Après cinq ans de thérapie, il tue sa psy

LE MONDE du 10.2012

par Raphaëlle Bacqué

Illustration

entre la responsabilité et la folie

C’est une de ces tragédies rares que la presse peine souvent à retracer. Parce que s’y mêlent la douleur humaine, le secret médical et les difficultés de la justice à trancher entre la responsabilité et la folie. Parce qu’elle raconte la confrontation ordinaire de milieux universitaires, médicaux, « psy », à la dérive mentale d’un jeune homme devenu meurtrier. Parce que ni les professeurs, ni les soignants, ni les proches, ni les familles ne veulent témoigner à visage découvert et qu’il faut se contenter d’initiales ou de simples prénoms. Cette histoire s’est passée à la fin de l’été, le 29 août, en plein Paris.

Le mercredi n’est pas le jour habituel de sa séance. Yvéric G. vient pourtant au moins deux fois par semaine s’asseoir sur ce fauteuil rouge, dans la petite pièce chaleureuse que sa psychothérapeute a aménagée dans son appartement pour accueillir ses patients. Mais ce matin-là, il a téléphoné, réclamant de venir en urgence, et elle a bien voulu le recevoir et a noté dans son agenda un rendez-vous supplémentaire, à midi.

psychologue libérale

Depuis qu’elle s’est installée en psychologue libérale, dans cette petite rue tranquille à trois pas de la place de Clichy, au nord-ouest de Paris, Agnès D. est aux premières loges des malaises de l’époque. C’est une femme douce et souriante, passionnée par la psychologie qu’elle est venue étudier jusqu’au DESS à la faculté de Nanterre, dans les années 1980, après une enfance passée dans les tumultes de l’Algérie française puis les senteurs de lavande de Forcalquier, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Elle-même a longtemps suivi une psychothérapie analytique. Au pied de son immeuble, aucune plaque n’indique son cabinet, mais le bouche-à-oreille et les médecins généralistes qui la connaissent et l’apprécient ont drainé vers son adresse une quinzaine de patients.

détresse et consumérisme

Divorces, solitudes, frustrations professionnelles… Agnès D. s’inquiète souvent devant ses proches de ces hommes et femmes qui ne trouvent plus ni oreille amie, ni cercle familial, ni confessionnal pour épancher leurs chagrins comme leurs soucis anodins. Elle a noté ce mélange de détresse et de consumérisme qui pousse dans les cabinets de « psy » des patients réclamant, pour 40 à 50 euros la séance, une écoute bienveillante et, plus encore, des conseils d’application immédiate.

« J’ai parfois l’impression que certains d’entre eux cherchent un coach plus qu’un thérapeute les accompagnant dans une recherche sur eux-mêmes »
, a-t-elle confié à plusieurs reprises à son frère, Bruno. Une amie médecin généraliste qui lui adresse parfois des patients l’a constaté vingt fois avec elle : « C’est une évolution générale : la médecine et la psychologie sont désormais perçues comme des prestations de service. Les patients arrivent avec une liste de quatre ou cinq problèmes à régler et souhaitent sortir avec des solutions rapides, sans toujours comprendre le travail intellectuel que cela suppose. »

Yvéric G. tranche pourtant dans la cohorte habituelle. C’est un beau jeune homme blond de 28 ans, intelligent et désorienté. Sur sa page Facebook, quelques photos le montrent rieur, cheveux épais et barbe de trois jours, le regard masqué par des Ray-Ban en miroir. Il est arrivé jusqu’à la psychothérapeute quelques années plus tôt, lorsqu’il était encore étudiant en licence d’économie, sociologie et sciences politiques à Paris-Dauphine.

psychologue vacataire

C’est dans cette université prestigieuse qui sélectionne les meilleurs bacheliers et élèves de classe préparatoire, qu’Agnès D. a assuré, jusqu’à l’automne 2006, une vacation de psychologue – au sein du service de médecine préventive dont chaque université française est pourvue afin d’offrir aux jeunes gens un suivi médical gratuit, couvert par le secret. Depuis qu’elle a quitté l’université, c’est dans son cabinet qu’Yvéric G. vient la consulter. À ses quelques amis, il a confié : « Une psychothérapeute rencontrée à Dauphine m’aide à surmonter mes difficultés. »

des équations répétitives et insensées

Fils de médecins réputés, ancien élève du lycée Henri-IV, au cœur de Paris, il a d’abord paru destiné à des études brillantes avant que sa famille et ses plus proches amis ne s’inquiètent de son comportement. À Dauphine, ses camarades et ses professeurs ont vite remarqué ses absences répétées. Ce n’est pas tant son allure, cheveux longs et vêtements négligés, qui détonnent au milieu de ces étudiants d’apparence plus convenue. Mais il arrive parfois au cours de 8 heures en affirmant qu’il a dormi dehors. « Professeurs, étudiants, on ne pouvait pas ne pas voir qu’Yvéric avait manifestement trop bu et sentait l’alcool », se souvient une de ses anciennes condisciples.

Il fume aussi beaucoup, des cigarettes et souvent du cannabis. Devant ses amis, le jeune homme a évoqué un « chagrin d’amour », confiant à plusieurs reprises ses envies de suicide. Mais comment comprendre son obsession des chiffres zéro, un et deux, alignés comme s’il cherchait la clé d’un code informatique, dans des équations répétitives et insensées ?

interné à deux reprises

Yvéric G. a pris du retard dans ses études. Redoublé sa licence. Et pour finir, quitté l’université de Dauphine pour s’inscrire en psychologie à la faculté de Nanterre. Après avoir longtemps vécu à Montigny-sur-Loing (Seine-et-Marne), il s’est installé rue de Vaugirard, dans le 15e arrondissement de Paris, où il paraît s’être renfermé.

La plupart de ses camarades ignorent que le jeune homme a été hospitalisé deux mois, quelques semaines après les examens de rattrapage de la session de septembre 2008, dans une clinique psychiatrique d’Épinay-sur-Seine, période au cours de laquelle un diagnostic de schizophrénie semble avoir été posé.

à base d’aripiprazole

Ils ne savent pas non plus qu’il a de nouveau dû être pris en charge dans une unité psychiatrique hospitalière au début de l’année 2012. Ni qu’il suit un traitement neuroleptique à base d’aripiprazole, une molécule de la dernière génération, prescrite pour stabiliser les patients schizophrènes et également utilisée dans le traitement des épisodes maniaques des troubles bipolaires.

rarissimes

Agnès D. connaît pour sa part le parcours chaotique de son patient. La mère d’Yvéric a interrogé avec inquiétude la psychothérapeute. Les psychiatres qui l’ont suivi ont transmis leurs comptes rendus d’hospitalisation, soulignant un « délire mystique » et un « désir de confrontation paranoïaque », sans évaluer formellement son éventuelle dangerosité ni une quelconque menace, hormis pour lui-même. Comment pourraient-ils prévoir avec certitude un possible passage à l’acte ? Selon l’Observatoire national des violences en milieu de santé, les cas d’agression dans les cabinets en ville sont rarissimes, alors qu’un quart des manifestations de violence envers les personnels de santé ont eu lieu l’année dernière dans des services de psychiatrie hospitalière.

par la porte du cabinet

Le 29 août, personne dans le petit immeuble de la psychothérapeute ne remarque l’arrivée de l’étudiant, probablement vers midi, à l’heure où son rendez-vous a été fixé. Ce n’est que vers 14 h 30 que le fils cadet d’Agnès D. remarque en sortant de sa chambre ce jeune homme qui s’apprête à quitter l’appartement seul, alors qu’habituellement sa mère raccompagne ses patients jusqu’à l’entrée. Par la porte du cabinet entrouverte, il aperçoit un corps étendu, les mains liées, la bouche bâillonnée. Une course dans l’escalier. Le patient s’est enfui.

Le fils d’Agnès D. rattrape Yvéric G. dans la rue. Il le maîtrise, l’oblige à remonter avec lui dans l’appartement de sa mère, au premier étage, et appelle les pompiers. Suivant les instructions des secours en attendant leur arrivée, le fils tente désespérément un massage cardiaque pour ranimer sa mère. Elle ne sortira pas du coma. La psychothérapeute va mourir trois jours plus tard, à l’hôpital Saint-Louis. Son frère, Bruno, et son ex-mari, Norbert, apprendront plus tard que, le soir même de l’agression, un couple de médecins, les parents d’Yvéric G., s’est présenté pour s’enquérir de l’état de la victime avant d’être éconduit par l’hôpital.

responsabilité

Commence maintenant la bataille judiciaire pour établir l’éventuelle responsabilité du jeune homme. Les policiers qui l’ont interrogé, le soir de l’agression, ont noté que sa déposition, lors de sa première garde à vue, avait été d’une « grande précision, exprimée dans un langage clair ». Jean Reinhart, l’avocat de la famille d’Agnès D., souligne de son côté qu’Yvéric G. « a pris soin d’arracher, avant de s’enfuir, la page du carnet de rendez-vous de la psychothérapeute où son nom était inscrit ».

placement en unité psychiatrique

Mais le médecin qui l’a examiné, lors du prolongement de sa garde à vue, a préconisé son placement en unité psychiatrique à l’hôpital Sainte-Anne. Depuis, le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire pour viol, homicide volontaire sur un professionnel de santé et séquestration, et a délivré un mandat d’amener à l’encontre d’Yvéric G. afin de s’assurer qu’il n’échappera pas à la justice si l’expertise médicale l’estime à même d’être entendu.

fermé pour cause de décès

Au funérarium du Père-Lachaise, une centaine de personnes sont venues aux obsèques d’Agnès D. Des amis, des médecins, des voisins et une demi-douzaine de patients de la psychothérapeute. Sa famille avait fait venir de la lavande de Forcalquier. Sur la porte de son cabinet, une carte indique qu’elle n’assurera plus ses consultations « pour cause de décès ».

Homoparentalité & psychanalystes conservateurs au Figaro

Mots clés : Homoparentalité, Mariage gay, Adoption, Mariage homosexuel, Christian Flavigny, Aldo Naouri

par Agnès Leclair

Le Figaro 02/10/2012

En France, de 40.000 enfants, selon l’Ined, à plus de 300.000 selon les associations de parents gays et lesbiens seraient élevés par des parents de même sexe.

Le projet d’ouverture de l’adoption aux couples homosexuels fait réagir de nombreux médecins, qui redoutent de lourds bouleversements pour les enfants.

Tuer le père, un «meurtre» banal dans les cabinets psys. Sur le plan légal, c’est une autre affaire. Dans le cadre du projet de loi sur l’ouverture du mariage et de l’adoption par les couples de même sexe, nombre de psychanalystes et pédopsychiatres frémissent à l’idée de voir disparaître les «pères» et «mères» du Code civil. Gommer deux figures centrales de l’inconscient au profit du terme asexué de «parent», c’en est trop pour les freudiens.

Quelle place pour le complexe d’Œdipe dans un monde avec deux mamans ou deux papas? Écœurés de s’entendre répliquer que seul l’amour importe, ils comptent dans leurs rangs de féroces opposants à la promesse 31 de François Hollande. Après tout, pourquoi s’émouvoir d’un simple glissement sémantique? Et pourquoi ne pas reconnaître une existence à des familles déjà constituées autour de deux personnes du même sexe, qui s’élèveraient à près de 40.000 enfants, selon l’Ined, ou plus de 300.000, selon les associations de parents gays et lesbiens?

«La question est de savoir si la loi peut dire qu’un enfant est issu de deux pères et de deux mères. Ce serait une révolution anthropologique. Pas seulement pour les enfants élevés par des couples homos, mais pour tous les enfants», résume le pédopsychiatre et psychiatre Christian Flavigny. «Dire à un enfant qu’il est né de la relation amoureuse de deux adultes du même sexe, c’est introduire un faux dans sa filiation. Plaquer un mensonge sur son origine», s’inquiète ce responsable du département de psychanalyse de l’enfant de la Salpêtrière. «Aujourd’hui, c’est différent. Aucune loi n’assène aux enfants des familles homoparentales que leur situation est banale, alors qu’ils savent très bien qu’elle ne l’est pas.»

La théorie des genres

Dans son cabinet, ce dernier reçoit, entre autres, des familles homoparentales et recomposées. «Aujourd’hui, je demande assez rapidement à parler en tête à tête avec le père ou la mère de l’enfant, sans le tiers qui partage sa vie. Avec la nouvelle loi, je me vois difficilement demander à deux hommes “qui est le papa” ou à deux femmes “qui est la maman”… Comment faire la différence si tous deux considèrent avoir ce rôle?» s’interroge-t-il. Tout enfant sait qu’il est né de l’union d’un homme et d’une femme, qu’elle soit fugace ou pérenne, naturelle ou médicalement assistée, martèlent les spécialistes de la psyché.

«Qu’on ne vienne pas me dire que c’est un ­schéma traditionnel ou ringard !» s’agace le psychanalyste Jean-Pierre Winter, qui remet malicieusement le maître viennois en scène dans l’actualité: «Freud avait dit que celui qui débarrasserait l’humanité de la sexualité serait considéré comme un héros. Tous les bricolages généalogiques sont sources de perturbation, reprend-il. L’enfant devra démêler une question difficile. Celle d’être le produit du désir de deux personnes qui ne peuvent pas engendrer. Dans cette situation, comment arrivera-t-il à définir qui il est?»

Pour se structurer, un enfant a besoin de la différence des sexes, reprennent en chœur les pédopsychiatres. «La reconnaissance dans la loi de deux parents du même sexe reviendrait à dire qu’elle n’existe pas ou qu’elle ne compte pas. Au nom de la théorie des genres, nous sommes en train de faire disparaître les hommes et les femmes», pointe Pierre Lévy-Soussan, pédopsychiatre à la tête d’une consultation spécialisée dans la filiation et la parentalité.

«L’homme n’est pas une mère comme les autres», défend ce spécialiste de l’adoption. «Les interactions avec la mère sont radicalement différentes de celles avec le père», plaide-t-il. «Les mères recherchent plutôt le bien-être de l’enfant, son confort, échangent de longs regards avec lui. Les pères sont dans un rapport plus stimulant, avec des jeux plus physiques comme soulever le bébé en l’air», acquiesce Maurice Berger, chef de service en psychiatrie de l’enfant au CHU de Saint-Étienne.

C’est vers 3 ou 4 ans qu’un tout-petit commence à se rendre compte que deux personnes du même sexe ne peuvent pas concevoir ensemble, selon ce dernier. «L’enfant se retrouvera alors face à une énigme sexuelle. C’est pourquoi ceux que j’ai reçus étaient en général agités. Dans l’incapacité de relier conception de la sexualité et tendresse parentale, ils ne trouvaient pas de solution dans leur fonctionnement psychique.» Maurice Berger se rappelle d’une petite fille de 8 ans, élevée par sa mère et la compagne de ­celle-ci. Elle avait dessiné pour le docteur une reine entourée de plusieurs bambins. «Elle m’avait ensuite expliqué que ces enfants avaient été fabriqués par la sœur de la reine avec une potion magique», rapporte-t-il.

«Un statut d’objet de consommation»

S’il y a eu effacement du père ou de la mère, «l’enfant devient SDF, “sans domicile filiatif”, “enfant de personne”, relève Pierre Lévy-Soussan. Comme lorsque l’adoption se passe mal. Il ne cessera de questionner les adultes qui l’entourent, y compris au travers d’attaques ou d’agressions verbales. Certains souffrent de problèmes d’identification sexuelle, d’autres ont du mal avec leur image narcissique.»

Peu de pédopsychiatres, cependant, se risquent à généraliser les troubles des enfants qu’ils ont suivis à tous ceux qui grandissent avec deux pères ou deux mères. Ils sont de plus en plus nombreux à consulter, avance tout de même Maurice Berger. «L’enfant souffre aujourd’hui d’un statut d’objet de consommation. Autoriser l’adoption à des couples dont la sexualité n’est pas destinée à la procréation accentuerait ce statut», craint pour sa part le pédiatre Aldo Naouri. Les enfants élevés dans les familles homoparentales ne vont pas forcément mal, nuancent nombre de professionnels. «Si on ne cherche pas à leur faire croire qu’ils ont deux pères ou deux mères, ils seront moins perdus», tranche Pierre Lévy-Soussan.

«Aujourd’hui, ils peuvent accepter la complexité de la vie affective de leur père ou de leur mère. Malheureusement, le projet de loi risque de brouiller les cartes», se désespère Christian Flavigny. «On nous dit que les enfants élevés par des couples homosexuels ne vont pas plus mal que les autres. Mais sur la base de quelles études, de quels chiffres?» s’insurge, plus que sceptique, Jean-Pierre Winter. De plus, ces études ne font pas la différence entre des enfants issus d’une procréation médicalement assistée, adoptés, nés par mère porteuse… Des situations pourtant différentes.»

En 2011, le Dr Guillaume Fond, de l’Inserm et du service de psychiatrie adulte du CHU de Montpellier, a publié un travail de recherche comparatif sur toutes les données actuelles sur l’homoparentalité et le développement de l’enfant. Un véritable exercice d’équilibriste dans ce contexte enflammé. «À ce jour, aucune étude n’a pu démontrer que l’homoparentalité était un facteur de risque. Mais aucune étude n’a pu faire de comparaison avec un “groupe contrôle” suffisamment important», a-t-il conclu. Brandies comme des étendards par les «pro» et les «anti», on reproche à ces études d’être conduites par des chercheurs particulièrement impliqués dans la question.

Il semble actuellement difficile de faire autrement. «En France, les études qui seraient nécessaires ne sont pas vraiment possibles, car l’Insee n’a pas le droit de répertorier des familles de ce type. Elles sont enregistrées comme “monoparentales”. Leur recrutement passe donc forcément par les associations LGBT (Lesbiennes, gays, bi et trans). Les études étrangères sont soit réalisées en lien avec la communauté homosexuelle soit financées par des organisations religieuses radicalisées. C’est un sujet qui n’est pas neutre», explique Guillaume Fond, qui regrette le manque de sérénité autour de ces recherches. Quant aux pédo­psychiatres qui participent au débat, ils sont en général psychanalystes, rappelle ce chercheur. «S’ils se fondent sur la théorie freudienne, ils peuvent difficilement accepter d’autres modèles que celui de la famille nucléaire», estime-t-il.

Pragmatiques et théoriciens

De l’autre côté de l’échiquier, les pédopsychiatres ­favorables à ce projet de loi considèrent pour leur part la famille comme une entité sociale. Une cellule à la géométrie plus variable. Plutôt que de revisiter Sophocle, ils préfèrent se concentrer sur l’éducation. «Il y a deux écoles, les pragmatiques et les théoriciens, expose Serge Hefez. À mon avis, mieux vaut partir d’une pratique ­clinique que se fonder sur des idées freudiennes de la fin du XIXe. Les enfants ou adolescents qui vivent dans des familles homoparentales ont parfois des problèmes de comportements, des difficultés à l’école, mais pas plus que les autres. Ils trouvent autour d’eux des adultes – grand-père ou grand-mère, oncle ou tante – qui occuperont une place privilégiée pour leur identification au féminin ou au masculin. Aujourd’hui, la famille a changé. Pourquoi la loi ne pourrait pas s’adapter ?»

Au final, le rôle éducatif du compagnon ou de la compagne homosexuel auprès de l’enfant est finalement rarement remis en cause par les pédopsychiatres d’un bord ou de l’autre. «L’éducation est la surface de la vie familiale. Nourrir l’enfant, l’emmener à l’école est à la portée de tout adulte bienveillant. La filiation est la véritable fondation de la famille, le régulateur qui porte les interdits du meurtre et de l’inceste», insiste Christian Flavigny.

La question, pour nombre de professionnels, n’est d’ailleurs pas de savoir si les homos font de bons parents, mais quelle est l’évolution des enfants. Pour en mesurer les effets, il faudrait attendre «deux ou trois générations», note Jean-Pierre Winter. Aujourd’hui, ils s’adaptent pour garder l’estime et l’amour des adultes qui les entourent. Ce sera plus intéressant de voir ce qui se passe quand ils auront l’âge de faire eux-mêmes des enfants.» Un «timing» qui ne cadre pas vraiment avec celui du projet de loi.



texte 2

Le Figaro 3 octobre 2012

par Maurice Berger

HOMOPARENTALITÉ : INTIMIDATION ET ÉTUDES DOUTEUSES

TRIBUNE – Maurice Berger(1« ), chef de service en psychiatrie de l’enfant au CHU de Saint-Étienne appelle le gouvernement à vérifier le sérieux des études sur les enfants élevés par des parents homosexuels.

Il existe deux moyens d’empêcher un groupe social de penser sur un sujet important: l’intimidation et le pseudo-scientifique.

L’intimidation, tout d’abord. En janvier 2012, je suis invité, en tant que pédopsychiatre et professeur associé de psychologie de l’enfant, aux états généraux du droit de la famille organisés par le Conseil national des barreaux, pour parler de l’homoparentalité. À peine débutais-je mon exposé qu’un homme, opposé à mes propos, se lève et assène ses arguments en faveur de l’homoparentalité d’une voix forte et ininterrompue afin de m’empêcher de parler. Plusieurs minutes pénibles s’écoulent avant que les 60 avocats présents interviennent spontanément pour ordonner à cet homme de se taire en soulignant l’intérêt qu’ils portent à une parole «libre». Dix minutes plus tard, la même scène se répète, avec la même réaction du public.

Ensuite, le lobby homo­parental s’appuie sur des études qui, dans leur quasi-totalité, ne sont que pseudo-scientifiques. L’intoxication est suffisamment bien faite pour que tout le monde soit convaincu que ces études prouvent que les enfants élevés par les parents homosexuels vont bien. Pourtant, il suffit de se donner la peine de vérifier la nature des travaux cités pour comprendre leurs faiblesses méthodologiques et leur biais de recrutement des groupes étudiés. La thèse de médecine de Nadaud donnée en exemple par Martine Gross, présidente d’honneur de l’association homosexuelle mixte APGL, consiste à demander à des couples homosexuels si les enfants qu’ils élevaient allaient bien. Devinez la réponse: évidemment positive. Il est difficile d’imaginer moins d’objectivité.

Une autre publication aussi mise en exergue, d’une professeur de psychologie londonienne, compare les enfants élevés par 24 couples homosexuels à ceux élevés par 24 couples hétérosexuels. Il apparaît que dans le groupe homoparental, 6 enfants sur 24 débutent leur vie sexuelle par des relations homosexuelles et zéro dans l’autre groupe. Conclusion de l’auteur : il n’y a pas de différence significative.

Le travail de Vecho et Schneider en 2005 est aussi instructif. Les auteurs montrent que, sur 311 publications, la plus grande partie n’est pas sérieuse. Certaines ont un aspect clairement militant et ne se fondent que sur la parole des «parents». 25 % de ces études ne précisent pas la discipline dans laquelle elles s’inscrivent (psychiatrie, philosophie, sociologie…). 9 sur 10 n’étudient que l’homosexualité féminine, dont on extrapole les résultats sur l’homosexualité masculine. Sur les 35 restantes, considérées comme les plus valables, 22 ne précisent pas le mode de filiation (union homosexuelle antérieure ou insémination artificielle avec donneur, IAD). Seulement 20 ont un groupe de comparaison, mais seulement 12 sont correctement appareillées. Sur les 12 restantes, seule la moitié renseigne sur l’existence ou non d’un divorce, ce qui ne permet pas de différencier les effets sur l’enfant du divorce ou de l’homoparentalité.

Le lobby homoparental utilise une méthode simple, le bluff. Il sait perti­nemment qu’aucun homme politique et qu’aucun journaliste ne prendra le temps de lire les études citées. La raison commanderait qu’avant tout vote d’une loi dans ce domaine le gouvernement demande qu’un groupe de travail composé de spécialistes du psychisme ayant préalablement publié dans des revues internationales étudie les principales publications portant sur ce sujet et, en fonction de leur validité, énonce les véritables conclusions que l’on peut en tirer. Dans le même temps, ce groupe ou un autre de même qualité, serait chargé de réunir les publications et les observations réalisées par les cliniciens et les thérapeutes concernant les enfants élevés par les couples homoparentaux pour tenter d’avoir accès à leur vécu intime.

La vraie audace de la part du gouvernement n’est pas de soutenir un tel projet de loi, non, ce serait de ne pas avoir peur d’aller vérifier ce qu’il en est réellement, de donner une place au savoir face à l’intimidation et aux études biaisées, et de décider dans un climat plus apaisé. Pourquoi le lobby homoparental ne demande-t-il pas que cette démarche soit entreprise, s’il n’y a rien à cacher ?


texte 3

POUR L’HOMOPARENTALITÉ

Mots clés : Homosexualité, Adoption, Homoparentalité, Mariage homosexuel, Philosophie, Procréation assistée, France


par Luc Ferry

Le Figaro le 19/09/2012

La chronique de Luc Ferry

je ne puis être hostile à l’adoption d’un enfant par deux parents homosexuels

Je sais que je vais choquer ou pire, décevoir certains lecteurs, mais je voudrais leur dire ici en vertu de quels arguments je ne puis être hostile à l’adoption d’un enfant par deux parents homosexuels. Après mûre réflexion, je suis convaincu – et je vais dire pourquoi – qu’il faut inverser l’opinion commune selon laquelle le mariage serait à la rigueur acceptable «entre adultes consentants», tandis que l’adoption, parce qu’elle engage un tiers qui n’a rien demandé (l’enfant adopté), devrait être interdite. C’est presque le contraire qui est vrai si l’on y réfléchit au fond. Il faut bien, en effet, avoir conscience qu’en France, aujourd’hui, l’adoption d’un enfant par une personne célibataire – donc, le cas échéant, par une personne homosexuelle – est tout à fait licite. Le problème n’est donc nullement de savoir si l’adoption est accessible aux homosexuels – elle l’est d’ores et déjà de façon parfaitement légale – mais si elle l’est à leur couple, couple au sein duquel des enfants adoptés vivent déjà de toute façon.

ma réponse est oui, cent fois oui

Ma réponse est oui, cent fois oui, car en cas de décès du parent «officiel», ou même seulement de séparation, le «deuxième parent» n’a aucun droit. Il faut ajouter, si l’on veut considérer la situation dans sa globalité, que nombre de femmes vivant ensemble ont, en dehors de cette première possibilité qu’est l’adoption, recouru à des inséminations artificielles avec donneur (aisées à pratiquer chez nos voisins belges ou britanniques) pour donner naissance à des enfants qui viennent donc s’ajouter à ceux qui ont été adoptés. De sorte qu’au total, ce sont entre 40.000 et 200.000 enfants qui vivent aujourd’hui dans une situation à haut risque. Car, j’y insiste, en cas de disparition du parent légal, le deuxième parent n’a aucun statut juridique ce qui peut conduire à de véritables catastrophes humaines. C’est donc ce problème qui doit être réglé d’une façon ou d’une autre en toute priorité – ce qui conduit à reconsidérer la question de l’homoparentalité en des termes très différents de ceux auxquels on est généralement habitué dans le débat public.

admettre le sexe et refuser l’amour, paradoxal pour des milieux conservateurs

Car, pour agir dans l’intérêt bien compris des enfants, il est à l’évidence souhaitable d’autoriser leur adoption par les deux parents, tandis qu’à la limite le mariage pourrait être remplacé par une autre institution qui viserait à améliorer le pacs. Cela dit, il ne suffit pas de le modifier sur le seul plan financier – de régler les problèmes de fiscalité ou de pension de réversion, par exemple –, mais il faut surtout faire en sorte que ces milliers d’enfants vivant dans des couples homosexuels et notamment ceux qui n’ont pas d’autres parents connus dans un couple précédent soient protégés contre les accidents de la vie. Le mariage est donc la solution la plus simple. J’ajoute qu’interdire le mariage aux homosexuels, mais accepter l’homosexualité hors mariage, c’est admettre le sexe et refuser l’amour – ce qui est assez paradoxal pour des milieux conservateurs.

transmission de l’amour, de la loi et de la culture

Plaider pour le mariage homosexuel, c’est vouloir réconcilier les deux. Allons plus loin. Si l’éducation réside, non dans la filiation, mais dans la transmission de l’amour, de la loi et de la culture, on voit mal au nom de quoi on pourrait prétendre que des homosexuels en sont incapables. Contrairement à une opinion reçue mais fausse, les études dont nous disposons montrent que les choses ne se passent pas plus mal pour leurs enfants qu’avec les hétéros. Tous les parents, quels qu’ils soient, peuvent connaître des difficultés. Pour autant, personne ne songe à leur faire passer un permis de procréer, même lorsqu’ils sont manifestement alcooliques ou déséquilibrés.

élargir l’horizon, première exigence de la loi républicaine

Il faut enfin noter que nous ne sommes pas dans une conversation privée où il serait question d’affirmer haut et fort, au nom de son éthique ou de sa religion, son avis personnel. Nous avons tous des opinions, c’est l’évidence, mais il s’agit d’abord et avant tout d’élargir l’horizon, de se mettre à la place des autres, de saisir tous les points de vue, car c’est bien là la première exigence de la loi républicaine. Par essence elle vaut pour tous, et pas seulement pour moi. Dans cette perspective, il est un principe que nous devons considérer comme sacré: nous n’avons aucun droit d’interdire quoi que ce soit à autrui sans qu’il y ait une bonne raison pour le faire, c’est-à-dire une raison qui ne vaille pas simplement pour moi, à titre d’option personnelle, confessionnelle par exemple, mais qui puisse et doive valoir aussi pour tous. Cela dit pour ouvrir le débat sur ses véritables bases.

Blog: www.lucferry.fr

  • 1 Ex-professeur associé de psychopathologie de l’enfant à l’université Lyon-2 et membre de plusieurs commissions ministérielles concernant la protection de l’enfance.

Neurosciences et psychothérapie

NEUROSCIENCES ET PSYCHOTHÉRAPIE

par le Dr. Michel Delbrouck

Les neurosciences ouvrent de nouvelles pistes thérapeutiques.
Comment un psychothérapeute peut-il les utiliser ?
Analogie, complémentarité et congruence possible entre d’une part les neurosciences et d’autre part la psychanalyse freudienne, la psychanalyse de la relation d’objet, la théorie de l’attachement, la psychiatrie infantile et la gestalt.
Cet article vient en illustration du colloque Neurosciences & Psychothérapie (1« ) qui se déroulera le 11 octobre prochain à Bruxelles (Voir info).

Il y a une quinzaine d’années, prévalait un scientisme opposé à la conception psychanalytique, qui voulait expliquer tout le psychisme à partir de la chimie du cerveau et des neurotransmetteurs. Aujourd’hui, il y a un consensus, au moins parmi les personnes éclairées, pour reconnaître que l’être humain est un objet complexe, constitué au moins autant par son milieu culturel et langagier, par son environnement social et familial, que par son substrat organique.

coopération entre plusieurs niveaux

Cette position suscite de nouvelles questions épistémologiques. Faudrait-il créer une nouvelle discipline comme la neuropsychanalyse qui pourrait prendre à son compte le double éclairage ? Ou a contrario, une coopération entre plusieurs niveaux et domaines de recherche et de thérapeutique ne serait-elle pas plus appropriée ou chacun et chacune garderait ses spécificités et ses compétences propres tout en apprenant à collaborer et à s’intéresser aux découvertes et à la pensée de l’autre. Car, il persiste un danger de dilution à vouloir tout amalgamer.

Que recouvre le terme de neurosciences ?

ll représente le vaste ensemble des disciplines scientifiques étudiant le système nerveux. Si nous abordons la question de l’ontogenèse psychique de l’être humain, nous pouvons affirmer que la naissance physique et la naissance psychique ne sont pas indépendantes mais ne sont pas non plus superposables. Par ailleurs, il semblerait y avoir beaucoup plus de continuité entre la vie intra-utérine et la toute petite enfance que la coupure de la naissance ne le laisserait supposer.

Les conceptions des théories psychanalytiques classiques, des théories des relations d’objet, de la théorie de l’attachement et l’apport des neurosciences ne s’opposent en aucune façon.

Il existe une progression conjointe de l’enfant à travers ces différents angles de lecture de la même réalité, l’enfant être humain qui devient peu à peu adulte et entame au fil de sa vie, la poursuite de son développement physique et psychique.

Le « nourrisson clinique des psychanalystes » nous dit Daniel Stern, doit être distingué du « nourrisson de l’observation des pédiatres et des psychiatres infantiles. » lire la suite en cliquant ici même.

Michel Delbrouck est médecin, psychothérapeute à orientation psychanalytique, gestalt-thérapeute, formateur et enseignant de la psychopathologie, superviseur. Il est aussi vice-président de la Société balint belge et de la Société belge de gestalt, membre associé de l’Institut international de psychanalyse et de psychothérapie Charles Beaudouin (Genève), membre de la Commission d’éthique de l’Association belge de psychothérapie.
Auteur de Le burn-out du soignant et de Psychopathologie, manuel à l’usage du médecin et du psychothérapeute, Ed De Boeck.
  • 1 On remarquera sur ce site l’intégration de la psychothérapie, du développement personnel et des techniques complémentaires de santé, qui efface des différences structurelles fondatrices de domaines irréductibles. Tout est dans tout et réciproquement. Résultat on ne sait pas où on est.

Gare au relais des neuroleptiques

Libération, 27 septembre 2012

Les benzodiazépines sont massivement prescrites par les généralistes. Leur disgrâce pourrait avoir un effet indésirable.

par Matthieu Écoffier

Après les benzodiazépines, les neuroleptiques dans la ligne de mire ? Dans la famille des tranquillisants, il y a les «mineurs» que sont les benzodiazépines (ou apparentés) – que l’on retrouve dans les somnifères (Rohypnol, Havlane Mogadon, Stilnox), les anxiolytiques (Xanax, Lexomil, Tranxène) mais aussi dans les relaxants musculaires (Myolastan) ou anticonvulsants (Ritrovil). Et puis il y a les tranquillisants majeurs que sont les neuroleptiques (Risperdal, Abilify, Seroquel), des antipsychotiques puissants conçus pour le traitement de la schizophrénie ou des troubles bipolaires(1« ).

134 millions de boîtes vendues en 2010 en France pour un chiffre d’affaires de 183 millions d’euros (remboursés à 65% par la Sécu)

Selon l’étude du Pr Bégaud (lire ci-contre), une prise régulière de benzodiazépines augmente de 50% les chances de développer une démence de type Alzheimer dans les quinze ans. Si ce danger est pour la première fois aussi clairement établi, les autorités sanitaires ont pris la mesure du risque, en janvier l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) dressait un état des lieux inquiétant de la consommation de benzodiazépines, majoritairement prescrites par les généralistes : 134 millions de boîtes vendues en 2010 en France pour un chiffre d’affaires de 183 millions d’euros (remboursés à 65% par la Sécu), 60% des consommateurs étant des femmes. Le 25 septembre, l’ANSM a sorti un plan contre leur mauvais usage. Et lundi la Haute autorité de santé a alerté sur la surconsommation des hypnotiques chez les plus de 65 ans.

usage détourné

«Il y a une toxicomanie aux benzos résultant de prescriptions de confort, indique un médecin hospitalier. On voit plein de personnes âgées qui en boulottent depuis des années pour le mal-être ou la crise anxieuse. Mais il y a aussi des prescriptions rationalisées.» Le tour de vis attendu sur les benzodiazépines pourrait néanmoins avoir un effet hautement indésirable. Un récent article du New York Times a alerté sur la progression de l’usage détourné des neuroleptiques de seconde génération, pour traiter la dépression et l’insomnie. «Si s’attaquer aux benzodiazépines revenait à les remplacer par des neuroleptiques de nouvelle génération, poussés par les labos car ils sont encore brevetés et donc lucratifs, et présentés à tort comme plus légers, on remplacerait un désastre par une catastrophe», dénonce Philippe Pignarre, auteur du Grand secret de l’industrie pharmaceutique (La Découverte, 2003).

  • 1 On peut aisément se trouver qualifié de bi-polaire en première intention si l’on peut dire, jusqu’au moment où le même ou un autre psychiatre deux ans plus tard vous reclassifie. Pendant tout ce temps-là vous avez absorbé à haute dose des médicaments lourds, dont il est bien difficile de déprendre l’organisme. Les modes classificatoires psychiatriques sont redoutables. La psychiatrie n’est pas une science exacte et il lui arrive d’avoir la main lourde. L’écoute du sujet devrait en constituer le modérateur constant. Et que dire des généralistes, non formés, qui prescrivent prescrivent ? Note de PHG

Benzodiazépines : médication à risque

Des anxiolytiques peuvent «accroître le risque d’Alzheimer»

Libération, 27 septembre 2012

par Éric Favereau

Une femme souffrant de la maladie d’Alzheimer regarde une vieille photo d’elle-même dans une maison de retraite d’Angervilliers, dans l’ouest de la France. (Photo Sébastien Bozon. AFP)


Interview : Bernard Bégaud, professeur en pharmacologie à l’université de Bordeaux, a codirigé une étude alarmante sur les benzodiazépines, classe de médicaments prescrits contre l’anxiété et l’insomnie.

C’était en début de semaine. La Haute autorité de santé (HAS) tapait du poing sur la table, en s’alarmant sur la trop forte consommation de somnifères en France chez les personnes âgées : 3,5 millions de personnes de plus de 65 ans – soit un tiers de cette tranche d’âge – en prennent systématiquement.

Et voilà qu’aujourd’hui, est publié sur le site de la prestigieuse revue médicale The British Medical Journal (BMJ), une étude qui aggrave ce constat. En établissant un risque élevé de démence chez les personnes prenant régulièrement des benzodiazépines (somnifères, anxiolytiques, etc.). Ce sont «de 16 000 à 31 000 malades supplémentaires par an en France,» estime le professeur Bernard Bégaud qui dirige le département de pharmacovigilance à l’université de Bordeaux. Il est le principal auteur de cette étude avec le professeur Jean-François Dartigues, neurologue, également à Bordeaux. Leurs conclusions ont de quoi alarmer à l’heure où le nombre global de malades d’Alzheimer augmente régulièrement.

Faut-il y voir une conséquence de la prise régulière de benzodiazépines ? Ou n’est-ce dû qu’au vieillissement général de la population ? Pour le Pr Bégaud il n’y a plus guère de doute : ce type d’études devrait induire des changements dans les prescriptions.


Il y a un an, des résultats préliminaires de votre enquête pointaient un lien éventuel entre la prise de benzodiazépines et la survenue de démence. Aujourd’hui, quelles sont vos conclusions définitives ?

Nos résultats sont confirmés. Ils sont même nettement plus robustes, donc crédibles, qu’il y a un an, car nous avons passé cette année à tout vérifier, cela fait trois ans que nous travaillons dessus. Nous avons ajouté deux analyses supplémentaires avec des méthodologies différentes, dont quatre nouvelles cohortes de personnes suivies. Le résultat principal est globalement le suivant : un consommateur régulier de benzodiazépines a un risque 50% plus élevé de présenter une démence de type Alzheimer dans les quinze ans qui suivent qu’une personne qui n’en consomme pas.

Comment avez-vous travaillé ?

Nous explorons cette hypothèse depuis 1997. Le Pr Dartigues a lancé il y a vingt-cinq ans l’étude Paquid, qui étudie l’évolution du vieillissement cérébral, normal ou pathologique. Il dispose d’une cohorte de 3 777 sujets âgés de 65 ans et plus, vivant en Gironde et en Dordogne. Ces personnes ont accepté d’être suivies en se pliant à une batterie de tests. A l’intérieur de cette cohorte, nous avons comparé le risque de présenter une démence au cours de quinze années de suivi entre un groupe de sujets débutant un traitement par benzodiazépines et un groupe qui n’en consommait pas. Une des forces de cette étude est que nous disposons d’un recul de plus de vingt ans.

Consommateurs chroniques ou réguliers, cela veut dire quoi ?

Il ne faut pas semer la panique en diabolisant les benzodiazépines qui demeurent des médicaments utiles et parfois indispensables. De plus, il paraît peu crédible que des personnes qui prennent ce type de médicaments juste quelques semaines augmentent leur risque de devenir déments par rapport à ceux qui n’en prennent pas. Notre étude renvoie à des personnes consommant des benzodiazépines sur des périodes longues, souvent des années. Ce qui est d’ailleurs en contradiction avec les recommandations de bonnes pratiques médicales, ce type de médicament ne devant pas a priori être prescrit plus de deux à quatre semaines.


La classe des benzodiazépines est large, entre somnifères et anxiolytiques ? Y a-t-il des risques différents selon le produit ?

Il est possible que des différences existent bien que les données disponibles n’aillent pas dans ce sens. Il se pourrait aussi que le risque varie selon la dose consommée. Mais nous n’avons pas de données suffisantes sur ces points-là.

Vous parlez de démence de type Alzheimer. Un peu flou ?

Non. Dans la cohorte Paquid, le diagnostic de démence est fait de façon très précise, avec des diagnostics affinés. On pourrait d’ailleurs parler tout simplement de démence.

Comment pouvez vous établir que ce n’est pas l’inverse qui est en jeu ? A savoir que ce sont des personnes, déjà à risque de démence, auxquelles on prescrit ce type de produits.

C’est un biais réel et complexe et, du reste, la grosse critique adressée aux études antérieures. C’est pour tenter de le contourner que nous avons planifié cette étude. On s’est intéressés à des gens qui avaient débuté leur traitement longtemps avant un diagnostic de démence ; il devient ainsi peu probable que les benzodiazépines aient été prescrites à cause des premiers symptômes.

Y a-t-il eu d’autres études aboutissant à la même conclusion ?

Sept études en tout : celle que l’on a menée en 2002 puis celle-ci, deux études taïwanaises et une autre britannique, ces cinq-là ont abouti à l’existence d’un surrisque, avec une puissance statistique suffisante. Deux autres ont conclu dans le même sens, mais avec une faiblesse statistique.

Vous avez eu des difficultés pour trouver un financement public ?

C’est un aspect douloureux et cela pose un problème d’allocation de moyens. Si nous n’avions pas été financés par la Direction générale de la santé à la fin de notre travail, nous n’aurions pas pu terminer. Que des études, comme la nôtre, qui peuvent avoir un impact majeur en termes de santé publique et économiques (ce sont ici des milliards d’euros qui sont en jeu), aient autant de mal à trouver un financement public ne me paraît pas normal et pour tout dire inquiétant

La folie placée d’office sous silence

Le Monde, 24 septembre 2012

par Éric Favereau

Vendredi soir, c’était soirée de rentrée pour le Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire qui rassemble des soignants en psychiatrie. Une drôle d’ambiance nimbée de brouillard. Qui parle, aujourd’hui, des fous ? La crise est là, partout. Et les fous disparaissent dans le silence de chambres d’isolement de plus en plus formatées.

le malade mental requalifié comme menace par Sarkozy

Le collectif des 39 s’est créé, au lendemain du discours de Nicolas Sarkozy, en décembre 2008 à l’hôpital d’Antony. Un discours dans lequel le malade mental n’était perçu que comme une menace. Quatre ans de lutte pour le collectif afin de secouer un monde psychiatrique lassé et silencieux. Et il s’est imposé comme interlocuteur, insistant sur l’importance de «l’hospitalité» dans la prise en charge du patient. Pour autant, une loi qui oblige, entre autres, à des soins sans consentement a été votée.

capitonner les chambres d’isolement

Sarkozy parti, que faire ? Contre qui se battre ? La gauche a souvent brillé par son indifférence à la psychiatrie. Aucune idée particulière dans le programme de Hollande. Le think tank Terra Nova vient de rendre public des propositions de facture très classique sur la psychiatrie publique. Depuis que Marisol Touraine est arrivée au ministère de la Santé, pas un mot sur le sujet, ni même sur les unités psychiatriques, quand elle a évoqué le «nouveau pacte» avec l’hôpital. «Nous avons rencontré le nouveau conseiller santé publique de Marisol, a raconté, vendredi soir, Paul Machto, psychiatre. Très sympathique, il nous a écoutés.» Aucun projet dans l’immédiat au ministère. «Ce qui est à craindre, c’est qu’il ne se passe rien», a lâché le Dr Hervé Bokobza. «Notre problème est là : cet immobilisme n’est pas en soi une bonne nouvelle. Car cela signifie la poursuite du désastre dans lequel nous nous débattons.» Un désastre mou. «Je ne suis pas sûr que tout le monde a bien conscience de la dégradation de la prise en charge des malades», a raconté une jeune interne. «Les chambres d’isolement ? Elles sont tellement rentrées dans les usages qu’on en plaisante entre nous. Alors la tienne, elle est 4 étoiles ? Capitonnée.»

c’est quand maintenant ?

Le Dr Patrick Chemla, chef de secteur à Reims, insiste sur l’urgence de recueillir et diffuser des témoignages de patients. «Il faut que les malades soient présents, parlent, racontent, il faut donner la parole aux proches également.» Réponse agacée d’un des participants : «Cela fait vingt ans que l’on se plaint, que l’on dénonce la situation. C’est trop déprimant, ce n’est pas ainsi que l’on va mobiliser.» Des «Assises citoyennes pour l’hospitalité en psychiatrie et dans le médico-social» sont prévues le 31 mai et 1er juin… 2013. C’est, loin, bien loin. «Le changement, c’est maintenant,» a ironisé Hervé Bokobza. Mais c’est quand, maintenant ?

Dans le vif de la pratique gestaltiste 2012

Journées – Samedi 20 et dimanche 21 octobre 2012 PARIS

Programme

Samedi – Accueil à partir de 9:30 – Dans le vif de la pratique de 10:00 – 19:00 – Apéritif, repas et soirée festive à partir de 19:30

Accueil – 9:30
10:00 – 19:00 Présentation des journées Mot du président
Pause – Choix des ateliers

Ateliers-Débats thématiques ou Ateliers-Expérimentations Déjeuner
Ateliers Practicums

Pause

Animation Danse énergie avec Isabelle Gadéa, Art Pulsion
Apéro, Dîner et Fête au village


Dimanche – Accueil à partir de 9:00 – Dans le vif de la pratique 9:30 – 16:30
9:30 Info-débat sur le décret
10:15 Pause – Choix des ateliers
10:45 Ateliers-Débats thématiques ou Ateliers-Expérimentations
13:00 Déjeuner
15:00 Feed-back en petits groupes en plénière
15:30 Exploitation des traces… 16h00 Clôture – Mot du Président
et remerciements


Informations pratiques

RIP – 44, Rue Louis Lumière 75020 PARIS – www.ee-rip.com
Possibilité d’hébergement sur place, contacter Mathieu au 01.40.31.45.46 pour la réservation.
Accès piétons BUS 57 – Porte de Bagnolet – Arrêt Vitruve
METRO – Ligne 3 – Gallieni – Arrêt Porte de Bagnole (à 8 ‘)
Horaires
Tarifs non fractionnables inclus : Repas des samedi et dimanche, pauses et location des salles; NON inclus : Hebergement.
Désistements
Publications

– Étudiants 2nd cycle Gestalt
sur attestation uniquement
– Adhérents SFG ou CEG-T*
sur attestation uniquement
– Non Adhérents
Jusqu’au 16 septembre 2012
120 €
150 €
200 €
À partir du 17 septembre & sur place
140 €
170 €
220 €
Avant le 1er octobre : Remboursement – 20 € de frais. Pas de remboursement après cette date.

Les adhérents et intervenants peuvent vendre des publications sur place sous certaines conditions (pour plus d’informations, contacter le secrétariat de la sfg : contact@sfg-gestalt.com) Tél : 06 60 66 75 97.
Un espace sera mis à disposition des membres de la SFG et du CEGT présents à ces Journées pour diffusion de documentation informative-promotionnelle concernant la pratique de la Gestalt jusqu’au 16/09 seulement

Programme détaillé des ateliers
D = Atelier Débat E = Atelier Expérimentation P = Atelier Practicum
Samedi 20 octobre 2012 matin : 11:0 – 13:00 – E : Bessy Gordon Voix et Gestalt

D : Commission Permanente d’Éthique et de Déontologie La charte déontologique en débat

E : Laure Le Grix de la Salle – Expérimenter un outil pour le travail avec les familles en Gestalt-thérapie
D : Philippe Henry La régression
D : Monica Levert : L’intimité dans la relation thérapeutique
E : Line Olivo – Apport d’outils créatifs pour amplifier le ressenti corporel du groupe
Samedi 20 octobre 2012 après-midi : 15:00 –18:00
P : Marc Douillet
P : Claire Escande
P : Marie Léon
P : Joële Meissonnier P : Yves Plu
P : Jean-Pierre Remaud

Dimanche 21 octobre 2012 matin – 10 : 45 à 13:00
E : Marie Grand – Si la vie m’était contée…
D : Fabienne L’Heureux – Oser le cœur dans la réalité de l’entreprise
D : Vincent Béja – En Gestalt-thérapie qu’est-ce qui soigne ? Atelier-débat sur nos croyances de Gestalt-thérapeutes.
E : Angéla Giuffrida-Pulga – L’utilisation de supports créatifs : le jeu et les jouets D : Emmanuelle Gilloots – Les prix des séances
D : Charles Koskas – Mon client est atteint d’une grave maladie

Rappel : Tous les intervenants adhérents à la Société française de gestalt sont bénévoles ainsi que tous les membres des commissions, CA, comités et groupes de travail SFG.

Journées
dans le vif de la pratique gestaltiste 2012
Bulletin d’inscription
à remplir et retourner accompagné de votre réglement à :
Secrétariat SFG – 123, Rue Violette Leduc – 26500 Bourg-lès-Valence – France


INSCRIPTION

Nom,
Prénom,
Adresse
Ville
Tél
Courriel

Je m’inscris aux Journées dans le Vif de la pratique gestaltiste de la SFG des 20 et 21 octobre 2012 à Paris.
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Je suis : étudiant en 2ème cycle de Gestalt (ci-joint mon attestation)  Adhérent SFG ou CEGT
Repas : J’assisterai au repas festif du samedi 21 octobre sur place
Je désire des repas végétariens
Publications – Je suis adhérent SFG ou CEGT, ou intervenant à ces Journées et je souhaite pouvoir vendre mes publications sur la Gestalt sur place(nous vous retournerons une fiche-cadre).


Je règle ………………………€ :
Cocher
– par chèque bancaire à l’ordre de la SFG
– par virement bancaire international :
IBAN FR76 3000 3022 0800 0372 6968 147 BIC : SOGEFRPP
J’ai pris connaissance des conditions d’un éventuel désistement de ma part et je les accepte.
Fait à ……………………………………………, le ………………………………………… Signature :
Nous vous envoyons un reçu qui confirme votre inscription et encaissons votre règlement dans le mois qui suit sa réception. L’attestation de présence vous sera remise sur place.

Après Richard Millet, Michel Onfray

APRÈS RICHARD MILLET, MICHEL ONFRAY

par Dominique Venner

Nouvelle Revue d’histoire 19 septembre 2012

Nous sommes dans une période moins stagnante qu’il n’y paraît. C’est ce que révèle le torpillage soudain de l’exposition Albert Camus et la réaction vigoureuse du philosophe Michel Onfray, mis en cause dans Le Monde des 15 et 18 septembre 2012.

Auteur de nombreux essais rédigés d’une plume élégante et polémique, Michel Onfray s’est fait connaître d’un large public. Ce qui intéresse chez lui, ce sont des changements de perspectives dont atteste par exemple son livre récent sur Freud, Le crépuscule d’une idole (Grasset, 2010), un pavé de 600 pages asséné sur le crâne d’une des plus intouchables divinités de l’époque.

Onfray y décrivait sa propre évolution. Petit Normand pauvre, père ouvrier, mère faisant des ménages, «pas de vacances, jamais de sorties, aucun cinéma, ni théâtre ni concert bien sûr, pas de musées, pas de restaurants, pas de salle de bains, une chambre pour quatre, des toilettes dans la cave, pas de livres, évidemment…» Dès que l’occasion s’offrit, il se révéla pourtant dévoreurs de textes. Bac à dix-sept ans, études de lettres, professeur de philo dans un lycée technique pendant vingt ans, fondateur enfin de l’Université populaire de Caen en 2002.

Trois auteurs découverts très tôt, dit-il, l’ont marqué à jamais. Nietzsche, Marx et Freud. « Trois éclairs dans le ciel noir de mes années post-orphelinat ». Le premier, Nietzsche, lui apprenait que « le christianisme n’est pas une fatalité, qu’il y avait une vie avant lui et qu’on pourrait très bien accélérer le mouvement pour l’avènement d’une vie postérieure ». Du second, il conservait le souvenir ébloui du Manifeste communiste de 1848. Souvenir tempéré ensuite par la découverte de Proudhon et de la mauvaise foi de son concurrent. Exit donc Marx, au profit des libertaires français. Enfin, le troisième auteur, Freud : « Il me faisait découvrir que la sexualité pouvait se penser sans souci de Dieu ou du Diable… » Freud ouvrait les portes d’un continent inconnu. Mais délivré à des gamins en pleine évolution sexuelle, son message pouvait avoir des effets problématiques : «On nous demandait d’enseigner une matière éminemment combustible auprès d’âmes inflammables. J’ai un peu touché du doigt, là, le pouvoir dangereux des psychanalystes. J’ai alors développé une méfiance instinctive et viscérale à l’endroit de leur caste sacerdotale…»

si enfin la vérité me paraissait être de droite, j’y serais

En fin de son démontage de Freud, Onfray a rassemblé des notes, dont l’une concerne Albert Camus et Jean-Paul Sartre (p. 593-594) : « Albert Camus ayant dit la vérité sur la nature criminelle du régime soviétique dans L’Homme révolté s’est entendu dire par Sartre que le bon accueil de son livre par la droite invalidait l’ouvrage, laissant entendre par là que la vérité se trouve à gauche et l’erreur à droite… Camus répondit à Sartre : « {On ne décide pas de la vérité d’une pensée selon qu’elle est à droite ou à gauche et encore moins selon ce que la droite ou la gauche décident d’en faire. Si enfin la vérité me paraissait être de droite, j’y serais »… Réaction d’Onfray : « Nous souffrons toujours de cette hémiplégie… Camus a montré le chemin : “Si enfin la vérité me paraissait être de droite, j’y serais”. Je consens à cette magnifique phrase.}»

Cette pensée, justement, a servi d’introduction à l’essai de Michel Onfray publié chez Flammarion en 2012, L’Ordre libertaire, la vie philosophique d’Albert Camus. Sartre n’en sort pas grandi.

Cet essai ajouté à la dimension médiatique de Michel Onfray, ont fait que ce dernier a été sollicité pour diriger l’exposition Albert Camus prévue à Aix-en-Provence en 2013 (centième anniversaire de la naissance de l’écrivain). C’est là que l’actualité, soudain, nous rejoint.

Sur son site Twitter, le 14 septembre, Michel Onfray vient d’annoncer en effet qu’il renonçait à être le commissaire de cette exposition. Pourquoi ? Il faut savoir que l’actuelle ministre socialiste de la Culture, Aurélie Filippetti, avait soutenu contre Onfray la candidature de Benjamin Stora. Celui-ci est sans vrai rapport avec Camus, mais il est l’historien de la guerre d’Algérie que préfèrent le FLN algérien et les anciens « porteurs de valises ». Apprenant que son candidat était écarté, la ministre annonça qu’elle retirait tout soutien officiel à l’exposition…

L’affaire se corse quand on sait qu’en visite à Alger cet été, Michel Onfray n’avait pas pris de gants pour évoquer un passé brûlant : « Je vous rappelle, avait-il dit, que (pendant la guerre d’Algérie) ce sont les Algériens qui ont choisi la voie de la violence et sont à l’origine du plus grand nombre de morts du côté algérien ». On imagine les réactions devant ce rappel d’une vérité historique qui n’est pas bonne à dire !

Ripostant aux informations publiées dans la presse après la décision de Mme Filipetti, Michel Onfray a précisé dans Le Monde du 18 septembre qu’il se retirait de « cette pétaudière où se mélangent de façon déraisonnable les ego surdimensionnés, la chiennerie de la politique politicienne, les pathologies mentales, les intrigues de réseaux, le copinage d’anciens combattants d’extrême gauche reconvertis dans l’opportunisme social-démocrate, la niaiserie d’une ministre confondant usage public des crédits et punition idéologique […] Je bénis cette aventure de m’avoir fait découvrir cette nef de fous ! Mais je n’en suis plus… En France, l’atmosphère intellectuelle est toujours à la guerre civile… » C’était bien vu et bien dit.

Dans le même numéro du Monde (18 septembre), en p. 13, on apprenait au passage que Caroline Fourest, essayiste connue pour ses positions féministes, avait été prise à partie à la Fête de L’Humanité (le 15 septembre) alors qu’elle devait débattre du FN. L’incident a entrainé l’annulation du débat. Depuis plusieurs jours, le site Oumma.com [l’Oumma est la communauté des croyants] et les Indigènes de la République avaient appelé à interdire la présence de Caroline Fourest : « quelqu’un d’islamophobe n’est pas qualifié pour faire la leçon au FN ». De fait, son féminisme et son laïcisme avaient conduit Caroline Fourest à exprimer des réserves à l’égard d’un Islam trop présent en France à son gré. Voici encore un parcours à suivre. Nous sommes dans une époque où les anciens clivages sont bousculés.

Un Lacan secreto

Un Lacan secreto

http://www.lanacion.com.ar/1507850-un-lacan-secreto
Con estilo ameno y accesible, Élisabeth Roudinesco presenta un retrato íntimo del psicoanalista francés y explica también algunas claves de su pensamiento

par Héctor Yankelevich

[Document : Sans titre]

Jacques Lacan en París, en un retaarato de 1979. Foto: Francois Leclaire

Élisabeth Roudinesco es hoy mundialmente conocida por sus trabajos sobre la historia del psicoanálisis en Francia, por su libro sobre Jacques Lacan y sus obras posteriores como historiadora, pero también como una polemista de peso en su defensa del psicoanálisis (por ejemplo, en el tratamiento del autismo infantil, que en Francia ha sido desaconsejado oficialmente por el Ministerio de Salud del gobierno de Sarkozy) y de todos los movimientos que podrían llamarse de »liberación »: de la mujer, de los homosexuales, de todas las minorías, sexuales o étnicas. Profesora de la Universidad de París VII y de la Escuela de Altos Estudios en Ciencias Sociales, ha fundado y es presidenta de la Sociedad de Historia del Psicoanálisis que cuenta con filiales en innumerables países, formadas sobre todo por miembros de la Asociación Psicoanalítica Internacional. Colaboradora del periódico Le Monde, reseña episódicamente en sus páginas culturales la actualidad psicoanalítica y la aparición de cada seminario de Lacan establecida por Jacques-Alain Miller.

Este libro, según ella misma escribe, desarrolla una reflexión personal y no se trata pues de un libro de historia o científico. Al comenzar, Roudinesco se coloca a sí misma bajo la advocación de Marc Bloch, uno de los historiadores más eminentes del siglo XX, fusilado por los nazis, fundador junto a LucienFebvre de la Escuela de los Anales, que revolucionó no sólo en Francia sino en todo el mundo occidental la concepción de la historia. Marc Bloch pregunta en esa cita a partidarios y enemigos de Robespierre: « Díganme tan sólo: ¿quiénfue? »

De este modo se abre este ensayo, con una pregunta por quién fue Lacan, a quien la autora conoció personalmente de niña (ya que es hija de Jenny Aubry, figura tutelar del psicoanálisis de niños en Francia y primera jefa de psiquiatría infantil que abrió su servicio a psicoanalistas no médicos, habilitándolos a emprender curas de niños y sus familias). Y a quien trató de adulta, ya que es miembro desde su fundación de la Escuela Freudiana de París, donde ingresó al comienzo no como analista sino como lingüista y escritora. En esa época y hasta la muerte de Lacan, fue también, como Jacques-Alain Miller, discípula de Louis Althusser. En los años 90 mantuvo una amistad teórica con Jacques Derrida con quien publicó un libro de diálogos, ejercicio en que elgran filósofo descollaba, lo que no puede, a ciencia cierta, afirmarse de Jacques Lacan. Pero, ¿es eso lo que importa? Roudinesco admite explícitamente que sin él, el psicoanálisis en Francia se habría convertido en una psicología médica, administradora de test y evaluaciones.

Una cuestión de gran pertinencia que la autora es una de las pocas en plantear es la siguiente. Lacan se habría planteado cómo era posible el psicoanálisis después de Auschwitz. Para Roudinesco es ése el hilo que une el seminario sobre Antígona con el ensayo « Kant con Sade ». Mientras que para Freud el cometido fue, al comienzo, analizar la libido reprimida en los significantes de los síntomas, hoy en día el legado envenenado de las experiencias totalitarias y la capacidad del género humano de poner fin a su historia gracias al dominio de la fisión nuclear, o por los efectos sin retorno de la actividad industrial en el clima de la Tierra, plantean la necesidad de poner en cuestión la aparición tanto de un empuje al goce sexual sin trabascomo de un goce de la muerte ciertamente más difíciles de analizar, ya que no pertenecen al inconsciente reprimido.

Luego de mayo de 1968 Francia conoció un gran movimiento de cuestionamiento de la sociedad: Universidad, psiquiatría, lugar de la mujer. Y muchos de esos movimientos abrevaron en la enseñanza de Lacan, sus miembros más conspicuos se hicieron sus discípulos, lo que éste aceptó, pero sin admitir jamás que el psicoanálisis podía ser revolucionario o socialmente emancipador. Antes bien, les espetó sin reparos que buscaban un nuevo amo, peor que el actual. Al igual que Freud, Lacan era indiferente en materia política -sus discípulos más cercanos podían ser de origen jesuita o de izquierda- salvo en lo que hace a la total autonomía del psicoanálisis respecto de cualquier ideal social, y su herencia teórica es más bien una paradoja largamente elaborada: la enseñanza de Freud y la suya son hijas de las Luces, de la ciencia matemática de la naturaleza. Sin embargo, lo que pone hoy en peligro la existencia misma de esa enseñanza y de sus efectos en la sociedad es el discurso totalizante de la ciencia, que pretende explicar al ser hablante y la cultura por el funcionamiento del cerebro. El gesto emancipador del galileismo: « El libro de los cielos está escrito en caracteres matemáticos », prolongado por la geometría analítica cartesiana que tuvo como efecto unificar el espacio infinito (Alexandre Koyré), se ha vuelto, en lo que se erige como « teoría del espíritu », exactamente su contrario.

Al escribir que después de 1970 Lacan se repite en una jerga oscura de invención de neologismos, la autora, empero, sólo puede generar rechazo en los analistas que diariamente se abocan a su obra a fin de dirigir su práctica de la cura. La topología es la única teoría del espacio que le da al psicoanálisis el lugar de su objeto, problematizando su relación con el significante; los »neologismos » son creaciones del inconsciente freudiano, donde éste esconde el goce de los síntomas. El recurso a la matemática -criticado ciertamente por algunos grandes analistas- le permitió trabajar espacios no cubiertos por la lingüística y, lejos de « entregarse » al positivismo lógico, el uso de la lógica matemática y de la teoría conjuntista permitió a Lacan refundar el sujeto del inconsciente, realizando al mismo tiempo una crítica en acto de todo cerco logicista de un universo del discurso.

Finalmente, lo que explica la obra de un genio está en su letra misma, no en su biografía ni en sus notas de lectura. Todos los grandes teóricos, de Platón a Hegel, o los grandes escritores, de Virgilio a Proust, leyeron « mal » a sus antecesores. Felizmente..

Lacan, frente y contra todo, Élisabeth Roudinesco

Affaire Camus : Onfray quitte la « pétaudière »

AFFAIRE CAMUS : ONFRAY QUITTE LA PÉTAUDIÈRE

par Catherine Simon

Le Monde 18 septembre 2012

la machine n’est pas en panne. Elle est brisée

La messe devrait être bientôt dite – et l’exposition Albert Camus d’Aix-en-Provence (PACA) enterrée, sans fleurs ni couronnes. L’annonce faite par le philosophe Michel Onfray sur son compte Twitter, vendredi 14 septembre, qu’il renonçait à être nommé commissaire de ce projet laisse ses partenaires désarmés. La machine n’est pas en panne. Elle est brisée. A moins d’un miracle, on ne voit guère comment elle pourrait repartir.

Le 15 octobre, le conseil d’administration de l’association Marseille Provence 2013 (élue capitale européenne de la culture) doit se réunir pour décider de la suite à donner – si tant est qu’il y en ait une – à cette péripétie ultime.

MP13 est, en effet, censée financer et organiser l’ensemble des événements culturels qui vont ponctuer l’année 2013. Parmi lesquels l’exposition Camus, prévue en novembre, à l’occasion du centenaire de la naissance de l’écrivain.

l’exposition semble condamnée

« Pour des raisons de calendrier, l’exposition semble condamnée : les délais sont désormais trop courts pour bâtir, avec sérieux, un projet de cette importance », a confié au Monde le directeur général de MP13, Jean-François Chougnet, joint par téléphone, dimanche 16 septembre. Comme lui, la maire (UMP) d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains-Masini, et Catherine Camus, fille de l’écrivain, ont appris le départ de Michel Onfray par la presse.

« Stupéfaite« , la maire d’Aix, se prévalant de ses « excellentes relations » avec le philosophe, a cru pouvoir assurer au quotidien La Provence que Michel Onfray avait été « blessé par le comportement de la ministre de la culture, Aurélie Filippetti« . Celle-ci a décidé, tempête la maire, de ne pas soutenir cette exposition « sous prétexte que le commissaire n’est plus Benjamin Stora » – l’historien de l’Algérie, que MP13 avait nommé en 2009 commissaire de l’exposition, puis détrôné, sans explication, au printemps 2012.

coup médiatique

Fidèle à sa réputation de battante, Maryse Joissains-Masini ne baisse pas les bras : « Avec ou sans Onfray, pas question pour moi de renoncer à cette exposition ! », jure-t-elle. Catherine Camus avoue à La Provence qu’elle ne peut « pas expliquer la décision de Michel Onfray« , qui n’a pas eu, regrette-t-elle, la « correction » de l’avertir. Elle ne cache pas la réserve que lui inspire ce qu’elle considère comme un « coup médiatique« .

Elle a des mots plus durs encore à l’encontre du philosophe, auteur de L’Ordre libertaire, la vie philosophique d’Albert Camus (Flammarion, 595 p., 22.50 €), dont l’attitude l’a visiblement meurtrie : « Je ne suis peut-être pas une grande spécialiste de l’œuvre d’Albert Camus, mais je connais mon père et je sais ce qu’il m’a appris : la loyauté et la mesure. Il semble que M. Onfray n’ait pas ressenti ces valeurs dans l’œuvre de mon père. Dommage. »

Camus et l’Algérie ne portent décidément pas chance au philosophe de Caen. D’un côté comme de l’autre de la Méditerranée, les anti-Onfray semblent pousser comme des champignons. En visite à Alger, cet été, Michel Onfray a accordé un entretien au quotidien francophone El Watan, déclenchant, pour reprendre ses termes, une incroyable « pétaudière« .

« ce sont les Algériens qui ont choisi la voie de la violence »

Il est vrai qu’il n’y est pas allé avec le manche de la cuillère : « Depuis le 8 mai 1945 et la répression de Sétif et Guelma [où des manifestations d’Algériens ont été écrasées dans le sang], il est prouvé que les militants de l’indépendance nationale ont souhaité tout s’interdire qui soit du côté de la paix, de la négociation, de la diplomatie, de l’intelligence, de la raison. Je vous rappelle en effet, poursuit l’essayiste, que ce sont les Algériens qui ont choisi la voie de la violence et sont à l’origine du plus grand nombre de morts du côté algérien ! « 

contre-vérités historiques

De telles contre-vérités historiques, dans la bouche d’un intellectuel français, tout « libertaire » qu’il se proclame, ne pouvaient que provoquer un tollé – le mot est faible – en Algérie. Ignorer, et avec quelle superbe, la violence, fondatrice, de la conquête coloniale et les tombereaux de morts « indigènes » que 130 années de domination ont laissés derrière elles a quelque chose d’ahurissant.

Dans un courriel adressé à Michel Onfray vendredi 14 septembre au matin, nous avions demandé au philosophe si les propos qui lui ont été prêtés dans El Watan le 10 août étaient bien les siens. Sa réponse, donnée ici in extenso, n’a pas dissipé le malaise : « Je ne les connais pas, je ne les ai pas vus et ne veux pas les connaître. Marre de cette instrumentalisation de l’affaire Camus. La presse française me traite assez mal pour que je ne me fasse pas d’illusion sur ce qu’elle dira quoi que je dise. J’ai donné ma version dans Le Nouvel Observateur de cette semaine, j’en reste là. Bien à vous. »

pourquoi, s’il ne les a pas tenus, ne pas démentir ces propos ?

Qui sont ces gens (des journalistes ?) que Michel Onfray « ne [veut] pas connaître » ? Pourquoi évoquer la presse française, alors qu’on l’interroge sur la presse algérienne ? Surtout : pourquoi, s’il ne les a pas tenus, ne pas démentir ces propos ? Le mystère Onfray reste entier. Quant à Albert Camus, des hommages lui seront rendus, durant toute l’année 2013, à une échelle peut-être plus modeste, mais qui seront fidèles, souhaitons-le, au si génial et ordinaire enfant du quartier algérois de Belcourt.

Voir aussi

L’exposition Albert Camus, Michel Onfray et les monothéismes , où il apparaît que Michel Onfray via son ami Jean Soler vire à la Nouvelle droite solaire et polythéiste.

– « La bataille ratée de Michel Onfray« , par Marc Riglet (Lire), publié le 01/03/2012

Michel Onfray pilotera l’exposition et le Musée Camus

Camus – l’historien écarté le faiseur promu

Motion de soutien à Benjamin Stora

Après Richard Millet, Michel Onfray

– et cliquer ici-même Onfray pour plus d’information.


TROIS ANNÉES DE TUMULTE

2009 : le projet est lancé

L’historien Benjamin Stora, spécialiste de la guerre d’Algérie, est officiellement désigné, par l’association Marseille Provence 2013, commissaire de l’exposition Albert Camus, prévue en novembre 2013, dans un lieu non encore choisi.

2011 : le scénario est prêt

Catherine Camus, fille et ayant droit de l’écrivain de La peste et L’étranger, donne son feu vert au scénario de l’exposition, soumis par Benjamin Stora aux organisateurs.

2012 : avis de tempêtes

12 mai L’exposition prévue à Aix-en-Provence, est annulée ; Benjamin Stora a été remercié.

29 mai Succès à Aix, de la conférence de Michel Onfray, venu présenter son ouvrage sur Camus L’ordre libertaire, Flammarion ; des responsables de la mairie prennent contact avec lui.

31 juillet À l’issue d’une réunion à la mairie d’Aix-en-Provence, un communiqué est envoyé à la presse, qui annonce la désignation de Michel Onfray comme nouveau commissaire de l’exposition.

4 août La ministre de la culture, Aurélie Filippetti, précise qu’elle n’a « jamais été associée à la décision de remplacer Benjamin Stora par Michel Onfray. »

15 août Le ministère de la culture, favorable à Benjamin Stora, fait savoir qu’il retire son soutien à l’exposition Camus.

14 septembre Michel Onfray décide, après la publication du reportage du Monde, de se retirer du projet.

Le Monde du 18 septembre 2012.