Roudinesco – Lacan

Entretien avec Xavier Lacavalerie pour Télérama du 10 au 16 septembre 2011 à propos de Lacan envers et contre tout, Seuil.

Ne craignez vous pas que le titre même de votre ouvrage, Lacan, envers et contre tout marque, d’entrée de jeu, une adhésion aveugle à celui que vous appelez, par ailleurs, « un maître paradoxal »- ainsi qu’à sa pensée ?

Inconditionnel, certainement pas ! Il s’agit plutôt d’opérer un bilan actualisé : de revenir sur la vie d’un homme, sur son oeuvre, sur ce qu’il en reste aujourd’hui, et de voir en quoi elle continue de questionner notre époque. J’ai voulu parler plus personnellement de Jacques Lacan, à l’intention du lecteur d’aujourd’hui, d’un AUTRE Lacan, confronté à sa grandeur, à ses excès, à sa passion du réel, à sa profonde humanité et à sa déchéance physique et intellectuelle à partir de 1979. Alors, lisez plutôt le titre de mon ouvrage comme un hommage critique, sans adulation : une fidélité infidèle, en dépit de tout. J’aime bien cette expression. Elle nous permet de comprendre notre souffrance et de nous faire saisir les déterminations que l’inconscient impose à notre subjectivité…

Historienne de formation, vous avez toujours été dans vos écrits la thuriféraire de la cause analytique et la défenseur de ses grandes figures fondatrices, surtout lorsque qu’elles étaient attaquées et leurs discours falsifiés et vilipendés….

La psychanalyse a été mon environnement naturel, une sorte de respiration vécue au quotidien. Ma mère, Jenny Aubry, fut une solide clinicienne, l’une des pionnières de la psychopathologie des enfants, mais aussi une amie de Jacques Lacan. Toute petite, je faisais donc en quelque sorte partie du sérail. Ensuite, à la fin des années 1960, j’ai été membre de l’École freudienne de Paris (EFP), fondée par Lacan, une école de type socratique plutôt qu’une association classique de cliniciens installés dans leur routine. Mais je peux vous assurer qu’à l’époque mes véritables préoccupations et mes admirations intellectuelles allaient plutôt ailleurs, du côté des historiens, des littéraires ou des philosophes comme Michel Foucault, celui des Mots et les choses (1966) ; ou encore de Gilles Deleuze, dont j’ai été l’élève même si je ne partageais pas l’idée énoncée dans L’Anti-Œdipe (1972) selon laquelle l’homme moderne ne serait pas tragique mais habité par des machines désirantes plutôt que par des structures symboliques. Je cherchais ma voie dans l’écriture, dans le monde des idées, dans le récit narratif et j’étais structuraliste. L’enseignement de Michel de Certeau, grand historien des mystiques, père jésuite et profondément marqué par l’œuvre de Freud a été pour moi d’une importance considérable : il m’a orienté vers l’histoire. Louis Althusser aussi a joué un rôle central dans mon évolution : tous ces penseurs étaient fascinés par la psychanalyse mais d’une manière distante.

Qu’est ce qui à motivé ce revirement qui vous a conduit à délaisser vos préoccupations purement philosophiques pour mener cette sorte de combat ?

Ma formation et mon travail d’historienne et de critique littéraire. Ne serait ce que pour rétablir quelques vérités et chercher à comprendre et à raconter les passions qui ont toujours entouré les débats autour de la théorie psychanalytique et de ses pères fondateurs. J’aime l’histoire de la psychanalyse, cette aventure intellectuelle, ce désir de changer la vie psychique et cette attirance pour la sexualité et les rêves, avec ses personnages, ses concepts, ses paysages dans lesquels je ne me lasse jamais de faire un voyage à travers des villes : Vienne, Berlin, Budapest, New York, Buenos Aires, Londres, etc. Longtemps, j’ai fait mienne cette fameuse phrase de Marc Bloch écrite à la fin des années 1930, dans son ouvrage de référence « Apologie pour l’histoire, ou métier d’historien » : « Robespierristes, anti – robespierristes, nous vous crions grâce : par pitié, dites nous simplement quel fut Robespierre » .

Un plaidoyer pour davantage d’objectivité et de mesure, en quelque sorte ?

Oui. Pour sortir des clans partisans et des rumeurs, ce qui, entre parenthèse, est le meilleur moyen de déplaire à tout le monde, les uns vous reprochant de trahir ce à quoi ils adhèrent aveuglément, les autres vous accusant de fanatisme et de sectarisme. Combien m’ont reproché, par exemple, de ne pas avoir passé sous silence la collaboration du psychanalyste Ernest Jones avec les nazis, alors qu’il s’agissait simplement pour moi de rétablir des faits historiques et objectifs. Plus une théorie est nouvelle et moderne, plus elle est difficile à imposer, mais plus elle produit des effets de dogmatisme qu’il faut ensuite corriger et critiquer.

Quel a donc été l’apport majeur de Jacques Lacan à la psychanalyse ?

Maître en paradoxes, Lacan s’est voulu le porte parole d’une relève de la psychanalyse et il est allé rechercher ses principes dans la philosophie allemande, mais aussi dans ce que Freud lui-même appelait « La Chose » (das Ding). Cette « chose » c’est l’objet silencieux, enfoui au coeur de l’humain et qui se distingue par sa puissance mortifère : un réel qui échappe à l’explication rationnelle. Chez cet homme, qui avait des inhibitions d’écriture mais qui savait manier le langage avec génie, le mot «chose» est sujet à toutes sortes de néologismes : « a-chose » , « hache-ose » , « l’Achose » , « achosique » , etc. , dont le privatif « a » ou encore le « h » (hache !) aspiré, indique un manque, un morceau tombé et perdu et qui forme un secret impénétrable : le ressort même du fonctionnement humain. Cette « chose » là, c’est donc l’énigme de l’être, fondement même de l’humanisme freudien si particulier, désigné comme proprement « inhumain ». Car comment poser l’homme comme valeur, alors qu’il est soumis à une telle aspiration destructrice, à cette pulsion de mort dont parlait Freud, et dont les horreurs commises à Auschwitz sont l’exemple le plus manifeste ? Lacan est l’un des penseurs importants du génocide des Juifs. Par ailleurs, il donne une valeur mythique à ce vieux mot – apocryphe, d’ailleurs – que Freud aurait dit à son ami Jung en 1909, en vue du port de New York : « ils ne savent pas que nous leur apportons la peste ! » : la psychanalyse est comparable à une épidémie, elle est susceptible de renverser les pouvoirs de la norme établie : elle est libératrice. Mais elle peut aussi devenir le pire quand elle est sauvagement utilisée par des psychanalystes pour « interpréter » le comportement des célébrités et plus particulièrement des hommes et femmes politiques. Ainsi, à propos de l’affaire DSK, un psychanalyste, a expliqué que les femmes de « cavaleurs » (mot horrible) jouissaient d’être trompées par leurs maris. Et il a nommé Anne Sinclair.

N’est ce pas là la caractéristique de que l’on pourrait appeler « l’exception française en psychanalyse» , quand d’autres pays ne veulent y voir qu’un ensemble de recettes pour guérir les bobos de l’âme et remettre d’aplomb le corps souffrant sur le chemin de la production économique ?

La France est le seul pays où, à travers l’enseignement de Lacan, mais aussi l’éclosion d’une certaine littérature – pensez par exemple aux surréalistes, à l’œuvre d’Antonin Artaud ou de Georges Bataille – la doctrine de Freud a été regardée comme subversive, un peu à l’image des idées de la Révolution de 1789 qu’il fallait propager à travers l’Europe entière, pour délivrer les peuples de la tyrannie. Ailleurs, tout particulièrement aux États-Unis, on a fait trop souvent de la théorie freudienne le contraire de ce qu’elle était : une idéologie du bonheur, au service de l’adaptation à une norme sociale, comme l’ont dénoncé les meilleurs psychanalystes américains. Mais cette époque est révolue, on est passé désormais à l’anti-freudisme radical : on rejette ce que l’on a trop adulé et on reproche à la doctrine freudienne de ne pas tenir les promesses de guérison qui n’ont pas été les siennes.


L’homme Lacan continue à faire polémique…

Il a toujours fait l’objet d’interprétations extravagantes qui émanent généralement de pamphlétaires peu scrupuleux. Comme Freud qui fut accusé de tout : nazi, antisémite, incestueux, escroc, que sais je encore ? Lacan traîne derrière lui une réputation sulfureuse de pervers, de chef de secte, maltraitant les femmes, bousculant ses patients. Tout a été dit à ce sujet. Dans mon ouvrage je présente simplement l’homme tel qu’il était, avec son côté dandy et séducteur, amoureux de culture classique, transgressif dans sa manière de vivre, de concevoir la cure, de dissoudre, de façon insensée le temps des séances. Avec son humour formidable et ravageur, qui dénonçait la bêtise et rangeait de son côté les esprits libres et disponibles. J’évoque encore un personnage plus secret, le collectionneur un peu fétichiste, féru de tableaux de maîtres, de meubles anciens, de statuettes archéologiques, de livres en édition originale, de vêtements fabriqués dans les étoffes et les tissus les plus rares, de chaussures faites sur mesure. Mais c’est un aspect de son personnage. Tout cela s’est accompagné, durant les dernières années de sa vie, d’une véritable « pulsion néologique » , qui se mêlait, dans son discours, à sa manie de la collection : il passait son temps à inventer des mots, à jouer avec eux, à les déformer, déployant une fureur verbale qui faisait surgir de son inconscient de violents souvenirs de familles, plus ou moins refoulés. Cette manie du néologisme, a fini par tourner à la création délirante, mais son auteur y a heureusement eu recours, aussi, pour penser l’ensemble de son système doctrinal.

Il ne faudrait donc pas que cette singularité masque ce que j’appellerais la « geste lacanienne » : cette aventure intellectuelle fondatrice dans notre modernité. Elle a sans doute provoqué la libération des paroles et des mœurs, l’essor de toutes les émancipations – chez les femmes, les minorités, les homosexuel(le)s – la transformation de la vie, de l’école, de la famille, bref toutes les espérances de l’après-68, dont il a épousé bien des paradoxes.. Un Lacan finalement partagé entre ombre et lumière.


Mais aujourd’hui ? Quelle place occupe-t-il dans le monde foisonnant des thérapies modernes ?

L’époque héroïque de la psychanalyse a pris fin. Nous assistons à l’éclosion des psychothérapies, plus courtes, moins centrées sur la parole et l’exploration de l’inconscient et donc plus adaptées à l’individualisme moderne qui est en quête de résultats immédiats et d’un certain égocentrisme. Il y a en France chaque année entre 5 et 8 millions de personnes qui vont mal et qui, de manière prolongée ou épisodique, se soignent comme ils peuvent, à grand renfort de médicaments psychotropes, de thérapies diverses, de médecines parallèles, de cures en tout genre et de mille autres médecines de soi, qui se multiplient, souvent hélas, à l’écart des sciences et de la raison. Dans ce contexte, rappeler qui fut Jacques Lacan et son apport essentiel à la psychanalyse est une entreprise salutaire. Il a donné une véritable grandeur à l’exploration de l’inconscient. Notre époque se préoccupe essentiellement de performances sexuelles, de culte de soi, d’hygiénisme, de semblant et de sécurité. Et très peu du désir ou de la connaissance vraie : de soi, de la culture ou de la politique. A ce propos, Lacan parlait de la « passion de l’ignorance », terme repris par Roland Gori et Alain Badiou. Nous vivons dans une angoisse perpétuelle qui nous conduit, de plus en plus, à ne rien vouloir savoir de ce qui nous détermine.


Il est très difficile pour les chercheurs d’accéder aux archives de Lacan, écrivez-vous. Qui les en empêche ?

Personne. Mais les ayants-droit n’ont effectué aucun dépôt des archives personnelles de Lacan : ni notes de travail, ni lettres reçues. Rien de rien. Et d’ailleurs les psychanalystes français sont peu soucieux d’histoire, au contraire des anglophones qui ont une tradition historiographique : n’oublions qu’à partir de 1933, les psychanalystes d’Europe centrale et orientale – presque tous Juifs – ont pris la route de l’exil vers l’Angleterre ou les Etats-Unis et ils ont eu ensuite le souci de transmettre leurs archives et leur mémoire passée détruite par le nazisme. Rien de tel en France. Ce qui fait que, depuis trente ans, je suis devenue dépositaire d’un énorme corpus d’archives et de témoignages que j’ai utilisés dans mes ouvrages : pas seulement les lettres de Lacan (ou les documents divers le concernant) mais aussi les lettres, archives et notes des acteurs du mouvement. A quoi s’ajoutent les archives des sociétés psychanalytiques. Un jour je déposerai tout ça à la BNF.


Propos recueillis par Xavier Lacavalerie

(1) Un nouveau volume du Séminaire : Livre XIX (1971-72) … ou pire, établi Jacques Alain Miller, 253p. 23 euros. Et Je parle aux murs, trois conférences prononcées à la Chapelle de l’Hôpital Sainte Anne, à la même date, 113p, 12 euros, Seuil.

– Élisabeth Roudinesco. Lacan, envers et contre tout. Seuil, 175 p. pages, 15 euros.

Séminaire annuel Élisabeth Roudinesco à Normale Sup

École Normale supérieure

45 rue d’Ulm, 75005 Paris

salle Cavaillès

Élisabeth Roudinesco

Jacques Lacan : vie, œuvre, archives, héritage

Département d’histoire et Institut d’histoire moderne et contemporaine (Gilles Pécout)

Mardis de 18 à 2O:00

22 novembre (séance inaugurale), 6 décembre, 3, 17 et 24 janvier, 7 et 14 février, 6, 20, 27 mars, 3 avril, 15, 22 mai.

Séminaire Histoire de la p sychanalyse 2011-2012

inclus dans :

ÉCOLE DOCTORALE 382-EESS Économie, espaces, sociétés, civilisations.

UFR DE GÉOGRAPHIE, HISTOIRE, SCIENCES DE LA SOCIÉTÉ (GHSS) UNIVERSITÉ DE PARIS VII-DENIS DIDEROT.

Nous sommes tous des evthériens : dispensateurs de bons soins.

Paléontologie: l’homme descend d’une souris chinoise !

25 août 2011 | Par Michel de Pracontal in Mediapart


Son nom – Juramaia sinensis – signifie : mère jurassique de Chine. Elle avait l’allure d’une musaraigne, mesurait environ une dizaine de centimètres de la pointe du museau au bout de la queue, et vivait au nord-est de la Chine il y a 160 millions d’années, quand les dinosaures dominaient la planète. Elle est aujourd’hui le plus ancien fossile connu de mammifère « euthérien », le groupe dont sont issus presque tous les mammifères actuels, y compris notre espèce. Son pedigree scientifique est publié dans la revue Nature du 25 août 2011. Selon son principal découvreur, le paléontologue Zhe-Xi Luo, du Muséum d’histoire naturelle Carnegie, à Pittsburgh, «Juramaia est l’arrière-grand-tante ou l’arrière-grand-mère de tous les mammifères placentaires qui prospèrent aujourd’hui».

Reconstitution artistique de Juramaia© Mark Klinger / Carnegie Museum of Natural History

Les mammifères euthériens, ou placentaires, sont ceux dont les embryons se développent dans l’utérus de leur mère et sont nourris grâce à un placenta, comme c’est le cas de la souris, du lapin, de la vache ou de l’homme ; les euthériens se distinguent des métathériens, dont font partie les actuels marsupiaux comme le kangourou ou le koala, dont les petits naissent à l’état de fœtus et poursuivent leur développement dans la poche abdominale de leur mère, appelée marsupium. Ces deux groupes rassemblent la quasi-totalité des mammifères actuels, à l’exception des monotrèmes, les plus primitifs, dont il ne subsiste que cinq espèces : le bizarre ornithorynque, au bec de canard et à la queue de castor, qui pond des œufs mais dont les petits sont allaités ; et quatre espèces d’échidnés, également des mammifères ovipares.

Les trois groupes de mammifères sont apparus pendant le long règne des dinosaures, qui ont dominé la Terre pendant plus de 160 millions d’années, du Jurassique, il y a 230 millions d’années, à la fin du Crétacé, il y a 65 millions d’années. Plus de mille espèces de dinosaures terrestres, des reptiles géants à de petits bipèdes de la taille d’un poulet, régnaient sur un continent unique, la Pangée, qui allait ensuite se fragmenter pour donner les continents actuels. A l’apogée de l’ère des dinosaures, de petits mammifères ont commencé à occuper les rares niches écologiques encore disponibles. Mais c’est seulement après l’extinction des dinosaures que les mammifères ont investi l’espace terrestre. L’espace aérien, lui, est resté le domaine des dinosaures aviaires et de leurs descendants, les oiseaux.

Cependant, les recherches paléontologiques récentes ont montré que, sous le règne des dinosaures, les mammifères étaient déjà assez nombreux, même s’ils ne tenaient pas le haut du pavé. Ce sont surtout les euthériens et les métathériens qui mobilisent l’attention des scientifiques, car les monotrèmes ont laissé peu d’archives fossiles et ne sont quasiment plus représentés. L’une des questions cruciales, pour comprendre l’histoire des mammifères, est celle de savoir quand la lignée des mammifères placentaires, dominante aujourd’hui, s’est séparée de celle des marsupiaux.

[Image : Sans titre]

Emplacement géographique du site de la découverte© DR

Dans ce domaine, l’équipe sino-américaine de Zhe-Xi Luo, Qiang-Ji et Chong-Xi Yuan, celle-là même qui a découvert Juramaia, a fait une série de trouvailles décisives. En 2002 et 2003, ces chercheurs ont décrit un fossile d’euthérien qu’ils ont appelé Eomaia scansoria («ancienne mère grimpeuse») et un métathérien nommé Sinodelphys szalayi. Les deux bestioles, longues de dix à quinze centimètres, ont toutes deux été découvertes, comme Juramaia, sur un site qui se trouve dans la province du Liaoning, au nord-est de la Chine, à la frontière avec la Corée du Nord. De plus, Eomaia et Sinodelphys remontent tous deux à environ 125 millions d’années.

Sur la base de cette double découverte, on pouvait supposer que les deux groupes – euthériens et métathériens – avaient une origine commune en Eurasie. Mais un problème chronologique se posait : des études de biologie moléculaire indiquaient que les euthériens remontaient à nettement plus que 125 millions d’années. Il y avait donc un trou dans les archives fossiles, que Juramaia vient opportunément combler : désormais, on peut assurer que la lignée des euthériens, autrement dit des mammifères placentaires dont nous faisons partie, remonte au moins à 160 millions d’années.

Juramaia révèle aussi des caractères qui expliquent comment les euthériens ont pu faire souche dans l’environnement du Jurassique : ses membres antérieurs sont adaptés à l’escalade. Mère Souris pouvait grimper aux arbres, ce qui lui a donné accès à une nouvelle niche écologique, la canopée. Cela a dû être un atout décisif à une époque où la majorité des mammifères étaient cloués au sol.

Pour Zhe-Xi Luo, les mammifères placentaires se sont épanouis et sont devenus très largement majoritaires grâce à leur mode de reproduction, plus efficace et plus sûr que celui des marsupiaux. «Mais, ajoute notre chercheur, c’est leur adaptation précoce à l’exploitation de ressources arboricoles qui a ouvert la voie à leur succès.»

Joyce McDougall – psychanalyste

Joyce McDougall, née Carrington (1920-2011), psychanalyste

Par Élisabeth Roudinesco

[Image : Sans titre]

La psychanalyste Joyce McDougall, née Hilary Joyce Carrington, est morte à Londres, le mercredi 24 août, des suites d’une pneumonie, dans une maison de retraite où sa famille l’avait placée.

Née en Nouvelle-Zélande, le 26 avril 1920, dans une famille de commerçants aisés issus de l’immigration anglaise, elle fut très tôt sensible aux inégalités au sein d’une culture encore très coloniale. Durant l’entre-deux-guerres, elle suivit avec attention le combat des républicains espagnols et s’intéressa au féminisme et à tous les mouvements d’émancipation.

Comme le souligne Philippe Porret, son biographe, dans Joyce McDougall, une écoute lumineuse, Campagne-Première, 2005, c’est à travers la lecture du Livre du ça, de Georg Groddeck (traduit chez Gallimard), qu’elle découvrit la psychanalyse, ce qui la conduisit à poursuivre des études de psychologie. Après avoir épousé Jimmy McDougall, dont elle conservera le patronyme, elle se rendit à Londres, où elle reçut sa formation clinique auprès de John Pratt, tout en bénéficiant de l’enseignement de Donald Woods Winnicott.

Trois ans plus tard, recommandée par Anna Freud, elle s’installa en France et intégra la Société psychanalytique de Paris (SPP) sans changer de nationalité. Elle fit alors une deuxième tranche d’analyse avec Marc Schlumberger. En 1954, à la demande de Margaret Mahler et sous la supervision de Serge Lebovici, elle accepta de recevoir à Paris, pour une cure en anglais, un garçon américain de 9 ans, étiqueté schizophrène, avec lequel elle engagea un dialogue étourdissant qui sera publié en plusieurs épisodes et deviendra un classique : Dialogue avec Sammy. Contribution à l’étude de la psychose infantile, rééd. Payot, 2001. Avec cet enfant fascinant et fou, elle parvint à instaurer une parole au long cours qui se prolongera ensuite par une amitié, au point qu’elle le consultera pour la publication de son cas, n’hésitant pas, à une certaine étape, à prendre la mère de celui-ci en analyse.

Au fil des années, Joyce deviendra une clinicienne reconnue dans le monde anglophone, francophone et latino-américain, pour son talent et sa manière de mener des cures avec une finesse inouïe puis de publier des cas, toujours en accord avec ses patients, ce qui, hélas, ne se fait plus aujourd’hui.

Invitée aux quatre coins de la planète, elle ne cessera de donner des conférences, toujours prête à changer de lieu et à s’ouvrir à de nouveaux récits. Elle aimait le théâtre, la peinture, la littérature, la danse, les objets baroques et les pratiques corporelles en tous genres, et elle avait un certain goût pour l’analyse des expériences sexuelles  » différentes « , telles que le transsexualisme et le transvestisme, ce qui ne contredisait pas son attachement à la plus grande rigueur clinique.

L’interprétation juste

En 1950, elle fit la connaissance de Sidney Stewart, qui deviendra son deuxième époux et occupera une place centrale dans sa vie. Originaire de l’Oklahoma, il avait été GI dans le Pacifique et fait prisonnier. Par la suite, il rédigea un récit des conditions de sa survie, décrivant la manière dont il était passé de la mort à la vie selon un processus de réminiscence qui lui avait permis de sortir du trauma corporel et psychique lié à la captivité. Il deviendra psychanalyste.

C’est au contact de cet homme exceptionnel, qui accepta de vivre auprès d’une femme beaucoup plus célèbre que lui, que Joyce prit une orientation clinique nouvelle.

Comme le grand psychanalyste américain Robert Stoller, qui était son ami, elle se tourna vers une compréhension novatrice des sexualités dites  » déviantes « , à une époque où la communauté psychanalytique méprisait les homosexuels au point de leur interdire de devenir des praticiens. Dans un livre admirable, publié en 1978 (Plaidoyer pour une certaine anormalité, Gallimard), elle eut le courage de dénoncer ce qu’elle appelait la normopathie (pathologie de la norme) en vigueur chez ses collègues et de montrer que ceux que l’on qualifiait de pervers ou d’anormaux pouvaient aussi être à l’origine d’une véritable créativité pour la psychanalyse et pour la société.

Joyce McDougall, dont l’œuvre est publiée chez Gallimard, était une clinicienne d’une sensibilité rare, tout en demi-teinte, capable d’écouter avec humour, humanisme et naïveté les tourments d’une existence, sans jamais se départir de l’essentiel de ce qu’est l’éthique de la cure : laisser parler les mille facettes du moi sans oublier que seul compte le moment où le clinicien a le devoir d’user de son autorité pour ramener le sujet à la vérité de son désir. Encore faut-il, pour cela, avoir le don de l’interprétation juste : et elle l’avait !


26 avril 1920, Naissance en Nouvelle-Zélande. 1960, publication de Dialogue avec Sammy, 24 août 2011, mort à Londres.

© Le Monde

Le Séminaire de Jacques Lacan – état des lieux

L’œuvre de Lacan est publiée aux éditions du Seuil

Entre 1953 et 1979, Lacan a délivré son Séminaire – soit 25 livres en tout –
du livre I, Les écrits techniques de Freud (1953-1954) au livre XXV, Le moment de conclure (1977-1978). Sur le rabat des couvertures, Jacques-Alain Miller a bien noté qu’il y a 25 livres. Le Séminaire s’est tenu d’abord à l’hôpital Sainte-Anne, puis à partir de janvier 1963 jusqu’en juin 1969, à l’ENS. Ensuite au Panthéon (faculté de droit)

15 Séminaires établis à ce jour

J-A Miller a établi à ce jour (de 1973 à septembre 2011) 15 séminaires, parmi lesquels des séminaires majeurs (I à V) et VII, VIII, X, XI, XVI, XVII, XVIII, XX, XXIII,

Et : XIX, le dernier en date : ...ou pire (1971-1972) et Le savoir du psychanalyste. il s’agit de deux exposés alternés dont certains ont été prononcés à Sainte-Anne et d’autres à la faculté de droit du Panthéon. Quatre conférences prononcées à Sainte-Anne ont été intégrées au livre XIX, les trois autres ont été publiées dans un volume de la série «paradoxes de Lacan» sous le titre : Je parle aux murs.

Les dates de publications des séminaires se trouvent sur internet ou dans le catalogue du Seuil

Il reste encore à établir 10 séminaires

6 séminaires majeurs :

1 – Livre VI (1958-1959) : Le désir et son interprétation.

2 – Livre IX (1961-1962) : L’identification.

3 – Livre XII (1964-1965) : Problèmes cruciaux pour la psychanalyse.

4 – Livre XIII (1965-1966) : L’objet de la psychanalyse.

5 – Livre XIV (1966-1967) : La logique du fantasme.

6 – Livre XV (1967-1968) : L’acte psychanalytique

4 séminaires mineurs :

1 – Livre XXI (1973-1974) : Les non-dupes-errent (parodie de Nom du Père).

2 – Livre XXII (1974-1975) : RSI.

3- Livre XXIV (1976-1977) : L’insu que sait de l’une bévue s’aile a mourre. Jeu de mot sur l’Insuccès de l’Unbewusste (l’inconscient en allemand).

4 – Livre XXV (1977-1978) : Le moment de conclure.

2 pré-séminaires

Par ailleurs, avant de tenir son Séminaire à Sainte-Anne, Lacan a enseigné chez lui, à son premier cercle, entre 1951 et 1953 : il a commenté les deux cas de Freud : l’homme aux loups et l’homme aux rats. Pour ces deux «pré-séminaires», on dispose de notes manuscrites de Lacan (que détient J-A Miller) et de nombreuses notes d’auditeurs, parmi lesquels celles de Jenny Aubry, de Jean Laplanche, de Jean-Bertrand Pontalis et bien d’autres encore.

Quelques remarques sur la réglementation de la pratique des psychothérapies

octobre 2010

titre & profession

L’usage du titre de psychothérapeute est maintenant régi par le décret paru au J.O. du 22 mai 2010. Il ne s’agit pas seulement d’un titre qu’on exhibera à côté d’une qualification professionnelle actuellement en usage, mais d’une nouvelle profession qui coexistera dans le champ de l’offre d’écoute et (ou) de soins(1« ) avec celles des psychiatres, des psychologues et des psychanalystes. Cette nouvelle profession a été voulue et imposée par le pouvoir politique. Il importe que nous prenions la mesure de cet acte, de ses incidences sur la pratique et la transmission de la psychanalyse. Il se peut, par ailleurs, que des psychanalystes ne puissent travailler en institutions médico-sociales que sous ce titre. Cette situation devrait amener les associations de psychanalystes à penser leur place et leur fonction à l’égard du pouvoir politique et de la Cité en produisant un discours susceptible de faire entendre la singularité de l’acte analytique.

HISTORIQUE

essentiellement mû par des préoccupations concurrentielles

Il convient à titre préliminaire de rappeler la généalogie de ce décret. Elle remonte au début du siècle et a deux origines discernables. L’une émanait d’associations de psychothérapeutes qui invoquaient des précédents européens et l’harmonisation des diplômes entre les pays de la communauté européenne pour demander aux pouvoirs publics de valider leurs formations et faire cesser l’inflation des psychothérapeutes auto-proclamés. L’autre trouve sa source dans les divers rapports qui se sont succédés sur l’organisation de la Santé mentale. La médicalisation outrancière de la psychiatrie et la pénurie organisée du nombre de psychiatres destinaient ceux-ci, selon ces rapports, à ne plus exercer qu’un rôle de consultant. Les soins étant délégués ( le fameux transfert de compétences) au personnel infirmier et à une profession qui n’existait pas encore officiellement, mais dont le nombre de praticiens ne cessait pas de croître dans les annuaires téléphoniques : les psychothérapeutes. Un syndicat de psychiatres qui disposait de relais politiques, et essentiellement mû par des préoccupations concurrentielles, entreprit de faire réglementer l’usage du titre de psychothérapeute. Ce fut le premier amendement Accoyer qui, prenant prétexte de la défense de l’usager devant des dérives sectaires de certaines pratiques dites psychothérapiques, proposait leur réglementation. Comme si la réglementation d’une pratique soignante devrait immuniser contre une telle dérive.

une clinique désimpliquée

Après diverses péripéties, cette nouvelle profession fut établie par l’article 52 de la loi du 9 avril 2004 dont les décrets d’application viennent de paraître. Ils mettent en évidence l’inspiration médicale de cette nouvelle législation dans la mesure où les psychiatres seront de droit psychothérapeutes s’ils le demandent, alors qu’il est notoire, du fait de la médicalisation de leur formation qu’ils n’ont pas d’enseignement et de pratique les formant aux psychothérapies. Les médecins généralistes pourront se dire psychothérapeutes moyennant 200 heures de psychopathologie et d’information sur « les principales approches utilisées en psychothérapie. » Cet enseignement théorique s’accompagnant d’un stage clinique de 2 mois. Ceci en dit long sur la consistance des connaissances et de l’expérience requise par les pouvoirs publics pour pratiquer la psychothérapie et surtout sur le peu d’importance qu’ils semblent attribuer à cet acte. Les psychologues cliniciens voient leur formation dévaluée puisqu’on leur impose complément d’enseignement et de stage. Par contre tout titulaire d’un master de psychologie non-clinique ( travail, criminologie….) pourra prétendre à inscription sur les listes départementales des psychothérapeutes moyennant une formation théorique et un stage à peine plus importants. Les psychanalystes, dans la mesure où ils sont »régulièrement enregistrés dans les annuaires d’associations psychanalytiques », devront satisfaire à un enseignement et à un stage de 2 mois. Pour les professionnels qui ne relèveraient pas de ces catégories, l’enseignement est porté à 400 heures et le stage à 5 mois.

enseignement vs. formation

Il n’aura échappé à personne que le législateur se contente d’un enseignement de type universitaire et qu’il ne dit mot sur la formation pourtant indispensable à telle ou telle méthode psychothérapique qui, pour des motifs éthiques, devrait s’appliquer d’abord à tout futur professionnel. Cette omission en dit long sur l’usage envisagé de ce décret. Il est fait pour produire et employer des thérapeutes cognitivo-comportementalistes dont la formation ne comporte précisément rien où leur propre subjectivité serait questionnée par leur méthode.

évaluation, toujours elle

Cette inspiration est lisible aussi dans le chapitre 3, article 11 de ce décret où il est question de l’évaluation des établissements de formation (certaines associations psychanalytiques se proposent d’en être) puisqu’on sait que ces procédures d’évaluation font partie des critères de vérité des TCC. (cf. l’évaluation INSERM des Psychothérapies que le ministre de la santé d’alors avait finalement retirée du site de son ministère après qu’ait été dénoncé son caractère pseudo-scientifique et tendancieux).

FRÉNÉSIE LÉGISLATIVE

un credo, le marché, un clergé, les experts

La tendance exacerbée à légiférer sur tout est une caractéristique envahissante de notre temps. Elle se justifie par diverses allégations comme la défense de l’usager, la libre circulation des personnes et des biens dans l’espace européen. Elle repose surtout sur une mutation des valeurs dans la culture occidentale où depuis les dépérissements du théologico-politique et du communisme, le politique semble n’avoir plus d’autres fonctions que de favoriser le nouveau credo de notre temps : le marché. Celui-ci étant paré jusqu’à sa récente crise d’une vertu immanente d’auto-régulation. Ainsi, faute d’une notion de Loi nommant une limite à la jouissance et par là même instituant le désir, assiste-t-on à une prolifération de lois et règlements toujours insuffisants à contenir l’immixtion de l’objet. Le fonctionnement de cette dérive du lien social requiert le développement d’une nouvelle aristocratie: les gestionnaires ( depuis peu plus nombreux dans les structures de soins que les médecins) et un clergé : les experts dont la nomination repose avant tout sur la validation prévisible de choix déjà faits.

PSYCHANALYSE, PSYCHOTHÉRAPIE ET RÉGLEMENTATION

dégradation de la psychanalyse

Concernant notre champ d’activité, certains pays européens nous ont précédés dans la voie de la réglementation et dans le sens, comme en Italie, d’un ravalement de la psychanalyse à une méthode psychothérapique parmi d’autres. Rappelons que dans ce pays la psychanalyse ne peut légalement s’exercer qu’après avoir été qualifié comme psychothérapeute.

En France, le premier projet Accoyer envisageait une disposition semblable. C’est l’implantation de la psychanalyse dans notre pays et les vives réactions des associations psychanalytiques qui ont conduit le législateur à reconnaître une autonomie à la pratique de la psychanalyse et aussi une valeur formatrice qui devait dispenser ses praticiens de certains des pré-requis pour l’inscription sur les futures listes de psychothérapeutes.

un texte qui faisait le ménage

La position des associations psychanalytiques à l’égard de la réglementation des psychothérapies fut diverse et souvent ambigüe. Certaines ont entendu ce projet comme une intervention abusive de l’État dans une activité qui relevait de l’intime du sujet et à ce titre l’ont combattu. D’autres, arguant que l’essentiel était acquis puisque la psychanalyse n’était pas assimilée aux psychothérapies, ont estimé que ce texte non seulement « faisait le ménage » dans la nébuleuse des psychothérapies mais qu’il permettrait à des analystes ni médecins, ni psychologues de travailler dans les institutions médico-sociales. D’autres encore se sont portées candidates auprès de pouvoirs publics pour former les futurs psychothérapeutes. Certaines associations ont pratiqué une fréquentation assidue des anti-chambres ministérielles, pensant ainsi tirer profit de leur collaboration à l’institution de cette nouvelle profession.

UN MARCHÉ DE DUPES

l’aval de structures universitaires cognitivistes

Ceux qui pensaient pouvoir orienter ce projet de décret dans un sens favorable à la psychanalyse doivent constater aujourd’hui leur échec. Puisque ce décret, in fine, va surtout favoriser la mise sur le marché de thérapeutes cognitivo-comportementalistes dont la formation psycho-pathologique est bâclée. Certains responsables du ministère de la santé ont obtenu une certaine connivence du groupe dit de contact en laissant croire que les associations psychanalytiques auraient une place de choix dans le nouveau dispositif. Non seulement ça n’est pas le cas, mais qui plus est, si elles voudront participer à la formation psycho-pathologique des futurs psychothérapeutes, elles devront soumettre leurs projets à une évaluation par des organismes tiers. Ainsi, une certaine manière de transmettre la psychanalyse risque fort de nécessiter l’aval de structures universitaires qui pour la plus part seront d’inspiration cognitiviste. Car on sait que ce courant fait des procédures d’évaluation et « d’expertise » le critère de vérité de sa conception du fonctionnement psychique et qu’il se propose constamment d’évaluer les autres psychothérapies (cf. Rapport INSERM).

subordonnée à l’université ou à un ordre professionnel

Ainsi apparait pour la première fois dans un décret une récusation des positions freudiennes sur la Laïenanalyse selon lesquelles la transmission de la psychanalyse ne pouvait être subordonnée à l’université ou à un ordre professionnel. Tout aussi problématique est la référence à « un enregistrement régulier dans un annuaire d’association de psychanalystes. »

réglementation de l’usage du titre de psychanalyste

On aurait tort de ne voir dans ces formulations qu’un langage propre aux nécessités administratives. Si certains pensaient éviter la confusion entre transmission de la psychanalyse et enseignement universitaire, elle apparaît dans les procédures d’agrément des enseignements qui évalueront les projets de formation proposés par les associations psychanalytiques. D’autre part l’État reconnaît l’enregistrement dans un annuaire d’association de psychanalystes comme une nomination au titre de psychanalyste, premier pas avant qu’en soit exigé les justifications.

une logique de pouvoir vers une psychanalyse d’État

Ceci préfigure ce qui ne manquera pas d’arriver : une prochaine réglementation à l’usage du titre de psychanalyste. La défense de l’usager sera à nouveau invoquée, le fait aussi que de nombreuses associations de psychothérapeutes ont ajouté à leur intitulé: « et psychanalyse ». Quand un journaliste faisait remarquer à M. Accoyer que son initiative serait contournée du fait de ce rajout, il y répondit qu’il souhaitait que les associations de psychanalystes ne mettent pas autant de temps que lui (7 ans entre le 1er amendement et le décret d’application) pour proposer une réglementation de l’usage du titre de psychanalyste. C’est bien ainsi que la suite peut s’envisager. L’engouement à se précipiter dans les anti-chambres ministérielles ne peut être réduite à de la naïveté politique quand bien même fut-on berné. Le ressort essentiel relève d’une logique du pouvoir, de ses prébendes et d’une politique d’association de psychanalystes qui se réduirait à cet horizon en entérinant de fait une psychanalyse d’État.

DES ASSOCIATIONS POUR LA PSYCHANALYSE

des associations qui ne se réduisent pas à des corporations

Il appartient aux associations qui ne se réduisent pas à des corporations se partageant le marché de la souffrance psychique de faire valoir l’orientation soutenue par Freud en 1926 dans son texte sur la Laïenanalyse. Il nous rappelle dans ce texte que toute intervention d’un tiers surplombant l’expérience psychanalytique en dénaturerait l’objet car elle interférerait et rendrait impossible l’analyse de la névrose de transfert. Celle-ci est le propre de l’acte psychanalytique en tant qu’il est dépassement de la suggestion sur quoi repose l’efficience des psychothérapies.

extraterritorialité

Doit-on pour autant soutenir la notion d’une extraterritorialité radicale de la psychanalyse par rapport à la Cité et à d’autres savoirs ?

Concernant les savoirs, Freud comme Lacan n’ont eu de cesse de penser la psychanalyse en s’appuyant sur des savoirs autres (mythologie, physique, littérature, linguistique, topologie…). Mais chaque fois en en faisant un usage spécifique à l’objet de la psychanalyse. Comme s’ils devenaient alors des éléments de figurations analogues à ceux opérant dans la constitution du rêve qui serait le paradigme d’une pensée théorigène. À ce titre, il n’y a pas d’extraterritorialité de la psychanalyse par rapport aux savoirs ambiants, mais elle peut en faire un usage singulier qui n’est pas une inféodation. C’est ainsi que Lacan a pu parler de linguisterie pour évoquer l’importation de concepts de la linguistique en psychanalyse.

réveil plutôt tragique

En ce qui concerne l’extraterritorialité de la psychanalyse par rapport à la Cité et aux passions qui l’agitent, l’histoire du XXme siècle aussi bien en Europe qu’en Amérique latine et là pour nous rappeler que si les psychanalystes avaient pu y croire, le réveil a été chaque fois tragique. Sur un mode plus bénin, l’intervention du politique dans le champ de la psychanalyse vient de nous être rappelé par ce décret, qui comme nous l’avons évoqué aura tôt ou tard des incidences sur la pratique des psychanalystes.

les batailles se perdent d’abord sur le plan des idées

Comme l’avait remarqué Hannah Arendt dans des circonstances beaucoup plus tragiques, les batailles se perdent d’abord sur le plan des idées. En d’autres termes, c’est par le discours sur les conditions propres à la transmission de la psychanalyse que nous pourrons faire entendre dans la Cité que la formation du psychanalyste ne peut se réduire à un enseignement universitaire. L’aptitude à entendre ce qui des formations de l’inconscient noue un symptôme passe par la confrontation pour chaque analyste à ses propres formations de l’inconscient. Celles-ci ne peuvent s’entendre que par l’expérience de la cure de l’analyste potentiel. C’est en cela que la psychanalyse est foncièrement haït par le cognitivisme, car elle met en question la subjectivité et le désir du praticien dans son acte, alors que le thérapeute cognitiviste prétend à une maitrise possible du symptôme par un savoir prescrit. La psychanalyse ne cesse pas de rappeler que le savoir qui prend part au symptôme est un savoir qui nous échappe et se révèle quand nous parlons à un Autre, comme nos lapsus et actes manqués nous le rappellent.

passe encore

La cure psychanalytique, si elle est nécessaire à la pratique de l’analyse, est-elle suffisante pour la formation du psychanalyste? La plupart des associations psychanalytiques y ont associé un travail théorique sur les concepts de la psychanalyse et une pratique de cures supervisées. Mais ce consensus sur la transmission de la psychanalyse relève encore d’une formation. Il ne dit rien du désir singulier d’un analysant à occuper la place où opère la fonction analyste. C’est pour entendre ce moment crucial pour le devenir de cette fonction pour chaque analyste que Lacan avait conçu le dispositif de la Passe. Celui-ci est repris par un certain nombre d’associations avec des variantes que nous ne détaillerons pas ici, mais qui dénotent une recherche en cours. Car c’est peut-être cela le plus important, c’est que la notion de passe demeure pour chaque analyste une dimension insistante à l’œuvre dans sa pratique et dans un transfert de travail à ses collègues. C’est la vocation des associations pour la psychanalyse d’en être le lieu par des dispositifs appropriés. Elles pourront peut-être faire entendre à la Cité qu’on ne peut revendiquer un titre de psychanalyste ni l’attribuer mais que leurs membres sont engagés pour occuper cette place par une éthique relevant des lois de la parole et du langage.

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Bibliographie

Les textes des lois et décrets sont disponibles

– sur le site du J.O.

On peut lire avec intérêt deux publications récentes :

– Marie-Noël GODET, Des psychothérapeutes d’État à l’État thérapeute, l’Harmattan.

Manifeste pour la psychanalyse. Collectif – Éditions La fabrique.

Nous ajoutons pour notre part, allant dans le même sens :

– l’article déjà engrangé ici de Marie Noëlle Godet

– et son récent De la réglementation du titre de psychothérapeute, La santé mentale, une affaire d’État, L’Harmattan, 2011, 247 p.-

  • 1 Légère erreur qui peut rapporter gros, mais pas à nous : notre soin, notre soin-souci, à nous psychopraticiens relationnels comme aux psychanalystes, n’a rien à voir avec les soins que délivrent les médecins, et que les psychiatres dégradés aimeraient déléguer aux psychothérapeutes Accoyer paramédicalisés, soins-traitements. Il est vrai qu’un psychanalyste également psychologue ou psychiatre, ce qui est pratiquement toujours le cas, éprouve quelque difficulté à distinguer toujours ses deux spécialités, l’un relevant du métier l’autre, comme dirait l’auteur, du désir ayant transité par la Passe, d’être psychanalyste, i.e. d’exercer en superposition cette profession. Ce sont principalement les psychopraticiens relationnels qui exercent leur métier à titre exclusif.

Mais c’est un homme !

ouvert à la signature

La loi relative aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et aux modalités de leur prise en charge est entrée en vigueur le 1er août 2011.

Cette loi complexe impose la contrainte à tous, aux acteurs de santé comme aux patients. Le manque de moyen humain ou matériel, ajoute encore un peu plus d’incohérence à ce texte.

Face à l’ampleur de cette déconstruction du soin et de l’éthique, et afin de dénoncer cette loi et ses insoutenables déclinaisons, la Ligue des droits de l’Homme vous invite à signer la « Déclaration du 1er août – Citoyenneté, liberté, psychiatrie » lancée par le Collectif Mais c’est un Homme. Ce, afin que l’ensemble des professionnels sanitaires, sociaux ou judiciaires puissent promouvoir la dignité humaine au travers de chacune de leur action.

Vous trouverez ci-dessous la « Déclaration du 1er août 2011 – Citoyenneté, liberté, psychiatrie » avec la liste des premiers signataires. Cette déclaration est ouvert à la signature sur le site Mais c’est un Homme

Bien cordialement

Ghislaine Rivet – Membre du Bureau national de la LDH et responsable du groupe de travail LDH Santé, bioéthique


Déclaration du 1er août 2011

Citoyenneté, liberté, psychiatrie – déclaration d’entrée en résistance

La loi du 5 juillet 2011 relative aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et à leurs modalités de prise en charge et ses décrets d’application entrent en vigueur. Le mouvement fort de lutte contre cette loi peut et doit se poursuivre après sa promulgation.

Cette loi, dans la même veine que celles sur les étrangers, l’immigration, la récidive, la rétention de sûreté, la justice des mineurs, la sécurité intérieure, etc., participe des atteintes considérables portées aux libertés et aux droits sociaux. Elle organise la surveillance sociale des vulnérables et précaires stigmatisés en « classes dangereuses ». À l’exemple du fichage généralisé de tout fauteur de trouble et mauvais élève potentiel, elle ouvre même un casier psychiatrique des malades mentaux, sans véritable droit à l’oubli.

Cette loi est fondamentalement inacceptable car elle impose la contrainte et le contrôle social comme organisation du soin en psychiatrie, de l’hôpital au domicile, sous la nouvelle appellation aberrante de soins sans consentement. La position soignante dans sa qualité relationnelle y est dégradée en expertise de dangerosité, ce qui aggrave la situation actuelle faite de souffrance psychique et de désillusions dans de nombreuses équipes, avec pour résultat d’amplifier les errements de sens du soin à domicile.

L’« entrée » en observation et soin se fera désormais par une garde à vue psychiatrique de 72 heures, sans même les garanties arrachées récemment dans le cas de la garde à vue policière.

La psychiatrie contemporaine a remis en cause significativement le grand renfermement. Les luttes organisées par les professionnels, les usagers, les militants des droits de l’homme ont obtenu le développement des droits et mis en cause la légitimité de l’enfermement et du statut d’exception du « fou ».

Nous n’acceptons pas que la psychiatrie et la santé mentale soient embrigadées comme faisant partie des polices de la société. Nous récusons la politique de la peur.

un véritable soin psychique ne peut se concevoir sans le consentement

Faisant fi de tout débat sur l’obligation de soin et le droit au refus de traitement, le pouvoir impose des dits soins sans consentement jusqu’au domicile : assignation à résidence, programme de soins imposé et appelé à fonctionner sur le mode du chantage ou du marchandage, traitements médicamenteux contraints y compris à domicile, géo localisation, etc. Nous dénonçons l’hypocrisie du législateur et la duperie de la loi : un véritable soin psychique ne peut se concevoir sans le consentement.

orientation répulsive

À cette orientation répulsive donnée au soin psychiatrique s’adjoignent les effets et conséquences de la logique entrepreneuriale à l’œuvre à l’hôpital et dans le système de santé en général ; plus généralement de la casse du service public. Nous refusons le type de moyens supplémentaires attribués après le discours d’Antony de décembre 2008 pour « sécuriser ». Nous – usagers, familles, soignants, travailleurs sociaux, magistrats, élus, citoyens – exigeons une orientation et des moyens qui relancent la psychiatrie de secteur, assurent et pérennisent les pratiques fondées sur l’éthique de la complexité, du prendre soin, de l’accueil, de l’hospitalité, du rôle des tiers sociaux et familiaux, de l’accompagnement, d’une réelle réhabilitation, et du droit.

pour un débat national

Pour en former contours et contenus, nous sommes favorables à un débat national dont l’objet soit :

– l’abrogation de la loi du 27 juin 1990 et celle du 5 juillet 2011. l’abrogation de la loi du 27 juin 1990 et celle du 5 juillet 2011. La nécessité d’une loi qui en finisse avec l’exception psychiatrique et qui relève du soin psychique bien conçu articulé au droit commun : c’est-à-dire de l’autorisation et du contrôle du juge civil.

– la mise en chantier d’une loi programmatique pour une psychiatrie démocratique dont l’objet et l’éthique sont proposés dans notre manifeste initial, qui soit à l’opposé des gouvernances de mise au pas gestionnaire dont sont représentatifs les plans de santé mentale actuels et annoncés.

refus d’une application servile de la loi

Il nous faut débattre, mais il nous faut également agir. Nous ne devons respecter les lois que si elles mêmes respectent le droit, en l’occurrence les libertés individuelles et l’intimité de la vie privée. La loi, qui dans la tradition est libératrice, est désormais un instrument du contrôle social. Elle formate, arrêtés et certificats à l’appui. La tradition de désobéissance civile, c’est depuis 1789 de s’opposer aux lois, mais c’est aussi désormais de combattre la loi par le droit. L’application servile de la loi ne créerait pas seulement l’injustice ou l’aberration psychiatrique ; elle créerait l’illégalité. La loi est celle d’une majorité conjoncturelle, mais le droit, construit dans le temps, est l’œuvre de tous. Où allons nous ? Vers ce qui n’est pas écrit, et seule la radicalité de l’analyse permet de s’extirper des modèles bien-pensants, déjà prêts à nous ensevelir.

plan d’action et de résistance éthique

Dans l’immédiat et à cette date du Premier août qui marque l’entrée en vigueur de la loi, nous proposons un plan d’action et de résistance éthique :

– le refus des psychiatres et des soignants, dans la mesure du possible, de mettre en place des mesures de contrainte. Et notamment, le refus des collectifs soignants de tout programme de « soin contraints » à domicile contraires à la déontologie et aux droits fondamentaux. De même, il faut opposer un refus de tout avis médical sans avoir pu examiner le patient.

– la saisie systématique du juge des libertés et de la détention, le patient devant être entendu hors visioconférence.

– Développer l’information, notamment lors des 72 heures, afin que les personnes ne tombent pas dans la trappe psychiatrique que cette loi organise, mais accèdent aux soins psychiques auxquelles elles ont droit.

– Le soutien des recours et défenses des patients soumis à ces « soins sans consentement », y compris les QPC qui ne manqueront de survenir. La création d’un collectif d’avocats et juristes sera essentielle en ce sens.

– La construction d’un observatoire national de suivi de l’application de cette loi qui assure le recueil de données, l’alerte aux droits des personnes soumises aux « soins sans consentement », qui rapporte au législateur, au contrôleur des libertés et des lieux de détention, à la commission nationale consultative des droits de l’homme et au public les atteintes aux droits de l’homme et à l’éthique du soin psychique.

Nous sommes et demeurerons mobilisés pour concrétiser une œuvre de démocratie et de professionnalité.


organisations signataires membres du collectif Mais c’est un Homme

Advocacy France, Les Alternatifs, Alternative Libertaire, Association des Médecins Urgentistes de France (AMUF), ATTAC, Cercle de Réflexion et de proposition d’actions sur la Psychiatrie (CRPA), La coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité, Convergence nationale des collectifs de défense et de développement des services publics, Europe Écologie Les Verts, Fédération Alternative Sociale et Écologique (FASE), Handi-Social, Ligue des droits de l’Homme, Nouveau Parti Anticapitaliste, Parti Communiste Français, Parti de Gauche, République et Socialisme, Solidaires, SUD santé sociaux, SNPES PJJ/FSU, Syndicat de la Magistrature, Union Syndicale de la Psychiatrie

Pour une médecine écologique

6/13 PORTRAIT DE BLOGUEUR Christian Portal,  » Pour une médecine écologique « 
Soigner par les plantes

Trouver une alternative à la médecine conventionnelle, tel est le but de Christian Portal, professeur d’éducation physique et sportive depuis 1978. Il se dit convaincu de l’intérêt des médecines dites naturelles ou alternatives. Selon lui,  » l’ostéopathie, l’acupuncture, l’homéopathie, la médecine chinoise, qu’il a découverte en 1984, sont infiniment plus efficaces que les médicaments « .

C’est au travers de deux blogs, Sunsimiao.org, dédié à la médecine chinoise, et Ecomedecine.ouvaton.org, qu’il s’exprime. Il y raconte par exemple les vertus remarquables de la plante sud-africaine, l’Harpagophytum, utilisée pour apaiser les douleurs rhumatismales. La volonté de réunir les thérapeutes et les patients dans un mouvement solidaire s’est soldée par la création en 2006 du collectif Agir pour une médecine écologique (Acecomed).

Réorienter nos pratiques médicales

 » Nous avons une croyance commune qui suggère que la médecine progresse, au travers de plusieurs indicateurs : l’allongement de la durée de la vie, la disparition de certaines maladies infectieuses comme la polio, la variole ou la tuberculose, les performances spectaculaires de la chirurgie et de l’imagerie médicale « , indique-t-il. Mais selon lui,  » la médecine est plus en panne que le consensus médiatique ne l’affirme « . Il dénonce notamment une démarche de soin  » tournée essentiellement sur l’augmentation des profits « . Et prône une médecine écologique. Il a écrit un livre sur ce sujet en 2009 (Pour une médecine écologique, éditions Alphée – Jean-Paul Bertrand). Il y défend l’idée que  » la médecine a suivi les mêmes dérives que l’agriculture industrielle « .  » La médecine est le Cheval de Troie de l’industrie chimique « , assène-t-il. Ce qui doit selon lui nous inciter à réorienter nos pratiques médicales vers des démarches moins toxiques, moins coûteuses et plus humanistes. Son prochain livre, Se soigner écolo, défend le droit de se soigner où l’on veut. Il a flirté avec les Verts en participant à la commission santé du parti, mais l’a quittée en 2006.

Il se sent un peu seul. Même si certains trouvent Christian Portal un peu extrême, un mouvement semble s’enclencher. Des réfle-xions sont en cours à la direction générale de la santé. Dans un rapport intitulé  » Développement de la prescription de thérapeutiques non médicamenteuses « , remis début juin, la Haute Autorité de santé (HAS) a fait le point sur les freins au développement de ces prescriptions et les pistes à apporter. Ces pratiques sont souvent recommandées pour les maladies chroniques, les maladies cardio-vasculaires, l’insomnie ou le cancer.

Les établissements de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) se penchent également sur les médecines complémentaires (ostéopathie, acupuncture, homéopathie, hypnose…). Le constat est simple : il y a une vraie demande des patients. Autant de démarches qui sonnent comme une incitation à pratiquer ce que certains appellent  » une médecine sobre « . Ce qui n’est pas pour déplaire à Christian Portal.

Pascale Santi

www.medecine-ecologique.info

 » Pour une médecine écologique « 

© Le Monde

Nom de métier, altertitre

NOM DE MÉTIER, ALTERTITRE

Par Philippe Grauer

VADE MECUM

À l’usage des dépossédés de leur ancien nom de métier mais pas de leur place au sein du Carré psy.

J’ai perdu mon nom de métier

Je ne suis plus psychothérapeute

Maintenant la loi s’applique et j’ai perdu non le titre car ce n’en était pas un (auparavant j’étais psychothérapeute titulaire, c’était ça mon titre, du SNPPsy, et je confondais profession et titre), ni ma profession car je continue de l’exercer, mais sous un nouveau nom. J’ai seulement changé de nom de métier, je ne peux plus me dire psychothérapeute (appellation précisément passée de nom de profession à titre universitaire).

Comment me présenter désormais ?

Que vais-je devenir et faire ? quelle sera ma vie professionnelle et comment je me présenterai ?

Mon champ d’exercice disciplinaire demeure

la psychothérapie relationnelle

Mon métier n’a pas changé (il n’a changé que de nom) et je poursuis ma pratique de la psychothérapie (la discipline n’a pas changé de nom, elle, et n’est interdite à personne). Pas n’importe laquelle (la psychothérapie est diverse) : je distingue ma pratique de celle des psychologues et psychiatres notamment, qui s’exercent à d’autres variétés de psychothérapie (ne requérant pas obligatoirement de travail sur soi, ni de formation clinique approfondie comparable à la mienne) et parfois cumulent avec plus ou moins de psychanalyse. Moi, mon champ disciplinaire de référence et d’exercice s’appelle la psychothérapie relationnelle.

Profession inchangée, nouveau nom de métier

psychopraticien/ne

N’étant plus « psychothérapeute » en « métier-titre », j’exerce dorénavant la psychothérapie sous mon nouveau nom de métier de psychopraticien/ne. Je n’ai rien à faire d’autre que de le porter, ce nom – sachant que chacun peut y prétendre, il n’est cautionné par rien.

Professionnel/le qualifié/e, validée


Reconnue par ses pairs

Dès je suis qualifié/e, certifiée, validée – validé/e d’une école ou d’un organisme agréé Affop, ou déjà membre ou titulaire du Snppsy – j’ai tout intérêt à le faire savoir. Comment ?

Mon titre désormais :

psychopraticien/ne relationnel/le SNPPsy – associé/membre/titulaire

Il me faudra préciser, spécifier mon identité par mon nouveau titre : le titre syndical de psychopraticien/ne relationnel/le me situe dans la zone éthique et de compétence validée Snppsy-Affop (elle-même incluse dans le groupe de liaison GLPR), sécurisée par un réseau professionnel historique responsable.

Spécialités

Si je désire afficher mes spécialités, je le ferai en plus, je les ajoute et décline, rien n’a changé de ce côté-là.

Carte de visite

J’inscrirai mon titre et mes spécialités si je veux, sur ma plaque et/ou sur ma carte de visite, et cela figurera pour les membres et titulaires sur les annuaires du SNPPsy, en ligne un peu après la Rentrée.

Pages jaunes

À la rubrique psychothérapie hors du cadre réglementé (et nulle part ailleurs), j’ajouterai mon titre

Au Pages jaunes, j’acquitterai un supplément pour indiquer Psychopraticien/ne relationnel/le (associé, membre, ou) titulaire SNPPsy. J’en mettrai davantage si je veux. J’ai malgré le prix tout intérêt à le faire pour soutenir mon groupe professionnel d’appartenance et réciproquement recevoir son appui. En période de lancement de ma nouvelle désignation identitaire j’ai intérêt à manifester ma/notre nouvelle appellation.

Cinq critères

Le public averti de ma couverture institutionnelle saura par la communication que le SNPPsy, l’AFFOP et moi-même entreprendrons avant la fin de l’année – en lien avec leurs partenaires du GLPR –, quelle sécurité et spécificité je lui apporte, avec la valeur de mon titre garanti par les 5 critères.

Nom de métier, altertitre

Vade mecum

Par Philippe Grauer

À l’usage des dépossédés de leur ancien nom de métier mais pas de leur place au sein du Carré psy.

J’ai perdu le nom de métier de psychothérapeute

& maintenant que la loi s’applique et que j’ai perdu non le titre car ce n’en était pas un (auparavant j’étais psychothérapeute titulaire, c’était ça mon titre, du SNPPsy, et je confondais profession et titre), mais le nom de métier de psychothérapeute (précisément passé de nom de profession à titre universitaire), que vais-je devenir et faire ? quelle sera ma vie professionnelle et comment je me présenterai ?

Mon champ d’exercice disciplinaire : la psychothérapie relationnelle.

Mon métier n’a pas changé (il n’a changé que de nom) et je poursuis ma pratique de la psychothérapie (la discipline n’a pas changé de nom, elle, et n’est interdite à personne), pas n’importe laquelle (la psychothérapie est diverse), je distingue ma pratique de celle des psychologues et psychiatres notamment, qui s’exercent à d’autres variétés de psychothérapie (ne requérant pas obligatoirement de travail sur soi, ni de formation clinique approfondie comparable à la mienne) et parfois cumulent avec plus ou moins de psychanalyse. Moi, mon champ disciplinaire de référence et d’exercice s’appelle la psychothérapie relationnelle.

Profession : psychopraticien/ne

N’étant plus « psychothérapeute » en « métier-titre », j’exerce dorénavant la psychothérapie sous mon nouveau nom de métier de psychopraticien/ne. Je n’ai rien à faire d’autre que de le porter, ce nom, sachant que je ne serai pas le ou la seul/e, mais que puisque je suis qualifié/e (sortant d’une école agréée Affop, ou déjà membre ou titulaire du Snppsy) j’ai tout intérêt à le faire savoir.

Titre : psychopraticien/ne relationnel/le – associé/membre/titulaire SNPPsy

Comment cela ? en précisant mon identité par mon titre : le titre syndical de psychopraticien/ne relationnel/le me situe dans la zone éthique et professionnelle Snppsy-Affop (elle-même incluse dans le groupe de liaison GLPR), sécurisée par un réseau professionnel historique responsable.

Je déclinerai ainsi mon titre complet : psychopraticien/ne relationnel/le – associé/membre/titulaire SNPPsy.

Spécialités

Si je désire afficher mes spécialités, je le ferai en plus, rien n’a changé de ce côté-là.

Carte de visite

J’inscrirai mon titre et mes spécialités si je veux, sur ma plaque et/ou sur ma carte de visite, et cela figurera pour les membres et titulaires sur les annuaires du SNPPsy, en ligne un peu après la Rentrée.

Pages jaunes : à la rubrique Psychothérapie hors du cadre réglementé, j’ajouterai mon titre

Je n’irai nulle part ailleurs aux Pages jaunes. J’acquitterai un supplément pour indiquer Psychopraticien/ne relationnel/le (associé, membre, ou) titulaire SNPPsy. J’ai malgré le prix tout intérêt à le faire pour soutenir mon groupe professionnel d’appartenance et réciproquement recevoir son appui. En période de lancement de ma nouvelle désignation identitaire j’ai intérêt à manifester ma/notre nouvelle appellation.

Cinq critères

Le public averti de la couverture institutionnelle que je lui apporte saura par la communication que le SNPPsy, l’AFFOP et moi-même entreprendront avant la fin de l’année – en lien avec leurs partenaires du GLPR –, quelle sécurité et spécificité je lui apporte, avec les 5 critères.