Communiqué du GLPR

Les organismes historiques responsables de la psychothérapie relationnelle continuent leur travail de liaison permanente au service de la profession.

COMMUNIQUÉ DU GLPR

30 juin 2011

Se sont réunis ce jour les responsables des organismes constitutifs du GLPR – Groupe de liaison de la psychothérapie relationnelle :

– AFFOP – Association fédérative française des organismes de psychothérapie relationnelle et psychanalytique

– FF2P – Fédération française de psychothérapie et psychanalyse

– PSY’G – Groupement syndical des praticiens de la psychologie, psychothérapie, psychanalyse

– SNPPsy – Syndicat national des praticiens en psychothérapie et psychanalyse.

Ils ont procédé à un tour d’horizon de la situation actuelle, fait le point sur les tâches en cours, et réfléchi aux perspectives d’avenir.

Après avoir examiné le fonctionnement des ARS selon les régions, ils ont décidé de collecter des données afin de les analyser et d’être à même de mieux procéder à la défense des candidats au nouveau titre de psychothérapeute à la Rentrée.

La prochaine séance de travail du GLPR est fixée au Jeudi 22 septembre.

La psychothérapie et les psychologues

traduction & commentaire

Par Philippe Grauer

1) résumé des propos tenus

« Avec un master même de psycho clinique vous êtes incompétents en matière de psychothérapie ». On sait définir des diplômes, pas des psychologues cliniciens. La loi n’exige aucune formation à la psychothérapie, elle spécifie seulement l’exigence master + formation complémentaire substantielle en psychopathologie.

Aux psychiatres compétents génétiquement leur formation universitaire suffit, sachons en tirer la conclusion implicite que cela signifie qu’ils sont tout simplement ignares en psychothérapie (confondue avec la psychopathologie version fac de médecine). Philippe Grosbois s’en scandalise et dénonce « une entourloupe surréaliste, une loi d’exception ». Le législateur souligne-t-il a choisi intentionnellement de faire l’impasse sur une véritable formation en psychothérapie pour lui substituer une formation en psychopathologie.

Une telle loi en principe peut porter sur le titre ou sur la protection de la pratique, avec à la clé une formation à la psychothérapie. Eh bien celle-ci n’impose pas de faire usage du titre de psychothérapeute pour pratiquer la psychothérapie. Car par elle se trouve protégé le titre, non l’activité. Dans tous les cas nous pouvons donc répondre, nous psychologues, que cette loi ne nous concerne pas.

Voici un titre qui ne s’appuie pas sur la formation attendue. Dans les pays européens les dispositions législatives et réglementaires portent soit sur l’exercice (moyennant une formation complémentaire de 5 ans), soit sur la protection véritable du titre mais avec une formation à la clé. Chez nous un psychologue peut parfaitement exercer la psychothérapie sans avoir à solliciter d’autorisation, à la condition surréaliste de ne pas s’intituler psychothérapeute !

À moins – autre débat, de se porter candidat à l’usage du titre par le jeu de la fameuse clause du grand-père, mais ça n’est pas obligatoire, encore une fois, pour exercer.

2) commentaire

Cette analyse, pertinente par ailleurs révèle que la FFPP rêve de compléter et verrouiller la loi, assurant enfin un véritable privilège aux psychologues, avec un ordre à la clé. Cela procède du conflit psychologie – médecine, qui après l’accalmie du titre de psychologue (1985), se voit rééquilibré au bénéfice de l’Académie de médecine. Une ouverture serait-elle alors envisageable, une alliance GLPR-FFPP, cette dernière reconnaissant notre spécificité et compétence, notre réalité institutionnelle ?

La FFPP ne désire pas notre disparition puisque nous n’avons jamais existé à ses yeux, sinon en qualité de concurrents déloyaux sans qualification. Et voici qu’on découvre sous la plume de Serge Escots cette ahurissante conclusion : La dette des psychothérapies aux non-médecins et non-psychologues est loin d’être accessoire… » Vous avez bien lu « et aux non psychologues ». Peut-être ne vise-t-il que les psychanalystes non psychologues. Qui peut savoir vraiment ?

Que penser de tout cela et de tels textes mis en ligne ?

Qu’une certaine crise de conscience institutionnelle mine certains de nos collègues psys, que ça n’est pas plus mal que les choses bougent ou aient l’air de bouger. Un frémissement dit-on en pareil cas.

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psychothérapie

Psychopraticiens : les astropsycho-quelque chose vous saluent bien

Les astropsyquelque chose vous saluent bien

Le Cercle psy nouveau magazine en kiosque et en ligne, se présente, concurrençant Psychologies magazine qui change de direction et d’allure mais pas en mieux. Or Cercle psy de son côté, commence mal.

En ligne il s’annonce ainsi :

Depuis le 26 mai, un nouveau magazine est arrivé dans les kiosques, Le Cercle Psy.

Ce trimestriel, édité par {Sciences humaines, ambitionne de présenter toute la psychologie : de la psychanalyse, aux neurosciences, en passant par la clinique cognitive et la psychologie sociale, aucun domaine ne sera laissé pour compte.

Au « ton et au regard neufs », le magazine s’adresse à tous ceux qui s’intéressent de prés ou de la loin à la psychologie, les professionnels et formateurs, mais aussi le grand public. Les femmes CSP+ sont particulièrement ciblées.

Le titre traite de nombreux sujets de la vie quotidienne (le stress, l’addiction, l’enfance …), et aussi des dernières avancées comme les enjeux psychologiques liés au travail, les troubles mentaux…}


S’il incorpore la psychanalyse à la psychologie, ça s’est déjà beaucoup pratiqué, avec les retombées que l’on sait, il en incorpore aussi les tics les plus communs. Le secteur d’identification professionnelle du Cercle psy par rapport au Carré du même nom demeure la psychologie prenons-en bonne note. Constatons qu’il en découle qu’il se situe d’entrée de jeu du côté des « anticharlatans », vous comprendrez que cela veut dire qu’il épouse les thèses les plus conservatrices d’une psychologie corporatiste et populiste, virulente antagoniste des psychopraticiens relationnels. Pour le ton et le regard neufs on s’interroge.

un quatre étroit

De ce côté-là du Carré psy les choses sont relativement simples, comme l’écrit si nettement Marie-Noël Godet dans un ouvrage récemment paru à l’Harmattan(1« ), et tellement habituelles. Elle y répertorie d’emblée quatre catégories de professionnels du psychisme les psychiatres, génétiquement psychothérapeutes comme le dit Philippe Grosbois, les psychologues, qui n’apprennent pas la psychothérapie (2« ) souligne toujours Grosbois mais qu’importe, les psychanalystes, qui sont des psychologues ou des psychiatres, case précédente, et connaissent au moins la psychanalyse – bientôt en prime les psychothérapeutes (NN), constitués essentiellement des mêmes plus quelques grands-parents charlatans admis après tri problématique au « nouveau » titre mais rien de grave ils sont vieux comme leur dénomination l’indique, et peu nombreux, en voie d’extinction institutionnellement parlant, fort bien, cela fait quatre.

Une fois quatre, trois !

Quatre comme les côtés du Carré psy sauf que ces quatre côtés, par escamotage, comptent en réalité pour trois. Le vrai quatrième côté, les psychopraticiens relationnels, se trouvent exclus du système psychologique et reçoivent leur nom dit-elle c’est le destin des gens de leur espèce, le nom de charlatans, des trois autres. En verve, Jean-François Marmion, rédacteur en chef du Cercle psy, encouragé à relancer l’accusation calmonieuse sur France Inter lundi matin 27 Juin dans l’émission de Pascal Clark, Jean-François Marmion ne se fait pas prier et reprend l’antienne à l’antenne. Entendant discréditer le nouveau nom de métier que nous avons dû adopter après le casse du siècle captant notre nom pour rebaptiser psychothérapeutes à notre exclusion les psychiatres, psychologues et psychanalystes qui ignorent tout de notre spécificité(3« ), il lance que les « astropsycho quelque chose » vont continuer sous ce spirituel sobriquet – ou son équivalent psychopraticiens, c’est fou comme c’est recherché d’assimiler nos professionnels à des astrologues – de se livrer à de la charlatanerie.

cette infamie appelle à la discrimination

Le signifiant charlatan fonctionne dans cet environnement conceptuel comme youpin bougnoule ou romanichel, il constitue une désignation infamante. En effet on ne se dit soi-même ni romanichel ni charlatan, c’est les autres qui construisent le mécanisme stigmatisant et le répandent. Préparant le terrain à l’élimination, cette infamie appelle à la discrimination en attendant pire. Elle se veut déjà dénonciation et se fait colporter partout et tout le temps. Il s’agit d’une campagne populiste mortifère pour la démocratie et l’humanisme. La Bête n’est décidément jamais morte.

Il n’est ni digne ni rassurant de l’entendre ainsi gronder sur nos ondes, et se proposer d’informer le bon public à raison de 75 000 exemplaires des événements relatifs au monde des « psychistes »(4« ), en commençant par l’invective populiste de niveau caniveau.

cascade de mépris

Avec ce sobriquet célinien leur auteur s’efforce de disqualifier celui dont il ne veut rien savoir car son existence le dérange. On peut comprendre le dérangement puisque cette existence de l’autre inassimilable l’accuse lui et ceux de sa caste, implicitement d’incompétence dans un secteur dont il se veut le seul possesseur et maître. Il s’agit bien d’esprit de caste. Beaumarchais déjà dénonçait l’Ancien régime comme une cascade de mépris. Il s’agit de la poursuite de la politique du mépris, si bien pratiquée dans certains milieux psychanalytiques (de psychologues et psychiatres de surcroît psychanalystes), typiques de l’exception française au pire sens du terme. Il faut en finir avec cette honte qui ne grandit ni ses agents ni ceux qui les relaient.

nom de métier et altertitre

Précisons. Psychopraticien est un nom de métier, psychopraticiens relationnels un titre – ou alter-titre] comme on voudra, professionnellement moralement protégé par l’une des institutions historiques du GLPR patronnant de façon responsable les praticiens d’une discipline respectable et respectée sauf par des organisations de ses collègues du Carré psy, insurgés depuis toujours contre l’existence d’une profession alternative à la leur, et dont, la sachant honorable, ils ne veulent pas entendre parler parce que ça les dérange – entre déni et dénégation selon les moments, accompagnés de diffamation rampante. Cette campagne permanente doit cesser.

en finir avec cette mentalité

Il faut en finir avec ce système consistant à livrer à la détestation publique une catégorie entière de professionnels en manipulant la peur des gens. Il serait correct que France-Inter nous fournisse l’occasion de soutenir la réputation et l’identité de nos psychopraticiens relationnels, et que Monsieur Marmion assortisse le lancement de sa publication d’un geste de reconnaissance du quatrième acteur du Carré psy, montrant qu’il entend respecter l’ensemble des travailleurs du psychisme dans la variété de leurs identités complémentaires, dans la bonne tolérance républicaine et la culture, auprès du public et des spécialistes, de la nécessaire psycho diversité.

Voir également sur cette question Titre de psychothérapeute – une mécanique institutionnelle complexe

  • 1 De la réglementation du titre de psychothérapeute. La santé mentale, une affaire d’État. Paris, l’Harmattan, 2011, 247 p.-
  • 2 Il importe de ne pas chercher à aligner la définition de la psychothérapie de l’autre sur la sienne propre. Dans ce cas, la psychothérapie des psychologues qui ne connaissent pas la psychothérapie relationnelle, reste de la psychothérapie psychologique, qu’ils la conçoivent comme ils l’entendent, on ne se sortira des chamailleries au sein du Carré psy qu’à ce degré d’ouverture.
  • 3 À l’exception notable de l’École de la cause durant la période de la Coordination psy, et de l’appui constant d’Élisabeth Roudinesco aux psychothérapeutes relationnels (c’est ainsi qu’ils s’appelaient).
  • 4 Le terme est de François Tosquelles, le fondateur de la psychothérapie institutionnelle.

Michel Onfray, ça suffit!

Michel Onfray, ça suffit !

Par JULIETTE SIMONT, philosophe, adjointe à la direction des Temps modernes.

« Ces 500 pages se suffisent », assène Michel Onfray au début de l’article qu’il consacra dernièrement dans le Monde aux entretiens de Sartre et de John Gerassi publiés par Grasset (1). Cela signifie, plus exactement, qu’elles lui suffisent pour exécuter Sartre. Cet incipit abrupt exhale la paresse intellectuelle et, pour le coup, une navrante suffisance. Sartre a écrit des milliers de pages, certaines hérissées de difficultés, d’autres étincelantes et neuves encore aujourd’hui, d’autres qui supportent moins bien le passage des ans. Onfray n’en a cure : il lui suffit d’avoir trouvé de quoi nourrir sa haine de Sartre. Mais, justement, ces 500 pages ne se suffisent pas.

De quoi s’agit-il ? D’entretiens privés, accordés par Sartre à Gerassi en vue d’une biographie. Gerassi exhuma ce matériau quelque quarante ans après l’avoir recueilli, y opéra un montage dont la pertinence n’est pas avérée (pas plus que la fidélité des transcriptions), procédant à des sélections, des coupes, des regroupements, des mélanges de la parole de Sartre et de ses propres souvenirs, le tout orienté par un projet qui pourrait s’intituler la Gloire de mon père – de son père, Fernando Gerassi, ami de Sartre et Beauvoir (ainsi Fernando est-il décrit comme l’initiateur de Sartre à la phénoménologie husserlienne ; celui-ci a, tout au long de sa vie, attribué ce rôle à Aron, on voit mal pourquoi il aurait menti).

Le livre, en outre, parut d’abord aux États-Unis, c’est sa traduction qui vient d’être publiée en France. Bref, on nous donne un Sartre non pas de deuxième, mais de troisième ou quatrième main, ceux qui ont connu sa personne et/ou connaissent son œuvre n’y retrouvent pas sa voix, son ton, son style. Tout cela a disparu dans les manipulations successives. L’entreprise de Gerassi est en elle-même suspecte. Sartre, pendant les années 70, parce que sa vue baissait, a donné beaucoup d’interviews orales. Certaines, destinées à la publication, ont, sans atteindre l’intensité de l’écrit, une tenue et un intérêt évidents. Ses conversations avec Gerassi ne sont pas de cet ordre et n’auraient jamais dû sortir du cadre privé. Un minimum de rigueur dans l’appréhension du texte commanderait la précaution.

Onfray ne s’embarrasse pas de ces finesses : écrit, oral, authentique, biaisé, apocryphe, version originale, traduction, anthume, posthume, autant de distinctions qu’il ignore avec superbe. On peut lire par exemple dans son article: «Sartre écrit sur Cohn-Bendit…» Or Sartre, si ses propos ont été restitués adéquatement, a parlé à Gerassi de Cohn-Bendit (en des termes peu obligeants). Onfray épingle, au fil de ces 500 pages providentielles, des insultes censément proférées par Sartre et qui sont pour lui la preuve de ce que nous avons affaire à un fou furieux. Il ignore la différence entre «langage inefficace» et «langage efficace» (Michel Tournier). Nous savons tous qu’il est facile, dans un milieu complice, de traiter au passage Untel, absent, de sale con, mais que, s’il est question de défendre publiquement semblable allégation, un langage tout autre, des arguments et des prudences s’imposent. Que Sartre ait détesté de Gaulle n’est un secret pour personne. Mais quand Gerassi rapporte qu’il a traité le Général de «maquereau réac», est-ce un souvenir de l’intervieweur ou un propos de l’interviewé, décrypté fidèlement ou non, bien ou mal traduit? En tout cas jamais Sartre ne s’exprime de la sorte dans un texte signé de lui ou dans une interview à laquelle il a donné son imprimatur ; sa férocité, propre à des années polémiques que nous voulons oublier, avait de l’allure et de tels mots, invérifiés, disqualifient Gerassi.

Croyant découvrir des scoops, Onfray enfonce des portes ouvertes. Pensez-vous ! Sartre, ce malade mental, s’est vu poursuivi par des crabes, ce dévoyé s’est drogué à la mescaline (l’épisode, narré à foison par Sartre et Beauvoir dans divers écrits, est le résultat d’un scrupule théorique : l’expérience de l’hallucination sembla nécessaire au philosophe quand il écrivait une psychologie phénoménologique de l’imagination). Le subtil freudien note que Sartre, dans son enfance, dormait dans la même chambre que sa mère : lourde suspicion d’inceste, on frémit. Les Mots nous l’a raconté avec une poésie et une précision vertigineuses, n’importe, Onfray claironne sa découverte : Sartre a eu le front de confesser cette perversion à son interlocuteur. De surcroît, il n’a pas vu la montée de l’hitlérisme, en 1933, à Berlin, ne fut un héros ni de la guerre d’Espagne ni de la Résistance et l’avoue en toute simplicité. Quand il se mêla de politique, ce fut pire et Onfray s’époumone sur l’air archiconnu : «il s’est toujours trompé», oubliant que, si, dans les brouillards de son temps, il arriva à Sartre de s’égarer, il fit preuve parfois, comme dans sa lutte pour l’indépendance de l’Algérie, d’une lucidité et d’un courage que personne ne désavouerait aujourd’hui. Violence et politique : c’est en effet un véritable problème dans les écrits de Sartre – Lanzmann en a traité, en connaissance de cause, dans le Lièvre de Patagonie. Encore faut-il prendre en considération l’époque, les atrocités coloniales, la guerre froide…

L’hédoniste mué en procureur se contente de tonner et persifler. Sous chacune de ses phrases on entend vibrer une vertueuse indignation «Vous vous rendez compte ! Il ose !»). Sans doute est-il sûr, pour son compte, de déchiffrer sans défaillance les ténèbres du XXIe siècle. Quoi qu’il en soit, quand il déchiffre un simple texte – ce qui relève en principe de ses compétences professionnelles -, la mésinterprétation est stupéfiante. La seule fois où il se réfère à un Sartre de première main, à un texte paru du vivant de l’auteur, «Paris sous l’Occupation», il y lit que celui-ci avait de «l’empathie pour les officiers allemands». Mauvaise foi d’une instruction unilatéralement à charge ou pur contresens ? Sartre écrit ceci : des soldats à l’uniforme familier et au regard vide, souvent courtois envers les vieilles dames, flânaient dans les rues de la ville, ils étaient devenus comme des «meubles». Mais la menace planait partout, d’autant plus effrayante que voilée par cette accoutumance trompeuse, et «dans l’avenue Foch, dans la rue des Saussaies, on entendait, des immeubles voisins, tout le jour et tard dans la nuit, des hurlements de souffrance et de terreur».

«On l’a échappé belle !», ainsi Christophe Donner conclut-il l’article désinvolte qu’il consacre au même livre (2). Echappé à quoi, M. Donner ? Au «siècle de Sartre», où il fallait encore se donner la peine de lire, où le ressentiment, le clin d’œil, le clinquant, le moralisme benêt ne suffisaient pas à ce que n’importe quel «auteur d’une quarantaine de livres» soit baptisé philosophe ? Nous n’échappons pas au siècle d’après Sartre, nous y sommes : dans la gadoue la plus noire.


John Gerassi, Entretiens avec Sartre. Michel Onfray, Le siècle de Sartre, le Monde, 5 et 6 juin. Christophe Donner, Sartre tout cru, le Monde 2, 21 mai.

Louis Althusser, un rapport ambivalent à la psychanalyse

Louis Althusser, un rapport ambivalent à la psychanalyse

L’expérience de la mélancolie fut décisive dans la vie et l’oeuvre de Louis Althusser (1918-1990), fulgurant rénovateur de la pensée marxiste. Ni la psychanalyse, ni l’amour des femmes, ni le désir de Révolution, ni le génie théorique ne purent venir à bout de cette perpétuelle bipolarité (dépression/exaltation) qui fut pourtant si créatrice pour la génération intellectuelle des années 1965-75.

C’est bien pourquoi la publication des lettres à Hélène Rytmann (1912-1980), sa compagne épousée en 1976, douze ans après celles à Franca Madonia, son amante italienne, permet au lecteur d’aujourd’hui de saisir comment le philosophe ne cessa d’osciller entre deux modèles de féminité : l’un coupable et déprimant, représenté par Hélène, substitut rêvé de sa soeur Georgette, objet d’une compassion protectrice et infantile, l’autre initiatique et incandescent, incarné par l’»étrangère», toujours à demi clandestine et parfois porteuse d’une italianité flamboyante. Chez Althusser le désir de l’amour fou eut souvent pour horizon la Rome papale, la Vénétie des Doges ou la campagne de Romagne, berceau de l’aristocratie communiste. La relation inouïe et de plus en plus délirante qui le liait à Hélène ressemblait à un autre lien tout aussi passionnel, celui de l’enfermement, symbolisé par trois lieux : le Parti communiste français (PCF), l’École normale supérieure (ENS), l’institution asilaire. Cet attachement-là, fou lui aussi, s’achèvera dans le meurtre et l’autodestruction.

Souffrant depuis 1938 de crises mélancoliques qui le frappaient chaque année au mois de février, Althusser fut confronté plus de vingt fois à cette saga de l’internement psychiatrique si bien décrite par son élève Michel Foucault : neuroleptiques, électrochocs, sels de lithium. A quoi s’ajoutèrent les différentes cures psychanalytiques, marquées elles aussi par un clivage. Car Louis Althusser entretenait avec la psychanalyse un rapport ambivalent, séparant toujours son statut d’analysant/psychiatrisé de sa position de théoricien du freudisme. D’un côté, il se décrivait comme la victime consentante d’une chimiothérapie contre laquelle il manifestait une rébellion permanente, et, de l’autre, il se voulait le défenseur d’une lecture de Freud (celle de Jacques Lacan) qui dénonçait les principes thérapeutiques auxquels il se soumettait lui-même. A la fin de l’année 1963, Lacan se trouvait en grande difficulté dans ses relations avec la communauté psychanalytique française et internationale. Déprimé, menaçant de se suicider, il fut contacté par Althusser qui joua avec lui, consciemment, le rôle d’un analyste «protecteur» en l’invitant à tenir son Séminaire à l’ENS et en lui offrant ainsi une tribune auprès d’une nouvelle génération de normaliens, parmi lesquels il recruta ensuite de nouveaux disciples.

Lacan comprit aussitôt ce que signifiait ce jeu de «l’analyste de l’analyste» et il se garda bien de lui proposer de le prendre sur son divan, séparant lui aussi le travail théorique de la cure. Et d’ailleurs, Althusser avait déjà choisi son thérapeute : René Diatkine (1918-1998), ancien analysant de Lacan, déjà connu de Georgette, sa soeur, atteinte elle aussi, et depuis longtemps, des mêmes symptômes que son frère.

En 1964, Althusser publia un article retentissant dans la Nouvelle Critique. Il y rendait un vibrant hommage à Lacan tout en critiquant les anciennes positions du PCF, lequel avait condamné la psychanalyse comme «science bourgeoise» en 1949. Un an plus tard, Diatkine prit en analyse Hélène, elle-même dépressive, rejetée par le PCF et victime d’une enfance sans affect. Et il se chargea, dans le même temps, du suivi psychiatrique d’Althusser, lequel se trouva alors galvanisé dans sa toute-puissance : il adorait ce genre de parcours endogamique consistant à faire entrer dans son cercle psychique tous ses proches, et notamment sa compagne, ses amis, ses élèves, ses amantes. Il joua donc à l’analyste avec Hélène en lui expliquant son “cas» et en la poussant à comprendre son «Oedipe archaïque» selon la méthode de Melanie Klein, puis avec Franca en lui exposant le cas d’Hélène et enfin avec Diatkine en lui donnant des leçons de lacanisme : “Pourquoi vous laissez-vous aller à refouler l’oeuvre de Lacan? C’est une erreur. »

Tout au long de cette interminable cure, Althusser occupa encore la place de “l’analyste de l’analyste”, ou du «père du père», ce qui le conduisit à une fusion intense et consentie avec Hélène et à une accentuation effarante de toutes sortes de thérapies médicamenteuses. Au terme de ce parcours, où chacun était imbibé de drogues, d’alcool et de désespoir, et après avoir songé à un suicide à deux ou à un incendie de l’ENS, Althusser étrangla celle qu’il considérait «comme son seul point fixe dans une mer sans horizon», croyant la masser comme à l’ordinaire : ce fut la scène du meurtre du 17 novembre 1980. Interné à Sainte-Anne, il bénéficia alors de l’article 64 du Code pénal (aujourd’hui 122-1), qui stipulait qu’il n’y a «ni crime ni délit lorsque le prévenu était en état de démence au temps de l’action.» Impossible à cette époque, même s’il le souhaitait, de l’envoyer aux assises, compte tenu de son passé psychiatrique et de la réalité de l’acte dont il n’avait pas eu conscience au moment de l’accomplir. En 1983, il s’installa dans un appartement situé rue Lucien Leuwen où seuls ses proches et ses amis lui rendirent visite.

Dés l’annonce du meurtre et pendant des années, Althusser devint l’objet d’une violente campagne de presse, où se mêlaient accusations sans fondements et interprétations psychanalytiques grotesques : «anormal supérieur», «Halte, tu serres», etc. Certains affirmèrent qu’il était un assassin de la pire espèce puisque, non content d’avoir mis à mort son épouse juive, il serait aussi, en tant que marxiste, responsable du goulag et des morts de la Révolution culturelle chinoise. Des féministes clamèrent qu’on ne tenait pas compte de la victime. Antisémite, «macho» et stalinien, donc.

En 1985, une journaliste le compara à Issei Sagawa, criminel japonais qui avait tué une jeune femme puis dépecé et dévoré son corps. Réduit au silence et conscient de son état de spectre ou de mort vivant du fait de ce meurtre, Althusser décida alors de rédiger son autobiographie, texte splendide, unique dans les annales de la philosophie. Il y racontait son enfance et y décrivait avec une poignante exactitude la fameuse scène, ses origines, ses conséquences. L’ouvrage sera publié à titre posthume sous le titre L’avenir dure longtemps. Le 22 octobre 1990, devant le cercueil de son ami, Jacques Derrida prononça l’éloge funèbre de celui qui l’avait toujours regardé comme le grand philosophe de la deuxième moitié du XXéme siècle : «Ce qui m’a fasciné en lui, souligna-t-il, ce fut son sens du grand théâtre de la tragédie politique, là où la démesure engage, égare ou brise sans pitié le corps privé de ses acteurs.» On ne saurait mieux dire…

Pour avoir eu avec Althusser une longue relation d’amitié, durant les vingt dernières années de sa vie, j’ai toujours su que l’explication qu’il donnait lui-même de son acte était beaucoup plus vraie que toutes interprétations dont on l’avait affublé. Tuer celle qu’il aimait et qui avait tant envie de mourir, au point de ne pas se défendre, fut une manière de la libérer de ce désir puis d’instruire ensuite, par la plume et pour l’éternité, le procès que la justice des hommes n’avait pas pu lui intenter.

Elisabeth Roudinesco, Le Monde, 26 mai 2011

Psychiatrie : appel à manifester contre une folle loi

[Image : Sans titre]

Appel du Collectif des 39 Contre la Nuit Sécuritaire

APPEL A MANIFESTER LE 25 JUIN 14:00

À PARIS PLACE DE LA REPUBLIQUE

libertés et citoyens fragiles en danger

Depuis plusieurs mois, la majorité des professionnels et les citoyens ont dénoncé le vote du projet de loi « relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et, aux modalités de leur prise en charge ».

Malgré nos propositions, cette loi désorganisera gravement la majorité des services de psychiatrie publique dès le 1er août 2011, fera pression sur des administrations prises de court (ARS, préfectures, justice) et n’améliorera pas la possibilité des recours garantissant les libertés.

recettes gestionnaires et sécuritaires

Éthiquement, nous ne pouvons accepter cet ensemble de mesures qui n’a plus vocation à soigner mais à créer l’illusion que les psychiatres, les juges, les directeurs d’hôpitaux et les préfets pourraient garantir l’ordre social au moyen de recettes gestionnaires et sécuritaires qui n’ont jamais fait leurs preuves.

Afin de maintenir une possibilité de soin relationnel nécessaire à toute personne en grande souffrance psychique, qu’elle puisse ou non consentir aux soins, nous appelons tous les soignants en psychiatrie, les patients, les familles et tous les citoyens à refuser solennellement cette loi et à résister à cette indignité.

soutenir une hospitalité à la folie

Nous nous engageons à rechercher les modalités précises et pratiques pour soutenir une hospitalité à la folie, garantir la dignité des patients, et maintenir vivant notre métier, nous appuyer sur notre éthique de soignant et refuser toutes les entraves à la rencontre, à la relation thérapeutique, et à la continuité des soins.

non à une « liberté » sous contrôle

Nous refusons la « liberté » sous contrôle qui va s’exercer par webcam interposées lors des « vidéo-audiences », et risque de perturber les patients les plus fragiles en aggravant leurs difficultés psychiques.

Nous affirmons que nous poursuivrons des soins en rapport avec notre éthique en refusant de dénoncer les patients aux autorités de tutelles, pour ne pas trahir les liens de confiance souvent difficiles à instaurer avec ceux qui vivent une catastrophe psychique.

Nous nous opposerons à tout ce qui peut conduire à la levée du secret professionnel et de l’indépendance professionnelle.

nous refuserons

Nous refuserons donc à chaque fois que nous le pourrons le recours aux soins obligatoires en ambulatoire qui sont au cœur de cette loi, et nous ferons tout pour lever ces mesures.

Nous refuserons l’application des « programmes de soins » imposés à tous les professionnels.

Nous n’abandonnerons pas la continuité des soins pour les patients suivis régulièrement au nom d’une priorité qui nous serait imposée pour les patients mis en « soins » sans consentement en ambulatoire ou hospitalisés.

Nous refuserons de rendre des avis médicaux sur simple lecture du dossier du patient, comme le prévoit la loi.

nouvelle discrimination de la Folie

Enfin nous appelons les artistes, intellectuels et tous les citoyens qui sont révoltés par le lien social ségrégatif qui nous est proposé à rejoindre notre combat pour refuser cette nouvelle discrimination de la Folie.

Nous vous appelons tous à manifester votre refus de cette loi indigne, avant l’été et la mise en route au 1er août des nouveaux dispositifs de cette loi.

Le 25 JUIN à 14:00 Place de la République


APPEL DE SAINT ALBAN

Ce 18 juin 2011, de Saint Alban, qui fut ce haut-lieu de la Résistance et de la création du mouvement d’analyse institutionnelle dans les années 40, les 550 participants aux Rencontres annuelles de Psychothérapie institutionnelle dans l’hôpital François Tosquelles déclarent solennellement leur refus et manifestent aujourd’hui leur soutien à l’ Appel du Luxembourg , lancé le 15 juin 2011 par le collectif des 39 contre la Nuit sécuritaire :

Cette loi adoptée, nous la refuserons et demandons son abrogation !
Depuis plusieurs mois, la majorité des professionnels et les citoyens ayant à cœur une hospitalité pour la folie à rebours des préjugés sécuritaires actuels, ont dénoncé la déraison d’État qui s’est exprimée par le vote du projet de loi « relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et, aux modalités de leur prise en charge ».

Malgré nos propositions, il n’y a pas eu de sursaut républicain des élus de la majorité gouvernementale et pourtant, une fois votée, cette loi va rendre beaucoup plus compliqués l’accès aux soins et la continuité des soins pour les patients et leurs familles. Elle désorganisera la majorité des services de psychiatrie publique dès le 1er août 2011, fera pression sur des administrations prises de court (ARS, préfectures, justice) et elle n’améliorera pas la possibilité des recours garantissant les libertés.

catastrophe sanitaire sans précédent

Cette loi bientôt adoptée, il ne reste plus que le sursaut des professionnels et des citoyens afin d’empêcher une catastrophe sanitaire sans précédent pour la psychiatrie.

Éthiquement, nous ne pouvons accepter cet ensemble de mesures qui n’a plus vocation à soigner mais à créer l’illusion que les psychiatres, les juges, les directeurs d’hôpitaux et les préfets pourraient garantir l’ordre social aux moyens de recettes gestionnaires et sécuritaires qui n’ont jamais fait leurs preuves.

Il est plus que jamais nécessaire, dans le champ de la psychiatrie, de se recentrer sur la mission soignante en élaborant, avec les patients et leur famille, des pratiques de soins au cas par cas et au long cours, quand elles le nécessitent. Nous ne saurions rester impuissants face à ce texte idéologique, discriminatoire et promouvant la délation tout en détruisant la relation de confiance soignants – soignés.

« programme de soins » dicté par le Conseil d’État

Ce texte dangereux consacre la rupture du secret professionnel, la fin de l’indépendance professionnelle qui sera désormais soumise à un « programme de soins » dicté par le Conseil d’État.

Par nécessité éthique afin de maintenir une possibilité de soin relationnel nécessaire à toute personne en grande souffrance psychique, qu’elle puisse ou non consentir aux soins, nous appelons tous les soignants en psychiatrie, les patients, les familles et tous les citoyens à refuser solennellement cette loi et à résister à cette indignité.

nous nous engageons

Ici à partir de Saint Alban, nous nous engageons à rechercher les modalités précises et pratiques pour soutenir une hospitalité à la folie, garantir la dignité des patients, et maintenir vivant notre métier, nous appuyer sur notre éthique de soignant et refuser toutes les entraves à la rencontre, à la relation thérapeutique, et à la continuité des soins. Par exemple :

– Nous nous opposerons à tout ce qui peut conduire à la levée du secret médical et l’indépendance professionnelle

– Nous refuserons l’application des « programmes de soins » imposés à tous les professionnels

– Nous refuserons de faire les certificats de maintien en hospitalisation sur le simple examen du dossier du patient, comme le prévoit la loi

– Nous refuserons les « vidéo-audiences » pour les patients dont l’état ne permet pas de se rendre au tribunal pour rencontrer un juge des libertés

– Nous n’abandonnerons pas la continuité des soins pour les patients suivis régulièrement au nom d’une priorité qui nous serait imposée pour les patients mis en « soins » sans consentement en ambulatoire ou hospitalisés

– Etc…

Psychiatres en lutte : pour un soin relationnel

Appel du Collectif des 39 Contre la Nuit Sécuritaire

Si cette loi est adoptée, nous la refuserons.

Journée de mobilisation unitaire
Mercredi 15 juin 2011: 2ème lecture de la Loi

À l’issue de la conférence de presse au sein du Sénat
Rassemblement devant l’entrée principale à 16h30

Depuis plusieurs mois, la majorité des professionnels et les citoyens ayant à cœur une hospitalité pour la folie à rebours des préjugés sécuritaires actuels, ont dénoncé la déraison d’État qui s’est exprimée par le vote du projet de loi « relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et, aux modalités de leur prise en charge ».

Malgré nos propositions, il n’y a pas eu de sursaut républicain des élus de la majorité gouvernementale et pourtant, une fois votée, cette loi va rendre beaucoup plus compliqués l’accès aux soins et la continuité des soins pour les patients et leurs familles. Elle désorganisera la majorité des services de psychiatrie publique dès le 1er août 2011, fera pression sur des administrations prises de court (ARS, préfectures, justice) et paradoxalement, elle n’améliorera pas la possibilité des recours garantissant les libertés.

Cette loi adoptée, il ne restera plus que le sursaut des professionnels et des citoyens afin d’empêcher une catastrophe sanitaire sans précédent pour la psychiatrie.

Éthiquement, nous ne pouvons accepter cet ensemble de mesures qui n’a plus vocation à soigner mais à créer l’illusion que les psychiatres, les juges, les directeurs d’hôpitaux et les préfets pourraient garantir l’ordre social aux moyens de recettes gestionnaires et sécuritaires qui n’ont jamais fait leurs preuves.

Il est plus que jamais nécessaire, dans le champ de la psychiatrie, de se recentrer sur la mission soignante en élaborant, avec les patients et leur famille, des pratiques de soins au cas par cas et au long cours, quand elles le nécessitent. Nous ne saurions rester impuissants face à ce texte idéologique, discriminatoire et promouvant la délation tout en détruisant la relation de confiance « soignants – soignés ».

Ce texte dangereux consacre la rupture du secret professionnel, la fin de l’indépendance professionnelle qui sera désormais soumise à « un programme de soins » dicté par le Conseil d’État ».

soin relationnel

Par nécessité éthique afin de maintenir une possibilité de soin relationnel nécessaire à toute personne en grande souffrance psychique, qu’elle puisse ou non consentir aux soins, nous appelons le mercredi 15 juin tous les soignants en psychiatrie, les patients, les familles et tous les citoyens à refuser solennellement cette loi.

D’ores et déjà, il nous paraît essentiel d’appeler à un grand rassemblement unitaire à Paris, avant l’été, pour entériner notre refus et organiser la résistance qui concourra à l’abrogation.

www.collectifpsychiatrie.fr

Pour nous contacter : information@collectifpsychiatrie.fr

Psychiatrie en lutte – « si cette loi est adoptée, nous la refuserons »

Appel du Collectif des 39 Contre la Nuit Sécuritaire

[Image : Sans titre]

Si cette loi est adoptée, nous la refuserons

Journée de mobilisation unitaire

Mercredi 15 juin 2011: 2ème lecture de la Loi

À l’issue de la conférence de presse au sein du Sénat

Rassemblement devant l’entrée principale à 16h30

Depuis plusieurs mois, la majorité des professionnels et les citoyens ayant à cœur une hospitalité pour la folie à rebours des préjugés sécuritaires actuels, ont dénoncé la déraison d’État qui s’est exprimée par le vote du projet de loi « relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et, aux modalités de leur prise en charge. »

Malgré nos propositions, il n’y a pas eu de sursaut républicain des élus de la majorité gouvernementale et pourtant, une fois votée, cette loi va rendre beaucoup plus compliqués l’accès aux soins et la continuité des soins pour les patients et leurs familles. Elle désorganisera la majorité des services de psychiatrie publique dès le 1er août 2011, fera pression sur des administrations prises de court (ARS, préfectures, justice) et paradoxalement, elle n’améliorera pas la possibilité des recours garantissant les libertés.

Cette loi adoptée, il ne restera plus que le sursaut des professionnels et des citoyens afin d’empêcher une catastrophe sanitaire sans précédent pour la psychiatrie.

Éthiquement, nous ne pouvons accepter cet ensemble de mesures qui n’a plus vocation à soigner mais à créer l’illusion que les psychiatres, les juges, les directeurs d’hôpitaux et les préfets pourraient garantir l’ordre social aux moyens de recettes gestionnaires et sécuritaires qui n’ont jamais fait leurs preuves.

idéologique, discriminatoire et promouvant la délation tout en détruisant la relation de confiance

Il est plus que jamais nécessaire, dans le champ de la psychiatrie, de se recentrer sur la mission soignante en élaborant, avec les patients et leur famille, des pratiques de soins au cas par cas et au long cours, quand elles le nécessitent. Nous ne saurions rester impuissants face à ce texte idéologique, discriminatoire et promouvant la délation tout en détruisant la relation de confiance « soignants – soignés. »

Ce texte dangereux consacre la rupture du secret professionnel, la fin de l’indépendance professionnelle qui sera désormais soumise à « un programme de soins » dicté par le Conseil d’État.

maintenir une possibilité de soin relationnel

Par nécessité éthique afin de maintenir une possibilité de soin relationnel(1« ), nécessaire à toute personne en grande souffrance psychique, qu’elle puisse ou non consentir aux soins, nous appelons le mercredi 15 juin tous les soignants en psychiatrie, les patients, les familles et tous les citoyens à refuser solennellement cette loi.

D’ores et déjà, il nous paraît essentiel d’appeler à un grand rassemblement unitaire à Paris, avant l’été, pour entériner notre refus et organiser la résistance qui concourra à l’abrogation.

www.collectifpsychiatrie.fr

Pour nous contacter :

  • 1 L’ambiguïté de l’expression demeure, puisque tout psychiatre au regard de la loi est détenteur par nature et fonction de la compétence psychothérapique, à lui de juger s’il recourra à une psychothérapie relationnelle, au sens plein de ce terme, ou non. Ceux qui manifestent, tempêtent et s’insurgent contre le sécuritarisme, sont généralement des psychanalystes ou d’inspiration telle. Ne pas commettre l’erreur de croire que tous les psychiatres français à l’heure actuelle relèvent de ce courant de pensée et de pratique.

On emprisonne doucement nos esprits

On emprisonne doucement nos esprits

Commentaire communiqué au site des 39

Par Joseph Mornet

Le rapport de l’IGAS ne peut être découpé entre des aspects qui seraient pertinents ou d’autres injustes. C’est l’ensemble de la logique dans lequel il entend nous situer qu’il faut dénoncer : il est une confirmation de l’ignorance ou du déni de la « folie » dans lequel on emprisonne doucement nos esprits. Une fois de plus on veut traiter la souffrance psychique et les « égarements » sociaux qui l’accompagnent comme une simple question comportementaliste, disciplinaire et sécuritaire : à preuve la proposition finale des inspecteurs d’ouverture de « chantier d’envergure » pour la gestion des ressources humaines et la « mise en œuvre de formations spécifiques » dont le but est « d’apprendre à prévenir et gérer les situations d’agressivité » voire « proposer des entrainements physiques réguliers au contrôle des agressions à l’ensemble du personnel« . Relisons la thèse de Paumelle sur le traitement collectif des quartiers d’agités : ce n’est pas la folie en elle-même qui rend les situations dangereuses et violentes, c’est au contraire son déni, sa répression disciplinaire et l’absence de dimension de collectif aussi bien chez les patients que chez les soignants. S’il ya une dimension « systémique« , c’est là qu’il convient de la chercher.

Rappelons aux experts de l’IGAS quelques invariants de base : la folie ne peut se réduire à sa « délinquance » (nouvelle variante du concept de « normalité« ). Sa prédictivité ne peut être de l’ordre d’une logique statistique de « diagnostic fiable » ou d’une causalité endogène psychopathique fatale. Son soin ne peut se confondre avec « l’empêchement que quelque chose survienne » car à vouloir prévenir tout événement on tue surtout les possibilités de mieux être. Une « fugue » d’un hôpital psychiatrique ne peut s’associer aux termes de « détenus » ou « d’évasion » sinon à confondre hôpitaux et prisons, malades et délinquants civiques et soignants et gardiens de l’ordre .

Les réponses ne peuvent être que dans le refus du regard actuel porté sur la folie et de la logique qui le sous-tend : l’accepter est déjà se condamner. C’est une abdication de l’intelligence. En face, il nous faut continuer à témoigner de la dimension anthropologique de la folie comme constitutive de l’humanité elle-même et de la liberté (cf. Ey et Lacan), à revendiquer la dimension d’un vrai collectif pour son soin s’enracinant dans la capacité d’un nouage de lien tranférentiel (ce sont les deux jambes de l’aliénation, mentale et sociale), et surtout, pour paraphraser Pinel : « il ne faut pas s’étonner que si l’on traite quelqu’un comme un dangereux délinquant il se conduise comme un dangereux délinquant.« 

Pour cela, il faut des moyens humains et des formations. Pas celles que l’on nous impose actuellement : il faut dénoncer l’utilisation quasi exclusive des fonds de formation continue à des fins évaluatives, préventives ou sécuritaires : en regard de leur coût trop souvent abusif et du formatage comportemental et référentiel qu’elles impriment, on peut les juger totalement inefficaces et catastrophiques budgétairement. Elles jouent sur une individualisation délétère des acquisitions puisqu’elles se fondent sur un modèle de disparition des dimensions existentielles et subjectives au profit de modèles mécaniques et déshumanisants. Parions, au contraire, sur l’intelligence d’hommes et de femmes constituant de vrais collectifs capables d’offrir une hospitalité à ceux et à celles qui en ont, à un moment des aléas de leur histoire, un besoin vital.

Joseph Mornet est secrétaire général de la Fédération d’aide à la santé mentale Croix Marine »

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