Pourquoi j’ai porté plainte contre Sophie Robert

Pourquoi j’ai porté plainte contre Sophie Robert

Par Alexandre Stevens
_ Propos recueillis par Jean-François Marmion

Article publié le 07/03/2012

Depuis six mois, le documentaire Le Mur, de Sophie Robert, a mis le feu aux poudres dans la sphère psy : diffusé sur le site d’Autistes sans frontières, on y voyait des psychanalystes tenir des propos jugés d’un autre temps à propos des origines et de la prise en charge de l’autisme, accusant les parents d’avoir provoqué la « psychose » de leur enfant. Trois des analystes interviewés, Esther Solano-Suarez, Eric laurent et Alexandre Stevens, ont porté plainte en accusant Sophie Robert d’avoir manipulé leurs propos. La justice leur a donné raison sur ce point, interdisant à la documentariste (qui a fait appel) de continuer à présenter son film en l’état. Le Mur est désormais invisible. Nous avons déjà interviewé Sophie Robert. Pour la première fois, l’un des plaignants, Alexandre Stevens (déjà co-signataire d’une tribune libre sur notre site) revient lui aussi sur cette polémique.

Beaucoup de gens n’ont entendu parler de vous que lors de l’affaire du Mur. Pourriez-vous tout d’abord vous présenter, tout simplement ?

Je suis psychanalyste, psychiatre de formation. Je suis membre de l’École de la Cause freudienne. Comme psychanalyste, je reçois surtout des adultes, mais j’ai fondé il y a une vingtaine d’années une institution pour enfants en grandes difficultés, le Courtil, qui se trouve en Belgique, à la frontière française, en bordure de la grande métropole Lille-Roubaix-Tourcoing. Cette fondation s’est faite à partir d’un IMP (institut médicopédagogique) à l’intérieur duquel nous avons créé un groupe plus spécialisé, qui s’est ensuite étendu à l’ensemble de cet IMP. Les enfants pris en charge sont en très grande majorité français.

Comment avez-vous été sollicité par Sophie Robert ?

Elle m’a téléphoné en m’expliquant qu’elle avait eu mon nom par d’autres collègues. À partir de mon expérience dans l’institution, elle voulait m’interviewer pour un documentaire en plusieurs parties sur la psychanalyse, particulièrement pour une partie clinique qui évoquerait parmi d’autres questions l’autisme. Après un entretien préliminaire à Paris, elle m’a interviewé chez moi, à Bruxelles, dans mon cabinet, pendant trois heures environ, avec son assistant. L’entretien s’est passé sans difficultés a priori, c’est-à-dire n’a rien laissé paraître de ses intentions malveillantes.


Quand avez-vous découvert le résultat ?

Quand le film a été diffusé sur Internet. Elle m’avait dit, ainsi qu’à mes collègues, qu’elle préparait le film pour la télévision, qu’elle nous le montrerait avant, mais qu’elle n’était pas certaine d’avoir les contrats. Je n’ai rien vu venir dans les mois suivants et j’ai simplement pensé qu’elle n’avait pas eu ses contrats. Des collègues m’ont signalé que le film était visible sur le site d’Autistes sans frontières. C’est là que je l’ai découvert.

Selon Sophie Robert, elle ne s’était pas engagée à vous présenter le documentaire avant sa diffusion.

Je regrette ! Elle ne m’a pas remis d’écrit le stipulant, certes, mais elle me l’a dit : « Bien entendu, je vous le ferai voir dès qu’il sera prêt, avant sa diffusion, sans doute au premier trimestre 2012. » Je ne le lui avais d’ailleurs pas demandé.

Qu’avez-vous ressenti devant le film ?

J’ai trouvé ça scandaleux. Mes propos me sont tout de suite apparus profondément déformés. Au début du film, elle dit que les psychanalystes voient dans une mauvaise relation maternelle la cause de l’autisme. Et là, elle me donne la parole. Or je me souvenais très bien avoir précisé à plusieurs reprises dans l’interview que l’autisme n’est en rien causé par les parents. Après avoir consulté un avocat, j’ai saisi le tribunal de Lille avec mes collègues pour demander les rushes, ce que la justice nous a accordé. Sophie Robert a fait appel sur ce point, mais nous avons gagné. J’ai pu alors voir les rushes quelques jours avant la plaidoirie de notre avocat, le 8 décembre : on m’y entend tout à fait clairement dire que les parents ne sont pas la cause de l’autisme, qu’ils ne sont pas coupables, que ça n’est pas dû à eux, contrairement à la thèse du film qui dit que les psychanalystes culpabilisent les parents. À plusieurs reprises, Sophie Robert pose pourtant des questions en ce sens : « Est-ce que ça ne serait pas quand même un peu à cause de la mère ? Et dans l’utérus ? » Ça m’avait un peu surpris comme question. Elle avait essayé de me piéger pour retenir les propos les plus proches de ce qu’elle essayait de démontrer, alors que je disais explicitement le contraire. Je disais seulement qu’évidemment, si une mère est très dépressive pendant la grossesse, ça peut avoir des conséquences pour l’enfant, mais ce n’est pas automatique, ce n’est pas sûr, et cela ne produit pas nécessairement de l’autisme.

Au lieu de saisir la justice, pourquoi ne pas vous être contenté d’un débat public ou ne pas avoir demandé un droit de réponse, ou un encart exprimant votre désapprobation au début du documentaire, par exemple ?

Parce que l’affaire est vraiment très grave, et vise de façon très malveillante la psychanalyse et nous-mêmes. Elle nous accuse de culpabiliser les parents, alors que nous faisons le contraire. On ne peut laisser passer ça avec seulement une petite mise au point.

Pourquoi avez-vous porté plainte tous les trois, et pas les autres ? Certains ont-ils refusé ?

Nous sommes tous trois de l’École de la Cause freudienne, nous nous sommes concertés. Les autres ne souhaitaient visiblement pas porter plainte. Moi, je n’ai contacté personne d’autre.

Pourquoi avoir demandé 290 000 euros de dommages et intérêts, ce qui pouvait signifier la mort professionnelle de Sophie Robert ?

Il s’agissait très clairement d’obtenir l’arrêt de ce genre de manipulation. L’euro symbolique ne coûte pas grand-chose et aurait permis à Sophie Robert de refaire des opérations de ce genre. Nous voulions l’arrêter absolument.

Vous vouliez l’empêcher de réaliser d’autres documentaires ?

En utilisant mes propos de cette façon malveillante, bien sûr !

Mais n’est-ce pas gênant de demander à un juge de se prononcer sur un travail de montage ?

Pourquoi j’aurais dû trouver ça gênant ? C’est un droit de se défendre quand on est attaqué de façon si méchante.
_ Il est inhabituel qu’un juge se prononce sur le travail d’un journaliste, et dise qu’il aurait fallu monter le documentaire comme ceci ou comme cela…
_ Remarquez d’abord que Sophie Robert ne travaille pas comme journaliste mais qu’elle veut faire des documentaires. Ce qui est en cause n’est pas qu’elle ait bien ou mal fait son travail techniquement ou artistiquement, mais qu’elle déforme complètement mes propos et cherche à me faire dire par ses coupures et commentaires le contraire de ce que je pense et soutiens, et le contraire de ce que je lui ai explicitement dit.

Comprenez-vous que certains voient un acte de censure dans votre démarche et dans la décision de justice ?

La censure, c’est Sophie Robert qui l’a faite. Elle a censuré mes propos pour tenter de faire croire que j’ai dit le contraire. Ça, c’est une opération de censure, effectivement. C’est contre ça que je me suis battu.


Êtes-vous solidaire de toutes les déclarations des autres psychanalystes interviewés par Sophie Robert ?

Non, je ne suis certainement pas solidaire de tous les énoncés tels qu’on peut les entendre dans ce film. Mais sachant comment elle a déformé mes propos, je ne sais pas si ceux des autres ne sont pas profondément déformés eux aussi.

Pensez-vous néanmoins que certains propos, s’ils n’ont pas été montés de façon partisane, sont effectivement excessifs ?

Oui, ça me paraît assez clair. Mais je ne peux pas savoir s’ils n’ont pas été montés de façon partisane, en l’absence de leurs rushes. Et je peux même en douter franchement, sachant comment elle a fait son travail avec les nôtres.


Quelles sont les retombées de la polémique auprès de vos collègues sur votre lieu d’exercice, ou des familles de patients ?

Les familles ne m’en parlent pas. Mes collègues estiment qu’il s’agit en réalité d’un mouvement plus large qui vise à causer du tort à la psychanalyse, alors qu’elle s’est toujours située comme une possibilité de choix parmi d’autres pour ceux qui veulent entamer un travail pour résoudre des difficultés personnelles. Avec le rapport prochain de la Haute autorité de Santé ou le projet de loi du député Daniel Fasquelle pour interdire la prise en charge psychanalytique de l’autisme, nous voyons se dessiner une pente qui tend à imposer la méthode ABA. Cette volonté de réduire le choix pour les parents et les enfants me paraît scandaleuse.

Quand vous lisez les multiples témoignages de parents qui font part d’une souffrance sincère et souvent d’une grande colère à l’égard de la prise en charge psychanalytique de l’autisme, que ressentez-vous ?

Deux choses. Certains parents peuvent en effet avoir été profondément touchés par la difficulté du parcours de soins qu’ils ont traversé pour leur enfant, et n’ont peut-être pas trouvé l’aide qu’ils attendaient auprès des analystes auxquels ils se sont adressés. J’ignore bien sûr de quels analystes il s’agit. Je ne peux que trouver pénible leur souffrance et garder pour elle tout mon respect. Par ailleurs, il n’est pas exclu que certains parents soient manipulés. Car chez les parents que moi je rencontre, je n’entends rien de tel : ils n’attribuent pas leur souffrance à la psychanalyse, mais à l’autisme. La souffrance des parents mérite le respect… mais cela est vrai aussi quand ils choisissent la psychanalyse pour les aider.

Vous dites que certains parents peuvent être manipulés. Mais par qui ?

Certaines réactions me paraissent extrêmement excessives, spécialement des réactions de gens qui soutiennent la méthode ABA. Ces parents l’ont choisie et en sont peut-être contents. Mais l’excès de haine qui s’énonce par certains ne permet pas d’exclure qu’ils soient manipulés par des thérapeutes cognitivo-comportementaux pour éprouver une telle hostilité envers la psychanalyse.

Comment expliquez-vous qu’on trouve autant de témoignages de soutien à Sophie Robert, mais très peu de parents satisfaits que leurs enfants aient été pris en charge par des psychanalystes ?

À vrai dire nous n’avons jamais demandé aux parents de réagir. Beaucoup sont par exemple liés depuis des années à l’institution où je travaille, mais nous ne les avons jamais poussés à prendre position dans de tels débats. Ils ne s’expriment donc pas en faveur d’une thérapeutique particulière. Nous ne les manipulons pas. Ils sont cependant très satisfaits du travail fait, et ils nous l’écrivent parfois. Mais nous n’avons pas pour usage d’utiliser de cette manière leurs témoignages.

Avec du recul, n’avez-vous pas l’impression qu’en portant plainte vous avez fait de la publicité au documentaire, et marqué contre votre camp auprès de l’opinion ?

Je ne pense pas que nous ayons marqué contre notre camp. Il fallait porter plainte pour que les choses soient dites d’une façon extrêmement claire. On aurait pu se dire : « Ça passera, ce n’est pas si grave après tout… » Mais ce qui est dangereux, c’est la diffusion insidieuse, dans l’opinion, de telles choses. Ce n’est pas bon pour la psychanalyse, ni pour les gens en souffrance qui cherchent des solutions, car cela réduit leurs possibilités de choix. Je pense qu’il fallait absolument arrêter cela, au risque en effet de faire un peu de publicité au film. Mais je pense que son auteure se serait chargée de lui en faire autrement.

Sophie Robert a fait appel. Envisagez-vous que cette fois la justice puisse lui donner raison ?

Non, je ne l’envisage pas, à vrai dire. Les raisons pour lesquelles nous attaquons ne relèvent pas du tout de l’idéologie, mais visent à dénoncer une manipulation scandaleuse. Je pense que la justice continuera à le reconnaître. Je n’ai pas l’idée d’une causalité parentale, parce que la psychanalyse de Freud et de Lacan ne l’a pas. On cite souvent Bettelheim qui dit à l’occasion le contraire, mais on ne peut pas le réduire à ça, et en l’occurrence je ne suis pas d’accord du tout avec lui sur ce point. Parce que l’idée que les parents seraient coupables est fondamentalement une vieille idée de la psychologie classique : il y a un coupable. À partir de Freud, et plus nettement avec Lacan, il n’y a pas de coupable. La cause de l’autisme, c’est la réaction du sujet à on ne sait pas quoi. Le sujet se ferme, très tôt, à la naissance. C’est ce qu’on appelle un choix du sujet. Un insondable choix de l’être. Pour les parents, cette réaction de l’enfant n’est pas facile. Ils sont aussi meurtris que leur enfant. Les mettre en cause est à mon avis une grande faute.

L’expression de « choix du sujet » peut être interprétée comme désignant la responsabilité de l’enfant lui-même. Comme si le coupable, finalement, c’était lui ?
Je parle de choix du sujet pour faire entendre que l’autiste est un sujet, qu’il se trouve dans une certaine position. Mais la cause de l’autisme, quelle est-elle ? Que lui est-il arrivé ? Est-ce uniquement lui qui a réagi en se fermant au monde devant lui ? Je ne sais pas. Est-ce que c’est organique ? Je ne sais pas, jusqu’ici rien n’est confirmé, bien qu’on commence à trouver des choses depuis de nombreuses années. Même si c’est organique, ce choix concerne les réactions du jeune enfant devant ce qui lui arrive. C’est ce que j’appelle choix du sujet. Ça ne rend pas l’enfant coupable, mais ça signifie qu’il peut parler de son choix, qu’il peut essayer d’en changer dans l’axe de la parole.

Vous dites que l’origine neurologique n’a pas été absolument prouvée, mais si elle l’était, en prendriez-vous acte ?

Mais bien sûr. Je ne vois pas d’inconvénient à cela, parce que même si l’origine organique est prouvée, ces enfants ont des difficultés d’éducation, d’apprentissage, de communication, et surtout leur rapport aux autres leur apparaît parfois extrêmement étrange, difficile, compliqué. Ils ne s’en sortent pas. La dimension psychanalytique ne vise pas à modifier quelque chose d’organique, mais à permettre au sujet de réagir autrement à ce qui lui arrive. Que ce qui lui arrive soit organique ou reste indécidé, cela ne change rien au fait qu’il doive y trouver les bonnes réactions.

Vous ne vous opposez donc pas à ce que la prise en charge psychanalytique soit proposée en complément d’autres approches ? Ou bien la psychanalyse doit-elle constituer selon vous une approche exclusive ?

Nous sommes extrêmement attentifs à ce que les jeunes du Courtil puissent suivre un travail scolaire adapté, s’accrocher à certaines mesures éducatives. Ils ne sont pas en psychanalyse perpétuelle. Je ne dis pas non plus que tous les enfants autistes doivent nécessairement aller du côté de l’analyse. Je pense que c’est un choix à laisser aux parents et aussi à l’enfant, puisqu’il peut très bien, lorsqu’il n’est pas content, donner son avis en votant « avec ses pieds », si je puis dire, comme on disait des Allemands de l’Est quand ils sont partis à l’Ouest, c’est-à-dire en protestant en acte. Je suis donc très clair : je n’ai jamais été pour une approche exclusivement psychanalytique, ou l’idée que seuls les psychanalystes avaient quelque chose à faire contre l’autisme, bien au contraire. Mais il est scandaleux de vouloir ôter ce choix aux parents.

Autisme, Fasquelle – pour sortir de la défensive

Sur la proposition de loi Fasquelle pour interdire l’accompagnement psychanalytique des enfants autistes (et sur le projet d’avis HAS) :

Pour sortir de la défensive

Par François-R. Dupond Muzart


Le texte qui suit a été publié

– sur le Forum Œdipe le 15 février 2012 :

– puis dans « Lacan Quotidien » nº 158 du 17 février 2012

– et en même temps par l’ Association des psychologues freudiens sur son site

transfert de financements

Contrairement aux premiers mots de la proposition de loi Fasquelle, l’essentiel n’en est pas d’interdire la psychanalyse pour quoi que ce soit, et c’est une erreur de se montrer sur la défensive à ce propos ou de faire de la « pédagogie » lamentatoire. L’essentiel de la proposition de loi Fasquelle est de proposer le transfert de financements du budget maladie de la sécurité sociale (même si de quel budget il s’agit n’est pas précisé) sur, expressément, des activités d’« éducation » (et de communication et relatives au comportement… qui sont des objectifs de scolarité).

Il s’agit de siphonner le budget maladie de la sécurité sociale pour des activités qui relèvent du ministère de l’éducation, et du budget « dépendance » puisqu’il s’agit d’éducation spécifique pour des intéressés sujets à dépendance.

détournement du budget maladie de la sécurité sociale

Un tel pompage du budget maladie de la sécurité sociale est du vol, du détournement du budget maladie de la sécurité sociale, c’est-à-dire de nos cotisations « maladie », qui serait organisé par la loi, tout simplement.

Par conséquent, il faut être, pour cette raison même, pour l’expulsion immédiate de la psychiatrie et même de la médecine en général des enfants autistes en cette qualité, sauf s’agissant de la recherche, d’une part, et des cas extrêmes, d’autre part, tels ceux comportant des automutilations.

C’est ce que nombre de parents d’enfants autistes et leurs associations réclament, d’ailleurs. Parfait, c’est ce qu’il faut faire, pour s’assurer définitivement que pas un sou du régime maladie de la sécurité sociale n’aille à des activités d’éducation, y compris sous couvert de « comportementale ».

comment en est-on arrivé là ?

Mais par ailleurs, comment en est-on arrivé à cette haine de la psychanalyse à propos de l’autisme ?

On en est arrivé là en particulier par le détournement de la psychanalyse en préconisations d’éducation ou de non-éducation. Mais je me moque que la méthode ABA soit du « dressage ». Si les parents d’enfants autistes veulent du « dressage », eh bien qu’ils fassent du dressage. Car il est aberrant de prétendre que l’éducation en général ne comporte pas de dressage. La différence avec les vers de terre, c’est que l’éducation implique l’interaction émotionnelle avec l’éducateur, et l’échange par la parole lorsque l’enfant en devient capable. Mais même les chiens interagissent émotionnellement avec leurs « dresseurs », et communiquent avec eux, et en réalité il s’agit d’éducation, hormis cruauté de dénégation funeste par le « dresseur ». Mais bien entendu, les chiens n’ont qu’à faire ce qui leur plaît selon leurs désirs, selon certains psychanalystes. Dans ce cas, la cruauté est équivalente à celle du dresseur qui dénie la nature d’éducation même des chiens.

place de la santé mentale

Le problème, c’est que si la composante « dressage » est excessive, les parents se disqualifient émotionnellement envers leurs enfants : ce ne sont plus alors les enfants qui sont disqualifiés, ce sont les parents qui se retrouvent disqualifiés. C’est seulement là où la psychologie, la psychiatrie, la psychanalyse, peuvent (doivent) entrer en jeu, en faisant intervenir un tiers. Et là on est bien dans la « santé mentale ».

Mais en réalité, aucun dialogue n’est possible, puisque les promoteurs de la proposition Fasquelle ont montré leur vrai visage : celui de parasitisme du budget maladie de la sécurité sociale, pour des activités qu’eux-mêmes qualifient d’éducatives, y compris sous l’aspect « comportemental ». Il faut au contraire leur couper définitivement les fonds du budget maladie pour ces prétentions, et les renvoyer vers les budgets de l’État relatifs à l’éducation et à la dépendance, relevant des ministères concernés.

Nos cotisations « maladie » ne doivent pas servir à des activités d’éducation, y compris comportementale

Nos cotisations « maladie » ne doivent pas servir à des activités d’éducation, y compris comportementale ; nous devons le refuser. Nos cotisations « maladie » ne doivent servir à ce propos qu’à la prévention et la résolution des troubles de santé mentale que peuvent entraîner des méthodes intensives sur de jeunes enfants, et donc par là à faciliter le succès de ces méthodes et ainsi optimiser l’emploi par l’État des budgets de l’éducation et de la « dépendance » pour ce qui n’est que de l’éducation, y compris « comportementale », et de la réduction de la dépendance des intéressés.

Telle paraît être la véritable réponse à la proposition de loi Fasquelle.

À noter que

– Le texte ci-dessus est un extrait réécrit d’un commentaire plus détaillé, d’un autre style, sur le site du Collectif des 39 contre la Nuit sécuritaire .

On y trouve : L’on peut toujours exiger qu’un éducateur soit titré psychologue, ça ne fera toujours pas de l’éducation un soin psychologique. L’on peut toujours appâter la Sécurité sociale en faisant miroiter que l’éducation adaptée aux enfants autistes lui épargnera par la suite des coûts supérieurs, mais cela ne changera toujours pas la nature d’éducation en nature de soin médical. Il faudrait savoir : l’éducation est un principe, que l’on soit en bonne santé ou non, ou c’est un soin médical. Si c’est un principe, la Sécurité sociale n’a rien à y faire, sauf coordonner de véritables soignants avec les éducateurs, et éviter que quiconque se croie tout-puissant à cumuler les deux fonctions. M. Fasquelle propose de basculer une partie du budget de la sécurité sociale à l’éducation. Bon vent, fumiste à ce propos (par ailleurs professeur agrégé de droit… européen).

Une suite plus “technique” est publiée sur le Forum Œdipe : pour « Réponse à un Professeur d’université lacanien », sa question : « D’un point de vue juridique, il me semble que la proposition de loi n’est guère recevable, car la rigueur juridique est-elle capable de cerner une notion aussi indéfinissable que celle de “pratique psychanalytique” ? ».

Autisme, un témoignage

Autisme, un témoignage


premier courriel

Il se trouve que Balat est très exactement le genre de professionnel de l’autisme contre lesquelles les associations de familles se battent !
non je ne peux signer cela. Et je pense qu’il est important que ceux qui le font lisent mon modeste témoignage.

[Image : Sans titre]

Balat est de ceux qui ont fait que la France a pris quarante ans de retard dans l’accompagnement des autistes et de leurs familles. Des gens inspirés par Balat m’ont demandé ce qui avait pu chez moi générer l’autisme de mon fils. J’étais déjà à terre. Accueillir un enfant différent se fait dans la douleur. Là, on m’a piétinée en me demandant comment j’avais causé cela. Je rappelle qu’Arthur a une anomalie génétique identifiée (microdélétion de shank 3 sur le chromosome 22).

J’ai refusé de leur laisser mon enfant dans une pataugeoire en attendant l’ « émergence du désir ». Nous avons choisi une éducation adaptée à son handicap, faite de supports visuels, de renforçateurs et d’Amour. De compréhension de sa manière d’appréhender notre monde.

Aujourd’hui, il est continent, il dit une trentaine de mots. Il reconnait les premières lettres de son prénom. Il est intégré dans sa classe. J’aurai du préférer l’asile psychiatrique, le poney club à vie ? car c’est ce qu’on nous proposerait.

Les gens qu’il est aujourd’hui question de défendre dans cette pétition préconisent aujourd’hui le packing, c’est-à-dire l’enveloppement des enfants nus dans des draps humides, réfrigérés à 8 degrés pour calmer les autistes. Nous sommes le seul pays au monde à pratiquer un acte sans le consentement de celui qui le subit. Je refuse le packing pour mon fils. Jamais un de ces thérapeutes ne s’approchera de mon fils. Jamais ! vous savez quoi ? tout ça parce que je suis une mère narcissique.

L’autisme est un trouble neuro-développemental et non une maladie mentale. Pas une psychose infantile, pas une dysharmonie évolutive, pas une dysfonctionnement de la relation mère-enfant mais un handicap neurologique. Le monde entier le dit, la génétique et l’imagerie le prouvent. Rien à ce jour n’a fait la preuve de l’existence de l’inconscient du moi du surmoi, du transfert, ou de ce genre de chose.

La psychanalyse est à la science ce que l’astrologie est à l’astronomie. Le monde scientifique international dénonce la France. Elle a été condamnée par le Conseil de l’Europe. Des députés dénoncent très très bien.

Or, aujourd’hui, les professionnels français sont toujours d’obédience freudo lacano machin, approche qui n’a pas fait ses preuves. Loin sans faut. Ils font des procès à ceux qui osent leur reprocher leur pratique. Ils gardent leur bisness. Les autistes et les familles souffrent et eux continuent à les tenir en otage.

deuxième courriel

J’ai répondu tout à l’heure dans l’émotion vive. Tu sais que l’autisme est quelque chose qui me touche bien au delà du raisonnable et du rationnel. Je n’aime pas écrire sans me relire et je t’ai envoyé un texte peu construit, je tiens donc à t’exposer, sans colère, ce qui me choque dans cet appel, et dans la victimisation des psychanalystes.

Pour qui ne connait pas bien la question, cet appel est très œcuménique. « Cessons-là nos querelles stupides, et attelons nous au vrai problème : les vrais moyens. » Ben voyons ! ça en France, ça marche toujours. Mais le problème est tout autre, les familles demandent aujourd’hui que les fonds dédiés à l’autisme soient affectés différemment et qu’on leur offre un choix entre deux formes de prise en charge des personnes autistes, enfant, mais aussi adulte.

monsieur Balat et ses amis ne souhaitent pas être privés de leur gagne pain. Parce qu’en cette année de cause nationale, ceux à qui on confie dans les conditions déplorables que l’on sait, les autistes veulent qu’on travaille tous dans un même sens ?

C’est impossible car nous n’avons pas la même définition de l’autisme. Dysfonctionnement de la relation à l’autre ou souci dans le cortex frontal qui engendrent des troubles de la perception ? je n’adhère pas à leur approche, et je veux qu’on m’accorde ce droit élémentaire. Ils ne peuvent travailler avec les familles car les mères sont toujours pathogènes. Ils s’en défendent aujourd’hui, mais ils ont dit les pires choses aux mamans, ont séparé des familles. Que sur le terrain, ils continuent à bousiller les gens.

je ne lutte pas contre les approches psychanalytiques. Je n’y adhère pas, mais je m’en fous, dès lors que ce n’est pas pris en charge par la sécurité sociale. Si je suis en colère, c’est parce que depuis trente ans, les familles n’ont pas d’autre choix si elles n’ont pas d’argent. Mais pire encore, depuis trente ans, ils s’évertuent à discréditer les prises en charge éducative comportementale et cognitive en les caricaturant.

Actuellement, d’autres grands professionnels, neurologues, généticiens, dénoncent la supercherie. Une proposition de loi a été déposée pour proposer que l’approche psychanalytique soit déclarée inefficace. Ces signataires vont se battre jusqu’au bout. pour ma part, je suis très en colère quand je pense aux saccages qu’ont fait ces gens là. Là où leur suffisance les à mener. Ils méritent vraiment le sort de Servier. À l’inverse, je signe des pétitions pour soutenir les gens qui font des films pour prouver la supercherie.

Voila. Ça me tient très très à cœur, et je voulais m’en expliquer.

troisième courriel

Je sais très bien que tu entends mon point de vue, mais je voudrais que tu ne te méprennes pas sur ma colère.

Pour conclure cette discussion, je tiens juste à te dire que oui, des soignants s’investissent en toute bonne foi dans l’autisme, mais que l’enfer est pavé de bonnes intention. Je suis dans la colère effectivement, mais cette colère n’est pas liée qu’à la douleur. Parce que j’ai beaucoup lu, parce que j’ai suivi beaucoup de formations, je connais aujourd’hui mieux le handicap de mon fils que beaucoup de ceux qui prétendent accompagner les autistes. Et je suis surtout très en colère parce que les enfants et les adultes comme lui ne sont pas bien traités dans ce pays.

Les familles doivent pouvoir choisir ce qui est bon pour la personne avec autisme. Ce n’est pas aux soignants de choisir pour elles. Et les familles ne veulent plus des soins d’inspiration psychanalytique qui n’ont jamais apporté le moindre résultat. Elles veulent une éducation adaptée pour leurs enfants. Parce qu’ils le valent bien.

C’est un vrai combat que les familles mènent aujourd’hui contre l’approche psychanalytique de l’autisme. Il n’est pas inspiré seulement par la douleur ou la souffrance, mais par le fait que le monde entier offre des solutions adaptées, qui fonctionnent, et que les psyKk ont pris en otage la santé mentale depuis plus de quarante ans, sans apporter aucun résultat.

Je souhaiterais vraiment que tu lises ces deux textes. je connais personnellement les deux personnes qui les signent.

premier texte (page actuellement inexistante)

second texte.

Magali, qui est elle même autiste asperger et qui a été diagnostiquée à l’âge adulte, est la maman d’un enfant de l’âge d’Arthur.

Je sais que tu fais cela en toute bonne foi, et que c’est l’humain qui t’importe. Mais quid de l’humain quand le travail n’est pas fait en toute honnêteté et au mépris des avancées scientifiques ? quand on travaille avec la personne handicapée sans collaboration avec ses parents ?

Si ton petit fils venait à perdre la vue pour une raison génétique ou neurologique quelconque, accepteras-tu qu’on te dise qu’il est urgent d’attendre qu’émerge chez lui l’envie de voir en le laissant dans un hôpital avec tout plein de gentils soignants qui sont très gentils ? Qu’il ne faut surtout pas qu’il aille à l’école et qu’on lui apprenne à lire le braille ? et qu’il faut que sa mère cherche à quel moment elle a été défaillante ? c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui. parce qu’on refuse de diagnostiquer les autistes – âge moyen du diagnostic en France 6 ans, âge moyen du diagnostic en suède 16 mois ! – et de leur offrir une prise en charge adaptée.

Voir également

-* L’Autisme et la querelle des classifications nosographiques [février 2012] par Patrick Landman, précédé de « Patrick Landman : au DSM mal conçu opposons l’alternative de notre CFTMEA », par Philippe Grauer
-* J’ai un enfant autiste, j’envisage de m’exiler [29 février 2012] par Magali Pignard
-* Pétition internationale pour l’abord clinique de l’autisme par le CLIPS (mouvance Cause freudienne) [24 février 2012]
-* Autisme, la psychanalyse (enfin) contrainte à évoluer [22 février 2012] par Serge Tisseron in Libération prédé de « Et si que la psychanalyse jouait l’ouverture ? » par Philippe Grauer
-* Ni rituel psychanalytique ni réductionnisme génétique ! Les malades méritent mieux [22 février 2012] par un Collectif
-* Autisme : c’est la psychiatrie qu’on attaque. Défendre la psychothérapie institutionnelle [22 février 2012] par Jean-François Rey
-* APPEL A UNE PLATE FORME CONSENSUELLE POUR L’ANNÉE DE L’AUTISME 2012 [21 février 2012]
-* Packing – convoqué par l’Ordre le Pr. Delion s’explique [18 février 2012] entretien Quotidien du médecin, conduit par David Bilhaut, précédé de « Pour une démarche intégrative humaniste, contre la guerre des emmurés » par Philippe Grauer
-* Alain Vanier écrit à la HAS [16 février 2012]
-* autour des enfants autistes, une bataille de bac à sable [14 février] par Laure Daussy
-* autisme – guerre ouverte contre la psychanalyse [17 février] par Catherine Vincent – Le Monde 17 février
-* autisme – quel jugement pour quelle cause ? [16 février] précédé de « Conviction peu convaincante » par Philippe Grauer
-* autisme – la HAS prend position [14 février] par AFP/PHILIPPE HUGUEN, précédé de Psychanalyse, récifs en vue, par Philippe Grauer
-* Autisme dans Libé [13 février] par ERIC FAVEREAU, précédé de « Pour une démarche intégrative« , par Philippe Grauer.
-* Autisme– les psychologues freudiens entrent dans l’arène [6 février] par InterCoPsychos N° N°327
-* Autisme – à propos du packing [6 février] par Pierre Delion
-* Autisme : Delion, packing, inquiétante comparution [6 février] par sans auteur
-* Autisme : Guy Baillon écrit au Conseil de l’Ordre [6 février] par Docteur Guy Baillon, Psychiatre des hôpitaux
-* Les batailles de l’autisme : hier et aujourd’hui [6 février] par Jacques Hochmann, précédé de « Y voir clair dans la question de l’autisme » par Philippe Grauer
-* Psychanalystes, encore un effort pour ne pas délirer sur l’autisme ni adhérer aux positions d’Edwige Antier [6 février] par Michel Rotfus, précédé de « À droite, droite ! » par Philippe Grauer
-* psychanalyse et autisme : la polémique [31 janvier] par Élisabeth Roudinesco – précédée de « Résister à la bêtise de l’autre démultipliée par la sienne propre », par Philippe Grauer
-* Autisme : la psychanalyse en procès [30 janvier]
-* autisme – appel à soutien à Pierre Delion et David Cohen [29 janvier] précédé de « Ne pas jeter l’enfant avec l’eau du soin humide », par Philippe Grauer
-* autisme packing – Lettre ouverte des 39 par Collectif des 39 [27 janvier 2012]
-* Autisme – dossier [22 janvier]
-* Autisme – une maladie grave aux multiples visages [17 janvier] par Élisabeth Roudinesco
-* Autisme : dogmatismes en duel au tribunal de Lille [Décembre 2011] par Stéphanie Maurice
-* Autisme : les emmurés de l’indicible [Novembre 2010] par Élisabeth Roudinesco chronique Henri Rey-Flaud
-* Autisme : Les enfants de l’indicible peur [Octobre 2010]
-* L’autisme au cœur de l’humain. Approche psychanalytique [Octobre 2010]
-* Autisme — halte à la désinformation ! [Mai 2009] par Caroline Eliacheff. Précédé de « Pas l’un ou l’autre mais l’un & l’autre » par Philippe Grauer
-* Autisme — lettre ouverte aux parents d’autistes, à leurs éducateurs et soignants [Avril 2009] par Pierre DELION — introduction de Philippe Grauer
-* Autisme à nouveau [Octobre 2008] par Par Isabelle Fauvel , du Collectif InterCoPsychos de Saint-Malo, avant-propos de Philippe Grauer
-* Henri Rey-Flaud expose avec clarté les théories, approches et hypothèses sur l’énigme de l’autisme [Mai 2008] par Élisabeth Roudinesco, suivi de 8 commentaires.
-* Autisme et impasses de la médecine chroniqués au Monde des livres [Avril 2008] par Élisabeth Roudinesco, avant-propos de Philippe Grauer
-* Sandrine Bonnaire témoigne [Janvier 2008] par Éric Favereau — précédé de « Sandrine Bonnaire sans haine dit la souffrance » par Philippe Grauer
-* Sandrine Bonnaire, sa sœur, l’HP ordinaire. [Janvier 2008] par Libération

Meeting des 39 dans moins de trois semaines

À la Parole Errante

LE MEETING EST DANS MOINS DE TROIS SEMAINES

À moins de 2 mois d’échéances électorales importantes, nous avons décidé de nous adresser aux candidats à l’élection présidentielle pour leur demander de préciser leur position et de répondre à nos demandes formulées dans notre manifeste. Les représentants du P.S., du Front de Gauche, d’E.E.L.V., du N.P.A., nous ont déjà assurés de leur présence.

le sécuritaire ou le soin

Nous leur dirons aussi combien la politique sécuritaire amalgamant les malades mentaux à des délinquants ou à des criminels potentiels est, au-delà du caractère insultant et erroné de cette affirmation, une entrave majeure à une politique de soins digne de ce nom.

Nous leur dirons comment la dimension relationnelle, spécificité centrale de la pratique soignante, ne peut pas être standardisée, protocolarisée, normée, référencée à des normes qualité comme des objets, ou des produits de consommation, promue comme tel par les procédures d’évaluation, d’accréditation.

critères comptables et de productivité déshumanisante

Nous leur transmettrons à quel point ces procédures ont généré depuis une dizaine d’années dans les établissements, une bureaucratie tatillonne, abêtissante, détournant la mission de soins vers des critères comptables et de productivité deshumanisante.

Nous leur expliquerons qu’hélas la Haute autorité de santé (HAS), à travers ses conférences de consensus, de recommandation ou de processus de certification, tente de faire appliquer des conceptions opposées et étrangères à ce qui fait le fondement de nos pratiques cliniques.

Nous leur démontrerons que les pratiques évaluatives prônées par L’HAS tentent d’exclure la dimension psychopathologique du champ de notre discipline.

conception réductrice de la souffrance

Nous leur dirons comment l’utilisation abusive et idéologique de découvertes scientifiques récentes envahit le discours social ambiant, toujours en quête de sensationnalisme, espérant des issues rassurantes aux inquiétudes de l’époque. Ces excès tentent de détourner les soignants, les patients et les familles des vrais problèmes auxquels nous sommes confrontés : pénurie de moyens, insuffisance de la formation, conception réductrice de la souffrance psychique.

une maladie de la relation

Nous leur dirons aussi combien la psychanalyse a été et reste une compagne fidèle et indispensable de la psychiatrie, ou tout au moins pour ceux qui pensent que la maladie mentale est une maladie de la relation aux autres, à soi-même, au monde. La psychanalyse n’est pas une technique comme une autre. Elle représente un apport culturel indispensable à la compréhension du fonctionnement psychique humain. Ses concepts peuvent être d’une aide précieuse dans le travail au quotidien pour les équipes soignantes dans leur confrontation avec la psychose, avec les angoisses et les complexités des enjeux institutionnels.

les trois P

Nous dirons avec force que nous refusons ce système qui demande en permanence de se plier à la norme des trois P :

– apporter la preuve de résultats immédiats quant on sait que l’évolution pour les pathologies les plus complexes se mesure dans la durée,

– prédire l’avenir,

– instaurer la peur à l’égard des malades mentaux.

De telles perspectives sont inconciliables avec une hospitalité de la folie.

psychiatrie de l’hospitalité

Nous dirons avec force et enthousiasme nos espoirs en la possibilité d’une pratique où chacun pourrait se sentir investi, concerné, attentif et fier de son engagement : telle est la psychiatrie de l’hospitalité que nous appelons à refonder.

Nous sommes prêts à débattre de ces questions et nous dirons avec conviction que seules des confrontations sincères et sans anathème peuvent nous permettre à tous, soignants, patients, parents, d’écrire une nouvelle page d’histoire de la psychiatrie.

Pour penser tout cela, pour avancer dans nos élaborations nous serons entourés à ce meeting par des magistrats, des philosophes, des sociologues, des neurobiologistes, des hommes d’État.

Ce grand moment préparera les Assises de la psychiatrie que nous organiserons à l’automne.

N’OUBLIEZ PAS DE VOUS INSCRIRE ET DE DIFFUSER AUTOUR DE VOUS L’ANNONCE DE CET EVENEMENT.

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J’ai un enfant autiste, j’envisage de m’exiler

Par Magali Pignard

Mère d’un enfant autiste, agrégée de physique, membre actif du collectif Soutenons le mur

Je vous écris car je suis extrêmement choquée du parti pris sur l’autisme qui se retrouve dans différents articles récemment publiés dans Libération (1). La France a au moins quarante ans de retard sur les pays développés en matière de dépistage et de prise en charge. La situation des autistes est catastrophique. Les autistes adultes d’aujourd’hui, qui n’ont reçu et ne reçoivent qu’une prise en charge psychanalytique sont : soit internés en hôpital ou en institution psychiatrique, bourrés de neuroleptiques, et non respectés dans leurs fonctionnements particuliers ; soit gardés chez leurs parents, si ceux-ci en ont encore la force et qu’ils refusent la première solution. Souvent, ils ont bataillé auprès des praticiens pour retirer leur enfant de l’institut ou de l’hôpital psychiatrique.

Je veux que vous preniez conscience des faits suivants. Les parents n’ont rien contre la psychanalyse. Simplement, leur enfant est victime d’une erreur médicale : on a donné, et on donne encore, un traitement qui, au lieu de faire progresser l’enfant, augmente ses troubles. Lorsqu’un enfant autiste ne reçoit pas un traitement spécifique adapté, ses troubles du comportement augmentent. Pour un enfant de 3 ans, c’est gérable, mais pour un adolescent ou un adulte, c’est gérable seulement avec des neuroleptiques. Vous comprenez ? La priorité, c’est d’apprendre à l’enfant à gérer ses émotions et à communiquer.

Comment seriez-vous si vous vous retrouviez brusquement en Chine, sans argent, ne parlant pas chinois, ne comprenant pas les coutumes du pays, et surtout sans personne pour vous apprendre tout ça ? Vous faites une crise d’angoisse et vous vous retrouvez à l’hôpital avec des psychotropes. Et, petit à petit, la descente aux enfers commence pour vous.

Les parents n’ont rien contre le fait que des personnes consultent des psychanalystes, ils s’en moquent : chacun fait bien ce qu’il veut. Mais ils ne veulent pas que leur enfant ait un traitement inadapté. Et c’est bien le problème en France : pourquoi croyez-vous qu’on ait tant de retard ? Faire une prise en charge psychanalytique sur un enfant autiste a autant d’effet que sur une personne ayant la maladie d’Alzheimer. Aucun effet donc, et des troubles du comportement s’installent. Actuellement, la prise en charge psychanalytique est pratiquement la seule reconnue et financée par l’État : les Maisons de l’autonomie ne reconnaissent presque jamais les prises en charges éducatives ou comportementales. Pareil pour les agences régionales de santé qui sélectionnent les projets de structure. Les structures avec psychanalyse sont prioritaires par rapport aux autres.

Quant au fait que les psychanalystes auraient des facilités à entrer dans le monde interne des autistes… c’est faux. Je suis moi-même atteinte de ce qu’on appelle «troubles du spectre autistique», et je peux dire que tout ce que les psychanalystes disent est faux. Je ne m’y reconnais pas du tout, et je ne suis pas la seule. Donna Williams, Temple Grandin et Gunilla Gerland (des écrivaines autistes) ne s’y reconnaissent pas non plus. La plupart des autistes que je connais (oui, les autistes parlent et écrivent) pensent comme moi. Les psychanalystes leur font peur.

Quant au comportementalisme, dire que c’est du dressage parce qu’il consiste en la répétition du même geste, je vous demande : mais comment avez-vous appris à écrire ? Vous-même, n’avez-vous pas fait des lignes de lettres avant de savoir écrire ? Et pour apprendre à conduire ? Ça vous est venu immédiatement ? Beaucoup de choses que nous apprenons ne nous sont pas spontanées : il faut répéter, répéter. Pour les autistes, c’est pareil, sauf qu’il y a beaucoup plus de choses non spontanées.

Merci de m’avoir lue. Pour moi, l’exil est le seul espoir. J’ai prospecté pour m’exiler à moyen terme en Suède. Je me suis déjà rendue deux fois dans ce pays. J’y ai rencontré des psychologues, qui étaient effarés que l’autisme soit pris en charge par des psychiatres. Là-bas, l’autisme est pris en charge par des psychologues et des neurologues. Et les parents sont tenus au courant de ce qui est fait avec les psychologues. Les enfants vont à l’école, mangent à la cantine, tout est fait pour que la vie des parents ne soit pas affectée. Il est impensable qu’un des parents s’arrête de travailler pour s’occuper de son enfant. Des formations sont prévues pour la fratrie, l’enfant est pris en charge un week-end par mois en camp de loisirs pour que les parents se reposent. Tout est pris en charge par l’État.

(1) Des 13 et 14 février.

Voir également :

-* Autisme, un témoignage [29 février 2012] par une mère d’autiste militant à l’école ABBA de Nantes
-* Pétition internationale pour l’abord clinique de l’autisme par le CLIPS (mouvance Cause freudienne) [24 février 2012]
-* Autisme, la psychanalyse (enfin) contrainte à évoluer [22 février 2012] par Serge Tisseron in Libération prédé de « Et si que la psychanalyse jouait l’ouverture ? » par Philippe Grauer
-* Ni rituel psychanalytique ni réductionnisme génétique ! Les malades méritent mieux [22 février 2012] par un Collectif
-* Autisme : c’est la psychiatrie qu’on attaque. Défendre la psychothérapie institutionnelle [22 février 2012] par Jean-François Rey
-* APPEL A UNE PLATE FORME CONSENSUELLE POUR L’ANNÉE DE L’AUTISME 2012 [21 février 2012]
-* Packing – convoqué par l’Ordre le Pr. Delion s’explique [18 février 2012] entretien Quotidien du médecin, conduit par David Bilhaut, précédé de « Pour une démarche intégrative humaniste, contre la guerre des emmurés » par Philippe Grauer
-* Alain Vanier écrit à la HAS [16 février 2012]
-* autour des enfants autistes, une bataille de bac à sable [14 février] par Laure Daussy
-* autisme – guerre ouverte contre la psychanalyse [17 février] par Catherine Vincent – Le Monde 17 février
-* autisme – quel jugement pour quelle cause ? [16 février] précédé de « Conviction peu convaincante » par Philippe Grauer
-* autisme – la HAS prend position [14 février] par AFP/PHILIPPE HUGUEN, précédé de Psychanalyse, récifs en vue, par Philippe Grauer
-* Autisme dans Libé [13 février] par ERIC FAVEREAU, précédé de « Pour une démarche intégrative« , par Philippe Grauer.
-* Autisme– les psychologues freudiens entrent dans l’arène [6 février] par InterCoPsychos N° N°327
-* Autisme – à propos du packing [6 février] par Pierre Delion
-* Autisme : Delion, packing, inquiétante comparution [6 février] par sans auteur
-* Autisme : Guy Baillon écrit au Conseil de l’Ordre [6 février] par Docteur Guy Baillon, Psychiatre des hôpitaux
-* Les batailles de l’autisme : hier et aujourd’hui [6 février] par Jacques Hochmann, précédé de « Y voir clair dans la question de l’autisme » par Philippe Grauer
-* Psychanalystes, encore un effort pour ne pas délirer sur l’autisme ni adhérer aux positions d’Edwige Antier [6 février] par Michel Rotfus, précédé de « À droite, droite ! » par Philippe Grauer
-* psychanalyse et autisme : la polémique [31 janvier] par Élisabeth Roudinesco – précédée de « Résister à la bêtise de l’autre démultipliée par la sienne propre », par Philippe Grauer
-* Autisme : la psychanalyse en procès [30 janvier]
-* autisme – appel à soutien à Pierre Delion et David Cohen [29 janvier] précédé de « Ne pas jeter l’enfant avec l’eau du soin humide », par Philippe Grauer
-* autisme packing – Lettre ouverte des 39 par Collectif des 39 [27 janvier 2012]
-* Autisme – dossier [22 janvier]
-* Autisme – une maladie grave aux multiples visages [17 janvier] par Élisabeth Roudinesco
-* Autisme : dogmatismes en duel au tribunal de Lille [Décembre 2011] par Stéphanie Maurice
-* Autisme : les emmurés de l’indicible [Novembre 2010] par Élisabeth Roudinesco chronique Henri Rey-Flaud
-* Autisme : Les enfants de l’indicible peur [Octobre 2010]
-* L’autisme au cœur de l’humain. Approche psychanalytique [Octobre 2010]
-* Autisme — halte à la désinformation ! [Mai 2009] par Caroline Eliacheff. Précédé de « Pas l’un ou l’autre mais l’un & l’autre » par Philippe Grauer
-* Autisme — lettre ouverte aux parents d’autistes, à leurs éducateurs et soignants [Avril 2009] par Pierre DELION — introduction de Philippe Grauer
-* Autisme à nouveau [Octobre 2008] par Par Isabelle Fauvel , du Collectif InterCoPsychos de Saint-Malo, avant-propos de Philippe Grauer
-* Henri Rey-Flaud expose avec clarté les théories, approches et hypothèses sur l’énigme de l’autisme [Mai 2008] par Élisabeth Roudinesco, suivi de 8 commentaires.
-* Autisme et impasses de la médecine chroniqués au Monde des livres [Avril 2008] par Élisabeth Roudinesco, avant-propos de Philippe Grauer
-* Sandrine Bonnaire témoigne [Janvier 2008] par Éric Favereau — précédé de « Sandrine Bonnaire sans haine dit la souffrance » par Philippe Grauer
-* Sandrine Bonnaire, sa sœur, l’HP ordinaire. [Janvier 2008] par Libération

La fin de la saga des lois mémorielles

Interview

Paul Cassia, professeur de droit à la Sorbonne, se félicite de la décision des Sages

Recueilli par LILIAN ALEMAGNA

Professeur à l’École de droit de la Sorbonne (Paris-I), Paul Cassia a fait partie des universitaires engagés contre les lois mémorielles.

Quelle est votre réaction après la décision du Conseil constitutionnel de censurer cette loi ?

C’est une bonne décision, attendue par les juristes. Son sens ne faisait pas de doute, hormis pour les auteurs de la proposition de loi, qui avaient tenté de faire prévaloir le supposé «humanisme» dont s’inspirerait leur texte sur le respect de la Constitution.

Pourquoi une «bonne décision» ?

Elle fait respecter un principe : le Parlement n’a pas à s’ériger en tribunal. Ce n’est pas à lui de qualifier pénalement des faits, et il ne peut, au regard de la Constitution, réprimer un crime qu’il a lui-même qualifié de génocide. Le texte censuré renvoie à la loi du 29 janvier 2001 qui reconnaît le génocide arménien. Le conseil a donc aussi jugé cette loi inconstitutionnelle.

Pourquoi ne l’a-t-il pas aussi censurée ?

Il aurait pu le faire, si l’on admet que la loi censurée réprimant la négation du génocide arménien ne fait que compléter celle qui l’a reconnu en 2001.

Donc, s’il en est saisi via une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), il peut le faire…

Non. Car son inconstitutionnalité découle de ce que la loi de 2001 est exclusivement déclaratoire, sans portée normative. Ce grief ne peut pas être invoqué dans le cadre d’une question prioritaire de constitutionnalité, qui ne vise à protéger que les droits et libertés constitutionnels. La loi de 2001 reste donc dans l’ordre juridique, alors même qu’elle est inconstitutionnelle. C’est un paradoxe. Quoi qu’il en soit, en exigeant que toute loi ait un contenu normatif, le Conseil constitutionnel met sans doute fin à la saga des lois mémorielles dans le droit français. Ce n’est pas au Parlement de dire l’histoire officielle.

Nicolas Sarkozy insiste : il a chargé le gouvernement de préparer un nouveau texte…

En opportunité, c’est regrettable, car il y a sans doute des urgences plus grandes. Et la décision du Conseil aurait pu permettre aux passions excessives de retomber. En droit, cette décision ferme définitivement la porte à la répression pénale de toute contestation de l’existence du génocide arménien. Il n’est pas possible de contourner la portée de cette décision fondée sur la violation du principe de liberté d’expression, sauf à se borner à reprendre, pour ne pas perdre la face, les dispositions déjà existantes qui répriment de manière générale la provocation à la discrimination ou à la haine.

Cette décision peut-elle remettre en question la loi Gayssot de 1990 contre la négation de la Shoah ?

Il y a une différence importante entre la loi censurée et la loi Gayssot – qui a d’ailleurs été jugée conforme à la Convention européenne des droits de l’homme, notamment par la Cour de cassation, qui a refusé en mai 2010 de transmettre une QPC sur ce thème au Conseil constitutionnel. La loi Gayssot ne qualifie pas elle-même les crimes nazis, mais se réfère sur ce point au jugement du tribunal de Nuremberg. Ce n’est donc pas le législateur qui qualifie le génocide, mais le juge. Seul ce dernier peut dire si un crime a été commis et quelle est la nature de ce crime. Mais, tant que le Conseil constitutionnel ne se sera pas prononcé sur la loi Gayssot, le débat sur sa conformité à la liberté d’expression continuera.

Narcisse et les excès du moi

NARCISSE OU LES EXCÈS DU MOI

Entre narcissisme hypocondrie et mégalomanie


ER – Le moi au départ c’est ce qu’on appelle la personne humaine. Et Freud en fait dans sa première topique de début du siècle, conscient inconscient et pré conscient, il en fait le siège de la conscience, le moi c’est inclus dans la conscience, je rappelle que Freud fait des topiques c’est des topoi, des lieux géographiques qui définissent la personnalité humaine. Et puis après la guerre à partir de 1920 il y a une deuxième topique le moi, le ça et le surmoi. C’est une deuxième topique qui ne recouvre pas complètement la première, parce que chez Freud les concepts sont toujours flous c’est ça qui est formidable, ça se déplace ça bouge c’est dialectique, et à partir de ce moment-là c’est un peu une grande révolution puisque il inclut le moi dans l’inconscient autrement dit il y a une partie du moi qui est plus consciente, qui est un peu dans le ça qui est l’inconscient, le surmoi étant l’instance morale on disait toujours le surmoi c’est ce qui vous guide dans la morale, c’est ce qui vous juge mais c’est à l’intérieur du moi, et à partir de ce moment-là c’est vrai qu’il y a une sorte de révolution parce que l’histoire du mouvement psychanalytique à partir de 1920 va évoluer en plusieurs sens. À partir de cette définition. Soit on va accentuer l’idée que le moi est inconscient lui-même et ça donnera ensuite les positions de Mélanie Klein en Angleterre, ou de Lacan, avec cette phrase fameuse qu’avait écrit Freud le moi doit aller vers le ça en quelque sorte là où était e ça je dois advenir Wo es war soll Ich werden, c’était quelque chose qui a suscité beaucoup de discussions, et au contraire dans l’école américaine, qui va dominer même la psychanalyse dans les années 30 à cause de l’émigration, du départ de tous les psychanalystes d’Europe, on va avoir ce qu’on appelle l’Ego Psychology aux États-Unis, qui est un grand courant plus adaptatif, c’est l’idée que le moi s’adapter à une certaine réalité, c’est pas quelque chose d’idiot, il ne faut pas considérer la psychanalyse américaine comme quelque chose qui était stupide, c’est une autre école, qui est plus centrée sur le moi. Sur l’idée qu’il faut être actif, s’adapter, pas à la réalité exactement mais qu’on doit recentrer quand même sur le moi.

[Image : Ivy Paolantonacci©Radio France]

AVR – Mais l’idée en tout cas dans les deux écoles américaine comme française c’est que le moi n’est qu’une partie de ce que nous sommes, il joue un rôle intermédiaire entre le ça qui est donc cette espèce de pôle pulsionnel et le surmoi qui lui au contraire est cette instance extrêmement directrice qui réprime en nous certains instincts et qui nous en dicte d’autres…

ER – Absolument ! et puis il y a l’idéal du moi et le moi idéal c’est-à-dire les aspirations auxquelles on peut rêver. Alors ça inclut si vous voulez évidemment toutes les composantes de la personnalité humaine. En effet les écoles se sont réparties en fonction de cette deuxième topique. Mis c’est certain que pour Freud si on est très freudien la bataille qu’il menait était contre la psychologisation de sa propre doctrine. Si vous voulez la psychanalyse est une discipline à part parce que elle n’a jamais trouvé une place aux côtés de l’anthropologie ou de la philosophie elle occupe une place floue, et le danger était toujours que ça revienne à une psychologie des conduites. Et ça c’est le grand danger, donc Freud passait son temps à réviser les concepts, et ses successeurs aussi, de façon à sortir cette discipline, qui est une science de l’inconscient, une théorie de l’inconscient, de toutes les récupérations psychologiques possibles.

Mais alors y a-t-il un sens depuis la psychanalyse de réfléchir au moi indépendamment du ça et du surmoi? Est-ce que le moi en tant que tel peut être ressaisi ou est-ce qu’on ne peut y penser qu’à partir de dynamiques qui l’enclenchent avec les autres instances

ER – Sans être dogmatique je pense que oui, parce que dès que vous quittez l’idée que nous sommes déterminés par notre inconscient, on sort de la révolution psychanalytique. Mais c’est une théorie de la liberté très particulière de savoir que nous sommes déterminés par des structures mais qu’en même temps on peut y avoir accès, en grande partie, et que c’est ça l’émancipation de l’homme c’est se changer soi-même à partir de ce que on sait être déterminant. C’est une grande révolution et je ne crois pas qu’on puisse sortir – l’inconscient existe, on peut toujours nier qu’il existe de toute façon il est là, je crois qu’on peut en effet réaffirmer cette position. Mais le mouvement psychanalytique a évolué depuis par rapport à la question du moi – si vous voulez, Freud c’était quand même une clinique, et une histoire, qui était centrée sur la répression de la sexualité dans une époque qui était celle de l’aristocratie déclinante et la fin d’une bourgeoisie régnante, c’est le monde de Proust, c’est le monde d’hier…

C’est le monde qui est dépeint dans le film de Cronenberg Dangerous Methods

ER – Magnifiquement dépeint dans le film de Cronenberg que j’aime énormément, c’est une bourgeoisie qui au lieu de choisir le pouvoir choisit d’analyser son moi, choisit elle même, et se pose des questions sur son intériorité. C’est un très grand moment que ce soit à Vienne que ce soit en Suisse que ce soit (…) c’est le monde décrit par Stephen Zweig, c’est un monde centré quand même sur la répression des femmes, et sur le conflit, l’aspect conflictuel, et sur l’idée qu’on va se libérer de ce qui pèse dans son enfance. Et ça c’est évidemment un très grand moment, et ça, à partir du moment où il y a eu, pendant tout le XXème siècle l’émancipation des femmes, les libertés sexuelles, je vous rappelle quand même que, au début quand Freud commence, les femmes devaient arriver vierges au mariage, c’était des éducations absolument épouvantables, puritaines, et puis à partir des deux guerres et de 1945 ce monde là n’existe plus. Et donc si vous voulez la question du conflit et la question de la sexualité est beaucoup moins centrale. Ce qui fait qu’on va évoluer, en apportant à cette théorie du moi une autre théorie venue de la phénoménologie qui est le Self c’est-à-dire le Soi, et là c’est le narcissisme, c’est la représentation de soi par soi. D’ailleurs Freud l’avait annoncé dans un article de 1914 absolument magnifique, Introduction au narcissisme, où il avait montré en effet que Narcisse était aussi important qu’Œdipe, dans les deux tragédies. Mais dans les années 60 dans le monde occidental c’est Narcisse qui domine. On a beaucoup moins de conflits liés directement à la sexualité à la répression à la frustration, et beaucoup plus de pathologies du monde occidentale c’est-à-dire dépressives, de l’amour de soi déçu, d’autodestruction liée au narcissisme…

Alors juste une seconde avant d’en venir à Narcisse en évoquant l’importance de la sexualité dans la façon dont va réfléchir à l’inconscient à la construction du moi, vous pointez également un problème il me semble à travers toute l’histoire de la psychanalyse qui est de savoir dans quelle mesure à partir du moment où un individu est déterminé par une histoire et par une formation de sa propre sexualité dans quelle mesure toute réflexion sur le moi et même sur le psychisme en général est normative. Y a-t-il un sens à réfléchir sur le moi de manière abstraite et générale alors que chaque moi se singularise, chaque moi est différent chaque patient à son moi ?

ER – Oui, il ne faut pas faire des grandes catégories parce que sinon la psychanalyse sombre, les grandes catégories avec des portraits, des classifications préétablies, il n’y a rien de plus ridicule et c’est bien dommage, bon. Mais le problème aussi c’est que l’époque joue on ne peut pas faire fonctionner la théorie psychanalytique de la même façon quand vous êtes à la Belle époque c’est-à-dire avant la première guerre mondiale et puis aujourd’hui. Si vous restez dans des catégories figées ça ne va pas du tout. Alors la grande force quand même c’est que en effet la représentation du moi change en fonction des époques. Ça reste un instrument de libération la psychanalyse si elle est bien pratiquée, parce que c’est quand même l’idée que on va se débarrasser des folies du moi. Et des excès du narcissisme. Si on regarde bien qu’est-ce qu’une cure psychanalytique aujourd’hui, c’est moins ce que faisait Freud à Vienne où il s’agissait au fond de libérer la sexualité, aujourd’hui c’est plus de libérer le sujet des pathologies liées à l’amour qu’il a de lui-même et qui est absolument destructeur c’est-à-dire l’incapacité au fond d’aller vers l’autre. Je ne fais pas des grands portraits mais il y a de ça aujourd’hui on est dans une société dépressive en Occident. Mais si vous voulez le schéma freudien il existe dans d’autres pays, les pays où les femmes sont enfermées dans des voiles, dans des répressions familiales etc., vous avez des hystéries typiques comme celles qu’on connaissait à Vienne fin de siècle.

Narcisse ayant considéré son visage dans le miroir d’une onde pure … Ovide … on comprend dans quel sens Narcisse a pu être saisi par la psychanalyse puisqu’il tombe amoureux de lui-même et qu’il va en mourir (…) malade mais la dissociation est toujours, en fait recouvre, une forme d’association, entre le corps et l’esprit puisque les deux communiquent, mais également la dissociation qu’il y a entre le soi ou la façon dont on peut se ressaisir, et son image et de cette coupure entre le moi intérieur et la réalité extérieure va naître va émerger toute une palette de maladies et de symptômes différents qui sont le cœur de la psychanalyse en tant que telle.

ER – Vous savez pour comprendre la psychanalyse tout est dans les mythes antiques, que Freud a repris. Si on quitte ce domaine de la culture gréco latine on ne comprend rien de la psychanalyse c’est d’ailleurs un problème. Il faut faire du grec et du latin non pas comme langues mais il faut avoir toute cette culture présente pour comprendre quelque chose. Alors tout était là déjà et Freud ne fait que remanier à sa façon tous ces mythes. Alors le mythe est évidemment fascinant parce que ça montre bien que l’amour de soi conduit à la destruction de soi c’est à dire à quelque chose de très pervers qui est d’ailleurs magnifiquement exprimé dans le livre de Oscar Wilde Le portrait de Dorian Gray c’est le grand roman moderne de la perversion du moi. Il s’admire tellement qu’il devient criminel etc. et donc la beauté absolue aussi peut conduire à cette forme de perversion qui fait que l’autre est nié puisqu’on s’aime à ce point soi-même. Mais en s’aimant à ce point soi-même on se détruit, il faut jamais oublier que Narcisse se détruit…

Mais alors justement comment passe-t-on de l’amour de soi à la destruction de soi puisque tout amour de soi n’est pas destructeur en tant que tel ?

ER – Eh bien il est destructeur si il ne débouche pas quand même sur l’amour de l’autre. Autrement dit si le sujet reste complètement inféodé à l’image de lui-même à ce point, et s’aime à ce point, il reste absolument infantile. C’est pour ça que… – ce que Freud montre très bien, c’est que le passage par le narcissisme chacun d’entre nous l’a. C’est l’enfance, où en effet on est adoré comme enfant on peut être adoré on peut être détesté, c’est les deux choses les plus ambivalentes mais disons que c’est un passage absolument nécessaire mais il faut un peu de narcissisme, il faut aussi s’aimer soi-même parce que si on se hait soi-même c’est une forme de narcissisme aigue qui est fondée sur la haine de soi. La haine de soi va avec l’excès de l’amour de soi. Faut toujours le comprendre comme ça. Donc en effet ça peut déboucher sur quelque chose de très pervers, mais il peut y avoir aussi les mégalomanies du moi, je dirais les folies moïques, qui peuvent déboucher sur la paranoïa, les complots l’idée que au fond le monde entier est persécuteur par rapport à vous-même, c’est toutes les folies mégalomaniaques les théories du complot en quelque sorte véhiculent cette idée, en ce sens d’ailleurs notre époque est moïque à l’extrême, vous le voyez tout à fait dans la littérature, dans internet, ce qui prime aujourd’hui c’est pour ça qu’il y a quelque chose de très dangereux c’est le culte du moi, le culte de soi d’ailleurs aussi, le culte du narcissisme, qui est devenu tout à fait envahissant, le primat de l’émotion, le primat de l’affect. Je ne dis pas qu’il ne faut pas d’empathie dans la vie, qu’il ne faut pas de l’émotion, peut-être que la psychanalyse avait trop débarrassé, avait trop mis à distance, l’empathie, ça c’est sûr, mais d’un autre côté ça peut être meurtrier de ne vivre que dans l’immédiateté de l’émotion, de l’empathie ou du moi.

Pourtant le moi comme vous l’avez défini vous-même n’est pas cette instance qui réside dans une forme d’immédiateté émotionnelle le moi est cette instance qui justement va réguler les pulsions qui constituent le ça. Quand vous dites nous sommes dans une époque du moi qui (…), les passions dominent et les émotions dominent vous le moi par …

ER – Parce qu’on a oublié Freud. Nous vivons dans une époque où la psychologie prime…

C’est le moi psychologique donc…

ER – Mais absolument, (…) les émotions mais c’est pas seulement Freud qu’on a oublié c’est la philosophie la littérature je ne suis pas du tout passéiste et je ne dis pas du tout c’était mieux avant je dis qu’on a un changement de paradigme considérable depuis quelques années qu’on voit à l’œuvre, après les grands récits narratifs, je dirais le structuralisme, la phénoménologie, l’explication du monde quand même par la raison, il est certain qu’aujourd’hui on est dans l’explication du monde par le moi par l’émotion, par le neurone, par l’idée que tout est comportemental, ça c’est à mon avis quelque chose qu’il faut critiquer, c’est certain mais c’est inévitable on est dedans, on est là-dedans.

Alors il faut critiquer cette domination du moi psychologique dont vous faites le constat peut-être il est tuile de revenir aux sources de la constitution du moi à proprement parler psychanalytique dont on parlait en début d’émission, il y a notamment ce phénomène du narcissisme puisque vous l’avez évoqué Freud fait du narcissisme non pas un stade mais vous une étape au développement de l’individu. Alors dans quel sens peut-on dire que…

ER – Dans le sens classique du freudisme qui a été repris d’ailleurs par tout le monde c’est une étape nécessaire de l’amour de soi, mais dont il faut sortir, pour l’amour d’objet. Ça c’est dans la clinique c’est-à-dire la relation d’objet va à un moment donné compter dans la vie d’un sujet, s’il reste centré comme un enfant sur lui-même, en effet, c’est destructeur. C’est absolument destructeur. On a eu le tort dans le mouvement psychanalytique de – et c’est une critique qu’on peut faire à Freud, bien qu’il n’ait jamais eu cette tendance homophobe, on a eu tendance à dire que toute l’homosexualité c’est-à-dire l’amour des hommes pour d’autres hommes, et des femmes pour d’autres femmes, était un stade narcissique. Il s’est avéré que c’était pas vrai du tout, et que nous étions tout à fait identiques quelle que soit la tendance amoureuse qu’on développe. Mais je pense – ça, ça a été une erreur du mouvement psychanalytique de voir toute l’homosexualité dans le narcissisme, ça a été corrigé d’ailleurs par la suite – mais reste que la structure narcissique qui est l’amour de soi et de vouloir retrouver dans l’autre exactement soi-même, qu’on soit homme, femme ou quelle que soient les tendances amoureuses, est évidemment destructeur, parce que à ce moment là ça devient extrêmement fusionnel, donc l’idée que un sujet pour exister doit devenir quand même distinct de lui-même dans sa propre vie pour pouvoir accéder à une relation à l’autre, est quelque chose qui reste très fort, c’est pour ça qu’on a inventé le Self, c’est-à-dire le Soi, pour tenter d’expliquer ce phénomène. J’ajouterais que dans l’histoire de la doctrine Jacques Lacan a apporté à cette topique freudienne une théorie du sujet issue de la philosophie et de la phénoménologie, il a ajouté le sujet qui – parce que chez Freud il n’y a pas de sujet au sens de la philosophie, Freud récusait la philosophie [lapsus avec physiologie] son modèle était biologique et Lacan sortant du modèle biologique a introduit dans les topiques l’idée du sujet il a scindé en quelque sorte le moi et le sujet…

Comment est-ce qu’on définit le sujet dans ce cas ?

ER – Alors le sujet dans ce cas là c’est plus tout à fait le sujet de la philosophie, Lacan en fait une instance très inconsciente et au lieu de dire qu’il est déterminé par le ça il va dire qu’il est déterminé par un signifiant, il introduit le modèle linguistique dans la psychanalyse à la place du modèle biologique, mais il y a quelque chose de commun c’est l’idée qu’on est déterminés par nos structures, que le sujet lui même est une structure, moyennant quoi il donne une dimension, il repense le système philosophique toujours pour lutter contre la réduction psychologique il le repense en réintroduisant le sujet phénoménologique qui devient scindé. Et à partir de ce moment là on dira que Lacan, entre les années 30 et les années 50, il va d’abord passer par la phénoménologie puis par cette théorie de la structure, à partir de Lévi-Strauss d’ailleurs, chez Lacan c’est la parenté et pas la famille, c’est le sujet dans son rapport à la structure comme en linguistique, il repense tout le système qui toujours permet de je dirais, de dire la même chose autrement – mais d’apporter une subjectivité, l’idée de subjectivité est très importante, chez Lacan, importée en psychanalyse, parce que sinon on risque toujours la réduction au moi ou la réduction au biologisme et à la physiologie. Et la dimension – aujourd’hui on parle plus facilement de subjectivité pour comprendre la personnalité humaine que d’instance du moi.

Le principal caractère de la démence précoce rangée aux choses consiste en ce que la de la libido aux objets que devient la libido des déments dès lors qu’elle se détourne des objets ? elle se retourne vers le moi, qui constitue la source de la manie des grandeurs de la démence précoce. Comparable à l’exagération de la valeur sexuelle des objets qu’on observe dans la vie amoureuse, c’est ainsi que pour la première fois un trait d’une affection psychotique nous est révélée par sa confrontation avec la vie amoureuse normale.

(Musique : Parlez-moi d’moi ya qu’à ça qui m’intéresse)

Comment distingue-t-on d’un côté le narcissisme dont on a parlé et et de l’autre la mégalomanie est-ce que toute forme de mégalomanie vient du narcissisme alors qu’à l’inverse le narcissisme ne conduit pas forcément à une forme de mégalomanie est-ce que la distinction conceptuelle ici est importante et comment…

ER – Oui, disons que l’excès de narcissisme est plutôt de nature destructive de soi et de l’autre, et ça vire à quelque chose de pervers il y a toujours, ça quand j’ai écrit mon livre sur l’histoire des pervers on voit bien cette dimension là c’est-à-dire comment l’amour de soi conduit à la haine de soi c’est-à-dire l’exact opposé. La mégalomanie c’est un peu différent c’est quelque chose qui a été bien montré par les psychiatres de la fin du XIXème puis repris dans toute la tradition c’est la paranoïa. C’est la paranoïa, la folie du moi, l’idée que le monde entier se centre sur soi, et dans le dernier livre de Luc Boltanski il montre bien ça l’apparition des théories du complot à la fin du XIXème siècle. Avec l’apparition de la psychiatrie puis de la psychanalyse on voit bien que la mégalomanie c’est le monde recentré sur soi, alors on est dans l’hybris la démesure …

Alors quel est le problème ? le surmoi ne joue plus son rôle de…

ER – Le surmoi ne joue plus son rôle, le sujet se prend pour la loi lui-même, il est l’incarnation de la loi. Alors là vous déclinez toutes les formes de dictature paranoïaque, de sujet délirant – vous savez c’est pas un hasard si la démocratie a instauré l’idée qu’il fallait changer de gouvernement souvent et que l’opposition puisse exister. La démocratie athénienne l’a instauré, parce que sinon on devient fou, de son propre pouvoir regardez comment évoluent tous les dictateurs dans une paranoïa une théorie du complot donc c’est extrêmement dangereux, mais c’était déjà dans l’Antiquité si vous prenez le mythe et la tragédie de Sophocle de Œdipe c’est exactement ça, sauf que le malheureux Œdipe n’est pas conscient de ce qui lui arrive puisqu’il ne sait pas quelle est son origine mais c’est le souverain parfait, qui est arrivé à la perfection. Et que dit la tragédie, c’est qu’à un moment donné il est dans la démesure et il ne se rend pas compte qu’il est habité par le contraire de ce qu’il croit être c’est-à-dire par la souillure, puisque il a en fait couché avec sa mère sans le savoir et qu’il a fait des enfants à sa mère, et ça c’est un mythe absolument fascinant c’est que quand on est dans l’excès de démesure on ne voit pas ce qui arrive autour de soi et ça peut amener à la paranoïa, c’est une chose qui avait été repérée par les psychanalystes qui avaient d’ailleurs fait des analyses des dictatures, des folies du pouvoir, mais c’est quelque chose qui est très prégnant aujourd’hui on le voit, regardez tous les dictateurs qui sont en train de tomber, ils sont habités par une paranoïa évidente, évidente avec la théorie du complot, l’idée que l’extérieur devient menaçant, qu’ils sont persécutés par tout, alors c’est compliqué parce qu’en même temps ça existe, les complots ! les complots existent, les services secrets existent…

Mais le propre de la mégalomanie c’est de ne plus faire cette distinction…

ER – Voilà !

Quand l’extérieur et l’intérieur…

ER – Tout à fait !

Un problème à la fois d’harmonisation interne entre les instances psychiques et le rapport à la réalité…

ER – Mais absolument !

Dans lequel on substitue…

ER – Quand on est célèbre et connu on risque évidemment d’être assassiné tous les jours on le sait, par des paranoïaques d’ailleurs, par des fous, mais ça ne veut pas dire que ça existe partout à la porte de chez vous. Donc c’est évidemment un équilibre à trouver. Mais – et d’ailleurs je dirais même que les corporations, les communautarismes peuvent tendre vers des structures paranoïaques, c’est-à-dire que quand il y a le repli sur soi la croyance que la communauté vous apporte toutes les solutions, ça vire à la secte, et vous ne voyez plus du tout ce qu’il y a à l’extérieur. C’est d’ailleurs, c’est arrivé au mouvement psychanalytique lui-même qui est menacé de deux choses d’une part la psychologisation des concepts, et de l’autre la secte. Pourquoi c’est-à-dire le repli sur sa corporation la croyance que une doctrine peut donner la solution à tous les problèmes, et c’est pour ça que périodiquement que ce soit dans l’histoire de la psychanalyse ou ailleurs il faut des grands coups de balai, il faut des révolutions il faut réinstaurer quelque chose parce que je dirais que le dogme risque toujours d’être plus fort que tout, et ça ça existe partout. Et c’est sûr que la démocratie est une idée très forte, pourquoi parce que ça empêche les êtres de virer vers les délires incarnés.

Mais alors une fois que ces êtres ont viré vers ces désirs là comme vous le dites ER, la question qui se pose c’est de savoir s’il est possible si ce délire là cet excès du moi qu’est la mégalomanie qui conduit à la paranoïa comme à l’hypocondrie, si ces excès à sont réversibles, s’il est possible, par la cure psychanalytique par exemple, de retrouver un équilibre, de le retrouver ou de le trouver tout court, d’ailleurs qui permette de s’en sortir. Je pense à un essai de Bela Grunberger qui était un analyste post freudien d’origine hongroise qui est le premier à avoir fait du narcissisme une forme d’instance particulière et qui a pensé à dans la cure psychanalytique à savoir que celui qui souffre de narcissisme produirait un discours quand il est devant son psychanalyste qui lui-même ne donnerait aucune prise au psychanalyste pour analyser ce qu’il dit c’est-à-dire qu’il produirait un discours extrêmement clos lisse qui ne laisse aucun espace d’interprétation et qui dès lors ne se laisse pas soigner il serait donc dans un délire tel dans un délire qui n’est pas forcément un délire de folie, tout simplement la construction d’un discours tellement clos et tellement lisse qu’on n’a aucune prise dessus et donc qu’on ne peut pas soigner cette pathologie là…

ER – Oui hélas il y a énormément de pathologies qui ne sont pas soignables. Si on se place du point de vue de la clinique, pour traiter un sujet, atteint de quoi que ce soit d’ailleurs, il faut qu’il ait une part de conscience de ce qui va mal chez lui. Autrement dit pour pouvoir traiter sur le plan clinique il faut une souffrance. On ne peut pas traiter quelqu’un qui n’a pas une souffrance de son état. Et donc ce que disait Grunberger mais on peut le dire tout à fait autrement, en effet il y a des êtres où on ne peut absolument rien faire mais d’ailleurs je dirais même qu’ils ne viennent pas en analyse, et tant mieux – ou tant pis – et psychoses on ne peut les atteindre que si il y a une certaine conscience de cette souffrance, aujourd’hui on les traite par les médicaments, l’enfermement, mais justement pas ces pathologies là, c’est très difficile…

Qui sont des psychoses dites-vous…

ER – Ça dépend, quelqu’un de paranoïaque peut vivre normalement dans toute sa vie, sans que ça se voit, tout d’un coup c’est l’irruption de la folie et tous les jours dans les faits divers, quelqu’un de tout à fait normal en apparence tout d’un coup tue tout le monde. C’est un délire qui peut être schizophrénique paranoïde mais quelque chose de normal, parfaitement en apparence, quelque chose qui ne se voyait pas, il faut se méfier des normopathies des gens en apparence où tout est normal et tout d’un coup vous aves l’irruption d’un monde intérieur qui était en fait présent et qui apparaît soudainement. Les pathologies narcissiques en effet c’est parfaitement exact on ne peut rien faire sauf si, c’est toujours la même chose, s’il y a une souffrance. Autrement dit sur le plan clinique on ne peut traiter des sujets par la psychanalyse que de leur plein gré, s’ils le veulent et si ils souffrent. Sinon évidemment que ça ne marche pas. Et ça ne peut pas marcher.

S’il y en a bien un qui a conscience de son état et qui en souffre c’est Woody Allen, on va l’écouter tout de suite. Cette scène d’hypocondrie extraite d’Hannah et ses sœurs 1986 dans laquelle Woody Allen hypocondriaque est persuadé d’avoir une tumeur au cerveau et son amie lui répond mais non ton seul problème c’est que tu as trop d’ego. Et je me demande en écoutant cet extrait donc de par ce que Woody Allen incarne dans son rapport à la psychanalyse, ce qui est le plus à craindre aujourd’hui, parce que ce que vous dénonciez tout à l’heure, c’était peut-être l’excès de psychologisation du moi dans le monde environnant le monde contemporain, est-ce qu’il n’y a pas aussi un excès tout aussi dangereux dans ce recours systématique à la psychanalyse pour guérir le moindre mal ?

ER – Ah ça je suis complètement d’accord avec vous ! ce que Woody Allen montre c’est quand même de la névrose, ce que Woody Allen incarne c’est la psychanalyse new yorkaise avec plein d’humour s’il n’y avait pas d’humour, évidemment, moi je la retrouve dans les romans de mon écrivain préféré qu’est Philip Roth, là vous avez absolument – mais ce qui est génial chez Philip Roth c’est l’humour qu’il a vis-à-vis de soi, toute sa littérature c’est moi ! moi ! moi ! sauf que il montre à quel point il critique cet aspect là et finalement il y a une distance…

Qui dit humour dit distance vis-à-vis de soi c’est ça…

ER – C’est pas pour rien que l’humour freudien c’est l’héritage de l’humour juif c’est se moquer de soi-même à l’intérieur de soi-même alors ça je dois dire que la psychanalyse new yorkaise dans ce qu’elle a de plus chic de plus amusant de drôle et qui a résisté aujourd’hui aux États-Unis à tout l’arsenal médicamenteux je vous rappelle quand même que dans le monde entier on ne soigne plus du tout les gens avec l’analyse mais avec des médicaments, de l’esprit qui sont une part valable, notamment pour les troubles de l’humeur mais qui ne marchent absolument pas pour le reste on en prend beaucoup trop et je pense qu’il va y avoir un retour de bâton…

Sur les excès du recours à la psychanalyse…

ER – Ça c’est évident et je l’ai dénoncé moi-même, n’oubliez pas ce que dit aussi Woody Allen mais ce que tout le monde dit c’est que les psychanalystes sont tout aussi fous que leurs patients. Ça se disait des psychiatres, Freud l’avait dit je ne comprends pas que les psychanalystes ne soient pas transformés par leur expérience de la cure et les sociétés analytiques sont aussi les principaux fournisseurs de gens névrosés qui vont très mal qui ressemblent à leurs patients on dira même – pas tous hein j’ai pas envie de déclencher à France-Culture une formidable folie – mais si vous voulez c’est une vieille règle du bon sens, pour s’intéresser toute sa vie et passer ses journées avec des gens qui vont très très mal il faut soi-même avoir connu des expériences où on va mal. Ce n’est pas vrai pour tous les psychanalystes hein, ça n’est pas vrai pour Freud ça n’est pas vrai pour beaucoup d’analystes qui ont fait ça parce que ça les passionnait l’expérience de soi moi par exemple j’allais très très bien quand j’ai ait on analyse, c’est l’aventure qui m’intéressait, mais il est certain que beaucoup d’analystes souffrent des mêmes symptômes que leurs patients et beaucoup de psychiatres aussi. Donc on est là en effet chez les psychanalystes avec cet excès et c’est un drame d’ailleurs d’interprétation avec la psychanalyse de tout et de n’importe quoi. Vous en avez vu un effet ravageant au moment du 11 septembre 2001 où des psychanalystes se sont mis à interpréter des actes de terrorisme en montrant par exemple en essayant d’expliquer que les terroristes faisaient tomber les tours parce que c’était les deux jambes de leur mère, tout ça est absolument horrible et abject, à vomir moi j’ai horreur de ça, ils ont été désastreux au moment de l’affaire Strauss-Kahn moi j’ai compté 19 diagnostics différents…

Oui le problème vient autant peut-être de ces psychanalystes en (…) que de la demande réelle de la part des gens dans…

ER – Mais c’est que nous avons assez de ces demandes voyeuristes vides, ridicules, moïques, d’explications simplistes de l’individu, au risque de me faire attaquer je dirai non ! la psychanalyse ne doit pas servir à ça.

Où est la limite comment la définissez-vous ?

ER – La limite c’est qu’un psychanalyste doit être aussi autre chose que psychanalyste. Et il doit comprendre que cette doctrine a été amenée à la fin du XIXème siècle, que c’est quelque chose de formidablement intelligent, et que ça ne doit pas servir – et d’ailleurs Freud n’était pas comme ça, s’en méfiait, lui-même évidemment était habité par l’idée de tout expliquer par la psychanalyse mais il s’en méfiait – Freud était quelqu’un qui doutait de lui-même, c’est pour ça que j’aime beaucoup Freud, mais il ne faut absolument pas que la psychanalyse devienne un système d’explication de tout et de n’importe quoi et que les psychanalystes s’enferment dans une explication où tout doit être interprété. Et en effet les psychanalystes ont eu tendance que n’importe quel problème pouvait s’expliquer de cette façon là. Et les médias adorent ça. Le médias adorent ça parce que les médias sont souvent très très pervers, les grands médias, ils font venir des gens qui disent n’importe quoi, parce que ça choque parce que ça provoque un effet, de cette façon là, de provocation, mais c’est très dangereux et je suis personnellement tout à fait opposée à ce genre de sottise. Parce que d’ailleurs, c’est ce qui m’a fait dire que les psychanalystes risquaient de devenir les plus grands ennemis d’eux-mêmes. Je rappelle quand même que la haine de la psychanalyse publie depuis 1905, un brûlot conte Freud tous les cinq ans je ne sais pas si vous voyez ce que ça fait depuis plus d’un siècle, donc c’est une doctrine haïe, beaucoup plus que d’autres systèmes de pensée, anthropologiques ou philosophiques, et donc pour lutter contre cette bêtise de la haine de Freud il faut être soi-même très intelligent et ne pas céder à n’importe quoi.


AVR – L’appel au secours est lancé (musique). (…) Lacan envers et contre tout (Seuil) et à paraître avec Alain Badiou un ouvrage intitulé Lacan, passé, présent, qu’on trouve également au Seuil.

Toujours dans le même domaine je vous conseille L’eau et les rêves de Gaston Bachelard. Gaston Bachelard qui essaye de montrer en quel sens il y a un narcissisme positif, pas toujours névrosant, dans l’œuvre esthétique notamment lisez le c’est passionnant, et également la référence que Plotin fait au mythe de Narcisse dans ses Traités notamment le premier Traité sur le beau, qu’on trouve dans une nouvelle édition, en Garnier-Flammarion.

La croissance des inégalités

La croissance des inégalités

Chronique hebdomadaire de Bernard Ginisty du 23 février 2012

Récemment, le Journal Le Monde publiait, sous le titre « 115 millions d’Européens menacés de pauvreté ou d’exclusion sociale » des statistiques concernant la pauvreté et l’exclusion sociale en Europe (1). On y apprend que 16% des Européens vivent au dessous du seuil de pauvreté, que 10% ont utilisé moins de 20% de leur capacité de travail et que 8% sont en état de « privation matérielle grave », c’est-à-dire dans l’impossibilité de payer un loyer ou de se chauffer correctement. Dans un dossier sur les inégalités et la pauvreté en France (2), le journal La Croix écrit ceci : « Depuis le milieu des années 2000, tous les indicateurs statistiques de mesure de la pauvreté dessinent une courbe nettement ascendante. Dans les rues de nombreuses villes, les associations caritatives, dont le Secours Catholique, enregistrent une montée de la misère, ainsi qu’une multiplication des travailleurs pauvres. En revanche, de nombreux économistes relèvent depuis peu, la croissance spectaculaire du nombre d’hyper-riches ainsi que l’envolée de leurs revenus. Ce grand écart des inégalités représente pour certains une menace sur notre pacte républicain ».

Ainsi donc, ce que les responsables politiques ne cessent d’invoquer pour justifier leurs difficultés, à savoir « la crise », apparaît finalement comme l’inexorable montée d’une fracture sociale de plus en plus indécente que Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités commente ainsi : « Cela fait plusieurs années que l’Observatoire dénonce la hausse des inégalités monétaires, depuis sa création en 2003. Depuis les années 2000, cet écart se creuse de façon de plus en plus préoccupante. C’est un signe de retournement par rapport à une période, commencée dans les années 1970, de réduction des écarts ».

Depuis des décennies, beaucoup de chantres de la modernité nous assurent que le libéralisme serait le nouvel horizon indépassable de notre temps. L’univers radieux passerait par une dérégulation généralisée des forces du marché qui nous arracheraient aux brumes des idéologies au profit de la seule langue universelle qui aurait du sens : l’argent. Un des acteurs de cette aventure libérale, Pierre Dauzier, PDG du groupe Havas de 1986 à 1998, décédé en 2007, analysait avec lucidité l’inanité de ce dogme : « Cette inanité, écrit-il, je l’ai partagée. Jour après jour, je me suis efforcé de me conformer à la banalisation des idées et à l’adaptation aux schémas financiers. Car tous les schémas finissent par devenir financiers ». Et de son expérience de manager de groupe international il conclut : « Le capitalisme financier n’est pas amendable. On a pu espérer l’avènement d’un capitalisme populaire plus égalitaire. C’était un leurre. Certains l’ont agité au moment des privatisations. J’étais bien placé pour observer la promotion de cette illusion. On faisait miroiter aux petits épargnants des perspectives de prospérité. Ils se sont vite aperçus qu’ils étaient floués : le capitalisme ne récompense plus que les spéculateurs et les financiers » (3)


(1) « 115 millions d’Européens menacés de pauvreté ou d’exclusion sociale ». In Cahier Géo & Politique du journal Le Monde des 19 et 20 février 2012, page 3

(2) « Le prix des inégalités » Journal La Croix du 20 janvier 2012, pages 12 -13

(3) Pierre DAUZIER : Le marketing de l’apocalypse Editions de la Table Ronde, 1998, pages 137 et 140

Pétition internationale pour l’abord clinique de l’autisme

imposer par la loi l’orientation du travail d’un praticien ou d’une institution

La prise en charge de l’autisme est aujourd’hui un enjeu crucial.

Récemment, une proposition de loi a été déposée à l’Assemblée Nationale tendant à interdire l’orientation psychanalytique dans le champ du « spectre de l’autisme » et à y privilégier exclusivement les thérapies cognitivo-comportementales.

Nous affirmons qu’on ne saurait imposer par la loi l’orientation du travail d’un praticien ou d’une institution.

De fait, les psychologues sont nombreux, qui interviennent, à des titres divers, auprès des sujets dits autistes et de leurs familles. En cela, ils sont directement concernés par cette proposition de loi. Mais, au-delà, c’est chaque psychologue qui est concerné, car cette loi remettrait en cause son autonomie professionnelle, autant dire son éthique et sa responsabilité.

le psychologue, libre de choisir ou concevoir sa méthode

Le psychologue est, en effet, libre de choisir et même de concevoir sa méthode, sa technique, c’est-à-dire son orientation telle qu’elle détermine le cadre dans lequel il rencontre celui qui s’adresse à lui. La loi garantit cette liberté.

Les psychologues n’en sont pas moins attachés à la diversité de leurs propres formations – lesquelles comportent de multiples options tant dans la formation universitaire, continue ou en cours d’emploi que dans la formation personnelle indispensable – et des pratiques qui en découlent, ainsi qu’à celle des autres professionnels dont ils sont partenaires.

Le prétendu « retard français » des psychiatres, psychologues et universitaires fréquemment mentionné dans des textes officiels (rapport Létard) laisse supposer que ceux-ci méconnaissent l’état actuel des connaissances sur l’autisme. Est-il vraisemblable qu’ils refusent de s’informer depuis plusieurs dizaines d’années ? Est-il plausible que ces professionnels soient si inégaux à la hauteur de leur tâche ? Pourquoi seraient-ils plus ignorants que les politiques qui s’emploient à leur faire la leçon ?

ça n’est pas aux politiques de prendre parti en matière de débats scientifiques

Pourquoi ne s’interroge-t-on pas sur le fait que des divergences d’opinions persistent fortement et durablement, en France et au-delà, entre les spécialistes de l’autisme ? En vérité les connaissances actuelles sont connues de tous ces derniers ; ce qui diffère ce sont les interprétations qui en sont faites. Quelle légitimité possèdent des politiques à venir trancher dans des débats complexes ? Leur opinion ne reflète que celle des groupes de pression qui les supportent. Ils veulent faire accroire que la science serait achevée alors qu’il existe un consensus concernant le fait que les savoirs sur l’autisme restent aujourd‘hui incertains. Il en découle que la seule attitude appropriée consiste à favoriser la diversité des recherches ayant déjà fait état de résultats significatifs.

Les psychologues respectent la démarche scientifique fondamentale et savent qu’ils ont à s’inspirer de sa rigueur. Ils n’en ont pas moins un devoir d’alerte quant à l’imposture que constituerait la mise au ban des pratiques fondées sur la rencontre et la parole.

Nous demandons donc que cette proposition de loi ne soit pas inscrite au calendrier législatif.

Nous demandons que les pouvoirs publics garantissent le libre choix de l’orientation de travail des institutions, des praticiens, et des psychologues en particulier.

Le 24 février 2012.


Voir aussi

-* Autisme, la psychanalyse (enfin) contrainte à évoluer [22 février 2012] par Serge Tisseron in Libération prédé de « Et si que la psychanalyse jouait l’ouverture ? » par Philippe Grauer
-* Ni rituel psychanalytique ni réductionnisme génétique ! Les malades méritent mieux [22 février 2012] par un Collectif
-* Autisme : c’est la psychiatrie qu’on attaque. Défendre la psychothérapie institutionnelle [22 février 2012] par Jean-François Rey
-* APPEL A UNE PLATE FORME CONSENSUELLE POUR L’ANNÉE DE L’AUTISME 2012 [21 février 2012]
-* Packing – convoqué par l’Ordre le Pr. Delion s’explique [18 février 2012] entretien Quotidien du médecin, conduit par David Bilhaut, précédé de « Pour une démarche intégrative humaniste, contre la guerre des emmurés » par Philippe Grauer
-* Alain Vanier écrit à la HAS [16 février 2012]
-* autour des enfants autistes, une bataille de bac à sable [14 février] par Laure Daussy
-* autisme – guerre ouverte contre la psychanalyse [17 février] par Catherine Vincent – Le Monde 17 février
-* autisme – quel jugement pour quelle cause ? [16 février] précédé de « Conviction peu convaincante » par Philippe Grauer
-* autisme – la HAS prend position [14 février] par AFP/PHILIPPE HUGUEN, précédé de Psychanalyse, récifs en vue, par Philippe Grauer
-* Autisme dans Libé [13 février] par ERIC FAVEREAU, précédé de « Pour une démarche intégrative« , par Philippe Grauer.
-* Autisme– les psychologues freudiens entrent dans l’arène [6 février] par InterCoPsychos N° N°327
-* Autisme – à propos du packing [6 février] par Pierre Delion
-* Autisme : Delion, packing, inquiétante comparution [6 février] par sans auteur
-* Autisme : Guy Baillon écrit au Conseil de l’Ordre [6 février] par Docteur Guy Baillon, Psychiatre des hôpitaux
-* Les batailles de l’autisme : hier et aujourd’hui [6 février] par Jacques Hochmann, précédé de « Y voir clair dans la question de l’autisme » par Philippe Grauer
-* Psychanalystes, encore un effort pour ne pas délirer sur l’autisme ni adhérer aux positions d’Edwige Antier [6 février] par Michel Rotfus, précédé de « À droite, droite ! » par Philippe Grauer
-* psychanalyse et autisme : la polémique [31 janvier] par Élisabeth Roudinesco – précédée de « Résister à la bêtise de l’autre démultipliée par la sienne propre », par Philippe Grauer
-* Autisme : la psychanalyse en procès [30 janvier]
-* autisme – appel à soutien à Pierre Delion et David Cohen [29 janvier] précédé de « Ne pas jeter l’enfant avec l’eau du soin humide », par Philippe Grauer
-* autisme packing – Lettre ouverte des 39 par Collectif des 39 [27 janvier 2012]
-* Autisme – dossier [22 janvier]
-* Autisme – une maladie grave aux multiples visages [17 janvier] par Élisabeth Roudinesco
-* Autisme : dogmatismes en duel au tribunal de Lille [Décembre 2011] par Stéphanie Maurice
-* Autisme : les emmurés de l’indicible [Novembre 2010] par Élisabeth Roudinesco chronique Henri Rey-Flaud
-* Autisme : Les enfants de l’indicible peur [Octobre 2010]
-* L’autisme au cœur de l’humain. Approche psychanalytique [Octobre 2010]
-* Autisme — halte à la désinformation ! [Mai 2009] par Caroline Eliacheff. Précédé de « Pas l’un ou l’autre mais l’un & l’autre » par Philippe Grauer
-* Autisme — lettre ouverte aux parents d’autistes, à leurs éducateurs et soignants [Avril 2009] par Pierre DELION — introduction de Philippe Grauer
-* Autisme à nouveau [Octobre 2008] par Par Isabelle Fauvel , du Collectif InterCoPsychos de Saint-Malo, avant-propos de Philippe Grauer
-* Henri Rey-Flaud expose avec clarté les théories, approches et hypothèses sur l’énigme de l’autisme [Mai 2008] par Élisabeth Roudinesco, suivi de 8 commentaires.
-* Autisme et impasses de la médecine chroniqués au Monde des livres [Avril 2008] par Élisabeth Roudinesco, avant-propos de Philippe Grauer
-* Sandrine Bonnaire témoigne [Janvier 2008] par Éric Favereau — précédé de « Sandrine Bonnaire sans haine dit la souffrance » par Philippe Grauer
-* Sandrine Bonnaire, sa sœur, l’HP ordinaire. [Janvier 2008] par Libération

L’humiliant apprentissage du premier député « nègre », Hégésippe Legitimus

Toutes les civilisations ne se valent pas. « Pour comprendre pourquoi le député UMP Brice Hortefeux a affirmé que les propos du ministre de l’intérieur étaient  » presque une évidence« , alors que le député (apparenté PS) de Martinique, Serge Letchimy(1« ), les a dénoncés comme une scandaleuse remise en cause du principe d’égalité, il n’est pas inutile de rappeler que les représentants du peuple français sont les héritiers d’une histoire conflictuelle, laquelle marque encore leur vision du monde.

Des propos tels que ceux de Claude Guéant sur l’inégalité des civilisations sont depuis longtemps considérés, en effet, comme une évidence dans l’Hexagone, et c’est au nom de celle-ci que les élus originaires des Antilles ont été stigmatisés. Le premier député noir de la IIIe République s’appelait Hégésippe Légitimus. Fondateur du Parti socialiste guadeloupéen, il devient député de cette île en 1898. Voici quelques extraits des articles que la presse lui consacre lors de son arrivée à Paris au lendemain de son élection.  » Il croit fermement à l’apaisement social et au progrès des Lumières. On ne peut certes pas l’accuser, quoiqu’il soit nègre, de voir tout en noir.  » (La Presse, 12 juillet 1898.)

 » M. Légitimus se promène aux Champs-Elysées avec un collègue parisien. Avouez, dit celui-ci, que nous avons de beaux arbres ? Le député nègre, levant la tête : Oui, mais ils manquent de singes.  » (Le Figaro, 10 novembre 1898.)
 » L’on affirme que le jour qui précéda son élection, on le vit, nu comme un ver, orné de sa seule cravate rouge conjurer du même coup, par une danse échevelée, les maléfices du diable et ceux de l’opposition.  » (Le Journal des débats
, 2 juin 1898.)

 » Le député de la Guadeloupe possède une bonne petite instruction primaire, mais il croit fermement aux revenants, aux incubes, aux succubes – démons – , et lui-même est quelque peu expert dans les pratiques mystérieuses de la sorcellerie, dont la Guadeloupe est la terre bénie  » (Le Matin, 29 mai 1898).  » C’est l’homme primitif en toute sa candeur aimable. On dirait la confession émue d’un orang-outang descendu de son palmier  » (Le Matin, 21 septembre 1898).

M. Légitimus est, avant tout,  » l’ennemi décaré de tous ces misérabes bougeois qui boivent la sueu du pauve peupe « . Du peuple nègre, bien entendu. Il dit encore :  » Je si pou le tavailleu conte l’exploiteu, pou la Répoupique sociale conte la Répoupique éactionnaie « . (Le Journal du dimanche, 12 juin 1898.)

Ces citations ne sont pas extraites des journaux d’extrême droite, mais des quotidiens de toutes tendances politiques, à l’exception du Parti socialiste de Jean Jaurès. C’est bien l’argument de l’inégalité des civilisations qui sous-tend ces propos humiliants. La stigmatisation de l’accent, de la couleur de peau, des croyances sert à ancrer dans l’esprit des Français l’idée que « cet homme-là n’est pas comme nous. Il n’est pas digne de nous représenter.« 

Pour échapper à ces humiliations, Hégésippe Légitimus a fui les journalistes, refusant de répondre à leurs questions. Puis il a quitté précipitamment Paris pour regagner Pointe-à-Pitre. Aujourd’hui, ceux qui se sentent blessés par les  » évidences  » de MM. Guéant et Hortefeux refusent de les subir en silence. Et ils ont la possibilité d’y répondre publiquement. Au lieu de s’en inquiéter, les véritables républicains devraient s’en réjouir, car c’est un progrès de la démocratie.

Gérard Noiriel, Historien, directeur d’études à l’EHESS, auteur de Dire la vérité au pouvoir, (Agone, 2010)

© Le Monde

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    VERBATIM : l’intervention de Serge Letchimy à l’Assemblée Nationale

    «Nous savions que pour M. Guéant la distance entre immigration et invasion est totalement inexistante et qu’il peut savamment entretenir la confusion entre civilisation et régime politique. Ça n’est pas un dérapage, c’est une constante parfaitement volontaire. En clair, c’est un état d’esprit et c’est presque une croisade. M. Guéant vous déclarez du fond de votre abîme, sans remord ni regret, que toutes les civilisations ne se valent pas. Que certaines seraient plus avancées voire supérieures.

    « bon sens » ou injure faite à l’Homme ?

    [Image : Sans titre]

    Non M. Guéant, ce n’est pas « du bon sens », c’est simplement une injure qui est faite à l’Homme. C’est une négation de la richesse des aventures humaines. C’est un attentat contre le concert des peuples, des cultures et des civilisations. Aucune civilisation ne détient l’apanage des ténèbres ou de l’auguste éclat. Aucun peuple n’a le monopole de la beauté, de la science du progrès ou de l’intelligence.

    Montaigne disait « tout homme porte en soi la forme de l’humaine condition ». J’y souscris. cliquez pour lire la suite.