Parlons sans peur de la psychiatrie

Société Aujourd’hui

Parlons sans peur de la psychiatrie

Par ANTOINE PELISSOLO Professeur de psychiatrie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, université Pierre-et-Marie-Curie

Deux problèmes de santé publique, qui font l’actualité, interpellent fortement la psychiatrie : l’autisme et l’alcoolisme. Souvent, dans les deux cas, le même rejet de la part des patients, des familles, voire des politiques : il ne s’agirait pas de maladies psychiatriques et les psychiatres ne seraient donc pas les bons professionnels.

Les diverses mesures ministérielles annoncées sur l’autisme (grande cause nationale 2012), essentielles pour rattraper le retard français, sont ostensiblement tournées vers l’aide aux structures médico-sociales (lieux de vie, programmes éducatifs…), légitimement, mais délaissent l’hôpital et la psychiatrie. Certes, les familles ont de bonnes raisons de remettre en cause certaines pratiques psychiatriques françaises.

La priorité longtemps donnée aux approches psychanalytiques dans l’autisme s’est traduite par une mise en cause des parents, qui se sont sentis accusés d’avoir une responsabilité dans l’apparition de la maladie de leurs enfants. En parallèle, les méthodes de soin et d’apprentissage, issues des théories comportementales et reconnues dans d’autres pays, n’ont pas pu se développer avant l’impulsion venue des associations de familles depuis dix ans. Malgré ces réalités indiscutables, un excès inverse de «dépsychiatrisation» totale de l’autisme, ne mettant l’accent que sur les aspects éducatifs, serait une grave erreur.

L’autisme est un handicap, c’est vrai, mais c’est aussi une maladie. Une maladie psychiatrique n’est pas forcément un dérèglement psychologique provoqué par le stress ou une influence familiale délétère. Les connaissances actuelles sur, par exemple, la schizophrénie ou les troubles obsessionnels compulsifs en font des pathologies très probablement liées à des dysfonctionnements cérébraux et, en partie au moins, sous-tendues par des facteurs constitutionnels et génétiques. Il n’est pourtant pas question de sortir ces affections du domaine de la psychiatrie car, seule une approche globale de la personne, à la fois biologique et psychologique, peut conduire à une compréhension de ces troubles et de leurs traitements.

Le même raisonnement s’applique à l’autisme, pour lequel aucun spécialiste n’est mieux placé que le psychiatre pour analyser les différents handicaps qui le composent : difficultés à comprendre l’autre, à décrypter les émotions, à se construire une représentation de soi-même, etc. C’est le cas dans le monde entier, et même en France, où des recherches de haut niveau sont menées par des équipes de psychiatrie et de pédopsychiatrie, en collaboration avec des chercheurs en neurosciences, sur les bases cérébrales et génétiques de l’autisme. Psychiatrie n’est synonyme ni d’asile ni de psychanalyse et les médecins formés à cette spécialité inventent et utilisent, en collaboration avec des psychologues, les thérapies comportementales et cognitives efficaces dans de nombreuses pathologies. Ils peuvent et doivent continuer à chercher des traitements médicamenteux et psychologiques à l’autisme.

A propos de l’alcoolisme, les lecteurs de Libération (17 janvier) ont pu lire que le cardiologue Olivier Ameisen considère que cette maladie doit sortir du «champ de la psychiatrie et de la honte». Comme les autres addictions, l’alcoolo-dépendance est une affection terrible qui génère de nombreux problèmes médicaux, mais dont le centre reste un trouble du contrôle des pulsions et des émotions, et donc bien une pathologie relevant de la psychiatrie. Le docteur Ameisen consacre tout son temps et son énergie à la défense (louable) d’un nouveau traitement potentiel, le baclofène, qui lui a permis de guérir lui-même de la dépendance à l’alcool. Très clairement, pour lui ou la journaliste qui a retranscrit ses propos, psychiatrie égale honte et folie. Et les bons traitements doivent venir d’ailleurs, de médicaments et de médecins soignant probablement de «vraies» maladies, comme nous l’entendons souvent dans la bouche de nos confrères non psychiatres. Ces prises de position sont méprisantes pour notre spécialité et notre travail, mais ça n’est pas le plus grave. Les principales victimes sont les malades eux-mêmes : ceux qui sont effectivement suivis en psychiatrie et qui n’ont vraiment pas besoin de cette stigmatisation supplémentaire, et ceux qui devraient l’être du fait de leurs troubles, mais qui y renoncent par peur de ce marquage social rédhibitoire.

Car la psychiatrie est avant tout une spécialité médicale, avec ses diagnostics, ses examens, ses traitements. Son domaine particulier est ce qui fait la dignité humaine : l’harmonie entre l’esprit, les sentiments et les comportements. Exercer en psychiatrie, qu’on soit médecin ou infirmier, c’est prendre soin de l’autre en l’aidant à se sentir plus en accord avec lui-même, à retrouver sa liberté de penser et d’agir, à reconstruire des liens solides avec ses semblables.

Même si beaucoup de progrès restent à faire, de très bons résultats sont accessibles dans nombre de maladies. Ce sera le cas à terme pour l’autisme ou la dépendance alcoolique. Mais à la seule condition que l’on mette de côté les combats stériles, que l’on respecte les malades quels qu’ils soient, «psychiatriques» ou non, et qu’on lutte contre les seuls poisons véritables : les maladies et les préjugés.
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Lacan, Roudinesco, et les révolutions arabes

Rue 89-Nouvel Observateur

Par Antonin Grégoire | Journaliste internet

contrôle de l’Histoire, censure, ayants-droits

Elle a été condamnée. Élisabeth Roudinesco est historienne de la psychanalyse. Elle a été attaquée en diffamation par Judith Miller, la fille de Lacan qui s’estime diffamée dans le dernier livre de Roudinesco. Derrière ce procès, il y a d’autres enjeux. Le contrôle de l’histoire, la censure, les « ayant-droits » et même la récupération des révolutions arabes par Bernard Henri Levy.

Dans Lacan, envers et contre tout, Seuil, Roudinesco écrit p.175 :

« Lacan mourut sous un faux nom, le 9 septembre 1981, la clinique Hartmann des suites d’un cancer du côlon qu’il n »avait jamais voulu soigner. Bien qu’il eût émis le vœux de finir ses jours en Italie, à Rome ou à Venise, et qu’il eût souhaité des funérailles catholiques, il fut enterré sans cérémonie et dans l’intimité au cimetière de Guitrancourt. »

sans lire le livre…

Judith Miller s’estime diffamée et « fondée à agir puisque c’est notamment et principalement contre elle qu’est dirigée l’accusation d’avoir trahi les volontés d’un mort, » lit l’assignation en justice.

Une lecture libre et assez subjective de la phrase de Roudinesco où « eût souhaité » devient « trahison des volontés d’un mort ». Judith Miller admet d’ailleurs n’avoir pas lu une ligne du livre de Roudinesco, on lui a lu l’extrait au téléphone.

Roudinesco a beaucoup d’ennemis car elle n’hésite pas à monter au front lorsqu’une dérive sectaire ou idéologie totalitaire vient s’infiltrer dans le débat.
Lorsque Michel Onfray onanisant sur des fantasmes de Freud baisant ses patientes se met à vomir sur toute l’œuvre du maitre, c’est elle qui monte seule au front avec un très sérieux Mais pourquoi tant de haine, (Seuil) où elle profite de l’occasion pour faire une belle leçon d’historiographie à l’auteur du Crépuscule d’une idole.

C’est Roudinesco aussi l’une des très rares personnalités à appeler au soutien inconditionnel des révolutions arabes alors que les différents experts, analystes ou politiques continuent d’agiter le spectre islamiste.

C’est Roudinesco encore que les défenseurs des libertés sur l’internet vont retrouver bientôt en première ligne. En lisant « Mais pourquoi tant de haine », on apprend ainsi que des lobbies comportementaliste américains tentent en ce moment de faire classer internet comme Internet Addiction Disorder, une addiction à soigner aux coté de l’alcool ou de la cocaïne. Ça valait le coup de répondre à Onfray.

peu de voix en défense

Face à Judith Miller par contre, Roudinesco est très peu défendue. Un peu par Pascale Robert Diard ou Michel Rotfus sur leurs blogs ainsi que, exception notable des psychanalystes du CIFPR qui prennent position.

Thierry Savatier aussi, historien, rappelle sur son blog le contexte général ces dernières années de multiplication des lois mémorielles et d’assignation des historiens en justice quand on n’aime pas ce qu’ils écrivent.

Dans l’attaque en diffamation de l’historienne Roudinesco par Judith Miller, on retrouvera des éléments que les internautes habitués à défendre les libertés sur internet connaissent bien : assignation en justice plutôt que débat intellectuel et droit de réponse ; sabotage de la page Wikipédia de Roudinesco ; campagne de calomnie sur ses diplôme trollée par Luc Miller, fils de Judith et contrôle total exercé sur l’œuvre par les ayant-droits. Jacques Alain Miller, responsable de la transcription des séminaires de Lacan les publie au compte goutte, freinant gravement la recherche psychanalytique…

de rêvé (en 1993) à eût souhaité (en 2011)

Le jugement lui même montre une justice qui va mal. Les conclusions sont ahurissantes. Le tribunal s’estime compétent pour établir les différences entre les souhaits, les vœux et les rêves et juge que d’écrire « Lacan a rêvé » en 1993 n’autorise pas à écrire « Lacan eût souhaité » en 2011.

Il y a aussi dans cette bataille, d’autres enjeux qu’on ne soupçonne pas. Car l’assignation en justice d’Élisabeth Roudinesco avant même de lui être envoyée, est apparue « en exclusivité » sur le site « la règle du Jeu » de Bernard Henri Levy. La publication en exclusivité d’une assignation en justice sur le site de BHL étant une pratique peu commune, il convient de se demander pourquoi, dans quel contexte et qu’est-ce que cela cache ?

On se souvient que BHL avait essayé de faire main basse sur la révolution syrienne et que les opposants syriens avaient réussis à le mettre à la porte de leur cause.
Il revient par la fenêtre et organise, avec Jacques Alain et Judith Miller un grand congrès « du raffut pour Rafah » en soutien à Rafah Nached, cette psychanalyste syrienne qui avait été emprisonnée dans les geôles de Bachar al Assad.

Le 13 septembre, lendemain de l’arrestation de Rafah, Jacques Alain Miller publie sur « la règle du jeu » un appel très idéologique où les révolutions arabes sont interprétées comme un « Désir de consommer, liberté de parole et d’association, droit à la jouissance, oui, partout les peuples veulent, eux aussi, goûter aux plaisirs vénéneux (…) dont se goberge Uncle Sam (…) Les peuples veulent ça, et la boussole du temps logique indique qu’ils doivent en passer aujourd’hui par le moment libéral-consommateur de l’histoire du monde (…) »

Cela rappelle fortement la fin de l’histoire de Francis Fukuyama et le devoir de George Bush d’amener la société de consommation démocratique libérale en Iraq.

Dans son appel, J-A. Miller ajoute :

« Il est temps, il est logique, que, partout, elle [la psychanalyse] devienne maintenant une force matérielle, une force politique. Tel est l’enjeu vrai de l’affaire RAFAH. »

Un appel très idéologique que Roudinesco a pris de vitesse le jour même par une pétition appelant de façon claire et sans dérive mégalomane à la libération de Rafah et signée par grand nombre de psychanalystes dans le monde.

Sur le site de BHL

C’est trois jours seulement après cet appel et la pétition de Roudinesco qu’apparaît « en exclusivité » sur le site de BHL l’assignation en justice de Roudinesco par Judith Miller, fille de Lacan et femme de Jacques-Alain.

Ambition des Miller de régner sans partage sur l’héritage de Lacan, de faire de la psychanalyse une force politique au service d’une idéologie néoconservatrice que BHL veut à tout prix introduire dans les révolutions arabes. C’est sur cette route que Roudinesco apparaît comme un obstacle que les Miller ont choisi d’écraser par la voie des ayant-droit.

Affaire à suivre en appel.

Voir aussi l’article de Guy Savatier

Appel à soutien à Pierre Delion et David Cohen convoqués par le Conseil de l’ordre des médecins après une plainte de l’association vaincre l’autisme.

Repris depuis le site de Michel Balat , intertitres de notre propre site.

Un appel à signatures sur une Lettre ouverte au Conseil de l’Ordre des médecins et aux familles de personnes autistes, en soutien au Professeur Pierre Delion et au Professeur David Cohen, est lancé.

Les deux professeurs sont en effet convoqués devant le Conseil de l’Ordre des médecins suite à la plainte d’une association de parents d’enfants autistes, pour leur engagement dans une recherche scientifique portant sur l’efficacité thérapeutique du packing sur les symptômes de troubles graves du comportement, notamment les automutilations, chez des enfants porteurs d’autisme. Alors même que cette recherche a été validée dans son objet et son protocole par le Comité de protection des personnes du CHRU de Lille, et qu’elle est menée dans le cadre d’un Programme hospitalier de recherche clinique national (PHRC), validé en 2008 et financé par le ministère de la Santé.

Une Lettre ouverte au Conseil de l’Ordre des médecins et aux familles de personnes autistes vient d’être mise en ligne pour appel à signatures, afin de soutenir une approche plurielle et éthique de l’autisme, en solidarité avec Pierre Delion et David Cohen.

Voici le lien vers cette Lettre ouverte au Conseil de l’Ordre des médecins et aux familles de personnes autistes. Signez et faites signer !

Monsieur le Président du Conseil national de l’Ordre des médecins, Mesdames et messieurs les parents de personnes autistes,

Deux médecins, le Professeur Pierre Delion, « véritable promoteur du Packing en France », Chef du Service psychiatrie enfant et adolescent du CHRU de Lille, et le Professeur David Cohen, Chef du Service psychiatrie enfant et adolescent de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière ont été ou sont convoqués devant leurs Conseils départementaux de l’Ordre des médecins suite à la plainte d’une association représentant des familles de personnes autistes, l’association Vaincre l’autisme.

Leur délit : soutenir le principe d’une recherche scientifique validée dans son objet et son protocole par le Comité de protection des personnes du CHRU de Lille, recherche menée dans le cadre d’un Programme hospitalier de recherche clinique national (PHRC), validé en 2008 (PHRC 2007/1918, n° Eudra CT : 2007-A01376-47), financée par le ministère de la Santé et dont le thème est L’efficacité thérapeutique du packing sur les symptômes de troubles graves du comportement, notamment les automutilations, des enfants porteurs de TED/TSA .

une véritable attaque personnelle et professionnelle

Ces plaintes constituent une véritable attaque personnelle et professionnelle difficile à comprendre quand on prend le temps de connaître l’objet de ces attaques et les hommes qui en sont les victimes. De plus, les comparutions devant le Conseil de l’Ordre s’accompagnent d’appels à la manifestation devant les dits Conseils, selon des méthodes d’un autre âge qui interrogent sur les véritables motivations de leurs instigateurs. Elles rejoignent d’autres mobilisations telles celles qui ont violemment attaqué les équipes pratiquant l’avortement ou celles, plus récentes, exigeant l’interdiction de représentations culturelles jugées blasphématoires au nom de la religion. Or, la recherche scientifique est tout sauf un blasphème, même si elle va à l’encontre de convictions qui peuvent, en elles-mêmes quand elles ne se manifestent pas sur le mode du dénigrement et de la disqualification, être respectables.

la vérité, ils la cherchent

La science n’est pas un dogme, Pierre Delion et David Cohen ne prétendent pas détenir la vérité, ils la cherchent. Toute connaissance est issue d’un processus de construction, processus qui consiste en une réorganisation qualitative de la structure initiale des connaissances et qui peut s’assimiler à un changement de conceptions. Pierre Delion rappelle que « ils [les scientifiques] savent bien qu’avant de pouvoir démontrer quelque vérité scientifique que ce soit, le chercheur émet des hypothèses abductives (j’ai l’intuition que) puis conduit ses recherches pour tenter de démontrer de façon déductive et inductive les hypothèses émises. »

la base même de la recherche expérimentale

S’il n’y avait pas d’abord des intuitions basées sur la clinique, aucune découverte n’aurait pu être faite en médecine, ni a fortiori démontrées dans le cadre de l’Evidence Based Medicine. » C’est la base même de la recherche expérimentale. Une étude scientifique ne préjuge pas de son résultat, ce que font les associations de parents d’enfants autistes qui ont décidé que cette technique « relevait de la torture», qu’elle était pratiquée « sans protocole, sans évaluation et sans résultat(3) » voire qu’elle « ouvrait la voie à l’abus sexuel(5) » et qu’il fallait y mettre un terme parce que « dénuée de tout respect et de toute dignité ».

Pourquoi, donc, s’opposer à un examen scientifiquement validé de la question du packing ?

Le film Le Mur, de Sophie Robert, interdit

Le film de Sophie Robert interdit – dépêche de l’AFP

La justice interdit le film Le Mur en l’état après plainte de psychanalystes
Le film controversé sur l’autisme « Le Mur », qui veut prouver
« l’absurdité » de l’approche de cette maladie par la psychanalyse et
vante au contraire des méthodes dites comportementalistes, a été
interdit en l’état jeudi après une plainte de certains psychanalystes
interrogés dans ce documentaire.

Le tribunal de Lille a « constaté que les extraits d’interviews » des
psychanalystes de renom « Esthela Solano-Suarez, Eric Laurent et
Alexandre Stevens
(…) portent atteinte à leur image et à leur
réputation en ce que le sens de leur propos est dénaturé », affirme le
jugement consulté par l’AFP.

Les extraits de ces interviews qui figurent dans le film « doivent être
supprimés », ajoute ce jugement, ce qui revient selon l’avocat de la
documentariste Sophie Robert, Me Benoît Titran, à ce que « le film soit
interdit en l’état ».

Car la décision, qui prend effet immédiat, aura pour conséquence que Le
Mur
doit être retiré d’internet – où il est présenté sur le site de
l’association Autistes sans frontières notamment – tant qu’il n’aura pas
été remanié, et cela sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
« À ce prix-là, n’importe quel documentaire monté peut être interdit. Le
documentariste n’a plus le droit de porter un regard dans son montage
« ,
a commenté Me Titran, qui va faire appel.

autisme packing – lettre ouverte des 39

Lettre ouverte

27 janvier 2012

Par Collectif des 39

Monsieur le Président du Conseil National de l’Ordre des médecins, Mesdames et Messieurs les parents de personnes autistes, Deux médecins, le Professeur Pierre Delion, « véritable promoteur du Packing en France1 », Chef du Service Psychiatrie Enfant et Adolescent du CHRU de Lille, et le Professeur David Cohen, Chef du Service Psychiatrie Enfant et Adolescent de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière ont été ou sont convoqués devant leurs Conseils départementaux de l’Ordre des médecins suite à la plainte d’une association représentant des familles de personnes autistes, l’association Vaincre l’Autisme. Leur délit : soutenir le principe d’une recherche scientifique validée dans son objet et son protocole par le Comité de Protection des Personnes du CHRU de Lille, recherche menée dans le cadre d’un Programme Hospitalier de Recherche Clinique National (PHRC), validé en 2008 (PHRC 2007/1918, n° Eudra CT : 2007-A01376-47), financée par le ministère de la Santé et dont le thème est « L’efficacité thérapeutique du packing sur les symptômes de troubles graves du comportement, notamment les automutilations, des enfants porteurs de TED/TSA ».

Ces plaintes2 constituent une véritable attaque personnelle et professionnelle difficile à comprendre quand on prend le temps de connaître l’objet de ces attaques et les hommes qui en sont les victimes.

De plus, les comparutions devant le Conseil de l’Ordre s’accompagnent d’appels à la manifestation devant les dits Conseils, selon des méthodes d’un autre âge qui interrogent sur les véritables motivations de leurs instigateurs. Elles rejoignent d’autres mobilisations telles celles qui ont violemment attaqué les équipes pratiquant l’avortement ou celles, plus récentes, exigeant l’interdiction de représentations culturelles jugées blasphématoires au nom de la religion.

Or, la recherche scientifique est tout sauf un blasphème, même si elle va à l’encontre de convictions qui peuvent, en elles-mêmes quand elles ne se manifestent pas sur le mode du dénigrement et de la disqualification, être respectables. La science n’est pas un dogme, Pierre Delion et David Cohen ne prétendent pas détenir la vérité, ils la cherchent. « Toute connaissance est issue d’un processus de construction, processus qui consiste en une réorganisation qualitative de la structure initiale des connaissances et qui peut s’assimiler à un changement de conceptions3 .

Pierre Delion rappelle que « ils [ les scientifiques] savent bien qu’avant de pouvoir démontrer quelque vérité scientifique que ce soit, le chercheur émet des hypothèses abductives (j’ai l’intuition que) puis conduit ses recherches pour tenter de démontrer de façon déductive et inductive les hypothèses émises. S’il n’y avait pas d’abord des intuitions basées sur la clinique, aucune découverte n’aurait pu être faite en médecine, ni a fortiori démontrées dans le cadre de l’Evidence Based Medicine . » C’est la base même de la recherche expérimentale.

Une étude scientifique ne préjuge pas de son résultat, ce que font les associations de parents d’enfants autistes qui ont décidé que cette technique « relevait de la torture4 », qu’elle était pratiquée « sans protocole, sans évaluation et sans résultat3 » voire qu’elle « ouvrait la voie à l’abus sexuel5 » et qu’il fallait y mettre un terme parce que « dénuée de tout respect et de toute dignité3 ».

Pourquoi, donc, s’opposer à un examen scientifiquement validé de la question du packing ?

Le packing, contrairement à ce que laissent entendre ceux qui demandent son interdiction, n’a pas pour origine la psychanalyse et il existe une abondante littérature scientifique sur cette technique, anglo-saxonne notamment6 . Il trouve sa source dans la médecine antique et repose sur l’utilisation de l’eau dans les soins physiques et psychiques, l’hydrothérapie étant utilisée en Grèce dès le VIIIème siècle avant Jésus-Christ. Soranus d’Ephèse la recommande au Ier siècle de notre ère pour soigner la dépression. Au XVIIIème siècle, Pinel demande que l’on utilise les bains chauds à visée de relaxation. Cullen, médecin anglais, est le premier à recommander les enveloppements humides dans le même but. En 1948, Paul Sivadon a utilisé des approches corporelles à base d’eau, à Sainte Anne, « pour favoriser le sentiment de sécurité, la prise de conscience de l’existence corporelle et la relation avec les objets et les personnes ». En 1966, un psychiatre américain, Woodbury introduit sa méthode d’enveloppement (“packing” en anglais) en France : la technique est la même mais l’enveloppement se déroule en présence d’un infirmier qui reste aux côtés du malade en permanence durant ce temps d’enveloppement. « Le but de ce traitement est de donner au malade une stimulation du schéma corporel, de contrôler ses tendances autodestructrices et agressives, sans l’aliéner par les médicaments ou l’isolement ».

La technique du packing sera proposée pour le traitement des enfants et adolescents autistes les plus gravement malades ou qui présentent des troubles graves du comportement (hyperactivité, instabilité grave, auto- ou hétéro-agressivité, stéréotypies envahissantes, anorexie grave, insomnie rebelle notamment).

Il s’agit donc de valider, ou non, scientifiquement « L’efficacité thérapeutique du packing sur les symptômes de troubles graves du comportement, notamment les automutilations, des enfants porteurs de TED/TSA », en aucun cas traiter l’autisme ou ce que l’on nomme aujourd’hui les Troubles Envahissants du Développement (TED). Le Professeur Pierre Delion a maintes fois rappelé que « le packing ne concerne que quelques enfants porteurs de TED/TSA lorsqu’ils présentent des signes graves voire gravissimes de troubles du comportement, pour lesquels une indication précise doit être posée et une formation de l’équipe réalisée dans de bonnes conditions ».

Tout le monde est aujourd’hui d’accord pour dire que l’autisme, on devrait probablement dire les autismes, est un trouble neuro-développemental, entrant dans le cadre des troubles envahissants du développement ce qui ne préjuge en rien de son étiologie qui demeure inconnue, les hypothèses allant des anomalies génétiques aux atteintes infectieuses ou toxiques, probablement associés à des degrés divers.

Il n’existe pas de traitement curatif de l’autisme. En revanche, de multiples approches de prise en charge ont vu le jour depuis la découverte de ce syndrome, approches issues de divers courants théoriques et fondées sur des conceptions très diverses de l’autisme7 . De manière pratique, des études scientifiques ont à ce jour permis de démontrer l’efficacité d’une prise en charge précoce à l’aide d’approches éducatives comportementales (ABA8 ), cognitives (TEACCH) ou développementales. La littérature scientifique est unanime sur ce point : il faut que l’intervention éducative soit précoce, massive et structurée.

Mais, quel que soit la nature du handicap ou de la différence de la personne autiste, le mérite de la psychiatrie et de la psychanalyse aura été de montrer qu’elle demeure un être de relation, doté d’un inconscient, tout comme ses parents, et que les interactions relationnelles et identificatoires sont modifiés par le trouble. Et ce même si l’on réduit l’inconscient à ses dimensions cognitives, ce qui n’est plus le cas des neuro-biologistes, Lionel Naccache considérant même Freud comme le Christophe Colomb des neurosciences9 .

L’époque n’est plus aux antagonismes, neurosciences versus psychanalyse par exemple, et l’ensemble de ces disciplines se confrontent utilement au travers d’interfaces que nous avons été nombreux à appeler de nos voeux. « Une réflexion critique qui confronte les diverses approches des sciences de la vie et des sciences de l’homme et de la société autour du cerveau de l’homme et de sa fonction devient nécessaire10. » Dès que l’on parle de l’homme et de la nature, il faut « nouer sciences fondamentales et sciences humaines » dit Michel Serres.

Il ne suffit pas de se targuer d’autres autorités scientifiques qui, en l’occurrence, s’appuient sur des préjugés qui ont une construction scientiste voire idéologique, pour invalider le travail de plusieurs années au service d’une cause que Pierre Delion et d’autres ont défriché de longue date : combien d’entre nous ne se sont-ils pas intéressés grâce à lui à l’autisme, d’abord par une grande ouverture d’esprit clinique et une réflexion plurifactorielle sans exclusive assortie d’une grande rigueur scientifique ? Si le regard commun et scientifique sur l’autisme a pu évoluer dans ce pays, on le lui doit en grande partie, il suffit de lire ses travaux et ses publications avec honnêteté.

Les attaques visant Pierre Delion, David Cohen, Daniel Widlöcher et Bernard Golse visent aussi toute une profession, que le Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux avait appelé à juste titre la Communauté soignante, dans une optique de « mise en cause des compétences médicales de la psychiatrie » et, plus généralement, de disqualification de la psychiatrie et de la psychanalyse.

Comment attaquer Pierre Delion, dont l’intégrité professionnelle, le sens éthique et l’humanité peuvent difficilement être discutés par quiconque est de bonne foi ? « Nous sommes tous des Pierre Delion » disait le Syndicat des Psychiatres Hospitaliers, nous dirions plutôt « Nous voudrions tous être des Pierre Delion ». Et avoir ses qualités humanistes, son profond respect de l’autre souffrant, sa rigueur scientifique, sa compétence dans l’animation des équipes dont il a eu la charge, sa qualité d’enseignant “maïeutique”, la cohérence qui est la sienne entre sa pratique et son enseignement, son attachement à la “défense et illustration” de la prise en charge des enfants autistes et de leurs familles. Son travail, son enseignement plaident pour lui mieux que quiconque ne pourrait le faire. A travers lui, c’est toute une conception de l’humain, du social et du scientifique qui est en jeu. Et ces attaques inquiètent car elles traduisent une dérive qui voudrait que ceux qui prennent en charge les personnes en souffrance psychique les remplacent, en coupables expiatoires, comme objets de fantasmes primaires stigmatisants. Ainsi, les acharnés de la guérison sont nombreux dans le champ des médecines différentes, précisément parce qu’ils cherchent toujours et encore l’arme absolue qui puisse enfin avoir raison des échecs thérapeutiques qu’ils ne supportent pas.

L’autisme est une souffrance, pour l’autiste d’abord, pour ses proches ensuite. La douleur des parents doit être respectée et entendue, y compris quand elle s’exprime de manière excessive.

Mais l’alliance thérapeutique que prône l’ensemble des dispositifs voulus ces dernières années par les pouvoirs publics suppose respect mutuel et confiance réciproque. La controverse n’est pas inutile, « Le mot liberté n’admet, par définition, aucune restriction11 », si elle fait progresser la lutte contre la souffrance. Chacun doit se regarder en conscience, la pratique de la psychiatrie et de la psychanalyse n’ont pas toujours été heureuses en matière d’autisme, toutes les associations de parents d’autistes ne se reconnaissent pas dans des discours excessifs, et chercher comment concilier au mieux « corps et esprit humains, inséparables12 ».

Cette nécessaire alliance, chacun doit y participer. Autistes dans la mesure de leurs moyens, parents qui doivent trouver une réponse à leur détresse et aider leur enfant à progresser autant qu’il lui est possible afin de « garantirl’intégration des personnes autistes en milieu ordinaire ou la création de places adaptées en milieu spécialisé13 » ; pouvoirs publics , qui doivent éviter toute posture démagogique, proposer des espaces de médiation et soutenir toute recherche, sans exclusive aucune, qui permettra de faire avancer les connaissances en matière de troubles envahissants du développement ; les médias, qui doivent aider à la prise de conscience en ces matières mais aussi informer de manière objective. Les professionnels enfin, dont le dévouement ne peut être contesté et qui, quoi qu’il advienne et quel que soit le champ de compétence de leur intervention, demeureront un maillon indispensable à l’évolution positive des enfants et adultes concernés.

Ces alliances sont tout le contraire de démarches qui ont une construction sectaire en ce sens qu’en s’appuyant sur la détresse et l’émotion au détriment de la réflexion critique, elles se soutiennent du “principe de simplification”, supercherie visant à séduire les personnes en détresse par l’indication d’une “voie unique”, factice face à la complexité des problèmes posés, voie qui, en ce sens, constitue une régression épistémologique.

Claude Finkelstein, présidente de la FNAPSY, rappelle que « les chapelles en psychiatrie sont devenues des sectes, chacune pensant avoir “raison” contre la “déraison” et ceux qui en souffrent sont les patients, non les familles, même si j’en suis sûre celles-ci sont de bonne foi. Seul le patient peut dire si telle ou telle intervention lui a servi . » Pour toutes ces raisons, nous soutenons Pierre Delion, David Cohen, et tous les professionnels mis en cause dans leur démarche scientifique, clinique et thérapeutique, et nous dénonçons la véritable chasse aux sorcières dont ils sont l’objet. Nous demandons qu’ils reçoivent tout l’appui qu’ils méritent de la part de leurs confrères de l’Ordre des médecins, en reconnaissance de leur courage, de leur rigueur et de leur compétence et pour l’ensemble de leur œuvre


1 Vaincre l’Autisme (ex Association Léa pour Samy)

2 Ces comparutions, fondées sur un supposé manque de rigueur scientifique et une volonté de nuire interviennent dans un contexte particulier dont témoigne la diffusion d’un film, « Le Mur », construit uniquement à charge contre la psychanalyse et les psychanalystes et qui, grâce à un montage subtil, discrédite trois professionnels, Pierre Delion, déjà, Daniel Widlöcher et Bernard Golse. Ce document, quelle que soit la volonté explicite de ses auteurs, ne vise pas à faire le point sur l’apport (ou non) de la psychanalyse dans la prise en charge des autistes, critique s’il le faut, mais à constituer un dossier à charge qui ridiculise les professionnels.

3 Hélène Hagège : La démarche scientifique : invariants et spécificités disciplinaires, une approche épistémologique, LIRDEF, Université Montpellier II – IREM, février 2007

4 Vaincre l’Autisme

5 Site officiel du Collectif de soutien au film « Le Mur »

6 Le Professeur David Cohen en donne maintes références dans son argumentaire. Parmi les articles récents, citons :

1. Hospital and Community Psychiatry. 1986, 37: 287-288.

2. Am J Psychiatry. 1988, 145: 242-245.

3. Neuropsychiatrie de l’Enfance et de l’Adolescence. 2009, 57 : 529-534.

4. Clinical Neuropsychiatry. 2009, 6: 29-34.

5. Journal of physiology. 2010, 104: 309-314

6. Issues in Mental Health Nursing, 2009, 30:491-494.

7. Adolescent Psychiatry. 2011, 1: 163-168

7 Voir les travaux, notamment de Jacques Constant et ceux de Centre Ressource Autisme de Languedoc-Roussillon à la demande du ministère de la santé en 2007

8 qui connaît également ses détracteurs, on lira sur ce point l’ouvrage très documenté de Laurent Mottron, « L’autisme, une autre intelligence : Diagnostic, cognition et support des personnes autistes sans déficience intellectuelle », Editions Mardaga, 2004, 235 pages

9 Le nouvel inconscient, Poche Odile Jacob, février 2009

10 L’homme de vérité, Jean-Pierre Changeux, Editions Odile Jacob, Paris, 2002, page 9

11 Jean Yanne, Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil

12 Pierre Delion, Lettre ouverte

13 Autisme France


Marie-Noëlle Alary, psychiatre des hôpitaux, Mathieu Alary, doctorant en neuro-imagerie, Patrick Alary, psychiatre des hôpitaux, Claude Allione, psychanalyste, Marie Allione, pédopsychiatre des hôpitaux, Jean-David Attia , pédopsychiatre des hôpitaux en retraite, Guy Baillon , psychiatre des hôpitaux en retraite, Mathieu Bellahsen , psychiatre de secteur, Jean Bertrand , Psychiatre, Liège, Belgique, Dominique Besnard , Psychologue, Directeur National des CEMEA, Jean-Raphaël Bessis , Psychologue clinicien, Gérard Boittiaux , psychiatre des hôpitaux, Michel Botbol , professeur de pédopsychiatrie, Alain Bouvarel , psychiatre des Hôpitaux, président du CNASM, Loriane Brunessaux , pédo-psychiatre, Marie-France Canoville , addictologue des hôpitaux, Frédérique Cataud , cadre de santé – assistante chef de Pôle, Patrick Chaltiel , psychiatre des hôpitaux, Sophie Charancon , Martine Charlery , pédopsychiatre, Dorota Chadzynski , psychomotricienne, psychologue clinicienne, Patrick Chemla , psychiatre des hôpitaux, Jean-Luc Chevalier , psychologue clinicien, Jacques Constant , pédopsychiatre des hôpitaux en retraite, formateur sur la question de l’autisme, Alain Couvez , psychiatre des hôpitaux, chef de service, Jean-Yves Cozic , psychiatre des hôpitaux, président du Syndicat des Psychiatres Français, Jean-Michel de Chaisemartin , psychiatre des hôpitaux, Pascal Crété , psychiatre, directeur Foyer Léone Richet, Alain Darbas , directeur de Stéphanie Dauver , pédopsychiatre des hôpitaux, Francine Delionnet , ex-enseignante spécialisée, Marie-Philippe Deloche , psychiatre MGEN, Matthieu Duprez , Psychiatre des Hôpitaux, Bernard Durand , pédopsychiatre des hôpitaux en retraite, Président de la FASM Croix-Marine, Michel Duterde , ex-responsable des CEMEA, Claude Finkelstein , présidente de la FNAPSY, Martine Fournier , psychiatre hospitalier, Lise Gaignard , psychanalyste, Nicolas Geissmann , psychiatre des hôpitaux, Roger Gentis , psychiatre retraité de secteur public, Patrick Genvresse , pédopsychiatre des hôpitaux, Yves Gigou , formateur, Geneviève Giret , pédopsychiatre des hôpitaux, Pierre Godart , psychiatre des hôpitaux, chef de pôle, Philippe Goossens , psychiatre, Bruxelles, Belgique, Marie-Christine Hiébel , directrice d’Etablissement public de santé, Ariane Hofmans , psychologue, Michel Jadot , psychiatre médecin-directeur du service de santé mentale de Verviers, Belgique, Christine Jedwab , Psychologue clinicienne, Dina Joubrel , Psychiatre des hôpitaux, Claire Jutard , psychomotricienne, Dimitri Karavokyros , Psychiatre honoraire des Hôpitaux, Anja Kloeckner , psychomotricienne, Yves Le Bon , psychologue-Clinicien, psychanalyste, chargé d’Enseignement à l’Université de Paris 7-Diderot, Paul Lacaze , neuropsychiatre d’exercice privé libéral et institutionnel, Yvon Lambert , formateur retraité des CEMEA, Georges Lançon , pédopsychiatre, Dominique Launat , psychologue, Agnès Lauras-Petit , psychomotricienne, docteur en psychologie clinique et pathologique, Catherine Le Berre , cadre de santé, Michel Lecarpentier , psychiatre, Catherine Legrand-Sébille , socio-anthropologue, maître de conférences, Leïla Lemaire , comédienne, Marc Livet , cadre de santé, Stéphanie Levêque , pédospychiatre, Marie-Hélène Lottin , psychiatre, psychanalyste, Jean-Jacques Lottin , directeur d’études de santé publique, Paul Machto , psychiatre des Hôpitaux, psychanalyste, Jacqueline Mairot , psychiatre, Sandrine Malem , psychanalyste, Marie-Line Marcilly , cadre coordonnateur, Esteban Morilla Martinez , psychiatre des hôpitaux, Vincent Marzloff , interne en psychiatrie, Bénédicte Maurin , membre du collectif des 39, éducatrice spécialisée en pédopsychiatrie, Simone Molina , psychanalyste, Joseph Mornet , psychologue, secrétaire général de la FASM Croix-Marine, Françoise Nielsen , psychanalyste, Joséphine Nohra-Puel , psychologue, psychanalyste, Heitor O’Dwyer de Macedo , psychanalyste, Vincent Perdigon , psychiatre des hôpitaux, Juliette Planckaert , psychologue honoraire des hôpitaux psychiatriques, Martine Ragot , aide-soignante, Philippe Rassat , Pédopsychiatre, Psychanalyste, Directeur médical de CMPP, Nathalie Renon , psychologue clinicienne, Elise Ricadat , psychologue clinicienne, Martine Rosati , psychologue, directrice de l’école de Bonneuil, Sara Rudel , psychologue, Cosimo Santese , psychanalyste-psychologue, Madeleine Sarrouy , pédopsychiatre, Pierre Sadoul , pédopsychiatre des hôpitaux en retraite, Gérard Sadron , directeur, Jacques Sarfaty , pédopsychiatre des hôpitaux, Madeleine Sarrouy , pédopsychiatre, Gérard Schmit , professeur de pédopsychiatrie, Sylvie Séguret , Psychologue, psychanalyste, Jean-François Thiébaux , psychiatre des hôpitaux, Marc Toulouse , psychiatre des hôpitaux, Bruno Tournaire-Bacchini , psychiatre des hôpitaux, Jean-Marc Triffaux , psychiatre universitaire, Liège, Belgique, Maria Eugenia Uriburu , psychologue clinicienne, Pierre Vaneecloo , psychiatre des hôpitaux, retraité, Lucie Verkaeren , monitrice IDE, Benjamin Wouts , diplômé en psychologie,

Association des Cadres et Infirmiers en Santé Mentale, Association Marseillaise pour la Psychothérapie Institutionnelle, Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire, Collège de psychiatrie grenoblois, Fédération d’Aide à la Santé Mentale Croix-Marine, Fédération Inter-Associations Culturelles en Santé Mentale, Groupement des Hôpitaux de Jour francophones

Pour signer cette lettre contacter Patrick Alary

patrick.alary@orange.fr

André Green

La France, la Turquie et le génocide arménien : une faute politique

La France, la Turquie et le génocide arménien : une faute politique

Par Edwy Plenel

Mediapart 24 janvier 2012

Lire aussi, in Médiapart :

– Le Sénat approuve la loi contre la négation du génocide arménien, sous l’influence de Sarkozy et Hollande

– La question arménienne fissure la gauche sénatoriale

– La France et la Turquie au miroir de leur pathologie nationale

Imposé à une droite et à une gauche réticentes par Nicolas Sarkozy et par François Hollande (lire ici notre enquête et là le résultat du scrutin), le vote par le Parlement français d’une loi pénalisant la négation du génocide arménien est une faute politique. En déplaçant sur le terrain judiciaire – précisément : un an de prison et 45.000 euros d’amende en cas de contestation ou de minimisation de façon outrancière d’un génocide reconnu par la loi française – la bataille contre les assassins de la mémoire, il désarme la vérité historique, dévitalise l’espace public et fait le jeu du négationnisme qu’il entend combattre, en l’espèce du nationalisme turc. Démonstration dans ce parti pris.

« Nos compatriotes ont commis des crimes inouïs, eu recours à toutes les formes concevables de despotisme, organisé la déportation et le massacre, brûlé vifs des nourrissons arrosés de pétrole, violé des femmes et des jeunes filles… Ils ont mis les Arméniens dans des conditions insupportables comme aucun peuple n’en a connu dans toute l’histoire. » Attestant du génocide dont furent victimes, entre 1915 et 1917, les deux tiers de la communauté arménienne vivant au sein de l’Empire ottoman, soit au moins 1.200.000 personnes, cette déposition fut faite en 1919 devant un tribunal turc par un général kurde qui, hasard tristement ironique, se nommait Mustapha Kemal, parfait homonyme du futur Atatürk.

le grand crime

« Le grand crime », comme l’appela dès 1921 l’une des grandes figures intellectuelles du monde arménien, Aram Andonian (1876-1951), ce premier génocide au cœur de notre modernité, fut donc d’abord attesté là même où il avait été commis. Il y eut d’ailleurs, dans un premier temps, des condamnations à mort par contumace de certains de ses auteurs, devant le tribunal militaire de Constantinople. Mais, d’emblée, le discours turc de dénégation s’est parallèlement construit et affirmé dans un récit légendaire destiné à légitimer l’Etat moderne, laïque, unitaire et centralisé, construit par Mustapha Kemal sur les décombres de l’Empire ottoman, allié de l’Allemagne démembrée après la défaite de 1918.

Préfaçant en 1984 un des ouvrages de Gérard Chaliand, inlassable pédagogue de la cause arménienne avec Yves Ternon (cf. Le Génocide des Arméniens, Complexe, 1983), l’historien Pierre Vidal-Naquet (1930-2006) citait ce témoignage sans appel afin de démonter la progressive construction politique du déni d’une vérité historique par l’affirmation d’une vérité d’État. « L’inexistence du grand massacre des Arméniens, écrivait-il, qu’on appellera après la Seconde Guerre mondiale le génocide des Arméniens, deviendra en Turquie une vérité d’État, mieux, une vérité nationale, avec une dimension totalitaire, que tous, gouvernants, diplomates, universitaires et même professionnels de l’histoire, prendront en charge. »

Au chapitre des relations et tensions entre mémoire et histoire, Pierre Vidal-Naquet avait inclus ce texte dans le tome 2 de son recueil Les Juifs, la Mémoire et le Présent, La Découverte, 1991. Or le troisième et dernier tome (La Découverte, 1995) se conclut par une « réflexion pour aujourd’hui » autour de ces « assassins de la mémoire », les négationnistes du génocide qu’il avait débusqués avec éclat dès 1980 dans la revue Esprit. « Devons-nous les persécuter au nom de la vérité ? », s’interrogeait-il. Sa réponse, précise et mesurée, est plus que jamais d’actualité :

« Je ne le crois pas, en dépit des législations qui ont été adoptées contre eux en Allemagne et en France. La persécution, et même, tout ce qui ressemble à de la persécution, engendre les martyrs, et nous n’avons pas le moindre intérêt à faire de ces gens des martyrs. Je ne suis nullement contre les poursuites pour diffamation quand il s’agit de mensonges dirigés contre les personnes ou les institutions, mais je suis résolument hostile à l’idée d’imposer la vérité historique par la loi. » Telle fut la position constante de cette figure de la gauche intellectuelle, devenue aujourd’hui inaudible pour cette gauche présidentielle qui, dans l’affaire arménienne, s’est pliée à la volonté personnelle de François Hollande.

L’État ne doit pas dire l’Histoire

« Si l’histoire du communisme et de la Vérité d’Etat ou de parti a quelque chose à nous enseigner, insistait Pierre Vidal-Naquet, c’est qu’aucune vérité historique ne peut reposer sur l’appareil d’Etat – cet État fût-il libéral – pour être considérée comme la Vérité. Si la vérité n’a aucun besoin de la police ou des tribunaux, elle a assurément besoin des historiens. » Autrement dit, face à ses négateurs, la vérité sur le passé est un combat qu’il faut mener avec les armes de l’historien, par la rigueur factuelle, par le doute méthodique et par la démonstration intellectuelle. Oui, un combat, et non un débat, Vidal-Naquet ayant toujours refusé de débattre avec les négationnistes pour la bonne raison qu’avec ces derniers n’existe pas ce « terrain commun, un commun respect de la vérité », que suppose « un dialogue entre deux hommes, fussent-ils adversaires ».

Ainsi énoncée en ouverture de son recueil Les Assassins de la mémoire, La Découverte, 1987, la position de cet esprit aussi libre qu’exigeant ne variera pas. Traquant jusqu’aux virgules fautives les falsificateurs d’une histoire où périrent ses propres parents et illustrant par ses propres travaux la nécessaire reconnaissance du crime contre l’humanité, Pierre Vidal-Naquet refusait farouchement toute pénalisation qui offrirait une posture de victimes aux négateurs. Dès 1980, dans son article inaugural de la revue Esprit, il pressentait ce que ce raccourci par le droit avait de dangereux pour la politique, dans un double processus de démobilisation des citoyens et de sacralisation de l’État.

vivre avec Faurisson

Aussi l’historien n’hésitait-il pas à nous recommander de « vivre avec Faurisson », du nom de Robert Faurisson, figure du négationnisme français aux apparences universitaires – « Ni l’illusion, ni l’imposture, ni le mensonge ne sont étrangers dans la vie universitaire et scientifique », prenait soin de préciser avec humour Vidal-Naquet. « Vivre avec Faurisson ? Toute autre attitude supposerait que nous imposions la vérité historique comme la vérité légale, ce qui est une attitude dangereuse et susceptible d’autres champs d’application. Chacun peut rêver d’une société où les Faurisson seraient impensables, et même essayer de travailler à sa réalisation, mais ils existent comme le mal existe, autour de nous, et en nous. Soyons encore heureux si, dans cette grisaille qui est la nôtre, nous pouvons engranger quelques parcelles de vérité, éprouver quelques fragments de satisfaction. »

Se battre inlassablement pour la vérité et préférer la raison démonstratrice à la passion justicière, sans diaboliser ni pénaliser. Rappeler cette position constante de Pierre Vidal-Naquet, c’est souligner l’engrenage politiquement dévastateur dans lequel, par son vote définitif du 23 janvier, le Parlement nous entraîne. Une chose est de demander que, par souci de réparation et de reconnaissance, une parole officielle assume dans notre mémoire collective les crimes commis contre les ascendants d’une partie de la communauté nationale – ainsi de l’esclavage des Noirs, du génocide des Juifs et du génocide des Arméniens. Autre chose est de transformer cette demande légitime en histoire officielle, établie par des parlementaires et protégée par des magistrats.

Dans le cas du génocide arménien, ce redoutable changement de registre, où l’enjeu de mémoire devient dogme d’histoire, se double d’un dangereux déplacement géopolitique, dont la juste cause arménienne est le prétexte, instrumentalisée pour une mauvaise cause. Car il n’aura échappé à personne que l’esclavage des Noirs et le génocide des Juifs concernent directement notre histoire nationale, la France ayant été esclavagiste jusqu’en 1848 et l’État français de Vichy ayant contribué aux déportations. En revanche, le massacre des Arméniens fut commis par un État étranger, la Turquie.

La France ne doit pas faire la leçon

Que nous, Français, nous soyons concernés par le génocide arménien, c’est une évidence qu’il n’est jamais inutile de rappeler : tout simplement par refus d’ajouter l’oubli et l’indifférence à ce crime contre l’humanité, de même que nous sommes soucieux de ne pas oublier d’autres crimes et massacres commis, ceux-là, en notre nom – en Algérie ou ailleurs – dans l’ensauvagement propre au colonialisme, système de domination et de hiérarchie entre peuples qui risque toujours de transformer le civilisateur en barbare. Les mémoires plurielles de la France, dans la diversité de son peuple et des migrations qui l’ont constituée, méritent d’être toutes rassemblées plutôt que d’être mises en concurrence par l’exclusion des unes ou la promotion des autres.

Mais ce constat de bonne humanité, comme l’on dirait de bon sens, nous autorise-t-il à faire la leçon à d’autres peuples et nations sur leur propre histoire ? A légiférer à leur place, à sanctionner en leur nom ? Tel est l’enfer, comme souvent pavé de bonnes intentions, qu’a ouvert devant nous le vote majoritaire des députés et des sénateurs français. En pénalisant la négation outrancière du génocide arménien, ils ont choisi de dire haut et fort à la Turquie officielle que son passé toujours en souffrance ne peut que lui valoir condamnation au présent. Apparemment symbolique, ce vote n’en est pas moins sans précédent diplomatiquement, et ses conséquences sont imprévisibles.

Comment ne pas souligner que ce zèle inédit des parlementaires français concerne, à l’heure des révolutions arabes et de leurs enjeux décisifs, un pays à la fois musulman et laïque dont le parti conservateur au pouvoir est un modèle pour les nouvelles forces se réclamant d’un islam politique sécularisé ? Peu suspect d’empathie particulière avec la Turquie, dont il estimait l’intégration à l’Europe mal venue, l’ancien sénateur et garde des Sceaux socialiste Robert Badinter a essayé en vain d’enrayer cet emballement où la France seule se fait soudain juge de l’histoire d’un autre peuple.

« Le Parlement français, écrivait-il le 14 janvier dans Le Monde (lire ici), peut-il se constituer en tribunal de l’histoire mondiale et proclamer la commission d’un crime de génocide par les autorités de l’empire ottoman il y a un siècle de cela, sans qu’aucun Français n’y ait été partie soit comme victime soit comme bourreau ? Le Parlement français n’a pas reçu de la Constitution compétence pour dire l’histoire. C’est aux historiens et à eux seuls qu’il appartient de le faire. »

Non seulement politiquement désastreuse mais aussi inconstitutionnelle selon Badinter, qui fut lui-même président du Conseil constitutionnel, cette loi est également une machine infernale sur le terrain des relations internationales. Après avoir subi la rebuffade d’être repoussée d’une Union européenne qu’elle souhaitait rejoindre, dans un processus sur lequel pariaient les démocrates les plus exigeants de sa scène politique nationale, la puissance régionale émergente qu’est la Turquie est soudainement humiliée par une petite France dressée sur ses ergots.

La Turquie ne doit pas être isolée

Démagogique dans son usage intérieur, où elle poursuit la construction idéologique d’un antagonisme foncier avec le monde musulman, cette faute politique est aussi, pour son impact extérieur, un cadeau irresponsable fait au pire nationalisme turc. Loin d’apaiser, elle exacerbe. Loin d’ouvrir, elle ferme. Loin de relier, elle divise. Pour s’en convaincre, il faut relire Hrant Dink, ce journaliste assassiné le 19 janvier 2007 à Istanbul (ses chroniques ont été publiées en 2010 aux éditions Galaade et nous les avons déjà évoquées ici). Il était turc, citoyen de la République de Turquie, et arménien, « arménien jusqu’à la moelle », proclamait-il. Et il est mort pour avoir prôné le dialogue entre la Turquie et l’Arménie, alors qu’un tribunal venait de le condamner pour « dénigrement de l’identité nationale turque ».

« Le plus important, est-ce la reconnaissance du génocide ou la démocratisation de la Turquie ? » : telle fut la question posée avec entêtement par Hrant Dink, défendant une politique de relation plutôt qu’une identité de confrontation. « Je n’accepte plus le vil arbitrage de l’impérialisme qui s’efforce de noyer mon avenir dans mon passé », écrivait-il en 1998, observant avec méfiance ce zèle soudain, aux États-Unis comme en Europe, vis-à-vis de la mémoire arménienne alors que les mêmes pays s’étaient longtemps accommodés du déni turc sous l’interminable dictature militaire.

Ne cessant de croiser le fer avec le négationnisme officiel, il campait sur la même position que Pierre Vidal-Naquet, au point de choquer certains porte-parole des Arméniens de France par son refus, en 2006, moins d’un an avant son assassinat, d’une loi pénalisant la contestation du génocide. Leur rappelant que, pour sa part, il vivait « depuis des années » avec les discours négationnistes, il les interpellait en ces termes : « Comment, selon vous, supportons-nous donc cela ? Pensez-vous que nous ne soyons pas aussi sensibles que vous ? Sommes-nous moins arméniens que vous ? Non, nous avons seulement fini par apprendre : si le silence est tabou, la parole est démocratique. Chaque discours mensonger porte sa propre question en elle : à force de renier, les hommes finissent toujours par reconnaître. »

Évidemment partisan de l’adhésion de la Turquie à l’Europe, Hrant Dink critiquait avec une forte prescience l’inconséquence des dirigeants européens qui, loin d’aider l’approfondissement démocratique turc, renforçaient les forces qui y étaient rétives. La réaction des Occidentaux aux crispations des autorités turques, écrivait-il, « a ouvert un espace fondamentalement bénéfique au nationalisme turc dans la mesure où celui-ci a intérêt à ce que cette situation perdure. Ce fut donc un piège dans lequel sont tombés les Occidentaux en acceptant de porter la responsabilité d’une politique inchangée depuis deux siècles qui a renforcé le nationalisme turc, n’a pas résolu le problème des minorités et qui, de surcroît, a retardé la démocratisation en Turquie ».

« La priorité, ce n’est pas l’histoire, mais l’instauration des relations, et la question de l’histoire devrait s’inscrire dans le processus normal des relations ainsi nouées », concluait-il avec sagesse. Le relisant, on ne peut s’empêcher de penser que les apprentis sorciers qui ont voulu cette loi funeste nous entraînent sur le chemin inverse : non plus la relation, mais la confrontation. Que n’ont-ils entendu à temps cette voix, celle d’un Turc arménien et chrétien, qui leur disait : « Les partis chrétiens d’Europe qui ne veulent pas que la Turquie devienne membre de l’Union européenne devraient y réfléchir à deux fois et songer qu’il est beaucoup plus fécond que les différentes religions vivent ensemble, les unes avec les autres, plutôt que côte à côte. Car, si l’on parvient à une lecture correcte de leurs différences, on s’aperçoit qu’elles se nourrissent et ne se détruisent pas. »

La politique ne doit pas être confisquée

« Mon esprit, dans l’inquiétude d’une colombe » : tel est le titre de la dernière chronique de Hrant Dink, parue le jour de son assassinat dans Agos, le premier journal bilingue turco-arménien dont il était le fondateur. Présentement, notre état d’esprit n’est pas éloigné. Car le vote de cette loi à courte vue, électoraliste et démagogique, est irresponsable tant il tourne le dos aux urgences du moment, dans l’imbrication de la crise française et de l’ébranlement du monde.

Tout geste compte dans ce moment où l’histoire s’est remise en marche autour de la Méditerranée et, plus généralement, au sein du monde arabe. Membre de l’Otan et premier lieu de regroupement des opposants au régime de Damas, la Turquie est un allié essentiel dans l’incertitude du soulèvement en Syrie, lequel détient en partie la clé de l’avenir iranien en raison de l’alliance historique du régime de Téhéran et de la dictature syrienne. Et ce serait le bon moment pour rompre les ponts avec ce pays-là, la Turquie, dont le gouvernement est issu des urnes, alors même que nos dirigeants n’ont cessé de converser et commercer jusqu’à il y a peu avec tous les régimes dictatoriaux du monde arabe !

Mieux vaut supposer que nos parlementaires n’ont pas suffisamment réfléchi. Car, sinon, leur vote cacherait des arrière-pensées dont les conséquences seront peut-être désastreuses. Après s’être spontanément méfiée des révolutions démocratiques arabes et s’être contentée, pour faire oublier ses compromissions passées, d’une intervention militaire dans une guerre civile libyenne aux lendemains encore plus incertains que les situations tunisienne et égyptienne, la France officielle n’a-t-elle pas choisi, par ce vote, de faire la leçon à la nation musulmane avec laquelle elle aurait dû en priorité dialoguer, dans le contexte présent ?

À l’orée d’une campagne électorale qui l’amènera peut-être à la présidence de la République, le Parti socialiste s’est hélas prêté à cette mauvaise action. Que la volonté de son candidat, François Hollande, se soit imposée, balayant les réserves de ses parlementaires, est un mauvais signe supplémentaire. A la faute politique s’ajoute un détestable présage : celui des majorités automatiques et d’un fait présidentiel maquillé en fait majoritaire, où notre monarchie si peu républicaine étouffe la diversité et la pluralité, la controverse et la discussion.

Ce système, celui poussé jusqu’à sa nécrose par Nicolas Sarkozy et son hyper-présidence, nous a conduits à cette dégradation nationale. Nous n’en voulons plus, tout comme nous ne voulons plus de son instrumentalisation politique permanente du passé, transformant sans cesse l’histoire nationale en fiction partisane. De même que nous ne voulons plus de cette politique de l’émotion qui se saisit hier d’un fait divers, aujourd’hui d’un crime contre l’humanité, demain d’une catastrophe naturelle. Car c’est une défaite de la raison.

Sur cette défaite, dont témoigne cette loi fautive, proliféreront fondamentalismes, essentialismes et nationalismes, tous ces irrationalismes qui rendent, un jour ou l’autre, l’histoire meurtrière. Que ce vote commun de l’UMP et du PS ait eu lieu malgré toutes les alertes qui avaient tenté de le conjurer, jusqu’au Parlement même, est une invitation à la vigilance critique, plus que jamais, au risque de doucher les enthousiasmes électoraux. Cette vigilance à laquelle Pierre Vidal-Naquet appelait, avec bien d’autres, en 1973 dans un Manifeste pour la vérité et la moralité en politique. « La fonction critique, qui est l’esprit même de l’activité intellectuelle et dont l’abandon est la seule véritable trahison des clercs, apparaît aujourd’hui scandaleusement comme la chose au monde la moins répandue », regrettait-il alors.

Faisons en sorte, quarante ans plus tard, de lui être fidèle en lui donnant tort.

Autisme – dossier

FRANCE : À PROPOS DE L’AUTISME

Il est difficile d’ignorer l’intensité des débats noués autour de l’autisme ; un groupe de travail s’est formé à l’Assemblée Nationale puisque l’autisme a été déclaré grande cause nationale pour l’année 2012. On sait que la diffusion sur Internet du film de Sophie Robert intitulé Le Mur a donné à ceux-ci un tour très polémique : le film est une charge contre la psychanalyse, construite sur les propos tenus par des psychanalystes, pédopsychiatres et pédiatres d’orientations diverses (kleiniens, lacaniens, freudiens) qui, hélas, à l’exception d’un seul (Pierre Delion) ne semblent guère conscients que ce qu’ils disent est contraire à l’éthique de leur discipline. La plupart accusent les mères d’être responsables, par leur toute-puissance, de la maladie de leurs enfants, tout en confondant d’ailleurs psychose et autisme, un autre affirme que le père c’est la culture et la mère la nature. Enfin, une autre compare les mères à des crocodiles prêtes à dévorer leur descendance.

Tous les autres tiennent des propos contre les familles qui ne devraient plus avoir cours aujourd’hui. Trois interviewés, furieux de voir leurs propos se retourner contre eux « à l’insu de leur plein gré » ont assigné la réalisatrice en justice. On observera ici que se tourner vers les tribunaux pour régler les débats et les conflits qui traversent la psychanalyse ou la psychiatrie, qu’il s’agisse d’ enjeux historiques, institutionnels ou scientifiques – et l’autisme en est un – n’est pas la meilleure des méthodes et qu’assigner au droit la place de l’Autre, en espérant qu’il dira ainsi la vérité, fait tout simplement frémir. La judiciarisation actuelle de tous les débats est un signe de grand malaise. Lacan ne nous a-t-il pas appris que le métalangage n’existe pas. On préfèrera ici la distanciation à la dénégation.

En attendant le jugement qui devrait tomber dans les jours qui viennent, voici quelques éléments de réflexion.

– L’analyse du Collectif des 39 contre la Nuit Sécuritaire

– Un long article par récemment dans le New York Times

Enfin, il faut savoir que M. Daniel Fasquelle, président du groupe parlementaire sur l’autisme (UMP) vient de déposer une proposition de loi une « proposition de loi pour que cessent les pratiques psychanalytiques dans l’accompagnement des jeunes patients ». On trouvera son texte à l’adresse suivante : http://danielfasquelle.blogspot.com/2012/01/autisme-une-proposition-de-loi-pour-que.html

L’UNAPEI vient de publier un communiqué de presse s’opposant à la proposition de Daniel Fasquelle :

http://www.mondial-infos.fr/actualite/personnes-autistes-lunapei-pour-le-retrait-de-la-loi-de-daniel-fasquelle-181105479/


L’autisme, grande cause nationale ?

Par le Collectif des 39

L’autisme a reçu le label « Grande cause nationale 2012 ». L’exposition médiatique de ce sujet va s’intensifier, un groupe de travail s’est formé à l’Assemblée Nationale dont les premières rencontres parlementaires débutent jeudi.
Comment ne pas se réjouir de l’intérêt porté à l’autisme face aux insuffisances actuelles de la prise en charge thérapeutique, éducative et pédagogique et des possibilités professionnelles proposée à ces patients (adultes et enfants) ? Cependant, l’aspect polémique et orienté des discours offerts au grand public empêche d’ores et déjà d’être optimiste sur l’issue de ce travail parlementaire.
En effet, on nous donne à entendre:

De fausses évidences

« L’autisme est un trouble neurologique »

Faux: si une dimension biologique de l’autisme est une hypothèse forte, les différentes recherches effectuées sur le sujet, tant sur le plan d’une localisation neurologique (cerveau, cervelet, tronc cérébral), que d’une anomalie génétique ou hormonale (ocytocyne), n’ont pas permis d’établir formellement une origine organique à l’autisme. Il s’agit probablement d’une pathologie liée à l’intrication de plusieurs dimensions (organique, psychopathologique, environnementale, histoire de vie).

Mais ceci est un faux débat car une origine organique à l’autisme ne change rien au fait que ces enfants puissent évoluer grâce aux thérapies relationnelles.

« Le vrai problème est un grand retard diagnostique, qui montre l’insuffisance de formation des pédopsychiatres »

Faux: la raison de l’augmentation du nombre d’enfants autistes dépistés (passant de 1 enfant sur 2000 à 1 sur 150, environ) est l’élargissement des critères d’inclusion dans ce diagnostic de la classification DSM.

En effet, les « troubles envahissants du développement » ou « désordres du spectre autistiques » composent une acception de l’autisme beaucoup plus large que par le passé et conduisent à appeler « autistes » des enfants ou adultes qui précédemment auraient reçu un autre diagnostic (schizophrénie infantile, dysharmonie évolutive…). Ceci aux dépens de la finesse diagnostique et, du coup, de la finesse des prises en charge, moins ajustées à la singularité de chaque patient.
Par ailleurs, cette fausse évidence entraîne une confusion entre « diagnostic » et « prise en charge ». Que le diagnostic soit posé tôt ou tard, la vraie question est celle des modalités de suivi des enfants présentant des particularités de développement, qui ne peut être réglée par un protocole préétabli et ce, quel que soit leur diagnostic.

Enfin, le diagnostic d’autisme est souvent posé tardivement parce que la clinique des enfants, de tous les enfants, est fluctuante et réversible, il est donc parfois dangereux voire traumatisant pour un enfant et pour ses parents de poser trop rapidement un diagnostic d’autisme. Il existe également un temps nécessaire aux parents pour accepter la pathologie de leur enfant et ce temps est propre à chacun. Si certains souhaitent un diagnostic le plus précoce possible, d’autres au contraire préfèrent que toutes les autres options diagnostiques soient éliminées précédemment.

« Les pédopsychiatres français refusent de se mettre à jour de l’évolution des connaissances et persistent à utiliser des classifications vieillottes telle la CFTMEA »

Faux: la plupart des pédopsychiatres français sont plus qu’à jour des scandales accompagnant la création des diagnostics DSM: alliances objectives entre médecins, compagnies pharmaceutiques et financeurs de l’industrie de la santé. Cette classification dite athéorique est au contraire profondément idéologique dans le sens d’une vision mécaniciste de l’être humain et se situe au carrefour d’enjeux financiers importants. Ceci lui ôte toute objectivité et toute scientificité.

Un faux procès fait à la psychanalyse

« La Psychanalyse est inefficace et inadaptée pour les enfants autistes »

Faux: tout d’abord, La psychanalyse n’existe pas. Il y a des psychanalyses, différents courants dans la psychanalyse d’enfants, qui travaillent différemment, comme il y a différents courants à l’intérieur du cognitivisme.

L’objet général de la psychanalyse des enfants autistes est de réduire leurs angoisses, de libérer leurs capacités d’apprentissage, de permettre qu’ils trouvent du plaisir dans les échanges émotionnels et affectifs avec les personnes qui les entourent, de permettre qu’ils gagnent du champ dans les choix de vie les concernant. Il s’agit d’un travail au long cours dont les résultats ne sont pas évaluables avec des critères mécanicistes. Ainsi, les méthodes psychothérapiques sont complémentaires des méthodes éducatives et pédagogiques. L’une ne remplace pas l’autre. Il s’agirait que ces différentes théories et pratiques puissent dialoguer sur le mode de la controverse et non sur celui de la polémique éliminationniste.

Le vrai problème n’est pas celui de la méthode employée (psychanalyse, cognitivisme, pédagogie) mais celui de l’intensivité des suivis au cas par cas. Toute méthode, appliquée de manière intensive et raisonnée (au cas par cas pour chaque enfant) et avec un fort engagement des soignants, éducateurs, pédagogues, aboutit à des progrès chez l’enfant autiste.

« La psychanalyse culpabilise les parents d’enfants autistes et notamment les mères »

Faux: la culpabilisation des parents est une dérive malheureuse des discours soignants, éducatifs et pédagogiques de manière générale, et ce, de tout temps et de toutes époques.

Certains psychanalystes n’y ont pas échappé et cela est tout à fait affligeant.
La psychanalyse, en elle-même, offre au contraire les outils pour penser cette facilité qui consiste à incriminer les parents comme fautifs. En effet, par le biais des concepts de résistance du ou des thérapeutes, du contre-transfert, de la rivalité imaginaire qui peut surgir entre les équipes soignantes, éducatives, pédagogiques et les parents, la psychanalyse a construit les outils qui permettent de repérer, d’analyser et de dépasser les mouvements qui amènent un soignant, un éducateur ou un pédagogue à accuser massivement les parents d’un enfant en difficulté.

De fausses nouveautés

« Avec des rééducations adaptées, un enfant autiste peut progresser et gagner en autonomie, mener une vie professionnelle et amoureuse épanouissante »
Oui, et la même phrase est applicable « avec des soins adaptés ».

Un faux scandale et un faux espoir

« Le scandale est le manque d’intégration en école ordinaire des enfants autistes alors que, lorsque celle-ci est possible, ces enfants effectuent des progrès spectaculaires »

Faux: l’intégration scolaire en école ordinaire des enfants autistes est un formidable tremplin pour certains, une simple aide pour d’autres, une corvée douloureuse pour d’autres encore et une souffrance intolérable pour d’autres enfin. Et ce, quels que soient les aménagements effectués.

L’intégration scolaire fait partie des techniques pédagogiques proposées aux enfants autistes, elle ne doit pas remplacer les techniques thérapeutiques ni les techniques éducatives. Ce n’est pas l’un ou l’autre mais les trois ensemble, au cas par cas pour chaque enfant.

Le triomphalisme des discours présentant l’intégration scolaire comme seule méthode faisant progresser l’enfant risque de provoquer de faux espoirs et, en conséquence, de lourdes déceptions pour les parents d’enfants qui ne peuvent supporter l’école et devront rester à domicile, sans place dans un établissement spécialisé.

Un vrai scandale: la pénurie de places en établissements spécialisés et adaptés, en France, pour les enfants et les adultes en difficultés. Il est scandaleux de devoir envoyer son enfant en Belgique car aucun établissement français adapté ne peut l’accueillir faute de place. Il est également scandaleux de voir certains établissements inadaptés à la prise en charge d’enfants autistes (IME, ITEP) être mis en avant pour palier à l’insuffisance du service public ou à l’absence d’hôpitaux de jour dignes de ce nom. Ces établissements se voient souvent obligés de refuser les enfants les plus en difficulté, dans l’incapacité de leur offrir un accueil adéquat.
Cela produit une ségrégation honteuse et c’est à cela que devraient s’atteler les pouvoirs publics !

Au total : quel sera l’effet de la mise en place du groupe parlementaire de travail sur l’autisme ? Au vu de la forte partialité des discours tenus, gageons que les conclusions aboutiront à la mise à l’écart des théories et pratiques psychanalytiques (pour des raisons idéologiques) et à une loi renforçant l’obligation scolaire des enfants en difficulté sans augmenter le nombre de places en établissements spécialisés (plus économique et plus démagogique à la veille des élections).

C’est alors que nous, patients, parents, soignants, nous aurons beaucoup perdu. Espérons que cette année sera aussi celle de la pensée et de la controverse, pas seulement celle du populisme et de la réduction des dépenses de santé.


NEW YORK TIMES

A French Film Takes Issue With the Psychoanalytic Approach to Autism

By DAVID JOLLY and STEPHANIE NOVAK

Published: January 19, 2012

PARIS — “Le Mur,” or “The Wall,” a small documentary film about autism released online last year, might normally not have attracted much attention.
But an effort by French psychoanalysts to keep it from public eyes has helped to make it into a minor cause and shone a spotlight on the way children in France are treated for mental health problems.

The documentary, the first film by Sophie Robert, follows two autistic boys: Guillaume, who has been treated with the behavioral, or “American,” approach; and Julien, who has been kept in an asylum for six years and treated with psychoanalysis. Guillaume, though challenged, is functioning at a high level in school. Julien is essentially silent, locked out of society.

Since Sept. 8, when the film first became available on the Web, it and Ms. Robert, 44, have been the targets of criticism from both the analysts who appear in the film and from within the country’s psychoanalytic establishment. Three of the psychoanalysts whom Ms. Robert interviewed for the film have sued her, claiming she misrepresented them in the 52-minute documentary, which has not yet been screened in cinemas or on television.

On Jan. 26, a court in the northern city of Lille will decide whether Ms. Robert must remove their interviews from the documentary if she wishes to keep screening it. The plaintiffs are also seeking damages of €300,000, or $384,000. The lawsuit might be futile, since the film is widely available on the Web (with English subtitles), having been viewed on YouTube more than 16,000 times. (Ms. Robert argues that the plaintiffs, all of whom appear in the film, signed detailed releases.)

Ms. Robert is planning to screen the film in Philadelphia at an autism conference on Jan. 27, the day after the court is to rule. If she wins, a local channel in the north of France, Weo, has agreed to screen it, as has Télévision Suisse Romande, a Swiss channel.

The film makes no pretense of objectivity, juxtaposing interviews with psychoanalysts with scathing criticism of the field’s precepts. Ms. Robert, 44, describes herself as an anthropologist and said she once wanted to be a psychoanalyst herself.

“I would have never imagined what I discovered,” she said of her first few interviews for the film. “Then I thought, wow, what I hear is just crazy.”
Christian Charrière-Bournazel, the lawyer for the three plaintiffs — Esthela Solano Suárez, Éric Laurent et Alexandre Stevens — did not respond to requests for comment.

But in court filings, Mr. Charrière-Bournazel said the film had been edited to make his clients look absurd. Ms. Robert, he said, presented the project to the analysts as a documentary, though “it was in reality a polemical enterprise meant to ridicule psychoanalysis in favor of the behavioral treatments that are so fashionable in the United States.”

“The film is unfair,” Élisabeth Roudinesco, a French historian of psychoanalysis at the University of Paris VII, said. “It is fanatically anti-psychoanalysis. But I don’t think she’s manipulated the film to make them look ridiculous; rather, I think she chose to talk with very dogmatic psychoanalysts who come across as ridiculous.”

Professor Roudinesco said the French psychoanalysis community was actually quite divided by the question of autism, with some “fanatics who believe that autism is caused by a frigid, cold mother. But you don’t attack an entire discipline of medicine because of a scandal involving a few practitioners.”

“Even if it is proved someday that autism is a genetic malady,” she asked, “why abandon the idea that the talking cure could help the patient?”
The idea that children with autism spectrum disorder should be treated with the “talking cure” employed in psychoanalysis may sound outdated to some viewers, since many medical scientists believe that underlying physiological problems are at least partly responsible for the disorder. In the United States, the National Institutes of Health recommends that it be treated with behavioral and other therapies.

Ms. Robert said the version of psychoanalysis that is most prevalent in France, particularly the post-Freudian school championed by Jacques Lacan, takes it as a given that autism and other mental health problems are caused by children’s relationship with their mothers, or by “maternal madness.”

“Sometimes, when the mother is depressed, in utero, I mean when she is pregnant or at birth, sometimes the child can be autistic,” an analyst tells the camera in one scene. Another explains that autistic children “are sick of language — autism is a way of defending themselves from language.”

To the question of what an autistic child can expect to gain from psychoanalysis, yet another analyst responds, “The pleasure of taking interest in a soap bubble. I can’t answer anything else.”

“Many mothers here live in fear of the social services,” Ms. Robert said. “If you refuse psychoanalysis for your child, they say: “You’re refusing care,” and they can put the kid in an asylum if they want.”

Whatever the reason, the Council of Europe found in 2004 that France had failed to fulfill its educational obligations to children with autism, and, according to Le Monde, only about one-quarter of children with the disorder attend school in France, compared with three-quarters in Britain.

Critics like Ms. Robert argue that there is also a stigma about “American” diseases. In the United States and many other countries, for example, attention deficit hyperactivity disorder, or A.D.H.D., is treated with medications like Ritalin in combination with behavioral therapy. In the French system, simply getting a diagnosis is difficult, some psychologists and parents say.

Christine Gétin said that she started looking for help for her son when he was 4 years old but that it took 10 years just to learn that there was such a thing as A.D.H.D. and that there was medication to treat it. “I saw that my son was suffering,” Ms. Gétin said, becoming disruptive in class and falling behind. Mental health workers told her there was nothing they could do. It was only nine years later that a doctor finally diagnosed A.D.H.D., and the child got a prescription for Ritalin.

After only one day on the medication, she remembers him saying that he no longer had to write everything down in order to get through the day. “My brain did it for me!” her son exclaimed after arriving home.

Ms. Gétin has since gone on to start up HyperSupers TDAH-France, an organization to support families of hyperactive children. In the French system, she said, A.D.H.D. is seen “as an American disorder, or that it doesn’t exist,” Ms. Gétin said.

Ms. Robert notes that the autism treatment that Guillaume used to learn speech — called picture exchange communication system, or PECS — was developed in the United States, something she said has made it that much harder for the French to adopt.

“If you say it’s American, that’s a very bad thing,” she said.
Michel Lecendreux, a psychiatrist who advocates a medical approach to treating A.D.H.D., said there was a fear “that the U.S. mistakes — especially too much drug prescription — will be repeated. We’re trying to avoid that.”

There are signs of change. Ms. Robert was recently lauded in the National Assembly, after François Fillon, the prime minister, announced that autism would be “the Grand Cause of 2012.” Parents have more options for seeking treatment information than in the past, and doctors are being exposed to the latest treatments at international conferences.

The dominance held by psychoanalysis is also showing signs of eroding: Ms. Robert says that while about 80 percent of those in the mental health field are required today to study psychoanalysis, that compares with 100 percent as recently as the 1980s. “Ideas are penetrating from outside, slowly,” said Ms. Robert, who is hoping to make a second instalment on psychoanalysis and sexuality. “I’m very optimistic.”

SÉMINAIRE : LE NON DUALISME DE LA GESTALT

Les 4 et 5 février, dernières places

En quoi la Gestalt-thérapie, dans sa théorie comme dans sa pratique, se révèle non dualiste ?

En quoi et comment la mise en œuvre de cette posture peut aider nos clients ?

Pour explorer tous ces aspects, venez nous rejoindre au Forum 104 à Paris
104 rue de Vaugirard (près de Montparnasse)

Si vous êtes intéressé, ne tardez plus à envoyer votre inscription !
(Vous trouverez le coupon-réponse en pièce jointe)
A bientôt !

Élisabeth Aubret (organisation) et Vincent Béja (intervenant)

Roudinesco – témoignages

Je n’ai pas trouvé cela offensant pour Judith

Par Catherine Clément

Philosophe et romancière

Ayant suivi les séminaires du docteur Jacques Lacan de I962 à 1980 ; ayant assisté à quelques-unes de ses présentations de malades à l’hôpital Sainte-Anne; ayant été chargée par Jean Piel, son directeur, du premier compte-rendu des Écrits de Lacan dans la revue Critique en 1966 ; et ayant publié le premier livre le concernant en 1981 (Vies et légendes de Jacques Lacan, éditions Grasset, collection Figures), j’ai eu maintes fois l’occasion de constater son intime connaissance de la religion et de la théologie catholiques, qui n’était cependant pas contradictoire avec sa position athée. Je n’ai trouvé ni choquant ni impossible que, comme de nombreux incroyants que je connais, il ait pu à certain moment de sa vie formuler le souhait d’avoir des funérailles catholiques : sur ce point, les vœux de chacun peuvent évoluer selon les circonstances de la vie.

Je connais et j’aime mon amie Judith Miller depuis plus de cinquante ans ; je connais aussi l’immense respect qu’elle porte à son père, respect que je partage. Pour autant, je n’ai pas senti la moindre offense faite à Judith Miller en lisant le dernier livre d’Élisabeth Roudinesco ; si tel avait été le cas, ayant eu les épreuves de ce livre avant publication, je l’aurai certainement fait remarquer à l’auteure de Lacan, envers et contre tout.

J’ai été stupéfaite de la très forte réaction émotionnelle de mon amie Judith, réaction provoquée sur le moment, m’a-t-elle dit, par la lecture qu’on lui a faite au téléphone d’un seul paragraphe de ce livre-le paragraphe incriminé. Il ne m’avait pas semblé, à aucun moment, qu’Élisabeth Roudinesco y visait la fille de Jacques Lacan, non plus que sa famille, ni qu’à aucun moment il ait été question dans ces lignes d’une trahison des vœux paternels. Voici ce que j’ai pensé : tiens, je ne savais pas, il a changé d’avis, il a pu souhaiter des funérailles catholiques et demander plus tard à sa fille une autre forme d’obsèques au cours du dernier trajet de son existence. Je n’ai pas trouvé cela offensant pour Judith : car cela, je l’aurais perçu immédiatement. Je le dis d’autant plus volontiers que j’ai tenté d’apaiser de mon mieux le violent tourment de Judith le soir même où elle s’est sentie, à tort, personnellement mise en cause.

Rien n’y a fait, hélas. Je déplore très vivement que ce tourment ait pris la forme d’une plainte en justice. Pour lever publiquement ce qui à mes yeux n’est rien d’autre qu’un malentendu, il me semble qu’une lettre ouverte publiée dans la presse aurait suffi. Voire – on peut rêver – un simple appel téléphonique.
J’ajoute qu’en 1993, j’ai été la première à critiquer dans Le Magazine Littéraire l’essai d’Élisabeth Roudinesco, Jacques Lacan, esquisse d’une vie, histoire d’un système de pensée, dont le ton me semblait parfois agressif ( mais certainement pas sur le point des funérailles). En 2011, Lacan, envers et contre tout me semble au contraire écrit d’une autre plume, sur un ton d’admiration n’excluant pas la critique, et qui rend sincèrement hommage à l’un des plus importants penseurs de son époque. Le point des funérailles est abordé de la même façon dans les deux ouvrages, ce qui me rend encore plus incompréhensible le tourment de mon amie Judith, et davantage encore son action en justice.

Je sais que cette lettre sera produite par maître Georges Kiejman lors du procès intenté par Judith Miller contre Élisabeth Roudinesco.


c’était dans son style d’en avoir émis le souhait

par Célia Bertin

Chère Élisabeth Roudinesco,

Amie de longue date de Marie-Louise Blondin, première femme de Jacques Lacan, j’ai toujours eu l’occasion de constater à quel point l’un et l’autre étaient attachés aux rites de l’Église catholique romaine. Ils se sont mariés à l’église. Marie-Louise était agnostique et Lacan athée mais cela n’a rien à voir avec l’attachement à des traditions. Il était de culture catholique et il était né sous le nom de Jacques Marie Lacan. Il a abandonné la seconde partie de son prénom après avoir perdu la foi. Cela ne fait aucun doute. Je ne comprends pas que la famille Miller puisse se croire offensée par ce que vous avez écrit. Des funérailles catholiques ? Mais bien entendu, c’était dans son style d’en avoir émis le souhait.

Fait à Paris le 20 octobre 2011

Je sais que ce témoignage peut être utilisé en justice par Maître Georges Kiejman.


Jacques, vous n’y pensez pas, tout de même !

Par Henri Roudier

Professeur de mathématiques en classe préparatoire au Lycée Chaptal

Je tiens à apporter à Maitre Georges Kiejman et à Élisabeth Roudinesco le témoignage suivant. Je me souviens très bien d’une anecdote concernant Jacques Lacan que m’avait racontée ma grand-mère Jenny Aubry et qui devait se situer à la fin des années soixante-dix. Je voyais celle-ci très souvent à cette époque et je l’avais interrogée sur certains aspects étonnants de la personnalité de Lacan.

Un jour, au cours d’un déjeuner qui avait lieu rue de Lille et réunissait Jenny Aubry, Sylvia Lacan et Jacques Lacan, celui-ci avait déclaré qu’il souhaitait des funérailles catholiques. Et comme ma grand-mère s’étonnait : « Jacques, vous n’y pensez pas, tout de même ! », lui avait-elle dit, il lui avait répondu en évoquant la grandeur et la pompe des cérémonies de l’Église catholique. Sylvia Lacan l’aurait alors interrompu en déclarant : « Moi en tout cas, je n’y assisterai pas ! ».

Faut-il ajouter que j’ai trouvé cette petite histoire magnifique`?

Paris le 17 septembre 2011


j’ai du mal à comprendre la polémique ouverte

Par Henri Rey-Flaud

Professeur émérite de l’Université Paul-Valéry de Montpellier.

En tant que proche à la fois de Jacques-Alain Miller (qui fut mon condisciple à l’École normale supérieure et que j’ai rejoint lors de sa fondation de l’École de la Cause Freudienne) et de de Judith Miller (qui m’a accueilli dans sa collection du Champ freudien), en tant qu’ami également d’Élisabeth Roudinesco, j’ai du mal à comprendre la polémique ouverte à propos d’une phrase du dernier livre de celle-ci, consacré à Jacques Lacan. L’hypothèse selon laquelle Lacan aurait souhaité avoir des funérailles catholique ne me paraît ni trahir la mémoire de ce grand penseur ni offenser l’honneur de sa famille. Cette suggestion n’implique en effet aucune forme d’adhésion à une croyance spirituelle mais la seule inscription dans une tradition culturelle à laquelle Lacan appartenait de toute évidence. En témoignent le concept majeur de Nom-du-Père emprunté directement à la théologie, les innombrables références positives à la religion catholique faites dans son œuvre, la présence à ses séminaires et l’appartenance à l’École freudienne de Paris de figures religieuses marquantes (Louis Beirnaert, spécialiste d’Ignace de Loyola, Denis Vasse, Michel de Certeau). À un moment décisif pour l’avenir de la psychanalyse en France, l’on ne peut que souhaiter que tous les disciples et admirateurs de Lacan soient rassemblés dans un même combat.

Je suis conscient que ce témoignage sera présenté lors du procès engagé par Madame Judith Miller contre Madame Roudinesco.

Fait à Montpellier le 11 octobre 2011