Réflexions à propos du Manifeste pour la psychanalyse

Réflexions à propos du Manifeste pour la psychanalyse et de deux réunions qui ont suivi sa parution

Par Jacqueline Rousseau-Dujardin

limites étroites

Il s’agit du livre écrit par six psychanalystes (Sophie Aouillé, Pierre Bruno, Frank Chaumon, Guy Lérès, Michel Plon, Eric Porge), paru aux éditions La Fabrique en 2010. Les auteurs, qui ont été parmi les initiateurs d’un premier Manifeste pour la psychanalyse en 2004, tentent de motiver et de développer les idées qui les ont guidés alors, et d’instituer un « espace politique » où pourrait se poursuivre une réflexion sur la place de la psychanalyse et de son « impact insurrectionnel » dans les sociétés actuelles, « déclinantes ou émergentes(1« ) ».

Il est évident que tout psychanalyste ne peut que s’intéresser à une telle démarche, et respecter l’effort de travail qui a été fourni là avec, comme résultat visé, un texte sur lequel puissent s’ancrer de nouvelles discussions. Discussions dont les limites sont pourtant relativement étroites puisque, au fil de la quarantaine d’années pendant lesquelles le statut de la psychanalyse a été en question en France, des lois ont été adoptées maintenant qui bornent les possibilités du mouvement. À moins de reprendre et de moduler la notion d’insurrection à laquelle il est fait allusion dans le passage cité plus haut.

Encore faudrait-il se reconnaître en tant que psychanalyste dans l’ensemble du livre. Non seulement avoir en commun avec les auteurs des différents chapitres les idées essentielles sur la spécificité de la psychanalyse, mais y retrouver son parcours personnel dans l’histoire qu’on propose de la discipline, partager le bilan du présent, y entrevoir un avenir souhaitable qui s’apparente à celui qui n’est là qu’à peine évoqué. Toutes choses qui sont difficiles car, dès les premières pages, et si l’on n’a pas suivi dans son trajet psychanalytique les voies qu’ont empruntées les dits auteurs, on se trouve d’emblée en position d’exclusion.

opinions hâtives

Trois «moments» sont proposés pour saisir les orientations de l’histoire de la psychanalyse. On peut comprendre que l’étude se borne à la France, passé le premier « moment » qui concerne la prise de position de Freud sur la psychanalyse profane en 1926. C’est raisonnable, non par certitude que là et là seulement, en France, elle est digne de ce nom, mais par conscience des limites du travail entrepris. Cela ne justifie pas que ce qui s’est passé ailleurs, et particulièrement aux États-Unis s’agissant de l’héritage freudien, soit rayé d’une croix, au nom de l’opinion que Freud avait des Américains et de l’American way of life(2« ). Et l’on se demande si les rédacteurs du texte ne rejoignent pas les opinions hâtives de leur grand ancêtre dont ils citent en première page les mots sur la « canaille humaine ». (On retrouve le terme dans la bouche de Lacan à la page 23)

la psychanalyse hors Lacan

Encore faudrait-il que, là justement, en France, l’histoire de l’analyse, du moins son évocation – impossible, il est vrai, de demander plus à un « Manifeste » – ne se borne pas à ses épisodes lacaniens et à la version qui en est présentée. Il suffit de consulter des ouvrages plus développés et bien documentés (3« ) pour constater que la psychanalyse (hors Lacan) pendant les années 1950/60, outre qu’elle mettait au point certains aspects du transfert qui ne s’étaient dégagés qu’avec les années, permettant ainsi à la cure de se dérouler selon des règles dont Freud avait discerné l’intérêt mais qu’il n’avais pas toujours suivies, réfléchissait aussi à des modes de transmission qui lui seraient spécifiques, différents du franchissement des degrés hiérarchiques qu’on trouve aussi bien dans la société civile qu’à l’université. Qu’ils soient difficiles à instituer, ne donnent pas satisfaction, semblent hétérogènes au but poursuivi, s’est révélé petit à petit, en motivant conflits, scissions et démissions qui témoignaient des obstacles empêchant une solution. Lacan a poursuivi ce travail, oui, en proposant un nouveau processus : la passe. Il n’apparaît pas qu’il aplanisse toujours les obstacles. On y reviendra.

le signifiant prophète

Certes, le retour à Freud a dû beaucoup à Lacan. Mais il s’imposait aussi aux autres groupes français que la vague anglo-américaine de l’après guerre, venue avec la Libération, menaçait à ce moment de submerger et ceci déjà en 1953, un moment important aussi qui n’est guère retenu ici, celui de la scission entre la Société psychanalytique de Paris et la nouvelle association créée par Lacan et ses partisans, laquelle se scindera de nouveau quelques années plus tard. Des traductions partielles (4« ) des articles de Freud, inaccessibles jusque là sauf en allemand ou en anglais, dans la Standard Edition, ont été entreprises et ont commencé à circuler. Dans plusieurs associations, des séminaires centrés sur l’œuvre freudienne étaient animés par des psychanalystes qui n’avaient pas suivi Lacan mais travaillaient sur son œuvre en cours. Pour les jeunes futurs analystes, le choix se proposait entre une voie déjà frayée et groupant des personnalités diverses, certaines respectables, d’autres moins, mais dont les débats mêmes assuraient en tout cas un certain équilibre, une garantie contre l’idéalisation d’un leader ; et un autre chemin assurément plus brillant mais centré sur un maître, quoiqu’il en dise, autour duquel miroitaient tous les effets de séduction qu’il déployait avec une évidente complaisance. Gare aux transferts fulgurants et indécollables. Et surtout, tant pis pour le regain de religiosité qui s’installait ainsi … et dure encore. Ce n’est pas pour rien que le mot prophète appliqué à Lacan, apparaît dans les premières pages du Manifeste, la première fois entre guillemets, il est vrai mais deux autres fois comme si la chose allait de soi ! (5« )

grave handicap que cet aveuglement

Insistons : puisqu’il n’existait en France, en 1953, que deux groupes psychanalytiques, d’un côté, on avait affaire à une Société (la SPP) où se mêlaient une politique institutionnelle et ses aspirations au pouvoir, tout cela banal mais non reconnu, avec les effets de transfert plus ou moins résolus sur lesquels l’accent était mis pour préserver la spécificité du groupe ; grave handicap que cet aveuglement, volontaire ou non. Dans le travail de lecture des textes analytiques guidé par un système de formation (le cursus), celle des œuvres de Freud prenait de plus en plus d’importance aux dépens d’ouvrages d’inspiration psychologique, bientôt relégués. La majorité des membres était constituée de médecins, attentifs à la « clinique » et pour certains, peu pressés de s’aventurer dans d’autres disciplines ou mal armés pour le faire. La préoccupation dominante – et bénéfique – portait sans doute sur ce qui concernait la tenue de la séance et la posture qu’y pouvait occuper le psychanalyste, l’élaboration du « cadre » . Mais les problèmes de la transmission se posaient avec insistance et, en particulier, celui de l’analyse didactique, héritage des premiers âges sur lequel s’échouèrent un certain nombre d’adhésions. Et très vite, la question du statut des psychothérapeutes et des psychanalystes se posa. Tout cela était soumis à un rythme lent, d’une lenteur insupportable à ceux qui désiraient certaines modifications du dispositif. À signaler que, même si elle n’a pas pris quant au statut de la psychanalyse la position qu’on souhaiterait, la SPP compte actuellement plusieurs centaines d’adhérents dont un certain nombre pratiquent assurément une psychanalyse digne de ce nom, ce que ne laisse guère soupçonner le texte du Manifeste. Et elle n’est pas le seul groupe non lacanien, affilié ou nom à l‘IPA.

De l’autre côté, l’horizon était assurément plus ouvert. Pendant l’éclosion culturelle en France des années 1950/60, Lacan put et sut faire partie des grands intellectuels qui marquèrent l’époque à l’égal de Lévi-Strauss, Foucault ou Barthes entre autres. Sa place, étayée par des travaux qui firent date jusqu’en 1980, se confirma, soutenue aussi par le Séminaire, indispensable pour certains, insupportable pour d’autres, mais dont on ne peut contester l’apport, surtout maintenant qu’il est presque tout entier publié. Mais on pouvait ne pas désirer participer aux étrangetés et transgressions dont il était coutumier dans sa pratique et auxquelles le Manifeste ne fait aucune allusion.

D’un côté comme de l’autre, la question du statut de la psychanalyse redevenait périodiquement d’actualité, lié au voisinage psychothérapie/psychanalyse, au problème de la psychanalyse laïque, celui-ci lié lui-même à des considérations touchant l’argent, le paiement des séances, puisque celles-ci ne pouvaient être remboursées que si elles étaient pratiquées comme des actes médicaux (sans spécification psychanalytique), par des médecins donc, ce qui, un temps, permit d’envisager – et de pratiquer – un contrôle de certains praticiens par les autres ! En contradiction, donc, de facto, avec le moment freudien de 1926 retenu par le Manifeste.

voies libertaires

Peut-être faudrait-il, par souci de respecter les efforts et les travaux de ceux qui, rebutés par les aspérités des politiques institutionnelles, explorèrent et explorent encore d’autres voies associatives, signaler quelques initiatives prises par des psychanalystes, qui ont tenté d‘échapper aux difficultés précédentes et à leur retentissement sur la transmission psychanalytique, d’une part en élargissant le champ des intérêts psychanalytiques, d’autre part en n’établissant pas de cursus de formation : Confrontations, par exemple, dirigé par René Major, dans les années 70, le Collège des psychanalystes au cours des années 80. Mais on peut se demander, d’expérience, si justement l’absence de cursus proposé dans ces deux cas, la non existence d’étapes possibles dans une formation, ne concoururent pas à leur disparition.

différence psychothérapie/psychanalyse

À travers ce parcours rapide, on retrouve des marqueurs des difficultés durement éprouvées par les sociétés de psychanalyse : la différence psychothérapie/psychanalyse qui ne saurait être affirmée si aisément que le fait le Manifeste, non plus que la différence entre « certaines associations de psychanalyse et celles de psychothérapie » ! (p. 50) . Il arrive souvent que la demande du patient ne vise pas d’emblée ” l’ambition” qu’on nous dit ici ”originaire” de Freud : « une réponse concrète, singulière, sans pareille, et sans égale à la pulsion de mort » (p.9) Le patient vient demander un recours à sa souffrance et la distinction qu’il peut faire entre le thérapeutique et le psychanalytique est au moins hésitante. Il est fréquent que le psychanalyste ne puisse pas, lui, savoir jusqu’où son patient acceptera, trouvera le courage ou le plaisir d’aller, et sans garantie « d’un accès à une vie harmonieuse ou normalisée ». (p.8) C’est bien le maintien d’une « position d’analyste » qui permettra nécessairement d’effectuer le parcours mais elle ne suffit pas à le qualifier à tout coup du début. S’il paraît évident que l’intervention d’une structure étatique (évaluation, contrôle, fixation du nombre des séances, rapports à établir) est indésirable assurément dans une psychanalyse qui s’avère telle rapidement, est-elle acceptable (en pratique libérale en tout cas) dans un processus plus indécis où l’objectif thérapeutique occupera le devant de la scène mais où l’on sait d’évidence qu’une posture de soutien, de conseil, empêcherait son développement ?

posture psychanalytique

Cette posture psychanalytique ne va pas de soi. Radicalement différente de l’attitude sociale habituelle dans la vie courante, elle est à la fois accueil et ouverture d’un espace au discours de l’autre qui ne s’établira comme analytique que si l’analyste s’établit, lui, autant que possible, comme un objet de transfert disponible, et seulement disponible en tant que tel, c’est-à-dire aussi peu défini que possible (position asymptotique, compte tenu de toutes les indications fournies par l’adresse, le lieu, la personne, ses publications éventuelles, etc). Cela implique la mise en place d’un « cadre », dispositif définissant, lui, les coordonnées de la séance et auquel le désir de l’analyste peut trouver à se confronter ; il ne peut se maintenir que si on le préserve de la banalisation réduisant la séance à un contact social ordinaire, que si on en bannit les attitudes de complicité ou de séduction ou même de compassion, dangereuses actuellement pour l’évolution de la psychanalyse plus que des attaques frontales auxquelles elle a montré sa résistance. Un « manifeste pour la psychanalyse » devrait mettre en évidence l’importance de ce facteur. La « situation psychanalytique » est irremplaçable, telle que Freud l’a envisagée et même si les textes dans lesquels il a rapporté certaines de ses analyses ne peuvent constituer un guide de la pratique. Elle ne se maintiendra que si on met l’accent sur ces composantes.

transmission

Autre marqueur : la question du passage de la place d’analysant à celle d’analyste (l’une pouvant être évidemment contemporaine de l’autre). Autrement dit, la question de la transmission, même si l’on admet que l’analyste n’a à se reconnaître que de lui même – à condition de maintenir la nécessité de l’analyse personnelle et en refusant l’interprétation simpliste de la phrase. Autrefois régulée par l’analyse didactique et ses diverses modalités plus ou moins évolutives, insatisfaisantes, certes, on ne lui envisage ici que la passe. Peut-être faudrait-il rappeler pourtant que la première nécessité apparue quant à ce passage, c’est l’abstention de l’analyste dans le processus et que ce sont les dispositifs de cet évitement que les sociétés d’analyse ont essayé d’abord de mettre au point, avec plus ou moins de bonheur. Mais que s’y est ajoutée une aporie, dont on a pris peu à peu conscience et dont Lacan fait état comme on le rappelle dans le Manifeste, en citant Solal Rabinovitch : « son entreprise désespérée parce qu’impossible [celle] de faire une école sans groupe, c’est-à-dire une école qui ne dépende que des liens du discours analytique. » (p.34) Impossible en effet puisque, pour faire école, il faut sortir de la séance et que, même dans le dispositif ingénieux de la passe, des tiers viennent se mêler. Certes, la question est d’importance et constitue l’amorce de réflexions inépuisables à propos de la psychanalyse. De quoi travailler, et sans qu’une solution satisfaisante soit jusqu’à présent apparue. On aimerait pourtant que, dans un texte destiné à exposer la psychanalyse à un public éventuellement non averti,– c’est le sens d’un Manifeste – l’accent soit mis sur d’autres problèmes que celui-ci, dont la complexité ne surgit probablement qu’aux yeux de ceux qui s’y sont déjà engagés.

politique institutionnelle

Aporie qui déborde largement la question de la passe : un groupe psychanalytique est traversé, certes, par des effets qui relèvent des transferts, transferts en cours, transferts dont les restes peuvent ne pas se résoudre, avec les courants d’agressivité ou d’attachement passionné qu’ils suscitent. Mais il est aussi une formation politique, politique institutionnelle, plus ou moins intégrée dans la politique du pays où il fonctionne, même s’il exige, pour exister – on ne saurait assez y insister – de se trouver en démocratie. En principe, la distinction, chez des psychanalystes, devrait pouvoir se faire entre ces deux champs mais aussi devrait s’effectuer un travail sur le, la politique institutionnel(le) éclairé par la psychanalyse personnelle, libéré des conflits internes qui l’aliènent, ceci dans la visée de préserver son aspect subversif plutôt qu’insurrectionnel. L’expérience prouve ici qu’il n’en est rien, la persistance, trente ans après, du débat sur la dissolution de l’École freudienne par Lacan, tel qu’il apparaît dans le Manifeste – et si l’on tient compte de la place qu’il a prise dans les deux réunions de février – en est une preuve éclatante. On en attendait des hypothèses pour l’avenir. On a eu des retours à des conflits non dépassés dans lesquels le transfert et ses diverses manifestations pesaient et pèsent lourdement. Certes, l’histoire, y compris personnelle, comporte des enseignements. Mais, justement, avec quelles ouvertures ?

aspect cathéchistique

Et à propos d’histoire : la psychanalyse ne peut être envisagée que dans son contexte historique, tout au long de son développement historique qui se poursuit de nos jours. L’invention freudienne en est marquée, ne serait-ce que par le contexte social dans lequel elle est née (quel témoignage, à cet égard, que la correspondance intégrale de Freud à Fliess !). Freud remaniait les concepts qui lui paraissaient prendre forme. À ce moment-là, certes, où il passait d’une trouvaille à l’autre. Mais il n’a cessé de le faire jusqu’à sa mort. Lacan, lui aussi, remaniait, modifiait. Mais, sur certains points importants, touchant le cœur même de la métapsychologie, en particulier la différence des sexes, la sexualité féminine, rien pratiquement n’a changé alors que la métapsychologie, toute subversive qu’elle soit à l’époque, était profondément influencée par les mœurs contemporaines. La voie qu’on nous indique là, Lacan/retour à Freud, paraît se rapporter à un texte d’où tout changement serait exclu (Comment, quant au changement, et sur ce point, se satisfaire du « pas toute » lacanien ?) Pas la moindre lecture critique, pas non plus de tentative d’aggiornamento, comme si la société d’aujourd’hui, terreau sur lequel se développent les symptômes, les souffrances qu’on vient nous rapporter, était coupée de ces maux qu’elle contribue à faire naître et dont elle change la figure et la formulation. On peut affirmer que la problématique du Désir est universelle et intemporelle. On ne peut pas se contenter de proposer que, pour l’explorer et tirer de ce travail des effets qui permettent d’accéder à une vie « harmonieuse ou normale » (p.8), il faut se fixer sur le texte de Freud revu par Lacan dans la perspective du retour à Freud. L’entreprise paraît une sorte de croche-pied fait à la temporalité et qui, une fois encore, revêt un aspect catéchistique, s’accordant mal avec les perspectives de subversion, a fortiori d’insurrection.

ex nouveaux riches

Autre problème dont il n’est pas beaucoup parlé dans le Manifeste, celui de l’argent. De la nécessité – sauf circonstances exceptionnelles – d’un paiement de la séance par le patient. Certes, il arrive que, dans certaines conditions, on soit amené à mettre en cause ce qui paraît une règle utile : utile justement parce que, dans la visée de l’accès à cette vie « harmonieuse ou normale », intervient la prise en charge du patient par lui-même et, de préférence sans assistance, fût-elle celle de son psychanalyste ou celle de l’État (la Sécurité sociale). Le Manifeste insiste à juste titre, sur la différence entre visée thérapeutique et projet psychanalytique (réserve faite de l’indécision fréquente des commencements déjà signalée) ; mais ceux qui travaillent en institution et en libéral, et en particulier lorsqu’ils ne sont pas médecins, connaissent les questions que pose le passage d’un patient – sur sa demande – d’une modalité à l’autre, du gratuit ou remboursé, au paiement intégral. Le mouvement, même dans les cas où il paraît se faire facilement, implique un travail exigeant sur le statut même de la psychanalyse tel qu’il est ressenti par le patient. Exigeant pour le patient. Pour le psychanalyste aussi qui doit assumer, encore une fois, sa position. Laquelle n’est pas de travailler avec une clientèle riche s’offrant sous les espèces de la psychanalyse un objet luxueux supplémentaire – la cure est du reste souvent abandonnée dans ces cas – mais avec des patients qui établissent leur dépense (laquelle n’est pas exclusivement monétaire), en y insérant une recherche sur eux-mêmes qui leur permette d’accéder à une vie mieux vécue. Contre-transférentiellemment, ce devrait être vrai aussi pour les psychanalystes, dépossédés de la position de nouveaux riches qui fut souvent la leur dans les années soixante, soixante dix, en France et participant actuellement aux classes moyennes, sauf cas exceptionnels d’exploitation honteuse d’un masochisme hélas répandu.

public limité

Ces considérations amènent, en tant qu’elles mettent l’accent sur l’aspect social du public que touche la psychanalyse, à la question du niveau culturel de celui-ci. Et sur ce point, il est important de ne pas s’aveugler : la psychanalyse, dans sa pratique classique divan-fauteuil, est, de fait, réservée à une proportion étroite de la population, même dans les pays dits évolués, malgré et avec ses potentialités subversives. Et en dépit des vues premières de Freud qui lui prévoyait des extensions telles qu’elle pourrait toucher la société dans son ensemble, prévisions qui furent rapidement abandonnées. Non parce qu’elle exige une instruction de niveau supérieur, ou l’accès à des processus de savoir complexes, mais parce qu’elle demande un accès au langage suffisant pour que des défaillances dans la rationalité de celui-ci n’apparaissent pas au sujet comme des mises en causes alarmantes mais comme des ouvertures à une autre et meilleure connaissance de soi, éclairant des points conflictuels restés obscurs, permettant de les élaborer et de les dépasser. La psychanalyse ne s’effectue que dans les dépassements du vouloir dire, le transfert permet d’en assumer l’angoisse, la détresse parfois, le plaisir aussi. Certes, l’apprentissage scolaire ou universitaire ne le garantit en rien, des systèmes de défense névrotiques peuvent s’y opposer, les « résistances » avec toutes leurs complexités. Mais la fréquentation usuelle des langages, les langages d’une même langue, sur un mode autre qu’opératoire, l’approche réflexive des problèmes – y compris la réflexion sur soi – que propose le cours des jours, y sont nécessaires, en apportent la possibilité. Si la « culture » n’y suffit pas, elle en dispense les occasions, en montre des modèles. Et opère, de fait, un tri dans le public concerné par la psychanalyse. Par la cure psychanalytique. Sauf exceptions, encore une fois. Quitte à montrer ses limites, celles du sujet supposé savoir, aussi bien analysant qu’analyste.

normes administratives

Car, bien entendu, les effets de la psychanalyse ne sont pas limités à ceux qui résultent des cures conformes aux critères classiques. Le Manifeste signale à juste titre l’imprégnation de la société actuelle par la psychanalyse. Cela ne vient pas seulement du divan. Mais, d’une part des moyens de communication actuels, livres revues, etc., soutenant l’intérêt soulevé en France à partir des années 1950 (pour le meilleur et pour le pire). D’autre part – important de ne pas l’oublier car cela ramène au voisinage psychanalyse/psychothérapie – parce qu’une partie importante du travail qui se fait en institution – psychothérapies surtout – s’inspire de la psychanalyse, d’autant plus qu’il est pratiqué par des médecins ou psychologues qui ont un exercice psychanalytique privé. Quelles que soient les difficultés qui ont pu marquer en milieu institutionnel la nouvelle voie d’abord du trouble mental, infantile en particulier, son adoption parfois réticente par les soignants, les problèmes posés par la confrontation de méthodes inspirées de la psychanalyse avec les normes administratives, c’est ainsi, pendant une cinquantaine d’années, que la psychanalyse a pris une plus large place dans le public, et, dans ce cas, une place non élitiste qu’on peut, dans nombre de cas, considérer comme bénéfique.

logique managériale + cognitivisme

Cela doit être mis à l’imparfait, selon le Manifeste. On le sait, en effet. Quelques pages très énergiques et justes (de 108 à 115) montrent comment la « logique managériale » actuelle, associée à la mode du cognitivisme, entre autres, menace de balayer ce qui s’était peu à peu construit et où la psychanalyse – même si elle avait marqué sa différence dans l’institution – ne saurait se reconnaître. On ne peut qu’approuver. (On l’a déjà fait en signant différentes pétitions) Et rejeter « le savoir du bien-être, de la bonne santé mentale qu’il s’agit d’enseigner aux individus, ignorants de leur propre bien ». (p.115) La psychanalyse, affirme le Manifeste, « se situe à l’envers de ce discours ». (id.) Sans doute. Mais le même Manifeste, rappelons-nous, a retenu, dans ce que propose la psychanalyse, on l’a déjà plusieurs fois évoqué, « l’accès à une vie harmonieuse ou normale. » Son effort devrait alors porter précisément sur l’exploration de la différence entre les deux propositions, évidente peut-être pour un psychanalyste, ténue et complexe sans doute pour un quidam intéressé et qu’on ne peut éclairer d’emblée en appuyant la proposition freudienne « originaire » déjà citée : « une réponse concrète, singulière, sans pareille et sans égale à la pulsion de mort. » Outre qu’un long travail est nécessaire pour éclaircir cette formulation (qu’on peut contester), c’est justement là que l’on se trouve à la rencontre entre le discours politique et le discours psychanalytique, ou, préférentiellement, de la séance. En admettant que cette rencontre soit possible, qu’on s’y prête, elle fait appel à des notions culturelles. Nous y revoilà…

Le but d’un Manifeste pour la psychanalyse devrait être d’étudier les conditions actuelles selon lesquelles elle peut se pratiquer sans se défigurer. Cela veut dire qu’il s’adresse à nombre de gens qui ont effectué – ou sont intéressés par – une formation psychanalytique mais aussi à un public plus large, ceux qui envisagent d’entreprendre une psychanalyse pour des raisons personnelles. Sans excepter ceux qui s’intéressent à la psychanalyse sans vouloir y entrer.

les errants

Parmi les premiers, beaucoup, à l’heure actuelle, hésitant devant la multiplication des groupes analytiques qui résultent de scissions dont les causes sont difficiles à élucider (et en ont conservé des cicatrices voyantes), n’ont pas adopté des modalités de formation classique, analyse personnelle plus formation programmée avec inscription dans une association, quelle qu’elle soit. Ce qui ne les empêche pas de fréquenter séminaires, groupes de travail, etc. Le Manifeste fait allusion à cette dernière situation (les « errants ») mais ne s’y attarde pas. Or, c’est dans ces cas-là que se pose de façon aigüe la question du statut de la psychanalyse, surtout si l’on se rallie au projet d’opter pour que le statut en question soit garanti, et comme le suggérait René Major dans un courrier récent au bulletin de la SIHPP, garanti donc par les sociétés analytiques, en tant que pis aller s’entend, mais sociétés soumises à la reconnaissance par l’État. Pourtant, si l’on se réfère à la rubrique des dites sociétés dans les dernières années, on imagine les rivalités et conflits qui ne manqueront pas d’intervenir entre elles quand il s’agira d’obtenir leur reconnaissance comme instances délivrant le titre de psychanalyste. Sur quels critères s’appuyer ? Quelles sont celles que retiendra l’État ? Dépasseront-elles les frontières ? (6« ) Tiendront-elles compte de l’existence de l’IPA ? Tous les problèmes de la transmission resurgiront là, à l’échelle collective cette fois. Ils se sont du reste déjà manifestés dans la mesure où c’est l’existence chaotique même des associations psychanalytiques qui a découragé les éventuels postulants et les maintient hors champ associatif.

prendre le maquis ?

À moins d’une inscription de nécessité, absurde dans un parcours psychanalytique, ils y demeureront, soupçonnés alors de faire partie des « charlatans » réputés polluer le milieu psychanalytique, mettre en danger leurs concitoyens et échapper aux réglementations fiscales des professions libérales. Comment aborder cette question-là, non seulement à la place du psychanalyste sans « reconnaissance » quoique de bonne foi et formation, mais à la place aussi d’un public enclin à demander des garanties, surtout à l’ère de judiciarisation où nous vivons ? Serait-il alors possible de « prendre le maquis », selon différentes formules possibles ? C’est autour de ces problèmes que la psychanalyse actuellement pourrait, devrait, se manifester.

  • 1 Manifeste pour la psychanalyse, Paris, Ed. La fabrique, 2010, quatrième de couverture.
  • 2 On remarquera que c’est aux USA que se sont réfugiés – et qu’ont poursuivi écrits et pratique – certains des premiers successeurs de Freud chassés par le nazisme, dont Theodor Reik justement, le psychanalyste profane de ce « premier moment ».
  • 3 Par exemple : Élisabeth Roudinesco, La bataille de cent ans.
  • 4 À rappeler le retard pris par les désaccords et rivalités autour de la traduction des Œuvres complètes de Freud en français qui ont retardé leur parution totale jusqu’à aujourd’hui.
  • 5 À la page 23 du Manifeste, le mot apparaît au pluriel dans une citation de Franz Wittels, il est repris une première fois entre guillemets et au singulier dans les lignes suivantes, désignant Lacan, puis sans guillemets deux pages plus loin, non sans quelqu’ironie suppose-t- on. Mais le signifiant insiste.
  • 6 Question à considérer si l’on prend en compte la politique d’expansion de la psychanalyse rondement menée par les Français dans des pays, Chine, Russie, etc. , où l’état de droit n’est guère assuré.

Vous êtes tous fous !

Tous fous !

Par Roland Gori

L’évolution actuelle de la psychiatrie vers la santé mentale ne repose pas sur une exclusion stigmatisante mais au contraire sur une inclusion toujours plus étendue des populations dites « à risques » de par l’extension sociale de la norme et des dispositifs de contrôle. Il y a donc véritablement un gommage anthropologique de la folie et des souffrances psychiques et sociales, lesquelles se trouvent réduites à des troubles du comportement.

intrusions de plus en plus précoces et de plus en plus féroces dans les espaces de l’intimité

Cette extension sociale de la norme et des dispositifs de gestion des populations à risques explique tout autant la transformation des savoirs sur la folie que les injonctions techno administratives modifiant les pratiques des soignants.
La préférence pour les savoirs neurogénétiques, au-delà de ce que les recherches du même nom apportent, disculpe la société de la part qui est la sienne dans la fabrique de la folie et justifie le traitement des déviances sociales par des dispositifs sécuritaires de dépistage et de gestion des risques, supposés biologiquement déterminés. Du coup la psychiatrie, rebaptisée santé mentale, inclut toujours plus de personnes dans son dispositif, permet des intrusions de plus en plus précoces et de plus en plus féroces dans les espaces de l’intimité. Cette recomposition idéologique du champ de la santé mentale bouleverse les pratiques soignantes au profit d’une gestion toujours plus instrumentale au sein de laquelle le patient psychiatrique, notre frère en vulnérabilité psychique et sociale, se trouve pris dans les rêts d’une médicalisation qui le chosifie et l’expose à la marchandisation autant qu’à la violence déshumanisante.

En contrepartie de cette nouvelle forme de capture des souffrances psychiques et sociales dans des dispositifs frénétiquement sécuritaires et biologisants, les patients et leurs familles se voient concédés un statut social de victime (de leur nature ou de leur environnement), de porteurs de handicaps à dédommager ou de clients de soin à satisfaire.

démantèlement de la psychiatrie

Ce démantèlement de la psychiatrie n’a été possible, là comme dans les autres services publics, que par une alliance idéologique libéro-libertaire mettant en pièces le pouvoir psychiatrique en tant que représentant du pouvoir de l’État, dans ses fonctions psychiques autant que sociales, et la colonisation progressive de ce champ de ruines par les forces du marché. Ainsi s’explique peut-être la violence de certains affrontements théoriques et institutionnels, par exemple à propos de la petite enfance ou des traitements psychiatriques, moins par la nécessaire confrontation scientifique de leurs résultats ou de leurs concepts que par leurs utilités sociales et politiques.

il est possible de prendre soin de la folie et de la souffrance psychique

Aujourd’hui, il s’agit moins d’exclure le fou que d’inclure toujours plus au nom de la dangerosité qu’ils représentent les individus et les populations à la marge, façon comme une autre de masquer un retour des classes dangereuses que les crises financières et économiques autant que politiques et culturelles favorisent.
Les documentaires proposés retracent le moment fécond d’expériences innovantes montrant qu’il est possible de prendre soin de la folie et de la souffrance psychique, point de réel de toute «humanité dans l’homme». A distance du pouvoir asilaire qui exclut, autant que de la contrainte normative des réseaux de santé mentale qui appauvrissent le vivant dans sa diversité et sa singularité – ce qu’illustrent certains documentaires – d’autres attestent de l’histoire sans cesse recommencée de ceux qui prennent soin de la folie en tant qu’elle reflète l’expérience tragique de la condition humaine et la manière dont une société la capture et la qualifie.

[Document : Sans titre]



PROGRAMME

Mercredi 15 juin

Histoires autour de la folie

Film de Paule Muxel et Bertrand de Solliers (France, 1993, en deux parties : 1h47mn et 1h44mn) – Prix Louis Marcorelles, Cinéma de Réel, 1993 – Premier Prix, Figueira de Foz, 1993 – Silver Hugo Awards, Chicago, 1993

Depuis la Seconde Guerre mondiale, les traitements psychiatriques ont beaucoup évolué : à l’enfermement hérité du XIXème siècle s’est substituée la volonté de réinsertion, tandis que le regard médical et social sur la folie se transformait. Ville-Evrard, en région parisienne, est un hôpital de santé mentale modèle, tel qu’on les concevait voici plus d’un siècle. Les réalisateurs donnent la parole à certains de ceux qui y ont vécu ou travaillé, retraçant ainsi la genèse de l’histoire psychiatrique occidentale.

1ère partie : une traversée dans la mémoire vécue, depuis l’ancien « asile de fous » des années 1920 jusqu’à l’hôpital des années 1970/1980 ; 2ème partie : au début des années 1990, la notion d’asile a disparu, l’hôpital de jour devient le lieu de soins privilégié.

Séances à 18h (première partie) et 21h (deuxième partie)

Entre la 1ère et la 2ème partie du film, débat avec Bertrand de Solliers et les organisateurs du festival, Madeleine Abassade, Olivier Apprill, Catherine Caleca, Barbara Cassin, Stefan Chedri, Chandra Convidassamy, Françoise Gorog, Sophie Legrain, Nicolas Roméas.


Jeudi 16 juin

L’enfance sous contrôle

Documentaire de Marie-Pierre Jaury (France, 2009, 52 mn) – Production : Point du jour, CNRS images, ARTE France

Aujourd’hui, dans nos sociétés post-modernes, les troubles du comportement de l’enfant et de l’adolescent sont devenus une préoccupation centrale. Certaines études scientifiques, relayées par le discours politique, affirment que l’on peut y voir les prémices d’un parcours délinquant.

En Europe, aux Etats-Unis, au Canada, la recherche s’emploie à trouver les origines médicales (psychiatriques, neurologiques, génétiques) à la violence de certains jeunes et préconise un dépistage toujours plus précoce. La délinquance est-elle une maladie ? La science et la médecine peuvent-elles répondre à des questions qui, hier encore, relevaient de l’éducatif et du social ? Ce film a été tourné au Canada, aux Etats-Unis, en Belgique, en Angleterre et en Allemagne. Au fil de témoignages, analyses, situations, le but de ce film est de déconstruire et d’examiner le regard que la science actuelle porte sur nos enfants, et le modèle de société qui en découle.

Séance à 21h
 
Débat avec Marie-Pierre Jaury, Sophie Dufau, Sylviane Giampino, Roland Gori, Pierre Suesser, Catherine Vidal.

Séance à 11h Débat avec Antoine Boutet, Olivier Apprill, Françoise Gorog.


Vendredi 17 juin

Le moindre geste

Film de Fernand Deligny, Josée Manenti et Jean-Pierre Daniel (France, 1962-1971, 1h35mn) – Production : Iskra – Sélectionné par la Semaine de la Critique, Cannes, 1971

Écrivain et pédagogue, Fernand Deligny (1913-1991) influença nombre d’artistes et d’intellectuels français. Sa réflexion sur l’autisme irrigua la théorie du rhizome de Deleuze et Guattari. Françoise Dolto lui confiait régulièrement des enfants vacillants et François Truffaut se tourna vers lui pour achever Les 400 coups. Tout au long de son parcours, Fernand Deligny joua des possibilités de la caméra, offrant avec Le moindre geste un film unique, l’un des plus fulgurants du cinéma français. Contant la fugue à travers les Cévennes de deux adolescents évadés d’un asile, entre western montagnard et néoréalisme intégral, il y révélait la vraie nature de son projet : vivre et penser au plus près de l’humain.

Séance à 21h
Débat avec Jean-Pierre Daniel, Olivier Apprill, Julie Caupenne, Bertrand Ogilvie.


Samedi 18 juin

Le plein pays

Film d’Antoine Boutet (France, 2009, 58mn) – Production : Red Star Cinéma – Prix du Public, Belfort, 2009 – Prix du jeune public, Visions du réel, 2010

Quelque part dans une forêt du sud-ouest de la France, un homme vit reclus depuis une trentaine d’années. Ermite et artiste, il sculpte des blocs de pierre qu’il a sortis de terre, bâtit un réseau de tunnels et de grottes, enregistre sur bandes magnétiques des messages apocalyptiques qui expriment sa hantise de la maternité… Il y a du Sisyphe et du Artaud chez cet homme des bois qui fait de sa vie une œuvre d’art et de son domaine un royaume, accouchant la Terre-Mère de ses cailloux et se lovant dans ses entrailles entre deux délires d’une poésie sidérante ! Pour réaliser ce film magnifique et pur, Antoine Boutet l’a patiemment approché pendant deux ans, passant progressivement du trouble à la compréhension.


Un monde sans fous ?

Film de Philippe Borrel (France, 2010, 53mn) – Production : Cinétévé

En 2010 en France, la folie déborde dans les rues et dans les prisons. Faute d’avoir trouvé une prise en charge adéquate dans les services d’une psychiatrie publique en crise profonde, ces malades chroniques se retrouvent de plus en plus exclus de la société. La réponse des pouvoirs publics s’est jusqu’ici focalisée sur des questions sécuritaires, au grand dam des professionnels, des patients et de leurs familles, qui s’alarment de voir désormais remise en cause leur conception humaniste de la psychiatrie, née il y a cinquante ans. Qu’est-ce qu’un soin psychique ? Peut-on traiter la maladie mentale comme toute autre pathologie ? Un monde sans fous ? démonte le discours sécuritaire qui tient lieu de politique de santé publique.

Séance à 15h

Débat avec Philippe Borrel, Patrick Coupechoux, Françoise Gorog.


Valvert

Film de Valérie Mréjen (France, 2008, 52mn) – Production : Aurora Films

L’artiste Valérie Mréjen a posé sa caméra à Valvert, hôpital psychiatrique de Marseille fondé dans les années 1970 dans un esprit d’ouverture et de libre circulation. Observant le quotidien de l’établissement et relevant l’évolution des pratiques de soin depuis sa création, elle mêle des entretiens avec le personnel soignant et des scènes de la vie des patients. « Lorsque j’ai commencé à préparer le tournage, explique-t-elle, l’une des contraintes fixées par la direction de l’hôpital était de ne pas filmer les patients. Ce film est en effet né d’une commande de deux psychiatres et deux infirmiers psychiatriques, désireux de faire enregistrer par un regard extérieur, la parole des soignants. Mais je me suis assez vite rendu compte qu’il serait vraiment dommage de ne pas filmer la vie quotidienne dans les pavillons… »

Séance à 18h

Débat avec Valérie Mréjen, Alain Abelhauser, Catherine Caleca, Dominique Lanza.


François Tosquelles, une politique de la folie

Film de François Pain, Jean-Claude Polack et Danièle Sivadon (France, 1989, 54mn) – Production : La Sept/ARTE

Cinquante ans d’histoire de la folie à travers la biographie et l’œuvre de François Tosquelles (1912-1994), psychiatre catalan réfugié à l’hôpital de Saint-Alban, en Lozère, à la fin de la guerre d’Espagne. Sous son impulsion, cet hôpital tenu par une congrégation religieuse devient un foyer de la psychothérapie institutionnelle. Dans ce film, François Tosquelles retrace les événements qui ont jalonné sa vie : le mouvement surréaliste, sa rencontre avec des psychanalystes d’Europe centrale, le POUM, la captivité, la Résistance… À partir de ces expériences marquantes, il milite pour une réforme en profondeur de l’institution hospitalière : création de clubs thérapeutiques, liberté de circulation des malades… Une nouvelle pratique de la psychiatrie, une nouvelle approche de la folie.

Séance à 21h

Débat avec Chandra Convindassamy, Franck Drogoul, Jean-Jacques Moskovitz.


Dimanche 19 juin

Solstices – Les enfants de la parole

Film d’Alain Richard (France, 2010, 80mn)

Solstices a soigné et éduqué, au long cours, des enfants souffrant de graves pathologies: autismes, psychoses, troubles du caractère et du comportement. Créé en 1975 par Bernard Durey et 12 couples d’accueil thérapeutiques très entourés et soutenus, entièrement autogéré en interne dans un dispositif démocratique (un homme, une voix), cogéré avec les tutelles, le service accueillait 36 enfants à temps complet. Le film montre comment une telle structure soignait par la parole, la relation, le transfert, la vie quotidienne, analysés au sein des groupes d’accompagnement. Sans médicament, sans technique comportementale.« Pas de soin sans parole libre, pas de parole libre sans démocratie » écrit Roger Gentis dans la préface d’un livre de Claude Allione, consacré à Solstices. Cette « utopie réaliste », ce « laboratoire de l’autisme » (Jacques Hochman) a duré 30 ans.

Séance à 11h

Débat avec Claude Allione (sous réserve), Anne Golse, Patrick Geffard.


Sainte-Anne, hôpital psychiatrique

Film d’Ilan Klipper (France, 2010, 1h28mn) – Production : Les Films Grain de Sable, Arte France – Prix special du jury, Visions du Réel, 2010

À l’intérieur de l’enceinte de l’hôpital Sainte-Anne, à Paris, un imposant bâtiment haussmannien abrite un long couloir fermé à clef. Des hommes et des femmes en pyjama déambulent dans cet espace clos. Ils ont été hospitalisés dans ces services fermés de à la vie comprise dans son irréductible polyphonie et hétérogénéité. Aucun artifice de réalisation ne vient parasiter le spectacle d’un homme, d’un visage, d’une voix exprimant des notions ardues mais passionnantes.l’hôpital à l’initiative de la police ou bien à la demande d’un proche. Consultations, neuroleptiques, mais aussi chambres d’isolement et ceintures de contention font partie du quotidien… Ilan Klipper s’est immergé pendant plusieurs mois dans deux unités de soins pour adultes à Sainte-Anne. Dans la lignée du cinéma direct, il en a ramené des images fortes, parfois choquantes, montées sans commentaire.

Séance gratuite à 15 h en partenariat avec

Débat avec Ilan Klipper, Barbara Cassin, Michel Lecarpentier, Marie-Blanche Régnier, Bernard Dhaussy.


L’invisible

Interview de Jean Oury réalisée par Nicolas Philibert (France, 1996, 45 mn) – Produc- tion : Les Films d’ici, ARTE France

Nous sommes à La Borde où Nicolas Philibert a tourné La moindre des choses, clinique dirigée par le psychiatre Jean Oury qui se prête ici à un entretien avec le cinéaste. Plans fixes, quelques fondus au noir rythment les articulations de la pensée. Oury évoque lefilm de Philibert, qui témoigne de la vie quotidienne, de la question du transfert et des désirs inconscients. Il rappelle à quel point ce qui relève du non visible est essentiel

Séance à 18h

Débat avec Nicolas Philibert, réalisateur, Jean Oury (sous réserve), Olivier Apprill, Nicolas Roméas.



Lundi 20 juin

Aujourd’hui ça s’appelle pas

Prix d’Alice Bethular (France, 2002, 52mn) – Production : Cargo – Prix au festival vidéo de Lorquin en 2003

Après deux années de travail sous la direction du metteur en scène Bruno Boussagol, six enfants de la troupe « Aujourd’hui ça s’appelle pas », du centre hospitalier Ste Marie du Puy en Velay, ont joué en tournée leur spectacle « La route Paradis » un peu partout en France, puis à Paris. Au terme de cette aventure, la troupe décide de partir à pied, accompagnée d’ânes et de randonneurs, sur le chemin emprunté au XIXème siècle par René-Louis Stevenson, pour présenter son spectacle à un public rural dans de petites salles de village.

Séance à 21h

Débat avec Bruno Boussagol, Barbara Cassin, Jean-Jacques Gorog, Valérie de Saint-Do.


Mardi 21 juin

Bruit blanc – Autour de Marie-France

Film de Valérie Urréa (France), 1998, 50mn – Production : Les Films Pénélope

Mathilde Monnier, directrice du centre chorégraphique de Montpellier Languedoc Roussillon, a rencontré lors d’un atelier Marie-France, qui souffre d’autisme infantile précoce et vit en milieu hospitalier. La jeune femme l’intrigue avec sa présence physique surprenante, ses postures d’oiseau, ses positions que même un danseur ne peut imiter. Petit à petit, au fil de séances régulières, elles inventent ensemble des gestes qui vont composer un surprenant duo, Bruit blanc. La réalisatrice Valérie Urréa filme en témoin attentif ce curieux dialogue qui, loin des mots, naît du mouvement et du contact des corps.

Séance à 21h

Débat avec Valérie Urréa, Mathilde Monnier (sous réserve), Madeleine Abassade, Marie-José Mondzain.



Les participants

Madeleine Abassade, chargée de l’action culturelle à l’Institut Marcel-Rivière de la Verrière (15/06, 21/06) Alain Abelhauser, psychanalyste, professeur de psychopathologie clinique (18/06) Claude Allione, psychanalyste, directeur de l’Institut de formation Audit (19/06) Olivier Apprill, journaliste, Arte (15/06, 17/06, 18/06, 19/06)


Philippe Borrel, réalisateur (18/06) Bruno Boussagol, metteur en scène de la troupe « Aujourd’hui ça s’appelle pas » (20/06) Antoine Boutet, réalisateur (18/06) Catherine Caleca, psychologue clinicienne, MCF (15/06, 18/06) Barbara Cassin, philosophe (15/06, 19/06, 20/06) Julie Caupenne, professeur de Lettres, ADA (17/06) Stefan Chedri, psychanalyste (15/06) Chandra Convidassamy, psychiatre, psychanalyste (15/06, 18/06) Patrick Coupechoux, journaliste, auteur de Un monde de fous : Comment notre société maltraite ses malades mentaux, Seuil, 2006 (18/06) Jean-Pierre Daniel, réalisateur (17/06) Valérie de Saint-Do, journaliste, Cassandre/Horschamp (20/06) Bertrand de Solliers, réalisateur (15/06) Bernard Dhaussy, infirmier en hôpital psychiatrique (19/06) Franck Drogoul, psychiatre, psychanalyste, revue Institutions (18/06) Sophie Dufau, journaliste, Médiapart (16/06) Patrick Geffard, enseignant, praticien de la pédagogie institutionnelle (19/06) Sylviane Giampino, psychanalyste, psychologue petite enfance, pas de 0 de conduite aux enfants de trois ans (16/06) Anne Golse, psychologue clinicienne, MCF en sociologie (19/06) Roland Gori, psychanalyste, professeur émérite des Universités, initiateur avec Stefan Chedri de l’Appel des appels (16/06) Françoise Gorog, psychiatre, chef de service de l’Institut de psychanalyse du centre hospitalier Sainte-Anne, psychanalyste (15/06, 18/06) Jean-Jacques Gorog, psychiatre, pédopsychiatre (20/06) Marie-Pierre Jaury, réalisatrice (16/06) Ilan Klipper, réalisateur (19/06) Dominique Lanza, psychologue clinicienne (18/06) Michel Lecarpentier, psychiatre, clinique de La Borde (19/06) Sophie Legrain, ingénieure d’étude (15/06) Marie-José Mondzain, philosophe (21/06) Mathilde Monnier, directrice du centre chorégraphique de Montpellier Languedoc Roussillon (21/06) Jean-Jacques Moskovitz, psychiatre, psychanalyste (18/06) Valérie Mréjen, réalisatrice (18/06) Bertrand Ogilvie, psychanalyste, professeur de psychologie (17/06) Jean Oury, psychiatre, directeur de la clinique de La Borde (19/06) Nicolas Philibert, réalisateur (19/06) Edwy Plenel, directeur de Mediapart (18/06) Marie-Blanche Régnier, vice-présidente du syndicat de la magistrature (19/06) Nicolas Roméas, directeur de la revue Cassandre/Horschamp (15/06, 19/06) Pierre Suesser, pédiatre en protection maternelle et infantile, pas de 0 de conduite aux enfants de trois ans (16/06) Valérie Urréa, réalisatrice (21/01) Catherine Vidal, neurobiologiste, directrice de recherche à l’Institut Pasteur, pas de 0 de conduite aux enfants de trois ans (16/06)}}}


Tarif unique de 6 euros par séance, à l’exception de Sainte-Anne, hôpital psychiatrique : séance gratuite le dimanche 19 juin à 15h en partenariat avec ARTE Actions culturelles.

Pass week-end (samedi 18 et dimanche 19 juin) : 15 euros Pass semaine (pour tous les films du festival) : 30 euros

Renseignements : Tel : 01 46 33 97 77 (Les 3 Luxembourg)

La psychologie ne conduit à rien

Le Post

Un député UMP veut supprimer la psychologie, la sociologie et la géologie à l’Université, car « elles ne conduisent à rien« 

Connaissez-vous Fernand Siré ? C’est un député UMP des Pyrénées Orientales. Jusque là il n’a que peu fait parler de lui. Cependant depuis quelques semaines, il est devenu incontournable dans le milieu universitaire.

En effet, dans le cadre d’une réunion de la commission des affaires sociales, le 16 mars 2011, il a eu cette sortie :

« Mieux vaudrait rationaliser les dépenses en supprimant toutes les filières qui ne conduisent à rien – par exemple psychologie, sociologie ou encore géologie à l’université – « 

Tout ça parce que selon lui « on perpétue des classes dans le seul intérêt de professeurs dont le souci est uniquement de protéger leur emploi. »

Inutile de vous dire que les intéressés sont vent debout. Le réseau Educ Pros passe le lien vers le blog du professeur Michel Abhervé qui a soulevé le problème en premier.

La fédération française des psychologues et de psychologie a adressé une lettre ouverte au député pour s’indigner de ses propos. Enfin donc ça grogne. Sans que jusqu’à présent la ministre en charge du dossier des Universités, Valérie Pécresse se soit manifestée.

Reste que je me pose quand même une question. La socio, la psycho ont toujours eu mauvaise presse auprès de certains à droite. Ils considèrent que ce sont des matières pour gauchistes et qui ne mènent à rien, soit. Mais la géologie, pourquoi ?

Et vous que pensez-vous des déclarations de ce député ?

Sources : Assemblée nationale, Blog Michel Abhervé

Le psychothérapeute, le psychologue(-psychanalyste) et le psychopraticien relationnel

Petite conversation avec une directrice d’institution médico-sociale

Ou une robe couleur de temps

Par Jean-Noël Donnart

Nous nous trouvons dans la singulière situation d’avoir à demander la reconnaissance d’un titre qui, jusque-là, nous était acquis de fait, et que nous ne revendiquions pas. De fait, puisque exercer en C.M.P. ou C.M.P.P. par exemple, ne requerrait jusqu’à présent que le D.E.S.S. ou le Master 2 de psychologie. Qu’en sera-t-il à l’avenir?

mi rages

Dialoguant récemment avec une directrice d’institution médicosociale, il me vint de lui dire que je me plierai à cette nouvelle exigence légale mais que je ne revendiquais nullement cette étiquette. Après-tout, je ne me reconnais guère dans cette idée de «faire des psychothérapies» ou d’être «psychothérapeute», et n’y tiens pas particulièrement. Ceci l’étonna. J’ajoutais que donner la possibilité à des enfants ou des adolescents de «rencontrer un psychologue pour parler» me paraissait bien suffisant. Formulation certes plus longue, moins technicienne, mais plus proche de la réalité de l’expérience et surtout plus en phase avec la conception que nous pouvons nous forger, avec la psychanalyse, de ce que parler à quelqu’un peut vouloir dire – ce qui éloigne radicalement des mirages de la-dite psychothérapie.

un véritable biais

Faudrait-il que je revendique cette dernière désormais ? M’apparut alors que ce mot, avec lequel je ne me suis jamais senti en phase, était pourtant, déjà, d’un usage courant dans le C.M.P.P. dans lequel je travaille. Nous y parlons de «liste d’attente des psychothérapies», y discutons de l’importance de la proposition d’une psychothérapie pour tel enfant…etc. Mais mon interlocutrice, d’abord surprise, n’était pas d’accord : en C.M.P.P. vous faites bien de la psychothérapie, affirma-t-elle, à la différence d’un I.M.E. par exemple, où «la prise en charge est globale» et où on ne peut pas parler de psychothérapie. Ainsi, les psychologues exerçant en I.M.E. n’auront guère besoin de revendiquer ce statut, ajouta-t-elle…
Précieuse indication de mon interlocutrice qui, tout en comprenant ce que je voulais dire, n’en perdait pas le fil… Où l’on aperçoit déjà l’usage qui pourra être fait – et sera donc fait à n’en pas douter (à l’initiative de qui ?) – de ces subtiles distinctions qui introduisent un véritable biais dans la fonction du psychologue. Il y aura les avec/avec (psychologue/psychothérapeute), les avec/sans (psychologue/non psychothérapeute). On attend donc, les sans/avec (non psychologue/psychothérapeute) dans le secteur médicosocial.

Avant cette pénible affaire, le signifiant «psychothérapie» était un «semblant» que nous pouvions utiliser à notre guise : l’affirmer ou le réfuter à l’occasion suivant le contexte. On s’en passait, mais nous pouvions nous en servir pourrait-on dire ! Aujourd’hui, il prend une toute autre consistance, et telle, je crois, que nous ne pouvons pas ne pas revendiquer ce titre. Prétendre ne pas pratiquer «la psychothérapie» en C.M.P.P. n’est guère audible – sous réserve que cela soit judicieux ! – a fortiori dans la langue managériale de l’ARS.

peau d’âne couleur du temps

Ceci me ramène à une petite anecdote : exerçant, par le passé, dans un lieu moins hospitalier, je me souviens que nous y parlions aussi fréquemment de «psychothérapie», mais il s’agissait alors de repérer en quoi l’enfant ou l’adolescent était «prêt» ou non à ladite thérapie – bilan psychologique à l’appui. L’enfant ou l’adolescent «recalé» se voyait alors indiquer une rééducation en psychomotricité ou était invité à rencontrer une orthophoniste, voire un éducateur. Solutions supposées contourner l’obstacle. Croire à ce point à la psychothérapie conduit à ces impasses, fondées sur la méconnaissance assez radicale du réel en jeu. Cela révèle surtout que le maître d’aujourd’hui, en ciblant de la sorte «la psychothérapie» vise juste – quant à la ségrégation. Le discours du maître ordonne, classe, organise la ségrégation : on est prêt ou pas à la psychothérapie comme on sera inscrit ou pas sur les listes de psychothérapeutes pourrait-on dire.

Que faire de cette robe couleur de temps et surtout de cette nouvelle peau d’âne ? La porter pour ce qu’elle est : un maigre signifiant qui consistera d’autant plus qu’on y portera crédit, d’autant moins qu’on saura en montrer et démontrer le ridicule – et, d’une certaine façon d’abord à nos patients, par une orientation décidée pour traiter le réel. Après tout, cet épinglage par un signifiant qui se veut identificatoire, relève d’une logique du symptôme et il s’agit à ce titre de le faire déconsister. Cet épinglage est cependant nouveau à cette échelle de massification – ce qui révèle sa face réelle qui, elle, n’a pas encore montré toutes ses formidables potentialités.

Comme l’indiquait Jean-Claude Maleval dans son très intéressant texte [Instantanés N°306 NDLR] sur ces questions, la loi n’atteint pas son but en tant que filtre. On peut se demander si elle n’en atteint pas malheureusement d’autres, de façon annexe, quant à ce qu’elle peut ouvrir comme perspectives au manager moderne en quête de contrôle à l’égard d’une pratique qui, de structure, ne peut se prévaloir d’aucune garantie ni protocole.

État d’exception en psychiatrie : la démocratie enchaînée

Communiqué

Le 14 mai 2011,

À l’appel du Collectif des 39, associé avec de nombreuses organisations, une manifestation s’est tenue devant le Sénat le mardi 10 mai 2011 où était débattu le projet de loi relatif à la « protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques »

Plusieurs centaines de professionnels, patients, familles, artistes, citoyens, mais aussi des représentants de partis politiques et de syndicats ont crié leur opposition déterminée à la mise en œuvre d’une loi qui porte gravement atteinte à la dignité et à la liberté des personnes et qui dénature le concept même de soin.

soins sans consentement ad libitum

Chacun doit se sentir concerné car si cette loi est appliquée, qui sait si, demain, l’enfant dit « hyperactif« , la personne déprimée, l’adolescent en souffrance ne pourront pas, eux aussi, se voir contraints à des « soins sans consentement« , et cela d’autant plus facilement qu’ils auront lieu en dehors de l’hôpital, pour des raisons à la fois sécuritaires et économiques.

La possibilité pour chaque « soigné » de se déplacer librement se verra strictement encadrée par un « protocole de soins » – renommé programme de soins mais toujours décidé en Conseil d’État – qui fixera les lieux, le contenu et la périodicité des rendez-vous médicaux avec la menace de se voir hospitalisé si un élément du protocole n’est pas strictement appliqué.

une loi qui empêche la relation de confiance

Cette loi empêche donc activement l’instauration d’une relation de confiance, élément pourtant central du soin en psychiatrie et risque de pousser les patients à des actes désespérés plutôt que de les en protéger.

Qui peut croire que cette loi va dans le sens des « droits et d’une meilleure protection des personnes » alors qu’elle détruit toute possibilité de soins ?

Qui peut croire que les familles seront entendues dans leur demande d’aide alors que les patients seront mis en danger et fragilisés par cette loi ?

C’est la raison pour laquelle des sénateurs de la Commission des affaires sociales, tous bords politiques confondus ont demandé dans un premier temps le retrait des « soins » sans consentement en ambulatoire. Mais dans l’hémicycle, les centristes n’ont pas mis leurs actes en accord avec leurs déclarations.

Cette loi qui est en passe d’être votée, puisqu’elle repassera en deuxième lecture le 18 mai à l’Assemblée Nationale et le 16 juin au Sénat, est une loi contre les soins, contre les patients, contre les familles, contre les citoyens, contre les soignants.

C’est une loi qui détruit cette psychiatrie que nous voulons hospitalière pour la folie.

C’est une loi qui va dans le sens de la révision générale des politiques publiques (RGPP) et des ravages qu’elle cause (non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, désengagement de l’État dans le domaine de la protection sociale etc…).

C’est une loi qui entérine la destruction du travail de secteur.

C’est pourtant une loi cohérente et « responsable » pour nos gouvernants, excluant les plus démunis d’entre nous, ceux qui « ne rapportent rien », ceux qui « coûtent trop chers ».

Nous n’en sommes plus à une « déraison d’État » mais à l’application méthodique d’un plan qui économise et qui place 500 000 malades mentaux en otages d’un plan de rationnement et d’une campagne électorale douteuse. Pour cela tous les moyens sont bons : énonciation de contre-vérités, pressions exercées sur les représentants syndicaux, sur les représentants élus etc.

L’application de ce projet de loi a d’ores et déjà commencé avec l’instauration de dispositifs Justice/ARS/médecins chefs de pôle/directeurs d’hôpitaux au nom du « réalisme ». C’est bafouer le principe même de la loi que de l’appliquer avant même qu’elle soit votée!

Le collectif des 39 refuse de participer à l’installation de ces dispositifs, construits avant même que la loi ne soit votée, et vous invite à faire de même.

recul des fondements même du pacte républicain

Nous restons mobilisés, patients, familles, professionnels, syndicats, partis politiques, avec l’appui de la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme pour exiger que ce texte ne puisse s’appliquer car il signe un recul sans précédent des libertés démocratiques et des fondements même du pacte républicain.

Le collectif des 39 contre la nuit sécuritaire

. 1 Collectifs de patients, mouvement contre la politique de la peur, syndicats, tous les partis politiques de gauche, Ligue des Droits de l’Homme, Syndicat de la Magistrature, Sud santé sociaux, syndicats de psychiatres publics, qui appelaient aussi à une grève largement suivie dans les hôpitaux psychiatriques

Georges Mauco (1899-1988) : un psychanalyste au service de Vichy. De l’antisémitisme à la psychopédagogie

Élisabeth Roudinesco, L’Infini, 51, automne 1995.

Georges Mauco (1899-1988) : un psychanalyste au service de Vichy. De l’antisémitisme à la psychopédagogie.


1 – JEUNESSE PARISIENNE

inspiration nazie

Si Georges Mauco reste peu connu dans l’histoire du mouvement psychanalytique français, il y joua néanmoins un rôle important qui mérite aujourd’hui d’être éclairé. Psychanalyste, pédagogue et démographe, il se fit remarquer en 1932 par une thèse sur les problèmes de l’immigration (1). Pendant l’Occupation il participa aux travaux de la revue L’Ethnie française dirigée par Georges Montandon et à la Libération, masquant son passé d’adepte du racisme et de l’antisémitisme, il réussit à se faire nommer par le général de Gaulle secrétaire du Haut comité de la population et de la famille, ce qui lui permit à la fois de poursuivre ses activités de démographe et de créer les premiers centres français de psychopédagogie d’inspiration freudienne, destinés à la réintégration des enfants atteints de troubles scolaires. Par son action, il fut ainsi parfaitement intégré au mouvement freudien français comme membre de la Société française de psychanalyse (SFP), entre 1953 et 1963, puis de l’Association psychanalytique de France (APF) jusqu’à sa mort.
Georges Mauco fut le seul psychanalyste français à avoir eu des activités collaborationnistes. Non seulement il rédigea des textes d’inspiration nazie, mais il témoigna contre le “danger juif” en août 1941 devant la Cour suprême de justice à Riom. À cet égard, son itinéraire est fort différent de celui de René Laforgue bien qu’il ait été son analysant et son disciple, et qu’il soit resté son ami.


Laforgue : Collaboration manquée

On sait que dans son ensemble, le mouvement freudien français n’opta ni pour la Collaboration ni pour la Résistance. Si Paul Schiff fut le seul authentique résistant de l’année 1940, René Laforgue fut le seul, entre 1940 et 1942, à tenter de convaincre les nazis, et notamment Matthias Heinrich Göring, de créer à Paris un institut de psychothérapie “aryanisé” sur le modèle de celui de Berlin. Il échoua, n’ayant pas à leurs yeux les qualités requises pour une telle entreprise. Membre de la Ligue contre l’antisémitisme, Laforgue n’avait jamais publié le moindre texte suspect. L’histoire de son collaborationnisme se résuma donc, comme j’ai eu l’occasion de le montrer, à une histoire tragique et abjecte de “collaboration manquée” dont il se sentit coupable toute sa vie et qui fit de lui une personnage “maudit”, accusé à tort par ses adversaires, adulé par ses épigones(2).

Rien de tel dans l’itinéraire de Georges Mauco qui fut un notable de la psychanalyse. Célèbre en son temps, publié par les meilleures maisons d’édition, reconnu par ses pairs comme un humaniste il n’eut jamais de remords. La plupart de ses collègues ignoraient ses activités passées et ses écrits antisémites pourtant accessibles. D’autres préférèrent les ignorer.

un démographe raciste célinien

L’ascension sociale de Mauco, ses opinions, son enfance nous sont connus par les souvenirs qu’il publia en 1982 dans son autobiographie et par un entretien inédit accordé à Jean-Pierre Bourgeron un an auparavant(3). Quant à ses activités de démographe raciste, elles furent analysées pour la première fois par Patrick Weil, en 1991, dans un livre intitulé La France et ses étrangers qui retrace l’aventure politique de l’immigration entre 1938 et 1991 (4).

Bien que les souvenirs de Georges Mauco soient reconstruits de manière apologétique, ils sont révélateurs des obsessions du personnage, de ses pensées, de sa sexualité, de ses actes. Né à Paris le 16 avril 1899, il est le fils d’un garçon de café qui s’enrichira ultérieurement en devenant propriétaire de bistrot. De ces années d’enfance, l’auteur garde un souvenir qui le marquera toute sa vie : “Un jour, comme je remontais le petit déjeuner, je vis ma grand- mère assise sur la chaise, une cuvette entre les jambes pour se laver. La vue du noir de son sexe me frappa ainsi que notre gêne mutuelle. Ma grand-mère avait été habituée à cette vie misérable(5).”

Placé à la campagne chez un ouvrier agricole, avec sa sœur et son frère, il y apprend le culte des racines terriennes et en retire une solide détestation des bourgeois, des riches et des classes dominantes. Il décrit un univers célinien dans lequel il se vit comme un marginal appartenant au peuple des damnés. Nul doute que ce sentiment d’exclusion jouera un rôle majeur dans l’intérêt qu’il portera plus tard aux étrangers, aux immigrés, aux inadaptés.

Révolté contre les possédants, il rêve néanmoins de s’intégrer à la classe honnie, et quand son père achète un café à la porte Maillot, il est fier de fréquenter l’école communale de Neuilly. Le déclenchement de la Grande Guerre l’empêche de poursuivre ses études. Il passe alors un concours qui lui permet d’accéder à un poste de “classeur émargeur” au ministère des Finances. En 1918, il est mobilisé puis affecté comme soldat de première classe à l’armée d’Orient d’où il reviendra maréchal des logis en décembre 1920.

Pendant trois ans, les images d’un Orient colonial, sorti tout droit des romans de Pierre Loti forment la toile de fond d’un parcours initiatique dont se nourrit le jeune homme en quête d’aventures. Il a le goût des bordels, des prostituées, des marchés arabes, turcs et arméniens. Par l’exotisme, il adhère à la notion de hiérarchie des races et des mentalités. Entre 1924 et 1929, il ne cesse de voyager en Allemagne, en Russie, en Espagne, en Égypte, en Syrie, toujours à la recherche des “différences”.

À Paris, il passe une licence d’histoire après avoir suivi les cours de Jérôme Carcopino à la Sorbonne, puis il obtient un poste de répétiteur à l’école primaire supérieure Jean Baptiste Say. En 1924, il est maître interne à l’École normale des instituteurs de la Seine. Parallèlement, il commence une analyse avec René Laforgue, s’initie au freudisme et aux travaux de René Spitz et de Lucien Lévy-Bruhl. Le 31 août 1930, lors d’une visite où il accompagne Laforgue à Karlsbad, il fait la connaissance de Sigmund Freud qui aurait ce jour-là prononcé ces mots : “L’avenir de la psychanalyse est dans l’éducation, car mieux vaut prévenir que guérir(6).”

2 – PSYCHANALYSTE ET DÉMOGRAPHE

Vers 1933, Georges Mauco pratique la psychanalyse en suivant un contrôle avec Marc Schlumberger. Ainsi est-il intégré dès cette époque au groupe laforguien de la SPP. Il y fera la connaissance d’Alain Cuny, de Françoise Marette (future Dolto) et des représentants de la première et de la deuxième génération psychanalytique française.

Mais c’est d’abord comme démographe qu’il se rend célèbre en 1932 par la publication de la thèse de doctorat qu’il a soutenu avec le géographe Albert Demangeon : Les étrangers en France, leur rôle dans l’activité économique. Comme le souligne Patrick Weil, sa démarche est celle d’un nationaliste qui prône la nécessité d’une immigration de famille jeunes “pour fournir à long terme à la France l’apport de population dont elle a besoin (7).”


hiérarchie des ethnies, préjugé racial

L’ancien soldat des armées d’Orient est un chaud partisan de l’assimilation. Cependant, ses thèses s’appuient sur une conception de la hiérarchie des ethnies qui relève d’un préjugé racial. Mauco, en effet, défend la supériorité de certaines ethnies sur d’autres et soutient qu’une partie des étrangers sont d’emblée inassimilables: les Asiatiques, les Africains, les Levantins. Au bas de l’échelle, il situe les Arabes puis remonte vers les Belges et les Suisses – c’est-à-dire les francophones – en passant par les Grecs, les Arméniens, les Polonais, les Espagnols, les Italiens. Le vocabulaire utilisé est celui des stéréotypes constitués à la fin du XIXéme siècle. L’auteur parle d’”atavisme” slave, d’”impulsivité” italienne et de “dangers” pour la race : “Parmi la diversité des races étrangères en France, il est des éléments (…) asiatiques, africains, levantins même dont l’assimilation n’est pas possible et, au surplus, très souvent physiquement et moralement indésirable. L’échec de nombreux mariages mixtes en est une vérification. Ces immigrés portent en eux, dans leur coutumes, dans leur tournure d’esprit, des goûts, des passions et le poids d’habitudes séculaires qui contredisent l’orientation profonde de notre civilisation.” En guise de conclusion, il ajoute : “Non moins pernicieuse est la déliquescence morale de certains Levantins, Arméniens, Grecs, Juifs et autres “métèques” trafiquants et négociants. L’influence des étrangers au point de vue intellectuel, encore que difficilement discernable, apparaît surtout comme s’opposant à la raison, à l’esprit de finesse, à la prudence et au sens de la mesure qui caractérisent le Français(8).”

Très favorable au livre, la presse d’extrême droite en retient la thèse du préjugé xénophobe et inégalitariste. L’hebdomadaire Candide décerne un prix à l’auteur et Lucien Descaves s’appuie sur lui pour appeler à “ une méfiance accrue de l’invasion étrangère(9).”

L’ouvrage est également salué pour son caractère “pionnier” par la presse de gauche et par les spécialistes de la démographie, soucieux en ces années de crise économique et de haine des étrangers de définir les liens entre immigration et identité nationale. Gérard Noiriel explique les raisons de ce succès : il s’agit de la “première grande thèse non juridique consacrée explicitement à l’immigration (10).” En réalité, à cette époque, l’immigration est prise comme objet d’étude, non pas par les sociologues de l’école de Durkheim, qui auraient pu construire la notion d’assimilation hors de tout préjugé racial, mais par les tenants de la doctrine dite des “origines” qui mettent en avant la race et l’hérédité, selon une perspective issue à la fois de Maurice Barrès, de Georges Vacher de Lapouge, de Gustave Le Bon et de Pierre Vidal de La Blache.

Dans cette nébuleuse, Noiriel distingue trois courants. Le premier est représenté par l’anthropologie physique où l’on retrouve les partisans de l’eugénisme. Le deuxième est celui de la démographie proprement dite, où l’immigration est abordée par la question de la natalité et de la dépopulation. Enfin, le troisième, auquel se rattache Mauco, s’inspire de la géographie : il étudie les migrations comme fait humain à partir d’enquêtes de terrain.

En 1932, Georges Mauco doit son succès à l’emploi d’un outillage technique et novateur qui lui permet de faire passer ses thèses racistes par le biais de statistiques et d’études de terrain indiscutables. Aussi l’ouvrage deviendra-t-il une référence majeure pour les démographes qui auront tendance à négliger son contenu doctrinal.

À cette date, l’auteur ne fait pas entrer les Juifs dans une catégorie particulière de race, d’espèce ou d’ethnie. Il parle de “Juifs roumains”, “Juifs grecs”, “Juifs polonais” et, à propos des Juifs en général (français ou étrangers), il emploie tantôt le mot “Juif” tantôt le vocable “Israélite” sans distinguer les deux termes.

« problème juif »

Cinq ans plus tard, dans un mémoire sur l’assimilation des étrangers en France, rédigé pour la Société des nations, il évoque pour la première fois un “problème juif” : “La plupart des étrangers qui se pressent dans les activités artisanales, commerciales et libérales, écrit-il, sont des Israélites. Cette orientation de l’activité juive repose d’ailleurs sur de réelles qualités intellectuelles qui rendent précisément plus efficace cette concurrence. Il faut y ajouter une grande souplesse, une persévérante habileté et le bénéfice de la remarquable solidarité qui lie les Israélites entre eux et qui leur facilite l’ascension sociale(11).” Afin d’éviter le danger de cette “ influence juive”, Mauco préconise d’envoyer ces “Israélites” à la campagne pour qu’ils aient des activités agricoles et manuelles. Ne furent-ils pas autrefois un “peuple de pasteurs” ?

Par cette identification d’une activité juive spécifiquement intellectuelle, Mauco passe du préjugé racial aux thèses de l’antisémitisme telles qu’elles se développent en Europe après l’avènement du nazisme. Dans ces domaines de la démographie et de l’immigration, de l’anthropologie et de l’ethnologie, de la médecine et de la psychiatrie, deux voies s’opposent : l’une s’attache à l’idée d’origine et distingue une hiérarchie à l’intérieur de laquelle le Juif devient le mal absolu, l’autre se défait de toute référence à l’origine pour admettre l’existence d’une pluralité des cultures. Les représentants du premier courant acceptent les thèses nazies, le différentialisme et l’eugénisme, les seconds luttent en faveur d’un culturalisme et d’un égalitarisme appuyés sur l’universalisme.

dépistage

Si, pour les adeptes du racisme, le Juif ne relève pas d’une “race” identifiable, il n’en est que plus dangereux. Ennemi intérieur et impossible à reconnaître, il est capable, par son invisibilité même, de dévorer sa victime – la race dite “aryenne” – tel un microbe ou un vampire. Pour s’en débarrasser, il faut inventer des critères d’identification scientifiques et donc définir une ethnie, une morphologie, une anthropologie, voire même un psychisme typiquement juifs. Une fois le dépistage mis en œuvre, on peut envisager plusieurs formes d’éradication du mal : la mort lente par enfermement (le ghetto, puis les camps), ou par expulsion (la déportation vers de nouvelles terres) et enfin l’extermination pure et simple.
En 1937, Mauco s’en tient, pour les Juifs, à des critères de reconnaissance ethnique – la sociabilité intellectuelle des réseaux israélites – et à des solutions de type colonial – l’implantation de légions juives dans les campagnes. Ces “solutions” sont d’ailleurs défendues par de nombreux spécialistes de l’immigration.

Quelques mois après avoir exposé ses idées, il est nommé expert pour ces questions par Philippe Serre, sous-secrétaire d’État dans le deuxième gouvernement de Léon Blum. Belle occasion pour lui de mettre en œuvre son double programme d’assimilation des étrangers non juifs (“adaptables”) et d’implantation dans les campagnes des Juifs inassimilables (étrangers). Il n’y parviendra pas. Le projet de Serre est rejeté par les trois ministères concernés : Affaires étrangères, Intérieur, Travail.

Mobilisé en 1939, il rentre à Paris en août 1940 et reprend ses fonctions de professeur à l’école Jean-Baptiste Say. C’est probablement vers cette époque qu’il commence à fréquenter l’École d’anthropologie de Georges Montandon. Toutefois, dans son autobiographie, il affirme qu’il fut d’emblée hostile au régime de Vichy et qu’il refusa de se rendre au procès de Riom, malgré l’ordre qu’il avait reçu d’y être entendu comme expert démographe à propos de “l’afflux des immigrés en France(12).”

3 -LA DÉNONCIATION DE “L’ETHNIE JUIVE”

La décision d’instruire un tel procès est prise par les dirigeants de Vichy en 1940. Il s’agit alors de convaincre les Français des méfaits de la démocratie parlementaire en rendant ses représentants responsables de la défaite militaire. Contre le Front populaire, symbole de toutes les turpitudes, la Révolution nationale doit apparaître comme seule capable d’épurer la nation de ses éléments malfaisants : les étrangers, les Juifs, les communistes. Toutefois, les notables de Vichy refusent d’obéir à l’occupant qui réclame que la France soit jugée coupable du déclenchement de la guerre. Aussi préfèrent-ils suspendre le procès, alors même qu’au banc des accusés, Léon Blum et Edouard Daladier parviennent avec brio à se transformer en accusateurs. En avril 1942, l’affaire tourne à la mascarade (13).

témoignage de Riom

Sans doute Mauco invoque-t-il des raisons de santé pour ne pas se rendre à Riom ? Cela ne l’empêche pas, contrairement à ce qu’il affirme, de déposer sous serment, lors d’une commission rogatoire du 5 août 1941, devant le juge d’instruction de la Cour suprême. Ses arguments sont sans ambiguïté. Il utilise admirablement ses études de terrain et ses statistiques d’avant-guerre pour expliquer au juge, dans une langue neutre et technique, que la présence sur le territoire français des étrangers, et plus précisément des Juifs, fut et reste l’une des causes majeures de la défaite de 1940.

Voici quelques extraits de ce témoignage dans lequel il s’en prend aux Juifs allemands réfugiés, qu’il rend non seulement responsables de n’avoir pas informé les autorités françaises des dangers de la puissance allemande, mais coupables d’avoir contribué à démoraliser le peuple et la nation : “Pour les israélites, leur nombre, leur puissance financière, leur activité intellectuelle et la solidarité qui les liait aux israélites français, leur nombre dans les postes de direction leur permettaient une activité politique juive.”

les réfugiés israélites corrompent la France

Ils pratiquaient une politique internationale au service de laquelle ils s’efforçaient de mettre les pays d’accueil. Les réfugiés israélites ont notamment travaillé à présenter une image altérée par leurs passions des pays qui les avaient éliminés. Ils ont beaucoup contribué à tromper l’opinion et les autorités françaises sur la véritable puissance de l’Allemagne. Prenant aisément leurs désirs pour des réalités, ils niaient la force allemande, n’en retenant que les faiblesses ou les tares. C’est à travers eux et à travers la multitude des espions et des agents doubles qu’ils entraînèrent avec eux que les services d’information ou de renseignements ont vu, déformées, les réalités extérieures.”

La démoralisation de ces éléments gagnaient non seulement les activités urbaines dont ils s’emparaient, mais par l’exemple, la corruption, les mariages mixtes malheureux, par l’influence intellectuelle (notamment dans les professions libérales et artistiques), une partie de l’opinion française.”

névrose juive

“(…) La névrose juive, avec son hérédité de persécution, alourdie par les événements actuels, se réveillait par contact chez les israélites français et leur faisait perdre en partie le bénéfice des qualités qu’ils avaient pu acquérir (…).”
Particulièrement doués par leur habileté et leur souple ingéniosité, beaucoup de ses réfugiés parvenaient aisément, dans une France libérale où la puissance de l’argent et de l’intellectualisme l’emportaient sur le caractère et la force virile.”
“Leur aptitude à la compilation du savoir (professions libérales) et de l’argent leur permettait d’affluer dans les sphères dirigeantes de la nation. Par là, leur influence était très supérieure à celles des milliers d’ouvriers étrangers se livrant, aux champs et aux chantiers, à un travail productif mais silencieux. Par contre, leur francisation restait superficielle, faute d’avoir vécu les travaux et les soucis du peuple, faute notamment d’avoir senti, au contact de la terre et des paysans, l’atavisme français
(14).”

Dans son autobiographie de 1982, Georges Mauco nie toute participation aux travaux de la revue L’Ethnie française, dirigée par le professeur Georges Montandon. Son récit est embrouillé. Il prétend avoir fait remettre par un tiers au professeur un texte sur l’immigration dont celui aurait tiré un “article nettement raciste.”(15)

En réalité, c’est de son plein gré que Mauco collabore à L’Ethnie française. Il y publie non pas un texte déformé par les soins du professeur, mais deux articles semblables à la déposition de Riom. L’un paraît en mars 1942 sous le titre “L’immigration étrangère en France et le problème des réfugiés”, et l’autre en janvier 1943 avec pour thème : “La situation démographique de la France”.(16)

Montandon : l’antisémitisme le plus extrême

Né à Neuchâtel en 1878, Georges Montandon(1« ) fut d’abord médecin, spécialiste des maladies tropicales, avant de devenir anthropologue et adepte des théories raciales du père Wilhelm Schmidt. Rappelons que ce dernier, figure de proue de l’École anthropologique viennoise, occupa entre 1927 et 1939 la fonction de directeur du Musée pontifical d’ethnologie du Latran à Rome et participa à une virulente campagne contre la psychanalyse, accusant Freud de vouloir détruire la famille chrétienne.

Africaniste, Montandon est nommé par Louis Marin en 1933 professeur à la Chaire d’ethnologie de l’École d’anthropologie, fondée autrefois par Paul Broca. Il en devient le titulaire deux ans plus tard. C’est à cette date qu’il crée L’Ethnie française et passe du racisme à l’antisémitisme le plus extrême. Il combat ses “rivaux” du Musée de l’homme, Paul Rivet, Marcel Mauss, Lucien Lévy-Bruhl, tous engagés dans la lutte contre le fascisme et contre les dérives racistes de l’anthropologie (17).

amputation de l’extrémité nasale

Montandon défend l’idée qu’il n’y a pas de “race juive” mais une “ethnie juive”, identifiable par des critères physiques et psychologiques. En mai 1938, il préconise la mise à l’index du Juif, la création d’un “État israélite” et l’exécution des Juifs qui ne se soumettraient pas à la règle de préservation de la race aryenne. Pour les femmes, il songe à la défiguration par amputation de l’extrémité nasale.

En novembre 1940, un mois après l’entrée en vigueur de la loi de Vichy portant statut des Juifs, il publie, en tant que médecin et professeur, le fascicule tristement célèbre : Comment reconnaître le Juif ? (18), véritable condensé de toutes les thèses dites “scientifiques” sur la prétendue identification du “type juif” : lèvres charnues, nez proéminent, teint basané, allure négroïde. Du point de vue psychologique, le Juif est qualifié de rapace, sournois, vil, menteur, vorace et beaucoup plus dangereux que le nègre, “stupide” et “non civilisé”. Il est l’ennemi intérieur et invisible. Seule la “science” peut le discerner et le détruire.

Xavier Vallat

À l’automne 1941, lorsque Xavier Vallat(2« ), Commissaire général aux questions juives, décide de délivrer des certificats d’appartenance et de non appartenance à la race juive, il fait appel au professeur et lui offre d’être attaché à son service en qualité d’expert ethnologue. Montandon accepte. Pendant toute la durée de l’Occupation, il signe les expertises nécessaires à la délivrance des fameux certificats, tout en poursuivant ses activités “scientifiques” : il donne des cours, forme des élèves et dirige sa revue, désormais financée par l’Institut allemand de Paris. Il participera avec la S.S. à la déportation des Juifs et à la “solution finale”.

Une saisissante évocation de ce personnage se trouve dans la première séquence du film de Joseph Losey, Monsieur Klein, tourné en 1976. On y voit pendant quelques minutes un médecin ordinaire en blouse blanche exerçant son art. Il regarde, il mesure, il examine, tantôt avec ses mains, tantôt avec des instruments. Devant lui, une femme muette et entièrement nue obéit à ses ordres. Elle marche, elle se tourne, elle se laisse observer, elle écoute en silence le diagnostic que l’homme de science dicte à une infirmière et elle comprend qu’on ne lui délivrera pas le certificat. Dans le couloir, elle retrouve son mari qui vient de subir le même examen. Ils se pressent l’un contre l’autre et se parlent sans rien se raconter. La langue n’a pas de mots pour dire une telle abjection. Et cette scène innommable, Joseph Losey la montre au spectateur sans commentaire.

Tel est l’homme avec lequel collabore Georges Mauco à Paris. Quand il publie ses articles dans L’Ethnie française, aux côtés d’Armand Bernardini, Henry Coston et Gérard Mauger, il s’adjoint son titre de secrétaire général de l’Union internationale pour l’étude scientifique des problèmes de la population.

Montandon est issu de la bourgeoisie. Médecin et homme de science, il est devenu un théoricien de l’extermination, hanté jusqu’au délire par le thème du complot juif. Son engagement est sans retour. Il sera exécuté par des résistants en 1944 devant ses enfants et petits-enfants.

un Montandon en version “douce”

Mauco, lui, est un pragmatiste, sorti du rang et capable de survivre à toutes les situations, par opportunisme. Par manque de courage. Il hait le Juif parce que le Juif est à ses yeux doté de tous les dons qu’il rêve d’acquérir et qu’il transforme en “tares”: intellectualité, aisance sociale, savoir-faire financier, etc. Au plus profond de lui-même, Mauco envie ce qu’il croit être l’identité juive. Aussi se veut-il, paternellement, le protecteur des Juifs : un grand assimilateur, un Montandon en version “douce”.

Une anecdote racontée par lui-même témoigne de cette envie et de cette volonté protectrice. En 194O, il reçoit la visite de fonctionnaires allemands : “Au moment de partir, écrit-il, l’un des Allemands, voyant dans mon bureau le buste de Freud, me demanda d’un ton inquisiteur qui c’était. Me souvenant que les nazis avaient brûlé les ouvrages de Freud, je lui répondis que c’était mon grand-père(19).”

Dès 1940, Mauco est parfaitement au courant du sort réservé par les nazis aux ouvrages de Freud. Il sait qu’en Allemagne le mot “psychanalyse” a été conservé sous couvert d’une “psychothérapie aryanisée”, tandis que le nom et les concepts du père fondateur ont été bannis du vocabulaire officiel. Il sait aussi que dans tous les pays d’Europe ravagés par la peste brune, les disciples de Freud ont été contraints à l’exil. En 1938, il a d’ailleurs été invité par Marie Bonaparte à intervenir en faveur d’un couple de réfugiés menacés d’expulsion.

préserver les enfants juifs d’une lourde hérédité

C’est pourquoi en 1942, dans le premier article qu’il rédige pour L’Ethnie française, il prend soin de ne pas citer le nom de Freud, alors même qu’il prétend s’appuyer sur la psychanalyse pour expliquer la “névrose juive” et affirmer qu’il y a urgence à séparer les enfants juifs de leurs parents afin de les préserver d’une lourde hérédité : “Une semblable altération du caractère – que nous retrouvons chez le Juif – est grave, car elle est le produit non seulement de l’éducation et du milieu sur l’individu, mais en partie de l’hérédité. La psychologie moderne – et spécialement la psychanalyse – a montré que ces traits, transmis avec l’influence des parents dès les premières années de l’enfant, modifiaient l’inconscient même du sujet et ne pouvaient être résorbés qu’après plusieurs générations soumises à des conditions satisfaisantes et échappant complètement à l’influence du milieu héréditaire(20).”

Par certains côtés, le programme de Mauco complète celui de Montandon. Non seulement le Juif est identifiable par sa morphologie et sa “psychologie”, mais il l’est aussi par son inconscient. Il y a donc un “inconscient juif”, transmissible au point d’influer de façon pernicieuse sur la descendance. On voit ici l’utilisation perverse que fait Mauco du dernier ouvrage de Freud : L’Homme Moïse et la religion monothéiste.

4 – UN NOTABLE DE LA PSYCHOPÉDAGOGIE

À la Libération, Georges Mauco échappe à l’épuration. Spécialiste reconnu de la démographie, il réussit à trouver une place de fonctionnaire. En 1945, le général de Gaulle met en œuvre une politique de natalité et de repeuplement en créant un Haut comité de la population et de la famille, dont le secrétaire général n’est autre en effet que l’ancien collaborateur de Montandon. En 1981, il exposera à Jean-Pierre Bourgeron les véritables motifs de la confiance que lui accorda le Général : ”Je lui ai dit il y a une chose qu’on pourrait faire : la guerre a causé beaucoup de souffrance pour beaucoup d’enfants et surtout d’enfants handicapés – et brusquement, je le sens qui se raidit – les enfants handicapés ont besoin d’une écoute car même si l’enfant est désagréable, a des défauts, a des difficultés, c’est qu’il rencontre une souffrance, une résistance et si l’on veut comprendre et écouter ce que veut dire son trouble, son symptôme, alors on peut l’aider beaucoup. Et vraiment c’est un autre visage que j’avais devant moi. Les yeux s’humectaient, s’humanisaient. Il cessait de se situer entre Jeanne d’Arc et Clemenceau. Il n’était plus la France, il était Charles de Gaulle. Vous savez pourquoi ? C’était sa fille infirme. Moi, je ne le savais pas encore, mais j’étais soufflé. Il m’avait écouté froidement sur toutes les mesures à prendre pour la famille et brusquement une chaleur. Par la suite, il m’a toujours soutenu.

Charles de Gaulle soutient Georges Mauco quand celui-ci décide de créer, en avril 1946, la première consultation psychopédagogique de France, dans le cadre du lycée Claude Bernard. La deuxième s’ouvrira à Strasbourg. L’aventure des centres Claude Bernard, s’inspire des expériences menées en Suisse. Elle a pour objectif d’agir sur l’inadaptation scolaire par des interventions thérapeutiques, hors de tout contexte hospitalier, médical ou psychiatrique.

mutation muette

À partir de cette date, Mauco devient un “autre personnage”. Soucieux d’effacer son passé, il poursuit son activité de démographe dans un cadre politique mais ne publie plus aucun texte sur les étrangers comparables à ceux de l’avant-guerre. L’ancien collaborateur de Montandon s’occupe désormais de psychologie et d’affectivité. Philanthrope éclairé, il a pour dessein, écrit Georges Schopp, “la prise en compte dans l’univers éducatif du souci de l’affectif ignoré jusque-là au seul profit du cognitif(21).”

À ses débuts, l’aventure mobilise tous ceux qui s’intéressent en France à l’expansion de la psychanalyse d’enfant, de la psychologie clinique et donc de la psychanalyse dite “profane” (c’est-à-dire pratiquée par des non-médecins). Dans l’entourage immédiat de Mauco, se retrouvent ses amis du divan de Laforgue : André Berge, Françoise Dolto, Juliette Favez-Boutonier. Daniel Lagache, créateur en 1947 de la licence de psychologie et chef de file à la SPP du courant libéral et universitaire, lui apporte également son soutien.

Au fil des années, deux générations de psychanalystes et de psychologues apprendront leur métier de thérapeutes sous la houlette de ce fonctionnaire affable sans jamais soupçonner qu’il avait été autrefois un antisémite notoire, comme en témoigne aujourd’hui Didier Anzieu : ”Votre lettre m’apporte une information que j’ignorais et qui me stupéfie. Il est vrai que je n’ai connu Mauco que vers 1950. Nous avons lui et moi créé ensemble le syndicat des psychologues psychanalystes qui nous a aidés à parer les menaces de la part de l’Ordre des médecins. Il a également fondé le premier centre psychopédagogique où j’ai effectué le meilleur de ma formation clinique et je lui en garde une grande reconnaissance. Je l’ai perdu de vue quand il a pris sa retraite et que le syndicat est tombé en jachère. J’ai beaucoup apprécié l’homme public mais je n’ai jamais cherché ni réussi à percer la carapace qui cachait l’homme privé. Rien ne perçait de son passé, de ses opinions politiques anciennes, de sa vie amoureuse(22).”

préjugé différentialiste

L’intérêt de Mauco pour la psychologie et la psychanalyse de l’enfant ne date pas de l’après-guerre. Dès 1936, il publie dans la Revue française de psychanalyse deux articles au long desquels il examine les théories de Freud, Piaget, Wallon (23). En apparence, il n’y a rien de commun, à cette époque, entre le Mauco démographe et le Mauco freudien averti. La langue, le vocabulaire, les concepts sont différents d’un domaine à l’autre. Pourtant, un lien existe. Mauco identifie l’enfant à un étranger qu’il faut assimiler à la société des adultes. À ses yeux, il y a un peuple des enfants, une ethnie de l’enfance comme il y a des catégories d’étrangers. C’est donc à partir du même préjugé différentialiste qu’il peut passer du racisme à l’antisémitisme pour se convertir ensuite à une psychopédagogie “freudienne” parfaitement honorable.

du différentialisme au culturalisme

À partir de 1946, ce différentialisme se transforme progressivement en un culturalisme. Dans tous les ouvrages qu’il consacre pendant trente ans à la vulgarisation d’une pédagogie psychanalytique, Mauco se veut le protecteur des minorités opprimées par l’ordre médical, par l’autorité patriarcale par le système impérialiste.

En 1950, il est à la pointe du combat, aux côtés de ses amis progressistes, lorsque Margaret Clark-Williams, collaboratrice du Centre Claude Bernard, est traînée devant les tribunaux pour exercice illégal de la médecine. L’affaire embrase le milieu psychanalytique où s’opposent partisans et adversaires de l’analyse laïque. Entre 1954 et 1967, Mauco sera encore l’initiateur, avec Didier Anzieu et de nombreux psychanalystes, d’un projet de syndicat visant à défendre la pratique profane contre l’Ordre des Médecins.

En 1956, atteint d’une leucémie, il est hospitalisé pour un long séjour. Certain de mourir, il se dit prêt à assumer son destin, renonce à son traitement à la cortisone et aux rayons X et s’évade à la montagne. Il en revient miraculeusement guéri : ”Ma guérison fut attribuée à l’altitude qui accroît le nombre des globules rouges du sang, ce qui apparaît nettement chez les Indiens de la Cordillère des Andes(24).” Emu par la détresse des malades qu’il a croisé à l’hôpital, il publie dans L’Express le récit de sa descente aux enfers, présenté par le journal comme un “document exceptionnel” en raison de “la personnalité de son auteur” qui “livre avec toute l’autorité que lui confère ses fonctions et sa réputation un témoignage terrible(25).” Dans le style du mélodrame, Mauco dénonce pêle-mêle les grands bourgeois du savoir médical, patrons, internes, externes, pour mieux s’identifier, lui l’homme du peuple, aux miséreux et surtout aux Algériens encore plus exploités que les autres.

En mai 1968, il évolue vers le gauchisme en prenant parti, encore dans L’Express, pour la révolte estudiantine. Il lance alors un vibrant appel au dialogue entre pères et fils, seul capable selon lui de réduire les excès de l’autoritarisme patriarcal (26). La même année, il publie, dans une collection dirigée par André Berge, un ouvrage qui sera couronné par l’Académie française, Psychanalyse et éducation, dans lequel il prône, au nom de Freud, la nécessité de l’émancipation des femmes, du contrôle des naissances, de la liberté sexuelle et de l’abolition des tabous propres aux sociétés occidentales (27).

Enfin, en 1975, dans un livre consacré à l’évolution de la psychopédagogie, il sympathise avec le maoïsme autogestionnaire en lançant des imprécations contre l’école et la famille “bastions les plus forts des valeurs de la société patriarcale et hiérarchisée, où l’enfant est “colonisé” et où la femme est infériorisée. Les détenteurs de l’autorité patriarcale à tous les échelons : rois et féodaux, patrons et capitalistes, maîtres et pères de famille, ont eu tendance à sacraliser leur pouvoir en exploitant l’angoisse inconsciente œdipienne (…). C’est à un changement total qu’il nous faut parvenir aujourd’hui pour pouvoir remplacer l’école actuelle, isolée de la vie sociale, par une école active et autogestionnaire. L’autogestion pédagogique devant supplanter, voir supprimer comme en Chine, l’énorme administration centralisée de l’Éducation Nationale. Ainsi seulement pourra-t-on permettre une intégration de l’école dans la vie sociale, école où l’enfant serait reconnu comme personne à part entière(28).”

racines bien françaises

La haine de Mauco pour les Juifs s’exprime aussi bien quand il voue aux gémonies les riches et les intellectuels que lorsqu’il cherche à envoyer les “Israélites” à la campagne pour leur apprendre les travaux des champs et les exhorter à se construire des “racines” bien françaises. Elle s’exprime tout autant dans l’acharnement qu’il met à vouloir détruire l’identité juive, soit en invoquant le principe d’assimilation, soit en prononçant des anathèmes contre le “peuple élu” jugé responsable de l’antisémitisme.

antisémite moderne

À cet égard, il est bien le prototype de l’antisémite moderne du XXe siècle. De la haine de classe à la haine des élites, puis de l’antisémitisme à l’antisionisme, Mauco utilise la découverte freudienne contre elle-même, en valorisant l’affect contre l’intellectualité et le culte des minorités contre l’universalité, au point de retourner un préjugé racial en une défense de l’Arabe contre le Juif, de l’Enfant contre l’Adulte, du Colonisé contre le Civilisé et finalement du tiers-mondisme contre l’impérialisme occidental. Cette permanence d’un antisémitisme viscéral s’exprime à toutes les pages de son autobiographie de 1982 où il explique combien il est l’ami des Juifs, où il comptabilise ses amis juifs, gaullistes, résistants, communistes, où il prétend détenir, grâce à la psychanalyse, les clefs d’une psychologie du Juif et où il s’apitoie sur le sort des malheureuses victimes de l’épuration, persécutées à tort par des “Juifs mal informés”.

Voici un échantillon de ce discours : “Lors de ma venue dans ces régions (Israël) après 1945, je devais y constater le réveil des guerres de religion médiévales avec la création de l’État d’Israël. Et je devais rapidement être partagé d’une part entre l’admiration pour les réalisations du sionisme et la chaleur humaine d’une ethnie se construisant une patrie, et d’autre part les souffrances de milliers de Palestiniens chassés de leurs terres. D’autant que personne en Europe ne parlait de ces femmes, de ces enfants et de ces vieillards entassés dans des camps sans espoirs de libération. Et j’éprouvais encore plus de regrets d’entendre des rabbins de la foi évoquant le pionnier du sionisme, Theodore Herzl affirmant que l’état juif devait préserver sa pureté fondée sur la race. J’y percevais la douloureuse conséquence des persécutions nazies qui avait fait régresser vers un racisme mystique cette ethnie juive qui avait fourni les plus grands esprits à l’humanité.”

Voici encore de quelle manière il commente le récit fait par Robert Debré de sa découverte des camps de concentration : “Comme chez tous les Juifs, la découverte de l’horreur des camps nazis déchaîna la haine, mais il eut la force de la maîtriser et par suite de désapprouver les abus du sionisme”.

Voici enfin le commentaire qu’il donne du dernier livre qu’il consacra en 1977 à la question des étrangers, et pour lequel il obtint une préface de Philippe Serre : “Je m’y efforçais d’approfondir le problème du racisme non seulement chez le raciste, mais aussi chez sa victime. Et ici l’étude des deux racismes les plus virulents en France contre les Arabes et les Juifs fit apparaître l’influence pesante des croyances religieuses sur le comportement humain, croyance mystique figeant les sociétés dans des traditions de soumission passive. Juifs et Arabes se croyant soumis à la volonté d’un dieu sans visage évoquant l’image patriarcale angoissante. Chez les Juifs, la loi impitoyable du Talion prévalant sur le pardon. Ils s’y soumettent d’autant plus volontiers qu’ils se croient le “peuple élu” de Dieu et différents des autres. D’où un certain racisme contre les “goys”, les “autres” ressentis comme impurs, d’où l’interdiction des mariages mixtes et l’obligation d’une nourriture pure, favorisant aussi inconsciemment l’antisémitisme(29).”

victimes inconsciemment responsables des sévices endurés

On aura compris que pour le dernier Mauco des années quatre-vingt, les victimes du racisme sont responsables inconsciemment des sévices que leur font subir leurs bourreaux, que les Juifs sont plus racistes que les racistes parce qu’ils se prennent pour le peuple élu, et qu’enfin le monothéisme est la pire des religions puisque l’image absente du père y est plus implacable que dans le paganisme. Notre homme finira par rejeter le judéo-christianisme pour se tourner vers l’Inde où il découvrira de sympathiques déesses mères susceptibles de rendre moins culpabilisante la sexualité et de valoriser les symboles d’un phallus mêlé au vagin.

5 – ÉPILOGUE

mieux m’observer de face et de profil

J’ai rencontré Georges Mauco le 8 octobre 1982. Je venais de lire son autobiographie et de publier le premier volume de l’Histoire de la psychanalyse en France. Je poursuivais mon travail en recherchant les preuves d’une éventuelle collaboration de René Laforgue. Quand je fus assise devant lui, il me dévisagea longuement tournant sa chaise afin de mieux m’observer de face et de profil. Comme je manifestai mon étonnement, il me demanda d’où venaient mes parents. Je lui expliquai que des deux côtés de la généalogie, mes ancêtres et leurs descendants étaient les héritiers d’une longue lignée de Juifs intellectuels, assimilés, déjudaïsés, athées et n’ayant aucune sympathie particulière pour le sionisme. Il exulta.

donneur de leçon

D’un air complice, il me conseilla d’aider mes corréligionnaires, qui se prenaient encore pour le peuple élu, à abandonner leurs prétentions et à ne point mépriser les “autres”. Il me raconta que le pauvre Laforgue avait été la victime des Juifs de la Société psychanalytique de Paris. Par la suite, il m’envoya des documents qui prouvaient sa “bonne foi” : il avait toujours été, disait-il, le protecteur des persécutés, juifs et non-juifs, et il entendait le montrer en exhibant des lettres de Marie Bonaparte ou de Charles de Gaulle et en invoquant son amitié avec le démographe Adolphe Landry qui avait refusé de voter les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. Mauco se présentait comme un irréprochable bienfaiteur de l’humanité :”Il faudrait que vous preniez conscience, m’écrivit-il, que votre fougue combattive puise en partie dans la haine qui normalement habite les victimes du nazisme. Et notamment les Juifs français, complètement assimilés, ayant même combattu dans l’armée française en 1914-18, et parfois non-croyants, oubliant presque leur origine et qui brusquement se virent rejetés(30).” Ainsi donc avais-je droit à des “interprétations” sur “mon cas” et sur celui de mon père, engagé volontaire dans la Grande Guerre.

Il avait réussi à obtenir de Françoise Dolto une préface à son autobiographie où elle soulignait les qualités morales de cet homme exceptionnel qui “avait su résister à la barbarie nazie” : “Cette vie d’homme humblement et magnifiquement remplie, écrivait-elle, tout entière dédiée à la dignité humaine ou négligée dont notre devoir de citoyen est de reconnaître et de valoriser à tout âge mais dont les organisateurs de vie collective, de vie administrative, oublient l’importance, cette vie de Georges Mauco a quelque chose d’exemplaire. Ce livre, j’ai été honorée qu’il m’ait demandé de le préfacer(31).”

repérer les signifiants de l’antisémitisme

Quand je demandai à Françoise Dolto pourquoi elle avait préfacé un tel livre, doutant qu’elle l’ait vraiment lu, elle me répondit qu’on ne pouvait pas suspecter Mauco d’antisémitisme. Elle n’avait rien vu, ni avant-guerre ni pendant l’Occupation. Issue de la grande bourgeoisie parisienne d’Action française, elle avait rompu avec l’antisémitisme de sa famille. Elle partageait avec Mauco l’idée qu’il existait une ethnie de l’enfance, un peuple des enfants et elle se voulait comme lui “psychopédagogue”. Jamais il n’y eut chez elle la moindre trace d’antisémitisme ou de préjugé inégalitariste. Pourtant, elle ne savait pas repérer les signifiants de l’antisémitisme. D’où son aveuglement. Je lui lus certains passages de l’ouvrage, et elle reconnut que peut-être elle avait pu se tromper ou être trompée. En tout cas, elle ne savait rien de la collaboration avec Montandon.

Juliette Favez-Boutonier savait que Mauco avait rédigé des articles pour L’Ethnie française mais elle disait ne pas attacher une grande d’importance à ce détail. Elle pensait d’ailleurs que Montandon, avec ses absurdes théories, était bien incapable de différencier un Juif d’un non-Juif. Du coup, grâce à ses stupides expertises, de nombreux Juifs avaient pu échapper à la Gestapo en obtenant le fameux certificat de non appartenance. Elle trouvait que j’étais un peu “obsédée” par la “question juive”.

Comme Mauco n’avait joué un rôle dans l’histoire de la psychanalyse que par le biais de la psychopédagogie et de la psychanalyse d’enfant, je laissai tomber l’enquête à son sujet pour noter simplement le caractère “judéophobe” du groupe formé autour de lui.

juifs persécuteurs

En 1987, Alain de Mijolla m’attaqua à propos de la manière dont j’avais exhumé la collaboration manquée de René Laforgue. À l’appui de sa thèse, il cita une lettre que Mauco lui avait adressé en janvier 1983 et dans laquelle il critiquait le premier volume de mon histoire. Mijolla ne s’aperçut pas que ladite lettre était antisémite. En voici des extraits : “la source de cette hostilité (à Laforgue) puisait en partie dans le fait que la Société de Psychanalyse (la SPP) demandant son “épuration” était surtout formée de Juifs particulièrement hostiles aux “collaborateurs”, ou jugés comme tels, et que ceux-ci étaient très favorables au communisme etc...(32).” Autrement dit, pour Mauco, seuls des Juifs peuvent se sentir assez persécutés pour demander des comptes à de prétendus collaborateurs. Et il ajoutait que ces Juifs n’avaient abandonné le communisme que quand Staline eut exécuté des médecins juifs.

Georges Mauco mourut le 18 mai 1988 à l’âge de quatre-vingt-neuf ans.
Patrick Weil fut le premier à dénoncer clairement le caractère raciste des thèses du Mauco démographe depuis 1932. Après la publication de son livre, il m’apporta les articles de L’Ethnie française et le procès-verbal du témoignage de Riom en insistant pour que je consacre un article à l’itinéraire de l’homme et de son œuvre dans l’histoire française de la psychanalyse. Qu’il soit ici remercié(33).

ÉLISABETH ROUDINESCO


NOTES

(1) – Georges Mauco, Les Etrangers en France. Leur rôle dans la vie économique, Paris, Armand Colin, 1932.

(2) – Voir Elisabeth Roudinesco, Histoire de la psychanalyse en France, volume 2, Paris, Fayard, 1994.

(3) – Georges Mauco, Vécu, 1899-1982, Paris, Emile Paul, 1982. Et “Entretien”, 1981, archives JPB.

(4) – Patrick Weil, La France et ses étrangers, Paris, Calmann-Lévy, 1991.

(5) – Vécu, op.cit, p. 23.

(6) – Mauco situe la visite en 1932, mais il s’agit certainement de la visite faite le 31 août 193O. Voir Sigmund Freud, Chronique la plus brève 1929-1939, annoté et présenté par Michael Molnar, Paris, Albin Michel, 1992.

(7) – La France et ses étrangers, op. cit., p.34-35.

(8) – Les Etrangers en France, op. cit., p. 35 et 588.

(9) – Vécu, op. cit., p.73. Michael R. Marrus et Robert Paxton remarquent en 1981 que les “incursions occasionnelles” de Mauco dans les “brûmes racistes” montrent qu’un tel langage était accepté dans les années trente. Voir Vichy et les Juifs, Paris, Calmann-Lévy, 1981, p.59.

(10) – Gérard Noiriel, Le Creuset français, Paris, Seuil, 1988, p. 36-37.

(11) – Georges Mauco, Mémoire sur l’assimilation des étrangers en France, Conférence permanente des Hautes études internationales, Xe section, Paris 28 juin – 3 juillet, 1937, p. 77.

(12) – Vécu, op. cit., p. 1O4.

(13) – Voir Henri Michel, Le Procès de Riom, Paris, Albin Michel, 1979.

(14) – Procès-verbal de la déposition de Georges Mauco, transmis par Patrick Weil avec l’autorisation de Jean Favier, Archives nationales, A.N. 2W – 66.

(15) – Vécu, op. cit., p. 1O6.

(16) – L’Ethnie française, 6, mars 1942, et 7, janvier 1943.

(17) – Voir Marc Knobel, “Georges Montandon et l’Ecole d’anthropologie de Paris. Etudes sur les types raciaux, juifs et négroïdes, 193O-1945”, Colloque de la Maison des sciences de l’homme, Racismes et ethnologies européennes, 18 mars 1988.

(18) – Georges Montandon, Comment reconnaître le Juif, Paris, Nouvelles éditions françaises, 1941.

(19) – Vécu, op. cit., p. 1O6.

(20) – L’Ethnie française, 6, op. cit., p.12.

(21) – Georges Schopp, “L’affaire Clark-Williams ou la question de l’analyse laïque en France”, Revue internationale d’histoire de la psychanalyse, 3, Paris, PUF, 199O, p. 2O3.

(22) – Lettre de Didier Anzieu à Elisabeth Roudinesco du 8 décembre 1994.

(23) – Georges Mauco, “La Psychologie de l’enfant d’après Freud et Piaget”, Revue française de psychanalyse, 3 et 4, t. 9, 1936. Repris ensuite sous deux titres différents, d’abord en 1938 puis en 197O : L’Inconscient et la psychologie de l’enfant, Paris, PUF. Notons que Mauco republie souvent les mêmes ouvrages ou des ouvrages presqu’identiques sous des titres différents et chez des éditeurs différents. D’où son abondante production.

(24) – Vécu, op. cit., p. 176.
(25) – Ibid., p. 247.

(26) – Ibid., p. 246.

(27) – Georges Mauco, Psychanalyse et éducation, Paris, Flammarion, collection Champs, 1993.

(28) – Georges Mauco, L’Evolution de la psychopédagogie, Toulouse, Pragma/Privat, 1975, p. 16-17.

(29) – Vécu, op. cit., p. 190, 127, 172. L‘ouvrage Les Etrangers en France et le problème du racisme fut publié à compte d’auteur à La Pensée universelle en 1977.

(30) – Lettre de Georges Mauco à Elisabeth Roudinesco du 12 octobre 1982.

(31) – Ibid, p. 13.

(32) – Alain de Mijolla, “La psychanalyse et les psychanalystes en France entre 1939 et 1945”, Revue internationale d’histoire de la psychanalyse, 1, PUF, 1988, p. 215.

(33) – Patrick Weil prépare un article sur les thèses du Mauco démographe : “Racisme et discriminations dans la politique française de l’immigration 1938-1946/1974-1994”, à paraître en 1995 dans la revue XXe Siècle.

  • 1 En juillet 1940, celui qui se promettait d’écrire L’Ethnie Juive ou Ethnie putain, devient directeur de la revue L’Ethnie française, financée par l’Institut allemand de Paris, puis par le Commissaire aux questions juives, Darquier de Pellepoix. Il y publie des articles sur l’« ethnie juive ». En novembre 1940 paraît aux Nouvelles éditions françaises son ouvrage Comment reconnaître le Juif ? premier volume de la collection « Les Juifs en France ». Ses travaux aideront à la mise en place de l’exposition Le Juif et la France.
  • 2 Xavier Joseph Vallat, né le 23 décembre 1891 à Villedieu (Vaucluse) et décédé le 6 janvier 1972 à Annonay (Ardèche), est un avocat, journaliste et homme politique français. Vice-président du groupe parlementaire de la Fédération républicaine (droite) dans les années 1930, son nom reste attaché à l’antisémitisme d’État du gouvernement de Vichy. Wikipédia.

SNP – Titre de psychothérapeute, complément à l’information d’avril 2011

Tous les professionnels des locataires des autres côtés du Carré psy, en particulier ici les psychologues, s’activent et se positionnent. Le SNP qui vient d’obtenir une lettre de créance de la part du bon docteur Accoyer, en redemande. Dans la foire d’empoigne où chacun tire à hue et à dia sur la couverture que la psychiatrie a tiré largement à soi, chacun y va de sa revendication. Le fameux univers impitoyable – et peut-être pitoyable – de ce psycho-Dallas feuilletonne et cartonne. Il vise essentiellement la pratique hospitalière, enjeu de toutes les passions corporatistes et rêves de monopole.

{{Il est exact que la loi n’a absolument pas créé la profession de psychothérapeute (notre programme des années 80), mais en fait celle de psychopraticien relationnel, référée par les quatre institutions historiques regroupées dans le cadre du GLPR. Elles ne sont en aucune manière hors la loi. Et le débat sur l’identité musulmane – pardon nationale ! mais non : psychothérapique – n’a pas encore mis à bas d’un coup de gueule les principes de la République. Ne pas s’affoler aux premières vociférations psycho-populistes.

Nous autres psychopraticiens relationnels exerçant en libéral surveillons avec attention ces mouvements divers, attentifs à nous tenir hors de joutes qui ne nous concernent pas a priori. Mais le climat est détestable. À se remémorer le dialogue de ces juifs soviétiques devisant sur la Place Rouge au lendemain du match Dynamo de Moscou contre Spartak de Prague, Spartak ayant gagné par deux-zéro : » Tu crois que c’est bon pour nous ça? »

Quelle époque !

Philippe Grauer


Chers collègues,

Titre de psychothérapeute, complément à l’information d’avril 2011

pas de profession psychothérapeute

La loi n’a absolument pas créé une nouvelle profession de psychothérapeute, comme Dominique Thouvenin, Docteur en droit, l’a précisé dans l’étude sur la profession de psychologue que le SNP lui avait commandé. Pour autant, Madame Thouvenin nous a aussi fait remarquer, lors des échanges que nous avons eus par la suite avec elle, que le titre de psychothérapeute étant maintenant protégé, il pourrait y avoir, à partir de cette loi, des attaques contre ceux qui pratiqueraient la psychothérapie sans avoir le titre de psychothérapeute. C’est pour cela que le recours en Conseil d’État est particulièrement important et pour cela aussi que, parallèlement, nous avons continué d’essayer d’obtenir une circulaire (texte certes plus faible qu’un décret mais pas inutile comme B. Accoyer nous l’a confirmé) qui rappelle la légitimité des psychologues à pratiquer la psychothérapie nonobstant la loi sur l’usage du titre de psychothérapeute. Notre récente rencontre avec B. Accoyer nous a permis de continuer à développer cette argumentation indispensable : les psychologues sont légitimes à pratiquer la psychothérapie. Le communiqué que nous avons publié après cette audience et la copie de la lettre de Bernard Accoyer à Xavier Bertrand qui se trouvent aussi sur le site du SNP, explicitent clairement ce point.

Nous avons aussi rappelé un certain principe de précaution car le syndicat professionnel qu’est le SNP a également pour mission de prévenir ses adhérents des conséquences que pourrait avoir la non-inscription sur la liste des psychothérapeutes et sur la limitation dans le temps de la « clause du grand-père ». Il n’était en effet pas question que des adhérents puissent ensuite nous reprocher de ne pas les avoir prévenus, cela était de notre responsabilité.

pratique de la psychothérapie en institution

Nous avons, dans la liste des points qui pouvaient conduire à un certain principe de précaution cité les exigences d’ assureurs en omettant de préciser qu’il ne s’agit pas de ceux, marginaux, qui pourraient prendre en charge tout ou partie des honoraires du psychologue pour le compte du patient mais bien de ceux qui assurent le psychologue en responsabilité civile professionnelle et qui, pour certains, exigent pour couvrir la pratique de la psychothérapie que le psychologue apporte la preuve de son inscription sur la liste des psychothérapeutes.

La position du SNP peut ainsi paraître tenir de celle de l’équilibriste. Elle est pourtant nécessaire : le syndicat est, d’une part, engagé dans une position politique qu’il continue de tenir et, d’autre part, il prévient ses adhérents des nouvelles conditions d’une loi et de son décret qui sont, bel et bien, en vigueur, malgré notre opposition et le recours que nous avons déposé avec l’intention de le gagner, même si l’issue ne peut être connue d’avance.

psychologue psychothérapeute ou psychodramatiste

Ce positionnement politique et réaliste du SNP, a été arrêté en BN et en CSN, pour faire face à une situation totalement paradoxale induite par ce décret qui revient à proposer au psychologue qui pratique la psychothérapie, s’il veut simplement dire qu’il est psychologue psychothérapeute, de refaire une formation qui est celle qu’il a déjà !

Le titre de psychologue nous suffit mais nous comprenons aussi que certains, s’appuyant sur le fait que la psychothérapie est incluse dans leur pratique de psychologue, souhaitent pouvoir se dire psychologue psychothérapeute comme d’autres se disent psychologue psychanalyste ou psychologue psychodramatiste, etc.

Ah si nous avions un ordre des psychologues, à nous le monopole !

Nous savons, par ailleurs, et l’étude de Dominique Thouvenin nous l’a confirmé, que sans instance ordinale nous ne défendrons jamais complètement le titre de psychologue puisqu’il demeure seulement à demi protégé. Le témoignage de Rose-Marie Charest présidente de l’ordre professionnel des psychologues du Québec au sujet de l’adoption d’une loi sur les psychothérapeutes au Québec est d’ailleurs édifiant à ce sujet. Elle nous a expliqué comment, suite à un accord entre l’ordre des psychologues et les psychiatres, les autorisations d’exercice de la psychothérapie pour les ni-ni sont au Québec confiées à l’ordre des psychologues.

Ce combat pour une instance ordinale est primordial et nous devons tout faire pour montrer tous les aspects positifs d’une telle instance et pour proposer la mise en place d’une organisation collégiale qui recueille les suffrages des collègues.

Paris, le 6 mai 2011, Le Bureau national du SNP.

Syndicat National des Psychologues

40 rue Pascal – Porte G

75013 PARIS

www.psychologues.org

Un beau paquet-cadeau : Onfray, Mijolla, Van Rillaer & Co.

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Un beau paquet-cadeau : Onfray, Mijolla, Van Rillaer & Co.
12 Mai 2010 Par Anthony Ballenato

Alain de Mijolla admet volontiers fuir les polémiques. Malheureusement, il s’est retrouvé servi comme jamais avec la sortie quasi concomitante de son almanach Freud et la France (P.U.F.) et du brûlot de Michel Onfray – Le crépuscule d’une idole. L’affabulation freudienne (Grasset). Lancée telle une formidable machine de guerre par Grasset et Le Point, on redoutait que notre bon Alain ne finisse sous les roues de la bête du fast-food à penser…

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A la soupe des débats de qualité

Mijolla offrait pourtant les garanties d’un débat de qualité: bienheureux et par-dessus tout mémorialiste affable du mouvement freudien ne maîtrisant ni les débats historiques, ni historiographiques, il n’en fallait pas plus pour noyer le poisson de la polémique. Une bien bonne solution de remplacement donc pour le valeureux bougon qui refusait de débattre avec la «stalinienne des beaux quartiers parisiens» (CQFD : Elisabeth Roudinesco) dont la confrontation risquait d’être autrement plus périlleuse.

Mazette! Mais à quel débat n’avons-nous pas dû assister!

Se définissant lui-même dans son ouvrage Freud et la France, paru aux P.U.F., comme « un montreur de marionnettes » (p.1), notre psychanalyste-chroniqueur s’est retrouvé assigné à la place du guignol. Après une réplique tiède et passablement argumentée offerte à Onfray dans Lire, s’en est suivie la grandiose émission de François Busnel qui demeurera longtemps dans les mémoires comme un échange intellectuel à l’état de congélation.

Aux côtés d’Alain de Mijolla, une consœur discrète quoiqu’assez gentiment pugnace, Anne Millet, dont les attaques les plus féroces visent Lacan (?!). Et les trois auteurs affabulateurs – comment ça ils ne sont pas trois ? – Mais oui, ils sont bien trois : les cerveaux de l’affaire, « Cervelet et Cervelas », duo le plus comique de l’histoire des Freud Wars alias Jacques Van Rillaer et Mikkel Borch-Jacobsen (suivi de pas très loin par Esteve Freixa i Baqué) – qui n’avaient déjà pas pu sauver, à l’époque, le soldat Bénesteau et ont assisté impuissants au naufrage du Livre Noir – et bien sûr, leur scribe et porte-voix, Michel Onfray. Ce trio magique aura réussi le tour de force de battre les critiques américains à plate couture et toutes catégories confondues (puritains, scientistes etc.) par leurs outrances et leurs insanités.

Vociférant tour à tour inepties après inepties devant un Mijolla quasi impassible, le téléspectateur a pu légitimement se demander s’il n’était devant un spectacle de cirque comique ou devant la représentation d’un drame absurde écrit par un auteur raté.

Un des angles d’attaques favoris de nos auteurs-acolytes est de systématiquement remettre en cause la scientificité de la psychanalyse pour mieux faire plébisciter, par l’opinion publique, les séances de dressage inspirées de l’éthologie et du réapprentissage cognitif et surtout, de reléguer de façon définitive la psychanalyse au rang d’épiphénomène de la modernité littéraire et son organisation rationnelle à un ésotérisme macabre.

L’accouplement de l’hédonisme solaire (Onfray) et des sciences du comportement (Van Rillaer et Borch-Jacobsen) en a surpris plus d’un. Pourtant, on aura maintenant bien compris, tous deux constituent le fondement le plus effroyable de ce paradigme culturel et mental de nos sociétés libérales-marchandes contemporaines : vivre, consommer et jouir dans le contrôle absolu et l’asservissement volontaire. Comment, devant cette orthopédie du corps et des âmes, ne pas songer au propos magistral de Georges Canguilhem – divo, s’il en est – et de leur formidable résonance aujourd’hui : « philosophie sans rigueur, éthique sans exigence, médecine sans contrôle ». [1]

Bref, autant dire que si Mijolla sert la soupe, on va y aller gaiement…Mais comment? Vous ne saviez pas que la psychanalyse s’implantait exclusivement par la voie littéraire grâce « aux gens de fiction»? Et bien maintenant vous êtes un téléspectateur des plus avertis.

Dommage que notre « historien de service » – ce qu’il n’est pas – également médecin-psychiatre, n’ait pas songé qu’une implantation de la psychanalyse reposait tout autant sur sa propagation à l’intérieur de l’univers littéraire que médical et que ce n’est qu’à l’aune de cet équilibre que la psychanalyse peut exister, en tant que pratique thérapeutique et humanité, au risque de refluer. On ne saurait oublier que pour nombre de médecins, notamment aux Etats-Unis, la psychanalyse a servi à refonder une psychiatrie organiciste moribonde et que par la suite seuls les docteurs en médecine étaient autorisés à pratiquer les cures.

De l’histoire faite le dimanche

Et qu’en est-il précisément de l’homme Freud? « Mystificateur, avare, menteur, pervers, cocaïnomane». Le nihiliste en guenilles de la pensée nous fait maintenant œuvre de morale. Amen. Et quel gai savoir! Après la confession, donnera-t-il l’absolution? A bien des égards cette façon de faire rappelle l’horrible psychobiographie de Michel Foucault par James Miller, grand spécialiste des vies examinées – si chères aux évangélistes.

Qu’à cela ne tienne, et même si « chez Freud, il y a pleins d’incestes, symboliques, métaphoriques, allégoriques ou réels » comme dit Onfray, « y’a pas de grand homme pour ses valets de chambre » pour Mijolla! Le téléspectateur a pu croire, l’espace d’un instant, manquer d’oxygène.

Mais il y a mieux encore. Incapable de mettre bon ordre à cette rumeur incestueuse, Mijolla se félicite que Freud ait pu avoir des relations sexuelles, quand bien même eussent-elles été avec sa belle-sœur. L’ennui est qu’il oubli qu’il s’agit d’une rumeur propagée par Jung, reprise par l’école révisionniste américaine, et remise au goût du jour par Onfray, Van Rillaer et Borch-Jacobsen. On attend toujours patiemment les preuves crédibles du forfait…

Transi d’effroi, le téléspectateur qui a depuis longtemps acheté le Freud et la France et se décide, à l’issue de l’émission, à enlever la cellophane pour feuilleter l’ouvrage, aurait été bien plus inspiré de prendre un benzodiazépine et d’aller se coucher.

Si l’éphéméride a des qualités, son auteur perpétue la tradition des médecins-historiens : le plus souvent correct mais n’apportant aucune information nouvelle et ne reposant sur aucune archives de première main [2], il brille surtout par une absence totale d’analyses structurées sur le mouvement de l’histoire racontée et son appareillage critique est des plus dépouillés. Sous la plume de Mijolla, l’histoire devient donc une compilation d’anecdotes circonstanciées.

En outre, le postulat de Mijolla, qui est de laisser au lecteur le soin de « se faire une idée personnelle en dehors des jugements ou des impressions dont (il) l’entoure ou qu’(il) adjoint» (p.3), est une véritable aberration méthodologique et intellectuelle. A moins de faire jouer l’opinion contre le savoir, comment Mijolla peut-il sérieusement imaginer que le lecteur puisse se faire le moindre avis décent devant un tel empilement relativiste?

Evidemment, le bât blesse cruellement à mesure qu’on se rapproche des moments critiques de cette histoire et notamment de la période nazie et de la Seconde Guerre mondiale: rien sur les relations entre Jones, Freud et Eitingon et rien non plus sur le conflit qui les oppose à propos des rapports avec le nazisme dans les années 1930. Concernant la France, la période se résume à un moment de souffrance pour les Français, privés de charbon et de nourriture. On n’est pourtant pas arrivé au bout de nos peines…voilà qu’arrive le cas Georges Mauco (1899-1988).

Mauco ou le « mauvais coin » de l’histoire

Dans le superbe dictionnaire toponymique des communes des Landes et du Bas-Adour dirigée par la linguiste Bénédicte Boyre-Fénie, on apprend que le mau còrn désigne un « mauvais coin, un mauvais endroit ». Autrement dit, le « mauco » est toujours un lieu à défricher… [3]

Docteur en géographie, démographe des flux migratoires et pédagogue, fervent raciste et antisémite, Georges Mauco aura été le seul psychanalyste français à avoir collaboré de façon active par des textes d’inspiration nazie et à témoigner du « péril juif ». Il est également collaborateur de la revue L’ethnie française dirigé par Georges Montandon – à propos de qui Mijolla ne nous dit pas un seul mot (p.845). Africaniste, rejeton intellectuel de Vacher de Lapouge, Montandon est l’un des grands animateurs du racisme scientifique à la française : « expert ethnoracial auprès de Xavier Vallat en 1941 au Commissariat aux affaires juives puis à partir de 1943 directeur de l’Institut d’études des questions juives et ethnoraciales (IEQJER) » [4]

Echappant à l’épuration de l’Après-guerre, Mauco réussit encore à passer entre les mailles du filet lorsqu’il se fait nommer en 1945 à la tête du haut Comité de la population et de la famille par le Général de Gaulle. A partir de cette date, Mauco enterre son passé collaborationniste et, tout en continuant ses études démographiques « normalisées », embrasse comme jamais la cause des enfants handicapés et des carencés affectifs. Quand il publie son autobiographie apologétique en 1982, c’est à Françoise Dolto qu’il demande de rédiger la préface dans laquelle on peut lire, entre autres choses, que Mauco avait résisté aux nazis et qu’il était le chantre de la dignité humaine. En somme, on n’avait pas pu faire homme plus honnête [5]. Dolto, qui ne connaît aucune haine, était passée à coté…

En adoptant sa méthode de présentation des faits, Mijolla obtient des résultats des plus stupéfiants. Ainsi, en vient on à lire sous sa plume « De fait, et nous le remarquerons encore davantage durant les années d’occupation, c’est presque un acte de bonne volonté à l’égard des Juifs (sic), que cette organisation de « camps » est promue, mais on ignore encore le sens que ce mot prendra. Leur bénéfice est double : éviter que les étrangers – car ce n’est que des « étrangers », qu’il s’agit -, viennent illégalement en France et se retrouvent dans des situations très précaires (ayant fui les campagnes et les villes en n’emportant que le minimum d’affaires), et dans le même souffle préserver les Juifs qui sont déjà installés en France de cet afflux abusif. Il ne faut pas oublier que cette période est caractérisée par une relative fermeture du milieu juif à l’arrivé des émigrés » (p.720). Voilà donc comment la question de la crise des réfugiés Juifs, fuyant les pogroms et les régimes d’extrême-droite d’Europe centrale, en France pendant les années trente se voit traitée et résumée.

En outre, Mijolla laisse penser qu’on pourrait prendre l’autobiographie de Mauco comme une source entièrement valable – ce qu’elle n’est évidemment pas puisque Mauco se reconstruit un passé de résistant alors qu’il n’a rejoint le groupe FFI Foch-Liautey qu’en janvier 1944 et participé plus tard à la libération du quartier d’Auteuil.[6] Le problème du traitement de cette source autobiographie est tel que Mijolla se laisse guider par les propos de Mauco au point de remettre en cause les analyses de Roudinesco et de Weil sur la paternité du fameux texte de 1942 et de se demander « Est-ce de la plume de Georges Mauco ou de celle de Georges Montandon ? (p.845).[7] Patrick Weil est pourtant formel: « il (Mauco) ne fut corrigé par Montandon que sur un point : il substitua à Israélite le mot “Juif’’». [8]

Le postulat historiographique d’Alain de Mijolla est caractéristique des errements des psychanalystes face à leur histoire : une absence d’analyses critiques, raisonnées et cohérentes. Car aujourd’hui, avec la publication du brûlot d’Onfray, les psychanalystes en sont venus à considérer qu’il vaut mieux défendre la psychanalyse que Freud et ce au détriment de toute vérité historique, comme l’ont encore récemment démontré Pierre-Henri Castel et Philippe Grimbert. [9]

Reste à savoir, au demeurant, si ces psychanalystes, sous couvert de pseudo considérations épistémologiques et historiques, estiment que Freud est bien le « menteur, affabulateur, destructeur des traces de ses forfaits, cocaïnomane dépressif errant doctrinalement pendant plus d’une décennie, à l’origine de la mort de son ami Fleischl-Marxow, destructeur du visage d’Emma Eckstein avec l’aide de son ami Fliess, onaniste, obsédé par le sexe de sa mère, extrapolant sa pathologie œdipienne à la planète entière, incestueux, couchant avec sa belle-sœur (…) sacrifiant à l’occultisme et au spiritisme, pratiquant des rites de conjuration contre le mauvais sort, croyant à la télépathie, féru de numérologie » qu’affabulent Onfray, Borch-Jacobsen et Van Rillaer.[10] A ce jour, ils n’ont toujours pas répondu à la question et on se demande surtout ce que Mijolla peut bien en penser.

Quoi qu’il en soit, on ne pourrait leur tenir trop grief de ce manque de conscience historique puisque ce phénomène est relativement endémique dans les corporations, sociétés, écoles, etc. Encore que contrairement à d’autres organisations, on pourra peut-être s’interroger sur cette attitude qui consiste à sacrifier sur l’autel du populisme intellectuel le plus désinvolte, la figure historique de leur mouvement au détriment de toute raison et de toute rationalité.

Michel Onfray a dit à quel point il trouvait l’ouvrage Freud et la France excellent. Comme on le comprend. Mijolla peut donc se rassurer. Selon son souhait, il aura effectivement évité l’écueil d’écrire un « pamphlet polémique »…Tout autant qu’un « écrit historique ». Car il semble bien que pour Mijolla les aspérités de l’histoire soient comme les caravanes qui passent. Il faut laisser les chiens aboyer.

Anthony Ballenato

[1] Conférence prononcée le 18 décembre 1958 au Collège philosophique à Paris. Georges Canguilhem, « Qu’est ce que la psychologie? », Revue de Métaphysique et de Morale, n°1, 1958. Disponible en ligne : http://www.psychanalyse.lu/articles/CanguilhemPsychologie.htm

[2] A l’exception de quelques fragments dont les références ne sont pas même indiquées.

[3] Bénédicte Boyrie-Fénié, Dictionnaire toponymique des communes des Landes et du Bas-Adour, éd. CAIRN, Pau, 2005, p.50.

[4] «Mauco, expert en immigration : ethnoracisme pratique et antisémitisme fielleux », note 17, p.7, http://bit.ly/ajuKsq , site de Patrick Weil – historien, Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Yale Law School, Yale University – ou in L’antisémitisme de plume 1940-1944, études et documents, dir. Pierre-André Taguieff, Paris, Berg International Editeurs, 1999, p. 267-276.

[5] Georges Mauco, Vécu, Paris, Emile-Paul, 1982.

[6] Patrick Weil, op.cit, p.7

[7] «L’immigration étrangère en France et le problème des réfugiés », L’ethnie française, Mars 1942 – Mauco accuse Montandon d’en avoir fait un article « raciste » dans son autobiographie.

[8] P.Weil, op.cit, p.7 et Elisabeth Roudinesco, « Georges Mauco (1899-1988) : un psychanalyste au service de Vichy. De l’antisémitisme à la psychopédagogie», L’Infini, 51, automne 1995.

[9] Emission « Le téléphone sonne », France Inter du mardi 4 mai 2005.

[10] « Onfray répond à BHL » in Le Point, 6 mai 2010.

Titre de psychothérapeute : « pourquoi je ferai la demande »

Instantanés de l’InterCoPsychos – N°308

lundi 9 mai 2011


À son tour, Vincent Benoist témoigne de sa position à propos de l’inscription sur la liste des psychothérapeutes. Il fait état de son expérience avec l’inscription sur la liste ADELI.

Jean-François Cottes


« 
On a donc témoigné, dans les Forums, dans la presse, de notre solidarité avec les psys au sens large, y compris avec les ni-ni. C’est une position qui a fait débat chez les collègues extérieurs à l’École. Mais le résultat est là, la psychanalyse a été reconnue officiellement comme une pratique distincte de la psychothérapie, par ailleurs, les commissions qui décerneront le titre de psychothérapeute incluront deux psychanalystes sur les six membres titulaires (cf. texte de J.-C. Maleval). »

La Cause prend la parole. Nous avons obtenu gain… de Cause, adieu ni-nis, rangeons-nous dans le nouveau cadre ordonnateur du champ psy – attention, différence significative avec le Carré psy ! – en manifestant notre réticence juste pour dire que nous avons dit, et que nous voulons pas laisser tout de même le champ (psy ?) libre aux TCC ni à la psychiatrie.

Fort heureusement nos psychopraticiens relationnels n’ont pas à pâtir de ces états d’âme institutionnels qui sont le lot de nos malheureux (mais triomphants) collègues psychanalystes psychologues. En tant que libéraux, point de répertoire ADELI.

Savourons (provisoirement ?) la différence entre nos deux professions, psychologues vs. psychoninis.

En attendant, nous éprouvons de notre côté du Carré psy les mêmes réticences, amplifiées, envers ce titre de psychothérapeute paramédical, et ne se décideront à y aller que ceux qui estiment pouvoir un jour pâtir de ne pas l’avoir demandé. Soyons comme eux, soyons prudents. Notez qu’on peut aussi l’obtenir et ne pas ensuite l’exhiber.

Philippe Grauer


Pourquoi je ferai la demande

Par Vincent Benoist

Du collectif d’Angers

Les questions qui se posent actuellement sur le fait de faire ou pas la démarche pour demander le titre de psychothérapeute quand on est orienté par la psychanalyse et donc a priori pas intéressé pour porter ce titre – surtout quand on ne l’a jamais revendiqué jusque-là –, me rappellent les questions qui se sont posées lors de la mise en place du fichier ADELI.

À cette époque, on entendait dire ici ou là que cette inscription, sans être obligatoire, était fortement recommandée pour les psychologues travaillant en libéral, sans qu’on sache précisément en quoi cet enregistrement purement formel des diplômes universitaires par cette instance de « veille et sécurité sanitaire » était décisif pour notre exercice. Je me souviens l’avoir fait en renâclant, en 2003, parce que je ne voyais pas en quoi cette certification « sanitaire » pouvait d’une façon ou d’une autre valider un diplôme que j’avais déjà.

c’est bien mais ça ne suffit pas

Or il me semble que cette invitation, quoiqu’elle fût plus soft, était en même temps déjà tout à fait révélatrice de ce désir insidieux des instances gouvernementales de contrôler le champ « psy ». Comme si la DDASS avait pu refuser de valider ces diplômes tout à fait officiels ? C’était juste une façon de formuler la chose suivante : vous êtes psychologue, formé par l’Université, c’est bien mais ça ne suffit pas, il faut que vos diplômes soient en plus validés par nous… Désagréable et énigmatique !

Mais je l’ai fait, j’ai eu mon numéro ADELI et je me suis demandé pendant longtemps à quoi ça pouvait bien servir (ça n’a jamais été demandé pour s’inscrire à la rubrique « psychologue » dans l’annuaire des télécoms, par exemple). Or il me semble que, les années passant, c’est devenu dans certains cas un label nécessaire. C’est-à-dire que, au fur et à mesure que s’écoulait le temps depuis la mise en place du fichier, ce numéro a fini par faire partie du paysage.

Ainsi, l’an dernier, alors que j’étais en période probatoire pour obtenir mon inscription sur la liste des experts agréés par la cour d’appel d’Angers, après avoir déjà effectué une bonne cinquantaine d’expertises et témoigné lors d’un procès d’Assises, j’ai reçu un mail du Tribunal me demandant expressément de produire mon n° ADELI. L’explication était sibylline : « vous comprenez, on s’est rendu compte après coup que tel expert ne l’avait pas… ». Je l’ai produit immédiatement, et ça a été fini. Je n’en ai plus entendu parler. J’ai obtenu depuis mon inscription après examen par un jury composé de magistrats de mon travail durant cette première année. Il faut noter que, pour que ma demande fut agréée de rentrer en période probatoire, j’avais dû produire un C.V., un extrait de casier judiciaire ainsi que mes diplômes universitaires et mon dossier avait été étudié pendant un an. A quoi donc pouvait bien leur servir ce numéro ? Pourtant, c’est ainsi : je ne l’avais pas, je ne pouvais plus prétendre à faire partie des experts agréés.

Jacques-Alain Miller nous a convaincus

Le rapport que je fais avec le titre de psychothérapeute est le suivant : il me semble que lorsque J.-A. Miller nous a convaincu de nous intéresser de près à la chose, il a tranché en faveur de la participation des psychanalystes à un débat qui ne les concernait pas directement sauf à voir, dans cette régulation du titre de psychothérapeute, une tentative déguisée des instances gouvernementales de contrôler le champ « psy » dans son ensemble. Il a été convaincant.

On a donc témoigné, dans les Forums, dans la presse, de notre solidarité avec les psys au sens large, y compris avec les ni-ni. C’est une position qui a fait débat chez les collègues extérieurs à l’École. Mais le résultat est là, la psychanalyse a été reconnue officiellement comme une pratique distincte de la psychothérapie, par ailleurs, les commissions qui décerneront le titre de psychothérapeute incluront deux psychanalystes sur les six membres titulaires (cf. texte de J.-C. Maleval).

ce qui peut sembler une nouvelle profession

Les conditions d’exercice des psychologues sont pourtant de fait rendues plus difficiles, pas tellement sans doute pour ceux qui sont déjà en poste ou pour ceux qui vont pouvoir faire valoir la clause du grand-père que pour ceux qui vont devoir chercher du travail dans des institutions dont les directeurs vont être encore plus déboussolés par l’apparition de ce qui peut sembler une nouvelle profession. Les psychiatres, eux, sont, préservés de cette inquisition, apparemment… Rappelons quand même qu’ils ne sont pas à l’abri des réglementations ubuesques et que leurs conditions d’exercice actuelles ne sont pas exemptes de diktats. Il suffit d’aller lire sur internet l’introduction du « plan autisme 2008-2010 » pour comprendre que – pour ce qui concerne les TED –, la psychiatrie n’a pas la cote, tandis que les psychologues formés aux « pédagogies structurées », oui. Or il n’y a aucune raison que les comportementalistes ou les cognitivistes obtiennent l’exclusivité de l’exercice thérapeutique aux yeux du grand public ou aux yeux de toutes de tous ces organismes qui peuvent faire appel aux psys sans bien comprendre de quoi il s’agit.

Voilà pourquoi je vais faire la demande pour obtenir le titre de psychothérapeute, même si je ne m’inscrirai certainement jamais sous cette rubrique de ma propre initiative.

Angers, le 08/05/2011

Titre de psychothérapeute – attention date limite

Attention !

Initialement mis en ligne le 26 04 2011


Patients-limites avec Jean-Michel Fourcade, date limite avec les CRI et CRA, et quoi encore !

{Cette annonce s’adresse à tous ceux qui trouveraient leur intérêt à solliciter leur inscription sur la liste régionale des psychothérapeutes (titre réservé depuis le 1er juillet 2010), pourvu qu’ils en remplissent les conditions.

PHG


La date limite de transmission de votre dossier d’expérience professionnelle, si vous souhaitez le transmettre et vous présenter devant la CRI de l'{Agence régionale de santé dont vous dépendez fait question.

23 mai ou 30 juin ?

Notre collègue Geneviève Mattei, ancienne avocate au Conseil d’État, nous alerte et nous l’en remercions. Rappelons que Geneviève a été partenaire de notre Journée d’Étude du 22/01/11 et qu’elle nous a apportés les éclairages juridiques dont nous avions besoin.

Selon son avis et son expérience d’ancienne juriste, le report de la date de réception du dossier de demande d’homologation au 30 juin 2011, annoncée par certaines ARS et reprise par certaines Associations professionnelles, en tant que date anniversaire de la mise en application du décret ne serait pas valable en droit car il faut impérativement un décret pour modifier une telle date.
Or, à ce jour, nul nouveau décret n’est paru.

De plus, un défaut d’envoi dans les délais légaux pourrait vous être préjudiciable dans le cas d’un recours auprès du tribunal administratif, si votre dossier avait fait l’avis d’un avis négatif de la CRI.

En conséquence, nous vous recommandons d’adresser votre dossier avant le 23 mai, date anniversaire de la publication du décret au Journal Officiel.
En cas de difficultés, consultez l’ARS de votre région, si toutefois vous obtenez une réponse. Nous avons toujours du mal, à titre institutionnel à les joindre.

Bon courage à ceux qui veulent tenter cette aventure.

Prenez bien soin de vérifier si la Commission qui statuera sur votre dossier est conforme au cahier des charges : deux médecins, deux psychologues et deux psychanalystes.

Sinon, vous êtes fondés à remettre en cause leur décision, si elle vous était défavorable.

Merci de pensez à nous avertir de vos démarches et de la constitution de la CRI qui statuera sur votre dossier ainsi que des réponses que vous aurez reçues. Ce sera précieux pour tous les collègues concernés.

Nous sommes aussi là pour vous aider et vous conseiller, si nécessaire.

Bien cordialement à vous. A bientôt.

Arlette Gastine.
Vice-Présidente de l’Affop.