Psychothérapeute (dossier du titre de –)

Instantanés de l’InterCoPsychos – N°306

Samedi 7 mai 2011


Commentaire du texte de Jean-Claude Maleval

Par Philippe Grauer


Le professeur Maleval
avait marqué par le passé sa sympathie pour les ci-devant psychothérapeutes, psychothérapeutes relationnels en réalité, qui, n’en déplaise, ne seront pas réduits à devenir comme il s’interroge coaches ou conseils mais bel et bien comme il ne peut l’ignorer psychopraticiens relationnels, sous la garantie morale et professionnelle des organismes et institutions réunies dans le cadre du GLPR. Jean-Claude Maleval rappelle que certains ne peuvent toujours pas « encadrer » les psychothérapeutes, si souvent qualifiés par eux d’ « auto-proclamés« . Il nous désigne comme « la famille la plus étendue du champ psy(1« ) par le nombre} », puis évoque de façon équivoque le monde des voyantes, magnétiseurs et guérisseurs, pour finir par suggérer en citant à propos Freud que ça va comme ça, que la loi ne doit jamais se jouer trop serrée sauf à devenir contre-productive. Nous entendons ici l’écho de l’ancienne alliance, le son du bon sens et de son propre intérêt bien compris.

Bien entendu les psychanalystes par sa plume ne se plaignent guère du sort qui leur est fait par la loi, bien entendu les psychopraticiens relationnels dépouillés du titre qu’ils avaient créé, honoré et protégé durant près d’un demi siècle, voient d’un œil critique progresser la médicalisation des choses du psychisme, et les psychanalystes quoiqu’en dise notre confrère s’engouffrer dans le psychothérapeutisme et le paramédicalisme. Bien difficile ensuite à désolidariser de ce qu’il désigne comme la psychothérapie autoritaire.

À part cela l’exercice de validation de la mise en application de la loi auquel nous assistons passe inévitablement par la reconnaissance de la sagesse du grand leader de la Cause dont la pensée a prévalu, la mise en relief du bénéfice empoché de la reconnaissance d’un Master de psychanalyse et le constat de « l’hommage posthume » à Lacan dont il n’était pas question de faire ici l’économie de l’évocation du nom.

la psychanalyse résorbée dans la psychothérapie par ses psychologues mêmes ?

Lorsque Jean-Claude Maleval écrit que « la loi française actuelle ne résorbe pas la psychanalyse dans la psychothérapie« , il n’émet qu’une demie vérité. La hâte au portillon du titre de psychothérapeute des membres de plusieurs associations de psychanalystes laisse là-dessus planer quelque doute. N’oublions pas que les psychanalystes en question sont des psychologues et que le cumul des affichages professionnels crée des imbrogios semblables ou pires que les précédents. Cela permet peut-être de rendre compte du malaise à graphier les psys (voyez l’usage des guillemets et du non accord au pluriel), vocable qui réunit tout en un au moins trois catégories de praticiens de « la » psychothérapie. La psychothérapie entendue comme terme générique, en toute confusion ne saurait distinguer les psychothérapies sans inconscient ni relation au sens où c’est celle-ci qui soigne, notamment les thérapies (sans psycho-) cognitivistes, de
la psychothérapie relationnelle et de la psychanalyse, nécessitant de la part de ses professionnels ce qu’il nomme fort justement « l’expérience de mutation subjective, » permettant seule le déroulement spécifique d’une dynamique de la subjectivation(2« )

Mais comme il faut bien entendu pour préserver l’identité psychanalytique se distinguer de la psychothérapie, adieu les distinctions et oubliés les encombrants cousins proches de la psychothérapie relationnelle. Oubliée mais « pas-toute », pas tout à fait, notre catégorie professionnelle, puisque Jean-Claude Maleval n’oublie pas de nous mentionner au passage lorsqu’il mentionne la « révolte (des) psychothérapeutes (dans l’acception désormais obsolète du terme). »

Triangle 1950 ou Carré du XXIième siècle ?

Il suffit de compléter par la déclinaison de notre identité, pour récupérer la bonne forme du Carré psy, dans le cadre de laquelle nous jouissons de notre exacte place, aux côtés des psychanalystes. Place non bâtarde au sens où nous serions des rejetons marginaux du tronc psychanalytique. Comme avec la généalogie humaine l’affaire est plus complexe et les origines psys plus buissonnantes qu’issues d’un tronc unique masquant si l’on peut dire la forêt. Place non bâtarde donc mais pleine et entière, à laquelle la loi actuelle, en retard d’un demi siècle mais bien à l’heure de la médicalisation de l’existence, ne laisse que l’espace des ténèbres extérieures, extérieures à l’antique triangle (à présent régi par la psychiatrie, c’est là que réside l’innovation) psychiatrie psychologie psychanalyse qui dessinait le monde psy d’avant notre arrivée, le monde psy des années 50-60. Il est vrai qu’un triangle n’a pas 4 côtés et que selon qu’on regarde le monde à trois ou quatre dimensions, si l’on peut dire, la figure change radicalement. Il serait temps que nos collègues opèrent la bascule, vivent résolument avec leur temps et acceptent de se rendre compte que nous sommes maintenant quatre à table.

redéploiement

Le vaste débat dans le monde des psys va se poursuivre, et il se terminera par la reconnaissance et confirmation pleine et entière de notre profession, à partir de celle de nos noms, institutions et qualités propres. Les décennies qui viennent verront se redéployer les forces et entités diverses dans la cadre de référence du Carré psy. Nos psychopraticiens relationnels sauront imposer leur réalité institutionnelle à l’opinion, qui la souhaite et accueille, et aux collègues, relevant d’organisations rongées par le ver du corporatisme. Un corporatisme, propre en particulier au malaise identitaire dans la fonction publique, qui, cumulé au dogmatisme d’École, nous réserve certainement encore des surprises, mais cette maladie devra finalement reculer devant notre détermination, les avancées de la recherche en sciences humaines cliniques où nous occupons toute notre place, et les légitimes besoins du public.

En attendant, prenez connaissance des thèses issues du monde de la Cause freudienne, ravie d’avoir empoché le bénéfice de ses forums et de sa courageuse action politique du temps de l’alliance de la Coordination psy, bénéfice confirmé à l’occasion du prévisible décrochage d’avec les ex psychothérapeutes.

Le GLPR nous voit désormais réunis entre nous, déterminés, et c’est à partir de lui que notre action concertée protège dorénavant notre profession rebaptisée et consolidée par nos diplômes et titres spécifiques. Qu’aura en définitive mis en place la loi pour les temps à venir ? Quel avenir réserve-t-elle réellement à la psychanalyse ? Nous œuvrerons à bien maintenir la nôtre de place, et à ne jamais nous écarter de la ligne consistant à rappeler que les tenants du processus de subjectivation restent objectivement proches et se distinguent ensemble du champ de ceux du Chiffre, de la médicalisation et du cognitivo-positivisme.

cf. également le texte de Vincent Benoist. }}


Voici une nouvelle pièce à verser au dossier du titre de psychothérapeute.

Le Professeur de Psychopathologie (Rennes 2) Jean-Claude Maleval nous donne son analyse mesurée et circonstanciée de la législation sur le titre de psychothérapeute.

Il fait valoir le trajet accompli depuis la première intention manifestée par le législateur en octobre 2003 qui ambitionnait, il convient de s’en souvenir, rien moins que de légiférer sur la pratique de la psychothérapie.

Il fait aussi l’état des lieux précis de la situation pour les psychanalystes et pour les psychologues, notamment cliniciens.

Jean-François Cottes


Le compromis du 20 mai 2010

Par Jean-Claude Maleval

Président du MUPP

Les indications de Jacques-Alain Miller ont prévalu

Le décret du 20 Mai 2010 est un compromis opéré par le Ministère de la Santé entre les intérêts des professions du champ psy et une volonté politique de prendre en charge la santé mentale. Sa promulgation apaise le public et les politiques, elle satisfait les psychiatres, pour lesquels rien ne change, elle révolte les psychothérapeutes (dans l’acception désormais obsolète du terme), elle mécontente les psychologues cliniciens, qui attendent les résultats d’un recours en Conseil d’État, quant aux psychanalystes, on peut constater, toutes Écoles confondues, qu’ils ne s’en plaignent guère. Dans l’ensemble ils y agréent sans enthousiasme. Pourquoi ? Parce que la nouvelle loi présente un certain nombre de points positifs les concernant. En fait, la rédaction du décret porte une marque prépondérante : celle des indications données par Jacques-Alain Miller au Ministère de la santé. Il est manifeste que celles-ci ont prévalu sur les autres. Celles du SIUERPP (Le Séminaire inter-Universitaire européen d’enseignement et de recherche en psychopathologie et psychanalyse (SIUERPP), fondé en 2001, par Pierre Fédida, à la présidence duquel lui ont succédé Roland Gori, puis Alain Abelhauser) et du MUPP Mouvement Universitaire pour la Psychanalyse, (3« ) pas très éloignées, sont elles aussi parvenues à se faire entendre (Le Nouvel Âne, septembre 2008, 9).

hommage posthume à Lacan

Ce ne fut pas en vain que des milliers de « psy » (4« ) se réunirent lors de plusieurs forums tenus à Paris, entre 2004 et 2009, à l’initiative de Jacques-Alain Miller et du magazine Le Nouvel Âne, pour protester contre une législation inspirée de l’amendement Accoyer. Un Ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy, s’y fit même applaudir, le 5 février 2005, en affirmant que « la souffrance psychique n’est ni évaluable, ni mesurable », et en faisant retirer le rapport de l’Inserm sur l’évaluation des psychothérapies du site internet du Ministère de la Santé. L’hommage rendu à Jacques Lacan dans son allocution n’est pas anecdotique. En effet, l’écho considérable des forums, amplifié par la publication du Nouvel Âne, est parvenu jusque dans les ministères, si bien que la législation française s’est infléchie jusqu’à rendre un hommage posthume à l’enseignement de Jacques Lacan, en maintenant une nette différence entre psychanalyse et psychothérapie, et en ne cédant pas sur le principe de l’analyse profane. Il convient tout particulièrement d’être reconnaissant à Jacques-Alain Miller d’être parvenu à faire saisir la pertinence de ces thèses à des politiques embarrassés par la complexité du problème, bien en peine de s’orienter dans la cacophonie des opinions des spécialistes, et fortement tentés dans un premier temps par des solutions sommaires.

Premier gain capital obtenu dès l’article 52 de la Loi du 9 août 2004 : la psychanalyse, après un siècle d’existence, se trouve pour la première fois reconnue par la législation française comme une discipline spécifique. Le décret confirme l’article 52. Ces deux textes indiquent nettement qu’un psychanalyste peut ne pas être psychothérapeute. La loi, soulignait Milner, dans le débat sur l’évaluation,permet tout ce qu’elle n’interdit pas expressément. La loi française actuelle ne résorbe pas la psychanalyse dans la psychothérapie. C’est un acquis considérable. Unique en Europe et peut-être même dans le monde. Second gain majeur.

des psychanalystes dans les CRA, le bonheur !

Le troisième aspect positif, inhérent au décret, réside dans le fait que les commissions d’agrément aux formations de psychothérapeutes(5« ) n’ont pas été livrées aux évaluateurs patentés de la Haute autorité de santé. Une formule très originale a été inventée pour l’occasion : des commissions composées de six membres dont deux psychanalystes. Là encore une place majeure et nouvelle est faite à cette profession. Jamais auparavant des psychanalystes n’avaient intégrés en tant que tels des commissions officielles chargées de délivrer des diplômes ou d’agréer des formations.

Deux Masters de psychanalyse

Quatrième point positif, le Master de psychanalyse est accrédité comme diplôme permettant l’accès à la formation de psychothérapeute. Si les psychanalystes en formation, non encore « annuairisés », devaient en passer à l’avenir par la case psychothérapeute, le statut des ni-ni (ni médecin, ni psychologue) serait ainsi préservé, dans la droite ligne de ce que Freud n’a cessé de défendre. Rappelons que le Master de psychanalyse le plus connu est celui de Paris 8 délivré par un département de psychanalyse, fondé par Lacan, dont Jacques-Alain Miller fut longtemps le directeur. (Il en existe un seul autre en France, celui de Montpellier 3, fondé par H. Rey-Flaud). Il faut rappeler que les Masters de psychanalyse peuvent contribuer à la formation des psychanalystes, mais qu’ils ne sauraient former des psychanalystes.

Cinquième acquis : la formation des psychanalystes n’est pas encadrée par la Loi, elle est laissée à la responsabilité des psychanalystes eux-mêmes. La loi accepte d’entériner celle-ci à la faveur de l’annuairisation attestée par le président de l’association. Dès lors, en ce qui concerne la psychanalyse, la nouvelle loi française s’avère conforme pour l’essentiel aux préconisations formulée par Freud quand il se prononçait à cet égard pour « une politique du laisser-faire« .

Ces cinq points cumulés semblent témoigner d’une confiance assez remarquable faite aux psychanalystes. La promulgation d’une loi qui respecte la spécificité de la psychanalyse dans le contexte d’une opinion publique plutôt favorable au dénigrement de celle-ci mérite d’être soulignée.

psychanalyste-psychothérapeute

Quelques aspects négatifs subsistent cependant dans la législation, qui pourraient par la suite s’avérer lourds de conséquences. Nul ne conteste que la formation des psychanalystes soit plus longue et plus complexe que celle des psychothérapeutes, or la loi demande au psychanalyste une formation complémentaire pour devenir psychothérapeute ! De surcroît il n’est pas exigé du psychothérapeute l’expérience de mutation subjective inhérente à la formation du psychanalyste. Il est paradoxal que la loi suggère que le psychanalyste–psychothérapeute serait plus compétent que le simple psychanalyste.

D’autre part, du point de vue du psychologue clinicien, la lecture des textes législatifs apparaît assez différente, beaucoup plus critique. Pour devenir psychothérapeute, il est demandé au psychologue clinicien une formation complémentaire de 150 heures en psychopathologie clinique, plus un stage de 2 mois, or sa formation à l’Université comporte déjà un nombre d’heures bien supérieur, et suppose des études plus approfondies en ce domaine, tandis qu’il a déjà dû effectuer plus de 5 mois de stages. La lutte des syndicats de psychologues contre cette disposition apparaît parfaitement légitime. M. Accoyer le reconnaît dans une lettre en date du 20 avril 2011 adressée au Ministre de la Santé. Au terme de plusieurs années de débat, il considère que la loi ne doit pas viser les « professionnels reconnus », il faut en déduire que son projet final cherche surtout à encadrer les psychothérapeutes, si souvent qualifiés par lui d’ « auto-proclamés« .

les actuels psychothérapeutes

Autre faiblesse de la loi : elle ne prend guère en compte la situation des actuels psychothérapeutes, qui constituent pourtant la famille la plus importante du champ psy par le nombre. Ceux qui ne parviendront pas à bénéficier de la clause du grand-père seront incités à contourner la loi, soit en déclarant faire du coaching, ou du conseil, voire en créant de nouvelles associations de psychanalystes. Une extension de la loi résoudrait-elle le problème ? Il faudrait alors se préoccuper des voyantes, des magnétiseurs et de diverses sortes de guérisseurs. La tâche du législateur risque d’être sans fin, sauf à verser dans un totalitarisme pire que ce à quoi il cherche à remédier.

faut-il déposer une demande ?

Après ces précisions, essayons maintenant de répondre à la question que beaucoup se posent : faut-il déposer une demande pour obtenir le titre de psychothérapeute auprès de l’Agence régionale de santé locale ? Cela afin bénéficier de la clause du grand-père pour les cliniciens qui possèdent plus de cinq ans « de pratique de la psychothérapie » ?

En ce qui concerne les psychanalystes, il me semble que l’attitude la plus appropriée consiste à souligner ce qui dans la loi n’est qu’implicite, à savoir qu’ils ne sont pas des psychothérapeutes. Par conséquent la démarche d’inscription sur le registre de ces derniers me paraît politiquement contre-productive. Reste le problème de la définition du psychanalyste : celui-ci doit être « annuairisé » pour exister légalement ? Or la loi ne précise pas la nature de « l’enregistrement régulier dans un annuaire d’association de psychanalystes ». Qu’est-ce qu’un annuaire de cet ordre ? Nul doute que celui d’une association reconnue d’utilité publique comme l’ECF entre dans ce cadre. En revanche, les annuaires des association locales de praticiens seront-ils considérés comme des annuaires d’associations de psychanalystes ? En outre quelle est l’extension de la notion d’association de psychanalystes ? L’association jungienne de « psychothérapie analytique » est-elle une association de psychanalyse ? La société française de psychanalyse adlérienne membre de l’International Society of Individual Psychology en est-elle une ? Il semble que tout cela soit laissé à l’appréciation des commissions régionales. Elles établiront sans doute une jurisprudence sur ce point dans les mois qui viennent.

Pour les psychologues cliniciens, et pour les ni-ni, il s’avère que de nombreux directeurs d’établissements publics et privés exigent maintenant la garantie du titre de psychothérapeute. Dès lors, pour ceux qui peuvent attester de cinq ans de pratique de la psychothérapie, il semble de leur intérêt de faire jouer la clause du grand-père et donc de déposer une demande (avant le 20 mai 2011).

Pour ceux qui ne possèdent pas cinq ans de pratique, mais un diplôme de médecine, de psychologie ou de psychanalyse, il leur faudra suivre 150 à 400 heures d’enseignements de psychopathologie clinique, et un stage de 2 à 5 mois dispensés par des formations qui seront sans doute bientôt mises en place (par qui ?) s’ils souhaitent obtenir le titre de psychothérapeute.

filtre poreux

Aucune illusion à se faire, en n’intégrant pas l’essentiel, à savoir la nécessité d’une expérience de mutation subjective comme principale garantie contre les dérives de la suggestion armée d’un savoir psychologique, la législation française n’instaure qu’un filtre poreux à l’exercice de la psychothérapie autoritaire. Elle procède à un habile tour de passe-passe en prétendant garantir une formation à la psychothérapie alors qu’elle n’exige que quelques études de psychopathologie. Dès lors, non sans raison, certains considèrent que c’est la pire des lois ; certes, à condition de préciser, excepté toutes les autres.

la loi n’a pas atteint son but

Il est indubitable que la loi n’atteint pas son but. Faut-il le déplorer ? La subsistance de vides juridiques n’est-elle pas nécessaire à la prise en compte sociale de la dimension inconsciente de l’humain ? Plutôt que de prôner le durcissement de la législation, ne vaut-il pas mieux entendre Freud quand il met en garde contre « un excès d’ordonnances et d’interdictions » ? « Cet excès, affirme-t-il, nuit à l’autorité de la loi. C’est un fait d’observation : là où il n’existe que peu d’interdictions, elles sont soigneusement respectées ; là où à chaque pas on se heurte à des interdictions, on éprouve bel et bien la tentation de passer outre. »

Rennes, le 3/05/2011

  • 1 Une fois en public, lors d’un rassemblement commun organisé par les psychothérapeutes relationnels, Jacques-Alain Miller a repris le terme de {Carré psy. Il convient de parler de champ psy si l’on veut rester dans l’espace régi par le triangle traditionnel des trois psys historiques, d’avant la survenue de la psychologie humaniste américaine et l’émergence de la psychothérapie relationnelle, qui fait passer de trois à quatre le nombre de protagonistes de base dudit champ psy, fondant le concept de Carré psy.
  • 2 Cela sans oublier que le seul cumul d’une formation de psychologue clinicien et d’une psychanalyse et/ou d’une psychothérapie relationnelle conséquente ne suffit pas. Nos Écoles agréées Affop exigent pour qualifier un psychopraticien relationnel cinq années de formation (2000 heures) spécifique. On peut imaginer des passerelles et des équivalences, mais pas n’importe comment. C’est précisément cela que la « bande des Trois » – à présent sous domination médicale, a toujours refusé. Elle a organisé et cartographié le territoire psy de telle façon que son quatrième terme soit exclu du bénéfice d’une conjonction Université-École (notamment par le biais de la Validation des acquis de l’expérience). Sinon, pourquoi ne pas avoir proposé dans la loi aux psychopraticiens relationnels d’effectuer leur cursus en psychopathologie aux côtés des psychologues cliniciens ? Il ne faut en rien reconnaître l’autre, désigné au mépris (corporatiste) sous la figure du charlatan (imaginaire médical) et de l’autoproclamé (volonté de méconnaissance de nos institutions réelles et de leur travail de fondation professionnelle).
  • 3 Fondé en 2003, par François Ansermet, Jacques-Alain Miller et Jean-Claude Maleval.
  • 4 Nous conservons la graphie originale, qui dit « psy » pour psys.
  • 5 Les commissions d’agrément en question sont habilitées à agréer les formations à la psychopathologie hors les murs de l’université, car la loi est formelle l’université ne doit pas avoir le monopole. Bien entendu on peut présenter son dossier, lorsqu’on est une école, quitte à se voir refuser l’agrément. Ainsi tout se passe sur le mode légal.

Sur le décret concernant les psychothérapeutes

Problématique de l’application de la loi vue par une organisation de psychologues psychanalystes

Nos ex alliés les psychologues freudiens (Cause freudienne, architecture Jacques-Alain Miller) publient une excellente analyse des grandes manœuvres en cours à propos de la revendication du nouveau titre de psychothérapeute. Seuls parmi les organisations de psychologues et psychanalystes, ils constatent au passage qu’aucun psychothérapeute ne siège dans les commissions chargées de valider les demandes à jouir du titre de psychothérapeute.

On lira attentivement à quoi ressemble la loi pour un psychologue psychanalyste. Notre métier de psychopraticiens relationnels exercé en libéral est quelque peu différent. Certains d’entre nous munis de la double casquette et désireux de protéger ce statut jouiront des délices administratifs et autres attachés à ce privilège. Les autres auront l’allure plus libre, dégagés des soucis de paramédicalisation, incertains seulement des réponses peut-être diverses selon les régions, qui seront fournies à leurs demandes grand-parentales au cas où ils seraient conduits à les formuler.

Nous ne disons rien ici des demandes d’homologation d’Écoles, il est encore un peu tôt pour en dire quelque chose.

Philippe Grauer


Michel Grollier est Maître de conférences et directeur du département de psychologie de l’UFR de Sciences humaines de l’université de Rennes II. Il nous donne une lecture très informée à la fois synthétique et détaillée de la question de l’application du décret sur les psychothérapeutes. C’est une lecture de l’intérieur du processus, la première que je lis, puisqu’il fait partie d’une des commissions.

Grâce à lui on y voit plus clair sur la clause du grand-père, sur la CRI et sur la CRA, mais aussi sur les enjeux de la question.

En outre cet avis autorisé, s’il en est, nous est donné sur un ton qui arrive à rendre plaisant le parcours de ces arcanes administratives. Une performance.

Jean-François Cottes


Ou : ça va être coton


Par Michel Grollier

Directeur du département de psychologie de l’UFR Sciences Humaines (Rennes II)

Cette histoire de psychothérapeute provoque des mouvements divers, parfois étranges, et fait sortir du bois pas mal de monde !

La dernière lettre ouverte aux psychologues pratiquant la psychothérapie faite par l’association psychologues aujourd’hui en Maine et Loire, paru dans le journal des psychologue et diffusé largement dans le champ universitaire, est typique : beaucoup de confusions, quelques erreurs, et la revendication d’une formation à la psychothérapie encadrée par le monde médical…

Elle montre l’ambivalence d’une profession, qui, avec le signifiant clinique, pensait se mettre à l’écart. J’ai longtemps travaillé comme psychologue dans le champ psychiatrique, avant de participer à la formation universitaire des psychologues. Et bien j’aurais du mal à définir cette profession, même si je considère qu’elle a su rendre un service conséquent à notre société… J’ai de même participé aux différentes réunions entre universitaires et syndicats, notamment à Paris en décembre, et je peux dire que les avis sont pour le moins dispersés…

Il est clair que l’éthique d’une pratique clinique exige une formation, formation qu’un grand nombre a trouvée auprès d’une association ou école de psychanalyse. Enfin, un grand nombre, je ne peux l’affirmer.

Deux évènements

Actuellement donc, suite aux différents textes, deux évènements se profilent.

Une période transitoire de un an (à partir du décret de Mai 2010), pendant laquelle les professionnels ayant une formation en psychopathologie (mais pas obligatoirement de titre ou diplôme, à l’appréciation des commissions) et surtout une expérience d’au moins cinq ans dans le champ de la santé ou du social (voire en libéral) peuvent demander le titre a une commission ad hoc constitué par les ARS (les candidats seront essentiellement des psychologues, mais parfois des médecins ou des titulaires d’un des masters de psychanalyse – Paris 8, Paul Valéry Montpellier 3, voire des psychothérapeutes qui auront bien du mal à se faire adouber par les commissions). Ils obtiendront le droit d’être inscrit sur le registre national des psychothérapeutes.

Habilitation des instituts de formation

L’autre événement est la mise en place des commissions ARS devant statuer sur les demandes d’habilitation des instituts de formation de psychothérapeute. Attention, il ne s’agit pas de formation à la psychothérapie mais de la formation de psychothérapeute, de ceux qui porteront le titre et pourront s’inscrire sur le registre national des psychothérapeutes.

En effet le texte ne légifère pas sur la pratique psychothérapeutique mais sur le titre de psychothérapeute, qui pour l’instant n’a pas d’exercice réservé (ne serait-ce que parce que les psychiatres ont droit de fait à cet exercice).

Le problème qui se posera d’ici quelques années (le temps que les premières promotions de psychothérapeute arrivent sur le marché du travail) concernera les profils de postes que pourront proposer les institutions à vocation thérapeutiques (CMP, CMPP, etc.). Dans quelle mesure les directeurs préfèreront des psychothérapeutes en titre à des psychologues (notamment), connaissant la pression du public sur les éventuelles conditions de moyens dont doivent se doter les institutions pour garantir leur offre de soin ?

Enfin, dans quelle mesure les nouveaux diplômés (en l’état actuel, ceux qui ont moins de cinq années de diplôme) souhaiteront faire cette formation complémentaire pour tenter d’assurer leur recherche d’emploi? Sachant que certains pourront bénéficier d’une réduction sur l’enseignement en fournissant une liste d’enseignement en psychopathologie validé à l’université. Mais sans oublier que la plupart des formations proposées seront payante, et relativement chère (cf. les formations dans d’autres pays, en Italie par exemple!).

Le gouvernement supposait que les universités, médecine ou psychologie, prendraient en charge en grande partie ces instituts. Je peux dire, contrairement à ce que certains affirment, que peu de département ou UFR de psychologie envisagent cela. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en aura pas, mais cela va à l’encontre de la position historique de ces départements et UFR vis-à-vis de l’acte thérapeutique et son enseignement.

De même si quelques UFR de médecine envisagent ces instituts, cela reste pour l’instant réduit. En fait, tout le monde s’observe, guettant qui partira le premier ! Il existe l’exemple de l’École pratique des hautes études en psychopathologies (EPHEP de Paris). Cet institut privé, dont le doyen est Charles Melman, et qui est soutenu par l’ALI (Association lacanienne internationale) se dit prêt pour demander l’agrément, et se présente comme une possible référence. Cela nous donne déjà une idée du prix, 1000 euros par an sur deux ans pour les étudiants, et 1500 par an pour les professionnels. Donc de deux mille à Trois mille euros pour l’instant. Mais sachez que cela pourra être plus cher, allez voir pour cela les sites de nos collègues italiens !

Dernier point, comment les ARS constituent les commissions ? Eh bien d’abord en s’adressant préférentiellement à des universitaires ! Chacune des commissions comprend six membres titulaires et six membres suppléants.

La CRA

Pour la commission régionale d’agrément des instituts, elle est composée de six personnalités qualifiées titulaires et de six personnalités qualifiées suppléantes.

Ces personnalités sont nommées pour trois ans par le directeur général de l’agence régionale de santé qui les choisit en raison de leurs compétences dans les domaines de la formation et de leur expérience professionnelle dans le champ de la psychiatrie, de la psychanalyse ou de la psychopathologie clinique, sans qu’aucune des trois catégories de professionnels mentionnées au cinquième alinéa de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 susvisée ne soit majoritaire au sein de la commission.

Parmi ces personnalités, siègent deux professeurs des universités spécialisés en psychiatrie, psychologie ou psychanalyse.

Le directeur général de l’agence régionale de santé désigne le président de la commission.

Le mandat des membres de la commission est renouvelable une fois.

La consultation des membres de la commission peut intervenir par tout moyen approprié permettant leur identification et leur participation effective à une délibération collégiale, satisfaisant à des caractéristiques techniques permettant leur transmission continue et simultanée et garantissant la confidentialité des votes lorsque le scrutin est secret.

Je peux dire qu’en Ille et Vilaine, j’ai été sollicité en tant que psychologue, psychanalyste et surtout directeur du département de psychologie. Cela m’a permis d’orienter l’ARS vers le professeur Jean Claude Maleval, qui a aussi accepté, et a proposé le professeur Laurent Ottavi, qui a aussi accepté (il fallait deux professeur en psychopathologie). Enfin un autre collègue, psychiatre, psychanalyste a aussi été contacté en tant que responsable de l’association locale des psychiatres. Nous sommes donc quatre titulaires de cette commission à nous connaître un peu, mais je pense que les deux autres titulaires ne seront pas non plus des inconnus. Et nous sommes aussi suppléants dans la commission d’inscription. De fait l’ARS de notre région s’est rabattue sur les signifiants institutionnels basiques, université et associations professionnelles.

La CRI

Pour la commission régionale d’inscription, qui doit traiter dans un premier temps les demandes transitoires, elle comprend six personnalités qualifiées titulaires et six personnalités suppléantes, appartenant à l’une des trois catégories mentionnées au cinquième alinéa de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 susvisée, et nommées par le directeur général de l’agence régionale de santé qui les choisit en raison de leurs compétences dans les domaines de la formation et de leur expérience professionnelle dans le champ de la psychiatrie, de la psychanalyse ou de la psychopathologie clinique, sans qu’aucune de ces trois catégories de professionnels ne soit majoritaire au sein de la commission. Ses membres sont nommés pour une durée de trois ans renouvelable une fois.

Les frais de déplacement et de séjour de ses membres sont pris en charge dans les conditions prévues par la réglementation applicable aux fonctionnaires de l’Etat.

La commission s’assure que les formations précédemment validées par le professionnel et son expérience professionnelle peuvent être admises en équivalence de la formation minimale prévue à l’article 1er et, le cas échéant, du diplôme prévu à l’article 6. Elle définit, si nécessaire, la nature et la durée de la formation complémentaire nécessaire à l’inscription sur le registre des psychothérapeutes.

Le professionnel est entendu par la commission s’il en formule le souhait au moment du dépôt de son dossier ou à la demande de la commission.

La consultation des membres de la commission peut intervenir par tout moyen approprié permettant leur identification et leur participation effective à une délibération collégiale, dans les mêmes conditions que celles prévues à l’article 10.

Je rappelle les trois catégories professionnelles concernées pour constituer la commission : psychiatrie, psychanalyse, psychopathologie clinique… Aucun psychothérapeute donc pour l’instant dans ces commissions ! [C’est nous qui soulignons. Note du Cifp] Et les professionnels sont censés être pressentis en raison de leurs compétences dans les domaines de la formation (d’où la présence massive d’universitaires) et de leur expérience professionnelle dans le champ de la psychiatrie, de la psychanalyse ou de la psychopathologie clinique. Vous comprendrez pourquoi les responsables des ARS, qui sont des administratifs, se rabattent sur les institutions basiques que sont les universités ou les associations professionnelles avec lesquelles elles négocient habituellement ! Je ne connais pas encore le détail de la composition de cette commission dans notre région, mais je pense que les mêmes critères ont prévalu.

un changement dont nous ne pouvons anticiper les conséquences

En fait nous sommes à l’orée d’un changement dont nous ne pouvons anticiper les conséquences. Cela dépendra des acteurs, professionnels, politiques et économiques, puisque les enjeux sont aussi de cet ordre. Mais cela prendra quelques années. À nous de définir une position politique qui puisse servir de point d’appui aux décisions de chacun.

Petit plus !

En supplément je vous fournis le tableau des dérogations qui concernent les heures pédagogiques et les stages dans les instituts de formation :

Étant donné qu’il faut un doctorat en médecine, un master en psychologie ou en psychanalyse la plupart des candidats bénéficient d’une dispense.

La base est un minimum de 400 heures de cours et cinq mois de stage (temps plein), cela correspond, pour donner une idée, à une année universitaire et demie, minimum. Reste à savoir que cette base est destinée à ceux qui ne bénéficient pas de dérogations. Donc ceux qui ont un master mention ou spécialité psychanalyse sans être inscrit comme analyste, ou ceux qui ont un master de psychologie sans le titre de psychologue (n’ayant pas la licence de psychologie donc).

Les psychiatres sont donc totalement dispensés.

Les psychologues ayant une formation en psychopathologie clinique : 150 heures de cours minimum et deux mois de stages (TP), donc environ une année universitaire

Les médecins 200 heures de cours et deux mois de stage (TP), idem.

Les psychanalystes régulièrement inscrit dans des annuaires professionnels, 200 heures de cours et deux mois de stage (TP), idem.

Les psychologues sans formation en psychopathologie clinique, 300 heures de cours et cinq mois de stage (TP) donc environ deux années universitaire.

Dérogations

Ces dérogations s’articulant sur les quatre grands axes d’enseignements qui sont :

– Développement, fonctionnement et processus psychique (100 h).

– Critères de discernement des grandes pathologies psychiatriques (100 h).

– Théories se rapportant à la psychopathologie (100 h).

– Principales approches utilisées en psychothérapie (100 h).

Sachant que la dérogation peut scinder des thèmes, par exemple pour les psychologues ayant une formation en psychopathologie clinique, il est demandé : cinquante heures sur les critères, cinquante heures sur les théories et cinquante heures sur les approches !

Cela va être coton de mettre en place des promotions et de conserver une apparente unité à tout ça !!!

Psychologues freudiens : pratique aux CMPP menacée

Nous avons combattu côte à côte, du temps de la Coordination psy, des années durant avec les psychologues freudiens (affiliés à la Cause freudienne) contre la loi Accoyer. Nous restons intéressés par leur combat sur le lieu de leur travail, en institution hospitalière et hospitalo pédagogique. Ce document permet de mieux comprendre leur spécificité et le sens de leur combat pour une pratique restée inspirée par la psychanalyse dans les institutions de secteur.

Nos psychopraticiens relationnels travaillent différemment et en cabinet privé pour la plupart. Ceux qui y ont accès peuvent demander le bénéfice du titre de psychothérapeute, qui leur permet de continuer un travail en institution.

{On comprend mieux, si on rapporte ce texte à la figure du Carré psy, la nature de la diversité de nos professions, clairement distinctes.

Nous restons attentifs à la militance pour une pratique humaniste fondée sur le principe de la dynamique de subjectivation, qu’ils conduisent sur leur terrain propre, et solidaires de leur lutte, le Carré psy souffrant dans son ensemble dès qu’il est menacé sur un de ses côtés, n’importe lequel. }

Philippe Grauer


jeudi 28 avril 2011

Voici donc le trois-centième Instantanés .

C’est un appel à la mobilisation contre l’entreprise en cours de la normalisation des CMPP. Nous le devons à Frédérique Bouvet. Dès le jeudi 4 mars 2004 la question des CMPP avait fait l’objet de l’Instantanés n°5.

C’est aussi un appel en faveur du maintien de la possibilité pour les équipes de chaque CMPP de déterminer son orientation de travail et les modalités de sa mise en oeuvre.

On se souvient que l’orientation psychanalytique a été présente quand, dans l’immédiat après-guerre, les CMPP ont été portés sur les fonts baptismaux. Elle y reste largement représentée aujourd’hui. Jusqu’à quand ?

Vous pourrez lire une introduction par Frédérique et un texte émanant du CMPP de Laval (Mayenne).

Jean-François Cottes


Appel à la mobilisation

Par Frédérique Bouvet

Jusqu’en 2003, les CMPP – Centres médico psycho pédagogiques – étaient représentés par trois associations qui constituaient la Fédération des associations nationales des CMPP. En 2004, l’association des CMPP territoriaux est venue rejoindre la Fédération. En 2009, ces associations ont décidé de créer une association unique, la FDCMPP (fédération des CMPP). Fin 2010, un mail provenant de la FDCMPP a été adressé dans les CMPP indiquant qu’il paraissait « important qu’une réflexion soit menée dans les CMPP au sujet de l’Annexe 32 », Annexe qui régit les CMPP. Y étaient joints, le texte de l’Annexe 32 ainsi que celui réalisé par la commission Annexe 32 de la FDCMPP. Il était aussi indiqué que chaque CMPP pouvait travailler seul ou en groupe régional s’il était constitué. Cette réflexion devait s’appuyer sur un travail en groupe régional ou interrégional.

Contactant des collègues travaillant dans d’autres CMPP, nous avons constaté que si le mail était bien parvenu, il était resté pour la plupart dans les bureaux des directeurs administratifs qui bien souvent font partie de l’Éducation nationale. Ce que propose la commission Annexe 32 est choquant : standardisation des CMPP, « Pratiques validées par la communauté scientifique » et les CMPP comme « centre de ressources » notamment pour l’Éducation nationale.

En févier 2011, la FDCMPP a rencontré Madame Montchamp, Secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Solidarités et de la cohésion sociale pour lui demander la réécriture de l’Annexe 32. Le CMPP de Laval a donc écrit un texte à ce sujet et l’a transmis à la déléguée régionale de la FDCMPP.

Si les ARS – Agences régionales de la Santé – se demandent ce qui différencie les CMPP des CMP (Centre Médico-psychologique), pour autant les CMPP doivent-ils devenir « Centres de ressources » pour l’Éducation nationale ? Les postes détachés de l’Éducation nationale dans les CMPP sont remis en question pour des raisons budgétaires en témoigne la pétition de la FDCMPP cette semaine. Ces postes sont à défendre comme tous ceux des praticiens travaillant dans un CMPP. Pour rappel, tous les CMPP n’accueillent pas non plus du personnel de l’Éducation nationale. L’Annexe 32 est très précise sur ce point-là.

Il est urgent de se mobiliser.

Le plus simple est d’envoyer les écrits à chaque représentant régional de la FDCMPP qui sont bien connus des directeurs des CMPP.


Réflexions au sujet d’une « probable réécriture » de l’Annexe 32

Les travaux d’une commission « Annexe 32 » de la FDCMPP nous sont parvenus, et, après une lecture attentive du travail réalisé par celle-ci, nous souhaitons lui adresser quelques remarques.

Avant tout, nous nous demandons ce qui, pour la commission et la FDCMPP, rend « probable » une réécriture prochaine de l’Annexe 32. Celle-ci encadre le fonctionnement des CMPP, et le fait qu’elle n’ait pas été modifiée jusqu’alors nous paraît démontrer sa pertinence.

Nous souhaiterions également savoir qui participe à cette commission, afin de transmettre à ses membres nos préoccupations, le document qui nous est parvenu n’étant pas signé.


Quatre points cruciaux ont particulièrement retenu notre attention : ils remettent nettement en question l’efficacité de l’annexe 32 : celle-ci permet que, si tous les CMPP sont régis par l’Annexe 32, chaque CMPP ait son fonctionnement propre, sous responsabilité médicale. Le texte actuel est assez souple pour que le fonctionnement des CMPP ne soit pas fixé à un modèle standard.

Premièrement

Les points 5 et 6, concernant la composition d’une équipe de CMPP, ne tiennent pas compte des spécificités et de la pluralité des choix institutionnels : ainsi tous les CMPP ne souhaitent pas faire appel à des psychopédagogues, par exemple. Quant à la codirection médicale, pédagogique et administrative, elle est actuellement une possibilité offerte par l’Annexe 32, mais non une obligation : les CMPP qui le souhaitent, conservent une direction médicale, qui assume également la direction administrative, sans nécessairement faire institutionnellement le choix d’une codirection, médicale d’une part, et pédagogique et administrative, d’autre part. Il y a sur ce point une diversité des pratiques qui n’est pas prise en compte dans les travaux de la commission.

Deuxième point

vous notez, aux points 4 et 5, la diversité des orientations théoriques. Nous constatons également qu’il n’y a pas de CMPP standard, et que chaque CMPP a la responsabilité de décider de son orientation théorique. L’Annexe 32 permet cela, et garantit cette « ouverture à la diversité des champs théoriques et des pratiques » que la commission appelle de ses vœux. Pourtant, cette même commission préconise que les pratiques soient « validées par la communauté scientifique ».

Nous pensons que c’est un leurre de croire que les pratiques cliniques puissent être validées par « une communauté scientifique ». Il y a des précédents, quant à ce à quoi peut mener une telle croyance : l’INSERM a publié en février 2004, un rapport intitulé « Psychothérapies, trois approches évaluées », présenté comme un ouvrage d’expertise collective, scientifique. Or, les méthodes de validation des pratiques utilisées par « la communauté scientifique » ont été dénoncées, et le rapport, retiré.

La neutralité de l’Annexe 32 est précieuse : elle permet la diversité des orientations théoriques, en faisant appel à la responsabilité des praticiens, et non à une standardisation des pratiques par « la communauté scientifique ».

Troisièmement

La commission note au point 7 : « Historiquement, les CMPP sont nés du pari qu’un travail articulant soins et apprentissages scolaires est possible (…) Cet intérêt est toujours d’actualité et est même réactivé avec la loi du 11 février 2005 et l’accompagnement en milieu ordinaire des élèves en situation de handicap ou à besoins spécifiques ». C’est effectivement essentiellement l’école qui adresse des enfants, des adolescents au CMPP, souvent pour des difficultés d’apprentissages scolaires, ou bien de comportement. Nous souhaitons insister, comme le fait d’ailleurs la commission en préambule, sur le libre accès au CMPP. Nous rappelons également que les consultants ont la possibilité de choisir le praticien qu’ils souhaitent rencontrer. Cela conditionne directement notre pratique : en effet, si c’est à la demande de l’école que nous recevons des enfants, des adolescents et leurs familles, ce n’est pas la demande scolaire que nous traitons, mais celle du sujet, qui témoigne à chaque fois différemment de ce qu’il rencontre comme difficulté, dans son lien social, dans son rapport aux apprentissages, dans sa famille, dans le plus singulier du rapport à lui-même.

Quatrièmement

« (…) Le projet du CMPP articulé autour des pôles médico-psychologiques et psychopédagogiques peut prétendre à une double orientation de son travail : l’une centrée sur l’enfant sous forme de soins en cure ambulatoire telle que décrit dans les points précédents. L’autre où le CMPP doit pouvoir être considéré comme un centre de ressources en particulier pour l’éducation nationale : travail avec les équipes et ateliers relais, participation à la formation continue des personnels de l’éducation nationale, des AVS, participation à la formation initiale de professionnels en particulier en accueillant des stagiaires, aide ponctuelle aux équipes en crises, conduites de groupe d’analyse de la pratique, organisation de groupes de réflexions, de Séminaires, de journée d’études etc. Que ce soit à propos d’un travail centré sur l’enfant ou dans son rôle de centre de ressources, le CMPP travaille en réseau avec ses partenaires, en particulier l’éducation nationale (dans le cadre si possible de conventions) mais aussi avec ceux des champs du social, du médico-social, du sanitaire, de la prévention et de la protection de la jeunesse. »

Tous les CMPP ne peuvent être considérés comme un centre de ressources pour l’éducation nationale qui a déjà ses professionnels : enseignants, psychologues scolaires, rééducateurs etc. Les CMPP ne sont pas là pour pallier aux manques des autres institutions. C’est à chaque CMPP de déterminer à la fois son orientation de travail et s’il souhaite ou non passer des conventions avec l’éducation nationale. Cette dernière n’est pas non plus, le seul partenaire des CMPP. Être partenaire ne signifie pas être prestataire de services.

Il est nécessaire que chaque CMPP garde sa spécificité, sa liberté afin de pouvoir continuer à réfléchir sur les patients accueillis, sur les missions du CMPP, sa place dans la cité et le nouveau qu’il rencontre.

Pour conclure momentanément, chaque CMPP doit pouvoir déterminer les modalités d’accueil et de « prises en charges » des enfants, des adolescents.

Février 2011

Pour le CMPP de Laval (53)

Frédérique Bouvet

Sébastien Disdet

Psychologues

Psychiatrie – Non au projet de loi sécuritaire

[Image : Sans titre]

http://collectifpsychiatrie.fr

& ici-même :

http://www.cifpr.fr/+psychiatrie-familles-obliger-en+

http://www.cifpr.fr/+Le-pouvoir-soignant-dans-tous-ses+

http://www.cifpr.fr/+psychiatrie-meeting-national+

http://www.cifpr.fr/+Psychiatrie-deraison-d-Etat+

http://www.cifpr.fr/+psychiatrie-troubles-mentaux+

http://www.cifpr.fr/+Reforme-de-la-psychiatrie-ou-se+

Le 10 mai

Toutes et tous devant le Sénat

Pour obtenir le retrait du projet de loi sécuritaire

Le projet de loi sécuritaire visant la psychiatrie sera débattu au Sénat le 10 mai

Nous devons imposer son rejet !
Nous pouvons obtenir son retrait !

Depuis son annonce, l’opposition à ce projet ne cesse de s’amplifier. Grâce à votre mobilisation avec les 39 contre la nuit sécuritaire, la plupart des syndicats de personnels et de psychiatres, les syndicats de magistrats, ont exprimé leur refus de cette loi ainsi que l’ensemble des partis et groupes parlementaires d’opposition. Un certain nombre de sénateurs du Centre ou de l’UMP ont également exprimé leur réticence à soutenir ce texte.

Nous avons été reçus par la présidente de la Commission des affaires sociales qui nous a également exprimé son extrême réticence devant ce projet de loi et son accord avec quasiment toutes nos objections .

L’avis défavorable de la très officielle Commission nationale consultative des Droits de l’Homme va dans le même sens : cette loi est inutile, dangereuse, ségrégative.

Après le succès des mobilisations du 15 mars devant l’Assemblée Nationale et du 9 avril devant la statue de Pinel, une nouvelle journée d’action est prévue le 10 mai
.

Cette journée sera décisive: tous devant le sénat le 10 Mai

Son succès dépendra de votre engagement.

Le 10 mai, par votre mobilisation, vous pouvez, nous pouvons obtenir le retrait de ce projet de loi ! diffusez cet appel autour de vous.


Cela fait longtemps que nous accueillons sur notre site la campagne des 39. En soulignant que « les psychiatres » ça ne veut pas dire grand chose, il s’agit plutôt avec les 39 de psychiatres psychanalystes. Nombreux furent ceux parmi eux – à l’exception notable des psychiatres de la Cause freudienne – qui n’ont pas levé le petit doigt lorsque s’est ouverte la chasse aux charlatans visant à nous éliminer puis à profiter de la situation pour déloger la psychanalyse.


Nous nous sommes toujours portés solidaires de leur juste mouvement, mieux vaut tard que jamais. Le Carré psy ne saurait encaisser de mauvais coups en aucun de ses côtés sans que cela retentisse sur le reste de sa structure, donc aussi sur nous, psychopraticiens relationnels, puis sur ceux qui s’adressent à nous en définitive. Ensuite il est légitime de refuser l’inhumaine confusion entre autorité sécuritaire préfectorale et autorité médicale, avec dernier mot à la préfecture, cela s’appelle sécuritarisme et conduit à la mise en danger de la citoyenneté, envers les plus faibles pour commencer, comme toujours, envers ceux qui ont le plus besoin de protection et de soin, les malades mentaux.

Philippe Grauer

Hôpital, Éducation nationale : « rentabilité » non rentable !

Positivisme, religion du Chiffre, évaluation, idéologie de la gestion appliquée à la société et l’État.

« La santé est un coût non « pilotable » et non quantifiable« (voir ci infra note 1), comme l’éducation. À l’École comme à l’hôpital, lieux d’accueil, de relation et d’humanité par définition, l’idéologie scientiste, gestionnariste, la religion du Chiffre et la pratique de l’Évaluation (avec majuscules car il s’agit d’entités métaphysiques, quasi divinités qu’on nous propose d’idolâtrer), déshumanisent le tissu institutionnel humain autour de nous, remplacé à l’occasion par un corset sécuritaire comme avec la nouvelle loi sur la psychiatrie. Le tout dans l’oubli – eh oui, l’oubli est une activité à part entière – de la psychanalyse et de la psychothérapie relationnelle fondée sur la psychologie humaniste. On trouve trace de tout cela ramassé journalistiquement dans le billet de Sophie Peters. Marx n’est pas si loin, si les références qui fâchent ne sont jamais nommées – il ne faut pas non plus faire trop culturel, on est à Tribune : ni Marx donc ni Freud ni Abraham Maslow. Lissé, limité, cela se présente comme une méditation morale. Pour approfondir on lira le Raisons de la colère de Vincent de Gaulejac, auteur dont on peut trouver ici même trace d’une communication récente. Sur les ravages de l’évaluationisme on se reportera utilement à Élisabeth Roudinesco dans Le patient, le thérapeute et l’État.

Philippe Grauer


Par Sophie Peters

Les services publics sont désormais minés par cette nouvelle religion du chiffre. Or leur raison d’être est de produire des richesses et non du profit.

Après avoir mis l’hôpital sous la toise de la rentabilité, c’est bientôt l’Éducation nationale qui se verra octroyer une prime aux résultats. Les chefs d’établissement seront récompensés en fonction des performances de l’établissement et de l’application des orientations politiques. « Un système éducatif moderne est un système qui cherche à améliorer ses performances a expliqué le ministre de l’Éducation nationale, Luc Chatel à la radio, comme cela existe dans l’immense majorité des entreprises de notre pays. » Depuis plusieurs années, le service public opère un virage serré vers les modes d’organisation du privé sur la base d’un seul et même critère : la rentabilité et son corollaire, l’évaluation. Les dégâts humains qui ne sont apparus pour l’instant que sporadiquement, et comme sans réel hasard dans les ex-entreprises publiques passées à la moulinette du management anglo-saxon, risquent de se propager au corps social. « Ce qui fait un bon professeur, c’est l’amour du savoir et de la transmission. À considérer l’être humain comme une ressource, on l’épuise. On ne peut plus transmettre si la performance occupe le terrain. Monétiser le dévouement, c’est méconnaître l’essence de l’engagement de l’individu enseignant ou soignant. Il vaudrait mieux leur faciliter leurs conditions de travail plutôt que de leur donner une carotte », tempête Michela Marzano, philosophe, professeur des universités à Paris Descartes et auteure du Contrat de défiance.

En route, il a été oublié le fossé psychosociologique qui sépare ces deux mondes au détriment des personnes qui y travaillent. Introduire une idéologie du profit et du business dans des organisations rigides dont le but n’a jamais été de gagner de l’argent risque à terme de dévoyer leur but. La gestion du travail et la politique du chiffre entraînent la démobilisation, le découragement et la passivité de salariés désireux de s’investir dans ce qu’ils font, d’agir en conscience et de rendre service à autrui. Le docteur Davor Komplita (1« )
, psychiatre spécialiste de la souffrance au travail, constate que la pression de ce résultat mise sur ces personnels génère ce qu’il appelle « la fraude loyale et l’obéissance déloyale ». « La plupart sont amenés à désobéir avec les procédures pour que cela marche ou à obéir jusqu’à l’absurde en appliquant les règles à l’extrême. Lorsque vous dégradez la loyauté, vous amenez les professeurs à ne plus faire de sortie de classe. C’est une sorte de corruption sans corrupteurs. »

Ce système, nous l’avons emprunté aux États-Unis où l’entreprise et le travail sont vécus comme des opportunités. En France, le monde du travail est un microcosme de la société où se jouent des rapports de force sociaux et politiques. L’idéologie managériale est un tissu de faux amis. Aux États-Unis on a des convictions, en France des missions. D’où l’importance, chez nous, cruciale, des valeurs dans le travail. Moralité : l’équation entre contribution et rétribution doit être remise en question. « Le management des entreprises a servi de brouillon à un système où bientôt toutes les activités seront calibrées comme dans des machines, c’est une invasion conceptuelle qui repose sur une aliénation culturelle du chiffre », estime le Dr Komplita.

Les services publics sont désormais minés par cette nouvelle religion du chiffre. Or leur raison d’être est de produire des richesses et non du profit. « La marchandisation des fruits du travail détruit les valeurs implicites du travail. Car quand je travaille, je me construis et j’y laisse une part de mon existence », relève le psychiatre. À l’inverse, s’il s’agit de créer de la richesse, on entre dans une autre dimension : celle de la beauté, du service rendu et des règles de métier de la « bien facture ». Mais le travail est une œuvre d’émancipation à condition qu’il soit reconnu par la société et les pairs. S’il est déterminé par la statistique, sa valeur est alors niée tout comme la valeur de vie, au risque d’amener les gens à faire du mauvais travail. « Aucun problème ne peut être résolu sans changer le niveau de conscience qui l’a engendré », disait Einstein. Pour résoudre les conséquences complexes du monde que nous avons créé, il faut changer le niveau de conscience. Renoncer à la rentabilité pour embrasser la richesse.

La Tribune.fr – 15/04/2011

  • 1 La souffrance au travail, donnée humaine ou économique ? On rencontre toujours des patrons de bonne volonté, comme au XIXème siècle les chrétiens sociaux, pour humaniser l’inhumain : »La santé est un coût non « pilotable » et non quantifiable ». Immense problème. Qu’on en juge par cet article. PHG

    Le Temps.
    Psycho vendredi 8 mai 2009

    La santé psychique au travail, enjeu central pour les entreprises

    Par Marion Moussadek

    La crise mine le moral des employés. Des experts en RH et en politique de santé se sont réunis à Genève pour débattre de nouvelles approches. Le Centre suisse d’électronique et de microtechnique est cité en exemple

    Monsieur « Dumont » est cloué au lit. Une grippe l’empêche d’aller travailler. Un mauvais moment à passer pour cet ingénieur senior. Mais un rayon de soleil lui rend momentanément le sourire: il vient de recevoir des fleurs pour la première fois de sa vie. Le bouquet a été envoyé par son employeur, le Centre suisse d’électronique et de microtechnique de Neuchâtel (CSEM), auquel il est dévoué depuis des années. Le CSEM lui souhaite un prompt rétablissement et Monsieur Dumont en est encore ému.

    La politique de ressources humaines du CSEM est avant-gardiste: une partie du département est dédiée au bien-être de ses employés. La société a présenté ses actions lors d’un séminaire intitulé «Pour une approche systémique de la santé en entreprise», organisé à Genève par l’Association suisse des cadres, le 29 avril dernier.

    Le bouquet de fleurs en cas de maladie, comme la boîte de chocolats envoyée à chaque anniversaire ne sont que deux des mesures bienveillantes à l’égard des collaborateurs, destinées à soigner leur moral et à les fidéliser. Les 400 employés issus de 30 pays ont également un horaire taillé sur mesure: un temps complet peut, par exemple, être effectué en quatre jours de 8h à 20h. On compte 16% de temps partiel chez les hommes et plus de 61% chez les femmes. Les collaborateurs répartissent leur temps de travail à leur convenance depuis l’essai pilote de «job sharing» concluant de 2003. Ils peuvent aussi travailler à distance sur demande (télétravail).

    Résultat: le taux d’absentéisme a plongé à 1, 2% contre 5% auparavant et le taux de rotation après un congé maternité est de… 0%. Les efforts pionniers du CSEM ne sont pas passés inaperçus: lauréat du Prix suisse de l’éthique en 2005, il a également reçu le Prix de l’équité en 2008.

    A la tête de cette politique d’ouverture, Anne-Marie Van Rampaey, épaulée par sa direction: «Les entreprises prennent des risques chaque jour, sauf pour satisfaire leurs employés. C’est insensé, quand on y pense!» Et de prêcher par l’exemple: «Nous avons un ingénieur spécialisé qui habite à Carouge (GE) et fait les allers-retours jusqu’à Neuchâtel tous les jours depuis de nombreuses années. Nous avions peur de le perdre, car son savoir-faire est difficilement remplaçable. Nous avons mis en place un jour de télétravail sur mesure pour lui, après avoir informatiquement sécurisé son logement. Ainsi, un jour par semaine, il prend le petit déjeuner avec sa famille et sa femme est ravie.»

    Politique exemplaire

    Tous les intervenants du séminaire – experts en ressources humaines, psychiatres, formateurs en entreprise – et le public, composé essentiellement de conseillers RH, se sont accordés à dire que cette politique était exemplaire. Et d’autant plus nécessaire que le contexte actuel rend impérieux le besoin de chouchouter les collaborateurs.

    C’est notamment l’opinion de Davor Komplita, psychiatre spécialiste en santé au travail: «C’est en entreprise que les besoins en psychiatrie deviennent les plus aigus. Depuis la crise financière, les peurs et les souffrances au travail ne prennent-elles pas l’aspect d’une «psychose collective»? En deux ans, mon attitude face à l’arrêt maladie a changé. Avant, je considérais qu’arrêter un patient n’allait pas le guérir. Aujourd’hui, c’est le travail qui le rend malade. Dans ce cas, je prescris un arrêt maladie. J’estime que 30% de mes consultations à Genève sont liées à des catastrophes personnelles sur le lieu de travail, alors qu’avant, j’écoutais surtout des histoires de couple.»

    Fabien de Geuser, professeur à l’Ecole supérieure de commerce de Paris, cite un exemple issu de la crise économique et financière actuelle: «Jérôme Kerviel (ndlr: le trader à l’origine de la plus grosse perte jamais enregistrée de l’histoire de la Société Générale) n’avait quasiment pas pris de vacances depuis cinq ans, sans que son patron s’en inquiète. Sa capacité maximale de charge mentale était évidemment dépassée et ses supérieurs avaient alors failli en termes de respect de sa santé.»

    Philippe Aigroz, conseiller RH en politique de santé et entreprise, renchérit: «Les employés ont peur de perdre leur emploi. Plutôt que de prendre le risque d’un arrêt de travail, ils repoussent le rendez-vous chez le médecin. C’est la négation de leur état réel. On tire toujours plus sur la corde et, quand on craque, les conséquences sont d’autant plus graves.»

    Difficilement quantifiable

    Si la crise accentue le besoin de suivi de la santé mentale des collaborateurs, elle étouffe aussi sa mise en place. L’une des raisons de la rareté des politiques de santé? Le retour sur investissement est difficilement quantifiable: «Quand on pense santé, on pense de manière négative, en termes de coûts des primes, de l’absentéisme, des accidents. Mais on oublie les coûts indirects et cachés, comme la démotivation ou les remplacements» des collaborateurs, analyse Fabien de Geuser. Le professeur reconnaît qu’intégrer la santé dans un outil de comptabilité traditionnelle est difficile: «La santé est un coût non «pilotable» et non quantifiable. Pourtant, c’est un enjeu moral de taille: le risque d’accident de travail dans les bureaux n’est plus physique mais psychique.

    Pour le Dr Komplita, c’est une évidence: «Dans la mesure où le lieu de travail est devenu la quintessence de la société actuelle, les rapports humains y sont extrêmement complexes et potentiellement sources de graves conflits.» La question était sur toutes les lèvres: comment convaincre le top management de la nécessité d’une politique de santé , surtout en cette période de crise où la direction a d’autres chats à fouetter?

    Convaincre la direction

    Quelques pistes ont été données pour que de tels projets passent la rampe. Plusieurs experts proposent de scinder le département des ressources humaines en deux entités, l’une chargée des tâches traditionnelles administratives (gestion des salaires, etc.), l’autre spécialisée dans le suivi moral des employés, dès lors que la taille de l’entreprise est telle que «plus personne ne connaît tout le monde». C’est ce que le Dr Komplita appelle «le management des relations humaines» et que Fabien de Geuser nomme «le management du capital humain». Philippe Aigroz préconise, lui, un audit de santé pas seulement physique, mais psychique «pour identifier comment se sent le collaborateur au sein de l’entreprise».

    Anne-Marie Van Rampaey applique, elle, une charte éthique instaurée par le directeur général, où «les règles du jeu sont définies, et où le respect mutuel tient une grande place». A noter notamment la mise en place de congés spéciaux: le collaborateur bénéficie d’un congé payé de trois jours sans devoir le justifier. Cela peut intervenir pour aider un parent malade, ou même lors de la mort d’un animal domestique. D’ailleurs, «seules 788 heures ont été ainsi perdues l’année dernière, soit moins de deux heures par employé, c’est négligeable», estime la DRH. Le contrat repose donc sur la confiance réciproque. Une valeur d’autant plus nécessaire en ces temps où l’employé est anxieux et déstabilisé.

    La fondation Promotion Santé Suisse a décerné mardi à Berne un label de qualité baptisé «Friendly Work Space» à neuf entreprises. Elles se voient distinguées pour leurs investissements en faveur de la santé de leurs collaborateurs. Parmi les lauréates figurent quatre sociétés appartenant à La Poste. Migros se distingue avec trois sociétés. L’Institut de médecine du travail de Baden et la caisse maladie Swica ont également reçu la distinction. En tout, 51 028 collaborateurs sont concernés. (ATS)

Le pouvoir soignant dans tous ses états

Le patient souffre toujours d’une difficulté de la relation : à l’autre, au monde, à soi. C’est pour cette raison que la mise en place d’un dispositif soignant nécessite que la dimension relationnelle prenne la place de pivot central.

Cette relation soignant-soigné procède d’une asymétrie fondamentale, quelque soit le modèle relationnel, le contexte, le statut des soignants. Mais n’est ce pas au sein de cette asymétrie nommer un certain pouvoir? Et de quel pouvoir s’agit-il ? Celui de refuser ou d’accepter, d’accueillir ou de rejeter, de dire non, de dire oui, de permettre ou d’interdire ? Dans tous les actes de la vie quotidienne vient se nicher cette abyssale question : le pouvoir de l’un et l’apparente absence de pouvoir de l’autre.

Reconnaître que dans tout acte de soins vient se poser cette question ouvre la voie à une réflexion indispensable : comment identifions nous ce pouvoir, qu’elle est sa fonction, comment intervient il dans l’échange avec le patient, avec les collègues, avec la hiérarchie, avec les structures administratives ?

Et puis il y a le pouvoir qui nous est attribué, dénié, confié, confisqué. Avec ce risque de l’assimilation réductionniste qui, avec les diplômes, les connaissances, la science nous assureraient d’un savoir-pouvoir qui injecterait dans la sphère sociale une bien dangereuse confusion entre savoir et vérité.

Mais, pour interroger les effets de ce pouvoir, nous avons besoin d’indépendance professionnelle, de sécurité psychique, de temps, de confiance. Les conditions actuelles d’exercice de la psychiatrie le permettent-elles ? Quels sont les effets sur le soin des processus de certification, de protocolarisation, de standardisation?

Ne sommes nous pas tentés, avec ces rituels de soumission sociale, de vouloir assurer et délimiter « notre pouvoir », ne serait il qu’illusoire ou pris dans un infini petit territoire ? Le délitement du travail en équipe, l’abrasion de la notion même de « collectif », « l’oubli » de la dimension relationnelle de tout acte de soins ne sont ils pas le reflet d’une tentative de prise de pouvoir autoritariste et écrasante, où s’infiltrent alors mépris et rejet pour les patients ?

Or ceux ci ont sans doute besoin, à travers cette asymétrie de la relation, que le pouvoir exercé par le soignant lui permette aussi d’interroger le sien. L’autorité soignante, nécessitant l’existence d’un tiers structurant, se différencie fondamentalement de l’autoritarisme : l’une peut permettre l’ouverture d’un espace de création, l’autre l’interdit. Alors dans quel état se trouve le pouvoir soignant ? Dépressif, mélancolique, délirant, maniaque, narcissique, désemparé, fier de lui ?


[Document : Programme du colloque]

Programme du colloque : http://www.cifpr.fr/IMG/pdf/Argument_Colloque_2011_St_Martin.pdf

Voyage au coeur de la dépression

Malgré un viol et de « nombreux séjours en clinique » Anne Heberlein a paraît-il tout pour être heureuse mais non elle est bipolaire. On ne saurait mieux dans un mouchoir de poche contenir un ensemble de lieux communs sur la souffrance humaine qui la rende soudain incompréhensible, inaccesssible à notre nouvelle science du psychisme qui se passe des services de la psychologie dynamique pour parler simplement.

aaaaaaa

Philippe Grauer


Malgré le traumatisme qui l’a marquée (elle a été violée à l’âge de 21 ans), Ann Heberlein a tout pour être heureuse : mariée, trois enfants, brillante universitaire, écrivain reconnu et journaliste publiant dans les plus grands journaux suédois. La vie rêvée. « Alors, qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? Pourquoi une guerre mondiale fait-elle constamment rage dans mon cerveau ? Pourquoi ai-je l’impression que ma tête va exploser en mille morceaux ? » Ce mal qui ronge Ann Heberlein se nomme le trouble bipolaire, maladie psychique qui alterne phases d’enthousiasme et crises dépressives aiguës.

« Mon mari m’aime, j’ai trois beaux enfants, j’ai donc tout ce que l’on peut désirer, voire plus. » Mais il lui manque ce sentiment essentiel : la joie de vivre. D’où ce titre paradoxal : Je ne veux pas mourir, mais en finir avec la vie. Voilà son dilemme quotidien.

Loin, très loin d’offrir un énième témoignage larmoyant sur une souffrance personnelle, Ann Heberlein livre un récit brut, sans concessions et particulièrement poignant. La solitude, l’incompréhension de son entourage, ses nombreux séjours en clinique, la difficulté de faire comprendre aux autres que rien ne va quand tout semble aller, Ann Heberlein met des mots sur ce mal qui la coupe du monde, mal rarement compris par la société, voire même par le corps médical. Comment guérir une plaie invisible ?

Dans un récit qui alterne phrases courtes et nerveuses (ses périodes de dépression) et longues descriptions (ses phases dites calmes), le tout entrecoupé de citations (parfois trop, ce qui casse un peu le rythme) de Camus, Lacan ou Sylvia Plath, Ann Heberlein aborde sa souffrance de l’intérieur, au plus profond de son esprit torturé. Et démontre à quel point l’image de soi que l’on peut renvoyer est parfois loin de la réalité. « Ma réussite ? Un bonheur objectif qui n’existe qu’aux yeux des autres. Alors qu’aux miens, je suis une ratée. » Un témoignage bouleversant, qui permet de comprendre le calvaire vécu par ces femmes et ces hommes qui trop souvent vivent isolés, contraints au silence.

(LEXPRESS.fr), publié le 06/04/2011

Psychiatrie, familles : obliger en 2011 à se soigner quelqu’un qui méconnait ses troubles psychiques est un acte barbare

Par le docteur Guy Baillon, Psychiatre des Hôpitaux


Le sécuritarisme fait perdre la tête mais il convient de raison humaniste garder face à ceux qui la perdent déjà, eux, la tête, les malades mentaux qui trouvent qu’ils ne sont pas fous du tout. C’est une plaisanterie de psychiatre, les gens se répartissent en deux catégories, ceux qui disent je suis fou et ceux qui disent je ne suis pas fou, les seconds devant être au plus vite démasqués.

Voici qu’on se retrouve face à une loi qui permet d’assigner à folie ceux à qui si on le leur dit comme ça tout de go afin de les contraindre à l’évidence et qu’ils en conviennent, allons avouez le enfin que vous êtes quelqu’un qui présente des troubles psychiques graves ! vont aller beaucoup plus mal. C’est qu’il faut se protéger des fous – dangereux cela va sans dire. Ce qui va encore mieux en le disant c’est que le danger existe, mais essentiellement pour les fous eux-mêmes, face à quelques cas d’exception inverses.


La santé mentale en France se présente comme un dispositif en voie de sécuritarisation qui permet aux politiques de s’afficher comme le bouclier de la sécurité des français, et à la psychiatrie de régresser à la neurologie et à une certaine il faut le dire barbarie. Les principes fondamentaux d’une psychothérapie à visage humain sont en train de fondre comme glace aux pôles, risquant d’emporter avec eux des éléments de base de notre civilisation, l’immense travail du demi siècle précédent croyant en avoir eu fini avec l’asile et la contention, ayant développé la psychiatrie de secteur, nettement il faut le dire sous influence psychanalytique mais pas seulement, sous influence d’existentialisme psychothérapique, celui qui prévaut dans la psychothérapie relationnelle, héritière de la psychologie humaniste, également.

Et voici que la tendance s’inverse, nourrie d’idéologie néo positiviste et DSM (coupeur du psychisme en rondelles), tout neurone et tout médicament, chambres de contention et renforcement des serrures à l’appui, avec à la clé (!) disparition des infirmiers psychiatriques (souvent devenus de véritables psychothérapeutes). Enthousiasmée d’imagerie médicale – on va bientôt voir vos pensées à l’œil nu (cauchemar idéal pour la paranoïa) – notre nouvelle neuropsychiatrie armée de chimie peut vous shooter mais peut-elle encore vous écouter ? Et le préfet, celui qui signera désormais l’autorisation de sortie, qu’a-t-il a faire dans cette galère ? L’humanisme, l’humanisme sans quoi l’ensemble éthiquement solidaire de nos professions au sein du Carré psy se détériore, où est-il passé dans tout cela ?

Philippe Grauer}}


Explication, protestation et alerte d’un psychiatre « relationnel »

C’est en plus totalement déloyal ! Chacun de nous sait que ces personnes présentant des troubles psychiques graves sont vulnérables, elles sont 15 fois plus souvent victimes de délits que le reste de la population, elles sont fragiles et ne « demandent rien« . Ce sont elles que le pouvoir choisit pour montrer à la France entière qu’il protège la société ! N’est-ce pas une tromperie de grande envergure qui doit nous faire honte à tous, alors que ces personnes fragiles, les seuls malades à méconnaitre leurs troubles, ont besoin d’une grande attention.

vouloir faire « avouer » : une erreur grossière

N’est-ce pas totalement inepte que de vouloir faire « avouer » à une personne une maladie qu’elle ne pense pas avoir ? En réalité une telle attitude est une véritable torture qui ne peut entrainer que révolte et résistance !

Nous croyons avoir compris le quiproquo qui s’est engagé entre le Président de la République et le Président de l’UNAFAM (au nom des familles choisissant de se rassembler en association) et les a réunis autour de cette loi. Le président de l’UNAFAM avait dénoncé, à juste titre, l’attitude de mise à distance que la majorité des psychiatres ont toujours eue à l’égard des familles, refusant de voir les familles seules afin, disent-ils, de protéger la fragilité des patients. Cette attitude est d’un autre temps, disent les familles, avec raison. Il faut en convaincre les psychiatres. Découragé le Président de l’UNAFAM a préféré expliquer au Président de la République qu’il suffisait qu’une famille rencontre le psychiatre du service public en l’absence de la personne malade pour que le traitement commence et que s’ouvre la voie de la guérison. Il a laissé entendre aussi qu’il suffit d’informer le psychiatrie pour que celui-ci oblige la personne à se soigner. Mais c’est une erreur grossière, et les familles le savent, elles qui ont tout tenté pour que leur enfant se soigne, y compris toute sorte d’obligations, rien n’a marché.

attitude humaine et expérience du soin

Pour qu’une personne présentant de tels troubles, mais en ayant la méconnaissance, envisage de se soigner il faut déployer envers elle une attitude humaine et une expérience du soin permettant d’obtenir sa confiance et l’aider à s’intéresser à son fonctionnement psychique.
Il faut engager autour d’elle, avec le concours de tous les acteurs, y compris la famille, un travail minutieux que nous allons décrire ici.

Ce travail n’est pas nouveau, il a été mis en place depuis les années 80 dans diverses équipes de secteur, mais son développement a été stoppé comme d’autres initiatives par le coup d’arrêt donné à l’évolution de la psychiatrie de secteur par le gouvernement en place en 1990 avec une série de mesures simultanées (fermeture du Bureau de la psychiatrie au Ministère et de la Commission des maladies mentales, loi de 1990 visant à renforcer l’hôpital au détriment du secteur, début des évaluations comptables qui sont un contresens en psychiatrie pour laquelle seule est pertinente l’évaluation qualitative).

déroulement de l’accès au soins…

L’accessibilité aux soins pour une personne présentant des troubles psychiques graves, et qui par définition n’en est pas consciente se déroule ainsi :

– à la demande d’un membre de l’entourage (cela est facilité si celui-ci a de bonnes relations avec elle), l’équipe du secteur est contactée

– ce contact peut se faire de différentes façons, à chaque fois l’équipe trouve une réponse adaptée et va établir une première rencontre avec la personne ; d’emblée deux membres de l’équipe vont commencer à établir la confiance ; ils vont le faire en prenant appui sur les diverses difficultés que rencontre la personne dans sa vie quotidienne actuelle

– les mieux placés dans l’équipe sont les infirmiers psychiatriques, car ils échappent à la symbolique décisionnelle qui pèse sur les psychiatres

– ces infirmiers vont faire le point avec la personne et proposer de nouvelles rencontres dans la même semaine ; ils montrent qu’un soulagement peut être apporté par des entretiens répétés qui commencent à mobiliser de façon différente la personne, au besoin en associant un médicament pour retrouver le sommeil ou diminuer l’angoisse, jamais un traitement intensif qui interromprait l’échange et noierait la confiance.

– en quelques jours un lien se tisse ; en quelques semaines ce lien se consolide, s’enrichit de différentes découvertes sur la vie de la personne qui commence à s’intéresser à son fonctionnement psychique (elle en était à cent lieues la période précédente). Un temps plus tard si c’est nécessaire (entretemps des difficultés mineures se sont dénouées, et la personne a repris seule contact avec son médecin habituel, ou a retrouvé l’initiative d’un lien social qui la réassure suffisamment) elle commence à se dire qu’un traitement plus approfondi comme le lui évoquent les infirmiers et le psychiatre qui les a rejoint, peut lui être utile.
Dès ce moment, la partie est gagnée (après la fragilité du début) : le lien psychothérapique s’est installé.

…à certaines conditions

Mais nous avons compris que cela ne se construit qu’à plusieurs conditions :

– un temps suffisant est nécessaire (certes c’est plus simple lorsque les troubles ne sont pas encore aigus, mais toutes les situations sont prises en compte)

– la confiance est le terreau incontournable de ce travail progressif

– cette confiance n’est possible que si ce sont les mêmes acteurs (les mêmes soignants et psychiatre) qui tout au long de cette étape préalable aux soins revoient régulièrement la personne (ainsi les salles d’urgence où se succèdent 5 à 15 personnes en 24h sont très nocives)

– ce travail préalable doit se continuer avec les soignants de la même équipe de secteur pour commencer les soins.

le moment du passage

En effet pour que ce travail préalable aboutisse à son terme, c’est-à-dire à l’engagement dans un soin, il est nécessaire aussi que les membres de ce petit groupe initial appartiennent à la même équipe de secteur qui va réaliser le soin (sinon la défiance remplace la confiance et détruit les liens, la personne ne peut faire le deuil des premiers soignants qui se sont si bien occupés d’elle, et refuse de prendre contact avec les nouveaux soignants).

Ce moment charnière nous l’appelons passage entre deux étapes du soin. Il est essentiel de veiller à sa qualité. Tout au long de ces étapes le lien avec la famille et l’entourage est constant, c’est d’autant plus important que la personne les retrouve entre chaque entretien ; nous sommes à chaque fois étonnés de leurs ressources affectives et relationnelles qui facilitent de différentes façons cet accès aux soins.

respecter le délire et construire les liens de confiance

Pourquoi ce cheminement est-il nécessaire et pourquoi le Président de l’UNAFAM qui le connait ne le souhaite pas ? C’est nécessaire parce que tout en étant très fragile la personne tient avec la plus grande force à la réalité sur laquelle elle se soutient : son délire. La difficulté réside dans le fait qu’elle n’a pas conscience qu’elle délire. Ce délire se manifeste de diverses façons : angoisse, agitation, agressivité, retrait massif, discours incohérent, … qui poussent à employer le mauvais terme d’urgence (pourquoi est-il mauvais ? Parce qu’il dramatise, et que ce climat de drame nous éloigne à chaque pas de la naissance de la confiance et donc du soin). Il est donc indispensable, si on veut éviter d’aggraver les troubles, de respecter ce délire, de l’écouter (au lieu de se fixer sur les symptômes que nous venons d’évoquer et qui le cachent). Surtout on ne va pas se contenter de l’écouter (cette écoute sera le fil de la psychothérapie), on va se montrer attentif à tout le reste de la vie de la personne, souvent bien malmené, oublié : l’état physique, les troubles médicaux toujours présents (et auxquels la personne est indifférente), et les diverses difficultés sociales ; il est indispensable de s’en préoccuper en même temps, ce qui participe à la construction des liens et de la confiance. L’essentiel est donc de respecter le délire et de construire les liens de confiance de qualité en s’appuyant non seulement sur l’attention à son fonctionnement psychique mais aussi sur les autres difficultés de la personne.

quelle confusion !

Cette modalité d’accès aux soins psychiques s’est construite depuis les années 80 dans un certain nombre d’équipes, mais ne s’est pas prolongée dans les autres pour les raisons politiques évoquées plus haut (dues à l’ignorance du Ministère de la Santé à l’égard de la psychiatrie dans les années 90). La mise à mal du Service public de psychiatrie a été dramatiquement aggravée par le discours du Président de la République du 2 décembre 2008, par le rapport Couty, enfin par le projet de loi actuel qui est sous-tendu par une défiance de la psychiatrie et nous venons de le préciser par une volonté d’ignorer la réalité des troubles psychiques (ce que nous appelons la psychopathologie.) Au lieu de reconnaitre que ces personnes sont malades cette loi présuppose qu’il s’agit de « délinquants qui refusent d’avouer la vérité de leur maladie ! «  quelle confusion ! alors que du fait de leur déni cela leur est strictement impossible. On laisse croire à la société qu’il suffit de les maltraiter, de les menacer, pour qu’ils « avouent » et qu’ils acceptent de prendre des médicaments ; certes à force de doses augmentées ils vont se montrer « gentils comme des agneaux », et accepter n’importe quoi, sans pour autant que leur délire soit modifié.

psychothérapie

À ce propos il est indispensable de démystifier en quelques mots la polémique autour des médicaments. Ils sont indispensables tout au long des traitements psychiques, mais seuls ils réduisent la psychiatrie à une pratique vétérinaire ; pour être efficaces (au lieu d’être absurdes) il est indispensable qu’ils soient encadrés par la psychothérapie, qui seule maintient l’humain au dessus de la biologie (dont elle est inséparable). Et le pire est dans la loi : elle réduit les traitements à la seule chimie !

UNAFAM…

Pourquoi le Président de l’UNAFAM ne souhaite pas prendre tout ceci en compte ? Parce qu’en tant que Président il doit prendre des décisions politiques. Nous savons qu’il a longtemps cru que les psychiatres, qui selon lui font un travail complexe, qu’il estime, changeraient d’attitude et se mettraient à l’écoute des familles, ses appels ayant commencé dès 2001. Il a dû constater que les psychiatres ne changeaient pas. Il a vu que le Président de la République avait une vision autoritaire de la réalité. Il lui adonné son accord. C’est bien regrettable pour tout le monde, et le plus étonnant c’est que les psychiatres lui en veulent mais ne sont pas prêts à se remettre tous en question et convenir que la demande des familles, d’être régulièrement reçues par eux, est tout à fait pertinente.

…& FNAPSY !

L’UNAFAM poursuit son chemin en publiant seule en janvier un plan de prévention. Ce plan voudrait mettre les familles en sentinelle dans toute la société, ce qui n’a pas de sens, n’étant pas thérapeutes ; de plus il ne prend pas en compte le fait que la moitié des patients n’ont pas de famille active, et ne s’interroge sur le devenir de ceux-ci. De ce fait elle brise son union avec les usagers, la FNAPSY. Sans cette union les familles perdent leur légitimité de revendication nationale, elles deviennent les rivales des usagers ! Absurde ! Depuis, la FNAPSY est en grande difficulté car elle rassemble des personnes vulnérables, et seule !

1838 était moins répressive

Au total alors qu’un projet sur la psychiatrie ne peut se construire que sur la convergence de tous les acteurs, la loi actuelle provoque les divisions entre eux, détruit 50 années de psychiatrie moderne remarquable, fait régresser sa pratique à une dimension répressive qu’elle n’avait pas, même avec la loi de 1838 !

écoute de l’humain pour une véritable solidarité nationale

Ces Présidents sont-ils conscients du résultat qui les attend ? Ont-ils compris comme on ne cesse de leur dire que cette loi est inapplicable ? Que vont devenir les patients dans cette époque troublée qui s’annonce ?
Alors que la France a construit le meilleur édifice qui soit pour l’avenir de la psychiatrie : « l’alliance des soins modernes et humains grâce à la politique de secteur, avec les appuis sociaux rendus possibles par la loi de 2005 sur le handicap psychique, et la prévention sur ces deux champs. »
Pourquoi le politique, des Présidents aux élus, ne sont-ils pas avec la folie à l’écoute de l’humain dans son double aspect personnel et collectif, invitant à une solidarité nationale ?

De psychothérapeute à psychopraticien

NOUVELLES INFORMATIONS CONCERNANT L’APPLICATION ADMINISTRATIVE DE LA LOI CONCERNANT LE TITRE DE PSYCHOTHÉRAPEUTE

Pour vous aider à y voir plus clair, il nous a paru opportun de vous présenter une analyse commentée du cadre réglementaire qui résulte des textes législatifs suivants (pour mémoire).

Textes législatifs (rappel)

1) La Loi (1« )

2) le Décret n° 2010-534 du 20 mai 2010

3) Les Arrêtés de mise en œuvre du décret relatif au titre de psychothérapeute parus au Journal Officiel et sur le site Légifrance :

JORF n°0134 du 12 juin 2010 page 10836 texte n° 19 Arrêté du 8 juin 2010 relatif à la formation en psychopathologie clinique conduisant au titre de psychothérapeute NOR: SASH1015326A

JORF n°0134 du 12 juin 2010 page 10837 texte n° 20 Arrêté du 9 juin 2010 relatif aux demandes d’inscription au registre national des psychothérapeutes NOR: SASH1015346A ––> ATTENTION ! rectifié par l’Arrêté du 13 décembre 2010 (corrigeant la rédaction fautive concernant l’extrait de casier judiciaire).

Usage du titre de psychothérapeute

En son principe, l’objet de cette réglementation est

– de définir les conditions d’usage du titre de psychothérapeute, et non pas de réglementer la pratique professionnelle de la psychothérapie qui demeure libre.
C’était le thème de notre Journée d’Étude du 22/01/11, intitulée Sauvons la pratique qui mettait l’accent sur notre liberté d’exercice(2« )

– de constituer un registre national des psychothérapeutes regroupant les registres départementaux publiés par les Préfets des différents départements, sur l’avis des directeurs des agences régionales de santé (ARS) ou de leurs représentants qui détiennent le pouvoir de statuer sur les dossiers adressés par les postulants.

À cet effet, les ARS (agences régionales de santé) ont la charge de constituer des commissions, intitulées Commissions régionales d’inscription (CRI) sur la liste départementale des psychothérapeutes.

Celles-ci doivent être composées de 6 membres titulaires et de 6 membres suppléants à parité de médecins, psychologues et psychanalystes, nommés pour 3 ans, et présidées par le directeur de l’ARS ou un représentant nommé par celui-ci.

Elles n’ont pas vocation à être pérennes mais limitées au temps nécessaire à l’examen des dossiers dits de grand-parentage.

Ces Commissions régionales ont pour mission de statuer sur les dossiers des professionnels exerçant la psychothérapie depuis au moins 5 ans, selon les dispositions transitoires mentionnées au chapitre IV du décret. Elles statueront sur les équivalences accordées aux praticiens en exercice et pourront exiger des postulants des compléments de formation en termes de nature et/ou de durée.

Les professionnels concernés devront avoir adressé leur dossier (en RAR et double exemplaire)dans les délais légaux, au plus tard le 30 juin 2011, c’est à dire avant le 1er juillet 2011, date anniversaire de la mise en application du décret, le délai antérieurement prévu au 22 mai ayant été officiellement repoussé.

Commentaire

Sachez que nous avons été en relation avec certains des responsables des ARS qui semblaient parfois être en difficulté pour constituer les CRI. Nos échanges avec eux ont été très cordiaux et il nous a paru qu’ils semblaient très soucieux de préserver les droits des praticiens en exercice.

Nous avions déjà lancé un appel aux praticiens figurant sur notre annuaire pour connaître ceux qui accepteraient de participer à ces CRI. Nous avons reçu quelques réponses de praticiens répondant aux critères requis (être médecin, psychologue ou psychanalyste), celles-ci n’ont pu aboutir car il n’y avait pas coïncidence entre les propositions reçues, les régions concernées et les besoins des ARS concernant, semblait-il, majoritairement en un déficit de réponse de la part des psychanalystes locaux.

À vous de décider, maintenant et si ce n’est déjà fait, si vous souhaitez présenter votre dossier auprès de l’ARS de votre région.
Cela relève d’un choix personnel, sur lequel, à titre institutionnel, nous avons décidé de ne pas nous prononcer.

Sachez seulement que probablement et dans un avenir proche, seuls les détenteurs du titre de psychothérapeute pourront exercer en institution. Ce peut être un critère de décision pour certains d’entre vous.

Sinon, si vous exercez en libéral, et voulez demeurer fidèle aux 5 critères dont nous nous réclamons et qui ne sont pas pris en compte dans la nouvelle législation, vous pouvez adopter le nom de métier sous lequel nous nous rassemblons désormais, celui de PSYCHOPRATICIEN. (Voir plus loin)

Dispositions pratiques – Mode d’emploi

Si vous avez exercé officiellement la psychothérapie depuis au moins 5 ans, vous pouvez, sans conditions de diplômes, déposer auprès de l’ARS de votre région un dossier de demande de reconnaissance afin de figurer au registre national des psychothérapeutes.
Ce dossier devra être présenté, d’après les publications des ARS, selon les modalités suivantes :

Demande de reconnaissance d’au moins cinq ans de pratique de la psychothérapie

PIÈCES DU DOSSIER

o Une lettre manuscrite exposant le motif de votre demande et tous les éléments que vous souhaitez porter à la connaissance de la commission régionale prévue à l’article 16 du décret du 20 mai 2010 concernant votre formation, votre expérience professionnelle et votre pratique de la psychothérapie ;

o Une copie d’une pièce d’identité en cours de validité, et l’indication de votre adresse professionnelle complète

o Une copie de l’extrait n° 3 de votre casier judiciaire.

o Une copie des diplômes, certificats ou titres obtenus.

o Un document de l’autorité ayant délivré les diplômes, certificats ou titres attestant du niveau de la formation et indiquant année par année le détail et le volume horaire des enseignements suivis.

o Une attestation de la structure de formation spécifiant le contenu, la durée et le secteur dans lequel les stages ont été effectués pendant la formation.

o Toutes pièces utiles permettant d’attester de votre expérience professionnelle ou de votre pratique de la psychothérapie en termes notamment de durée et de modalités d’exercice.

o Les éléments du dossier doivent être envoyés en double exemplaire.

o Si vous souhaitez être entendu par la commission, veuillez cocher cette case et nous retourner le présent formulaire.

Nota bene : toutes les pièces justificatives sont rédigées en français ou traduites par un traducteur agréé auprès des tribunaux français.

Les documents composant votre dossier doivent être envoyés par lettre recommandée avec accusé de réception, (RAR), à l’Agence régionale de Santé dont vous dépendez et où est rattaché votre lieu principal d’exercice.

Les adresses des ARS régionales sont disponibles sur internet.
Les informations publiées sur leurs sites, à propos du titre de psychothérapeute sont disparates. Certaines ARS ne publient toujours rien concernant ce sujet alors que d’autres sont très explicites.
N’hésitez pas à les contacter par téléphone si vous vous trouvez en manque d’informations.

Pour l’Ile de France , par exemple, le dossier est à adresser à l’adresse suivante :

Mission psychothérapie – A l’attention de Mr ROUSSEAU- « Le Millénaire 2 » 35, rue de la Gare -75935 PARIS Cedex 19

Documents utiles, à télécharger :

Formulaire dossier.docx

Recommandations de l’Affop

– Demandez impérativement à être entendu(e) par la commission, afin de ne pas tomber sous le couperet des 6 mois d’absence de réponse valant rejet de votre demande. De plus cela vous permettra, si nécessaire, de faire appel par la suite.

– Si vous exercez en libéral, et afin d’attester de votre expérience professionnelle, pensez à joindre, entre autres justificatifs (de type N° Siret, Urssaf, Cipav, taxe professionnelle, etc …) votre attestation d’assurance professionnelle. Certaines ARS y seront sensibles.

– Dans tous les cas et surtout si vous ne disposez pas des diplômes universitaires requis, pensez à joindre les attestations de votre formation spécifique à l’exercice de la psychothérapie, vos attestations de psychothérapie personnelle, de contrôle ou de supervision. (voir l’arrêté du 8/06/10, chapitre II, art.2, § IV), stipulant que « cette formation académique ne saurait se substituer aux dispositifs spécifiques d’apprentissage et de transmission des méthodes psychothérapiques ». N’omettez pas de faire référence à cet alinéa.

Conséquences de ces dispositions légales : votre inscription sur les PAGES JAUNES.

Le GLPRGroupe de liaison pour la psychothérapie relationnelle, réunissant les deux fédérations (Affop et FF2P) et les deux Syndicats historiques (PSY’G et SNPPsy) a œuvré avec succès auprès des responsables des Pages Jaunes afin d’obtenir l’ouverture d’une nouvelle rubrique nous concernant.

Cette nouvelle rubrique, après décision du ministère, a été obtenue et sera désormais intitulée ainsi :

PSYCHOTHÉRAPIE – Pratiques hors du cadre réglementé.

– Dans la mesure où légalement personne, hors les psychiatres, ne peut actuellement se réclamer du titre de psychothérapeute, la rubrique Psychothérapeutes devrait logiquement être quasiment vidée de son contenu avant la fin du mois d’avril.

– Néanmoins vous pouvez demander à vous y maintenir si vous avez adressé un dossier d’homologation à l’ARS de votre région ou si vous signez un engagement à le faire dans les délais légaux. Dans ces deux cas, les PJ vous demanderont soit l’accusé de réception de l’envoi de votre dossier, soit un engagement d’adresser ce dossier au plus tard le 30/06/11. Vous pourrez donc y figurer jusqu’à la réponse concernant votre dossier, minimum 6 mois.

– Si vous exercez depuis moins de 5 ans ou si vous ne souhaitez pas présenter un dossier auprès de l’ARS de votre région, vous pouvez dès maintenant, demander le transfert de votre enregistrement vers cette nouvelle rubrique qui devrait dès maintenant figurer sur les annuaires en ligne et paraître sur la prochaine édition de l’annuaire papier.

– Attention ! refusez absolument de figurer à la rubrique : Soins en dehors d’un cadre réglementé qui vous a peut-être déjà été proposée. Les commerciaux des PJ avec lesquels vous serez en communication ne sont pas toujours informés de l’ouverture officielle de cette nouvelle rubrique intitulée : Psychothérapie – Pratiques hors du cadre réglementé, c’est celle qui vous est destinée désormais.

– Restez fermes et, dans la mesure où vous ne pouvez plus disposer du titre de Psychothérapeute, exigez votre inscription dans la nouvelle rubrique en tant que Psychopraticien(ne), nouveau nom de métier que notre profession a adopté et sous lequel nous nous regroupons.
Bien sûr, vous pouvez, à vos frais, préciser et compléter cette nouvelle appellation en fonction des titularisations professionnelles dont vous disposez et de vos spécialités.

PSYCHOPRATICIEN

C’est notre nouveau nom de métier, d’usage libre et qui a fait l’objet d’un consensus au sein du GLPR.
Il devrait faire progressivement l’objet d’appellations complémentaires demandées et/ou réservées par divers organismes, auprès de l’INPI.
C’est ainsi que l’Affop, suite à ses démarches auprès de l’INPI, est désormais détentrice du titre réservé de

Psychopraticien relationnel®

dont vous pouvez déjà disposer à condition d’avoir été titularisé(e) par l’un de ses organismes accréditeurs.

Tous les praticiens déjà inscrits à l’annuaire de l’Affop, et donc titularisés, y ont droit et peuvent ainsi s’identifier.

Si vous n’avez pas décidé de le faire, ou ne disposez pas des conditions nécessaires pour envoyer un dossier d’homologation, nous vous recommandons désormais de vous faire connaître sous le simple nom de métier de Psychopraticien(ne), non seulement sur les PJ, mais aussi sur vos documents tels que papier en-tête, cartes, plaques, et diverses inscriptions professionnelles.

À la suite de ce que nous avions eu à cœur de défendre lors de notre Journée d’étude de janvier, à savoir la liberté de notre pratique, nous restons fermement décidés à nous démarquer, via les 5 critères que nous défendons, des dangereuses orientations entraînées par cette nouvelle loi qui ne saura, sous couvert de préserver les usagers des dérives sectaires, que médicaliser l’exercice de la psychothérapie et instituer de nouveaux titulaires du titre de psychothérapeute, certes psychopathologues diplômés, mais sans aucune exigence de formation personnelle et expérientielle à l’exercice de la psychothérapie.

– Si vous souhaitez affirmer votre indépendance en vous démarquant de ces dispositions désormais légales, nous vous conseillons dès maintenant de vous faire connaître sous la mention de Psychopraticien(ne).

Afin d’être mieux défendus et mieux reconnus, nous vous recommandons, si ce n’est déjà fait, de vous faire titulariser par l’un de nos organismes accréditeurs agréés, devenant ainsi psychopraticien/ne relationnel/le®.

Nous vous souhaitons, en toute laïcité, de bonnes fêtes de Pâques ! en tant que symbole de renaissance et de renouveau.
Faites confiance à l’Affop et à ses partenaires du GLPR pour soutenir le renouveau de notre profession.
Mieux vaut perdre un titre que perdre son âme !

L’Affop demeure à votre à votre disposition pour répondre rapidement à vos questions adressées, de préférence, par couriel à l’adresse suivante sous le clic contact@affop.org

ou bien par tél. au : 01 42 36 91 44

Arlette Gastine.
Vice-présidente de l’Affop.

  • 1 Article 52 de la loi n° 2004-806 du 9 août 2004 modifié par l’article 91 de la loi n° 2009-879 du 21 juillet 2009

    L’usage du titre de psychothérapeute est réservé aux professionnels inscrits au registre national des psychothérapeutes.

    […] Un décret en Conseil d’État précise les modalités d’application du présent article et les conditions de formation théorique et pratique en psychopathologie clinique que doivent remplir l’ensemble des professionnels souhaitant s’inscrire au registre national des psychothérapeutes. Il définit les conditions dans lesquelles les ministres chargés de la santé et de l’enseignement supérieur agréent les établissements autorisés à délivrer cette formation.

    L’accès à cette formation est réservé aux titulaires d’un diplôme de niveau doctorat donnant le droit d’exercer la médecine en France ou d’un diplôme de niveau master dont la spécialité ou la mention est la psychologie ou la psychanalyse.

    Le décret en Conseil d’État définit les conditions dans lesquelles les titulaires d’un diplôme de docteur en médecine, les personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue dans les conditions définies par l’article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations peuvent bénéficier d’une dispense totale ou partielle pour la formation en psychopathologie clinique.

    […]

  • 2 Nous avons rapporté ici-même deux échos de cette Journée. Le second présentait un compte-rendu de la communication de Vincent de Gaulejac, qui se disposait à publier son dernier ouvrage : Travail, les raisons de la colère, qui approfondit son analyse de la crise managériste et lui oppose un « travailler mieux pour vivre mieux » que nous recommandons vivement à votre réflexion. Le premier consistait en un compte-rendu détaillé de la Journée et des interventions de Geneviève Mattei, que notre mémoire informatique a avalé.

Psychothérapie et psychothérapies

Par Yves Lefebvre


Yves Lefebvre reprend ici le titre de l’ouvrage de référence de Nicolas Durruz, hélas épuisé, s’attachant à préciser avec sa tranquille limpidité en quoi consiste la psychothérapie relationnelle. On s’appuiera sur notre Carré psy pour mieux situer les protagonistes et champs épistémologiques concernés.

{La question de la différenciation entre pluralisme, pluralité (voire éclectisme), intégrativisme et multiréférentialité méritera une reprise du débat terminologique. Nous y reviendrons.

Philippe Grauer}


La psychothérapie : prendre soin de l’âme

La psychothérapie au sens général du terme veut dire soin de la psyché. Le mot thérapie s’origine dans le soin que des serviteurs donnaient aux statues des dieux grecs en les lavant ou les revêtant pour les cérémonies. Plus tard on appela thérapeutes, d’après Philon d’Alexandrie, des ascètes qui prenaient soin de leur âme et de celle d‘autrui par la méditation. Plus tard encore, en particulier vers le IV° siècle, on continua d’appeler thérapeutes les premiers Pères du désert du christianisme. Ils traitaient les passions de l’âme par l’ascèse, d’abord celle qu’ils s’appliquaient à eux-mêmes, puis celle qu’ils conseillaient à leurs patients. On retrouvera dans la psychanalyse et les psychopratiques relationnelles contemporaines qui s’en inspirent quelque chose de cette ascèse par l’exigence d’un long travail accompli sur soi-même pour acquérir la compétence de psychopraticien et par l’engagement des personnes en psychothérapie, ce qui présente en effet des aspects ascétiques.

Cependant l’idée de thérapie avait aussi de tout temps une connotation médicale, en particulier avec le chamanisme et la sorcellerie qui prenaient soin du corps et de l’esprit pour les guérir, leurs soins s’inscrivant dans les croyances d’une culture et d’une époque. Mais c’est surtout à partir du XIX° siècle que la médecine scientifique s’empara de la chose. Celle-ci veut toujours aujourd’hui s’approprier le terme de thérapie et l’idée de soigner pour s’en assurer le monopole et le limiter aux seuls soins médicaux rationnels c’est-à-dire fondés sur les connaissances scientifiques actuelles concernant la physique, la chimie et la biologie. Elle oublie que ce mot s’applique depuis toujours à toutes sortes d’autres soins qui lui échappent, comme celui que la mère prend de son enfant, l’artiste de son œuvre ou le moine de son âme, et que ces soins-là ont toujours de surcroît des effets sur la santé du corps et de la psyché indépendamment de la médecine.

C’est donc à partir de ses lointaines racines et du sens élargi de son nom que la psychothérapie d’aujourd’hui se décline en toutes sortes de psychothérapies c’est-à-dire de méthodes, techniques et théories – la plus prestigieuse et souvent contestée d’entre elles restant encore de nos jours la psychanalyse.

Dans le vaste champ de la psychothérapie contemporaine on peut fondamentalement distinguer deux grands courants principaux : les psychothérapies objectives et les psychothérapies subjectives.

Les psychothérapies objectives : soigner des troubles mentaux

Les psychothérapies objectives, qu’on pourrait aussi qualifier de médicales, cherchent essentiellement à réduire les symptômes psychiques répertoriés dans la nosographie psychiatrique, considérés en tant que troubles mentaux à traiter, selon le mode de pensée de la médecine qui cherche à éradiquer rationnellement des maladies. Elle utilise pour ce faire des méthodes qui suivent des protocoles reproductibles, avec des effets statistiquement évaluables. Ce sont en particulier les psychothérapies cognitivistes et comportementalistes qui se déroulent selon des protocoles précis, les entretiens et techniques d’expression, de soutien, de recadrage ou de déconditionnement, l’hypnose et tous les soins psychiques visant à contenir ou réduire les symptômes psychopathologiques, ou encore les techniques de rééducation psychologique visant à former ou conditionner les personnes dans le sens de comportements perçus comme non pathologiques selon les critères de la culture dominante et de la science. Ces psychothérapies répondent à des besoins spécifiques dans un esprit scientiste et contribuent à réadapter des personnes perturbées pour qu’elles se réinsèrent dans le fonctionnement de notre société et guérissent de leurs troubles mentaux.

Du point de vue des professions psys, ceux qui pratiquent les psychothérapies médicales sont surtout les médecins psychiatres et les psychologues cliniciens ou leurs nouveaux concurrents les « psychothérapeutes » universitaires récemment créés par décret (et qui sont en réalité des psychopathologues ayant acquis une bonne connaissance de la nosographie psychiatrique, tout comme les psychologues cliniciens), ainsi que quelques personnes ni médecins ni psychologues universitaires, souvent issues de l’entreprise ou du coaching, qui ont appris à pratiquer certaines de ces techniques (PNL, sophrologie, EMDR, etc.) – sauf ceux d’entre eux qui ont suivi une psychanalyse ou une psychothérapie relationnelle et peuvent alors se reconvertir dans l’exercice d’une psychothérapie subjective, qui est un accompagnement d’une tout autre nature.

Les psychothérapies subjectives : prendre soin du sujet

Le second grand courant psychothérapique, les psychothérapies subjectives, ne s’occupent pas directement des symptômes décrits par la psychopathologie médicale. Elles considèrent que l’homme n’est pas seulement neuronal, mais qu’il est aussi fait de mythes, de culture, de fantasmes et de créativité. Elles s’occupent du processus de subjectivation. Elles intègrent la notion d’inconscient. Elles diffèrent fondamentalement de la technicité scientifique parce qu’elles sont d’abord l’exercice d’un art, au sens artisanal du terme, et parfois aussi au sens artistique du terme.

Il s’agit donc essentiellement, dans les psychothérapies subjectives, d’accompagner une personne unique qui souhaite devenir pleinement sujet de sa propre vie par le soin pris sur elle-même par elle-même. Cela devient possible du fait d’une relation spécifique au thérapeute. Le symptôme se reçoit alors comme un langage à entendre, exprimer puis dépasser plutôt qu’un trouble à guérir. Il s’agit bien de permettre à la personne d’advenir à elle-même dans la rencontre de ses propres aspects inconscients qu’un Je commence à penser, en particulier dans la psychanalyse et dans les psychopratiques relationnelles qui s’en inspirent, ou bien qu’il commence à éprouver dans une nouvelle créativité, en particulier dans l’art-thérapie. La guérison des troubles mentaux advient éventuellement de surcroît parce que la personne se remet dans le courant de la vie. Elle perd son identité de victime ou de malade psychique qu’il faudrait rendre socialement normale – ce que certains ont qualifié de normose, maladie dont le symptôme serait le conformisme par perte de créativité personnelle. Au contraire en retrouvant sa créativité, la personne devient alors sujet vivant responsable d’elle-même, au risque de n’être pas obligatoirement « politiquement correcte ».

Les psychothérapies subjectives n’entrent donc pas dans la catégorie des soins médicaux parce qu’elles sont un soin de l’être pris par le sujet lui-même. Cela revient au fameux précepte attribué à Pindare : « Connais-toi toi-même et deviens ce que tu es.(1« ) »

Psychothérapie relationnelle et psychanalyse

Les psychothérapies de la subjectivation sont essentiellement pratiquées par les psychanalystes et par les psychopraticiens relationnels qui se sont d’abord formés par un long travail de rencontre de soi effectué sur eux-mêmes et par eux-mêmes, suivi d’une formation pratique expérientielle, les aspects théoriques et universitaires s’avérant un complément utile mais pas du tout premier. Certains peuvent venir de la médecine ou de la psychologie, mais d’autres se sont reconvertis après diverses expériences professionnelles, philosophiques, artistiques ou sociales. Tous acquièrent leur légitimité d’abord par le travail de transformation effectué sur eux-mêmes et par une formation pratique impliquante. Ils sont validés par des pairs plutôt que par un diplôme. « L’analyste s’autorise de lui-même… et de quelques autres » dira Lacan, non pas qu’il puisse s’autoriser d’une inflation égotiste ou de sa névrose mais de sa nature profonde, de sa propre forme d’être qu’il a pu rencontrer lors du long travail de subjectivation, qui seul permet d’intégrer l’insu de soi puis d’accompagner d’autres personnes sur ce chemin particulier où l’on devient sujet.

Dans le courant des psychothérapies subjectives, les psychothérapies relationnelles se distinguent de la psychanalyse par la créativité de leurs méthodes et la variété de leurs outils, même si elles se réfèrent très souvent aux fondamentaux théoriques de la psychanalyse et poursuivent le même but, à savoir le processus de subjectivation. On y trouve donc une très grande diversité de pratiques, toutes fondées sur la relation comme principal axe thérapeutique : relation au psychopraticien, relation à l’œuvre accomplie dans les séances, relation à soi-même, débouchant sur une modification de la relation à autrui dans la vie concrète.

La tendance actuelle des psychopraticiens relationnels est le plus souvent plurielle (et non pluraliste – parenthèse de PHG) dans les méthodes et intégrative(2« ) dans les théories qui les sous-tendent, pouvant intégrer des approches corporelles, émotionnelles, analytiques, groupales, artistiques, avec différents médias créatifs utilisés comme outils d’accès à l’inconscient.

S’enrichir de la rencontre des diverses approches

Les différentes approches des psychothérapies sont toutes intéressantes, mais on ne peut pas tout mélanger ni tout confondre. On ne peut pas non plus hiérarchiser les approches, même si certains nous disent que la seule pensée scientifique donc sérieuse et efficace est l’approche médicale, toutes les autres relevant soit du charlatanisme soit d’une technique annexe qui permet d’occuper les malades ou, au mieux, de faciliter leur expression ; ou à l’inverse même si d’autres disent que seule compte la rencontre de l’inconscient et que les approches scientifiques et médicales se fourvoient. Dans les deux cas il s’agit d’une pensée réductrice qui appauvrit la recherche et rétrécit le vaste champ de la psychothérapie où chacun peut développer sa juste spécificité et où des rencontres fructueuses peuvent enrichir la pensée et les pratiques. C’est le cas par exemple de certains pédopsychiatres cognitivistes qui travaillent avec des psychanalystes à la suite de Winnicott, pour étudier la constitution précoce du sujet à travers le geste spontané, comme quand l’enfant prend et jette un objet, constatant que ceux qui n’ont pas cette opportunité construisent plus difficilement leur propre subjectivité. La recherche peut en effet s’enrichir de la rencontre d’approches qui paraissaient antinomiques.

Cette tentative de classement des psychothérapies est donc utile pour positionner chaque méthode dans un ensemble plus vaste et clarifier un domaine souvent confus dans l’esprit des personnes concernées, mais elle doit aussi tenir compte des pratiques mixtes, de l’approche multiréférentielle et des ponts qui se construisent de plus en plus entre le courant objectiviste et le courant subjectiviste, et à l’intérieur de chaque courant entre les différentes méthodes de psychothérapie.

  • 1 Est vrai ce qui ne consiste qu’en soi-même et demeure soi-même tel qu’il est – N’est vrai que ce qui reste identique à soi même (Hermés Trimégiste – Liv. XVII, Pymandre, Ver. 14/19)
  • 2 Philippe Grauer réserve le concept de multiréférentialité à l’impossible de l’intégrativité, quand le professionnel se trouve confronté à des savoirs irréductibles les uns aux autres par le principe de théories non combinables. Comment coordonner le non directement accordable ? Plusieurs solutions, dont par exemple la succession dans le temps et l’espace, ou la considérations de niveaux, à ne pas mélanger lors de leur traitement. Il la distingue du pluralisme, par lequel comme au SNPPsy cohabitent pacifiquement des représentants de disciplines et méthodes différentes, et de l’intégrativisme, par lequel un praticien conjoint dans son travail plusieurs méthodes voire disciplines, complémentarisées moyennant ajustements non ravageurs des identités constitutives.