L’appel de Fukushima

Fukushima : mettre la catastrophe sous contrôle citoyen


Avec ce texte nous sommes loin de la psychothérapie – quoique à la réflexion une telle catastrophe fournira hélas beaucoup de travail à beaucoup de psys, eux-mêmes tout aussi rayonnants que leurs patients –, mais non de l’humanité.

PHG


Nous, citoyens du monde

Sommes extrêmement préoccupés par la gestion lamentable de la catastrophe de Fukushima par la firme TEPCO.

La firme a-t-elle voulu privilégier ses intérêts en visant une hypothétique remise en route de la centrale ? En tout cas, elle a agi dans le secret et n’a réuni qu’une partie des moyens pour préserver les riverains, le peuple japonais, l’ensemble des peuples et les écosystèmes de notre planète. Elle n’a pas appliqué le principe de précaution pour la prévention maximale du feu nucléaire et de la contamination de l’environnement.

En dépit de quelques protestations l’État japonais n’a fait que relayer les informations données par la firme, qui conduit ses actions de manière opaque. Des experts de divers pays ont été associés, sans prise sur les décisions. Les demandes des ONG présentes sur place, notamment Greenpeace et la CRIIRAD, pour une meilleure protection des populations et transparence dans les données, n’ont pas été plus entendues que celles des citoyens japonais.

Nous pensons qu’il y a urgence à ce que l’action de TEPCO soit placée sous contrôle international citoyen pour faire prévaloir les droits des humains et de l’environnement, de l’océan notamment.

Nous appelons les organisations citoyennes, les scientifiques, les États, les organismes inter-gouvernementaux, à un sursaut général pour exiger une prise en main internationale et civique de la réponse à la catastrophe de Fukushima et au delà, des établissements à risque majeur partout dans le monde.

Les États ont trop partie liée avec l’industrie nucléaire pour en être des freins efficaces. Les techniciens locaux ne peuvent plus être laissés seuls face aux difficultés, et sans instance de référence externe face aux incidents qui se multiplient et restent occultés.

La terre dans son ensemble est notre souci commun, elle constitue le socle de l’intérêt général qui doit prévaloir sur des logiques d’entreprise et les logiques étatiques de puissance. Il est temps que les citoyens puissent s’ingérer au niveau international dans les procédures d’expertises techniques qui président à la mise en place d’équipements qui compromettent son caractère habitable.

Les Nations Unies doivent aujourd’hui réorganiser la gouvernance de la catastrophe de Fukushima et prendre en compte toutes les coopérations techniques et politiques nécessaires, y compris non-gouvernementales. Ainsi pourra être préfigurée la mise en place de nouveaux dispositifs unissant scientifiques, techniciens et citoyens dans la prévention des risques majeurs et dans les choix industriels et énergétiques.

Voir les premiers signataires

L’appel de Fukushima

Ben Laden ou Aristote à New York

Libération 11/05/2011

Par Avital Ronell philosophe

Recueilli par éric Aeschimann


Avital Ronell est philosophe. Inspirés par Martin Heidegger et Jacques Derrida, ses travaux portent sur des objets contemporains : le téléphone, le test, l’addiction. Professeure à l’université de New York, elle était à Paris lorsque l’élimination d’Oussama ben Laden a été annoncée.

Comment avez-vous réagi aux manifestations de joie à New York à l’annonce de la mort de Ben Laden ?

Etant à Paris pour plusieurs semaines, je n’ai pas vu par moi-même ce qu’il en était. Mais, à la lecture des dizaines de mails que je reçois quotidiennement de tous types d’organisations américaines progressistes, je conteste l’idée d’une jubilation new-yorkaise. Tout le monde est sobre, inquiet, vigilant, hésitant sur ce qui se passe. Seuls quelques centaines jeunes gens sont sortis dans les rues, comme on fête un événement sportif, comme on soupire à la fin d’un film hollywoodien. La façon dont l’Amérique écrit l’histoire de Ben Laden depuis dix ans conduisait logiquement à cette fin en miroir, qui répète les images du 11 Septembre où l’on voyait quelques groupes d’Arabes danser dans les rues. Le scénario était préparé depuis longtemps et sa structure est celle d’une répétition pathologique : à dix ans d’intervalles, on a fêté une mort.
L’Amérique entière a exhibé sa satisfaction.

Justement. New York a toujours été en marge des Etats-Unis, objet de haine de la part des «vrais» Américains. Le 11 Septembre, on s’est demandé pendant quelques heures si le reste du pays serait solidaire. Plus tard, quand l’administration Bush est devenue très agressive, on a vu fleurir dans les rues de la ville des affichettes disant : «USA out of New York». On pourrait même dire qu’après le 11 Septembre, New York a été envahi par les Etats-Unis, par la droite et ses faucons. Elle qui était périphérique s’est soudain retrouvée au cœur de l’Amérique, elle s’est «mid-westernisée». Mais en surface seulement : par exemple, au plus fort de la vague de patriotisme, ceux qui se sentaient obligés d’afficher le drapeau étoilé, c’étaient les musulmans qui tiennent des petites boutiques ou conduisent des taxis, ou alors les habitants de certaines banlieues dominées par la droite, comme Staten Island. De nombreux habitants du centre n’ont pas affiché le drapeau.

Tout de même, l’exécution de Ben Laden sert les intérêts de Barack Obama plus que de la droite ?

Tout ce que je sais, c’est la jubilation perverse du présentateur de Fox News [la chaîne d’informations de Ruppert Murdoch, très anti-Obama, ndlr] lorsqu’il a annoncé «la mort d’Obama ben Laden», avant de corriger, «oh, excusez-nous, d’Oussama ben Laden». Il a refait la confusion à plusieurs reprises, de façon délibérée, car il s’agissait de montrer que ce qui est en cause, c’est le nom du Président. Par le passé, la droite a mené campagne sur le deuxième prénom d’Obama – Barack Hussein Obama – et il y a quelques jours encore, on demandait au Président de publier son acte de naissance.
Comment va vivre New York, maintenant ?

Les New-Yorkais sont conscients du vide laissé par Ben Laden. Pour reprendre les catégories du philosophe nazi Carl Schmitt, l’Amérique a toujours eu besoin d’ennemis pour se «booster». Peut-elle vivre sans ? Faut-il craindre une sorte d’état d’hostilités sans fin, encore plus monstrueuse ? Ou au contraire qu’elle se retire des lieux de bataille, sans humiliation, sans honte, comme une armée triomphale ? Quoi qu’il en soit, depuis le 11 Septembre, New York a perdu de sa vitalité, quelque chose s’est cassé. Comme dans les jeux vidéo, on a voulu attribuer la cause de tous nos malheurs à un seul homme, qu’il suffirait d’éliminer pour aller mieux. A Hollywood comme chez Aristote, le dénouement de la tragédie permet de «purger» l’âme et Aristote avait déjà compris que ce qui se joue dans la tragédie, c’est la question de la terreur. Mais croire que l’élimination d’un homme fera disparaître toute trace de blessure est une illusion.


Comprenez-vous la décision de jeter la dépouille de Ben Laden à la mer ?

Freud pointait le risque qu’il y a à ne pas enterrer l’ennemi avec les honneurs qui lui sont dus, car il finit toujours par revenir, comme un fantôme, par des circuits immatériels, «atmosphériques», imprévisibles, immaîtrisables et donc destructeurs. Cette façon de disposer à sa guise du corps de l’ennemi porte en elle des conséquences graves. C’était déjà la protestation d’Antigone et, comme dans la tragédie de Sophocle, ce sont surtout les voix de femmes qui protestent aujourd’hui et crient que l’Amérique doit cesser d’assassiner. Barack Obama n’a pas su se montrer humble devant le désir de tuer quelqu’un – même si ce quelqu’un est un effroyable meurtrier. Et même le fait de jeter sa dépouille à la mer est une façon de rester dans la logique de l’ennemi, de répondre en miroir : le terrorisme de Ben Laden se voulait mondial et sans territoire, son cadavre est à son tour «déterritorialisé». En mer, il n’y a nul lieu à honorer, ni monument à édifier : on supprime les traces. Mais, depuis Antigone, nous savons que le refus d’enterrer relève d’une logique suicidaire.

Roudinesco : la haine de la pensée transpire partout

« Il y a aujourd’hui dans le monde entier un fantastique marché des psychothérapies qui va se développer encore davantage, » peut-on lire dans le bel article que nous vous proposons ici sous pdf. Rançon de l’essor de l’individualisme dit-elle encore, mais pas seulement. Le formidable élan de recherche dans la sphère du psychisme et de la dynamique de subjectivation, héritière de cinquante ans de psychologie humaniste fondée sur l’existentialisme et la phénoménologie, dont la psychothérapie relationnelle est de nos jours l’héritière, poursuit sa marche en avant aux côtés de la psychanalyse. Une psychanalyse française souvent aveugle à son contexte, enfermée dans un dogmatisme corporatiste arrogant – le corporatisme constituant une des plaies du Carré psy.

La psychothérapie relationnelle tout autant que cette dernière, se doit de sortir de tout enfermement dans la clinique, se doit de s’armer de bonne pensée et elle y procède. Face à la rigidité hostile de l’actuelle université elle poursuit inlassablement sa tâche de préservation et transmission du trésor clinique théorique et méthodologique de l’héritage de la psychologie humaniste américaine, comportant le domaine du psychocorporel, du travail émotionnel, de l’exploration systématique de la régression, de la poursuite des avancées du dialogal et du groupal, toutes dimensions propices au traitement des organisations limites dont Jean-Michel Fourcade nous rappelle qu’ils représentent la forme de pathologie majoritaire dans notre patientèle aujourd’hui. Elle prolonge le dialogue avec l’École anglaise de psychanalyse, avec Anzieu et Kaès, avec l’héritage post-reichien. Elle évolue dans le champ de la psychodiversité : ouverture et dialogue, pluralisme, intégrativité, multiréférentialité.

Elle le fait à partir du cadre de ses courageuses (petites pour la plupart) Écoles, dont celles notamment validées par l’Affop sont triées sur le volet. Face à la désolante incapacité de l’université d’accueillir, comprendre et diffuser ce précieux savoir, elle a su maintenir et préserver des lieux de transmission qui garantissent avec dévouement et passion le développement de ce quartier du Carré psy qu’elle continue d’habiter, dont les locataires s’affichent à présent à l’enseigne de la nouvelle appellation professionnelle qui accole relationnel au nom de métier de psychopraticien pour en faire un titre.

André Malraux achevait un ouvrage sur le cinéma par une dernière phrase restée célèbre : « Par ailleurs le cinéma est une industrie ». La psychothérapie comme marché ne saurait l’être que par ailleurs. Nous ne saurions nous considérer comme acteurs d’un marché de l’âme, à l’instar du supermarché du bonheur que dénonçait Max Pagès. Les étudiants en reconversion qui consacrent de longues et fructueuses années de leur vie d’adultes ayant souvent atteint la quarantaine à accéder au titre de psychopraticiens relationnels, représentent un secteur de recherche humaniste important et bien vivant dans l’univers du travail du psychisme centré sur la dynamique de la subjectivation. Ils répondent ainsi à un immense besoin dans le public – un public assez éclairé pour tenir à la ressource que constitue la psychodiversité – besoin de soin par la relation et le dialogue prenant en compte la dimension émotionnelle, psychocorporelle et existentielle du travail psychique, à côté de la psychanalytique, si bien défendue et illustrée par Élisabeth Roudinesco dont on va lire ici la belle interview.

Dernier point. Il n’est pas assuré comme le mentionne Anne-Laure Gagnac que les personnes qui s’adressent par la suite à la psychanalyse aient généralement entamé leur carrière de patients par du comportementalisme, ce qui place la psychanalyse en position de recours au comportementalisme, ignorance faite au passage de notre propre existence. Max Pagès émet l’hypothèse que les patients d’aujourd’hui, modernes abeilles (urbaines le plus souvent, les autres, Monsanto est en train d’en venir à bout), parcourent des itinéraires souvent complexes faisant leur miel de toutes fleurs, dont principalement celles de nos bouquets relationalistes. Il serait intéressant à ce sujet d’étudier les types de parcours et les parcours types. Seule une vaste enquête pourra à ce sujet nous apporter des éléments de réponse (1« ). Aux universitaires d’y aller voir.

Bref aux couleurs arc en ciel de l’humanisme les deux champs disciplinaires extra universitaires centrés sur le processus de subjectivation résistent ensemble dans le domaine des sciences humaines cliniques à l’idéologie scientiste du tout neurone tout comportemental tout managérial, à l’occasion sécuritariste à la barbare, s’affairant à l’impossible suppression de la pensée vivante.

Philippe Grauer


Cliquer sur l’icone ci-dessous pour obtenir l’interview d’Élisabeth Roudinesco par Anne-Laure Gagnac [Document : Interview d’Élisabeth Roudinesco]

  • 1 Sans compter que des témoignages nous arrivent de praticiens s’affichant TCC ou apparentés, qui pratiquent sous ce manteau de la psychothérapie relationnelle de contrebande. De contrebande car si l’on n’a pas pris véritablement soin de se former à cette discipline, on est dans la contrefaçon : hommage du vice à la vertu, non sans danger à l’usage.

L’instrumentalisation de la transparence conduit au pire

Libération 7 avril 2011


Par Élisabeth Roudinesco

au lieu d’une réforme, il avait initié une révolution

En 1985, Mikhaïl Gorbatchev mit en œuvre en Union soviétique une politique dite de transparence – ou Glasnost – qui avait pour objectif de poursuivre le processus de déstalinisation initié par Khrouchtchev en 1956, lors du XXe congrès du PCUS. Mais au lieu de s’en tenir à un rapport secret, il entendait dénoncer publiquement toutes les formes de refoulement d’un passé qui avait conduit le communisme à son plus grand désastre. Aussi bien la Glasnost – qui accompagnait la Perestroïka (ou restructuration économique) – eut-elle pour conséquence, non point de révéler ce que l’on savait déjà depuis des décennies, mais de donner au peuple tout entier le droit de s’exprimer librement. Il souhaitait réformer des institutions vermoulues mais sans le savoir il participait à l’écroulement final d’un système totalitaire. Au lieu d’une réforme, il avait initié une révolution.

condamné à être transparent

La Glasnost contribuait à la chute d’un régime fondé sur des délires, des persécutions, des arrestations arbitraires. Et en tant que telle, elle mit fin à un forme de transparence que l’on appellera perverse ou dictatoriale, celle qui permet à un État de surveiller tous les citoyens. En témoigne le film de Florian Henckel von Donnersmarck, La vie des autres, tourné en 2006, et qui montre comment fonctionnait un tel système dans l’ancienne République démocratique allemande. Chaque sujet était regardé comme un suspect et jamais comme un humain. Aussi était-il condamné à être transparent, c’est-à-dire traversé dans son corps et ses actes par l’œil invisible du grand ordonnateur des surveillances policières (la Stasi).

impossible épuration

Dans les régimes démocratiques qui reposent sur le principe des libertés – opinion, association, mœurs, religion –, la question de la transparence se pose différemment. Le respect de la vie privée suppose, d’une part, que chaque individu ait droit à son intimité, et, de l’autre, que la gestion des affaires sociales et politiques soit au contraire parfaitement visible. A cet égard, la liberté de la presse et des médias audiovisuels est telle que les crimes, mensonges et délits commis par des États ou des personnes publiques, d’un bout à l’autre de la planète, peuvent être révélés en temps réel à l’opinion : bavures militaires, viols, abus de confiance, fausses informations. Mais si l’on n’y prend pas garde, un tel pouvoir, aujourd’hui mondialisé, peut aussi contribuer à un excès de la transparence, notamment s’il se laisse séduire par des hackers convaincus que le déballage de milliers de documents à caractère confidentiel, puisse être de nature à épurer les États de leurs mauvais penchants.

névrose de la transparence

A contrario, ce même pouvoir médiatique peut favoriser une éthique de la responsabilité. On se souvient par exemple que lors de la destruction des tours jumelles du World Trade Center, le 11 septembre 2001, les directeurs des chaînes de télévision décidèrent de ne pas montrer les images des hommes qui se précipitaient dans le vide et de les archiver : pas d’exhibition de la mort en direct mais pas de négation de l’événement. Et de même, à chaque catastrophe, à chaque massacre, on choisit d’héroïser une situation en privilégiant le courage ou la détresse : un Chinois dissident face à un char, une rescapée japonaise aux allures de madone au milieu des décombres. On évite alors la névrose de la transparence, c’est-à-dire l’illusion que la réalité brute – archive, image, texte – puisse devenir la mesure de toute vérité. On ne peut pas tout dire, tout voir, tout montrer.

Telles sont les métamorphoses de la transparence. Il faut la valoriser tout en critiquant ses dérives et sans oublier que son instrumentalisation conduit au pire.

Guerre et spiritualité

Initialement mis en ligne le 5 mai 2011

Débats, séminaires, conférences, café-philo et autres
activités philosophiques, organisés ou conseillés par le
FORUM PHILOSOPHIQUE DE PARIS


Sur la question de la guerre que soulève superbement Ken Loach nous ne nous étendrons pas, nous contentant de signaler l’évidence de son actualité. Sur la question de la spiritualité on peut déjà dire que le Forum 14 est sensible à cette thématique, et se réjouir qu’un philosophe, après récemment Gilles Ferry vienne y dire la spiritualité depuis et d’après la philosophie. Cela n’exonère pas de la nécessité d’une distance critique et d’éviter de franchir le hiatus entre histoire des religions et orientation spiritualiste à proprement parler.

Trop de praticiens du Développement personnel, mélangeant de façon pas nécessairement claire une purée dite d’inspiration jungienne à des orientations spiritualo religieuses, en l’absence de bases philosophiques suffisantes, affectionnent de patauger dans un potage spiritualiste qui ne fait pas toujours honneur à la dignité d’une réflexion critique suffisamment éclairée, comme on dit depuis les Lumières(1« ).

D’où l’importance d’acquérir une véritable culture philosophique dans la profession de psychopraticien relationnel. Notre École jouit de ce privilège unique dans le paysage de la formation à notre profession et même au sein du Carré psy dans son entier, d’avoir installé un axe entier de sa formation qui s’appelle philosohie. Et elle s’honore entre autre… de s’appuyer sur Daniel Ramirez comme sur l’une de ses « pierres philosophales » (l’autre en titre étant Claude Lanher)(2« ).

Philippe Grauer


Deux événements

1) Dimanche 8 mai 2011, à 14:20

Ciné-philo à l’Entrepôt

Route Irish

de Ken Loach – 100 mn, 2010

Séance présentée et débat philosophique animé par Daniel Ramirez, sur le thème :

Guerres actuelles et actualité de la guerre. Peut-on encore justifier ?

Après les révolutions arabes, l’intervention qui s’enlise en Lybie, la disparition de Ben Laden suite à une intervention spéciale, nous proposons un moment de réflexion sur cette façon de faire la guerre (privatisation et business). Peut-on encore justifier la guerre elle-même comme façon de continuer « la politique par d’autres moyens.« 

textes ciné-philo

Lieu : L’ENTREPÔT, lieu de cultures

7, rue Francis de Pressensé, Paris 14e (M°Pernety). Entrée générale 8€


2) Mardi 10 mai de 20:00 à 22:00

Conférence et échange avec le public

Philosophie et spiritualité, un dialogue est-il possible?

par Daniel Ramirez

Une question étrangement absente de la littérature philosophique : qu’est-ce que la spiritualité ? Un étonnement pour commencer : le manque quasi total de dialogue (et de langage commun) entre, d’une part la philosophie et, d’autre part, les multiples manifestations de spiritualité. Tirant ressource d’une longue expérience dans les deux mondes et continuant une recherche personnelle, Daniel Ramirez se donne à la tâche d’ouvrir ce questionnement. Peut-on définir philosophiquement la spiritualité ? Que veut dire vraiment une quête spirituelle ? Quel rapport avec les traditions ? Et avec la religion ? Y a-t-il lieu de parler d’une spiritualité laïque ou faut-il plutôt d’une spiritualité dans un monde sécularisé ?

Quelle spiritualité ? comment serait-elle possible? La philosophie peut-elle être considérée comme une voie spirituelle ?


Participation aux frais : 10€, adhérents : 8€

Forum-104

01 45 44 01 87

104, rue de Vaugirard, 75006 PARIS (M°Saint-Placide)

  • 1 Distinguer entre Lumières et illumnination.
  • 2 Il y a des mots à ne pas prononcer à la légère, quand on connaît l’intérêt que certains portent à l’alchimie, après Jung, et toutes sortes de forme d’ésotérisme qui tirent le Développement personnel vers ce que nos adversaires à juste titre dénoncent comme une régression à la magie, se plaisant à nous confondre injustement avec le Développement personnel (qui lui aime assez à se confondre avec nous si possible) puis le Nouvel âge. Comme ça l’accusation de charlatanisme peut suivre son cours. Nous reviendrons sur cette question frontalière.

psychiatrie : meeting national poétique & politique

Collectif des 39 contre la Nuit Sécuritaire

Samedi 9 avril de 14:00 à 18:00

UN POUR TOUS TOUS CONTRAINTS

Devant la statue de Pinel

47 Bld de l’hôpital 75013 Paris


police de la folie

Nous avons déjà dit ce que nous pensions des psychiatres tard venus(1« ) au combat contre les contempteurs de la psychanalyse et de la psychothérapie relationnelle, ce qui aboutit à contraindre les « charlatans » à changer de nom de baptème, passant de psychothérapeutes à psychopraticiens relationnels.

Cela dit ils ont en l’occurence parfaitement raison et nous nous associons à leur cause car le Carré psy reste solidaire. Ce qui attaque la folie et ce qui reste de psychiatrie humaniste, quoi qu’il en soit de son état de délabrement idéologique et de son renfermement dans la neurologie, s’en prend au Carré psy comme structure complexe, s’en prend en définitive à l’ensemble des citoyens patients et des professionnels du psychisme. Une loi qui confond folie et dangerosité en privilégiant déraisonnablement ce dernier aspect nous atteint par ricochet, nous, praticiens en psychothérapie relationnelle.

Dans un pays raisonnable on ne flique pas les fous, ni les assigne à de nouvelles formes d’asile à domicile, on s’occupe essentiellement de leur apporter les soins les plus humains possibles. Le dispositif sécuritariste en train de se mettre en place, substituant une police de la folie à la pratique du soin psychiatrique qui plus que jamais nécessite un travail à visage humain, est politiquement et cliniquement malsain.

Philippe Grauer


folie : meeting national poétique & politique

SAMEDI 9 Avril de 14:00 à 18:00

Devant la statue Pinel (en face de l’hôpital la Salpêtrière)

Tous au rassemblement meeting des 39 !

pour le retrait du projet de loi


Votre présence à tous est très importante à un moment où notre combat, en franchissant la barrière médiatique, commence à ébranler les plus indécis voire les plus convaincus.

De part et d’autre nous proviennent des informations faisant état de la gêne, de l’embarras voire du désarroi qui touchent ceux qui ont osé promulguer une telle infamie ou qui se trouvent en position de décider ou de voter

L’assemblée nationale a voté. Le projet est maintenant entre les mains des sénateurs. Ceux-ci ne se cachent pas : ils peuvent dire que cette loi n’est pas bonne, qu’elle est inutile, qu’elle ne peut pas se faire contre les soignants, contre les patients ou contre les familles dont beaucoup se rendent compte maintenant de son côté mystificateur.

Les sénateurs vont tenter d’amender cette loi.

Nous ne nous en contenterons pas ! c’est le projet de lois dans son ensemble qu’il faut retirer.

Il est possible d’ y arriver.

Samedi, soyons le plus nombreux possible

– pour montrer notre détermination

– pour prendre la parole

– pour écouter les nombreux représentants des syndicats de soignants, d’associations, de partis politiques, de députés, de sénateurs, des familles, des soignés.

– pour apprécier les poètes, acteurs de théâtre, musiciens, danseurs qui viendront au nom du monde de la culture dire combien la folie est inhérente à la condition humaine.

Tous à ce meeting politico poétique !

Les 39


police sanitaire

1793 – Jean-Baptiste Pussin, un ancien patient nommé surveillant et sa femme Marguerite ont amené Philippe Pinel, médecin-chef de Bicêtre, à retirer les entraves et les chaînes aux aliénés.

2011 – l’Assemblée Nationale vote une surveillance et un contrôle à domicile des personnes malades sous camisole chimique. Avec ce parti-pris de la répression, les bracelets électroniques suivront. Deux siècles après, les chaînes sont de retour.

Le projet de loi instaurant des « soins » sans consentement y compris en ambulatoire a été adopté à l’Assemblée Nationale et doit être examiné au Sénat. Nous devons amener les Sénateurs dans un sursaut républicain à bloquer cette loi.

Le collectif des 39 contre la Nuit Sécuritaire appelle à une large mobilisation pour faire barrage à cette loi honteuse qui transforme les soignants en police sanitaire et qui enlève leur humanité aux personnes malades.

une hospitalité pour la folie

La Folie n’appartient pas à la psychiatrie, l’Art parle d’elle, s’adresse à elle. C’est naturellement que de nombreux collectifs d’artistes, de peintres, de comédiens, de musiciens se joignent au collectif des 39 pour défendre l’humanité des personnes malades. Le combat pour une hospitalité pour la folie doit se mener aussi sur le terrain culturel et artistique. La folie est indissociable de l’humain, elle est fait de culture.

Tout au long de ce Meeting Politique et Poétique les prises de paroles et les performances artistiques se succéderont.

Des patients, des familles, soignants, syndicats, politiques, philosophes, magistrats, membres du collectif des 39 et d’autres collectifs ou associations.

Des musiciens : Ens’batucada et fanfare Aïouentounos du Collectif La Blanchisserie

Des comédiens : Atelier Théâtre de la clinique de la Borde, Githec

Des plasticiens : Stéphane Gatti pour la parole errante, le collectif Pouch’d

Et d’autres encore…

Tous sont engagés dans le mouvement d’une hospitalité pour la folie.

Contre cette déraison d’État, le Collectif des 39 a déjà recueilli 25 000 signatures


Rendez-vous autour de la statue de Pinel le

SAMEDI 9 AVRIL DE 14:00 à 18:00

Devant l’hôpital de la Pitié-Salpétrière

47 Bld de l’hôpital 75013 Paris

  • 1 Exception faite des psychiatres freudiens, en relation avec l’École de la Cause freudienne, durant la période de la Coordination psy, jusqu’en 2010.

Psychiatrie : une loi absurde & inapplicable

« La loi sur la psychiatrie est absurde, incohérente et inapplicable ! »

LEMONDE.FR | 28.03.11 | 09h48 • Mis à jour le 28.03.11 | 10h19

Les États généraux de la psychiatrie datent de l’année du 3ème amendement Accoyer. Nos psychiatres n’ont pas trop protesté, sauf les freudiens de la Cause freudienne(1« ), contre l’attaque en règle contre les psychothérapeutes, visant par ricochet les psychanalystes, dénonçant les pseudo charlatans populistiquement amalgamés aux professionnels reconnus par leurs organisations responsables, au bénéfice de l’opération devant aboutir à remettre les clés du Carré psy aux … psychiatres. Ignorant volontairement alors que la psychiatrie elle-même était en train de sombrer dans la neurologie.

Et voici comment de division corporatiste en manipulation corporatiste on en est arrivé là. Maintenant on proteste, maintenant qu’on s’est laissé affaiblir. Tout cela est bien dommage, il faudra reconstruire tout ce qui est en train d’être détruit. Un bémol : le texte voté est inapplicable. Consolation sans grande valeur républicaine.

En attendant nous joignons notre protestation aux analyses légitimes d’une loi indigne. Que le Président de la République soit soupe au lait est politiquement fâcheux et ne contribue pas à sa crédibilité. Qu’une Assemblée toute entière suive la ligne de pente émotionnelle sans davantage réfléchir après ample consultation des professionnels concernés inquiète davantage. Le sécuritarisme poursuivrait une marche forcée vers on ne sait quels précipices que cela ne serait pas différent. Cela ne devrait pas en tout cas être indifférent à l’opinion. Les deux psychiatres et la psychologue qui tirent ici la sonnette d’alarme ont mille fois raison de le faire. Il faut bloquer cette loi sinon il faudra l’abroger au plus vite.

Les intertitres sont de la Rédaction.

Philippe Grauer


transformation démente

Les députés ont adopté en première lecture dans la nuit du 16 mars, le projet de loi « relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et aux modalités de leur prise en charge« . Le vote solennel du projet a eu lieu mardi 22 mars, avant d’être envoyé au Sénat pour examen. Mais, il n’y aura pas de seconde lecture.

Le gouvernement ayant choisi la procédure accélérée, le texte, même éventuellement modifié par les sénateurs, pourra être adopté selon la première lecture de l’Assemblée nationale ! Pourtant ce projet de loi provoque un basculement radical de la pratique psychiatrie, une transformation démente et inquiétante de la psychiatrie !

Les équipes soignantes vont être transformées par cette loi en une « police sanitaire psychiatrique » dont le rôle va être réduit à « surveiller, contrôler, injecter » !

émotion & précipitation > manipulation

Cette loi a été voulue par le président de la République réagissant dans l’émotion et la précipitation au meurtre d’un étudiant par un malade. Cette loi devrait concerner les personnes actuellement sous contrainte, c’est à dire 70 000 personnes sur les 300 000 hospitalisées. Mais elle est organisée à partir des situations en hospitalisation d’office, c’est à dire 10 000 personnes ! Elle a pour socle, le présupposé totalement erroné sur le plan scientifique, énoncé par le président en décembre 2008 : « Tous les malades mentaux sont potentiellement dangereux, potentiellement criminels ! »

Ainsi l’ensemble des personnes soignées en psychiatrie, celles qui choisissent librement de se soigner, c’est à dire 80 % des malades hospitalisés, mais aussi les trois millions de personnes ayant consulté et traités pour un trouble psychique vont se retrouver confrontés « par contamination » aux mêmes a priori, aux mêmes préjugés, aux mêmes risques, et tomber potentiellement dans les « soins sans consentement« .

populisme

Ce message terrible, ravageant, faisant appel aux peurs ancestrales de la folie, désigne à la vindicte populaire ces personnes, amplifie la peur de l’autre, renforce la stigmatisation. La loi vient l’instituer de façon insupportable, indigne !

Les 23 000 signataires de l’Appel lancé par le Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire : « Réforme de la psychiatrie : une déraison d’État« , la totalité des syndicats de psychiatres – fait inédit – le syndicat national des psychologues, les syndicats de personnels soignants, des associations de psychanalystes, des associations de patients, des associations de familles, le Syndicat de la magistrature, plusieurs centaines de manifestants mardi 15 mars devant l’assemblée, rien n’y a fait !

La psychiatrie est pourtant dans un état catastrophique depuis plus de dix ans. Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté vient de rendre public un rapport accablant sur la situation dans les hôpitaux psychiatriques. Sa conclusion, la psychiatrie est un monde caché, « et dans ce monde-là, ce n’est pas tant la loi, quelle qu’elle soit qui est en cause, mais la réalité des pratiques » !

DÉRIVES

Depuis deux ans qu’il s’est constitué, le Collectif des 39 dénonce la dérive des pratiques, des situations de maltraitance des malades, la banalisation des contentions, l’abandon des familles à leur désarroi. Les États généraux de la psychiatrie en juin 2003 avaient déjà réclamé vingt-deux mesures d’urgence pour tenter de lutter contre le péril menaçant l’ensemble de la psychiatrie !

indifférence au sort des malades

Cette situation n’est en rien dû à la mauvaise volonté des soignants, à une indifférence au sort des malades et des familles. Elle est le résultat de plusieurs éléments : conception de la maladie mentale qui s’est imposée avec le scientisme dominant des dernières années, formation indigente des psychiatres réduite aux seuls traitements médicamenteux, absence quasi-totale d’une formation digne de ce nom pour les infirmiers, laminage des esprits par l’idéologie de l’hôpital-entreprise, de la gestion bureaucratique parachevée par la récente loi Hôpital, patients, santé, territoires, à la pénurie organisée, enfin absence de budget spécifique pour la psychiatrie.

Aux arguments étayés de toute la profession, tous statuts confondus, dénonçant une loi sécuritaire mais revendiquant l’urgence d’une loi sanitaire, aux appels au secours d’associations de patients, aux rejets par de nombreuses associations régionales des de familles de malades, le rapporteur du projet de loi n’a opposé qu’arrogance, falsification, mystification, ignorance. Falsification, lorsqu’il déclare que la loi va permettre de sauver les quatre mille personnes qui se suicident chaque année ! Mystification, quand il proclame que les 30 000 à 60 000 personnes sans domicile fixe qui souffrent de troubles mentaux, abandonnées par leur famille,vont pouvoir être prises en charge ! Ignorance de la pratique psychiatrique, quand il déclare que les patients qui dénient leur pathologie vont être enfin traitées grâce à ce dispositif !

De plus, avec ce projet de loi, force reste au préfet. La disqualification des professionnels est totale, la suspicion à leur égard comme à l’égard des magistrats est entérinée par le texte.

exact inverse

Pire, dans leur aveuglement politique, dans leur méconnaissance de la clinique psychiatrique la plus élémentaire, les députés de la majorité n’ont pas pris la mesure du plus grave : cette loi, si elle est adoptée, va aboutir à l’exacte inverse de ce à quoi elle prétend répondre : la sécurité et la prévention des passages à l’acte dangereux.

En effet, les personnes les plus perturbées, les plus en souffrance, sont aux prises avec une méfiance extrême, voire des sentiments de persécution, des sentiments d’être surveillés, épiés. Ces personnes lorsqu’elles sauront qu’elles seront dénoncées par leur psychiatre, leurs soignants au directeur de l’hôpital et au préfet, en cas de refus ou d’opposition aux soins et risquant un retour forcée à l’hôpital, vont tout faire pour échapper, pour se sauver. Et c’est dans un tel contexte, que des individus ayant le sentiment d’être cernés, pourchassés, forcés, risquent de basculer dans des passages à l’acte les plus graves…

monstruosité

La psychiatrie, dans une perspective thérapeutique, ne peut travailler qu’en favorisant la confiance, l’instauration d’une relation rassurante, le tissage d’un lien avec une personne malade. C’est dans ce cadre, et uniquement dans ce cadre, que nous pouvons imposer une contrainte parfois nécessaire, que la psychiatrie peut prétendre être thérapeutique.

Mesdames, messieurs les parlementaires, prenez conscience de l’immense responsabilité que vous prenez, de l’absurdité de ce dispositif législatif, de cette monstruosité qui est en train de se créer !

Paul Machto, psychiatre des hôpitaux, Marie Cathelineau, psychologue, Hervé Bokobza, psychiatre, pour le Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire

  • 1 De l’époque, maintenant ils se sont retirés du commun combat de la Coordination psy.

Un pour tous, tous contraints !

Ecoutez le morceau Nuit Sécuritaire


La loi passe, que le Sénat puisse encore la modifier, la procédure accélérée – une procédure bien commode aux mauvais coups, limitant singulièrement les perspectives. Les psychiatres en relation avec la psychanalyse mesurent leur faiblesse dans un univers où le monde psy a changé de bases idéologiques et politiques, et où la psychiatrie s’engloutit dans la neurologie. Si l’on veut faire front, il faut le faire ensemble, et non se réjouir lâchement du projet d’élimination des ex psychothérapeutes, au nom de la pureté d’une psychanalyse elle-même en perte de vitesse.

Cela devra servir de leçon à tous. Un pour tous tous pour un et non tous contre un comme ce fut le cas quand l’un en question c’était nous. Nous avons changé de nom, on ne change pas de nom de baptème aussi facilement que cela, notre défaite relative c’est aussi celle de nos amis psychiatres psychanalystes aveuglés par le corporatisme.

Ex psychothérapeutes nous voici psychopraticiens relationnels, nous survivrons, et ferons même beaucoup mieux que cela. Préservons ce qui reste de sain an sein du Carré psy. Dont l’unité d’action et de combat pour l’humanisme contre un univers d’hommes machines d’un autre âge qui revient très fort, pour la défense d’une citoyenneté intelligente, qui ne place pas la folie là où certains se plaisent à situer les Roms.

Philippe Grauer


Il a suffi d’une journée de débat pour statuer sur le sort réservé à la folie. Il n’est plus question d’accueil pour les patients en souffrance psychique. Quelle place dans notre société leur donne cette Loi ?

Les députés de la majorité ont validé la vieille représentation populaire, l’image du fou errant et dangereux. Ils ont oublié la souffrance et privilégié la dangerosité. Ils viennent par leur vote de semer les graines de milliers de futurs malades en errance.

Cette Loi prétend répondre à la demande des familles, mais elle se focalise sur la peur du fou. Elle fait d’événements dramatiques, l’ordinaire de la folie.

Les maladies psychiques sont très souvent longues, les crises sont comme dans toute vie, des moments ponctuels. L’état de crise, de délire grave, voire dangereux est loin, très loin d’être un état permanent.

rendre impossible toute thérapeutique

La Loi se focalise sur la crise, un pic dans l’intensité des symptômes dans le déroulement de la vie d’un sujet.
Elle prend des dispositions qui vont transformer, ou plutôt rendre impossible toute thérapeutique.

Or, la crise doit être désamorcée en amont. La thérapeutique est justement là pour travailler à en diminuer (le nombre,) la fréquence, l’intensité. Ce sont avant tout des états de souffrances psychiques, d’angoisse extrême pour la personne qui les vit. L’administration d’un médicament a des vertus- et aussi des effets secondaires importants. Il n’a pas de pouvoirs magiques.

Cette Loi ne s’occupe pas du soin. En réalité, elle instaure une psychiatrie de la seringue, une psychiatrie de la surveillance, qui répondra à l’urgence, mais pas au quotidien d’une vie dans la cité pour une personne malade.

le soin nécessite une présence

La psychiatrie est une spécialité médicale spécifique par la place donnée à la qualité de la relation avec le patient, et son entourage dans la réussite du soin. Le soin nécessite une présence, une disponibilité auprès des familles et des patients, au quotidien et dans un climat de confiance. La disponibilité doit être continue et humaine. Cela implique des moyens sanitaires, sociaux, médico-sociaux.

Seul un tel réseau cohérent permet d’accueillir les patients et leurs familles.

Si des patients sont seuls dans la rue, si des familles n’ont personne pour les aider, c’est que ce réseau de soin n’a pas de moyens suffisants ( en personnel, en formation, en temps).

inutile

Pour le fortifier, il n’est pas besoin d’un nouveau cadre juridique, cette Loi est donc inutile. Pire, elle est contreproductive car elle ne s’appuie en rien sur la réalité clinique du soin en psychiatrie. La technologie et l’informatisation ne peuvent remédier aux carences de moyens. À un problème grave, la solution apportée est totalement erronée.

L’urgence avec laquelle ce projet de Loi est validé -sans deuxième lecture à l’Assemblée Nationale- révèle l’importance idéologique, démagogique que le gouvernement lui donne. L’hospitalité pour la Folie est véritablement le cadet de ses soucis. La contrainte est instaurée comme principe de soin. Les soignants sont mis dans l’obligation d’exercer une surveillance et un contrôle sur les patients.

On échange la possibilité d’une relation soignante contre l’assurance d’une méfiance réciproque.

Ne sommes-nous pas légitimés à craindre que les patients se cachent des soignants, qu’ils dissimulent leur angoisse le plus longtemps possible ?

une conception humaniste de la folie

Ne sommes-nous pas légitimes de dénoncer la fonte des moyens d’accueil ambulatoire ?

Tout le monde sait que pour s’approcher de l’intimité de quelqu’un, il faut gagner sa confiance. Cela demande du temps, de la continuité, de la disponibilité, mais surtout une formation spécifique (qui soit adéquate avec) sous-tendue par une conception humaniste de la folie.

La stigmatisation et la peur ne répondent à aucune de ces obligations

Après des années d’abandon, la psychiatrie est dans un état catastrophique. Toutes les catégories de professionnels luttent pour donner un accueil humain, des soins. Les nombreuses réformes successives ont déjà beaucoup réduit leurs marges de manoeuvres. De nombreux lieux ont repris les couleurs sombres du grand renfermement. L’usage des contentions se banalise. La contrainte devient par la Loi un mode de traitement de l’humain, au mépris de toute connaissance clinique. Le soin psychique mérite mieux.

Il y a plus de 200 ans Jean-Baptiste Pussin a libéré les fous de leurs chaînes. Philippe Pinel a accompagné son geste et a ouvert une nouvelle voie pour la psychiatrie. Qu’en est-il aujourd’hui ?

continuons la mobilisation

La journée de mobilisation du 15 mars lancée par le collectif des 39 a donné lieu à un rassemblement inédit des syndicats et associations de citoyens, de patients et de familles. Nous continuons la mobilisation. Une nouvelle réunion à notre initiative s’est déroulée ce vendredi 25 mars, avec l’ensemble des organisations syndicales et associatives opposées à cette Loi. Cette réunion a confirmé l’organisation du rassemblement du 09 avril devant la statue de Pinel. Nous vous communiquerons dans les prochains jours le programme de cet événement.

Le collectif des 39 soutien l’appel à la manifestation du 2 avril lancé par le mouvement de défense de l’hôpital public.

Le rôle politique de la psychanalyse : de l’individu à la société

Conférence Women Work & l’Olivaint : Élisabeth Roudinesco

Mercredi 30 mars, 19:00 – 21:30

Lieu Amphi Erignac

13 rue de l’Université, Paris, France


L’association Women Work en partenariat avec la Conférence Olivaint ont le plaisir de vous présenter Élisabeth Roudinesco, universitaire et auteur de nombreux ouvrages tels que

Histoire de la psychanalyse en France, 2.Vol, Jacques Lacan, pochothèque, 2009.-

La part obscure de nous-mêmes. Une histoire des pervers, Albin Michel, 2007.-

Retour sur la question juive, Albin Michel, 2009.-

Théroigne de Méricourt, Albin Michel, 2010.-

Ce moment de rencontre prendra la forme d’un débat avec la salle sur le thème :

Le rôle politique de la psychanalyse : de l’individu à la société

Nous pourrons ainsi naviguer à travers des problématique diverses au gré de vos inspirations :

– Les femmes psychanalystes

– La transformation de la famille

– Identité sexuelle et droit

– Gestation pour autrui

– Sexualité féminine

– Transsexualisme

– et bien plus encore ! C’est vous qui décidez.

Pour faire la différence et aborder les thèmes sur lesquels vous vous posez toujours des questions sans jamais avoir une réponse, rendez-vous le 30 mars en Erignac pour cet évènement WW et Olivaint.

Le débat sera suivi par une séance de dédicaces et un cocktail.

psychiatrie et police : l’IPPP

Contestée, l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris assure remplir une mission médicale

REPORTAGE

C’est un couloir, méticuleusement propre, couleur hôpital. A droite, l’administration, à gauche, dix chambres spartiates, meublées d’un seul un lit au carré. L’infirmerie psychiatrique de la Préfecture de police de Paris (IPPP) a ouvert ses portes, lundi 21 mars, toutes affaires cessantes, après un avis définitif du contrôleur général des lieux de privation de libertés, Jean-Marie Delarue, qui recommande sa fermeture.

Le docteur Eric Mairesse ne comprend pas. Il a été nommé médecin chef de l’IPPP le 14 juillet 2009, le lendemain débarquaient quatre contrôleurs. Leur avis, après le long cheminement administratif d’usage, a été publié dimanche au Journal officiel.  » Le rapport est en deux parties, constate le psychiatre, passablement crispé. Sur la visite, il n’y a rien de spécial, deux trois choses à revoir. Le reste est un réquisitoire, pour qui c’est la structure même qui pose problème. « 

C’est un bon résumé. L’infirmerie psychiatrique, fondée en 1872, est un lieu unique en France que la Préfecture tient soigneusement à l’écart des regards extérieurs, et les journalistes qui ont pu y mettre les pieds se comptent sur les doigts d’une main. Toute personne qui provoque un trouble à l’ordre public, menace sa sécurité ou celle d’autrui à Paris intra-muros ou autour des aéroports est envoyée par les commissariats à l’IPPP en observation. Le  » présumé malade « , déshabillé, lavé et en pyjama, est placé en observation pour une durée curieusement comparable à une garde à vue, vingt-quatre heures renouvelables. Il est ensuite hospitalisé d’office par le préfet dans un hôpital psychiatrique, à la demande d’un tiers, par sa famille ou simplement remis dehors – ou à la police s’il a commis un délit.

Même processus à Paris dans les services psychiatriques d’urgence ; en région, c’est en revanche le maire et non le préfet qui signe les hospitalisations d’office. A Paris, l’IPPP, sous la seule tutelle de la -Préfecture de police, abat le gros du travail, et délivre les neuf dixièmes des certificats d’hospitalisation d’office, systématiquement suivies par le préfet de police.

En 2010, 1 879 personnes y ont été conduites (contre 2 061 l’année précédente). Et 41, 6 % d’entre elles ont été hospitalisées d’office, 9,7 % à la demande d’un tiers – les familles sont systématiquement recherchées et prévenues, 10,23 % sont hospitalisées avec leur accord. 12,2 % sont ressorties librement, mais 23,1 % ont été reprises en charge par les services de police. C’est dire que, à l’IPPP, on a une chance sur dix d’en ressortir, 2 sur 10 de retourner au commissariat, 8 sur 10 d’être hospitalisé.

Le docteur Mairesse estime que le système fonctionne bien.  » Nous accueillons en moyenne cinq personnes par jour, c’est une structure riche, nous avons le temps, les moyens, j’en profite pour faire le travail le plus pertinent possible.  » Il en veut pour preuve que le taux d’hospitalisations d’office est de 40 % à Paris, contre 60 en région.

 » Je n’ai pas deux blouses  » M. Delarue ne dit pas le contraire, et salue  » la conscience professionnelle  » des personnels. Ils sont d’ailleurs nombreux : 30 médecins à temps partiel, 3 infirmiers et 3 surveillants en permanence jour et nuit, un luxe inouï en psychiatrie. Mais  » l’infirmerie psychiatrique ne dispose d’aucune autonomie, constate le contrôleur, elle est un service d’une des directions de la Préfecture (…) A supposer que les médecins qui y exercent ne soient pas sous l’autorité hiérarchique de la Préfecture de la police de Paris, ils sont rémunérés par elle, les conditions matérielles de leurs fonctions et la gestion de leur carrière en dépendent. L’établissement n’a donc rien à voir avec un centre hospitalier. « 

L’IPPP  » entretient le doute sur la distance entre considérations d’ordre public et considérations médicales, soutient M. Delarue. Pourquoi l’appréciation compétente d’une situation pathologique a-t-elle des liens avec une institution de police ?  » Il recommande au gouvernement  » le transfert des moyens  » de l’IPPP aux hôpitaux.

 » Notre responsabilité médicale est pleine et entière, répond le docteur Mairesse. Aucun d’entre nous n’a besoin de la Préfecture de police pour faire carrière. Nous travaillons tous par ailleurs avec la même déontologie. Je n’ai pas deux blouses.  » Mais il a deux adresses Internet, dont une au ministère de l’intérieur.

Franck Johannès


Un documentaire poignant sur le quotidien des prisons

Pour la première fois, une équipe de télévision a pu accompagner le contrôleur général des lieux de privation de liberté. A l’ombre de la République, de la réalisatrice Stéphane Mercurio, est un documentaire diffusé mercredi 23 mars à 20 h 50 sur Canal+. On y suit en silence les contrôleurs, qui mesurent la taille des cellules, épluchent les registres et parlent paisiblement aux détenus, toujours surpris d’être traités en adultes. L’équipe est passée à la maison d’arrêt des femmes de Versailles, juste après la découverte des privautés du directeur avec deux détenues. Puis à l’hôpital psychiatrique de la Navarre, à Evreux, où les patients regrettent la prison. On erre dans le glacial centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse, pour finir à Saint-Martin-de-Ré, où les détenus racontent sans fard la réclusion à perpétuité. Un reportage, rare, sobre et douloureux.