Philosophie – Daniel Ramirez soutient sa thèse

Daniel Ramirez vous invite à assister à la soutenance de sa thèse :

Identité culturelle et dimension éthique. Une réflexion à partir de la pensée de Charles Taylor

qui aura lieu à 14:30 le mercredi 28 mars 2012

LIEU : En Sorbonne, salle J636, 3ème étage,
escalier G, 54 rue saint Jacques
75005 Paris

Venez nombreux le soutenir et apprécier.

La Haute Autorité est tombée bien bas !


La Haute Autorité est tombée bien bas !

Une nouvelle tartufferie

mener une recherche sur une pratique désavouée

Le collectif des 39 prend acte des dernières décisions de la Haute Autorité de Santé (HAS) concernant l’autisme, et qui interdit de fait le packing « sans exception », sauf dans le service du Pr Delion où une recherche est en cours depuis deux ans à la demande du ministère de la Santé… Ainsi une décision est prise sans attendre les résultats de ce travail important qui sous la pression de lobbies dictant leur conception de la maladie, imposent de se détourner du soin. Nous soutenons avec force notre collègue Pierre Delion, pris au milieu de cette tourmente, et de cette double contrainte : mener une recherche sur une pratique désavouée par la HAS !

loin de se limiter à l’autisme

Mais comme nous le pressentions, cette affaire est loin de se limiter à l’autisme, bien loin de s’appuyer seulement sur le lobby de certaines associations de parents, se plaignant d’un manque d’accueil de certains praticiens, de certains dogmatismes.

en finir avec une psychiatrie adossée à la psychanalyse

Le scandale de l’insuffisance de moyens, de lieux d’accueil et de prises en charge intensive n’est absolument pas pris en compte.

Dès l’annonce de la décision, le président de la HAS a affirmé qu’il s’agissait d’en finir avec une psychiatrie adossée à la psychanalyse et qui serait incapable de faire ses preuves.

contre la psychiatrie relationnelle

Le propos, s’il a le mérite de la clarté, se présente comme une véritable déclaration de guerre contre la psychiatrie relationnelle. Il bascule même dans un négationnisme, occultant les plus de soixante années de travaux, de recherche, de résultats thérapeutiques que nous devons à Françoise Dolto, Maud Mannoni, Tony Lainé et Roger Misés pour ne citer que les plus illustres praticiens français reconnus dans le monde entier.

Le président de la H.A.S. qui avait aussi masqué ses conflits d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique, vient rejeter la psychiatrie que nous pratiquons, ouverte sur l’altérité, ouverte sur tous les autres champs du savoir, dans sa prise en compte du transfert, de l’inconscient et le du désir humain.

Si nous avons à rappeler après la mise en place de la loi indigne du 5 juillet 2011 que les patients ne sont pas des criminels potentiels, bons à enfermer ou à traiter de force à domicile, nous sommes aujourd’hui confrontés à l’extrême violence d’une volonté d’éradication de la psychanalyse et de la psychothérapie institutionnelle, d’une psychiatrie où la dimension relationnelle est au cœur de tout processus de soins, où la dimension psychopathologique n’est pas déniée ou rejetée.

Aujourd’hui le packing, et demain l’interdiction de tout ce qui tisse la vie quotidienne et relationnelle dans les institutions : les médiations qui s’appuient sur les activités thérapeutiques, les repas pris en commun, les ateliers d’expression et de création etc.

évaluation, « preuve » vs. désir

Tout ce qui ne peut être « évalué » dans l’immédiateté, dans la « preuve » par des chiffres, des statistiques, et qui se trouve en rapport avec l’inestimable du désir humain, se trouve ainsi invalidé explicitement par la HAS !

Nous nous trouvons sous le coup d’un « interdit professionnel » et d’une « police de la pensée » où il s’agirait de bannir tout un pan du savoir humain. Cet interdit s’applique de facto aux familles et aux patients qui seraient demandeurs d’une thérapie autre que celles recommandées par cette instance.

Ne nous y trompons pas, ce diktat tente de discréditer une conception de l’humain qui considère que tout homme ne peut en aucun cas se réduire à être un tas de molécules ou un objet à adapter ou à rééduquer.

envahissement d’une bureaucratie abêtissante

Les recommandations, les accréditations, les protocoles et certifications nous imposent un carcan étouffant toute initiative soignante, l’envahissement d’une bureaucratie abêtissante, la mise en place d’un système à même de nous empêcher de soigner.

Ainsi après les ridicules recommandations de bonnes pratiques sur les TOC et la dépression, où tout référence psychopathologique est soigneusement évitée, L’HAS démontre à nouveau sa partialité, son incompétence, son pouvoir de nuisance.

idéologie implacable

Un pas supplémentaire vient d’être franchi :

La HAS et son président se discréditent complètement

En posant ces actes la HAS se révèle au grand jour comme l’instrument d’une idéologie implacablement réductionniste, dégradante et régressive.

C’est pour ces raisons que nous demandons aux candidats à l’élection présidentielle de se prononcer (entre autres) sur :

mise en normes des pratiques, protocolisées et homogènes

L’arrêt immédiat de tous les processus d’accréditation et de certification, des recommandations de “bonne pratique “ et “des conférences de consensus”, validés dirigés et imposés par l’HAS, dont l’objectif d’une mise en normes des pratiques, protocolisées et homogènes, est anti thérapeutique, destructeur des soins et constitue un obstacle majeur à des soins psychiques de qualité.

Aussi le meeting du samedi 17 Mars revêt-il une importance cruciale au cœur de cette campagne électorale. Les soignants, les familles et patients qui sont au programme, avec des scientifiques et des philosophes, vont expliquer les raisons de leur refus d’une instrumentalisation de la science. Nous réaffirmerons notre mot d’ordre d’arrêt de toute cette folie évaluatrice et normative.

Le collectif des 39 contre la nuit sécuritaire

Les 39 à Montreuil pour penser et agir

[Image : Sans titre]

– Tu viens au meeting ?

– Non. Je ne veux même pas savoir où c’est.

– C’est le samedi 17 mars 2012 à Montreuil, à la Parole Errante, de 9 heures à 18 heures

– Je ne viens pas

– Mais tu fais quoi ce samedi 17 ?

– Je dors, j’en ai ma claque! Imagine mes journées: je les passe derrière un écran, et je ne parle plus aux patients. Vois-tu, j’ai mis environ une demie-vie pour apprendre à leur parler. Ou plus exactement ce sont eux, ceux qu’on dit fous, qui m’ont appris à parler. Ça prend du temps ! Et maintenant, à toute allure, on t’oblige à effacer ce que tu as mis ta vie à apprendre.

– Mais justement ! Viens au meeting. C’est pour penser et c’est pour agir !

– Trop tard. C’est foutu. Faut être conscient, quoi ! C’est fini, la psychiatrie ! Maintenant, c’est protocole et compagnie. Alors le programme pour moi, samedi 17 mars, ce sera sieste.

– Tu rêves de quoi, dans tes siestes ?

– Ouh là là, ça fait un moment que je n’ai plus de rêves…. mais des cauchemars…. un monde sans mots… c’est à dire où les mots ne sont plus des mots mais des comprimés… à prendre à heures fixes sous peine d’être catapulté hors du système…. définitivement seul….

– Ah mais ce n’est pas un cauchemar, c’est la réalité ! Ici et maintenant !! Et c’est le sujet du meeting: démonter ces discours qui veulent se faire passer pour de la science. C’est la guerre des mots ! Et il vaut mieux se battre à plusieurs si on veut faire autre chose que de s’empoisonner avec.

– Tu crois qu’il reste une chance ?

– Bien sûr, il reste une chance

– surtout si on s’en saisit !

Patricia Janody


ET A CE MEETING NOUS POURRONS ENTENDRE:

– SERGE PORTELLI, VICE PRÉSIDENT DU TRIBUNAL DE PARIS

– RAZZY HAMMADI, SECRETAIRE NATIONAL DU PS AUX SERVICES PUBLICS

– SYLVIANE GIAMPINO, PRÉSIDENTE DE ZERO DE CONDUITE

– PIERRE DARDOT, PHILOSOPHE, CO AUTEUR DE « LA NOUVELLE RAISON DU MONDE

– JACQUELINE BERGER, AUTEUR DE « SORTIR DE L’AUTISME »

– FRANÇOIS GONON, NEUROBIOLOGISTE

– ANDRE CORET, PHYSICIEN

– LE PROFESSEUR PIERRE DELION

– DES REPRÉSENTANTS DE MESSIEURS HOLLANDE, MELENCHON, POUTOU ET DE MADAME JOLY, CANDIDATS A L’ELECTION PRESIDENTIELLE

– PIERRE JOXE , ANCIEN MINISTRE DE LA DÉFENSE ET DE L’INTÉRIEUR, ET BIEN SUR DES SOIGNANTS, DES PATIENTS, DES PARENTS…


ALORS TOUS AU MEETING DU 17 MARS !

Actualité de Winnicott

Montpellier, le samedi 31 mars 2012

ESPACE ANALYTIQUE LANGUEDOC organise une journée de rencontres et débats sur le thème :

ACTUALITÉ DE WINNICOTT

Salle Pétrarque, 2 place Pétrarque
Espace Analytique
_ audicom@wanadoo.fr

avec la présence de la librairie Sauramps

Les pratiques de soin psychique, qu’elles soient dans les champs socio-éducatif, psychiatrique ou médical, sont aujourd’hui fortement mises à mal par les politiques de santé publique. L’uniformisation se généralise, les protocoles de “bonne conduite” et autres recommandations foisonnent, et ne se soucient plus du malade ni de sa singularité. Avec des concepts comme l’environnement suffisamment bon, la régression, le holding, le squiggle, etc., les théories de D.W. Winnicott nous incitent à penser la nécessité d’un “aménagement de la situation”, d’un ajustement constant du cadre analytique au patient comme au monde qui l’entoure.

Mais le cœur de sa théorie reste le concept d’objet transitionnel. Cette aire intermédiaire d’expérience n’est-elle pas justement de nature à permettre au sujet de surmonter l’épreuve de réalité et, plus largement, de faire une place au rêve et au fantasme ? Il nous semble en effet, aujourd’hui plus que jamais, nécessaire de créer des fictions et d’oser les partager ; bref, de continuer à penser la pratique. Ces étayages psychiques sont là pour permettre au psychanalyste, mais aussi à tous ceux qui interviennent au nom de la souffrance psychique, de résister aux approches comptables et réductrices dans le domaine du soin.

Voir aussi

Un article de Winnicott tout à fait d’actualité :

Non à la sursimplification comportementaliste

Le groupe Espace Analytique Languedoc vous propose une journée d’échanges et de débats afin d’esquisser, de reprendre ou de mettre en question nos pratiques dans la perspective de l’enseignement de Winnicott. Nous tenterons ainsi de dégager ce qui en fait l’actualité, en quoi elle peut être une théorie de référence pour les soignants, quels qu’ils soient, mais aussi un axe de résistance aux effets dévastateurs des évaluations, chiffrages, et à toutes les autres formes de désubjectivation des divers acteurs du soin.


Comité d’organisation : Claude Allione, Lydwine Alric-Thaveau, Jérôme Alric, Patrice Champoiral, Gaelle de Decker, Cosimo Santese, Carole Serrier, Hélène Sigaud

Contacts :
_ claude@allione.eu
_ l-alric@chu-montpellier.fr
_ j-alric@chu-montpellier.fr
_ Patrice.Champoiral@montpellier.unicancer.fr
_ g-de_decker@chu-montpellier.fr
_ santese.cosimo@wanadoo.fr
_ cserrier@ch-bassindethau.fr
_ helenesigaud@hotmail.fr

Autisme : l’approche psychanalytique mise hors jeu

Autisme : l’approche psychanalytique mise hors jeu

Par Catherine Vincent

Le Monde du 8 mars

non consensuelles : ouf ?

La psychanalyse a perdu le combat. Dans leurs recommandations de bonne pratique sur la prise en charge des enfants et adolescents souffrant de troubles envahissants du développement (TED) publiées jeudi 8 mars (lire ci infra), la Haute autorité de Santé (HAS) et l’Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (Anesm) estiment impossible de conclure à « la pertinence » des interventions fondées sur les approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle, qu’elles considèrent comme « non consensuelles« .

[Image : Sans titre]

une ère nouvelle

Ce point avait fait ces dernières semaines l’objet d’une intense agitation médiatique, après la publication par Libération, le 13 février, d’un article faisant état d’une version non définitive de ce rapport. À un détail près, la position de la HAS est restée inchangée, augurant sans doute une ère nouvelle dans la prise en charge de l’autisme.

Très attendu des professionnels comme des associations de familles, ce rapport, fruit d’un travail de deux ans, a mobilisé 145 experts, et a été complété par une consultation publique à laquelle ont répondu plus de 180 organisations. Définis comme un groupe hétérogène de troubles se caractérisant tous par des altérations des interactions sociales, de la communication et du langage, les TED concernaient en 2009 une personne de moins de 20 ans sur 150, soit entre 92 000 et 107 500 jeunes. Une population à laquelle répond depuis des décennies un manque criant de diagnostic et de structures d’accueil, notamment dans le domaine éducatif.

CHANGEMENT DIPLOMATIQUE

Les recommandations de la HAS et de l’Anesm se déclinent autour d’un axe fort : « La mise en place précoce, par des professionnels formés, d’un projet personnalisé d’interventions adapté et réévalué régulièrement » pour les enfants souffrant de TED. Particulièrement préconisées « si elles sont débutées avant 4 ans et dans les trois mois suivant le diagnostic« , ces interventions seront fondées « sur une approche éducative, comportementale et développementale, en respectant des conditions de mise en œuvre ayant fait preuve de leur efficacité : utilisation d’un mode commun de communication et d’interactions avec l’enfant, équipes formées et supervisées, taux d’encadrement d’un adulte pour un enfant, rythme hebdomadaire d’au moins 20-25 heures par semaine« .

recours intensif aux méthodes éducatives et comportementales

Pour la première fois en France dans le champ de la pédopsychiatrie, un texte recommande officiellement le recours intensif aux méthodes éducatives et comportementales, dont les résultats prometteurs ont été actés de longue date dans plusieurs pays occidentaux.

Autre point essentiel : l’attention portée à la place et à la singularité de la famille et de l’enfant dans l’accompagnement. Les rapporteurs recommandent par ailleurs aux parents d’être « particulièrement prudents vis-à-vis d’interventions présentées comme permettant de supprimer complètement les manifestations des TED » : aucun traitement ne permet de guérir l’autisme, ni d’en supprimer totalement les troubles.

on n’est pas passé loin du non recommandées

Si l’approche éducative et comportementale (type ABA ou Teacch), basée sur des apprentissages répétés, fait donc désormais partie des « interventions recommandées« , il n’en va pas de même pour les approches psychanalytiques. « L’absence de données sur leur efficacité et la divergence des avis exprimés ne permettent pas de conclure à la pertinence des interventions fondées sur les approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle« , lit-on au chapitre des « Interventions globales non consensuelles« . Un changement diplomatique mais minime au regard de la version de février, qui ajoutait à l’appréciation « non consensuelles » celle de « non recommandées« .

« RÉACTIONS EXTRÊMEMENT PASSIONNELLES »

il est temps que les psychiatres se remettent en question

Face au tollé déclenché par cette version provisoire, la HAS a-t-elle tenté de ménager le milieu pédo-psychiatrique en adoucissant son propos ? « Notre objectif n’était pas d’apaiser le jeu. Nous avons pris bonne note des réactions extrêmement passionnelles qui se sont exprimées, mais nous avons décidé de ne pas modifier notre calendrier ni notre procédure« , affirme le professeur Jean-Luc Harousseau, président du collège de la HAS. Constatant que « plus de trente ans après leur introduction, ces méthodes n’ont pas fait la preuve ni de leur efficacité ni de leur absence d’efficacité« , il estime qu’il est temps que les psychiatres se remettent en question, et « acceptent une évaluation de leurs actions en fonction de critères d’efficacité sur le comportement des enfants, définis par eux et avec la coopération et l’accord des parents« .

opposition formelle au packing

Reste le packing, technique d’enveloppements humides réservés aux cas d’autisme les plus sévères, contre laquelle la plupart des associations de parents s’élèvent violemment depuis des années. Sans grande surprise, la HAS et l’Anesm, « en l’absence de données relatives à son efficacité ou à sa sécurité« , se déclarent « formellement opposées à l’utilisation de cette pratique« . A l’exception des essais cliniques autorisés et « respectant la totalité des conditions définies par le Haut Conseil de la santé publique« , dont l’un est en cours au CHRU de Lille.

Autisme: la HAS et l’Anesm opposées à la pratique du packing hors recherche

Jeudi 8 mars 2012 – 11:30

Autisme: la HAS et l’Anesm opposées à la pratique du packing hors recherche


PARIS, 8 mars 2012 (APM) – La Haute autorité de santé (HAS) et l’Agence nationale d’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (Anesm) sont « formellement opposées » à la pratique du packing chez des enfants et adolescents autistes hors protocole de recherche, ont-elles annoncé jeudi.

approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle classées « interventions globales non consensuelles« 

Les deux institutions classent également les approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle dans la catégorie des « interventions globales non consensuelles », appelant les équipes les pratiquant à mener des recherches cliniques permettant de les évaluer.

La HAS et l’Anesm ont rendu publiques jeudi des recommandations de bonne pratiques sur « Autisme et autres troubles envahissants du développement: interventions éducatives et thérapeutiques coordonnées chez l’enfant et l’adolescent« . Elles mettent l’accent sur la nécessité d’élaborer un projet personnalisé d’interventions pour chaque enfant (cf APM LDPC8001).

Ces recommandations résultent d’un long processus d’élaboration de deux ans, suivant une méthode de consensus formalisé faisant appel à 145 experts et une consultation publique impliquant plus de 180 organismes (cf APM HMOEI004 et APM COOGB003). Ces recommandations avaient été demandées dans le plan autisme 2008-10 aux deux institutions, qui ont décidé de publier un document commun.

Leur appréciation est très attendue sur la question du packing et sur les approches psychanalytiques en raison de demandes d’interdiction pressantes et réitérées d’associations de parents depuis 2009. Les deux institutions avaient dû faire une mise au point mi-février à la suite de fuites dans la presse (cf APM HMPBD001).

« En l’absence de données relatives à son efficacité ou à sa sécurité, du fait des questions éthiques soulevées par cette pratique et de l’indécision des experts en raison d’une extrême divergence de leurs avis, il n’est pas possible de conclure à la pertinence d’éventuelles indications des enveloppements corporels humides (dits packing), même restreintes à un recours ultime et exceptionnel« , indique la recommandation.

« En dehors de protocoles de recherche autorisés respectant la totalité des conditions définies par le Haut conseil de la santé publique (HCSP), la HAS et l’Anesm sont formellement opposées à l’utilisation de cette pratique« .

Le HCSP, appelé à se prononcer sur « les risques éventuels liés à l’utilisation du packing« , avait estimé en février 2010 qu’il devrait être strictement protocolisé et demandait que des travaux de recherche « neurophysiologique et clinique » soient menés pour statuer sur des bases scientifiques sur la balance bénéfices/risques de cette pratique (cf APM HMNCC004).

Une étude coordonnée par le CHU de Lille et financée sur le programme hospitalier de recherche clinique (PHRC) est en cours pour évaluer l’efficacité du packing chez des enfants autistes avec troubles graves du comportement. Mais, en raison des critiques contre la pratique, le nombre d’enfants recrutés est faible et sa poursuite paraît difficile, ont fait savoir ses promoteurs.

POURSUIVRE LA RECHERCHE CLINIQUE SUR LES APPROCHES PSYCHANALYTIQUES

Le jugement sur les approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle est moins radical puisque la HAS et l’Anesm estiment qu’ils ne peuvent pas conclure en l’absence de données d’évaluation mais ne s’opposent à leur utilisation.

« L’absence de données sur leur efficacité et la divergence des avis exprimés ne permettent pas de conclure à la pertinence des interventions fondées sur les approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle« .

Dans un document d’explication, les deux agences indiquent que cette appréciation doit « inciter les équipes des centres hospitaliers universitaires et des autres organismes ayant une mission de recherche (centres de ressources autisme, universités, laboratoires de recherche, centres régionaux pour l’enfance et l’adolescence inadaptées, etc.) à développer la recherche clinique » sur ces pratiques.

SEPT PRATIQUES NON RECOMMANDÉES

En revanche, les recommandations classent sept « interventions globales » comme non recommandées, selon un accord des experts.

Il s’agit du programme Son Rise*, de la « méthode des 3i », de la méthode Feuerstein, de la méthode Padovan ou réorganisation neurofonctionnelle, de la méthode Floortime ou Greenspan, en tant que méthode exclusive (« cette pratique peut être proposée au sein d’un projet d’interventions coordonnées » mais avec une notation de grade C correspondant à un faible niveau de preuve), la méthode Doman-Delacato et le recours au mélange gazeux dioxyde de carbone-oxygène associé à une méthode précédente.

Ce jugement s’appuie sur l’absence de données sur leur efficacité, sur le caractère exclusif de leur application et sur leur absence de fondement théorique, est-il indiqué.

Voir vers la page de la HAS Recommandations de bonne pratique HAS Anesm

Ainsi qu’au bas de la page les trois documents pdf suivants :

– Synthèse Autisme TED enfant adolescent interventions
– Recommandations Autisme TED enfant adolescent interventions
– Argumentaire Autisme TED enfant adolescent interventions

La génétique, « cause » de l’autisme ?

Par David Simard

La génétique, « cause » de l’autisme ?


Des associations de parents d’enfants autistes, des personnes autistes elles-mêmes, ainsi que des scientifiques, affirment que l’autisme est biologique. Cette affirmation s’inscrit dans le cadre d’une joute contre la psychanalyse, accusée de rendre responsables et coupables les parents, et plus spécialement les mères, de l’autisme de leurs enfants.

Cette polémique rend difficilement audibles des discours argumentés, notamment sur la question de la dimension biologique de l’autisme, considérée comme acquise. Or, rien n’est si avéré en la matière.


La question de savoir si l’autisme est biologique requiert de s’interroger sur ce qui est entendu par « est ». S’agit-il de dire que la cause unique de l’autisme, ce que l’on appelle l’étiologie, est biologique – et plus spécialement génétique ? Ou bien que dans les cas d’autistes étudiés avec l’œil du généticien, on a trouvé des marqueurs biologiques ? La nuance peut sembler subtile, voire inexistante, elle est pourtant de taille.

éléments biologiques autres que génétiques, des éléments de mode de vie, des éléments d’environnement familial

En effet, identifier des marqueurs génétiques chez des personnes diagnostiquées comme autistes ne suffit pas à établir que ces gènes sont la cause de l’autisme de ces personnes, et encore moins la cause unique. Cela peut indiquer par exemple une prédisposition supérieure par rapport à des personnes pour lesquelles on ne trouve pas ces marqueurs génétiques, mais dont le déclenchement dépendra d’éléments extérieurs à ces gènes, qui peuvent être des éléments biologiques autres que génétiques, des éléments de mode de vie, des éléments d’environnement familial.

Une synthèse sur l’état de la recherche

La question est donc celle-ci : est-il scientifiquement établi que l’autisme a pour cause unique des gènes ? Pour tenter de répondre à cette question, la lecture du livre Autisme, le gène introuvable. De la science au business, Seuil, 2012, du biologiste moléculaire et directeur de recherches émérite au CNRS Bertrand Jordan, est instructive.

Il présente en effet plusieurs avantages. Tout d’abord, eu égard à la polémique contre la psychanalyse, il n’est pas négligeable de pouvoir se référer à un biologiste, tel Bertrand Jordan, qui rejette le recours à la psychanalyse dans la prise en charge des personnes autistes. Cela permet d’éviter de le soupçonner de construire un discours sur le plan de la génétique qui ait pour fin de soutenir les approches psychanalytiques.

une très forte composante génétique

Voici le dernier commentaire de Bertand Jordan sous l’article d’Élisabeth Roudinesco [?]

« Je suis l’auteur du livre Autisme, le gène introuvable, » cité par Élisabeth Roudinesco. Elle n’a pas dû le lire bien attentivement, car j’y présente les données scientifiques qui montrent que l’autisme présente une très forte composante génétique (en gros, le fait que les vrais jumeaux sont « concordants » à 80%, c.a.d. que si l’un est autiste l’autre l’est presque toujours lui aussi, alors que les faux jumeaux ne sont concordants qu’à 10% – dans les deux cas les deux jumeaux naissent et sont élevés ensemble, mais seuls les vrais jumeaux portent exactement le même jeu de gènes).

beaucoup de gènes impliqués

Si un diagnostic génétique est actuellement impossible, c’est parce qu’il n’y a pas un seul gène, mais des dizaines et peut-être des centaines de gènes dont certains variants augmentent le risque d’autisme, c’est donc difficile à éclaircir et c’est encore plus difficile d’en tirer un test viable. Le gène de l’autisme est introuvable, non parce que l’autisme n’est pas génétique (il l’est majoritairement) mais parce qu’il y a beaucoup de gènes impliqués. J’espère que cette brève explication est claire, sinon vous pouvez toujours acheter mon livre (Ed. du Seuil, janvier 2012) :+) !  » 



Une mère, deux enfants autistes, une bataille sans fin

Une mère, deux enfants autistes, une bataille sans fin

Par Catherine Vincent

REPORTAGE | LEMONDE | 08.03.12 | 11h50 • Mis à jour le 08.03.12 | 11h59

En Belgique, des centres spécialisés accueillent depuis des années des petits autistes français.

Lille, Envoyée spéciale – Vite, avant qu’il ne fasse une colère, elle envoie Antoine jouer dans le jardin. Promet à Matthieu qu’il pourra bientôt voir un dessin animé. Complimente Charlotte, qui dessine en silence, tente à nouveau d’apaiser Antoine, s’inquiète de Matthieu qui crie à l’étage… Le mercredi, Monique Kowalczyk est maman à temps plein. Matthieu, bientôt 7 ans, est autiste de haut niveau. Antoine, 5 ans, jumeau de Charlotte, est autiste sévère. Infirmière puéricultrice dans un hôpital de Roubaix (Nord), elle vit seule avec ses trois enfants : comme beaucoup d’autres, le handicap des garçons a fait exploser son couple.

« J’ai eu de la chance, beaucoup de chance », répète-t-elle. Et de fait : régnerait-il une telle sérénité dans ce salon empli de jouets si elle n’avait pas tant bataillé pour que le diagnostic de trouble envahissant du développement (TED) de ses deux fils soit établi au plus vite? Antoine avait tout juste 2 ans.

Aujourd’hui, Matthieu est en cours préparatoire. Accompagné d’une auxiliaire de vie scolaire dix-huit heures par semaine, il est parmi les premiers de sa classe. Antoine, lui, se rend la semaine dans un centre éducatif spécialisé, où il a fait de grands progrès. « Quand il avait 2 ans, son contact avec notre monde ne tenait qu’à un fil, se souvient Mme Kowalczyk. Désormais, il parvient à passer une demi-journée par semaine avec des enfants ordinaires sans que cela ne tourne au drame. »

Une vraie chance, en effet. Mais aussi un épuisant parcours du combattant, que connaissent des milliers de familles.
_ L’autisme? Avant qu’il n’entre dans son foyer, la jeune infirmière n’en avait guère entendu parler. Ce handicap, à l’origine neurobiologique mal comprise, souffre en France d’un manque criant de structures de diagnostic et d’accueil. Et fait l’objet de violentes querelles théoriques, entre tenants de soins psychothérapiques et défenseurs de méthodes éducatives.

« Durant mes démarches pour obtenir un diagnostic, j’ai rencontré plusieurs pédopsychiatres, raconte Mme Kowalczyk. Au moins deux d’entre eux m’ont demandé si j’avais désiré mes enfants pendant que j’étais enceinte. Quand on demande de l’aide pour une chose si grave, on attend d’autres paroles qu’un discours culpabilisant ! » Les choses traînent, les troubles augmentent.

La jeune femme se décide à emmener ses enfants à l’hôpital parisien Robert-Debré, où le diagnostic est enfin établi. Le sésame pour une prise en charge. Ou le saut dans un nouveau cauchemar. Parce qu’il faut patienter de longs mois, voire des années, avant d’avoir une place. Parce que les structures d’accueil sont multiples, parfois expérimentales, souvent antagonistes. Hôpital de jour, CMP (centre médico-psychologique), Sessad (service d’éducation et de soins spécialisés à domicile) et bien d’autres : comment s’y retrouver dans ce dédale? Le Centre ressources autisme (CRA) Nord-Pas-de-Calais, ouvert en 2006, fait ce qu’il peut pour faciliter la tâche des familles. Mais il faut avoir le cerveau bien organisé et la détermination chevillée au corps pour ne pas se décourager.

« J’AI DEMANDÉ UN SOUTIEN EN ORTHOPHONIE. ON M’A RI AU NEZ »

« Même si les choses n’évoluent jamais assez vite pour les parents, elles sont en train de s’améliorer », tempère Olivier Masson, directeur du CRA. Il vante avec ferveur la coopération qui s’instaure peu à peu entre secteur sanitaire et secteur médico-social : « Les enfants sont repérés de plus en plus tôt, mieux orientés, et surtout, on travaille merveilleusement bien avec l’éducation nationale. Dans la région, on n’a jamais eu le moindre refus de la part des écoles », précise Karine Vanlierde, psychologue au CRA.

En Belgique, où des centres spécialisés accueillent depuis des décennies des petits autistes français, on affirme d’ailleurs avoir moins de demandes depuis quelque temps. Preuve que quelque chose, enfin, commence à bouger de ce côté-ci de la frontière.

Mais avec quelle lenteur ! Et quel manque de cohérence ! « Dès le début, il m’a paru clair qu’Antoine avait besoin de stimulation. Je me suis renseignée sur Internet, je suis devenue membre d’une association de parents, et j’ai proposé au CMP vers lequel on m’avait orientée qu’on lui donne un soutien en orthophonie et en psychomotricité. On m’a ri au nez ! », se souvient Mme Kowalczyk. Elle retourne au CRA, découvre l’existence d’autres structures, se démène une fois de plus. Et trouve enfin pour Antoine une place au Centre du parc Barbieux, à Roubaix. Une vaste demeure de brique ceinte d’un grand jardin, qui accueillait déjà, il y a un demi-siècle, ceux qu’on appelait alors de jeunes psychotiques.

>>> Voir notre portfolio « A Roubaix, la prise en charge sur mesure des autistes »

ce n’est pourtant pas assez

« Une cinquantaine de personnes au total, dont trois temps-plein de psychologues, quatorze temps-pleins d’éducateurs, un neuropédiatre à temps partiel, une infirmière, une intervenante sociale… Ce n’est pas mal, mais ramené au nombre d’enfants, ce n’est pourtant pas assez« , détaille Claire Mouvier, directrice du centre. Celui-ci prend en charge, aux horaires scolaires, 35 autistes âgés de 4 à 20 ans. Des autistes sévères, qui n’ont pas pu intégrer l’école. Presque tous ont une déficience mentale associée, et présentent de gros problèmes de comportement.

Pour les aider à mieux vivre, on utilise tous les moyens du bord, psychanalyse exceptée : méthodes éducatives, ateliers (cuisine, menuiserie, vélo), liaison suivie avec les parents. « Le principal, c’est de chercher ce qui va le mieux fonctionner avec chaque enfant« , résume le psychologue Yves Peiffer. La plupart ont près d’eux leur « carnet de PECS » (Picture Exchange Communication System) : un classeur orné de bandes autocollantes, sur lesquels enfants et éducateurs placent et déplacent les icônes qui vont leur permettre de dialoguer. Parfois, la conversation est ponctuée de mots, parfois non. L’essentiel est de se faire comprendre.

LA MÉTHODE ABA, DES RÉSULTATS SPECTACULAIRES

« L’équipe est en relation permanente avec la famille, un bilan est établi chaque année, avec des objectifs à court, à moyen et à long terme: Antoine a toujours une vie difficile, mais au moins je sais où nous allons », résume Mme Kowalczyk. Au point de s’être offert le luxe, il y a quelque temps, de refuser la place qui était proposée à son fils, « pour trois mois à l’essai », au Centre Camus de Villeneuve-d’Ascq : la seule structure de la région où l’on pratique exclusivement l’approche éducative ABA (Applied Behavior Analysis, ou « analyse appliquée du comportement »).

En plein développement aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Scandinavie, en Espagne, celle-ci permet parfois à de très jeunes enfants de développer leurs capacités d’autonomie de façon spectaculaire.

que cette approche comportementaliste ait elle aussi droit de cité

Fondée sur la répétition d’apprentissages simples, la méthode ABA insiste sur le conditionnement opérant, l’obéissance et les récompenses. Très décriée par les psychanalystes, qui dénoncent une technique de « dressage », elle reste quasiment inexistante en France. Au grand dam des familles d’autistes, qui demandent depuis vingt ans que cette approche comportementaliste ait elle aussi droit de cité.

Vinca Rivière, elle, est catégorique: « Au moins un enfant sur deux ans qui arrive ici avant l’âge de 4 ans doit en ressortir quelques années plus tard en étant autonome : son handicap restera, mais il ne se verra plus. » Docteur en analyse du comportement, elle s’est beaucoup battue pour ouvrir le Centre Camus, où 49 personnes encadrent 20 enfants à raison de 35 heures par semaine. Depuis 2008, le lieu bénéficie d’un agrément expérimental de l’Agence régionale de la santé, ce qui permet que la prise en charge (410 euros par jour) soit couverte par la Sécurité sociale. La préfiguration de ce qu’on trouvera, demain, dans toutes les régions de France? Centre ABA, structure médico-sociale, hôpital de jour…

Avouons-le : au pays de l’autisme sévère, les lieux d’accueil se ressemblent tous. Partout des enfants plus ou moins abîmés, plus ou moins fuyants. Partout des éducateurs, des psychologues, des soignants qui agissent de leur mieux. Tous ont leurs convictions propres, mais sont unanimes sur un point : améliorer la vie des enfants autistes, endiguer leur isolement, cela passe avant tout par une prise en charge individuelle et intensive. Par la prise en compte de leurs spécificités. Et parfois, par un détail tout simple. Comme pour cette jeune fille, qui présentait de tels troubles du comportement à la cantine qu’elle a failli être déscolarisée.

« En fait, elle ne supportait pas le bruit. On lui a appris à porter des bouchons d’oreille, elle est aujourd’hui au collège, avec 16 de moyenne en géographie… Sans ces bouchons d’oreille, elle aurait peut-être été traitée en hôpital psychiatrique ! », affirme Philippe Turbot, directeur à Lille d’un Sessad prenant en charge une vingtaine d’enfants, tous scolarisés à temps plein. Parmi eux, Matthieu. En deux ans, il y a appris à s’ouvrir aux autres, et à aimer l’école. Il se lève, va chercher son bulletin de CP, nous le montre fièrement. « Elève très agréable et volontaire. Continue ainsi! », a écrit l’institutrice en lettres rondes. Pour Matthieu, le plus beau compliment qui soit.

>>> Lire aussi nos témoignages de familles « Les parents d’enfants autistes s’épuisent à chercher des solutions de prise en charge »

la famille reconstruite

La famille reconstruite

Traversée | LE MONDE DES LIVRES | 08.03.12 | 10h21

par Élisabeth Roudinesco

A la fin du XIXe siècle, au moment où Freud s’inspire de la tragédie d’Œdipe pour introduire dans la culture occidentale l’idée que le père engendre le fils qui sera son assassin, les réactionnaires, annonciateurs d’apocalypse, s’en prennent aux femmes désireuses de s’émanciper du carcan d’un ordre patriarcal répressif. Si celles-ci quittent le foyer pour travailler, si elles s’engagent en politique ou utilisent la contraception, disent-ils, alors viendra le chaos : la famille disparaîtra, l’autorité du père sera détruite, les femmes refuseront la maternité et l’espèce humaine s’éteindra.

la question de l’homoparentalité

Cette même terreur s’est répétée, cent ans plus tard, lorsque est apparue, à partir de 1980, d’abord aux États-Unis puis en Europe, la question de l’homoparentalité : ce désir des homosexuels d’entrer dans l’ordre familial. Que deux personnes du même sexe puissent devenir des parents à part entière, voilà qui renversait le paradigme de la famille dite « naturelle », fondée sur l’accouplement charnel entre un homme et une femme.

D’où un credo récurrent : si un tel projet se réalisait, la société risquerait de se transformer en une confrérie d’individus hédonistes, semblables les uns aux autres et rebelles à tout interdit. Et malgré les changements intervenus depuis l’entrée en vigueur en France du pacs (pacte civil de solidarité, fin 1999), lequel n’ouvre pas droit pour les homosexuels à l’adoption ou à la procréation médicalement assistée, cette thèse reste présente dans les esprits de bon nombre d’intellectuels et d’élus de la République, hantés par le fantasme d’une disparition de la différence des sexes, laquelle ne serait, à leurs yeux, que le symptôme agissant d’une abolition de la famille.

l’expression d’une homophobie ordinaire

Dans un essai sur L’Homoparentalité en France, Eric Garnier, ancien président de l’Association des parents gays et lesbiens (APGL), retrace l’histoire des batailles menées depuis 1986 par les homosexuels français, avec pour toile de fond l’épidémie de sida, les injures, la bêtise. Et l’on reste confondu, aujourd’hui, à la lecture de ce que fut pendant toutes ces années l’expression d’une homophobie ordinaire, issue non pas des couches populaires, plutôt favorables à cette évolution des moeurs, mais de certaines élites en proie à la terreur d’une plongée dans la barbarie.
Voici quelques exemples de cette furia française : Christine Boutin brandissant la Bible à l’Assemblée nationale, Luc Ferry affirmant d’un air péremptoire que la famille c’est « un père et une mère » ou encore l’historien Emmanuel Leroy-Ladurie évoquant le spectre d’une fabrication de pédophiles en chaîne. Et Eric Garnier oppose à cela le courage de ceux qui osèrent d’emblée soutenir les parents homosexuels : Dominique Strauss-Kahn et Roselyne Bachelot.

la famille est désirable

Notons aussi combien furent précieux, durant cette période, les travaux de sociologues, anthropologues et historiens qui contribuèrent à éclairer l’opinion sur une question centrale : comment les homosexuels sont-ils passés, au tournant du siècle, d’un rejet de l’ordre familial à un désir de s’y intégrer ? Parmi les réponses, on retiendra l’idée que la famille est désirable et qu’une fois l’homosexualité dépénalisée, autour des années 1980, les homosexuels n’avaient plus aucune raison de disjoindre, comme ils l’avaient fait auparavant, l’amour pour le même sexe et la volonté d’avoir une descendance.

la palme revient aux psychanalystes

Par ailleurs, comme la famille est un fait universel qui témoigne du passage de la nature à la culture et qui repose sur la prohibition de l’inceste, laquelle conditionne l’échange entre des partenaires (exogamie) et la possibilité d’une filiation (descendance), rien ne s’oppose à ce que, dans des conditions historiques et scientifiques nouvelles, les partenaires soient du même sexe. Et, de même, rien ne s’oppose à ce que ces partenaires, fertiles ou infertiles, se séparent (divorcent) après avoir été unis. A cet égard, l’entrée des homosexuels dans l’ordre familial n’est pas un phénomène « contre-nature ». Elle indique au contraire que la famille, sous ses multiples aspects, a un solide avenir devant elle, qu’elle soit conjugale, recomposée, homoparentale, monoparentale ou encore adoptive : avec ou sans gestation pour autrui (GPA, mères porteuses), avec ou sans procréation médicale assistée (PMA).
Dans le genre sottisier, Éric Garnier relève que la palme revient aux psychanalystes. Au nom d’une psychologie oedipienne de bas étage, nombre d’entre eux se lancèrent dans une croisade indigne, comparant les homosexuels à des eugénistes ou à des insensés cherchant à briser la sacro-sainte « loi du père » pour engendrer des générations de psychotiques « symboliquement modifiés ».

abandonner le principe même d’une évaluation de la condition humaine

On comprend alors pourquoi Martine Gross, ancienne présidente de l’APGL, victime des quolibets des psychanalystes et auteur d’un ouvrage militant, Choisir la paternité gay, a pu soutenir l’idée de soumettre les familles homoparentales à des expertises psychologiques visant à prouver qu’elles seraient aussi « normales » que les autres. Quand on sait que les enfants d’homosexuels sont, pour la plupart, issus d’un milieu socialement privilégié et que leurs parents, soucieux de « normalité », ont toujours fait preuve envers eux d’une attention soutenue, on peut imaginer que les résultats de ces enquêtes sont positifs. Peut-être serait-il préférable d’abandonner le principe même d’une évaluation de la condition humaine ?

parenté, construction sociale et humaine

La parenté est donc une construction sociale et humaine. Et c’est dans cette perspective que Sophie Nizard, sociologue des faits religieux et proche de Martine Gross, analyse, dans Adopter et transmettre, la question de la filiation adoptive dans le judaïsme contemporain. On sait que selon la loi rabbinique, instaurée au IIe siècle, tout enfant né d’une mère juive est considéré comme juif. Aussi la filiation adoptive n’est-elle autorisée chez les juifs que si l’enfant né d’une mère non juive est converti avant d’être adopté.

M. Meyer, un maître de la parenté

Partant de là, Sophie Nizard étudie des situations multiples qui ressemblent autant à celles des homosexuels qu’à un condensé d’histoires juives, issues de la mémoire de la Shoah. Ainsi dresse-t-elle un portrait émouvant d’un certain M. Meyer, fondateur en 1962, à Strasbourg, de l’association Le Trait d’union. Philanthrope, il se donna pour mission de sauver tous les enfants juifs en danger, allant jusqu’à convaincre des femmes de ne pas recourir à l’avortement en cas de grossesse non désirée. Grâce à son action, les enfants abandonnés, dont il transmettait l’histoire, ne souffraient d’aucune carence avant d’être adoptés. Ils avaient trouvé en lui non pas un père de substitution, mais un « maître de la parenté. » La sociologue montre aussi que la question de la ressemblance est toujours essentielle. Et, quand on les cherche on les trouve, au point que des parents s’amusent quand on affirme devant eux que leurs enfants adoptifs leur ressemblent.

déconstruire l’autorité du pater familias

« En coupant la tête du roi, disait Balzac, la Révolution a fait tomber la tête de tous les pères de famille. » Ce régicide légal contribua à l’avènement d’une société qui ne cessa, tout au long du XIXe siècle, de déconstruire l’autorité du pater familias. La famille contemporaine, égalitaire, conflictuelle et névrosée, en est l’aboutissement. Et l’on sait bien que plus jamais ne reviendra ce temps où l’on pensait que le père de droit divin était le véhicule unique de toute ressemblance psychique et charnelle. Tel est le message des études contemporaines sur la famille. N’en déplaise à ceux qui rêvent, périodiquement, et à coups d’anathèmes, d’une restauration caricaturale de l’ordre ancien.

Signalons, de Martine Gross, la parution en poche de Qu’est-ce que l’homoparentalité ?, Petite bibliothèque Payot, 250 p., 7,50 €.


Ouvrages

– Eric Garnier. L’Homoparentalité en France. La bataille des nouvelles familles, Ed. Thierry Marchaisse, 350 p., 19 €.
_ L’auteur étudie les étapes de la lutte des homosexuels pour faire reconnaître, depuis trente ans, leur droit au mariage et à la parenté. On trouvera en outre dans cet ouvrage un panorama des réactions hostiles à ces luttes, insultes et arguments insensés souvent émis par des intellectuels et des politiques. Édifiant.

– Martine Gross. Qu’est-ce que l’homoparentalité ?, Petite bibliothèque Payot, poche, 250 p., 7,50 €.

– Martine Gross. Choisir la paternité gay, Erès, 290 p., 25 €.
_ Militante et fondatrice de l’Association des parents gays et lesbiens, Martine Gross explore les motivations, les doutes et le vécu d’hommes devenus pères dans des conditions difficiles. À travers leurs récits, on découvre comment s’est constituée une communauté hors norme unie en un même désir de lier une inclination sexuelle et la volonté de fonder une famille.

– Sophie Nizard. Adopter et transmettre. Filiations adoptives dans le judaïsme contemporain, Ed. de l’EHESS, « En temps et lieux », 238 p., 20 €.
_ À partir d’une étude serrée, l’auteur montre, à travers le phénomène de l’adoption, comment la parenté se construit autant par une quête des origines et de l’identité des parents et des enfants que, dans le cas particulier des filiations juives contemporaines, par la transmission d’une mémoire où se croisent différents récits de vie et de mort.

Extraits

« Quand l’homosexualité était synonyme de vice, de maladie, qu’il fallait soigner par tous les moyens, il était impensable pour de tels « malades » de se projeter comme des parents potentiels. Parer au plus pressé était le seul viatique: essayer de vivre, rester entre soi. Les enfants? Et si on (…) ne leur offrait que la perspective d’une vie aussi rude que la nôtre? (…) Et cette époque n’est pourtant pas bien lointaine. (…) Il faut se remémorer les mots de Diderot : « Tout ce qui est, ne peut être ni contre ni hors nature. » »
_ L’Homoparentalité en France, page 47.

« Certains veulent être des parents ordinaires (…) et s’entourent de gens qui les considèrent ainsi. Ils ont constitué une famille selonla représentation traditionnelle: un couple stable avec enfants. D’autres peuvent avoir conscience de défier les valeurs hétéronormées. Pour certains, le droit à l’indifférence est l’objectif le plus urgent, pour les autres il s’agit d’être des pionniers en tant que pères gays. La plupart maintiennent un délicat équilibre entre ces attitudes. »
_ Choisir la paternité gay, page 12.

« Que sait-on des parents de naissance ? Dans de nombreux entretiens, s’élabore la construction d’une origine acceptable de l’enfant et de sa génitrice et en même temps une disqualification de la mère qui abandonne son enfant, pour pouvoir envisager la substitution. Deux situations extrêmes mettent symboliquement face à face deux femmes : l’une a un enfant qu’elle ne souhaite pas garder, l’autre désire à tout prix un enfant quelle ne peut pas « fabriquer » par la procréation. L’adoption permet une substitution de l’une par l’autre. »
_ Adopter et transmettre, page 127.

La psychanalyse doit débattre de l’autisme

La psychanalyse doit débattre de l’autisme

Propos recueillis par Jean-François Marmion

Article publié le 23/11/2011 dans le Cercle psy

En présentant les positions de plusieurs psychanalystes à propos de l’autisme, un documentaire, Le Mur, fait polémique. S’estimant piégés, trois des interviewés ont engagé une action en justice contre la réalisatrice, la journaliste Sophie Robert. Celle-ci nous livre sa version des événements.

Avant d’en venir à la polémique qu’il a suscitée, expliquez-nous pourquoi et comment vous avez conçu ce documentaire ?

Je voulais être psychanalyste, avant de m’orienter vers l’audiovisuel. Je suis fondamentalement en accord avec la démarche psychanalytique (aller voir quelqu’un pour déposer son fardeau existentiel), qui me fascine depuis de longues années : je me définis comme une anthropologue de la psychanalyse, en amateur, mais ayant accumulé pas mal de connaissances. Sachant qu’il y a une différence énorme entre son image dans le grand public et sa réalité lorsqu’elle est exprimée entre initiés, j’avais envie d’en faire un état des lieux accessible à tous. Je suis donc en contact avec Arte depuis plus d’un an pour une série de six documentaires. L’idée était de faire un voyage dans la théorie psychanalytique, fondamentalement la théorie sexuelle, qui distingue la psychanalyse des autres théories. Je ne voulais pas dresser un monument historique à la psychanalyse, mais voir ce qu’elle avait de vivant aujourd’hui. J’ai rencontré une quarantaine de psychanalystes, j’en ai filmé 27 pendant deux à trois heures chacun, ce qui a donné 60 heures de rushes. Je voulais qu’ils parlent franchement, en assumant les points de vue politiquement incorrects du discours psychanalytique. Ils ont joué le jeu, ont accepté de s’exprimer avec sincérité, et je leur en suis reconnaissante. Nos entretiens étaient très riches.

Puisque vous avez projeté toute une série de documentaires, pourquoi avoir choisi de terminer en premier celui qui porte sur l’autisme, sujet explosif ?

C’est vraiment un hasard, pas de l’opportunisme. Je ne voulais pas travailler spécifiquement sur l’autisme, mais il est considéré comme la pire des psychoses pour la psychanalyse, ce qui est vraiment une spécificité française puisque le reste du monde le définit depuis 30 ans comme un trouble neurologique, et qu’à l’étranger les patients sont diagnostiqués très tôt et pris en charge non pas en psychiatrie, mais avec des méthodes comportementales et éducatives adaptées. Il m’a paru intéressant d’extraire ce sujet pour lui consacrer un volet à part entière.

Ce film ne serait donc pas une entreprise délibérée de démolition, en tout cas de déstabilisation, de la psychanalyse ?

Je ne pense pas du tout avoir fait une entreprise de déstabilisation : c’est la psychanalyse qui se déstabilise toute seule. Si mon film est polémique, c’est à cause du discours des psychanalystes en lui-même. Ils étaient très à l’aise, très heureux d’être filmés. Mais je pense qu’ils ne se rendent pas compte de la portée de leurs propos. J’étais vraiment stupéfaite. Je pensais faire un travail beaucoup plus nuancé, or je ne me serais jamais attendue à entendre ce que j’ai entendu de la part de l’immense majorité d’entre eux. Je n’aurais pas imaginé des propos aussi haineux à l’égard de la science, par exemple, ni aussi viscéralement sexistes. Je ne pense pas qu’il existe un quelconque contexte dans lequel affirmer que l’enfant est le substitut du phallus maternel, aliéné au désir de sa mère, est un propos acceptable. J’ai recherché des psychanalystes capables de me tenir un discours différent : j’ai eu du mal à en trouver, et les personnes en question ont refusé de critiquer les positions extrémistes de leurs collègues devant la caméra.

Les psychanalystes Alexandre Stevens, Esthela Solano-Suarez et Eric Laurent se sont retournés contre vous après leurs interviews. Que demandent-ils ?

Des dommages et intérêts faramineux : 290 000 euros. Plus le remboursement des frais d’avocat, 20 000 euros pour faire publier le jugement, et 15 000 euros d’astreinte par jour après celui-ci. Et surtout l’interdiction complète du film. Ils ne contestent pas les idées exprimées, mais prétendent que j’ai escamoté les arguments qui les rendraient acceptables. Leurs propos sont pourtant tenus partout chez les psychanalystes, qui considèrent que le public n’est pas apte à entendre ce genre de discours. Je pense que si, et qu’il faut l’assumer.

Ils vous reprochent de ne pas avoir pu exercer de droit de retrait en visionnant le documentaire avant sa diffusion.

Ils m’avaient posé la question avant le tournage, et je leur avais dit non d’emblée. C’était très clair. Ce n’est absolument pas dans les usages des documentaristes, quel que soit le sujet. Sinon, on ne peut plus travailler.

Mais pour eux, contrairement à ce qui leur avait été annoncé, ce n’est pas un documentaire : c’est un film militant.

_ Le projet, encore une fois, n’était que de décrypter la psychanalyse pour le grand public. J’ai fait un film avec le matériau qu’ils m’ont donné. Les trois psychanalystes qui m’attaquent prétendent que j’ai déformé leurs propos pour rendre la psychanalyse ridicule. Cela signifie qu’ils sont convaincus d’incarner LA psychanalyse. Au lieu de dire que ce sont leurs propos à eux, leur point de vue à eux sur la psychanalyse qui est ridicule.

Les trois plaignants ont demandé que les rushes soient saisis et détruits, ce que vous avez refusé.

Ils m’ont envoyé un huissier, qui était même autorisé à se faire accompagner d’un commissaire de police pour m’interroger sur l’endroit où étaient les rushes. Ils redoutaient que je détruise les preuves que j’avais « maquillé leurs propos afin de faire une entreprise polémique contre la psychanalyse ». J’ai évidemment refusé. Mais comme je n’ai rien à cacher, j’ai transmis aux magistrats et aux trois plaignants les transcriptions écrites et vidéo de plus de la moitié des six heures d’entretiens les concernant.

Qu’est-ce qui se peut se passer pour vous maintenant ?

C’est déroutant : en France, on ne censure pas un film, mais tout peut arriver, personne ne pouvant préjuger d’une décision de justice. Je peux prouver dix mille fois qu’il n’y a aucune sortie de contexte quelconque, que ces propos ont bien été tenus et répétés, et que ces psychanalystes m’ont dit bien d’autres choses aussi choquantes, voire plus, dans d’autres domaines. Ce sont leurs convictions, et il est fondamental pour tout le monde de les connaître. Ceux qui les partagent ne sont pas choqués par mon film.

Que pensent justement du film les psychanalystes qui y ont participé mais n’ont pas porté plainte, ou d’autres encore ?

Les réactions sont contrastées. Geneviève Loison, l’analyste qui évoque la mère de l’autiste comme mère-crocodile, m’a dit plusieurs fois qu’elle était très heureuse du film, et très fière d’y avoir participé. Elle ne comprend pas du tout en quoi les parents d’autistes sont choqués. Elle assume totalement ses idées. D’autres psychanalystes que je n’ai pas interviewés mais qui ont vu le film sont d’accord avec les propos qui s’y tiennent, et considèrent qu’il n’y a pas matière à débat. Mais une autre a acheté mon film pour le diffuser à Mexico dans un congrès sur l’autisme, et alerter ses collègues pour leur dire qu’il leur faut arrêter de s’impliquer sur le sujet. D’autres encore pensent que mon film est de la propagande pour la psychanalyse, et qu’il était dangereux de laisser les intervenants s’exprimer !

Êtes-vous déçue par les dérives de la psychanalyse que vous dénoncez, ou votre intérêt demeure-t-il intact malgré tout ?

Je pense qu’elle est prisonnière de sa toute-puissance. Elle a fait un pas en avant, et deux pas en arrière. Plusieurs psychanalystes me l’ont dit hors caméra, et je suis entièrement d’accord avec eux : elle a construit des dogmes théoriques qui la protègent de ses propres découvertes, c’est-à-dire de la démarche de l’inconscient. Je suis convaincue que nous avons un inconscient, qu’il est formidable de voir quelqu’un pour parler de soi, qu’objectiver ses conflits psychiques est très important pour tout le monde… Mais je pense que la psychanalyse s’est engluée dans une logique sectaire qui lui est préjudiciable, ainsi qu’aux personnes qu’elle est censée soigner. Il n’est pas normal de ne pas pouvoir en parler. Les psychanalystes ne devraient pas avoir peur de la vérité, de débattre.

D’autres documentaires à venir dans votre série sont-ils aussi polémiques ?

Tous ! Tout est dans la même veine. Cinq psychanalystes m’ont par exemple demandé spontanément, hors caméra, d’aborder le sujet de l’homosexualité dans ma série. L’un d’eux m’a même dit : « Un patient homosexuel a intérêt à soigneusement choisir son divan, parce qu’il risque de se faire casser, laminer par son psychanalyste. » En France, on n’arrive pas à évoluer. Qu’est-ce qui se passe ? Je pensais que mon travail serait compliqué puisque les psychanalystes ne sont jamais d’accord entre eux, mais j’ai constaté que la caisse à outils appliquée à l’autisme l’est aussi dans toutes les pathologies : un schéma fondateur unique de toxicité maternelle, avec l’idée que le langage et la conscience de soi se créent en séparant l’enfant de sa mère, que l’enfant est un substitut du phallus, etc. Dans la série, j’expliquerai en détail et de façon contextualisée ces choses évoquées de manière condensée dans Le Mur. Ce titre s’est imposé à moi sur la fin. Je me suis heurtée à un mur idéologique derrière lequel les psychanalystes se sont retranchés. Mais aussi la société française, qui considère qu’il n’y a pas de débat possible sur certains sujets. On ne peut pas débattre de la psychanalyse, y compris entre psychanalystes ! Ce n’est vraiment pas l’image que j’avais de la psychanalyse. Heureusement que j’ai filmé les gens, sinon je ne l’aurais pas cru. Je peux vous assurer que la suite est du même acabit.

Vous bénéficiez d’une large solidarité, sur Internet notamment. Elle émane souvent de gens qui, contrairement à la manière dont vous vous présentez, sont foncièrement hostiles à la psychanalyse. Qu’est-ce que ça vous inspire ?

Depuis début septembre, date de diffusion du film, je découvre l’autre côté du mur, l’autre versant. Je suis contactée tous les jours, par mail, par téléphone, même le week-end, par des parents, ou des personnes avec autisme d’Asperger par exemple, qui me disent qu’ils sont libérés par ce film parce qu’ils ont enfin les moyens de prouver ce qu’ils ont vécu de la part de la psychanalyse. Je tombe des nues ! Il ne s’agit pas de cas isolés. Les idées sur la « toxicité maternelle » ou les dysfonctionnements de la relation mère/enfant ne relèvent pas que du symbolique ou de la recherche de contexte : elles ont des implications sanitaires concrètes dans la vie de centaines de milliers de personnes en France qui sont confrontées à ce mur et sont considérées comme coupables par définition. C’est le Moyen Age !

À force de rester dans le dogme et la toute-puissance, certains psychanalystes vont tourner le public contre l’inconscient et la démarche psychothérapique. C’est vraiment grave. En ce qui me concerne on n’étudie pas la psychanalyse pendant vingt ans, au point d’envisager d’en faire son métier, on ne prépare pas une série documentaire de fond sur la psychanalyse sans valoriser la démarche analytique. Toute la question est de savoir de quelle psychanalyse il s’agit. Ce n’est pas la démarche en soi qui pose problème, c’est la position de personnes extrémistes et dogmatiques, malheureusement majoritaires, qui se positionnent comme des références incontournables de la psyché humaine. Et je ne suis pas d’accord avec cela. Se remettre en question ne devrait jamais être vécu comme un échec.