Changement indispensable en psychiatrie !

Le changement est indispensable en psychiatrie !

Depuis deux décennies une certaine conception de la psychiatrie, tout comme toutes les pratiques sociales où la relation humaine est centrale, sont attaquées.

Cette conception de la psychiatrie a été fondée sur la prise en compte pour chaque personne de son histoire et de sa psychodynamique propre. Elle s’est nourrie de nombreux apports : ceux de la psychanalyse, de la psychothérapie institutionnelle, du désaliénisme (lutte contre les effets de l’asile, processus de ségrégation et d’exclusion), des psychotropes, des thérapies familiales et systémiques, des aides psycho-sociales, de la création et des activités culturelles comme soutien thérapeutique et facteur d’insertion dans la vie de la cité.

La psychiatrie de secteur est porteuse de la richesse de cette diversité

Cette attaque s’est développée d’abord à partir d’une idéologie issue des neurosciences en expansion, en instrumentalisant certaines perspectives génétiques ou techniques, ainsi que la médicalisation des émotions et des souffrances sociales.

La diversité et la pluralité des approches se trouvent mises à mal au travers de cette tentative destructive

Nous n’acceptons pas de voir réduire le champ de la psychiatrie au traitement d’un symptôme qu’il faudrait à tout prix éradiquer et ne plus prendre soin d’une personne malade, dans sa globalité, abolissant toute dimension relationnelle.

La psychiatrie a été aussi attaquée au travers d’une multiplication de directives et de contraintes (ordonnances Juppé de 1996, accréditation, démarche qualité, Loi Hôpital 2007, Loi HPST, regroupement de services et secteurs en pôles, protocoles opposables,…) qui disent vouloir améliorer la qualité des soins dans un discours où « la qualité », « le patient au centre des soins », ne sont que des formules de communicants.

Ces contraintes ont pour effet d’empêcher toute créativité, assèchent la réflexion clinique et les innovations alternatives, empêchent de soigner et d’être correctement soigné.

tentative de dire la Norme et de rendre les pratiques homogènes

Cette évolution pousse la Haute Autorité de Santé à produire des recommandations qui sont érigées comme des vérités, et mettent en danger la pluralité des modes d’approche de la souffrance psychique dans une tentative de dire la Norme et de rendre les pratiques homogènes. Or la Haute Autorité de Santé s’est soumise à la pression de plusieurs lobbys pour produire des recommandations aberrantes, voire scientifiquement illégitimes, aux antipodes des pratiques diversifiées, des effets bénéfiques de thérapeutiques anciennes, reconnues et partagées dans toute la profession. Elle a perdu là toute indépendance, une indépendance dont elle a été parée à l’origine mais qui s’est révélée être une mystification : ses recommandations médico-économiques au nom de la qualité des soins ne sont devenues que des instruments de normalisation, de « restructuration » des hôpitaux et d’annihilation de toute pensée originale et créatrice dans l’organisation des soins.

laboratoires pharmaceutiques

Sous la pression de l’économie néolibérale en vogue, les tenants de cette psychiatrie, considèrent qu’il faudrait choisir entre les plus malades (notamment les personnes souffrant de psychose) et les plus nombreux (dépressifs, « TOC », « Hyperactifs, »). Le choix simpliste se trouve être celui qui correspond le mieux aux intérêts des laboratoires pharmaceutiques. Aussi de nombreux malades, les plus en difficulté, se retrouvent en rupture de soins, isolés, dans la rue, voire en prison essentiellement pour des délits mineurs, « jetés hors du monde ».

le soutien soignant disparaît sous le règne de la gestion

Dans le domaine de l’enfance et l’adolescence, un affrontement violent contre les professionnels du soin a été initié, là où la complexité des souffrances nécessite pluralité des pratiques et des recherches, mais aussi développement de lieux d’accueil et de soins, moyens réels pour l’insertion et l’intégration scolaire. Les institutions du médico-social ne sont pas en reste : le soutien soignant disparaît sous le règne de la gestion.

contrôle social et normalisation des populations

À cette situation, le gouvernement précédent, a instauré un dispositif de soins visant à transformer la psychiatrie en un dispositif de contrôle social et de normalisation des populations. Ainsi la loi du 5 juillet 2011 instaure une garde à vue psychiatrique de 72 heures, un fichier des antécédents médico-légaux et l’internement à domicile. Surtout cette politique sécuritaire est venue amplifier les dérives délétères, comme les enfermements, les isolements et les contentions toutes pratiques qui avaient disparu pourtant.

Nous voulons rappeler que ces directives et ces lois ont été combattues par l’ensemble des partis qui constituent la majorité gouvernementale actuelle… Alors,

LES ENGAGEMENTS DOIVENT ÊTRE TENUS

-* La suppression (et non l’adaptation !) des dispositions liberticides de la loi du 5 juillet 2011
-* Redonner à la psychiatrie comme mission essentielle de soigner des personnes en souffrance et non d’éradiquer des symptômes, ni de normaliser des populations.
-* La mise en chantier d’une ambitieuse Loi cadre prévoyant notamment une formation spécifique à tous les métiers de la psychiatrie, des moyens humains suffisants en qualification et en nombre, une réforme de l’évaluation en fonction de critères issus de la clinique et non de l’entreprise.

Merci de signer et diffuser cet appel !

– Le changement est indispensable

– Pour une éthique de l’hospitalité

– Pour vos signatures : collectifpsychiatrie@yahoo.fr

Personne n’est mieux protégé qu’hier des charlatans

PERSONNE N’EST MIEUX PROTÉGÉ QU’HIER DES CHARLATANS

par Roland Gori
psychanalyste, professeur émérite de psychopathologie clinique à l’université d’Aix-Marseille (1)

Propos recueillis par Marine Lamoureux


ces textes ont eu des effets pervers et aujourd’hui, personne n’est mieux protégé qu’hier

« L’intention du législateur était légitime, à savoir de permettre aux patients de distinguer les professionnels compétents des charlatans. Le problème, c’est que la mise en œuvre, qui s’est traduite par la loi de 2004 et le décret d’application de 2010 (NDLR : lire notre enquête), n’a pas rempli cet objectif. Pire : ces textes ont eu des effets pervers et aujourd’hui, personne n’est mieux protégé qu’hier.

Dès le départ, le législateur s’est heurté à la difficulté majeure de définir la psychothérapie. Ainsi, au lieu de s’attacher à la question des compétences et des conditions d’exercice des professionnels, on s’est focalisé sur la forme, en l’occurrence la protection du titre de psychothérapeute. Rien n’est donc réglé sur le fond. Par ailleurs, plusieurs problèmes se posent : d’une part, les commissions chargées de contrôler l’attribution de ce titre ne sont pas toujours impartiales et retiennent des critères différents d’un bout à l’autre du territoire. Cela dépend, en fait, de leur composition, les membres étant nommés par les agences régionales de santé et non pas élus. D’autre part, ces critères sont très souvent techniques et formels, et ne préjugent en général en rien de l’expérience et de la compétence du candidat. Je vous donne un exemple : il est plus facile de justifier de cinq ans d’exercice en fournissant à la commission ses feuilles d’Urssaf – sans que l’on ait la moindre idée de la manière dont vous avez travaillé pendant ces années – que de faire la preuve de votre expertise clinique. J’ajoute que le diplôme n’est pas une garantie ; il faudrait plutôt être capable de valoriser des parcours de compagnonnage et d’expérience clinique, avec des contrôles réguliers de la formation.

Dernier point clé, à mon sens : la tendance à la normalisation de la psychothérapie. Avec ce système, on tend à valoriser les courants en vogue et ayant pignon sur rue, notamment, en ce moment, une vision biologisante et comportementaliste de la prise en charge, au détriment des autres approches, pourtant tout aussi essentielles.

voir également
La Croix accroche son cadre des professions psys et décroche de la réalité précédé d’une étude critique : « Chemin de croix terminologique à La Croix » par Philippe Grauer
– Philippe Grauer, Psychothérapie : « cette loi ne change pas grand-chose » ?

Joseph Anton. Une autobiographie

21 septembre 2012 Embarras indien
Salman Rushdie
Mémoires de guerre
Dans Joseph Anton, l’écrivain revient sur la fatwa iranienne et sur son existence de fugitif. Rencontre et dossier

– Septembre 1988 Les Versets sataniques est publié au Royaume-Uni.

– Février 1989 L’ayatollah Khomeyni lance une fatwa réclamant l’exécution de Rushdie, au nom du caractère  » blasphématoire  » du roman. L’écrivain est placé sous protection policière, tandis que des manifestations, parfois violentes, se produisent dans le monde entier.

– 1998 Le gouvernement iranien déclare qu’il n’entreprendra rien pour assassiner Rushdie. La fatwa reste soutenue par les factions les plus extrémistes du régime et autres islamistes.

– Septembre 2012 Parution de Joseph Anton. Une fondation religieuse iranienne porte à 3,3 millions de dollars la récompense promise à celui qui tuera Salman Rushdie.

En 1990, à la veille de Noël, Salman Rushdie s’est infligé la mutilation la plus atroce qu’un écrivain puisse imaginer. Il s’est  » arraché la langue « . La scène eut lieu dans les sous-sols d’un commissariat londonien, celui de Paddington Green, connu pour avoir abrité les interrogatoires des militants de l’IRA.

Ce jour-là, le romancier se retrouve devant un curieux tribunal composé de dignitaires musulmans. Ces  » juges  » prétendent intercéder auprès du régime iranien afin qu’il lève la fatwa condamnant à mort l’auteur du roman Les Versets sataniques (Christian Bougois, 1989). Depuis près de deux ans, la sentence a provoqué une vague d’autodafés et de terreur à travers le monde. Plusieurs dizaines de personnes sont mortes. Pour calmer les esprits, font valoir les notables religieux, Rushdie doit montrer sa bonne volonté. Celui-ci, horrifié par tant de violence et usé par une déjà longue clandestinité, voudrait croire à un compromis. Il propose de se déclarer musulman laïque. On lui fait savoir que  » laïque  » est de trop. Alors, de guerre lasse, et bien que chacun des mots qui y sont tracés le révulse, il signe la feuille de papier qu’on lui tend. Avant d’aller vomir sa honte aux toilettes.  » Dès que j’ai quitté la pièce, confie Rushdie, j’ai su que c’était un terrible faux pas. Mes amis ont cru que j’étais devenu fou ! De fait, je n’étais pas dans mon état normal, c’était un moment d’extrême désespoir, les politiques et les médias exerçaient sur moi une forte pression, sur le mode : « C’est toi qui as créé le problème, c’est à toi de le résoudre. » Et puis j’avais un fils, des êtres à protéger… « 

Or quelques jours seulement après cette tentative d’apaisement, l’ayatollah Ali Khamenei martela que la fatwa serait appliquée quand bien même  » Rushdie deviendrait l’homme le plus pieux de tous les temps « . Puis, un à un, les  » juges  » de Paddington Green se rétractèrent et renouèrent avec une position intransigeante. Pour l’écrivain, ce fut le point de non-retour :  » Cet épisode aura été un moment-pivot dans ma vie. J’ai été piégé par ces mots, ce langage, et on avait essayé de me détruire en tant qu’écrivain. Par la suite, j’ai décidé de ne plus jamais m’auto-intoxiquer en espérant un compromis avec des idées qui n’en autorisent aucun. J’ai décidé de dire : « Que vous m’aimiez ou non, je suis qui je suis ; qu’elles vous plaisent ou pas, mes idées sont mes idées. » Et ce fut une incroyable libération. « 

Une libération, certes, mais aussi une radicalisation. Sur ce champ de bataille où il avait été projeté malgré lui, Rushdie avait donc été tenté de capituler et de rendre la seule arme dont il disposait : sa langue. En retour, il ne reçut qu’un camouflet, et cette humiliation ne le laissa pas indemne. Ses contempteurs l’avaient déjà arraché à la vie ordinaire, voilà qu’ils lui ôtaient ses dernières illusions.

Tant et si bien que les Mémoires publiés par Rushdie en même temps dans le monde entier, sous le titre Joseph Anton (son pseudonyme de fugitif, forgé à partir de  » Joseph  » Conrad et  » Anton  » Tchékhov), frappent d’emblée par leur ton pugnace. De part en part, ce volume de 700 pages est traversé de métaphores guerrières. Le champ littéraire y devient champ de bataille. On fait la remarque, Rushdie assume :  » Oui, j’utilise ces images, parce qu’il s’agit d’une lutte vitale. Pas seulement pour moi, mais aussi pour beaucoup d’autres à travers le monde, ce qui était nouveau pour un conflit littéraire. Editeurs, libraires, traducteurs… ce sont eux qui étaient en première ligne, eux qui ont été attaqués, eux dont les familles ont été menacées, eux enfin qui ont agi avec un immense courage pour protéger la liberté d’imagination, la liberté d’expression, dont dépendent toutes les autres libertés (le traducteur japonais des Versets sataniques a été assassiné, son homologue italien grièvement blessé, et l’éditeur norvégien du livre atteint de trois balles dont une dans le dos). Quand des balles sont tirées, quand des bombes explosent, quand des personnes se font poignarder, comment ne pas parler de guerre ?

Même s’il s’agissait d’une guerre unilatérale : on nous tirait dessus, et nous ne ripostions pas…  » Guerre unilatérale et vaine reddition : Joseph Anton est le récit d’un combat mené à contrecoeur par un écrivain traqué et de plus en plus révolté. Contraint de se cacher, errant de refuge en refuge, Rushdie/Anton apprend à vivre sous la protection de policiers à la fois consciencieux et envahissants. Et c’est à travers les barreaux de cette cellule mobile qu’il observe, au dehors, les gestes de camaraderie, mais aussi les trahisons que toute guerre charrie. Ainsi des blessures infligées par des tirs  » amis  » :  » J’ai toujours appartenu à la gauche, je m’attendais donc à un soutien naturel de ce côté-là, témoigne Rushdie. Or la réaction de la gauche a été de dire : « Nous sommes du côté des pauvres, les masses musulmanes sont pauvres, donc nous devons les défendre contre cet écrivain célèbre qui fait de l’argent avec son livre. » Et j’ai été choqué par un article de l’écrivain John Berger, qui était un ami. Je me souviens, la police m’a apporté le journal, j’ai été heureux de voir qu’il y avait un article de lui annoncé à la « une », j’ai vite tourné les pages en pensant qu’il serait solidaire et… j’ai été très déçu. Je n’en croyais pas mes yeux : ce marxiste de la vieille école défendait une offensive religieuse contre un roman, il rejetait la faute sur l’auteur du livre. C’était le monde à l’envers ! « 

A bien des égards, oui, le monde était sens dessus dessous. Plus d’un repère intellectuel et politique était en train de sauter. Et ce qui rend Joseph Anton passionnant, c’est que ce livre témoigne, au ras du quotidien, d’un moment de bascule alors difficilement perceptible : c’est à cette époque que les références politiques occidentales (nationale, socialiste, libérale…) furent défiées pour de bon par l’islam radical et sa puissance d’entraînement.  » Le problème de l’islam comme force politique est un problème essentiel pour notre époque et pour les années qui vont venir « , constatait le philosophe Michel Foucault, en 1979, lors de ses reportages au coeur de la révolution iranienne. Dix ans plus tard, quand les mollahs condamnèrent à mort un citoyen britannique pour avoir écrit un roman  » impie « , la chose sidérait encore. Les attentats du 11 septembre n’avaient pas eu lieu, le cinéaste Theo Van Gogh n’avait pas été assassiné, les caricatures de Mahomet n’avaient pas mis le feu aux poudres, les locaux de Charlie Hebdo n’avaient pas encore brûlé…  » Tout cela fait partie de la même histoire, du même récit fondamental, affirme Rushdie. Mais, en 1989, il était trop tôt pour comprendre de quoi il s’agissait. Personne n’a vu la fatwa comme le début d’un conflit plus large, on y percevait une anomalie farfelue. C’est comme dans Les Oiseaux, d’Hitchcock. Il y a d’abord un oiseau qui apparaît, et vous vous dites : « C’est juste un oiseau ! » C’est seulement plus tard, quand le ciel est rempli d’oiseaux furieux, que vous pensez : « Ah, oui, cet oiseau annonçait quelque chose, il n’était que le premier… » « 

Cette comparaison est omniprésente sous la plume de Rushdie, dont le livre bâtit une  » ornithologie de la terreur « . Merles de la mort, oiseaux désespérés ou pigeons naïfs, chaque acteur de cette scène tragique est décrit comme un volatile emporté par un tourbillon aussi absurde que sanglant. Vers le milieu de Joseph Anton, Rushdie évoque en particulier une  » mouette aux ailes mazoutées qui ne pouvait plus voler « . Le mazout, ici, représente la visqueuse tolérance à l’égard de l’intolérance, l’idéologie sirupeuse du compromis et l’accusation paralysante d' » islamophobie « . Là encore, quand on lui fait observer que l’animosité envers l’islam cache parfois mal un racisme pur et simple, Rushdie se cabre :  » Je n’ai aucune tolérance à l’égard de la xénophobie et du racisme, que j’ai toujours combattus. Ceux qui s’attaquent aux minorités, aux musulmans ou aux homosexuels, par exemple, doivent être condamnés par la loi. L’islamophobie, c’est autre chose, c’est un mot qui a été inventé récemment pour protéger une communauté, comme si l’islam était une race. Mais l’islam n’est pas une race, c’est une religion, un choix. Et dans une société ouverte, nous devons pouvoir converser librement au sujet des idées. « 

Ainsi, dans son livre, Rushdie énonce sur l’islam au sens large, et non seulement sur ses avatars fondamentalistes, des jugements qui étonnent par leur généralité englobante et leur sévérité lapidaire. Lui qui a grandi dans une famille musulmane où beaucoup étaient pratiquants, lui dont le père, d’une grande érudition religieuse, avait choisi de s’appeler Rushdie en hommage à Ibn Rushd (Averroès), lui qui a connu le déracinement et la xénophobie, n’hésite pas à fustiger une religion à l’égard de laquelle son hostilité, là encore, semble s’être intensifiée pendant ses années de clandestinité :  » C’est vrai, ma vision des choses est plus tranchée aujourd’hui. Il faut dire que j’ai traversé une épreuve qui m’a obligé à prêter attention à ce qui se passait dans le monde musulman. Or quelque chose a mal tourné au sein de l’islam. C’est assez récent. Je me souviens, quand j’étais jeune, beaucoup de villes dans le monde musulman étaient des cités cosmopolites, de grande culture. On surnommait Beyrouth le « Paris de l’Orient ». L’islam dans lequel j’ai grandi était ouvert, influencé par le soufisme et l’hindouisme, ce n’était pas celui qui est en train de se répandre à toute vitesse. C’est pour moi une tragédie que cette culture régresse à ce point, comme une blessure auto-infligée. Et je pense qu’il y a une limite au-delà de laquelle vous ne pouvez plus blâmer l’Occident. Parfois, vous savez, les problèmes sont vos problèmes. Cela dit, s’il y avait le moindre signe qu’une société musulmane était capable de créer une démocratie ouverte, je changerais d’avis. « 

Pour que ce revirement soit possible, songe-t-on en l’écoutant, il faudrait que Salman Rushdie se débarrasse de Joseph Anton, et qu’il puisse surmonter la peur, la colère qui ont structuré ces années de chasse à l’homme. C’est peut-être pour cela que ces Mémoires sont écrits non pas à la première, mais à la troisième personne du singulier : comme si Rushdie souhaitait mettre à distance cette époque de cavale et d’épouvante, montrer que Joseph Anton le fugitif est devenu le personnage d’un récit dont Rushdie l’écrivain maîtrisait la narration.  » Je n’avais jamais eu envie d’écrire une autobiographie, précise Rushdie. Mais il se trouve qu’à cette époque ma vie est devenue une sorte de thriller, donc j’ai pensé que Joseph Anton pouvait devenir un personnage de roman. Cette période de mon existence est aujourd’hui close et, sauf s’il devait m’arriver quelque chose de terrible, j’espère vraiment que ces Mémoires n’auront pas de tome II… « 

Ces mots, Rushdie les a prononcés le 12 septembre, à Londres, dans les bureaux de son agent, Andrew Wylie. Quatre jours plus tard, les mollahs iraniens annonçaient qu’ils ajoutaient 500 000 dollars à la prime qui récompenserait son assassin. Une fois de plus, c’est un message de Téhéran qui pourrait obliger le soldat Anton à reprendre du service.

Salman Rushdie, Joseph Anton. Une autobiographie (A Memoir), traduit de l’anglais par Gérard Meudal, Plon, 734 p., 24 €.

© Le Monde

La Croix accroche son cadre des professions psys et décroche de la réalité

Actualité > Sciences

La Croix, 19 novembre 2012

Plus de deux ans après l’entrée en application du décret visant à réglementer l’usage du titre de «psychothérapeute», les polémiques entre courants psychanalytique ou comportementaliste n’ont pas cessé.

Avec cet article
Déontologie. Par Dominique Greiner
Avec la crise, les demandes de psychothérapie diminuent
L’encadrement des «psys», une gageure ?

«Au printemps dernier, j’ai cherché un psy pour m’aider face à diverses difficultés professionnelles et personnelles; je ne savais trop vers quel spécialiste me diriger, mais je savais qu’un décret récent avait réglementé cette profession et cela m’a rassurée». Christine qui parle aujourd’hui avec satisfaction de son thérapeute avait du mal, comme tant d’autres, à se retrouver dans le paysage complexe du soin psychique, entre psychiatres, psychologues, psychanalystes, psychothérapeutes, psychopraticiens et autres gestalt-thérapeutes ou somatothérapeutes… Elle a donc demandé à consulter la liste des psychothérapeutes agréés auprès de la Délégation territoriale de l’agence régionale de santé (DTARS) dont elle dépend, afin de vérifier que le nom qui lui avait été recommandé par ailleurs y figurait bien. «Je voulais m’assurer que le psy que j’allais choisir avait la compétence et la déontologie nécessaires pour exercer cette profession» , poursuit la jeune femme.

Depuis le décret du 9 août 2009, puis son décret d’application du 20 mai 2010, modifié par le décret du 7 mai 2012, chaque département doit mettre en effet à disposition la liste Adeli (Automatisation des listes) des psychothérapeutes, afin de permettre à tout un chacun de se renseigner et de choisir un thérapeute en connaissance de cause.

Désormais, l’usage du titre de psychothérapeute est réservé à trois catégories de praticiens: les psychiatres, c’est-à-dire des médecins ayant fait trois ans de spécialisation en psychiatrie ; les psychologues cliniciens, ayant un master 2 de psychologie clinique avec stages professionnalisants et étant supervisés ; les psychanalystes, c’est-à-dire des personnes ayant suivi une psychanalyse et étant supervisées dans le cadre de leur association de psychanalystes.

Ces trois catégories peuvent s’inscrire automatiquement sur le répertoire Adeli des psychothérapeutes, auprès de leur DTARS. Les autres doivent valider un nombre d’heures obligatoires de formation et passer devant une commission, siégeant dans une agence régionale de santé, qui valide leurs diplômes et leurs expériences.

Le titre de psychothérapeute est donc aujourd’hui commun à divers professionnels : psychiatres et psychologues, mais aussi – dès lors qu’ils ont suivi les obligations de formation –, certains infirmiers psychiatriques, psychanalystes et médecins(1« ). De même, ce titre recouvre des pratiques très différentes dans leurs approches et leurs méthodes : thérapie cognitive, EMDR, thérapie familiale ou comportementale, psychodrame, cure psychanalytique, relaxation, art-thérapie…(2« ) Elles ont toutes pour objectif de traiter et d’apaiser des souffrances psychologiques et psychosomatiques.

En fait, peu de conseils généraux semblent avoir les moyens pratiques de tenir cette liste à jour. «Nous n’avons pas le temps de vérifier si les psychothérapeutes qui demandent à s’inscrire sont bien autorisés à exercer», s’excuse-t-on, par exemple, à la DTARS de la Sarthe, avant d’envoyer par courriel une liste de dix psychothérapeutes libéraux agréés.

Pourtant l’idée d’encadrer la profession de psychothérapeute est une bonne chose et beaucoup, parmi les professionnels concernés, s’en réjouissent. «Jusqu’il y a peu, n’importe qui pouvait poser sa plaque de psychothérapeute et, du coup, cela laissait planer des soupçons sur l’ensemble des psys», estime cette psychologue clinicienne qui a ouvert son cabinet de psychothérapeute en 2001, en Seine-et-Marne. C’est bien dans ce but que le député (UMP) de Haute-Savoie Bernard Accoyer, ORL de formation, avait proposé de réglementer la profession.

ce décret ne change pas grand-chose

Aujourd’hui cependant, bon nombre de praticiens regrettent que ce décret ne change pas grand-chose. «Ce qui est protégé, c’est l’usage du titre mais pas l’exercice de la psychothérapie», affirme ainsi le médecin et psychothérapeute parisien Michel Meignant, président fondateur de la Fédération française de psychothérapie (FF2P). Et de souligner le côté «paradoxal» d’un tel décret qui «autorise l’usage d’un titre à ceux qui ne l’utilisent pas et l’interdit à ceux qui pourraient l’utiliser» .

les psychothérapeutes professionnels qui ne sont ni médecin, ni psychanalyste, ni psychologue(3« )

En effet, les psychiatres, les psychologues et les psychanalystes ne se déclarent généralement pas sous le titre de psychothérapeute, alors que les psychothérapeutes professionnels qui ne sont ni médecin, ni psychanalyste, ni psychologue, ne peuvent, eux, s’en prévaloir, même quand ils ont acquis une longue expérience.

Quant à l’utilité de ce décret pour protéger les patients d’éventuelles pratiques irrégulières, beaucoup en doutent également dans la mesure où nulle autorité n’exerce un contrôle déontologique. «Cela serait différent s’il existait un ordre des psychothérapeutes» , poursuit Michel Meignant, qui fut l’un de ceux qui ont introduit l’EMDR (Eye movement desensitization and retroprocessing) en France, cette thérapie comportementale et cognitive (TCC) recommandée depuis 2007 par la Haute Autorité de la santé pour le traitement des stress post-traumatiques.

En effet, à la différence des médecins qui ne peuvent exercer que s’ils sont inscrits à l’Ordre des médecins (organisme professionnel, administratif et juridictionnel de défense et de régulation de la profession médicale créé en 1940 sous le régime de Vichy), les psychothérapeutes, tout comme les psychologues, n’ont pas souhaité, jusqu’à présent, voir se créer une telle instance.

Certains psychothérapeutes vont même plus loin en décidant de ne pas s’inscrire sur la liste Adeli. C’est le cas du psychologue clinicien et psychothérapeute Didier Pleux, directeur de l’Institut français de thérapie cognitive (IFTC), qui considère le décret modifié en 2012 comme une «tartufferie» : «en ce qui concerne les psychanalystes, la reconnaissance de leur titre de psychothérapeute ne repose pas sur un diplôme de psychiatrie ou de psychologie clinique et ne vérifie pas qu’ils sont capables de poser un diagnostic», s’exclame-t-il, agacé.

un psychothérapeute doit être un médecin du psychisme

Selon lui, un psychothérapeute doit être un «médecin du psychisme» , ayant la capacité et la liberté d’utiliser diverses méthodes thérapeutiques, adaptées au patient.


VERS QUEL «PSY» SE TOURNER ?

attention : tableau incorrect (note de la Rédaction)

Par « psy », on désigne une galaxie composée de quatre grandes familles :

Les psychiatres : médecins ayant fait trois ans de spécialisation en psychiatrie et dont le titre atteste de leur formation à reconnaître les maladies mentales et leurs traitements, notamment médicamenteux. Principales indications : psychoses, tendances suicidaires, troubles de la personnalité…

Les psychologues : formés (bac + 5) à l’université à l’écoute de la souffrance psychique. Principales indications : difficultés relationnelles, troubles de comportement…

Les psychanalystes : ayant été eux-mêmes psychanalysés pendant des années, leur approche, reposant sur les notions d’inconscient et de transfert, consiste à favoriser une prise de conscience d’éléments refoulés. Principales indications : dépressions, souffrances durables trouvant pour une part ses origines dans l’histoire familiale…

Les psychothérapeutes attention terminologie fautive… : on recense plus de 200 formes de psychothérapie(4« ). Parmi les principaux courants, …et tendancieuse : les thérapies comportementales et cognitivistes (TCC) mettent le patient en présence de ses craintes et convictions, afin d’affronter l’anxiété qui en résulte. Principales indications : phobies, difficultés relationnelles, troubles obsessionnels compulsifs…

correctif : psychiatres, psychologues, psychanalystes répondent (s’ils le demandent) au titre nouveau de psychothérapeute, qui les contient et ne s’ajoute pas à eux. Les psychopraticiens relationnels® sont le véritable quatrième acteur du carré psy. PHG

CLAIRE LESEGRETAIN


Ce cadre de repérage est inexact

Tendancieux, il ne rend pas compte de la réalité historique et sur le terrain.

voir à ce propos

– Les termes hyperliés dans l’article, figurant à notre glossaire, en commençant par psychothérapeute.
« Psycho repérages au Nouvel Obs, » par Lise Tiano, précédé de « Attention franchissement de ligne jaune, y voir clair dans les repères » par Philippe Grauer.
Grands oubliés, les psychopraticiens relationnels, et leur titre alternatif éponyme délivré par l’ensemble Snppsy-Affop, aux côtés paradigmatiquement des deux autres titres professionnels délivrés par la FF2P et le PSY’G. Voir GLPR.

  • 1 Devenus alors psychothérapeutes. Note de notre Rédaction
  • 2 Catégories mêlées, approches et méthodes distinguent mal entre disciplines et pratiques, pas de même rang claissificatoire.
  • 3 Catégorie inexistante désormais. Les ARS sont en train de légitimer par grand-parentage la population résiduelle des ex psychothérapeutes qu’elles auront acceptées. Cette population n’aura désormais plus accès au nouveau titre de psychothérapeute, sinon en passant par les caudines fourches du M2 en psychologie minimum, c’est-à-dire en changeant de catégorie au prix d’un cursus complet en psychologie ou psychiatrie pourquoi pas.
  • 4 Incohérent du point de vue logique : un titre, psychothérapeute, ne saurait se décliner en techniques et méthodes. Là on perd pied. Quand dans la phrase suivante interviennent les « courants » – à vrai dire le champ épistémologique, méthodologique, idéologique du comportementalisme – on ne parvient plus à comprendre par quel cheminement on a pu en arriver là.

Ces  » presque psys  » qui nous confessent

Le Monde

PSYCHOLOGIE

Esthéticiennes, libraires, coiffeurs ou antiquaires se voient confier, malgré eux, les tourments de leurs clients

Comment êtes-vous chez le coiffeur ? Taiseux… ou prolixe ? Face au miroir, nous sommes, paraît-il, assez prévisibles.  » Environ six personnes sur dix vont écouter les conseils. Les autres ont surtout besoin qu’on les écoute « , remarque Anthony Galifot, coiffeur à Nantes et auteur d’Autour du fauteuil (L’Atalante, 2012, 128 p., 10.50 euros). Un monologue cheveux mouillés qui peut démarrer par un classique :  » Vous ne trouvez pas que j’ai pris un peu de poids ?  » Ou, plus direct :  » Ah, non, pas de frange, je vais ressembler à ma mère ! « 

Sans que personne recense le phénomène, des lieux de confession intimes se sont multipliés depuis un demi-siècle. Fini les lavoirs, les confessionnaux… Voici les salons de coiffure, de beauté, les librairies, les antiquaires, les encadreurs… Et bien sûr les cafés.

L’essor de la vie numérique depuis dix ans (30 millions de Français appartiennent à un réseau social et 16 millions s’épanchent sur des forums, selon Médiamétrie) ne change rien : dans la vie réelle, des centaines de milliers de prestataires de services marchands se retrouvent quotidiennement à gérer mots et maux de leurs clients.

Problème avec son ado, conjoint volage, abstinence sexuelle mal vécue, maladie… Ces monologues peuvent durer de quelques minutes à… plus d’une heure.  » Depuis un an, les clientes nous parlent de plus en plus du travail. Peur du licenciement, stress dû à la multiplication des petits boulots « , note Johanna Cohen, esthéticienne parisienne qui estime que la moitié de sa clientèle se confie en séance.  » Dans ces lieux d’écoute, les gens se mettent entre les mains des autres, physiquement et psychiquement « , poursuit Soledad Ottoné, longtemps libraire à Santiago du Chili.  » Pour les gens, il semble important d’avoir quelqu’un qui les écoute et qui ne soit pas de la famille « , remarque Alexandre, libraire également.

Un calcul approximatif permet de mesurer l’ampleur de cette parole intime qui jaillit un peu partout. Si les 160 000 coiffeurs recensés par la fédération nationale accueillent chacun dix personnes par jour et que quatre sur dix s’épanchent, cela donne plus de 600 000 confessions quotidiennes dans les salons hexagonaux. Le même calcul, fondé sur les chiffres de la Confédération nationale artisanale des instituts de beauté, permet d’ajouter 200 000 confidences.

Selon ces confesseurs d’un nouveau type, ce lâcher-prise suit même des rituels.  » C’est pendant la coupe que les personnes se livrent, au moment où notre bouche est proche de l’oreille « , note Alain, coiffeur parisien. Dans les salons d’esthétique,  » c’est pendant les épilations, et non les massages, remarque Mme Cohen, quand la personne passe sur le ventre et ne – les – regarde plus « .

Au comptoir, en revanche, les épanchements jaillissent  » après 23 heures, quand une personne ne peut pas dormir car elle n’est pas fatiguée ou… trop fatiguée « , explique Arthur, barman, qui reconnaît que son DEA en sociologie l’aide à maintenir une certaine distance.

Car les confessions peuvent être extrêmes.  » Un jour, un homme s’est assis au comptoir et m’a dit, en guise de bonjour : « Mon père est mort » « , poursuit-il.  » L’été dernier, devant un tableau, une femme a lâché : « C’est le bleu de ma mère », et s’est effondrée en pleurs « , raconte Françoise Livinec, marchande de tableaux. Au fil des années, ces confesseurs laïques mettent même au jour des noeuds personnels.  » Certains ne savent jamais quelle coupe de cheveux choisir et se révèlent tout autant indécis dans leurs choix de vie. D’autres ne s’aiment pas et n’arrivent jamais à accepter leur image, quelle que soit la coupe réalisée « , note Gontran Sarret, l’ancien coiffeur de l’Hôtel Royal Monceau, qui officie désormais à domicile.

 » J’ai fait remarquer à un client que, dans tous les tableaux qu’il m’apportait, la chair des êtres représentés était cachée, explique l’encadreur Christian Deleruyelle. Mon interlocuteur, submergé par l’émotion, a alors soufflé : « J’ai été un enfant battu. » Je me suis alors dit que j’étais allé trop loin. « 

Mais que font les vrais psys ? La multiplication de ces révélations intimes dans des lieux marchands  » est le symptôme d’une société en mal d’humain. Dès sa naissance, le bébé a besoin de lait et de l’autre. L’homme s’adapte de façon pragmatique et trouve de nouveaux lieux d’éch ange « , estime la psychanalyste Monique Dechaud. Auteure de Cet autre divan (Le Fil rouge, PUF, 2011), elle admet que le  » tout-psy  » des années 1990 et les écoles dogmatiques  » ont pu faire du mal à la profession « .

Témoin au quotidien de ces moments intimes dans sa galerie d’art parisienne, Françoise Livinec, ancienne psychologue en hôpital psychiatrique, vient de créer  » un lieu de parole, musée poétique où tout est à vendre  » (Ecoledesfilles.org) à Huelgoat (Finistère).  » En pleine époque numérique, mes amis m’ont dit que j’étais folle mais, aujourd’hui, où y a-t-il encore de la place pour l’humain ? « , demande-t-elle. Pour capter les émotions, les visiteurs peuvent se confier à une caméra, les vidéos sont mises en ligne sur YouTube. Le cloud comme nouveau lieu dépositaire de confessions… numériques.

Laure Belot

© Le Monde

Mariage pour tous : laissons du temps au débat

Ce  » mariage pour tous  » divise la société

par Collectif – Claude Baty, président de la Fédération protestante de France ; Gilles Bernheim, grand rabbin de France ; Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman ; André Vingt-Trois, cardinal, archevêque de Paris.
Philippe Barbarin, Jean-Paul Bounhoure, Michel Camdessus, Bertrand Collomb, Michel de Virville, Chantal Delsol, Pierre Delvolvé, Christian Flavigny, Xavier Fontanet, Pierre Lévy-Soussan, Jean-François Mattei, Pierre-Louis Rémy, Jean-Pierre Ricard, André Vacheron et Antoine Veil ont également signé ce texte.


La France envisage d’élargir le mariage civil aux personnes de même sexe et de leur ouvrir la possibilité de recourir à l’adoption. Cette réforme juridique fondamentale mettrait fin à une pratique millénaire qui réservait le mariage à l’alliance d’un homme et d’une femme. Elle supprimerait la notion de père et de mère dans le code civil.

Pour les uns, l’ouverture du mariage et de l’adoption aux partenaires de même sexe relève de la logique des droits individuels et des valeurs de liberté et d’égalité. Pour d’autres, cette réforme entraînerait une rupture de ce qui fonde notre société, la famille et son cadre, et introduirait une confusion dans l’identité des sexes, fondatrice de toute personnalité et de toute collectivité humaine.

Ce sujet est grave et clivant, porteur d’affrontements, alors que la société française a besoin d’être apaisée et rassemblée. Il engage chacun en conscience, et les opinions transcendent toutes les appartenances et traversent toutes les communautés : politiques, religieuses ou philosophiques. Il ne saurait par ailleurs être considéré comme tranché par l’élection présidentielle.

C’est pourquoi nous demandons que ce sujet, qui pour beaucoup touche à nos repères fondamentaux, fasse l’objet d’un large débat qui mette en lumière les enjeux liés  » au mariage pour tous « . Ce n’est qu’au terme de ce débat national, qui pourrait prendre la forme d’une conférence sociétale, sur le modèle de la grande conférence sociale et de la conférence environnementale qui se sont tenues au Conseil économique, social et environnemental, qu’il appartiendrait alors à la représentation nationale de décider.

Un tel débat national devra s’organiser dans l’écoute et le respect des opinions et des expériences de tous. Il devra impliquer non seulement des experts de différentes disciplines concernées (juristes, pédopsychiatres, sociologues, philosophes…), mais aussi les représentants d’associations (homosexuelles, familiales…), et les représentants de toutes les confessions et familles de pensée qui partagent l’idéal républicain de tolérance. Il devra permettre de mesurer les conséquences sociales, anthropologiques et juridiques d’une telle évolution, en tirant les leçons d’expériences et d’études internationales, et en particulier éclairer les questions suivantes.

Dans quelle mesure et de quelle façon notre droit doit-il reconnaître la différenciation sexuelle ? Comment articuler cette reconnaissance avec le principe d’égalité des droits ? Quelles conséquences aura pour l’équilibre et l’épanouissement de l’enfant son adoption par un couple de même sexe ? Quel doit être le statut de l’enfant par rapport au couple hétérosexuel ou homosexuel ? Quelles conséquences tirer de la priorité unanimement reconnue à l’intérêt de l’enfant, en particulier dans la définition de la filiation, de l’adoption ou de la procréation médicalement assistée (PMA) ? Que deviendraient les finalités du mariage si la réforme était adoptée ? Quelle serait l’évolution du droit du divorce ?

Comment assurer le respect des droits, notamment patrimoniaux, des couples homosexuels, insuffisamment assurés par le pacs ? Une union civile pour les couples homosexuels permettrait-elle de garantir ces droits ? Comment assurer dans l’Union européenne la confrontation de différents statuts familiaux, parentaux, et de filiation ?

Une responsabilité particulière

On le voit, les questions sont nombreuses et les enjeux immenses, et ne sont pas posées seulement au citoyen français. Les réponses que nous donnerons pourront aussi éclairer les débats au-delà de nos frontières car le code Napoléon et ses adaptations successives restent la référence de nombreux pays.

Qu’on le veuille ou non, nous avons, nous Français, une responsabilité particulière qui nous dépasse. Le gouvernement a érigé en principe général l’écoute et la recherche du consensus. Osons donc véritablement, sereinement, sérieusement, le débat et, au nom du principe de précaution, donnons du temps au dialogue. La France en sortira grandie, en donnant l’image d’une démocratie exemplaire, respectueuse de chacune et chacun.

Voir à ce sujet en particulier

– Catherine Kintzler, Le « mariage homo » révélateur du mariage civil (14-11-2012), intéressante critique de l’Essai du Grand rabbin de France Gilles Bernheim.

– Rabbin Yeshaya Dalsace, Du bien-fondé ou non du mariage homosexuel, 7 novembre 2012.

Mariage gay : non à la collusion de la haine


Les intertitres sont de la Rédaction


Contre une  » sainte-alliance  » rétrograde

Il ne se passe pas un jour sans que les gays et les lesbiennes de France soient publiquement injuriés. On pourrait dater l’apparition de cette agression permanente du 4 février 2005, où un député UMP a osé déclarer à leur propos : « Je dis qu’ils sont inférieurs moralement. » Début d’une litanie hargneuse qui se poursuivrait par sa consœur à propos du mariage gay : « Et pourquoi pas des unions avec les animaux ? » en pleine commission des lois de l’Assemblée nationale (25 février 2011).

« décomplexés »

Ces propos n’ont pu être tenus que parce que certains sont « décomplexés ». Ils s’en estiment autorisés à dire tout ce qu’ils pensent, si on peut appeler cela penser. Le responsable de cette dégradation de la parole publique est l’ancien président de la République, dont la campagne électorale a été marquée par l’homophobie. Dès sa déclaration de candidature, en pleine crise mondiale, il n’a pas d’abord parlé d’économie, non, le premier point qu’il a mis en avant a été le refus du mariage gay (11 février).

Quelques jours plus tard (19 février), il déclarait que les gays « n’aim{aient pas la France. »} L’ineptie d’une pareille proposition au regard de l’histoire, de Louis XIII au maréchal Lyautey, n’a pas retenu un homme qui, pour finir, a persiflé les gays, qui seraient en pleine contradiction de vouloir le mariage, puisqu’ils se réclameraient aussi du « droit à la différence » (17 avril). Ressemblance, différence, quoi que les gays et les lesbiennes fassent, ils ont tort. Pire, ils ne sont pas dans le droit. Puisqu’on le leur refuse.

Il ne faut donc pas s’étonner que les descendants politiques du sarkozysme se soient déchaînés à l’annonce du projet de loi bien timidement nommé mariage pour tous, comme si les mots gay et lesbienne étaient honteux. Lors du débat pour la présidence de l’UMP, M. Fillon a déclaré son « opposition totale au mariage homosexuel », suivi par M. Copé disant qu’ « il ne célébrerai{t pas de mariage homosexuel »} (25 octobre). Trois jours plus tard, le même M. Copé a envisagé d’organiser des manifestations contre le mariage gay.

Il a été rejoint sur ce point par celle que certains surnomment sa sœur de lait, Marine Le Pen (1er novembre), laquelle a ensuite réclamé un référendum sur la question (4 novembre) ; prochaine proposition, le pilori ? L’injure est non seulement quotidienne, mais pluriquotidienne : le même 4 novembre, le député Laurent Wauquiez promettait l’abrogation si la droite revenait au pouvoir. Le 5, la députée Valérie Pécresse prévoyait l’annulation des mariages. La montée en puissance de l’injure politique n’est pas mieux manifestée que par le nombre de députés et de sénateurs UMP ayant signé une pétition contre le mariage gay : en janvier 2012, 82 ; en octobre, 180.

Je suis pour le mariage gay parce que je suis conservateur

Quelle est cette idée que le mariage gay mettrait la France en danger ? Les dix pays du monde où il existe ont-ils vu des hordes de gays et de lesbiennes peindre en rose les statues des grands hommes ? David Cameron disant : « Je suis pour le mariage gay parce que je suis conservateur » (10 octobre) est-il un mauvais Britannique ? Un mauvais conservateur ? Un mauvais homme ? Barack Obama, qui, dans son discours d’élection, a déclaré : « Que vous soyez (…) gay ou hétérosexuel, vous pouvez vous accomplir en Amérique » (7 novembre) veut-il la destruction de la société occidentale ?

Les politiciens français qui tiennent ces propos démagogiques flattent un électorat qu’ils devraient éduquer. François Mitterrand a gagné son statut d’homme d’État en affirmant, alors qu’il était candidat à la présidence et savait que la majorité des Français y était défavorable, qu’il demanderait l’abrogation de la peine de mort s’il était élu. Et, dans le cas du mariage gay, la majorité de la population l’approuve.

course à l’injure

Les représentants de toutes les religions ont rejoint la course à l’injure. Le 14 septembre, le cardinal de Lyon associait le mariage gay à la polygamie et à l’inceste. Le 3 novembre, c’était l’archevêque de Paris et cardinal qui, au nom de la démocratie participative, approuvait des manifestations contre ce mariage qui « ébranlerait les fondements de notre société. » Chacun qualifiera comme il veut un homme qui appelle démocratie participative des manifestations de rue et s’en recommande, alors que le pape est élu par 120 cardinaux ne rendant aucun compte à un milliard de fidèles.

lobby : groupe qui défend des intérêts qu’on n’aime pas

Nous n’insisterons pas sur le silence non participatif du clergé quand il s’est agi d’empêcher les torrents de pédophilie qui ont mené au bord de l’anéantissement les Églises d’Irlande et des États-Unis, pour ne parler que des pays où les scandales sont publics. Employant très douteusement le mot « lobby », le cardinal et archevêque de Paris sait de quoi il parle, puisque, en l’espèce comme en tant d’autres, son Église fait le lobbying le plus acharné. Apparemment, un lobby est un groupe qui défend des intérêts qu’on n’aime pas.

affaires de droit civil qui ne les regardent en rien

Le cardinal a été précédé, le 19 octobre, par vingt-cinq pages écrites contre le mariage gay par le grand rabbin de France et suivi, le 6 novembre, par une déclaration dans le même sens faite par le président du Conseil français du culte musulman (CFCM). La collusion de la haine est si patente que le Conseil français du culte musulman, que l’on ne savait pas si œcuménique, renvoie sur son site aux attaques des autres cultes. La Fédération protestante de France assure que le mariage gay  » n’est pas un cadeau à faire aux générations futures «  dans une pétition signée également par des ministres des Églises luthérienne, grecque, anglicane et arménienne. Se mêlant d’affaires de droit civil qui ne les regardent en rien au regard de la séparation de l’Église et de l’État, ces cultes désireraient-ils la réunion des Églises et de l’État pour un meilleur ostracisme des gays et des lesbiennes ?

Les médias reproduisent ces attaques avec un empressement qui semble frôler la complaisance. Là aussi, attaques quotidiennes contre les gays et les lesbiennes avec de très rares publications du point de vue opposé. Le 3 octobre, Le Figaro a publié plusieurs pages contre le mariage gay en s’appuyant sur les psys, desquels il appelle d’habitude à se méfier. Il est revenu chaque jour à la charge, en publiant par exemple un appel de maires « grévistes » d’une loi qui n’est même pas votée. Où est le respect de la légalité justement prôné par un journal conservateur ?

Le 28 octobre, Le Monde publiait l’interview d’un théologien catholique membre du Comité consultatif national d’éthique, dirigée contre les gays : « Les homosexuels veulent entrer dans la norme en la subvertissant. » Que l’auteur d’une aussi méprisante assertion puisse être membre d’un comité d’éthique est un motif d’étonnement. Il aura sans doute oublié les pratiques des premiers chrétiens qui ont subverti les institutions de l’Empire romain jusqu’à s’en emparer. Toutes ces injures auraient été indicibles il y a cinq ans. Les atermoiements du gouvernement et le report du vote de la loi font que, jusqu’à lui, elles continueront. Nous avons décidé de ne plus les supporter avec patience. Nous ne sommes pas des pétitionnaires de profession.

Certains d’entre nous sont gays, d’autres lesbiennes, d’autres hétérosexuels. Certains de gauche, d’autres de droite, certains chrétiens, d’autres juifs, d’autres agnostiques. Quelle que soit leur orientation sexuelle, certains ont des enfants. Certains sont célibataires, d’autres mariés. Aucun n’a de comptes à rendre à personne sur son mode de vie. La plupart ont eu des parents hétérosexuels, et, parmi eux, certains ont eu une enfance malheureuse. Ils n’en accusent pas l’hétérosexualité. Certains ont des parents homosexuels et ont eu une enfance heureuse. Ils n’en félicitent pas l’homosexualité. Nous n’avons pas les préjugés de nos ennemis.

le lobby de la bêtise et de la haine

Les gays et les lesbiennes ne rendent pas moins de services à la France que des théologiens bizarres et des politiciens sans idées. Les populistes homophobes se rendent-ils compte que leurs diatribes libèrent les actes ? Que, si des supposés responsables parlent de manière irresponsable, la brutalité va se sentir justifiée ? Dans tout cela, le mariage est un leurre. Une fois qu’il sera acquis, l’homophobie ne cessera pas, et c’est elle qu’il faut criminaliser. S’il y a quelque chose de dangereux dans une société, c’est le lobby de la bêtise et de la haine.

Collectif – Charles Dantzig, écrivain ; Dominique Fernandez, écrivain ; Christophe Honoré, réalisateur ; Olivier Poivre d’Arvor, directeur de France Culture ; Ludivine Sagnier, actrice ; Danièle Sallenave, écrivain ; Charles Dantzig, écrivain ; Dominique Fernandez, écrivain ; Christophe Honoré, réalisateur ; Olivier Poivre d’Arvor, directeur de France Culture ; Ludivine Sagnier, actrice ; Danièle Sallenave, écrivain ; Josyane Balasko, actrice ;
Pierre Bergé, président de la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent, actionnaire du Monde ; Edmonde Charles-Roux, écrivain ; Patrice Chéreau, réalisateur ; Virginie Despentes, écrivain ; Pierre Jourde, écrivain ; Amin Maalouf, écrivain ; Chiara Mastroianni, actrice ; Amélie Nothomb, écrivain ; François de Ricqlès, président de Christie’s France ; Abdellah Taïa, écrivain,

© Le Monde, 18 novembre

Mariage gay : non à la collusion de la haine

Contre une  » sainte-alliance  » rétrograde

Il ne se passe pas un jour sans que les gays et les lesbiennes de France soient publiquement injuriés. On pourrait dater l’apparition de cette agression permanente du 4 février 2005, où un député UMP a osé déclarer à leur propos :  » Je dis qu’ils sont inférieurs moralement.  » Début d’une litanie hargneuse qui se poursuivrait par sa consoeur à propos du mariage gay :  » Et pourquoi pas des unions avec les animaux ? « , en pleine commission des lois de l’Assemblée nationale (25 février 2011).

Ces propos n’ont pu être tenus que parce que certains sont  » décomplexés « . Ils s’en estiment autorisés à dire tout ce qu’ils pensent, si on peut appeler cela penser. Le responsable de cette dégradation de la parole publique est l’ancien président de la République, dont la campagne électorale a été marquée par l’homophobie. Dès sa déclaration de candidature, en pleine crise mondiale, il n’a pas d’abord parlé d’économie, non, le premier point qu’il a mis en avant a été le refus du mariage gay (11 février).

Quelques jours plus tard (19 février), il déclarait que les gays  » n’aim – ai – ent pas la France « . L’ineptie d’une pareille proposition au regard de l’histoire, de Louis XIII au maréchal Lyautey, n’a pas retenu un homme qui, pour finir, a persiflé les gays, qui seraient en pleine contradiction de vouloir le mariage, puisqu’ils se réclameraient aussi du  » droit à la différence  » (17 avril). Ressemblance, différence, quoi que les gays et les lesbiennes fassent, ils ont tort. Pire, ils ne sont pas dans le droit. Puisqu’on le leur refuse.

Il ne faut donc pas s’étonner que les descendants politiques du sarkozysme se soient déchaînés à l’annonce du projet de loi bien timidement nommé  » mariage pour tous « , comme si les mots gay et lesbienne étaient honteux. Lors du débat pour la présidence de l’UMP, M. Fillon a déclaré son  » opposition totale au mariage homosexuel « , suivi par M. Copé disant qu' » – il – ne célébrerai – t – pas de mariage homosexuel  » (25 octobre). Trois jours plus tard, le même M. Copé a envisagé d’organiser des manifestations contre le mariage gay.

Il a été rejoint sur ce point par celle que certains surnomment sa soeur de lait, Marine Le Pen (1er novembre), laquelle a ensuite réclamé un référendum sur la question (4 novembre) ; prochaine proposition, le pilori ? L’injure est non seulement quotidienne, mais pluriquotidienne : le même 4 novembre, le député Laurent Wauquiez promettait l’abrogation si la droite revenait au pouvoir. Le 5, la députée Valérie Pécresse prévoyait l’annulation des mariages. La montée en puissance de l’injure politique n’est pas mieux manifestée que par le nombre de députés et de sénateurs UMP ayant signé une pétition contre le mariage gay : en janvier 2012, 82 ; en octobre, 180.

Quelle est cette idée que le mariage gay mettrait la France en danger ? Les dix pays du monde où il existe ont-ils vu des hordes de gays et de lesbiennes peindre en rose les statues des grands hommes ? David Cameron disant :  » Je suis pour le mariage gay parce que je suis conservateur  » (10 octobre) est-il un mauvais Britannique ? Un mauvais conservateur ? Un mauvais homme ? Barack Obama, qui, dans son discours d’élection, a déclaré :  » Que vous soyez (…) gay ou hétérosexuel, vous pouvez vous accomplir en Amériq ue  » (7 novembre) veut-il la destruction de la société occidentale ?

Les politiciens français qui tiennent ces propos démagogiques flattent un électorat qu’ils devraient éduquer. François Mitterrand a gagné son statut d’homme d’Etat en affirmant, alors qu’il était candidat à la présidence et savait que la majorité des Français y était défavorable, qu’il demanderait l’abrogation de la peine de mort s’il était élu. Et, dans le cas du mariage gay, la majorité de la population l’approuve.

Les représentants de toutes les religions ont rejoint la course à l’injure. Le 14 septembre, le cardinal de Lyon associait le mariage gay à la polygamie et à l’inceste. Le 3 novembre, c’était l’archevêque de Paris et cardinal qui, au nom de la démocratie participative, approuvait des manifestations contre ce mariage qui  » ébranlerait les fondements de notre société « . Chacun qualifiera comme il veut un homme qui appelle démocratie participative des manifestations de rue et s’en recommande, alors que le pape est élu par 120 cardinaux ne rendant aucun compte à un milliard de fidèles.

Nous n’insisterons pas sur le silence non participatif du clergé quand il s’est agi d’empêcher les torrents de pédophilie qui ont mené au bord de l’anéantissement les Eglises d’Irlande et des Etats-Unis, pour ne parler que des pays où les scandales sont publics. Employant très douteusement le mot  » lobby « , le cardinal et archevêque de Paris sait de quoi il parle, puisque, en l’espèce comme en tant d’autres, son Eglise fait le lobbying le plus acharné. Apparemment, un lobby est un groupe qui défend des intérêts qu’on n’aime pas.

Le cardinal a été précédé, le 19 octobre, par vingt-cinq pages écrites contre le mariage gay par le grand rabbin de France et suivi, le 6 novembre, par une déclaration dans le même sens faite par le président du Conseil français du culte musulman (CFCM). La collusion de la haine est si patente que le Conseil français du culte musulman, que l’on ne savait pas si oecuménique, renvoie sur son site aux attaques des autres cultes. La Fédération protestante de France assure que le mariage gay  » n’est pas un cadeau à faire aux générations futures  » dans une pétition signée également par des ministres des Eglises luthérienne, grecque, anglicane et arménienne. Se mêlant d’affaires de droit civil qui ne les regardent en rien au regard de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ces cultes désireraient-ils la réunion des Eglises et de l’Etat pour un meilleur ostracisme des gays et des lesbiennes ?

Les médias reproduisent ces attaques avec un empressement qui semble frôler la complaisance. Là aussi, attaques quotidiennes contre les gays et les lesbiennes avec de très rares publications du point de vue opposé. Le 3 octobre, Le Figaro a publié plusieurs pages contre le mariage gay en s’appuyant sur  » les psys « , desquels il appelle d’habitude à se méfier. Il est revenu chaque jour à la charge, en publiant par exemple un appel de maires  » grévistes  » d’une loi qui n’est même pas votée. Où est le respect de la légalité justement prôné par un journal conservateur ?

Le 28 octobre, Le Monde publiait l’interview d’un théologien catholique membre du Comité consultatif national d’éthique, dirigée contre les gays :  » Les homosexuels veulent entrer dans la norme en la subvertissant.  » Que l’auteur d’une aussi méprisante assertion puisse être membre d’un comité d’éthique est un motif d’étonnement. Il aura sans doute oublié les pratiques des premiers chrétiens qui ont subverti les institutions de l’Empire romain jusqu’à s’en emparer. Toutes ces injures auraient été indicibles il y a cinq ans. Les atermoiements du gouvernement et le report du vote de la loi font que, jusqu’à lui, elles continueront. Nous avons décidé de ne plus les supporter avec patience. Nous ne sommes pas des pétitionnaires de profession.

Certains d’entre nous sont gays, d’autres lesbiennes, d’autres hétérosexuels. Certains de gauche, d’autres de droite, certains chrétiens, d’autres juifs, d’autres agnostiques. Quelle que soit leur orientation sexuelle, certains ont des enfants. Certains sont célibataires, d’autres mariés. Aucun n’a de comptes à rendre à personne sur son mode de vie. La plupart ont eu des parents hétérosexuels, et, parmi eux, certains ont eu une enfance malheureuse. Ils n’en accusent pas l’hétérosexualité. Certains ont des parents homosexuels et ont eu une enfance heureuse. Ils n’en félicitent pas l’homosexualité. Nous n’avons pas les préjugés de nos ennemis.

Les gays et les lesbiennes ne rendent pas moins de services à la France que des théologiens bizarres et des politiciens sans idées. Les populistes homophobes se rendent-ils compte que leurs diatribes libèrent les actes ? Que, si des supposés responsables parlent de manière irresponsable, la brutalité va se sentir justifiée ? Dans tout cela, le mariage est un leurre. Une fois qu’il sera acquis, l’homophobie ne cessera pas, et c’est elle qu’il faut criminaliser. S’il y a quelque chose de dangereux dans une société, c’est le lobby de la bêtise et de la haine.

Collectif

Charles Dantzig, écrivain ; Dominique Fernandez, écrivain ; Christophe Honoré, réalisateur ; Olivier Poivre d’Arvor, directeur

de France Culture ; Ludivine Sagnier, actrice ; Danièle Sallenave, écrivain

Charles Dantzig, écrivain ; Dominique Fernandez, écrivain ; Christophe Honoré, réalisateur ; Olivier Poivre d’Arvor, directeur

de France Culture ; Ludivine Sagnier, actrice ; Danièle Sallenave, écrivain

© Le Monde

Touche pas à « père-et-mère »

Touche pas à « père-et-mère »

Le Monde.fr | 08.11.2012 à 17h08

par Collectif

Le mariage pour tous, une lutte démocratique contre la discrimination et les inégalités ? Il s’agit plutôt d’annuler la différence des sexes dans les livrets de famille et dans le code civil. La naissance de tous les enfants s’en trouvera bouleversée. En lieu et place du mariage, c’est la question de l’enfant qui est posée, la suppression de sa naissance sexuée à la base de la filiation.

Toutes les filiations du monde reposent sur la pensée de la naissance à partir d’un couple sexué permettant à l’enfant d’accréditer une origine raisonnable quel que soit son mode de procréation (naturelle, adoptive, procréatique). Au nom de quelle  » modernité  » le priverait-on de la moitié de sa construction identitaire, le projetterait-on dans une origine impossible car impensable – une imposture – ? Tous les enfants du monde ont droit aux différences parentales sexuées, leur conférant ainsi une origine psychique fondatrice de leur individualité.

Accueillir la diversité des familles n’est pas une raison pour saper les bases mêmes de toute famille. Aucune loi ne pourrait nous affranchir de la logique des conditions sexuées de notre naissance.

Chantal Delsol (philosophe, membre de l’Institut), Pierre Lévy-Soussan (psychiatre, psychanalyste), Sophie Marinopoulos (psychologue, psychanalyste), Christian Flavigny (pédopsychiatre, psychanalyste), Maurice Berger (chef de service de pédopsychiatrie), Jean-François Mattéi (philosophe), François Olivennes (gynécologue), Claire Squires (psychiatre, psychanalyste), Jean-Pierre Winter (psychanalyste), Michel Schneider (haut-fonctionnaire, psychanalyste), Claire Laporte (psychologue, psychanalyste), Maya Garboua (psychanalyste), Michel Grimbert (psychanalyste), Laure Gomel (psychologue en CECOS), Philippe d’Iribarne (sociologue), Pierre Delvolvé (juriste, membre de l’Institut) Suzanne Rameix (philosophe), Vanina Fonseca (psychologue en maternité), Sonia Gourgeault (psychologue en maternité), et Sylvia Metra (sage-femme en maternité).

Touche pas à « père-et-mère »

Touche pas à « père-et-mère »

Le Monde.fr | 08.11.2012 à 17h08

par Collectif

Le mariage pour tous, une lutte démocratique contre la discrimination et les inégalités ? Il s’agit plutôt d’annuler la différence des sexes dans les livrets de famille et dans le code civil. La naissance de tous les enfants s’en trouvera bouleversée. En lieu et place du mariage, c’est la question de l’enfant qui est posée, la suppression de sa naissance sexuée à la base de la filiation.

Toutes les filiations du monde reposent sur la pensée de la naissance à partir d’un couple sexué permettant à l’enfant d’accréditer une origine raisonnable quel que soit son mode de procréation (naturelle, adoptive, procréatique). Au nom de quelle  » modernité  » le priverait-on de la moitié de sa construction identitaire, le projetterait-on dans une origine impossible car impensable – une imposture – ? Tous les enfants du monde ont droit aux différences parentales sexuées, leur conférant ainsi une origine psychique fondatrice de leur individualité.

Accueillir la diversité des familles n’est pas une raison pour saper les bases mêmes de toute famille. Aucune loi ne pourrait nous affranchir de la logique des conditions sexuées de notre naissance.

Chantal Delsol (philosophe, membre de l’Institut), Pierre Lévy-Soussan (psychiatre, psychanalyste), Sophie Marinopoulos (psychologue, psychanalyste), Christian Flavigny (pédopsychiatre, psychanalyste), Maurice Berger (chef de service de pédopsychiatrie), Jean-François Mattéi (philosophe), François Olivennes (gynécologue), Claire Squires (psychiatre, psychanalyste), Jean-Pierre Winter (psychanalyste), Michel Schneider (haut-fonctionnaire, psychanalyste), Claire Laporte (psychologue, psychanalyste), Maya Garboua (psychanalyste), Michel Grimbert (psychanalyste), Laure Gomel (psychologue en CECOS), Philippe d’Iribarne (sociologue), Pierre Delvolvé (juriste, membre de l’Institut) Suzanne Rameix (philosophe), Vanina Fonseca (psychologue en maternité), Sonia Gourgeault (psychologue en maternité), et Sylvia Metra (sage-femme en maternité).