanalyste de l’acquisition des savoirs. Freud voulait d’ailleurs que les psychanalystes acquièrent de vastes connaissances, en médecine, en psychiatrie, en biologie, mais aussi dans l’histoire des civilisations, la mythologie, la psychologie des religions, la littérature. Si la psychanalyse ne saurait être pour Freud une spécialité de la médecine ou de la psychologie (d’une psychologie qui se prête à l’offre de gestion des « ressources humaines »), comme certains de ses contemporains et de ses successeurs furent prêts et le sont toujours à y consentir, ce ne fut pas pour la maintenir dans un splendide isolement mais pour qu’elle puisse entretenir avec les sciences affines (la philosophie, la linguistique, la logique – par exemple) des rapports d’enrichissement réciproque.

Aujourd’hui, en 2010, la psychanalyse, dans son rapport aux pouvoirs publics, est confrontée à un troisième moment d’une histoire qui se manifeste par une adversité de l’État. En effet, l’idéologie technoscientiste tend à devenir la raison de la logique économique et politique du néolibéralisme au sein de laquelle une mise au pas de la psychanalyse n’aurait d’autre visée, en assimilant celle-ci à une forme de psychothérapie directive parmi d’autres, que d’annihiler sa portée subversive. A une biopolitique de l’État visant à uniformiser ce qui tient pour chacun à un savoir faire avec son corps et à un savoir vivre, est venue s’ajouter une psychopolitique s’arrogeant de vouloir régir une « santé mentale positive » (à l’aide de la psychopharmacologie notamment ou de psychothérapie corrective) à des fins sécuritaires qui s’articulent à un souci hygiéniste en extension.

Les lacunes du Décret

L’un des effets pervers de la loi de 2004 aura été de voir se multiplier des associations de psychothérapie qui auront ajouté « et de psychanalyse » à leur appellation afin, croyaient-elles sans doute, que leurs membres soient dispensés des nouvelles conditions requises pour l’obtention du titre de « psychothérapeute ». Mais, par ailleurs, rien n’empêche quiconque ne disposant d’aucune formation psychanalytique de fonder une association dont l’objet déclaré correspond à celui des associations reconnues. Il pourrait même se produire la création d’une association de psychanalystes ayant pour objet « la promotion de la pêche à la ligne », car le décret ne prévoit pas la nature de l’objet associatif mais sa seule insertion au Journal officiel.

Le Décret du 20 mai 2010 prévoit en effet que, pour bénéficier de la dispense dont il a été question, les psychanalystes soient régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations, l’attestation devant être établie par le président de l’association et accompagnée de l’insertion la plus récente de l’association au Journal officiel de la République française, comportant l’objet associatif. Aucune autre condition n’est exprimée quant à l’objet de l’association déclarée. Comme le souligne François-Régis Dupond Muzart, rédacteur de la Requête en annulation du Décret devant le Conseil d’État, il va de soi qu’étant donné que ne figure au décret nulle mesure d’appréciation sérieuse qu’appellent et qu’ordonnent, à propos des « psychanalystes » et de « leurs associations », les dispositions de l’article 52, les carences que ledit décret comporte constituent « un appel à la fraude portant atteinte à la réputation des psychanalystes et de leurs associations et permettant des mentions d’associations fantaisistes dans les registres des psychothérapeutes pour le plus grand trouble du public et au préjudice de celui-ci. En l‘absence d’un régime d’agrément des associations concernées, le décret conduit à ridiculiser la mention des psychanalystes et de leurs associations ainsi que l’État par la même occasion. » Étant donné que l’administration du Ministère de la santé n’a jamais voulu de ces mentions, on peut raisonnablement supposer qu’elle cherche à les ridiculiser dans l’application pour en obtenir ultérieurement la suppression. Si ces mentions étaient supprimées, on se retrouverait dans la situation italienne où, dans le silence de la loi, les juges ont été contraints de décider que la psychanalyse relevait juridiquement de la catégorie des psychothérapies. Et pour que ces dernières aient quelque crédibilité il fallait bien qu’elles soient organisées en ordre professionnel. C’est alors en confiant à un ordre des psychothérapeutes la responsabilité des « règles de bonne pratique » que l’État se dégagerait de sa propre responsabilité. A moins que ne prévale la position de M. Bernard Accoyer qui déclarait expressément le 29 mai 2010, alors invité de M. Laurent Ruquier : « Je n’ai jamais visé les psychanalystes. Non, le problème qu’ils redoutent et qui peut d’ailleurs se produire maintenant, c’est que les auto-proclamés [psychothérapeutes] qui représentent probablement plus de 10.000 professionnels en France, les autoproclamés maintenant qu’ils ne vont plus pouvoir s’appeler « psychothérapeutes », ils vont peut-être chercher un autre nom, et je pense que certains psychanalystes redoutent cela. C’est un problème. Eh bien, il faudra faire pour les psychanalystes – mais j’espère en moins de onze ans ! – ce que j’ai fait pour sécuriser les usagers, ceux qui sont en souffrance et qui ont besoin de leurs soins. »

Solutions prévisibles

Face à l’imbroglio ou à la perversité du décret du 20 mars 2010 d’application de la loi de 2004 modifiée en 2009, deux solutions peuvent être juridiquement prévisibles.

L’une, envisagée par M. Accoyer, président de l’Assemblée nationale, consiste à réglementer l’activité psychanalytique et l’usage du titre de psychanalyste, selon un modèle comparable à celui du titre de psychothérapeute. On se souviendra que le sénateur Jack Ralite avait prévenu les psychanalystes de cette éventualité qui obéit à une stratégie en deux temps bien connue d’une certaine politique. Il importe de préciser ici que du point de vue du droit la non-réglementation de l’activité de psychanalyste ne doit pas être qualifiée de vide juridique, comme il a pu être dit, mais d’état de droit, comme le rappelle Mathias Couturier – dans sa réflexion sur le statut juridique de l’analyse freudienne – car la réglementation d’une profession ou d’une activité est une exception qui ne se justifie que par des considérations prééminentes de protection de l’intérêt général, comme l’a rappelé la Commission européenne dans son rapport du 9 février 2004. Étant donné que la loi qu’a fait adopter le député Accoyer ne visait nullement les psychanalystes et que « l’autodiscipline des écoles de psychanalyse apporte des garanties suffisantes », s’agit-il vraiment de « considérations prééminentes de protection de l’intérêt général » ? Il est permis d’en douter. Mais même si l’on voulait accorder quelque crédit à de telles considérations venues en un second temps, on voit aisément à quelles difficultés se heurterait l’administration. Si l’on considère que l’exigence d’une analyse personnelle approfondie est la condition fondamentale à l’exercice de la psychanalyse – plus importante que les titres académiques et que le cursus parcouru au sein d’une association de psychanalystes – il faudrait que l’État, comme instance tierce, s’immisce dans les filiations analytiques pour savoir si chacun des psychanalystes en exercice a bien suivi une analyse « didactique » avec un psychanalyste qui lui-même…, et cela en remontant jusqu’à Freud ! Faut-il rappeler qu’une jurisprudence de Cour d’appel, déjà en 1954 non démentie sur ce point, précise que l’analyse ne doit souffrir la perturbation d’aucune personne ou instance tierce.

L’autre solution, que tentent de retenir des juristes, reposerait sur l’agrément des associations de psychanalystes qui souhaitent que leurs membres puissent avoir le titre de « psychothérapeute ». Il faudrait alors que ces associations de psychanalystes soient agréées par l’État et que les conditions d’agrément soient précisées. Ces conditions ne peuvent tenir qu’à la précision de l’objet de l’association, à la régularité de son fonctionnement, aux activités qui sont les siennes (journées d’études, colloques, publications), au nombre de ses membres. On sait que certaines associations de psychanalystes, ainsi que des psychanalystes réputés ayant choisi de ne pas appartenir à une association, sont opposés à toute idée d’adoubement, même indirect, de la psychanalyse par l’autorité publique et ne conçoivent même pas comment un psychanalyste puisse souhaiter avoir le titre de psychothérapeute, tellement ces deux modes de pratique leur paraissent incompatibles ( le Manifeste fait longuement état de cette question). Mais au regard de la psychopolitique de santé mentale que nous avons évoquée et de sa rationalité évaluatrice envahissante et persistante, en dépit de toutes les critiques dont elle fait l’objet, nombre de juristes ne peuvent que voir, dans cette évolution de l’État démocratique crypto-totalitaire – aussi regrettable qu’elle soit – une réglementation à venir de la psychanalyse que préfigurait la réglementation du titre de psychothérapeute.

La question à laquelle la psychanalyse, en tant que pratique, se trouve confrontée désormais n’est plus de savoir si elle veut ou pas, si elle peut ou pas, rester hors du champ du droit. Comme le souligne M. Couturier, elle s’y trouve déjà. C’est à quoi s’opposait en 2004 un groupe d’analystes qui aura depuis poursuivi son travail de réflexion pour présenter aujourd’hui, avec le Manifeste pour la psychanalyse, le texte le plus rigoureux du point de vue analytique et politique sur cette question décisive pour l’avenir de la psychanalyse. Entre temps, le nom de la psychanalyse s’est vu inscrire dans l’article 52. Et puisqu’il s’y trouve déjà, on aura vu que, si sa mention se trouvait effacée dans la loi de 2004, elle tomberait sous le coup de la réglementation des psychothérapies. Il faut bien dire qu’une partie des psychanalystes, ceux qui auront vu dans la loi Accoyer la préservation de leur indépendance, auront contribué à ce que nous en soyons réduits à accepter le moindre mal : requérir de l’autorité publique, par la voie du Conseil d’État, une solution a minima, l’agrément des associations de psychanalystes souhaitant faire accéder leurs membres au titre de psychothérapeute – aussi déplorable que cela puisse paraître – pour éviter de s’exposer au risque d’une réglementation de la pratique et du titre de psychanalyste. Ce qui sonnerait sans doute le glas de la pratique psychanalytique.


[1] On trouvera sur le site http://analyser.fr les considérations juridiques (requête devant le
Conseil d’Etat) de François-R. Dupond Muzart et le commentaire de Mathias Couturier,
Maître de conférences en Droit privé à l’université de Caen
[2] Sophie Aouillé, Pierre Bruno, Franck Chaumon, Guy Lérès, Michel Plon, Erik Porge,
Manifeste pour la psychanalyse, La fabrique éditions, 2010

Psychiatrie : juges et préfets se substitueront-ils aux soignants ?

À verser à notre dossier Carré psy.

Cet intelligent article éclaire la situation folle de la santé mentale, un machin politique à écraser les patients. Certes nous autres psychopraticiens relationnels ne travaillons jamais qu’en réseau avec la psychiatrie, lorsqu’elle nous adresse des patients par ailleurs par elle traités en déambulatoire. Mais que faire lorsque le dispositif psychiatrique prend des couleurs répressives ? la maladie mentale ne se soigne pas à coups de pseudo garde à vue (au moment où le principe même de celle-ci est mis à mal au niveau européen) ni de prescriptions judiciaires. Que faire d’utile et d’humain, coincé entre ce marteau et cette enclume ?

C’est l’ensemble du Carré psy, qui comporte tous les métiers du soin psychique, dont le nôtre, qui se voit détérioré au motif de réformes qui cassent plutôt que modernisent, ignorant qu’en psychiatrie comme ailleurs, davantage qu’ailleurs peut-être, tout autant allez, soyons équanimes, la dimension relationnelle est capitale si l’on veut prendre en compte la souffrance psychique et porter aide à ceux qu’elle frappe.

Psychopraticiens relationnels, nous sommes solidaires de tous les cliniciens qui militent pour que le psychopathologisme scientiste de la santé mentale n’entrave ni nos concitoyens en souffrance ni par extension et contamination l’ensemble de la société aux prises avec le malaise de sa civilisation. À ce sujet nous rappelons que l’Affop et le Snppsy organisent samedi 22 janvier une journée d’étude intitulée Sauvons la pratique qui rejoint le sauvons la clinique bien connu. Ensemble prenons garde que par inadvertance civilisé ne devienne si avilisé(1« ).

Philippe Grauer


L’article L. 337 du code de la santé publique prévoit qu’au-delà des quinze premiers jours, une hospitalisation sans consentement peut être maintenue pour une durée maximale d’un mois, renouvelable, au vu d’un certificat médical circonstancié indiquant que les conditions de l’hospitalisation sont toujours réunies. Le conseil constitutionnel vient de déclarer cet article contraire à la constitution (Décision n° 2010-71 QPC du 26 novembre 2010).

Le conseil constitutionnel a en effet estimé qu’il y avait là une méconnaissance de l’article 66 de la constitution, selon lequel la liberté individuelle ne peut être tenue pour sauvegardée que si le juge intervient dans le plus court délai possible.

Tout en reconnaissant dans le communiqué de presse – et encore, du bout des lèvres – que « certes, les motifs médicaux et les finalités thérapeutiques qui conditionnent la privation de liberté des personnes atteintes de troubles mentaux hospitalisées sans leur consentement peuvent être pris en compte pour la fixation de ce délai », le conseil insiste surtout sur le fait que le prolongement de l’hospitalisation sans consentement ne se conforme pas à la la règle de l’ordre judiciaire.

Sous prétexte de garantir la liberté individuelle, on ne peut qu’être frappé de ce qui relève en réalité d’une adéquation purement formelle à une règle, et que si méconnaissance il y a ici, elle concerne bien davantage la réalité de la maladie mentale et du travail des soignants qui s’en occupent.

L’un d’entre nous dénonçait récemment un projet de réforme se préoccupant plus de sécurité que de soin, tout en voyant d’un mauvais œil la perspective d’une judiciarisation du soin, ne faisant qu’assimiler un peu plus l’hospitalisation à une sanction, et le maintien en hospitalisation à un « maintien en détention ».

Ce qui se dessine, à travers cette décision du conseil constitutionnel mais aussi avec le projet de réforme de la psychiatrie, c’est véritablement l’empêchement, voire la destruction de tout projet thérapeutique, soit par le préfet pour maintenir l’hospitalisation contre l’avis des soignants, soit par le juge pour empêcher le maintien de cette même hospitalisation, toujours contre l’avis des soignants.

Au nom de la sécurité dans un cas, au nom de la liberté dans l’autre, il y aurait désormais subordination du soin au pouvoir répressif d’un côté, au pouvoir judiciaire de l’autre. Tout cela conduit à dresser un peu plus les malades contre la société et réciproquement, en identifiant le soin à une sanction et l’hospitalisation à une garde à vue (la comparaison entre les deux étant d’ailleurs faite lors des débats filmés du conseil constitutionnel, sur le mode de la « garde à vue abusive »).

Nous assistons à une véritable disqualification des métiers du soin psychique, laissant les malades en proie à une guerre idéologique entre ceux qui veulent les enfermer au nom de la sécurité et ceux qui veulent les faire sortir au nom de la liberté individuelle, entre idéologie sécuritaire d’un côté et idéologie libérale-libertaire de l’autre.

Or le soin psychique constitue un temps et un lieu en position tierce, permettant de penser et panser ce qui écartèle le sujet entre sa liberté et son inscription sociale et culturelle. Ce temps et ce lieu permettent donc de faire en sorte – malade, famille, et soignants réunis – que le malaise dans la culture ne se résorbe pas dans une pensée binaire conduisant à des affrontements idéologiques dont les malades sont les premières victimes. Cela nécessite que les conditions dans lesquelles le soin psychique peut s’exercer soient dignes de ce nom, et permettent aux soignants de mettre en acte les valeurs pour lesquelles ils ont choisis de se soucier de l’autre, au lieu de contribuer – comme c’est le cas avec le projet de réforme et ici avec la décision du conseil constitutionnel – à dresser les uns contre les autres .

Il est temps d’arrêter d’instrumentaliser le soin et les patients dans une confrontation idéologique qui masque les valeurs politiques, sociétales et anthropologiques que ces idéologies contiennent. Plus que jamais aujourd’hui la psychiatrie rebaptisée « santé mentale » révèle sa porosité avec les pouvoirs politiques qui lui confient la tâche de construite et de légitimer des normes de conduite et de définir des déviances sociales. Plus que jamais la casse des métiers du soin psychique au profit de l’objectivité d’eunuque de la biopsychiatrie sécuritaire révèle que la psychiatrie est un « fait de civilisation ». Nonobstant la validité des savoirs et des pratiques qui se disputent le champ de la psychopathologie, il convient de s’interroger sur ce qui à un moment donné conduit le pouvoir politique et/ou l’opinion à lui préférer telle ou telle orientation en fonction de la vision qu’ils se font de l’humain. Aujourd’hui au moins, les choses sont claires le débat récurrent sur les critères qui permettent de différencier le normal du pathologique se réduisent purement et simplement aux questions politiques et juridiques de savoir comment défendre la société tout en protégeant le sujet de droit. La psychiatrie n’est plus que la copule qui conjoint les dispositifs juridiques et la petite biologie des industries de santé.

Que sont les souffrances psychiques devenues ?


Paru dans le journal l’Humanité du 10 décembre 2010

  • 1 Terme corrompu car seul avili est admis. Précisément à force d’à peu près on en arrive rapidement à admettre n’importe quoi.

Manifeste pour la psychanalyse – à propos d’un ouvrage récent

Le lacanisme traditionnaliste continue de se garder de la psychothérapie et ne propose rien de nouveau

par Philippe Grauer


Barbarie psychothérapique

Ce samedi 4 décembre se tenait boulevard du Montparnasse une réunion autour de l’ouvrage intitulé Manifeste pour la psychanalyse.(1« )} Une centaine de participants y dialoguèrent quatre heures durant avec les auteurs. Rien d’éclatant n’en sortit. Les auteurs dont les noms ne figurent pas sur la couverture se qualifièrent de nouveaux sans papiers alors que de façon criante s’il y a des sans papiers c’est bien nous, et conclurent qu’il fallait pour débloquer la situation étudier sans délai la signification demeurée obscure d’une dissolution vieille de 30 ans. Tout de même ils se sont mis en quatre, à six, quatre années durant, pour en arriver à rien de mieux que marteler sur 151 pages indéfiniment en quoi consistait la spécificité de la psychanalyse lacanienne, et que le tournant de l’époque consistait pour elle à se purifier plus que jamais de la barbarie psychothérapique qui vient.

Guérir de la psychothérapie

Quelqu’un résuma la situation, il s’agissait de « la dissolution… de la psychanalyse dans le marécage de la psychothérapie. » Il importait de s’occuper d’urgence de « guérir de la psychothérapie. » Il n’a pas été proposé de guérir du dogmatisme ni de s’extraire des sables mouvants d’une pensée en auto dissolution. Il n’a pas été proposé de discerner sous le vocable flou de psychothérapie, la psychothérapie comportementaliste qui détruit toute conception de la subjectivité, de la psychothérapie relationnelle, aidant tout comme la psychanalyse à laquelle elle n’est pas étrangère, le sujet à surgir de lui-même – et de quelque autre en relation. C’est compréhensible, en quatre ans de travail acharné les auteurs – Sophie Aouillé, Pierre Bruno, Franck Chaumon, Guy Lérès, Michel Plon, Erik Porge – n’ont pas eu le temps de s’enquérir de ce qui se passait autour d’eux depuis près d’une quarantaine d’années, ni d’envisager de considérer que le monde change et que de nouveaux autres y apparaissent. Il ne suffit pas de bien parler de ce que l’on fait. Si cela a pour corrolaire de médire, mal dire, maudire, ce qui a trait à l’autre, à l’autre proche, quelque chose cloche. Notre psychothérapie relationnelle n’est ni une pratique de la séduction ni une promesse de guérir par liquidation du symptôme. Qu’est-ce qu’une pensée de soi qui aurait à charge de conspuer l’ensemble des psychanalystes et des psychothérapeutes (NN) (nous ne répondons plus à ce nom, c’est pourquoi nous lui accolons le NN de Nouvelles Normes) qui oseraient ne pas s’en réclamer ?

Lacan a étonné le monde entier par d’éblouissantes innovations. Nous voici à présent étonnés de la répétition à l’infini du souvenir de son discours, bande de Möbius enregistrée qui tourne en boucle. À chaque époque son étonnement.

Rencontrer la réalité des gens

Certes, le discours repris indéfiniment – à un moment la salle a prié Franck Chaumon de lâcher la question de cours – n’est pas faux. Faux fuyant plutôt, en ce qu’il n’a pas l’audace d’aller à la rencontre de la réalité actuelle des patients d’aujourd’hui qui réclament qu’on leur parle autrement qu’à partir de formules mathématiques vidées de leur contenu. Notre club des Six se rassure en récitant le credo de la génération précédente — parfaitement bien décliné, merci pour le travail – comme ça on est sûr de ne pas dire de bêtises mais on en commet une majeure, celle de tourner le dos à la créativité, à la vie. Au fait, comment dit-on la vie en lacanien littéral ? la vie qui vit et qui va, la vie de tous les jours, des hommes et des femmes de notre temps. En les écoutant s’interroger, se congratuler, aiguiser leur « tranchant » de la psychanalyse je me réminisçais l’époque où Françoise Dolto allant devenant vivante donnait la réplique à Lacan qui la trouvait tout de même, montée sur la table, bien culottée ! Tout ça avait une autre allure. Comme l’écrivait Stendhal dans les Chroniques italiennes : « On savait vivre alors ».

Le transfert noté sur 10

Un auditeur évoqua René Major et sa définition juridique de la psychanalyse : « a) accepter pour le patient de dire tout ce qui lui passe par la tête, b) en second, pas d’intervention d’un tiers dans la relation entre l’analyste et l’analysant. Il importe, a-t-il dit, d’exclure toute intervention de l’État au sein du dialogue analytique qui se noue. En substance, il décèle dans le livre des six « une lacune : tout ce qui concerne ce que nous pouvons apprendre des expériences mises en place en Allemagne, Grande Bretagne, Italie, Espagne, etc., relativement au désir de contrôler la psychanalyse à partir d’un statut de psychothérapeute, a réussi. Dans ces pays-là, dont la Grande-Bretagne, on assiste à un étouffement progressif de la possibilité pour un psychanalyste ou un psychanalysant de se rencontrer sans avoir affaire à un tiers : l’État. On assiste même à la mise en place d’évaluations, on note le transfert sur 10 ! pourquoi pas sur 20. » Presque parfaitement exact. En Allemagne, une fiche d’évaluation permet au consommateur – peut-on encore l’appeler patient ? – de noter son indice de satisfaction de la séance. En effet il y a urgence !

Nous puis nous tous

L’ennui c’est que ces méthodes, cette politique et ce processus s’en prennent précisément à nous. À travers la confusion entretenue par l’usage jamais défini du signifiant – c’est bien comme ça qu’on dit un mot en lacanien ? – du terme, donc, psychothérapie, nos Six s’en prennent à nous, contre qui se dresse précisément la machine à nous casser ensemble. À nous qui avons dû nous donner le mal de nous rebaptiser, à nos frais, comme psychopraticiens relationnels. À nous pour commencer avant d’en passer à nous tous et donc à vous chers collègues psychanalystes. Car c’est l’ensemble des disciplines axées sur le processus de subjectivation qui est visé, c’est du même coup, nous et la psychanalyse.

Ce n’est pas en se dissociant de ceux auxquels nos adversaires s’en prennent pour commencer, ce n’est pas en confondant les premières victimes avec leurs ennemis qu’on résistera le mieux à la déferlante scientistique.

Psycho diversité

J’ai bien compris, dit un autre auditeur, durant cet intéressant et instructionnant après-midi, j’ai bien compris en vous lisant que la psychanalyse n’est pas une psychothérapie ni ne procède à l’éradication du symptôme et que les psychothérapies ont comme but de permettre aux personnes traitées de mener une vie plus normale, symptômes éradiqués. » L’ennui c’est que nous n’avons jamais rien énoncé de tel concernant la réduction de symptôme, et que nous ne prétendons à aucune normalisation. Rappelons tout de même qu’en argot américain psychanalyste se dit shrink, réducteur de tête, psychanalyste, pas psychothérapeute. Superbe renversement du tout au tout ! Comme vous chers collègues, nous recevons les patients comme ils arrivent, dans leur disposition, avec leurs souffrances et leurs défaillances, avec leurs illusions, et nous entamons, exactement comme vous, un dialogue avec eux. Pas toujours exactement comme vous car nous disposons d’une palette d’intervention plus large, que nous savons à propos plus souvent que vous leur répondre quand ils nous parlent, et qu’il n’est pas déplaisant de pouvoir intervenir de façon diversifiée. De la compétence en plus ne nuit jamais. Il n’importe pas tant de déterminer qui a la plus grosse, de compétence, que de reconnaître non seulement la spécificité de chacun mais l’intérêt de notre psycho diversité.

Commisération

Le même auditeur poursuit, en substance : « – Cela correspond au traitement symptomatique de la douleur. Il poursuit : « j’ai distingué une certaine commisération envers la psychothérapie. Qu’est-ce qu’on fait des gens qui disent « je ne vais pas bien », qui ont besoin de parler à quelqu’un qui les écoute, les conseille ou leur délivre des médicaments ? Dans un système convenable que faudrait-il mettre en place pour leur permettre de faire autre chose que d’aller voir un généraliste surchargé de demandes et ne parvenant pas à répondre à la souffrance autrement que par une prescription d’antidépresseurs ? »

Une loi mal faite qui pour l’heure vous protège

Réponse : il faudrait faire comme vous et nous faisons. Au mieux de notre générosité, comme vous de votre côté du Carré psy, notre travail. Qui sommes-nous à vos yeux en vérité ? Croyez-vous que vous êtes plus purs que nous ? plus purement quoi ? psychanalystes ? tant mieux. Pourquoi devrait-ce être à l’exclusion de tout autre ? si petit a soit-il si en plus c’est un petit cousin, pourquoi lui vouer tant de détestation par voie de description comparative ? Par malaise identitaire, manque de discernement ? il faudrait examiner tout cela. Votre avantage, le bénéfice de la position psychanalytique nous le connaissons. Nous en connaissons d’autres par dessus le marché. Tous frères ou demi frères et sœurs embarqués dans le même navire, celui d’une loi mal faite qui pour l’heure vous protège, où allez-vous comme ça vous figurant seuls, et pour combien de temps ?

Encore un moment. Michel Plon invite la salle à débattre. Il aborde « la question du danger. Le danger, dit-il, vient explicitement de deux horizons : la politique, après 70, le néolibéralisme, la gouvernance des sujets. La question de l’intime devient prioritaire aux yeux de l’État, il faut que les sujets se sentent sécurisés, dérangent le moins possible l’ordre capitaliste qui se développe. Cela se fera intelligemment n’en doutons pas. L’intime et l’État. Beau thème de réflexion qui nous appartient tout autant.

Qu’avons-nous fait des avancées lacaniennes ?

Il poursuit : Le deuxième danger tient à l’évolution simultanée du mouvement psychanalytique lui-même. Dans quelle mesure les psychanalystes ont-ils été perméables à la demande du néolibéralisme. Qu’avons-nous fait des avancées lacaniennes ? de la dissolution ? l’avons-nous mise au travail ? qu’en est-il de cette glissade vers un psychologisme larvé, avec lequel on s’arrange, on négocie. Qu’avons nous pu faire des avancées proposées par Lacan ? Si nous sommes restés sur place, nous voici dans la position de qui n’avance pas on recule.« 

Patte blanche pattes noires

Dans le premier cas, ça n’est pas en refusant de se rendre compte que la psychothérapie relationnelle pas davantage que la psychanalyse bien conçue ne cadre avec le schéma de soumission et de conformisation proposé par le néolibéralisme qu’on avancera. Quant au second point, l’évolution subreptice de la psychanalyse vers un psychologisme larvé, on peut se demander si cette évocation n’est pas faite pour rejeter en enfer tout ce qui n’est pas nouage, dissolution, rhétorique lacano-lacanienne : attention, psychanalystes ! vous êtes surveillés par vos semblables, le diable est partout, l’hérésie guette, soyons vigilants, restons purs voire puritains. Travaillons à nous dissoudre puisque Lacan a dissous son école – identification oblige ! Devenons des nœuds dénoués, en partance vers le paradis, nimbés de mathèmes, des logiciens de la cure, sans parole ni émotion. Dissolvons nous ! Restons surtout coupés de tout contexte, confortons-nous dans notre dogme, étudions méditons Lacan davantage encore, cartellisons-nous et n’en démordons jamais, mais, patte blanche montrée, ne rencontrons, ne reconnaissons surtout pas nos collègues à pattes noires.

Stagnation durable

La question de l’institution psychanalytique n’est ni nouvelle ni simple. Le lacanisme s’est constitué contre la rigidification institutionnelle de l’IPA, la dissolution contre celle de l’École freudienne. Quelqu’un ayant soulevé la question de déterminer qui était l’auteur de la dissolution, notons que Lacan n’a pas dissous son école mais accepté que son gendre la dissolve à sa place. Qu’importe. Nos auteurs du Manifeste ne pêchent pas par manque de ce côté-là. Ils se dissolvent. Soit. Pathétique de voir ainsi des psychanalystes durablement aux prises avec les mêmes démons. C’est la stagnation durable.

On entendit cet après-midi là dans les hauts parleurs cogner la langue de bois de leur discours. Nos psychiatres et psychologues suffisamment calés depuis des décennies dans les beaux quartiers, parfaitement intégrés socialement – grand bien leur fasse, ne pouvaient pas si aisément prétendre aux douloureux honneur d’être les exclus du système, quoique visiblement ils y aspirassent(2« ).

Absence de réflexion sur la nature de leur environnement.

Je me souviens encore d’Érik Porge : « – Les psychanalystes sont responsables de la carence quasi totale de réflexion sur leur présence dans les institutions. » Je suggérerais pour ma part qu’ils souffrent d’une absence de réflexion sur la nature de leur environnement. Il se trouve que la psychothérapie relationnelle existe et qu’il serait temps de s’en rendre compte. Il se trouve qu’on peut tirer quelque chose d’un dialogue à venir, mais qu’il faut pour dialoguer reconnaître l’autre. Pour l’instant cela n’a pas l’air à la portée de nos auteurs du Manifeste qui ne pensent toujours pas interroger la question du dogme et de la pureté comme symptômes. Il ne s’agit pas de refuser de « dégrader la psychanalyse au titre de psychothérapie« . Il convient de savoir distinguer un groupe ennemi d’un groupe proche de son propre camp, œuvrant avec des méthodes différentes, il peut s’agir de prendre la mesure d’une réalité complexe.

La génération de ceux qui ont connu autre chose

La question de la nouvelle génération fut abordée. En effet, on arrive à la génération de ceux qui n’ont pas connu Lacan. Mais on arrive aussi à la génération de ceux qui, ayant été introduits à la psychanalyse, ont aussi connu autre chose, ont connu la psychothérapie relationnelle et prétendent savoir faire quelque chose de leur riche héritage. Ça, ça échappe totalement à nos lacaniens au tranchant préservé, préservé du monde, enfants perdus d’actes institutionnels du temps de leurs parents. Ils ne s’en sortiront que par l’ouverture. À voir ce qu’ils disent quand ils se rencontrent on n’est pas parti pour. Allez camarades, encore un effort pour un second Manifeste dans cinq ans. Le mystère de la dissolution éclairci, éclairés à l’issue de l’amaigrissement de votre hypermoi institutionnel, peut-être aurez-vous alors acquis l’âge de la raison, de la sagesse et d’une suffisamment bonne confraternité avec vos collègues d’ici là devenus psychopraticiens relationnels. Le ciel jusqu’à ce terme vous tienne en jouissance, et nous préserve vous et nous de quelque méchante péripétie commune !

Philippe Grauer

Voir également

– Philippe Grauer, Adresse à René Major. Voir égalemnt le volet deux de cet article, qui analyse l’ouvrage lui-même ayant donné lieu à la rencontre.
– ROUSSEAU-DUJARDIN Jacqueline, Réflexions à propos du Manifeste pour la psychanalyse et de deux réunions qui ont suivi sa parution, 2010 [mis en ligne 6 juin 2011].

  • 1 Sophie Aouillé, Pierre Bruno, Franck Chaumon, Guy Lérès, Michel Plon, Erik Porge , Collectif, {Manifeste pour la psychanalyse, Paris, La Fabrique, 2010, ISBN : 978-2-358-72017-5, 151 p.- La quatrième de couverture masque la distance impressionnante entre l’ambition déclarée et la performance du texte, qui dans son désir de purification s’en prend à « la psychothérapie » comme au bon vieux temps des anathèmes lacaniens (dont Jacques-Alain Miller ayant rectifié le tir déclare à présent qu’ils visent en réalité la thérapie comportementale) :

    « De toujours la psychanalyse a suscité méfiance et rejet, et les tentatives d’arraisonner cette pratique singulière et dérangeante n’ont pas manqué au fil de l’histoire.

    L’article 52 de la loi du 9 août 2004, qui réglemente l’usage du titre de psychothérapeute, a franchi un pas : en incluant les psychanalystes, cette loi sert de cheval de Troie à la logique des évaluations, des garanties d’État et à l’idéologie du risque zéro, pour envahir le champ psychanalytique. Loin des insipides controverses « pour ou contre la psychanalyse « , ce livre propose un état des lieux du mouvement psychanalytique et une réflexion sur ce qui fait la singularité et la richesse de l’expérience analytique.

    L’ambition des auteurs – qui en 2004 ont été, avec quelques autres, à l’origine du Manifeste pour la psychanalyse est de créer un espace politique pour que l’impact insurrectionnel de la découverte freudienne et de sa refonte lacanienne ne soit pas perdu, mais au contraire revivifié à l’aune des impasses de nos civilisations, qu’elles soient déclinantes ou émergentes. »

  • 2 J’ai toujours aimé les subjonctifs. À ce sujet le livre de référence à savourer pour se mouvoir dans leur univers est de Paul Imbs, Le subjonctif en français moderne. Pour les amateurs.