Paris : une psychothérapeute étranglée par son patient

Paris : une psychothérapeute étranglée par son patient


Une psychothérapeute a été retrouvée étranglée hier dans son cabinet à Paris, et son pronostic vital est engagé. L’agresseur présumé, un de ses patients, a été placé en garde à vue.

par Benoit Hasse et Céline Carez

Le Parisien le 30.08.2012, 07h30

Les faits se sont produits d’un cabinet paramédical au 1er étage d’un immeuble de la rue du Mont-Doré à proximité de la place de Clichy (Paris XVIIe). Le drame s’est joué hier à 15 heures hier dans le secret d’un cabinet paramédical au 1er étage d’un immeuble de la rue du Mont-Doré à proximité de la place de Clichy (Paris XVIIe). Un homme de 28 ans a étranglé sa psychothérapeute chez qui il venait de suivre une séance, avant de prendre la fuite en la laissant pour morte. Alerté par des bruits suspects, l’un des deux fils de la spécialiste, qui exerce à son domicile, s’est précipité dans le cabinet. Il a découvert sa mère inanimée au sol, à moitié dénudée, le corps couvert de marques et le cou de traces de strangulation. Le jeune homme s’est lancé à la poursuite de l’agresseur présumé qui dévalait les escaliers. « Ils se sont battus dans la rue, » indique la gardienne d’un immeuble voisin.

l’homme est connu de la police pour un fait « mineur »

Des témoins ont alerté la police qui a interpellé le fuyard quelques minutes plus tard. « Le type hurlait c’est pas ma faute, c’est pas ma faute ! rapporte Léo, aux premières loges dans l’immeuble en face. L’agresseur a été placé en garde à vue dans les locaux du premier district de police judiciaire. Selon une source policière, le jeune homme, très agité, n’aurait pas pu être entendu tout de suite par les enquêteurs. Il n’aurait cependant pas été transféré à l’institut psychiatrique de la préfecture de police. Dans la soirée, l’agresseur, connu des services de police pour un seul fait qualifié de mineur se trouvait toujours dans les locaux de la PJ.

Sa victime, âgée d’une cinquantaine d’années, a perdu connaissance après l’agression. Elle aurait fait un arrêt cardio- respiratoire. Les secours qui l’ont d’abord soignée sur place sont parvenus à la réanimer. Elle a été conduite à l’hôpital Saint-Louis dans un état jugé critique. Hier soir, une source proche du dossier indiquait que son pronostic vital restait engagé.

« C’est une très belle dame brune élégante et aimable qui vit avec ses deux fils », commentait, encore sous le choc, une habitante de la petite rue calme du quartier des Batignolles où la psychothérapeute exerçait. Hier soir, sur la porte de son cabinet, dépourvu de plaque, un message manuscrit indiquait : « Mme D. est absente en raison d’un contretemps. »


On a appris entre temps que Madame D. est décédée.

Onfray – La Peste à Aix

Benjamin Stora commissaire indésirable de l’exposition Camus : le PCF dénonce un acte politique.

Jeu, 30/08/2012 – PCF

Benjamin Stora, après d’autres, victime de forces occultes

par Alain Hayot, Délégué national du PCF à la culture

Le PCF dénonce, par la voix de son Délégué national à la culture, Alain Hayot, l’attitude de la mairie d’Aix-en-Provence qualifiée de « chasse aux sorcières, » qui a fait pression pour remplacer Benjamin Stora, historien spécialiste de l’Algérie, par le philosophe Michel Onfray en qualité de commissaire de l’exposition Camus organisée dans le cadre de Marseille Provence 2013 capitale européenne de la culture.

« Le lamentable feuilleton de l’exposition Camus prévu dans le cadre de Marseille provence 2013 capitale européenne de la culture vient de connaître en cette fin d’été un nouveau rebondissement qui confirme les craintes que j’avais exprimées dès juin dernier. »

C’est effectivement la personnalité du commissaire de l’exposition, Benjamin Stora qui était en cause puisque voici comme par miracle que le projet est à nouveau sur les rails mais avec Michel Onfray comme commissaire.

Chasse aux sorcières

C’est une décision qui s’apparente à un acte de censure, une chasse aux sorcières poursuivie avec ténacité par la mairie d’Aix-en-Provence, principale partenaire de MP 2013 pour ce projet.

En effet, Benjamin Stora, après d’autres, est victime des forces occultes qui dans cette ville combattent avec acharnement tous ceux qui ont soutenu le peuple algérien dans son combat pour sa liberté et son indépendance.

D’ailleurs le maire d’Aix-en-Provence a décidé parallèlement d’interdire sur sa commune toutes les manifestations célébrant le 50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie.

Un acte politique

Le remplacement de Benjamin Stora par Michel Onfray est un acte politique qu’il faut dénoncer. Je me félicite de l’attitude de la ministre de la Culture Aurélie Filippetti qui a retiré le financement et le logo du ministère pour cette exposition.

Je regrette que la direction de MP 2013 ait accepté ce coup de force d’une droite qui confirme sa radicalisation et ses liens avec l’extrême droite en particulier en région Provence-Alpes-Côte-d’Azur.

la bêtise insiste toujours

J’apporte mon soutien à Benjamin Stora dont la compétence et l’engagement nous manqueront terriblement pour célébrer Albert Camus qui avait raison d’écrire dans La peste que « la bêtise insiste toujours.« 

Voir aussi

L’exposition Albert Camus, Michel Onfray et les monothéismes , où il apparaît que Michel Onfray via son ami Jean Soler vire à la Nouvelle droite solaire et polythéiste.

– « La bataille ratée de Michel Onfray« , par Marc Riglet (Lire), publié le 01/03/2012

Michel Onfray pilotera l’exposition et le Musée Camus

Camus – l’historien écarté le faiseur promu

Motion de soutien à Benjamin Stora

Après Richard Millet, Michel Onfray

– et cliquer ici-même Onfray pour plus d’information.


on peut également cliquer http://www.mediaterranee.com/


Michel Onfray a-t-il toujours sa place sur France Culture ?

CRITIQUER MAIS AVEC HONNÊTETÉ INTELLECTUELLE EN S’APPUYANT SUR UNE INFORMATION CORRECTE

Prof. Dr. Ingrid Galster Universität Paderborn D-33095 Paderborn

M. Olivier Poivre d’Arvor
Telefon: +49 (0)9145 / 6343
France Culture Fax: +49 (0)9145 / 6343

Maison de la Radio E-Mail: galster@zitmail.uni-paderborn.de
116, avenue du Président Kennedy
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Frankreich Postanschrift / adresse postale
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D-91804 Mörnsheim


Émissions de Michel Onfray

le 23 août 2012

Monsieur,

je viens d’écouter les conférences que Michel Onfray a consacrées dans son Université populaire à Sartre et Beauvoir et qui ont été retransmises sur France Culture.

désinformation haineuse

Pour correspondre à l’objectif de sa “contre-histoire de la philosophie”, Onfray nous fournit de la désinformation haineuse. Auteur ou éditrice de huit ouvrages très documentés sur Sartre et Beauvoir ayant paru entre 2001 et 2007 dans des maisons d’édition françaises, vous me permettrez de dire que je sais de quoi je parle. Onfray se sert d’ailleurs de certains de mes livres pour en tirer des fragments et les interpréter dans le sens de ses “thèses”, alors que d’autres éléments qui prouvent le contraire de ce qu’il prétend sont sciemment omis. On a bien sûr le droit de critiquer, mais avec honnêteté intellectuelle en s’appuyant sur une information correcte.

Cette information correcte, les auditeurs et auditrices de France Culture ont le droit de l’attendre. Je suis proprement scandalisée que vous prêtiez votre antenne à cette charlatanerie.

Avec mes sentiments distingués

Ingrid GALSTER
Professeur des universités à la retraite


MICHEL ONFRAY A-T-IL TOUJOURS SA PLACE SUR FRANCE-CULTURE ?

Libération – 26 août 2012

par Michel Vignard

professeur de philosophie et producteur associé à France-culture.

pas de quoi renverser la table


style tout droit sorti de la Troisième République des lettres

Habitude et audience aidant, depuis dix ans France-culture programme dans sa grille d’été, qui s’est achevée ce week-end, les conférences de l’université populaire de Caen. Michel Onfray s’y est taillé un franc succès en exhumant des figures mineures de la pensée et en contestant l’institution qui les avait oubliées ou enterrées pendant des siècles. Le problème est que, n’ayant jamais fait pour son compte œuvre scientifique, jamais porté au jour un seul de ces penseurs, jamais traduit ou édité leurs livres, il doit se contenter d’en parler à partir des travaux irremplaçables de ces universitaires qu’il fustige tant par ailleurs. Passons sur la contradiction ou l’imposture, comme on voudra dire, et venons-en à son style tout droit sorti de la Troisième République des lettres. Une bonne dose de biographie dans l’esprit de Gustave Lanson, de l’aimable paraphrase, ça ne mange pas de pain et ça apprend toujours quelque chose, des citations répétées pour permettre aux auditeurs d’en identifier l’importance et les noter sans faute. Une parole magistrale, des applaudissements en fin de cours, pas de quoi renverser la table.

Onfray ne ressuscite plus, il enterre

approche vieillotte, bibliographie datée et manichéisme

Il n’en va pas de même depuis le séminaire sur Freud diffusé la saison 2010-2011. Changement d’orientation, Michel Onfray ne ressuscite plus, il enterre. Sa thèse principale consiste à faire de la psychanalyse la science de Freud en personne, accusant sans répit vingt-cinq séances durant l’auteur de l’Interprétation du rêve d’avoir capté à son profit la substance et la gloire de la psychanalyse, sans compter les griefs annexes de terrorisme ou d’adultère. Un livre paru à la même époque, Rêver avec Freud, signé par Andreas Mayer et la regrettée Lydia Marinelli (Aubier, 2009), fait la litière de cette thèse. Dans ce volume, sous-titré l’Histoire collective de l’Interprétation du rêve, les auteurs, comparant les huit éditions du texte, de 1899 à 1930, montrent «une interactivité permanente entre l’auteur Sigmund Freud et son public de disciples, de critiques, de collègues et de patients». Ainsi est mis un grand bémol à «l’image héroïque de l’auto-analyse» complaisamment véhiculée depuis la biographie d’Ernest Jones, et reprise sans distance par Michel Onfray. Ce seul exemple suffit à mettre en évidence tout à la fois l’approche vieillotte, la bibliographie datée et le manichéisme de l’apôtre de Caen.

« Bergson comme source du fascisme »

Mais notre redresseur de torts ne s’en est pas tenu là, un nouveau cap semble avoir été franchi avec la saison qui s’achève, consacrée aux «réfractaires», George Politzer, Paul Nizan ou encore Albert Camus. Il exhibe face à eux des figures académiques qui concentrent ses foudres. Ainsi, se réfugiant derrière la parole de Politzer, il n’hésite pas à parler de «Bergson comme source du fascisme». Qui, reprenant le discours raciste de Hegel sur l’homme noir, aurait la mauvaise idée de s’effacer derrière l’autorité du philosophe de Iéna. Ne pas dire qu’un philosophe aussi a des opinions, et ne pas leur appliquer la critique qu’elles exigent est un péché contre l’esprit. Et quel est le sens de cette contre-philosophie «de classe» qui cite cette fois l’autorité de Bourdieu pour faire pencher la balance du côté du prolétaire Camus au détriment du bourgeois Sartre ? Et on ne parlera pas du flou systématique sur la chronologie, qui n’est pas sans valeur en histoire, ni de quelques erreurs factuelles comme à propos de Heidegger, qui n’a pas consacré sa thèse de doctorat à Jean Scot Erigène mais bien à Jean Duns Scot, le «docteur subtil».

travers fâcheux d’un gourou

L’ultime séance hebdomadaire du séminaire est consacrée aux questions de la salle, c’est la goutte qui fait déborder le vase. Rien pour contredire, discuter, relativiser, préciser. Partout et toujours la même révérence envers la parole du maître, c’est ce qui fait dire que la philosophie est trahie. Et avec elle la mission d’une chaîne comme France Culture. Au fil des saisons, l’université populaire de Caen s’est transformée en grand-messe et le philosophe, plus soucieux de bien et de mal que de vérité, a pris les travers fâcheux d’un gourou. Les époques en crise en quête de valeurs plébiscitent le simplisme, c’est regrettable mais guère surprenant. Mais comment accepter que chaque été une antenne publique ouvre à Michel Onfray, sans contrepartie aucune, pareille tribune officielle ? Au nom du public et de l’esprit, de toute évidence, cela ne peut plus se prolonger sans débat.


L’IMPOSTURE ONFRAY

Dans le quotidien algérien, La Nouvelle République,
– 22 août 2012

par Mohammed Yefsah

l’entreprise néocoloniale de Michel Onfray

L’entreprise néocoloniale de Michel Onfray a démarré sa machine en Algérie. Dans l’entretien qu’il a accordé au quotidien El Watan du 10 août 2012, il récidive par la mauvaise foi, le mensonger et une connaissance approximative de l’Histoire de l’Algérie. Sa haine de Jean Paul Sartre est à la taille de sa fascination pour les puissants. Onfray est libertaire(1) seulement dans sa proclamation. Il est l’expression du moult du néolibéralisme, pour lequel l’émancipation des peuples anciennement colonisés est une défaite à surmonter. La coqueluche des médias force la lecture des œuvres de Albert Camus pour en faire un homme qui ne fut pas pour la colonisation. Onfray fait d’ailleurs dans l’esprit camusien par sa posture d’apparence, ni pour la colonisation ni contre la colonisation.

summum de la bêtise

Outre ses attaques répétées contre Sartre et les intellectuels français qui défendirent l’émancipation du peuple algérien, notamment dans son dernier livre L’ordre libertaire: la vie philosophique d’Albert Camus, Onfray arrive au summum de la bêtise en accusant Édouard Saïd d’une « lecture raciale et raciste » des œuvres de Albert Camus. Attaque-t-il par ricochet la cause palestinienne ? Il n’ y a aucun doute. D’une pierre deux coups. En tout cas, il n’a jamais caché son sionisme. Onfray n’hésite aucunement a défendre le journaliste Éric Zemmour, pourtant condamné par la Justice française pour propos racistes, en lui témoignant respect lors d’une mission télé (Émission On n’est pas couché ce soir, du 17mars 2012, de Laurent Ruquier). Édouard Saïd, universitaire palestino-américain, qui n’a aucune relation avec le pouvoir algérien, a seulement fait analyse de l’œuvre, sans tirer de jugements sur l’homme. Onfray n’a rien à envier aux curés de l’inquisition. Pour lui aucun algérien n’a compris Camus, et les sartriens(2) au bûcher.

pas de preuves

Pour Onfray, les intellectuels algériens qui critiquent Camus n’ont pas, à coup sûr et forcement, lu les œuvres du romancier. Ils sont mêmes de « prétendus intellectuels, » qui devraient « se libérer de l’esclavage mental, » à la solde du pouvoir. Si Onfray ne le sait pas, il est temps de lui apprendre que Camus est enseigné en Algérie, que le régime n’a jamais interdit aucun de ses livres et aucune déclaration officielle n’a été prononcée à son encontre. Un nombre incalculable de mémoires, de thèses universitaires et d’études comparatives en littérature lui ont été consacrés, diverses et divergentes de point de vues. Il devrait savoir que parmi les intellectuels qui critiquent Camus, certains sont mêmes opposants au régime algérien. Il oublie que Yasmina Khadra, défenseur de Camus, est un représentant officiel d’une institution algérienne. Il oublie aussi que ses positions peuvent être lues dans les colonnes d’un journal algérien, alors qu’en France aucun des intellectuels algériens attaqués n’est sollicité pour exprimer son opinion.

ignorant de l’histoire de l’Algérie

Onfray s’improvise ensuite historien pour livrer sa lecture du mouvement national. « Depuis le 8 mai 1945 et la répression de Sétif et Guelma, il est même prouvé que les militants de l’indépendance nationale ont souhaité tout s’interdire qui soit du côté de la paix, de la négociation, de la diplomatie, de l’intelligence, de la raison. Je vous rappelle à cet effet que ce sont les Algériens qui ont choisi la voie de la violence et sont à l’origine du plus grand nombre de morts du côté… algérien ! » La conquête coloniale n’est pas en soi, dans son essence même, de la violence. Onfray ne donne pas de preuves. Sa parole est l’évangile. Onfray, ignorant de l’histoire de l’Algérie, s’imagine ce pays comme un havre de paix avant le massacre de mai 1945.

enfumades, tortures, bien avant mai 1945

Il ne connaît pas l’existence – il ne veut pas le savoir, lui qui aime tant lire et réfléchir, contrairement aux intellectuels algériens ! – des enfumades (pratique qui consiste a brûler des villages entiers ou des populations qui fuient dans des grottes), les multiples formes de violence, la torture et les massacres avant même mai 1945. Il ne peut comprendre la radicalisation de la lutte de libération nationale. Onfray ignore aussi que le FLN n’a pas cru à la victoire militaire, mais plutôt à une victoire politique, qui nécessite un sacrifice à la mesure de la violence coloniale. Il a fallu attendre plusieurs années pour qu’enfin la France reconnaisse la qualité de belligérant au FLN et négocie avec lui. Le comble des propos mensongers d’Onfray, c’est sa comptabilité macabre qui considère que le FLN a fait plus de victimes côté algérien que la répression coloniale.

ce monde qui adore le soleil, mais déteste croiser l’arabe dans la rue ou sur la plage

« Camus n’a pas à se justifier de choisir ses sujets de romans » dit-il. C’est le seul crédit qui peut être accordé au philosophe du confort. Quoi qu’il recourt au mêmes œuvres pour justifier ses positions. L’absence des indigènes dans l’œuvre de Camus donne une idée de son ignorance de l’univers indigène. Camus est l’écrivain des pieds-noirs, comme le pensent d’ailleurs Kateb Yacine, Mouloud Mammeri et autres écrivains algériens qui l’ont côtoyé et ont lu ses œuvres. Ces dernières donnent un aperçu de ce monde qui adore le soleil, mais déteste croiser l’arabe dans la rue ou sur la plage.

cinq balles sur l’arabe qui lui cache le soleil

Meursault, personnage de L’Étranger, allongé sur le sable doré d’une plage algéroise, tire cinq balles sur l’arabe qui lui cache le soleil. Dans La Peste, intrigue qui se déroule à Oran, le personnage du médecin préfère parler des rats que des indigènes, périphériques et insignifiants. Il coupe court à la question du journaliste, qui n’insiste pas. C’est certainement de la littérature. Or Michel Onfray, philosophe de son état, peut comprendre l’imaginaire et les symboliques d’une œuvre littéraire, à l’image d’un Nietzsche qui a beaucoup appris d’un Dostoïevski. Il est ridicule de demander à un écrivain la présence d’une thématique ou d’un personnage. Cependant, une absence peut avoir une signification. Les arabes sont absents des œuvres de Camus et lorsqu’ils sont présents fugacement, ils dérangent, agacent, déclenchent la haine. En ce sens, Albert Camus, à l’image des œuvres de tout autre écrivain de talent, peut nous apprendre beaucoup sur l’Algérie coloniale, sur l’état d’esprit d’une époque, à l’exemple des œuvres de Balzac qui offrent une importante connaissance sur la France du XIXe siècle, de Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline sur les affres de la guerre, de À la recherche du temps perdu de Marcel Proust sur la décadence de l’aristocratie, de Germinal de Émile Zola sur l’atroce condition ouvrière, etc.

digne des ethnologues qui ont participé à la mission coloniale

Dans Chroniques algériennes, Camus développe un discours humaniste sur la Kabylie, en demandant l’amélioration de la condition des indigènes. Il estime que la France n’a rien à gagner en opprimant les indigènes. Il veut gagner leurs cœurs. Mais son récit est digne des ethnologues qui ont participé à la mission coloniale. Il évoque l’utilité de l’école, la libération de la femme, la différence entre les arabes et les kabyles et implicitement la mission civilisationnelle que pourrait apporter la France. Il n’est jamais question d’une remise en cause du système colonial.

Albert Camus, qui refusa la violence des deux côtés, quand il fut question de l’Algérie en sachant que les adversaires n’étaient pas à armes égales, comme dans toute situation coloniale, ne fut pas toujours contre les armes. Il fut pour la résistance armée contre le nazisme et s’engagea avec les républicains lors de la guerre civile espagnole. En évoquant donc l’attachement à la paix par Camus, il faudrait aller jusqu’au bout du raisonnement. Sartre eut au moins le mérite d’avoir été constant.

mariage forcé de conceptions irrémédiablement opposées

Le voyage en Algérie d’Onfray lui fait rencontrer l’esprit de Camus et le bon Dieu. Athée en France, il semble découvrir les vertus du « christianisme africain. » Syndrome des pionniers lors de la découverte de l’Amérique ! Céline, Balzac, Camus, de grands talents, ont toute leur place dans le champs littéraire algérien ou d’ailleurs. Mais Camus le politique a droit au regard critique et sans concession à la lumière de l’Histoire. Quant à Michel Onfray, qui se veut de gauche en France mais est de droite en Algérie, à l’image de son « capitalisme libertaire, » mariage forcé de conceptions irrémédiablement opposées, il devrait nous expliquer, lui le grand savant, comment le peuple aurait pu se libérer sans la lutte.

Aix-Marseille – nostalgiques de l’Algérie française

Dans le cadre de Marseille-Provence 2013, Capitale européenne de la culture, grandiose événement, l’organisation de l’importante exposition sur Albert Camus, retirée récemment à l’historien Benjamin Stora, est confiée à Michel Onfray et suscite des polémiques. Ce qui donne d’avance une idée de la teneur de cette exposition et de son orientation politique de nature à ne pas déplaire aux nostalgiques de l’Algérie française.

Références

1) Les vrais libertaires ont été les premiers a défendre la révolution algérienne. À lire l’historien Sylvain Pattieu, Les camarades des frères : trotskistes et libertaires dans la guerre d’Algérie (préface de Mohammed Harbi), Ed. Syllepse, 2002.

2) Lire l’article du mensuel Le Monde Diplomatique.


SARTRE, ÉDOUARD SAÏD, D’AUTRES ET LE NIETZSCHÉEN DE GAUCHE

par Ahmed Halfaoui

Revue algérienne : Les Débats – 10 août 2012

Michel Onfray, «un nietzschéen de gauche» pour ceux qui peuvent disséquer ce type de profil, a été interviewé dans El Watan Week-end du 10 août, sur les différentes «lectures de l’œuvre camusienne.»

Sartre et les intellectuels qui ont soutenu le FLN

Le texte aurait pu passer inaperçu, mais il comporte des insultes qui, elles, ne peuvent passer. Onfray commence par mépriser ceux qui s’interrogent sur le traitement fait par Albert Camus aux Algériens et à leur lutte de libération du colonialisme. Il en fait des «sartriens qui n’aiment pas la liberté de pensée de Camus.» Ceci sans rendre justice à Jean-Paul Sartre et aux intellectuels qui ont soutenu le FLN, en n’expliquant pas en quoi cela consiste d’être «sartrien». Et Sartre n’est pas le seul à payer du mépris du «nietzschéen de gauche.» Il y a Édward Saïd qui a droit à une ligne et demie pour résumer son explication contre l’écrivain. L’éminent penseur, selon Onfray, «n’était pas au nom dans cet exercice de mauvaise foi militante au mieux de sa forme intellectuelle.» Là, encore, on ne saura rien de l’«exercice de mauvaise foi» de Saïd. Étonnamment, Kateb Yacine, qui figure pourtant dans les critiques les plus citées de Camus, échappe aux salves assassines du «philosophe».

répression génocidaire absoute

Après avoir renvoyé à leurs classes Sartre et Saïd, Onfray s’attaque aux «militants de l’Indépendance nationale qui ont souhaité tout s’interdire qui soit du côté de la paix, de la négociation, de la diplomatie, de l’intelligence, de la raison». Sans que son génie ne se donne la peine de montrer en quoi ces militants auraient pu faire autrement et en quoi consistaient «la paix, de la négociation, de la diplomatie, de l’intelligence, de la raison». Surtout que cette conclusion lui permet de nous rappeler «que ce sont les Algériens qui ont choisi la voie de la violence et sont à l’origine du plus grand nombre de morts du côté… algérien !». La répression génocidaire est absoute, bien fait pour vous qui avaient voulu vous libérer ! Ne vous en prenez qu’à vous-mêmes ! C’est cette leçon de choses qui claque dans la phrase, sans vergogne. Nous n’avions pas écouté Camus, quand il écrivait qu’ «À partir du moment où l’opprimé prend les armes au nom de la justice, il met un pas dans le camp de l’injustice.» Rappelons, ici, que l’objectif de l’interview était de démontrer que l’écrivain n’avait jamais dit «oui» à l’ordre colonial.

l’indigence de l’individu qui verse dans l’insulte

On en vient, pour finir, à l’objet principal qui est celui de crucifier les pétitionnaires contre la «caravane Camus». Les concernant, il ne sera pas question de les citer, uniquement de les disqualifier. La méthode est alors expéditive. Elle est puisée dans l’arsenal des arguments locaux. Les signataires, après avoir été des «sartriens», sont devenus de «supposés intellectuels», qui «se prétendent intellectuels». Leur texte est «un tissu de mensonges», ils font partie de la «cour des plumitifs du pouvoir» qui vont «au-devant des désirs et des souhaits du pouvoir pour en obtenir des avantages.» Et s’étale toute l’indigence de l’individu qui verse dans l’insulte ou dans ce qu’il croit être une insulte, quand il prouve sa nature de «petit blanc», «nietzschéen» imbu de la «supériorité européenne» et engoncé dans la suffisance qu’on arbore vis-à-vis de ceux qu’on croit être encore des «{indigènes.»}

le plumitif de quelque pouvoir, pro-colonial

Dommage pour la chute que le journaliste ne lui ait pas demandé si Sartre était aussi un «plumitif» et au service de quel pouvoir et si, lui-même pensait être un «intellectuel» et non le plumitif de quelque pouvoir, pro-colonial.

Roms : idées reçues, bidonvilles, accueil

Non, les Roms ne sont pas nomades… et autres clichés

par Cordélia Bonal

À l’occasion de la réunion interministérielle sur les Roms prévue ce mercredi, revue de quelques idées reçues qui ont la vie dure.

Pour deux tiers des Français, les Roms sont un « groupe à part« , si l’on en croit un sondage mené cette année par la Commission nationale consultative des droits de l’homme. À part comment ? Revue de quelques clichés qui collent à la peau des Roms.

Cliché numéro 1 : ils sont nomades par nature

«Il n’y a pas de Roms ou de Tsiganes nomades. Du tout.» Martin Olivera, anthropologue membre de l’Observatoire européen Urba-rom et formateur en Seine-Saint-Denis auprès de l’association Rues et Cités, est clair : «Il n’y a qu’une petite minorité de groupes qui ont une tradition de mobilité saisonnière, sur de petites distances et toujours à partir d’un point d’attache, lié à leur travail : ferronnerie, musique… Mais l’immense majorité d’entre eux est sédentaire.» D’où vient alors ce cliché du bohémien de grands chemins ? Il n’a pas toujours existé. «Ce n’est que récemment que l’étiquette « nomade » a été accolée aux Roms», rappelle le sociologue rom Nicolae Gheorghe dans une tribune publiée en 2010. «Dans les années 1930, l’Union soviétique a commencé à interdire aux artisans roms et à leurs familles de se déplacer à travers le pays pour chercher du travail. Les autorités soviétiques recouraient au qualificatif de « nomades » pour justifier la répression de ces Roms itinérants. Dans les années 1950, cette étiquette était reprise dans toute l’Europe centrale et orientale


Des personnes de la communauté rom dans un camp de Lyon, le 29 juillet 2010.
(Photo Jeff Pachoud. AFP)

le régime des nomades – 1912

Le Rom éternel errant est une pure construction politique, abonde Martin Olivera : «Cette image a été formée par les élites du XIXe siècle, au moment où s’est fabriquée l’identité nationale. Une identité liée à l’idée d’autochtonie, de filiation nationale. Par opposition, les Roms, appelés Tsiganes à l’époque, ont été désignés comme les étrangers, ceux « qui ne sont pas comme nous », qui seront toujours « d’ailleurs ». Peu importait qu’ils soient implantés en France depuis le XVe siècle.» Par la suite, l’instauration de lois et du «régime des nomades» en 1912 pour contrôler ces populations n’ont fait que figer ce stéréotype du nomadisme, poursuit le chercheur.

Quant à l’idée de peuple, bien des Roms se définissent d’abord par leur appartenance à leur pays ou localité d’origine plutôt qu’à une minorité supranationale mal établie. «Un Rom de Transylvanie ne va pas se sentir particulièrement proche d’un gitan de Perpignan», résume Martin Olivera.

Cliché numéro 2 : ils déferlent sur l’Europe

Il résiste mal aux chiffres. Certes, on dénombre entre 10 et 12 millions de Roms en Europe, dont six millions au sein de l’Union européenne. Ces chiffres, retenus par le Conseil européen, regroupent des communautés hétérogènes : «les Roms, les Sintés (Manouches), les Kalés (Gitans) et les groupes de population apparentés en Europe, dont les Voyageurs et les branches orientales (Doms, Loms).» Beaucoup sont Roumains (entre 500 000 et 2,5 millions de Roms) et Bulgares (environ 700 000).

500 000 – Français / 15 000 « migrants », dont 50% d’enfants

En France, ensuite : on estime cette population rom, gens du voyage compris, à 500 000 personnes, essentiellement Français et installés. Les Roms «migrants», ceux dont il est question dans le débat public, seraient 15 000, dont une moitié d’enfants, selon diverses estimations, dont celle du collectif Romeurope. Présents pour la moitié en région parisienne, les autres principalement autour de Lille, Lyon et Marseille, ils sont pour la plupart Roumains et Bulgares. Or, ce chiffre est stable depuis plusieurs années malgré les politiques d’expulsions. Autrement dit, ce sont les mêmes groupes qui vont et viennent, via le système, critiqué, des aides au retour. Ce qui invalide l’idée, chère au Front national, d’un réservoir inépuisable de millions de Roms prêts à débarquer.

D’autant que «tous les Roms de Roumanie ne sont pas pauvres et marginaux», rappelle – si besoin est – Martin Olivera. Car les Roms migrants sont d’abord des migrants économiques comme tant d’autres, comme l’ont été les Portugais et Italiens par le passé. Le chercheur en veut pour preuve que le taux d’émigration est le même chez les Roms et chez les Roumains (environ 10%). Enfin, les Roms ne sont pas des populations sans attache. «Ce sont des gens qui ont des lieux d’origine, on n’a pas affaire à un peuple qui aurait vocation à se déverser vers l’ouest comme si l’Europe était en pente

Cliché numéro 3 : ils s’entassent dans des bidonvilles


ils aspirent à se disperser, s’installer et sortir de la stigmatisation

Les Roms n’ont ni pour idéal de vie ni pour tradition de s’entasser à 40 dans des squats. Ni de camper dans des recoins urbains. Pas davantage en Roumanie ou Bulgarie qu’en France. C’est une résultante de la précarité dans laquelle il sont plongés, recadrent de concert les associations. «Bien des Roms vivent le plus normalement du monde en appartement, dans des maisons, mais ceux-là sont « invisibles » aux yeux de la société. Il y a donc un effet de loupe sur les autres, qui sont en bidonville parce qu’ils n’ont pas d’autre lieu où aller», souligne Malik Salemkour, vice-président de la Ligue des droits de l’homme et cofondateur de Romeurope. «Leur idéal de vie ce n’est pas de constituer des immeubles de Roms ! Ils aspirent à se disperser, à s’installer et à sortir de la stigmatisation

Le regroupement ? Un réflexe d’entraide et de sécurité. «Il y a chez les Roms une culture familiale forte, mais pas plus que chez les migrants chinois ou africains, sans que pour ces derniers on ne parle de clanisme», note Malik Salemkour.

Cliché numéro 4 : tous des voleurs de poules

Ou de tuyaux de cuivre. On se souvient des «problèmes que posent les comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms» érigés priorité nationale par Nicolas Sarkozy en juillet 2010. Ou des impressionnantes statistiques du ministère de l’Intérieur d’où il ressortait une subite explosion de la «délinquance impliquant des ressortissants roumains», comprendre Roms.

profilage ethnique

Là encore, conséquence de la précarité et de la stigmatisation, répondent les associations. Les ressortissants roumains et bulgares, citoyens européens depuis 2007, font l’objet jusqu’au 31 décembre 2013 de «mesures transitoires» qui, de fait, les excluent du marché du travail. S’ajoute à cela la faible qualification globale de ces familles, même s’il y a toujours des exceptions. D’où le développement, chez les Roms migrants des bidonvilles, d’une économie parallèle où coexistent mendicité, travail au noir, mais aussi, aucun observateur ne le nie, revente de ferraille, vols et trafics. «Là-dessus, on a construit des statistiques par une politique de profilage ethnique», dénonce Malik Salemkour. «Évidemment, quand on crée un délit de mendicité et qu’on arrête une famille qui a l’air de ressembler à des Roms, on fait du chiffre

Cliché numéro 5 : ils ne veulent pas parler français

Dans les bidonvilles, la plupart des enfants, quand ils sont scolarisés comme le prévoit la loi française pour les moins de 16 ans, apprennent assez vite le français. Les choses se compliquent avec les expulsions, qui entraînent une rupture de la scolarisation. Même difficulté chez les parents, qui sont généralement accompagnés dans leur apprentissage du français par des associations, comme pour beaucoup de primo-arrivants. Les Roms migrants parlent souvent deux langues : le romanès et la langue de leur pays d’origine. Reste que l’illetrisme est, chez eux, une réalité. Ainsi, en Roumanie, 30 % des Roms adultes sont analphabètes et n’ont jamais été scolarisés en raison de leur situation de pauvreté, selon une étude de l’Unesco. En France, leur apprentissage de la langue est facilité par la proximité du roumain, langue latine, avec le français.


Roms : Ayrault favorable à une évolution des mesures transitoires de l’UE

Libération, 22 août 2012 à 09:47

Ces mesures limitent l’accès à l’emploi des ressortissants de Bulgarie et de Roumanie.

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, s’est dit «favorable à une évolution» des mesures transitoires de l’Union européenne qui restreignent jusqu’à fin 2013 l’accès au marché du travail des ressortissants de Roumanie et de Bulgarie d’où viennent en majorité les Roms.

«Je suis favorable à une évolution» de ces mesures qui considèrent les Bulgares et les Roumains comme des ressortissants non communautaires alors que leurs pays sont membres de l’Union européenne, a répondu Jean-Marc Ayrault interrogé à ce sujet par RMC/BFM-TV.

Les mesures transitoires limitent le marché de l’emploi à seulement 150 métiers dits «en tension», après la délivrance d’un permis de travail et le versement d’une taxe à l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) par l’employeur. Leur levée dépend d’une simple décision du gouvernement comme l’ont fait déjà l’Italie ou l’Irlande.

soutien à Manuel Vals

Par ailleurs, Jean-Marc Ayrault a défendu son ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, critiqué à gauche pour avoir fait évacuer des campements de Roms cet été. «Il faut regarder les choses en face: des bidonvilles se sont développés», a observé le Premier ministre en jugeant cela «inacceptable». «Les décisions de justice doivent être appliquées. Mon devoir c’est de trouver des solutions dans la clarté, la fermeté et l’humanité», a-t-il affirmé.

entrevue avec le collectif Romeurope

Jean-Marc Ayrault doit présider mercredi après-midi à Matignon une rencontre sur les Roms qui réunira plusieurs ministres, dont Manuel Valls et Cécile Duflot (Logement). Il reçoit ensuite le collectif Romeurope.


POUR EN FINIR AVEC LA XÉNOPHOBIE ENVERS LES ROMS

par Mustapha Saha

L’Express publié le 22/08/2012

Alors que le gouvernement doit trancher ce mercredi sur la question des Roms, le sociologue Mustapha Saha et l’urbaniste Benoit Joseph, membre du Conseil national du PS, expliquent l’origine des peuples nomades. Ils mettent en garde contre le « délit d’appartenance ethnique » dont sont victimes les Roms.

ROMS- Le socialogue Mustapha Saha explique « le nomadisme structure l’histoire des civilisations, des origines aux temps présents. »


AFP/PHILIPPE HUGUEN

mondes en devenir

[Express Yourself] Le nomadisme structure l’histoire des civilisations, des origines aux temps présents. Aux quatre coins de la planète, la transhumance demeure le mode d’organisation des peuples qui véhiculent les marchandises, transmettent les savoirs et les techniques, dynamisent les diversités culturelles. Jamais les mouvements migratoires n’ont été aussi intenses qu’en cette époque de transition où les technologies de pointe raccourcissent les distances et accélèrent le temps. Le nomadisme a préservé, tout au long des siècles, cette « société transversale en réseaux« , qui alimente sans cesse le sang nouveau, les mondes en devenir.

Aujourd’hui encore, les maisons transportables aux États-Unis incarnent cet « ethnos anamnésique » de la mobilité perpétuelle. Le mouvement hippie, inspiré par Mai 68, animé par les enfants gâtés de la bourgeoisie, n’est-il pas un rappel historique de cette évidence? Le nomadisme s’inscrit, plus que jamais, dans les mutations sociétales impulsées par la révolution numérique, qui refaçonne les comportements et balaie les charpentes vermoulues de l’archaïque « société pyramidale« .

le grand fleuve des cultures universelles

L’information nomade circule d’ores et déjà, irrésistiblement, sur la Toile universelle. La « société-laboratoire » expérimente au quotidien la démocratie interactive en mouvement. Les Roms, les gens du voyage, et tous les peuples nomades, sont parties intégrantes de l’entité européenne depuis sa genèse. Leur créativité irrigue de multiples rivières, depuis des millénaires, le grand fleuve des cultures universelles. Ces peuples nobles et fiers ont toujours affirmé, contre les persécutions endémiques et les discriminations systématiques, leur indéracinable attachement aux principes républicains des libertés individuelles et collectives.

Le délit d’appartenance ethnique dont les Roms sont victimes génère les pires crimes contre l’humanité

consensus de rejet
Les tziganes, irréductibles citoyens du monde quand les totalitarismes verrouillaient leurs frontières, boucs émissaires du nazisme quand les monstrueuses chambres de la mort les engloutissaient avec des millions de juifs, resteront à jamais d’admirables symboles de résistance. Leur colère d’outre-tombe résonne encore, plus jamais ça! Le « délit d’appartenance ethnique » dont les Roms sont victimes, surfant sur les bas instincts grégaires du « consensus de rejet« , a généré dans le passé, et génère encore dans les horribles guerres de purification ethnique, les pires crimes contre l’humanité.

la libre circulation des Roms sur les territoires communautaires ne saurait souffrir d’aucun régime d’exception
Les campements provisoires, aux périphéries malfamées des villes, marquent invariablement les gens du voyage du sceau de l’exclusion. Toute population frappée par des réglementations particulières, progressivement muées en statut spécial, finit son chemin du calvaire sur les bûchers. Les sentiers ténébreux de l’inquisition mènent toujours aux camps d’extermination. La citoyenneté européenne, comme la citoyenneté française, est indivisible. La libre circulation des Roms sur les territoires communautaires ne saurait souffrir d’aucun régime d’exception. Il n’est d’autre principe égalitaire, applicable à tous les citoyens, sans exclusive, que le droit commun. Que les vagues nauséabondes de l’ostracisme se brisent sur les digues inexpugnables de la laïcité !

Mustapha Saha : sociologue, artiste peintre. Benoit Joseph : urbaniste, membre du conseil national du Parti Socialiste.


CAMPEMENTS DÉMANTELÉS À LILLE : ROMS CHASSÉS, LEURS ANIMAUX PROTÉGÉS

par Stéphanie Maurice Libération 23 août

Correspondante à Lille – Reportage 22.08.2012

Bien triste n’empêche, et l’on ne distingue pas clairement la concertation dans tout cela. Que les intéressés vivent mal c’est sûr, que les nuisances importunent, c’est bien possible. Que cela aboutisse à des décisions de justice est imparable, qu’il faille les exécuter, certes, que les journalistes compatissent et les étudiants en archi s’ingénient, que tout cela engendre un beau gâchis, jusque là tout est dans l'{ordre naturel des choses. Et maintenant on fait quoi ? PHG}

Les personnes évacuées le 9 août vivent dans des conditions encore plus précaires qu’avant.

Ce n’est pas très loin du tout neuf Grand Stade de Lille, fierté de la maire socialiste Martine Aubry. Un bosquet au bord d’un champ, que rien n’indique à part un sentier dans les herbes. Les dix tentes qui s’y trouvent sont invisibles depuis le boulevard. Les rabats sont relevés, laissant voir les matelas aux couvertures bien tirées. Peu d’affaires personnelles : les Roms qui vivent ici depuis deux semaines n’ont eu le temps de prendre que l’essentiel. Ils ont été expulsés du campement d’Hellemmes le 9 août, à 6 heures.

Police ! Dégage, dégage !

Ils vivaient à 150 sur cette friche de 10 hectares en face de l’école d’architecture, certains depuis plus de deux ans. Les Roms imitent les cris des CRS : «Police ! Dégage, dégage !» Ils sont une trentaine, la moitié sont des enfants. Pas d’eau potable. Des toilettes sèches ont été improvisées. Des bénévoles font de leur mieux pour les aider, apportent des bouteilles d’eau minérale, des fruits, mesurent la taille des chaussures qui manquent pour deux petites filles aux pieds nus.

chalets de l’Atelier solidaire

les cabanes ont été démontées

Avant son expulsion, le groupe vivait dans les cabanes construites grâce à l’Atelier solidaire, fondé par des étudiants en architecture. «C’était en mai 2010. On organisait deux fois par an une fête sur la friche. C’était dégueulasse, on était là pour nettoyer, et c’est comme ça qu’on a rencontré les Roms qui s’étaient installés là. Ils nous ont aidés», se souvient Yann Lafolie, président de l’association. Puis arriva août 2010 et le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy, durcissant la lutte contre l’immigration illégale et les expulsions massives. Pour les étudiants, c’était l’occasion de mettre leurs cours en pratique en construisant six petits chalets en bois. Le projet a pris de l’ampleur. Un jardin partagé a vu le jour, avec potagers pour les habitants du quartier et les Roms. Des chèvres, des poules pondeuses, un cochon y ont été installés. «Plus aucun enfant des chalets n’allait mendier car ils étaient scolarisés, on prévoyait un atelier d’alphabétisation pour les adultes. La Fondation de France était prête à nous aider», se désole Yann Lafolie, qui voit dans l’expulsion un «gâchis». Les cabanes ont été démontées par les services de la communauté urbaine de Lille, et les bêtes prises en charge par la Ligue de protection des animaux. «Eux, ils ont eu tout de suite un toit», ironise une bénévole de l’Atelier solidaire. Au contraire des familles, dont certaines avec des enfants en bas âge.

voisinage : épaisses fumées noires – sonos à fond la caisse

D’autres campements tout aussi précaires que celui qui accueille désormais le groupe sont disséminés dans la métropole lilloise, sur un terrain prêté par l’évêché ou près d’une voie ferrée. Les associations ne les connaissent pas tous : certaines familles ont choisi la discrétion en attendant que l’orage passe. Martine Aubry n’apprécie guère la situation. Certes, la «grande chef de Lille», comme l’appellent les Roms, avait demandé l’expulsion de la friche. Une décision qu’elle assume, à cause de tensions avec le voisinage. «Nous ne pouvons pas accepter que les populations autour payent le prix fort pour leur présence», a-t-elle martelé lundi. À Hellemmes, le collectif la Voie perdue, créé par un des voisins, tenait un blog recensant les nuisances. Principalement, le brûlage des câbles électriques pour récupérer le cuivre – ce qui provoque d’épaisses fumées noires – et les sonos à fond la caisse. Y avait-il urgence à agir ? L’évacuation est intervenue juste après le discours musclé du ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, sur les Roms. Aubry soutient le gouvernement, le démantèlement était impératif : «Rappelons qu’un monsieur a tiré sur les Roms un soir», a-t-elle justifié. L’argument laisse sceptique le collectif Solidarité Roms, qui y voit une dramatisation inutile. Les tirs en l’air provenaient d’un pistolet d’alarme.

Fourrière

des conditions qui ne me satisfont pas

À en croire Martine Aubry, légèrement gênée aux entournures, son seul point de désaccord avec Valls porterait sur la manière de faire : «Cette évacuation d’urgence s’est passée dans des conditions qui ne nous satisfont pas.» La première secrétaire du PS tacle les services de l’État, qui n’auraient pas prévu de terrain où réinstaller les familles en dehors de la métropole lilloise. Ce qui devrait être fait dans les prochains jours, a-t-elle promis, avec aménagement minimum, sanitaires et bennes à ordures vidées régulièrement. Encore faudrait-il que les Roms puissent se loger. Les caravanes impossibles à déplacer ou celles sans papiers ont été placées à la fourrière. Avec toutes les affaires à l’intérieur.

Samir a pourtant tout perdu

La préfecture indique ne pas avoir connaissance «de difficultés concernant la reprise d’effets personnels ou papiers administratifs dans les véhicules saisis». Samir a pourtant tout perdu. Sa caravane de récup n’était pas en règle, il n’a même pas essayé de négocier sa reprise. Sa femme explique, par gestes, qu’elle n’a plus que les vêtements qu’elle porte sur elle. Ils dorment tous les trois, avec leur petite de 7 ans, dans leur voiture. Samir, bac +3 en informatique décroché en Roumanie, vit, comme tous les autres, de la ferraille, des machines à laver ramassées dans la rue. Mais il est fatigué de la France et envisage de passer en Angleterre. Via les jungles de Calais, comme les Soudanais ou les Afghans, lui qui est citoyen européen.


Libération

No Comment

27 août 2012

Un camp de Roms à Evry, le 23 août 2012 (AFP)

La police a procédé lundi au petit matin à l’expulsion d’un campement occupé par plus de 70 Roms le long de voies ferrées à Evry, ville dirigée jusqu’en juin par le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls. Sur Europe 1, celui-ci a justifié cette opération au vu d’une situation sanitaire du bidonville qu’il a qualifiée d’«insupportable».

«La politique que nous avons fixée, c’est d’évacuer des campements quand il y a une décision de justice (ce qui n’était pas le cas à Evry lundi) ou quand la situation sanitaire en matière de sécurité est insupportable», a rappelé le ministre. Selon lui, à Evry, «c’est le cas, avec des baraquements sur le bord de la ligne RER», a-t-il précisé.

Chargés de valises, sacs plastiques, bassines, poussettes et accordéons, une quarantaine de Roms, dont plusieurs enfants en bas âge, ont quitté la zone bloquée par les forces de l’ordre.

Selon l’Association de solidarité de l’Essonne avec les familles roumaines Roms (ASEFRR), 72 personnes vivaient dans des cabanes de fortune depuis quatre mois le long des voies du RER, derrière un hôpital désaffecté. «La police est arrivée vers 5 heures», a rapporté Lakatos, un Rom de 22 ans en France depuis trois ans, qui vivait dans le campement depuis trois mois. «Je ne sais pas» où aller : «peut-être en hôtel, peut-être dans une association», a-t-il poursuivi.

Selon une source policière, l’opération s’est déroulée dans le calme et deux occupants ont accepté d’être pris en charge par les autorités. Ils ont été emmenés à bord d’une camionnette. «Je suis arrivé après 5 heures, la police bloquait déjà. La Croix-Rouge est à l’intérieur mais elle n’a pour solution que des hôtels d’urgence», a dénoncé sur place Serge Guichard, de l’ASEFRR.

«On leur a dit d’aller en hôtel social, mais pour trois ou quatre jours maximum», a ajouté M. Guichard, selon lequel il n’y a eu «aucune concertation: il n’y a que la police qui est venue les voir».
«Dangerosité de ce site»

L’arrêté d’expulsion pris par le maire socialiste d’Evry, Francis Chouat, avait été notifié aux Roms samedi. «Outre l’insalubrité, la dangerosité de ce site, qui se trouve quasiment en surplomb des voies de la ligne D du RER, m’a amené à prendre cet arrêté en accord avec la préfecture», avait-il affirmé.

Selon un homme de 30 ans résidant dans le camp avec sa femme et ses deux enfants, la police est venue dimanche soir prévenir de l’expulsion. «C’est la deuxième fois que je suis expulsé», a-t-il raconté.

Selon Serge Guichard, 19 enfants vivaient dans le campement. «Tous étaient scolarisés. On risque d’interrompre l’école, de les remettre à la rue», a-t-il dénoncé.

Egalement dans l’Essonne, une centaine de Roms ont quitté pendant le week-end leur campement de Massy pour devancer une procédure d’expulsion d’un terrain dont le ministère de l’Intérieur est propriétaire.

A l’issue d’une réunion interministérielle mercredi à Matignon, le gouvernement a annoncé un assouplissement des conditions d’embauche des Roumains et Bulgares, principales nationalités des Roms. Parallèlement, le gouvernement a réaffirmé une logique de «fermeté» qui a suscité un malaise au sein de la gauche.

Selon Médecins du Monde, 15 000 Roms vivent en France.

(AFP)


[Document : Sans titre]

L’ONU interpelle la France au sujet du traitement des Roms

mer, 29/08/2012 – 22:24 Par Médiaterranée (avec agences)

L’Onu demande le respect des normes européennes et internationales des droits de l’homme relatives à la non-discrimination (DR)

Des experts de l’ONU chargés de la situation des minorités, des migrants, du logement et du racisme interpellent le gouvernement Français au sujet du traitement des Roms. Ils demandent le respect des normes européennes et internationales des droits de l’homme relatives à la non-discrimination, lors des opérations de démantèlement des campements.

«Les expulsions continuent et menacent de mettre des familles dans des situations de grande vulnérabilité», ont condamné les rapporteurs spéciaux, rapporte l’AFP.

«Les évacuations forcées ne sont pas une réponse appropriée, des solutions alternatives conformes aux standards de droits de l’homme doivent être recherchées. Des mesures contraignantes de protection, y compris la mise à disposition d’alternatives pour se loger décemment, doivent être mises en place», a déclaré Raquel Rolnik, rapporteure spéciale sur le droit au logement, cité par l’AFP.

«Ces informations sont préoccupantes, en particulier parce que ce n’est pas la première fois que les Roms sont collectivement expulsés de France», s’est émue de son côté Rita Izsák, experte indépendante sur les minorités.

Les expulsions collectives interdites en droit international

«Les Roms sont des citoyens de l’Union européenne, et la minorité la plus marginalisée d’Europe. De façon regrettable, ces actes démontrent que les Roms ne jouissent pas toujours des mêmes libertés de circulation et d’établissement et continuent de subir des traitements discriminatoires».

Le rapporteur spécial sur les droits des migrants, François Crépeau, s’est indigné pour sa part que «l’objectif ultime semble être l’expulsion des communautés migrantes roms de France».

Il a relevé que «les expulsions collectives sont interdites en droit international, et que les rapatriements doivent être volontaires, en conformité avec le droit international, et basés sur des évaluations individuelles et une surveillance indépendante».

Constat similaire pour le rapporteur spécial sur le racisme, Mutuma Ruteere, pour qui «ces évacuations et expulsions alimentent inévitablement le climat d’hostilité – déjà préoccupant – à l’égard des Roms en France».

En août, plusieurs évacuations ont eu lieu en France, notamment dans les villes de Lille, Lyon, Paris, Evry et Stains, où deux campements ont été évacués mercredi 29 août matin.

Les experts des Nations unies ont rappelé que des actions similaires avaient été entreprises en août 2010, et avaient soulevé des critiques généralisées aux niveaux international et européen, rapporte l’AFP.


LE YIN ET LE YANG DE MANUEL VALS

par Élise Vincent

© Le Monde – 1er septembre 2012

S’il est une ligne politique en matière d’immigration que Manuel Valls, ministre de l’intérieur de François Hollande, semble avoir choisi de faire valoir, c’est celle qu’il martèle dès qu’il le peut :  » fermeté et humanisme « . Une ligne qui fait penser à un titre de conférence de Connaissance du monde, façon  » Le Japon, entre tradition et modernité « . Mais qui pourrait aussi s’avérer le pendant prometteur, Place Beauvau, de la présidence  » normale « .

Nul ne sait si ce concept a été élaboré par un as en communication. Mélange de pragmatisme teinté de progressisme, il offre de nombreux avantages. À commencer par celui d’être, sur le sujet épineux des flux migratoires, consensuel auprès de l’opinion. Preuve en est, l’enthousiasme des Français pour lesquels M. Valls est devenu la personnalité préférée du gouvernement.

Depuis son arrivée Place Beauvau,  » l’humanisme  » a ainsi été récompensé par l’abrogation de la circulaire du 31 mai 2011 restreignant les conditions de séjour des étudiants étrangers. Même chose, le 7 juillet, avec la suppression de la rétention systématique pour les familles. A contrario, et afin de ne laisser douter personne de sa  » fermeté  » – notamment à droite, toujours prompte à dénoncer le  » laxisme  » de la gauche –, le ministre de l’intérieur a vite assumé le mot  » expulsion « , plutôt tabou, ces dernières années, au Parti socialiste.

un véritable écart

Mais le concept de  » fermeté et humanisme « , le yin et le yang de M. Valls, a aussi l’avantage d’autoriser toutes les attitudes. L’affaire des Roms, qui a débuté fin juillet, en est l’exemple le plus abouti. La formule a en effet permis à M. Valls – adoubé par Matignon et l’Elysée – de justifier ce qui apparaît comme un véritable écart d’avec les postures politiques traditionnelles de la gauche.

décisions de justice qui s’accumulaient

Était-ce pour anticiper des décisions de justice qui s’accumulaient sur les bureaux des préfets depuis l’élection de François Hollande que M. Valls a choisi d’assumer en amont les évacuations de campements ? Ou était-ce pour conforter son yang de  » fermeté « , sachant que la majorité des Français y étaient  » favorables  » – y compris les sympathisants du PS ? La publication, le 29 août, d’une circulaire levant partiellement les mesures restreignant l’accès des Roms au travail lui a en tout cas permis de laver l’affront fait à son yin  » humaniste « .

Parmi les ministres de l’intérieur de gauche de la Ve République, M. Valls n’est pas le premier à se laisser tenter par cette approche. À l’exception de Gaston Defferre (1981-1984), qui a procédé à une large régularisation des sans-papiers, avant de s’occuper surtout de décentralisation, presque tous les anciens patrons socialistes de la Place Beauvau n’ont eu de cesse de chercher à réaffirmer, une fois les campagnes électorales terminées, une ligne relativement ferme sur l’immigration.

Si, dans la forme, M. Valls reste plus proche de Jean-Pierre Chevènement (1997-2000), ce qui le sépare de Pierre Joxe (1988-1991), de Philippe Marchand (1991-1992) ou encore de Paul Quilès (1992-1993) ne réside que dans les mots. On parlait alors plutôt de recherche de  » consensus  » ou de besoin d' » équilibre « . Une posture qui avait déjà amené Pierre Joxe, en mai 1989, à l’Assemblée nationale, à expliquer comment il souhaitait expulser les étrangers irréguliers  » dans la dignité « .

Le concept de  » fermeté et humanisme  » de M. Valls a aussi l’intérêt de faire passer pour progressistes des annonces qui pourraient relever d’un farouche conservatisme. Et vice et versa. Il pourrait ainsi habilement servir le ministre sur le gros dossier immigration du quinquennat : la révision des critères de régularisation des sans-papiers, une promesse de campagne de M. Hollande.

cas par cas

Sur ce sujet, M. Valls assure vouloir  » clarifier  » les critères d’examen des dossiers déposés, mais jure parallèlement qu’il n’y aura pas de  » régularisation massive « . Une ligne qu’il résume – comme la droite – par une volonté de traiter les demandes  » au cas par cas « . Or dans les faits, le  » cas par cas  » permet tout et son contraire. Serrer la vis comme cela a été progressivement fait durant les dix années de mainmise de Nicolas Sarkozy sur la politique d’immigration. Mais aussi desserrer l’étau. Chose que pourrait être tenté de faire M. Valls, beaucoup plus libéral sur ce sujet que l’image de  » Sarkozy de gauche  » qu’il s’est construite.

Or, tout l’enjeu du passage de M. Valls au ministère de l’intérieur réside là : dans sa capacité à s’émanciper du seuil des 200 000 entrées annuelles en France sur lequel s’était focalisée la précédente majorité, au risque de s’y casser les dents. Une barrière difficilement tenable en effet, du fait des mécanismes migratoires. Sauf à rogner les droits fondamentaux, comme le  » vivre en famille  » notamment, régis par le droit international.

formule magique

Les défenseurs des droits des étrangers l’ont bien compris. Malgré tous les démantèlements de campements de Roms durant l’été – sans les solutions alternatives de relogement promises -, ils ont réagi de manière bien moins virulente qu’en juillet 2010 après le discours de Grenoble de M. Sarkozy qui marquait un nouveau tournant sécuritaire. A rebours de l’opinion publique, beaucoup de militants veulent en effet croire que les desseins de M. Valls seront moins fermes qu’humanistes. Mais sur ce point, seul l’avenir dira si, pour satisfaire ces attentes opposées, sa formule peut s’avérer magique.

par Élise Vincent

elise.vincent@lemonde.fr

© Le Monde


2 septembre 2012 – © Le Monde

ENTRETIEN AVEC VIVIANE REDING

situation des Roms

Vice-présidente de la Commission européenne et commissaire à la justice, Viviane Reding sera, lundi 3 et mardi 4 septembre, à Paris pour rencontrer plusieurs membres du gouvernement et évoquer la crise de la zone euro et la situation des Roms, mais aussi celle des droits fondamentaux dans l’Union.

Que pensez-vous du démantèlement de campements de Roms et des expulsions qui ont créé la polémique en France, deux ans après vos démêlés avec Nicolas Sarkozy sur ce thème ?

La situation est différente. La France a, à notre demande, modifié sa législation pour renforcer les garanties procédurales en cas d’expulsion. Elle a adapté ses lois aux standards européens. Cette fois, la circulaire qui encadre les récentes décisions préfectorales a été signée par sept ministres et le problème n’est pas résumé à la seule répression. Désormais, les éloignements font, à ma connaissance, l’objet d’une décision préalable de la justice. Les personnes concernées sont informées individuellement et il ne s’agit pas d’éloignements en masse. Le démantèlement de camps illégaux et insalubres reste une question nationale, il n’y a pas de droit européen en la matière. La France s’est par ailleurs engagée à reloger ces populations, à scolariser les enfants et à ouvrir une partie de son marché du travail aux ressortissants roumains ou bulgares. Bref, elle cherche à intégrer et c’est un changement d’attitude.

Vous avez toutefois envoyé un courrier demandant des explications au gouvernement Ayrault

Une réunion de travail a eu lieu vendredi 31 août à Bruxelles entre mes services et des experts français pour finaliser les réponses de Paris. La France va devoir modifier la stratégie d’intégration des Roms esquissée par le gouvernement précédent, afin de concrétiser son souci d’intégration. Nous allons l’aider par le biais d’un échange de bonnes pratiques entre les pays de l’Union, au sein d’un groupe que je veux mettre sur pied en octobre. La question des Roms reste un vrai problème européen et je veux que la France s’en saisisse. Nous ne pouvons être confrontés, chaque été, aux mêmes questions.


Camus – l’historien écarté le faiseur promu

ALBERT CAMUS, L’HOMME DISPUTÉ

par Jonathan Bouchet-Petersen

Libération 13 août 2012

Micmac

Le philosophe Michel Onfray a été préféré à l’historien Benjamin Stora pour organiser l’expo aixoise de 2013 consacrée à l’écrivain et à son engagement algérien. Les dessous d’un débat politico-littéraire.

Un historien en colère et un philosophe gêné aux entournures. Le tout dans une municipalité au rôle ambigu. Benjamin Stora, spécialiste de la guerre d’Algérie, et le médiatique Michel Onfray sont au cœur d’une polémique dont la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, ne peut que constater les dégâts. Manque le cadre : Aix-en-Provence, ses 40 000 pieds-noirs, sa maire de la Droite populaire, Maryse Joissains. Et le principal protagoniste : Albert Camus, dont la fille Catherine gère la mémoire depuis une trentaine d’années.

Au cœur de ce «Patacaix», selon l’expression de l’écrivain Pierre Assouline, une exposition consacrée à Camus, prévue à Aix fin 2013. À l’occasion du centenaire de la naissance du Prix Nobel et dans le cadre de la manifestation Marseille-Provence capitale européenne de la culture. Dernier épisode de cet imbroglio à rallonge, l’annonce officielle par la mairie aixoise, le 31 juillet, que Michel Onfray en sera le commissaire. Sur le papier, pas de quoi fouetter un chat, l’essayiste ayant publié cette année chez Flammarion L’Ordre libertaire. La vie philosophique d’Albert Camus. Une «déclaration d’amour» au Camus anarcho-libertaire et un succès de librairie.

Vraie raison

Le nom d’Onfray bruissait depuis fin juin et Benjamin Stora a l’impression de s’être fait «enfler». De décembre 2009 au 25 avril 2012, c’est en effet l’historien qui était en charge de cette exposition, alors intitulée «L’étranger qui nous ressemble» et annoncée comme un des temps forts de la manifestation culturelle. Avant de se faire «virer comme un malpropre,» enrage-t-il encore, sans un mot d’explication de Marseille-Provence 2013 (MP 2013) et surtout de Catherine Camus. L’ayant droit assure alors que Benjamin Stora ne lui a pas transmis en temps et en heure la liste des documents nécessaires pour l’exposition, et en prend prétexte pour stopper le projet. «J’ai lu le travail de Benjamin Stora, confie aujourd’hui Michel Onfray. Ce que dit Catherine Camus est faux, la vraie raison est d’ordre relationnel.» Reste que Jean Iborra, directeur adjoint des expositions de MP 2013, assure à l’historien en colère qu’aucune expo Camus ne verra finalement le jour dans le cadre de Marseille-Provence capitale européenne de la culture. Frustré, Stora prend acte et rappelle que «c’est sur [son] nom que le projet a été validé à l’Union européenne».

Reconnaissant qu’il est «difficile de travailler avec Catherine Camus,» Stora est surtout convaincu d’avoir été mis dehors au profit d’une personnalité «qui passe à la télévision, chez Ruquier, Ardisson et Denisot.» Et l’historien de poursuivre en assumant sa subjectivité : «Pour Catherine Camus, le livre d’Onfray est tombé à pic. Ça fait du bruit dans le sens de la guerre Camus-Sartre et Onfray passe partout pour en parler. Entre Stora l’historien triste et Onfray la machine médiatique…» D’autant que, selon le commissaire écarté, l’ayant droit rêvait dès 2009 pour le remplacer d’un profil plus vendeur, idéalement Raphaël Enthoven ou Alain Finkielkraut. Or, «dans ce dossier, seules Catherine Camus et Marseille-Provence 2013 sont décisionnaires à parts égales», se désole la ministre Aurélie Filippetti, qui n’a pas voix au chapitre mais «regrette profondément» la mise à l’écart de Stora, «sur le fond comme sur la forme».

Après la remise, en octobre 2010, d’un scénario de 70 pages à Catherine Camus, l’historien n’avait en effet pas signé de nouveau contrat. Il s’est donc retrouvé «à poil» le 25 avril dernier, quand l’abandon du projet lui fut signifié unilatéralement. «Ils m’ont fait signer un papier disant que j’étais documentariste et ils m’ont filé 1 500 euros pour le travail effectué depuis la remise du synopsis,» s’étrangle Stora.

Émeute

Remonté comme un coucou, il refuse toutefois d’y voir une censure politique téléguidée, même s’il n’a pas été accueilli avec des fleurs par la mairie d’Aix. Une ville qui compte de nombreux pieds-noirs d’extrême droite, outrés du choix de Stora pour questionner la relation entre Camus et l’Algérie. «Tout le monde m’a dit qu’ils étaient fous furieux, se souvient l’historien. Aix, ce n’est pas que le festival de musique classique, c’est aussi une ville qui a un boulevard Bastien-Thiry [auteur de l’attentat du Petit-Clamart contre de Gaulle en août 1962, ndlr] et qui a fait citoyen d’honneur Jean-Pax Méfret, un ultra de l’Algérie française.» Un proche du dossier se souvient d’une scène révélatrice de ce climat de défiance : «Dès le départ, Maryse Joissains a déploré auprès de Frédéric Mitterrand [alors ministre de la Culture, ndlr] qu’un proche du FLN ait été choisi pour organiser l’exposition. Et Mitterrand avait explosé de rire en disant que Stora avait 4 ans quand la guerre d’Algérie a commencé et qu’il était tout, sauf un proche du FLN.» Mais, à la mairie d’Aix, Stora ou pas, priorité fut surtout donnée à ce que l’exposition se tienne bien.

Michel Onfray est entré dans ce micmac

Entre-temps, Michel Onfray est entré dans ce micmac. Au départ sans même le savoir. Après la publication de son livre sur Camus en janvier et sa participation à plusieurs conférences dans les mois qui suivent. Le 29 mai, celle qu’il a donnée à la Cité du livre d’Aix rassemble 800 personnes dans une salle habituée à en accueillir 300. «Onfray crée l’émeute,» titre alors la Provence.

Ce succès local arrive aux oreilles de Catherine Camus et de la mairie d’Aix, désireuse de relancer le projet. «J’ai ensuite été contacté début juin par un responsable de Marseille-Provence 2013, raconte Michel Onfray, à qui j’ai dit que j’étais d’accord pour une exposition, à la seule condition que celle-ci prépare la création d’un musée pérenne.» Les deux parties font affaire. Pour l’exposition qu’il entend intituler «Albert Camus, un homme révolté» Onfray a commencé à travailler avec le plasticien et peintre Robert Combas.

Comble

Depuis, la polémique enfle. Onfray est accusé de servir la soupe à ceux qui souhaitaient se débarrasser de Stora et d’être soutenu par l’extrême droite locale. Roger Grenier, ami et compagnon de Camus au journal Combat, a même repris la plume pour s’émouvoir de sa nomination : «J’ai suivi avec indignation mais sans surprise l’histoire d’Aix, écrit le nonagénaire à Stora […] Le comble c’est que vous soyez remplacé par Michel Onfray qui est un faiseur.» Benjamin Stora, lui, assure ne pas en vouloir à Michel Onfray mais lui demande de «prendre ses responsabilités» en se retirant, lui promettant que «l’affaire ne fait que commencer». Habitué des polémiques, l’intéressé assume : «Qu’on me juge sur la vérité de mon travail, je ne me suis jamais déterminé en fonction des risques d’instrumentalisation. Mon seul objectif est qu’un musée Camus voit le jour à Aix.» Et Stora de conclure : «Je découvre tous les jours des gens qui en veulent à Onfray et qui me disent de ne pas lâcher, je crois qu’il ne mesure pas bien dans quoi il s’est fourré.»


ONFRAY RESTE PRUDENT

par Jonathan Bouchet-Petersen

Libération 13 août 2012

Le philosophe assure qu’il n’y a pas de clivage idéologique avec Stora.

Si l’on met de côté les querelles aixoises, deux questions demeurent. Le Camus de Michel Onfray est-il le même que celui de Benjamin Stora ? Et surtout, l’exposition du philosophe mettra-t-elle en lumière les mêmes éléments que celle de l’historien ? Sur la guerre d’Algérie particulièrement, son propos sera scruté à la loupe.

remplaçant ou successeur

«On ne remplace par Benjamin Stora, on lui succède», assure un Michel Onfray prudent, qui réfute tout clivage idéologique avec son prédécesseur et juge d’abord «injuste» le sort fait à l’historien. «Mais je vois bien qu’on tente de monter une absurde opposition entre un Michel Onfray camusien, soutenu par la droite, et un Benjamin Stora sartrien, soutenu par la gauche.» Or, le philosophe le martèle : «Sur la guerre d’Algérie, il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette entre Stora et moi.»

le rapport à une histoire folle, dingue, délirante

C’est d’autant plus probable que sur ce sujet Onfray a adopté les positions messalistes de Stora. «Messali Hadj [leader du Mouvement national algérien, concurrent du FLN pendant la guerre d’Algérie, ndlr], je lui ai consacré ma thèse en 1978, rappelle l’historien. C’était un ami intime de Camus et Camus soutenait sa démarche. Voilà comment j’ai rencontré Camus il y a trente-cinq ans et qu’il ne m’a plus quitté.» Stora avait prévu d’exhumer une correspondance méconnue entre Camus et son ami Yves Dechezelles, l’avocat de Messali Hadj. Mais s’il place en Algérie les racines de l’universalisme de Camus, Stora précise qu’il n’avait pas en tête une «exposition engagée» et que la guerre n’en aurait représenté qu’un sixième. Reste que pour lui, «Camus, c’est Le Premier Homme, c’est le rapport à une histoire folle, dingue, délirante. Sinon c’est quoi ? Un homme engagé abstraitement contre Sartre et le stalinisme ? Ce Camus, moi je ne le connais pas».

itinéraire anarcho-libertaire

En droite ligne avec son livre, Michel Onfray compte, lui, utiliser comme fil rouge l’itinéraire anarcho-libertaire de l’écrivain, qui est aussi le sien. «Camus était, avant tout, cela, du début à la fin de sa vie, assure-t-il. Il n’était pas le social-démocrate à fibre libertaire dépeint par Olivier Todd. Encore moins l’écrivain des petits Blancs et du colonialisme ou le philosophe pour classe terminale décrit par certains.» Et le philosophe de fustiger «le discours sartrien reprenant le vieux truc du socialisme autoritaire qui fait du socialisme libertaire une idéologie bourgeoise». Stora ne le contredira pas.

Benjamin Stora ç’aurait été remarquable

Au ministère de la Culture, Aurélie Filippetti a clairement choisi son camp : «La vraie belle exposition Camus aurait été l’éclairage de Benjamin Stora, qui est à la fois un admirateur de Camus et le meilleur spécialiste de la guerre d’Algérie. Il partage en plus les mêmes paysages que ceux de Camus, le même paysage mental en tout cas. Ça aurait été remarquable.» Un événement que la ministre aurait inauguré «avec plaisir». Et sans incriminer Michel Onfray, elle a décidé que son ministère ne donnera ni son logo ni un euro, «même via Marseille-Provence 2013» qui reçoit de l’argent de l’État, précise Filippetti.


intertitrage de la Rédaction du CIFPR

Michel Onfray pilotera l’exposition et le Musée Camus

Michel Onfray pilotera l’exposition et le Musée Camus

LE MONDE | 02.08.2012 à 13h07 • Mis à jour le 02.08.2012 à 14h52


Par Catherine Simon

Michel Onfray, est l’auteur de L’Ordre libertaire. La vie philosophique d’Albert Camus (Flammarion).

À la suite de la mise à l’écart de l’historien Benjamin Stora, annoncée en début d’été, le philosophe Michel Onfray a officiellement accepté, mardi 31 juillet, d’être nommé commissaire de l’exposition Albert Camus, qui devrait se tenir, fin 2013, à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), dans le cadre des manifestations Marseille Provence 2013.

pataquAix

Le nom de Michel Onfray, auteur de L’Ordre libertaire. La vie philosophique d’Albert Camus (Flammarion, 595 p., 22.50 €), avait été cité par notre chroniqueur littéraire Pierre Assouline (Le Monde du 26 juin), ce dernier s’inquiétant du « Pataquès à Aix » que ces batailles de coulisse, dans une région marquée par une forte présence de la communauté pied-noir, n’allaient pas manquer de provoquer. « Nous étions convenus d’attendre septembre avant de donner l’information à la presse« , a indiqué, dans un texte qu’il nous a envoyé, mercredi 1er août, le nouveau commissaire en titre.

Ce délai, non respecté, aurait dû, ajoute Michel Onfray, lui permettre, « par courtoisie », d’ « informer personnellement » Benjamin Stora, lequel, après avoir travaillé sur le projet, en a été « écarté » ; il aurait aussi donné le temps à la maire (UMP) d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains-Masini, de prévenir « le ministre de la culture, Aurélie Filipetti, comme elle en avait formulé le souhait », précise le philosophe. C’est « en lisant la presse », mercredi matin, que Michel Onfray a réalisé, dit-il, que la municipalité avait décidé « unilatéralement » de publier l’information.

Benjamin Stora « abasourdi »

À la question, que nous lui avons adressée par courrier électronique, de savoir s’il n’avait pas le sentiment que les pressions, notamment de franges de la droite extrême – très hostiles à Benjamin Stora et très présentes dans la région – n’avaient pas joué un rôle dans sa nomination, Michel Onfray a laconiquement répondu « non ». Homme de gauche, régulièrement attaqué par les nostalgiques de l’Algérie française, Benjamin Stora avait soutenu, en 2007, la candidature à la présidentielle de Ségolène Royal. Michel Onfray comprend-il que celui dont il prend la place puisse se sentir blessé ? « Oui », convient le philosophe, qui qualifie l’œuvre de Benjamin Stora d' »impeccable ».

Joint par téléphone mercredi, l’historien s’est dit « abasourdi », non pas tant par la nomination de Michel Onfray que par le soutien du gouvernement socialiste à une telle décision. L’exposition d’Aix-en-Provence devrait être suivie par l’ouverture d’un Musée Albert Camus, Michel Onfray s’étant attaché, pour l’aider dans cette double tâche, la collaboration de l’artiste Robert Combas.


NOUVELOBS
Xavier Thomann

Michel Onfray sera finalement le commissaire de l’exposition Camus : l’Homme révolté. Ce n’était pourtant pas lui qui devait organiser cette exposition, prévue pour la fin 2013 à Aix-en-Provence. Benjamin Stora, historien spécialiste de la guerre d’Algérie, était jusqu’à peu responsable de l’événement, l’idée première étant de la confier à un historien et non à un spécialiste de l’œuvre camusienne.

Cette nomination met un point final à un «Pataquaix», pour reprendre l’expression de Pierre Assouline, qui dure depuis quelques mois. L’expo Camus, en chantier depuis trois ans, a bien failli ne jamais voir le jour: on raconte que Catherine Camus, la fille du philosophe, a refusé de prêter des documents, et surtout que la maire d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains, matrone locale de la droite populaire, rechignait à heurter son électorat pied-noir.


Benjamin Stora

C’est dans ce contexte nébuleux que l’exposition a été annulée, il y a quelques mois, pour des raisons obscures. On imagine que des pressions ont dû s’exercer dans les couloirs de l’hôtel de ville d’Aix, commune qui compte 40 000 pieds noirs pour 140 000 habitants. Benjamin Stora, qui écrit depuis longtemps sur le sujet, est en effet loin d’être apprécié par les nostalgiques de l’Algérie française.

Toujours est-il qu’après cette première annulation, Maryse Joissains ordonne l’organisation d’une nouvelle exposition. Le nom de Michel Onfray se met à circuler. L’intéressé affirme aujourd’hui qu’il aurait préféré que sa nomination soit annoncée en septembre, afin «d’informer personnellement» Stora. L’historien a quant à lui confié à nos confrères du «Monde» être «abasourdi» par cette décision, soutenue par le gouvernement socialiste.

Michel Onfray est-il le plus à même de superviser une telle exposition? Il a consacré son dernier ouvrage à l’auteur de La peste, L’ordre libertaire. La vie philosophique d’Albert Camus. Ce livre avait pour ambition de «réhabiliter» la pensée de Camus, qui passe trop souvent, d’après Onfray, pour le philosophe des classes de terminale.

Rappelons que L’ordre libertaire avait reçu des critiques divergentes. Les uns parlaient d’une réussite, les autres d’une hagiographie sans nuance glorifiant Camus à l’excès et faisant de Sartre le «méchant» à l’origine de cette mauvaise réputation. Le livre était aussi l’occasion, pour Onfray, de dresser en creux son propre portrait. On attend donc de voir qui, d’Onfray ou de Camus, sera vraiment mis à l’honneur.

[Image : Sans titre]

Et voici le plus beau.

Le Président de la Miviludes Georges Fenech condamné

politique économie et culture des arrondissements de Paris sur www.ParisTribune.fr

L’actualité des arrondissements de Paris en assistant aux réunions publiques et par un travail d’investigation

27/07/2012


Le crédit de la Miviludes et de Georges Fenech, son président, entamé.

Le texte diffamatoire a été publié dans un rapport annuel de la Miviludes.

Georges Fenech est président d’une mission interministérielle instituée auprès du Premier Ministre : la Miviludes, pour mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires. Nommé à ce poste par François Fillon en 2008, il y a été renouvelé en 2011.

[Image : Sans titre]

Ancien député(1« ), il est aussi candidat UMP aux législatives dans la 11e circonscription du Rhône (Cantons de Givors, Mornant, Saint-Symphorien-d’Ozon, Condrieu) contre le député sortant du Nouveau Centre, Raymond Durand(2« ).

Le président de la Miviludes a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris le 1er juin 2012 pour diffamation publique.

C’est pour une imputation diffamatoire mettant en cause une association de laïcs catholiques, la Société Française de défense de la Tradition, Famille et Propriété – TFP – dans le rapport annuel de la Miviludes, publié en 2009 pour les activités de l’année 2008, que le président de la Miviludes en exercice, Georges Fenech, a été condamné.

Le délai d’appel n’est pas expiré.

La 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, spécialisée dans les affaires de presse, retient le caractère diffamatoire des propos incriminés figurant dans le rapport remis auprès au Premier Ministre. Elle relève le manque de rigueur dans les vérifications ainsi que le manque de prudence dans l’expression d’un organisme étatique qui ne saurait se livrer à des approximations.

Autant dire que la crédibilité de la Miviludes et de Georges Fenech est mise en cause et entamée.

La psychanalyse en Palestine

Huffington Post, 01/07/2012 – 12:46


L’un des livres les plus surprenants de l’année s’appelle La psychanalyse en Palestine 1918-1948, publié par les éditions Campagne Première et superbement préfacé par Élisabeth Roudinesco, directrice de thèse de l’auteur, Guido Liebermann.

trois vagues + une, pour commencer

Fils d’un émigré allemand et d’une émigrée d’Ukraine installés en Argentine où la psychanalyse était florissante, Guido Liebermann partit en Israël au début de la dictature militaire du général Videla, puis, cherchant les liens entre le sionisme et la psychanalyse, il vint se former à Paris avant de retourner dans son pays. Par chance, Liebermann déborde de beaucoup les dates indiquées dans le titre, ce qui nous vaut une savoureuse balade sur les rapports houleux entre les différentes couches des aliya, les premières grandes vagues d’immigration en Palestine, qui commencent en 1881 : ce sont des juifs russes chassés par l’antisémitisme de Nicolaï II. A l’époque, survit en Palestine le Yishouv, une très vieille et très pieuse communauté juive, qui bénéficie de la protection ottomane. Deuxième vague, 1905-1914 : les arrivants sont des russes socialistes, et c’est avec eux que s’engage le conflit entre ces militants volontiers athées, fiers d’appartenir au courant de la Haskala, les « Lumières juives », et surtout, profondément laïques. Et ça coince.

[Document : Sans titre]

Contre les petits nouveaux, ces « mangeurs de cochons », le Yishouv défend farouchement la Kalhouka, c’est-à-dire le partage des financements venus de l’étranger. Les petits nouveaux, eux, combattent ces arriérés qui élèvent leurs enfants en yiddish et en ladino, les deux langues des communautés juives ashekenaze et sefardim. La troisième vague, de 1919 à 1923, fait déferler des militants sionistes de gauche qui fondent les kibboutzim. La dernière grande vague avant la fondation de l’État d’Israël commence en 1933 avec la prise de pouvoir d’Adolf Hitler, et voit débarquer en Palestine, en flux continu, les juifs germanophones chassés par le nazisme. Là commence l’histoire institutionnelle de la psychanalyse.

Shimon Frankel, le premier vrai médecin moderne

Que trouvent en Palestine les médecins et les psychanalystes ? Une très ancienne tradition médicale juive connue dans le monde entier, appréciée par les souverains d’Europe comme par les pachas. Mais aussi toute une tripotée de guérisseurs qui peuvent être rabbins ou imams et pratiquent, par exemple, « l’incubation » – on dort toute une nuit lové contre la paroi du tombeau d’un saint, d’un prophète, d’un Juste – ainsi faisait-on en Grèce antique dans les sanctuaires des dieux sur prescription d’Hippocrate. Au réveil, on sait de quoi on souffre, on est en voie de guérison. Formé en Allemagne, Shimon Frankel fut le premier vrai médecin moderne ; fondateur de l’Hôpital juif de Jérusalem, il se fait excommunier parce qu’il a soigné des excommuniés, et meurt dans l’abandon, à Jaffa, en I880, juste avant la première grande aliya.

Montague David Eder

Le vrai tournant se passe en 1918, lorsque Chaïm Weizmann, représentant l’Organisation sioniste mondiale, est chargé de mener à bien l’établissement d’un foyer juif selon les termes de la déclaration Balfour de 1917. Weizmann arrive avec un thérapeute frotté aux idées de Freud et de Jung, qui restera cinq ans avant de revenir à Londres : Montague David Eder. C’est un intellectuel d’origine lithuanienne, un médecin qui fréquente la Fabian Society. Son travail de fondateur en Palestine s’appuie sur le socialisme et le sionisme ; mais c’est lui qui fait nommer Freud au conseil d’administration de l’Université hébraïque à Jérusalem, lui qui prend soin des psychanalystes juifs, et surtout, qui prend en charge des milliers d’enfants errants, abandonnés, orphelins de guerre. Comme Frankel, il est désavoué. Chassé par la colère du Yishouv, il retourne à Londres.

Eitingon

Le premier des psychanalystes proches de Freud, l’un de ceux qui porte « l’anneau » que Freud donne à ses fidèles, sera Max Eitingon, qui annoncera son départ en I933, pendant les obsèques de Ferenc Ferenczi. La même année, Eitingon fondera la première société psychanalytique de Palestine ; une autre histoire commence, traversée, en Palestine comme plus tard en Israël et comme partout ailleurs dans la psychanalyse, de scissions, de conflits, jusqu’à l’inertie actuelle, peu différente de celle qu’on voit en Europe aujourd’hui. Les commencements sont toujours les plus beaux…

Pour le packing. In Memoriam.

09 Mars 2012

Pendant plus de quinze années j’ai pratiqué le packing avec les enfants présentant des troubles autistiques. Avant cela, je faisais avec les parents des séances de holding thérapeutique. Il s’agissait d’étreintes qui se distinguaient des câlins ordinaires dans la mesure où c’était la mère et non l’enfant qui décidait de la fin de l’étreinte. Les anglo-saxons appellent ça des Holdings et les allemands le maintien ferme.

L’efficacité était assez régulière ; on retrouvait un calme et un attachement qui était absent de la relation parents-enfants, parfois depuis fort longtemps. Surtout, on pouvait constater que les enfants étaient demandeurs et que les parents s’appropriaient rapidement cette technique qu’ils pouvaient utiliser chez eux pour passer les moments critiques et pour éviter toute dérive violente.

Il fallait toutefois que les parents comprennent le sens de cette étreinte, ni régression, ni punition, mais une expérience des limites en même temps que de l’attachement et l’éprouvé d’une sécurité.

[Image : Sans titre]

Comme nous n’avions pas tout à fait les moyens, dans un IME , de pratiquer cette méthode qui demandait une intense préparation avec les parents et qui mobilisait beaucoup de monde, nous en sommes venus à pratiquer le packing. Nous enveloppions l’enfant dans des draps mouillés mais tièdes, et bientôt, précisément, à température du corps. Ce qui importait c’était le fait que l’enfant soit contenu et que dans cette situation il soit amené à ressentir plus consciemment son existence… à s’incarner.

Les choses se déroulaient de façon simple et sans aucune dramatisation.

Un repérage théorique était nécessaire, un schème de référence fut d’abord emprunté à l‘Esquisse pour une psychologie scientifique (Freud ) et puis à la Phénoménologie (Merleau Ponty) afin de guider notre pratique, basée sur le commentaire attentif des expériences, sensorielles et intellectuelles, intéressant l’Espace, le Temps, et la reconnaissance d’Autrui.

Très vite, pour les enfants et pour les soignants, il s’avéra que les packs avaient une vertu d’éveil et de reconnaissance réciproque. Et l’ambiance devint remarquablement calme.

Aucun miracle, mais beaucoup, beaucoup d’améliorations. Nous ne validions pas… Jamais. L’idée ne nous en serait pas venue, puisque nous faisions notre travail et que tout le monde s’en trouvait satisfait, les enfants, les parents, les soignants (tout de même, je publiais).

Désormais il faudra faire comme novoizinzeuropéens : utiliser plus généreusement le risperdal et la ritaline, dont l’efficacité est horriblement certaine… et le cognitivo-comportementalisme sera appliqué, comme on l’a toujours fait, sans le savoir.

Fin de l’histoire.

PS. Ils ont oublié d’interdire les holdings.

Amours, sexualités, dites vous ?

À la suite de Freud, Reich et Lowen ont révolutionné la pensée sexuelle.

C’est à partir d’une multitude d’observations que Reich a déduit que l’énergie émotionnelle retenue par des tensions musculaires chroniques pouvait dévier le sens de la sexualité comme expression de la relation profonde à soi, à l’autre et au monde. Lowen, quant à lui, sa vie durant, n’a eu de cesse de développer et d’affiner de manière de plus en plus complexe les concepts reichiens.

Ainsi certains désordres de la fonction génitale dans une perspective clinique peuvent être compris en tant que perturbation énergétique, émotionnelle, développementale, voire transgénérationnelle.

À l’heure où le sexuel envahit tous nos espaces publics aussi bien que privés, comme normes acceptées, banalisées, quelle place est laissée à l’humain, dans ces formes foisonnantes et libertines de sexualité ? Qu’en est-il du désir, du plaisir et des sentiments ? Que rencontrons-nous dans l’intimité de nos cabinets ? Comment situer ce qu’il en est du sujet ? Comment lui donner parole ?

C’est un domaine qui nous semble toujours difficile à aborder, sinon évité. Alors même que le corps sensoriel et sexué, traversé par l’énergie vitale, mis en mouvement, est au fondement de notre pratique.

IABFS


PROGRAMME DES JOURNÉES

Samedi 6 octobre 2012

9:30 – 10:30 – Accueil des participants

10:30 – 11:00 – Accueil – Martine Vigier, analyste bioénergéticienne

11:15 – 12:15 – Sexe et genreDaniel Ramirez, philosophe

13:00 -15:00 – repas

15:00 – 15:45 – De la sexologie à la thérapie en Analyse bioénergétique, conférence – Corinne Berthelot Del-Aguila, médecin sexologue

16:00 – pause

16:15 – 17:30 – Jazz, la sensualité faite musique, Atelier musical – Jean Constantin Colletto, analyste bioénergéticien

17:30 – Quel regard le Tantra porte-t-il sur la sexualité ? Atelier – Laurence Heitzmann, analyste bioénergéticienne

19:30 – 20:00 – Repas et soirée festive animée par le Groupe PATSY – Quintette de jazz


Dimanche 7 octobre

9:00 – 9:45 – Classe d’exercices en lien avec le thèmeLucienne Spindler (en extérieur, si le temps le permet)

9:45 – 10:30 – Vous avez dit sexuel ?Jocelyne Gugnard, analyste bioénergéticienne

11:15 -11:30 – pause

11:30 – 12:30 – L’homme semence, lecture – Lucienne Spindler et Martine Vigier, analystes bioénergéticiennes

12:30 – 14:30 repas

14:30 – 15:15 – sexualité, sexualités, le corps sexué dans notre pratique. Conférence interactive – Pierre de Romanet, analyste bioénergéticien

15:15 – 15:45 – Danse et sensualité, Atelier d’initiation à la BACHATA – Frédéric Normant, analyste bioénergéticien

15:45 – 16:00 – pause

16:00 – 16:30 – travail en sous-groupes – réflexion sur la question : abordons-nous le sexuel dans notre clinique ou pas ? Quelles difficultés rencontrons nous ?

16:30 – 17:00 – Débat et partage avec tous les intervenants présents

17:00 – 18:00 – clôture



Une énigme philosophique de l’identité

Une des contributions au colloque

Par Daniel Ramirez

sexe, sexualité, genre

Nait-on sexué ou le devient-on ? Le mot genre a été utilisé d’abord pour désigner le genre humain,(1« )} justement là où nous nous reconnaissons comme les mêmes, le sexe étant ce qui nous différencie – si ce n’est ce qui différencie seulement la femme –. Les philosophes ont souvent prêté une oreille distraite à cette différence jusqu’à que la pensée féministe n’en vienne à éveiller les questionnements avec l’idée de Gender comme sexuation sociale, historiquement construite, pur jeu de rôles. Sexe, sexualité, genre, quelque chose se joue entre la dynamique de la vie et le théâtre de nos désirs, la question de l’identité glissant vers celle de l’altérité. Parcourir ce labyrinthe du sens est une des tâches de la philosophie la plus actuelle.

  • 1 Les français disent genre humain quand les anglophones parlent de {human race, de fâcheuse connotation dans notre langue après l’épisode historique que l’on sait. Mais ils disent aussi gender pour sexe – comme nous faisons quand par exemple nous parlons de mauvais genre… Note de la Rédaction.