Les psys de Marseille & le mariage pour tous

Le SNPPsySyndicat national des praticiens en psychothérapie relationnelle et psychanalyse, le CIFPRCentre interdisciplinaire de formation à la psychothérapie relationnelle multiréférentielle, Attitude Provence, l’IABFSInstitut d’analyse bioénergétique France-Sud, Métamorphose, proposent

Au 16 quai de Rive Neuve, au Vieux-Port à Marseille
au local de Francès Henderson
le 4 février de 19:30 à 22:00

Une conférence-débat animée
par Marie-Claire Dolghin, Philippe Grauer, Edmond Marc

Un syndicat, deux écoles, deux mouvements, vous convient confraternellement à réfléchir ensemble sur la question qui bouillonne en ce moment, et qui nous concerne, à propos de la

Loi sur l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels

Nous vous proposons de nous rencontrer entre psychopraticiens relationnels et psychanalystes pour échanger et nous éclairer mutuellement concernant ce domaine.

« La question posée aujourd’hui n’est pas celle de la création d’une nouvelle forme de famille, mais celle de la protection de tous les enfants avec les mêmes lois. Qui s’opposera à cela ? »

En effet le projet de loi sur le mariage pour tous, établissant pour les couples homosexuels les mêmes droits et devoirs que les couples traditionnellement jusqu’ici mariés, bouscule et fait surgir le débat.

discuter, échanger, s’entre-éclairer

Il est bon d’entendre tout le monde et de se faire une opinion, donc de commencer par s’informer de la teneur des arguments et des enjeux. Nous invitons psychopraticiens relationnels et psychanalystes à venir discuter, échanger sur leur expérience et leurs vues théoriques, afin d’échanger et de s’entre éclairer sur cette question de société qui concerne leur pratique quotidienne et la place de leur parole dans le dialogue entre professionnels et dans la cité.

dialoguer, partager

Les médias proposent des analyses polémiques et le monde ne se partage pas en pour vs. contre. Les défilés vont se succéder. Sans abolir la charge agonistique du débat nous proposons un échange dans un climat d’écoute mutuelle, à partir d’une posture de praticiens de la psychothérapie relationnelle ou de la psychanalyse, s’appuyant sur notre expérience, nos propres fondements théoriques et orientations idéologiques. Rencontrons-nous, engageons le dialogue, cherchons ensemble, apprécions-nous les uns les autres, choquons les idées pas les personnes.

Notre projet n’est pas de convaincre de la vérité d’une thèse mais d’échanger au mieux pour enrichir nos points de vue, les confronter si nécessaire, non pour l’emporter mais pour apporter, et remporter chez soi.

Remporter au moins le souvenir d’un moment de partage et débat amical avec des collègues sur une question sociétale importante.

«Pontalis voyait Freud d’abord comme un écrivain»

J.-B. Pontalis est mort
Pontalis, prince du rêve, par Jacques Drillon
D’Ormesson: «La mort de Pontalis me fait beaucoup de peine»


[Document : Sans titre]

BibliObs – Connaissiez-vous J.-B. Pontalis ?

Élisabeth Roudinesco :

– On connaît tous Pontalis. Je l’ai longuement interviewé pour L’Histoire de la psychanalyse. Il avait donné un très beau témoignage dans mon film sur Lacan, réalisé par Élisabeth Kapnist, La psychanalyse réinventée, en 2001. Je l’ai vu il y a à peine un mois. Il me disait qu’il allait bien. Je suis sous le choc.

Quelle place occupait-il dans le milieu analytique ?

Sa première qualité, c’était sa grande intelligence. Il a été un freudien ouvert, avec un style très lisible. C’est un héritier de l’œuvre de Lacan, mais sans dogmatisme. Il a joué un rôle très important avec son célèbre Vocabulaire de la psychanalyse, co-écrit avec Jean Laplanche et qui reste excellent. En tant qu’éditeur, on lui doit de très bonnes traductions de Freud. Tout le monde l’appréciait, même ceux qui auraient pu ne pas l’aimer, parce qu’il n’était pas sectaire. Il est maintenant certain que, depuis quelques années, il se consacrait exclusivement à ses romans, et avait délaissé l’œuvre de Freud, après l’avoir très bien servie. Il considérait que son travail était accompli.

Il a été analysé par Lacan, puis a suivi sa propre voie. Quelle était la spécificité de sa pratique psychanalytique ?

Il a été analysé par Lacan à la meilleure période, dans les années 1950. Puis, effectivement, il s’est détaché. Il a eu cette fameuse phrase, expliquant que Lacan, c’est formidable à condition qu’il n’y ait pas de lacaniens. Il a abordé la psychanalyse de manière très personnelle, très littéraire, comme sa lecture des textes de Freud. Il était entouré d’amis, mais il n’était pas, contrairement à Laplanche, un homme de collectif. Ils n’étaient d’ailleurs plus en bon termes.

«Littéraire, comme sa lecture des textes de Freud»: que voulez-vous dire ?

Son Freud n’est pas le mien. Le Freud historique, ancré dans Vienne, avec sa vie privée, ne l’intéressait pas beaucoup. Pontalis aimait ce que Freud aimait en littérature. Il a beaucoup écrit sur ses goûts. Il le considérait comme un grand penseur, bien entendu. Mais au fond, il le voyait plus comme un écrivain et un styliste.

Quel héritage laisse-t-il ?

Ce n’est pas un homme qui aimait avoir des disciples. Il y a des gens qu’il a beaucoup marqués, mais il n’y a pas de pontalisiens. Lorsque nous discutions, il disait penser que la psychanalyse telle qu’il l’a connue allait disparaître. Que si les psys ne produisaient plus rien, ça allait disparaître. J’ai du mal à le contredire, je le pense aussi. Aujourd’hui, c’est une affaire de cliniciens, qui n’ont plus cette culture littéraire commune à notre génération. Pour les jeunes, Pontalis, c’est un peu loin.

Que retenez-vous de son œuvre ?

Ces dernières années, il était devenu exclusivement écrivain, et avait fondé « l’Un et l’autre », où il publiait de la littérature. En ce qui concerne la psychanalyse, il aimait les petits livres, les petits essais. Il me reprochait, avec humour, de faire des gros livres. Le Vocabulaire était resté pour lui un souvenir paradoxal. Il n’a jamais voulu le refondre. Le livre a été traduit en trente langues, tout le milieu parle du Laplanche et Pontalis, mais il a occulté le reste de son travail, qui n’a pas connu le même rayonnement. Alors que, précisément, ses «petits livres» sont tout à fait remarquables. Il en va de même pour Laplanche, qui avait quant à lui une œuvre massive. C’est assez symptomatique de la situation de l’école française, qui est très peu traduite, sans doute parce que Lacan a occupé la place. Ce qu’on retient d’abord, hormis le Vocabulaire, c’est sa collection chez Gallimard, «Connaissance de l’inconscient». C’est bien simple : il n’y a pas mieux, dans la qualité de ce qui a été publié comme dans la quantité. Il ne s’est jamais trompé. Et puis il a fondé la Nouvelle revue de psychanalyse.

Quelle a été l’importance de cette revue ?

Là aussi, il n’y avait pas mieux. J’ai gardé chez moi toute la collection. L’idée était de traiter des thèmes de manière transversale et de convoquer à la fois des psychanalystes, souvent étrangers (Pontalis a beaucoup défendu l’école anglaise, autour de Donald Winnicott), et des gens qui n’étaient pas psychanalystes. Des écrivains notamment, comme Perec. Il a arrêté la revue en 1994, parce qu’il considérait qu’il n’y avait plus de bons auteurs.

Quel souvenir marquant vous a-t-il laissé ?

Il avait un don extraordinaire pour imiter Lacan. Comme André Green, sauf que Green le faisait avec une pointe de méchanceté. Pontalis l’imitait avec tendresse et humour.

Propos recueillis par David Caviglioli


Quand Pontalis rendait hommage aux amis disparus


Mariage : le combat perdu de l’Église

Le combat perdu de l’Église

Le discours hostile de l’Église sur le  » mariage pour tous  » confirme son inadaptation aux nouvelles voies de la famille

par Danièle Hervieu-Léger

[Document : Sans titre]

« expertise en humanité »

Dans le débat sur le mariage pour tous, il n’est pas étonnant que l’Église catholique fasse entendre sa voix. Le soin qu’elle prend d’éviter toute référence à un interdit religieux l’est davantage. Pour récuser l’idée du mariage homosexuel, l’Église invoque en effet une anthropologie que son « expertise en humanité » lui donne titre à adresser à tous les hommes, et non à ses seuls fidèles. Le noyau de ce message universel est l’affirmation selon laquelle la famille conjugale – constituée d’un père (mâle), d’une mère (femelle) et des enfants qu’ils procréent ensemble – est la seule institution naturelle susceptible de fournir au lien entre conjoints, parents et enfants, les conditions de son accomplissement.

le modèle qu’elle a elle-même produit

En dotant cette définition de la famille d’une validité « anthropologique » invariante, l’Église défend en réalité un modèle de la famille qu’elle a elle-même produit. Elle a commencé de mettre en forme ce modèle dès les premiers temps du christianisme, en combattant le modèle romain de la famille qui s’opposait au développement de ses entreprises spirituelles et matérielles, et en faisant du consentement des deux époux le fondement même du mariage.

référence indépassable de toute conjugalité humaine

Dans ce modèle chrétien du mariage – stabilisé au tournant des XIIe-XIIIe siècles –, le vouloir divin est supposé s’exprimer dans un ordre de la nature assignant l’union à la procréation et préservant le principe de la soumission de la femme à l’homme. Ce serait faire un mauvais procès à l’Église que d’occulter l’importance qu’a eue ce modèle dans la protection des droits des personnes et la montée d’un idéal du couple fondé sur la qualité affective de la relation entre les conjoints. Mais la torsion opérée en en faisant la référence indépassable de toute conjugalité humaine n’en est rendue que plus palpable.

ce que les anthropologues décrivent au contraire comme la variabilité des modèles

Car cette anthropologie produite par l’Église entre en conflit avec tout ce que les anthropologues décrivent au contraire de la variabilité des modèles d’organisation de la famille et de la parenté dans le temps et l’espace. Dans son effort pour tenir à distance la relativisation du modèle familial européen induit par ce constat, l’Église ne recourt pas seulement à l’adjuvant d’un savoir psychanalytique lui-même constitué en référence à ce modèle.

l’ordre sacré de la « nature »

Elle trouve aussi, dans l’hommage appuyé rendu au code civil, un moyen d’apporter un surplus de légitimation séculière à son opposition à toute évolution de la définition juridique du mariage. La chose est inattendue si l’on se souvient de l’hostilité qu’elle manifesta en son temps à l’établissement du mariage civil. Mais ce grand ralliement s’explique si l’on se souvient que le code Napoléon, qui a éliminé la référence directe à Dieu, n’en a pas moins arrêté la sécularisation au seuil de la famille : en substituant à l’ordre fondé en Dieu l’ordre non moins sacré de la « nature », le droit s’est fait lui-même le garant de l’ordre immuable assignant aux hommes et aux femmes des rôles différents et inégaux par nature.

combattre la problématique moderne de l’autonomie de l’individu-sujet

La référence préservée à l’ordre non institué de la nature a permis d’affirmer le caractère « perpétuel par destination » du mariage et d’interdire le divorce. Cette reconduction séculière du mariage chrétien opérée par le droit a contribué à préserver, par-delà la laïcisation des institutions et la sécularisation des consciences, l’ancrage culturel de l’Église dans une société dans laquelle elle était déboutée de sa prétention à dire la loi au nom de Dieu sur le terrain du politique : le terrain de la famille demeurait en effet le seul sur lequel elle pouvait continuer de combattre la problématique moderne de l’autonomie de l’individu-sujet.

convergence de trois mouvements

Si la question du mariage homosexuel peut être considérée comme le lieu géométrique de l’exculturation de l’Église catholique dans la société française, c’est que trois mouvements convergent en ce point pour dissoudre ce qui restait d’affinité élective entre les problématiques catholique et séculière du mariage et de la famille.

1- ordre de la nature / ordre biologique

Le premier de ces mouvements est l’extension de la revendication démocratique hors de la seule sphère politique : une revendication qui atteint la sphère de l’intimité conjugale et familiale, fait valoir les droits imprescriptibles de l’individu par rapport à toute loi donnée d’en haut (celle de Dieu ou celle de la nature) et récuse toutes les inégalités fondées en nature entre les sexes. De ce point de vue, la reconnaissance juridique du couple homosexuel s’inscrit dans le mouvement qui – de la réforme du divorce à la libéralisation de la contraception et de l’avortement, de la redéfinition de l’autorité parentale à l’ouverture de l’adoption aux célibataires – a fait entrer la problématique de l’autonomie et de l’égalité des individus dans la sphère privée.

Cette expulsion progressive de la nature hors de la sphère du droit est elle-même rendue irréversible par un second mouvement, qui est la remise en question de l’assimilation, acquise au XIXe siècle, entre l’ordre de la nature et l’ordre biologique. Cette assimilation de la  » famille naturelle  » à la  » famille biologique  » s’est inscrite dans la pratique administrative et dans le droit.

2- la science conteste l’objectivité de ces « lois de la nature »

Du côté de l’Église, le même processus de biologisation a abouti, en fonction de l’équivalence établie entre ordre de la nature et vouloir divin, à faire coïncider de la façon la plus surprenante la problématique théologique ancienne de la « loi naturelle » avec l’ordre des « lois de la nature » découvertes par la science. Ce télescopage demeure au principe de la sacralisation de la physiologie qui marque les argumentaires pontificaux en matière d’interdit de la contraception ou de la procréation médicalement assistée. Mais, au début du XXIe siècle, .

3- « ordre » ou système complexe

La nature n’est plus un « ordre » : elle est un système complexe qui conjugue actions et rétroactions, régularités et aléas. Cette nouvelle approche fait voler en éclats les jeux d’équivalence entre naturalité et sacralité dont l’Église a armé son discours normatif sur toutes les questions touchant à la sexualité et à la procréation. Lui reste donc, comme seule légitimation exogène et « scientifique » d’un système d’interdits qui fait de moins en moins sens dans la culture contemporaine, le recours intensif et désespéré à la science des psychanalystes, recours plus précaire et sujet à contradiction, on s’en rend compte, que les  » lois  » de l’ancienne biologie.

montages sous caution psychanalytique

La fragilité des nouveaux montages sous caution psychanalytique par lesquels l’Église fonde en absoluité sa discipline des corps est mise en lumière par les évolutions de la famille conjugale elle-même. Car l’avènement de la  » famille relationnelle  » a, en un peu plus d’un demi-siècle, fait prévaloir le primat de la relation entre les individus sur le système des positions sociales gagées sur les différences  » naturelles  » entre les sexes et les âges.

Le cœur de cette révolution, dans laquelle la maîtrise de la fécondité a une part immense, est le découplage entre le mariage et la filiation, et la pluralisation corrélative des modèles familiaux composés et recomposés. Le droit de la famille a homologué ce fait majeur et incontournable : ce n’est plus désormais le mariage qui fait le couple, c’est le couple qui fait le mariage.

vieux temps trois mouvements

trois mouvements :
– égalité des droits jusque dans l’intime, déconstruction de l’ordre supposé de la nature, légitimité de l’institution désormais fondée dans la relation des individus.
une exigence irrépressible : celle de la reconnaissance du mariage entre personnes de même sexe, et de leur droit, en adoptant, de fonder une famille.
trois vieux argumentaires
– fin de la civilisation, perte des repères fondateurs de l’humain, menace de dissolution de la cellule familiale, indifférenciation des sexes, etc.

contre la professionnalisation des femmes et le divorce

Ces trois mouvements – égalité des droits jusque dans l’intime, déconstruction de l’ordre supposé de la nature, légitimité de l’institution désormais fondée dans la relation des individus – cristallisent ensemble en une exigence irrépressible : celle de la reconnaissance du mariage entre personnes de même sexe, et de leur droit, en adoptant, de fonder une famille. Face à cette exigence, les argumentaires mobilisés par l’Église – fin de la civilisation, perte des repères fondateurs de l’humain, menace de dissolution de la cellule familiale, indifférenciation des sexes, etc. – sont les mêmes que ceux qui furent mobilisés, en leur temps, pour critiquer l’engagement professionnel des femmes hors du foyer domestique ou combattre l’instauration du divorce par consentement mutuel.

l’Église a déjà perdu

Il est peu probable que l’Église puisse, avec ce type d’armes, endiguer le cours des évolutions. Aujourd’hui, ou demain, l’évidence du mariage homosexuel finira par s’imposer, en France comme dans toutes les sociétés démocratiques. Le problème n’est pas de savoir si l’Église « perdra » : elle a – beaucoup en son sein, et jusque dans sa hiérarchie, le savent – déjà perdu.

la singularité irréductible de chaque individu

Le problème le plus crucial qu’elle doit affronter est celui de sa propre capacité à produire un discours susceptible d’être entendu sur le terrain même des interrogations qui travaillent la scène révolutionnée de la relation conjugale, de la parentalité et du lien familial. Celui, par exemple, de la reconnaissance due à la singularité irréductible de chaque individu, par-delà la configuration amoureuse – hétérosexuelle ou homosexuelle – dans laquelle il est engagé.

l’adoption comme paradigme de toute parentalité

Celui, encore, de l’adoption, qui, de parent pauvre de la filiation qu’elle était, pourrait bien devenir au contraire le paradigme de toute parentalité, dans une société, où quelle que soit la façon dont on le fait, le choix d' » adopter son enfant « , et donc de s’engager à son endroit, constitue le seul rempart contre les perversions possibles du  » droit à avoir un enfant « , qui ne guettent pas moins les couples hétérosexuels que les couples homosexuels.

fin de la civilisation ou du catholicisme ?

Sur ces différents terrains, une parole adressée à des libertés est attendue. Le mariage homosexuel n’est certainement pas la fin de la civilisation. Le fait qu’il puisse constituer, si l’Église n’a pas d’autre propos que celui de l’interdit, un jalon aussi dramatique que le fut l’encyclique Humanae Vitae en 1968 sur le chemin de la fin du catholicisme en France n’est pas une hypothèse d’école.

Danièle Hervieu-Léger

Directrice d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), sociologue.

Elle a dirigé, de 1993 à 2004, le Centre d’études interdisciplinaires des faits religieux (CNRS/EHESS) et a présidé l’EHESS de 2004 à 2009.

Danièle Hervieu-Léger a publié de nombreux ouvrages, dont  » Vers un nouveau christianisme, éd. Cerf, 2008), Le Retour à la nature, éd. de l’Aube, 2005, et Catholicisme, la fin d’un monde, Bayard, 2003.-

« Père et mère », code civil, référendum… les contre-vérités sur le mariage homosexuel

14 janvier 2013 – Les décodeurs du Monde.

« Père et mère », code civil, référendum… les contre-vérités sur le mariage homosexuel

par Samuel Laurent, Alexandre Léchenet et François Béguin

La manifestation contre le projet de loi ouvrant droit au mariage entre personnes de même sexe a réuni dimanche 13 janvier entre 350 000 et 800 000 personnes dans les rues de Paris. Un succès de mobilisation pour ses organisateurs. Mais parmi les pancartes brandies par les manifestants, comme parmi les prises de position de ses représentants, nombre de slogans et d’arguments sont factuellement discutables, voire faux. Petit résumé de ces intox.

1/ Les mots de « père et mère » ne vont pas disparaître du code civil

Ce qu’on entend : « Nous allons lutter sur les conséquences du texte, dont la disparition du terme de « père » et de « mère » dans la plupart des articles du code civil. » (Hervé Mariton, député UMP de la Drôme, interview au Monde).

Ce qu’il en est : C’est l’argument massue des anti-mariage, et l’un des plus entendus dans les cortèges, où il figurait sur nombre de pancartes. Il est pourtant faux.

Le projet de loi (qu’on peut consulter ici) prévoit effectivement de modifier le code civil afin de prendre en compte les cas de familles homoparentales. Dans un premier temps, le projet envisageait de substituer le terme de « parents » à celui de « père et mère » lorsque c’était nécessaire. Comme le précise l’exposé des motifs,

Lorsque cela s’avère nécessaire, les mots « père et mère » sont remplacés par le mot « parents » et les mots « mari et femme » par le mot « époux ». Ces substitutions concernent uniquement les articles qui s’appliquent à tous les couples. Dans tous les autres cas, les articles ne sont pas modifiés : tel est le cas dans l’ensemble des dispositions concernant la filiation établie par le seul effet de la loi.

Mais, comme le relatait La Croix en décembre, la possibilité de supprimer ces deux termes a ému des juristes, qui ont évoqué la possible confusion entre « parents » au sens de « père et mère » et celui, plus large, « d’ascendant », et ses conséquences juridiques éventuelles.

La majorité a reconnu le problème, et planche sur la question. Selon le Figaro, elle envisage désormais un article « balai » qui préciserait qu’il faut interpréter les mots « père et mère » en fonction du type de famille et les assimiler à « parents » en cas de famille homoparentale.

Et la garde des sceaux Christine Taubira l’a redit, dimanche 13 janvier sur TF1 : « Le code civil ne bouge pas sur la filiation. » Et de préciser : « Rien ne change pour les couples hétérosexuels, ni dans le code civil ni dans les actes du code civil. Seul l’article (…) concernant l’adoption, et qui inclut déjà la notion de parent, sera modifié.« 

Reste un point encore flou : l’adaptation dans le livret de famille. Tant que la loi n’est pas votée, ces modifications ne sont pas encore envisagées. Plusieurs pistes ont été évoquées, notamment la mise en place de plusieurs livrets en fonction du type de famille.

2/ Rien ne permet de dire que le fameux « parent A/parent B » remplacera les termes de « père » et « mère »

Ce qu’on peut lire : « On n’est pas des parents A, on n’est pas des parents B » (pancarte dans la manif).

Moins présent ces derniers temps, cet argument affirmant qu’à la place de « père et mère », le code civil et le livret de famille évoqueraient après la loi « parents A et B » ou « 1 et 2 » fit pourtant florès tout l’automne 2012. Et il se retrouve encore sur les pancartes de la manifestation de dimanche.

Là encore, comme nous l’avions expliqué en novembre, l’argument n’a aucune réalité s’agissant de la loi. Il vient d’une militante anti-mariage homosexuel, Béatrice Bourges, représentante du Collectif pour l’enfant, qui avait évoqué cette hypothèse au printemps, longtemps avant que les premiers documents de travail ne soient rendus publics.

La ministre de la famille, Dominique Bertinotti, avait dès novembre assuré que la loi ne contiendrait aucun de ces termes. Mais, comme pour la mention de « père et mère », l’inconnue subsiste concernant le futur livret de famille, qui n’est pas défini dans la loi mais par un arrêté ministériel. Au vu de sa forme actuelle, il faudra effectivement trouver une alternative aux termes « père » et « mère ». Mais rien ne dit que ce serait « parent A/parent B ». Une solution déjà évoquée serait par exemple d’avoir deux formats de livrets différents.

>> Lire aussi le travail de nos confrères de Libé Désintox sur le sujet

3/ Le code civil n’est pas un document intangible

Ce qu’on peut lire : « Touchez pas au code civil » (pancarte dans la manifestation).

Les anti-mariage invoquent aussi régulièrement la défense et la sauvegarde du code civil français, qui serait « bouleversé » par cette loi. C’est oublier que le code civil, créé en 1804 par Napoléon, ne cesse d’être modifié au fil de l’évolution de la société, et notamment pour ce qui touche à la famille.

En 1884, il rétablit le droit au divorce. En 1912, il autorise la recherche en paternité. En 1938, il définit la capacité civile de la femme mariée, jusqu’ici dépendante de son mari pour contracter ou agir en justice. En 1965, il intègre la réforme des régimes matrimoniaux. En En 1970, le législateur a ainsi supprimé la notion de « chef de famille » accordée au père automatiquement. En 1972, on supprime l’inégalité juridique entre enfants naturels et illégitimes. En 1999, c’est l’adoption du pacs.

En clair, le code civil est, comme le droit en général, une matière vivante, qui évolue en même temps que la société. Arguer que ce document doit rester intangible est donc un contresens historique.

4. Le référendum réclamé par les manifestants n’est pas juridiquement possible

Ce qu’on entend : « Je suis dans la rue pour que la parole soit donnée au peuple. En tant qu’élu de la Nation, je n’ai pas reçu le mandat de voter sur des réformes aussi essentielles, c’est au peuple de le faire directement. » (Henri Guaino, dans le cortège du 13/01).

Ce qu’il en est : 115 parlementaires ont signé un appel lancé par le député UMP Henri Guaino en faveur d’un référendum sur le mariage homosexuel, selon une liste publiée samedi 12 janvier sur le site du Journal du dimanche. Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire et Valérie Pécresse figurent dans cette liste, ainsi que des parlementaires centristes, mais pas Jean-François Copé et François Fillon. C’est également le cheval de bataille de Christine Boutin et de l’UMP.

Pourtant, comme le notait Le Monde le 9 janvier, le projet de loi sur le mariage homosexuel ne peut sans doute pas être l’objet d’un référendum. L’article 11 de la Constitution de 1958, à jour de la révision constitutionnelle de 2008, prévoit que le président de la République peut prendre l’initiative de soumettre au référendum tout projet de loi portant notamment « sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale« . Or, « dans l’interprétation traditionnelle, le projet de loi sur le mariage homosexuel ne peut être considéré comme un sujet de politique sociale« , estime le constitutionnaliste Didier Maus. « C’est davantage une réforme sociétale du code civil« .

L’avis est partagé par un très grand nombre de constitutionnalistes reconnus, de Guy Carcassonne (lire son analyse sur le HuffingtonPost) à Pascal Jan, en passant par Didier Maus. L’UMP a rétorqué en évoquant la possibilité d’un référendum d’initiative populaire, en principe permis par la réforme constitutionnelle de 2008. Mais la loi organique qui doit permettre à ce principe d’entrer en vigueur n’a jamais été publiée, l’UMP, alors majoritaire, souhaitant d’abord en préciser les termes.

Dans tous les cas, l’hypothèse suppose que François Hollande souhaite organiser ce référendum, ce qu’il ne compte pas faire, puisqu’il juge que son élection a tranché la question.

5/ Ni la procréation médicalement assistée ni la gestation pour autrui ne sont dans le texte de loi

Ce qu’on peut entendre : « Nos ventres ne sont pas des caddies« , « Non à l’OGM humain » (pancartes brandies dans la manifestation).

« Pour un enfant, il est mieux d’avoir un papa et une maman. Nous sommes nés d’un père et d’une mère et aucune loi ne changera ça. » (Cardinal Barbarin dans le cortège du 13/01)

Ce qu’il en est : contrairement à ce qui est évoqué le plus souvent, il n’est pas question, dans la loi que le parlement s’apprête à discuter, de revenir sur le fait qu’un enfant soit né d’un père et d’une mère. Le projet de loi qui va entrer en discussion ne concernera que l’autorisation du mariage entre personnes de même sexe et l’adoption par des familles homoparentales.

Après de longs atermoiements, les socialistes ont renvoyé à un nouveau texte la question de la procréation médicalement assistée (PMA), qui permettrait à des lesbiennes d’avoir recours à l’insémination artificielle, une question qui touche à la bioéthique et demande des consultations nationales. Quant à la gestation pour autrui (GPA, le fait qu’une femme accepte de porter un enfant pour d’autres, ce qui reste illégal en France), même si elle est brandie comme une conséquence de la loi, elle n’est pas prévue par le texte de loi, et les députés PS n’ont pas évoqué la question depuis longtemps.

Homoparentalité : psys, taisons-nous !

Homoparentalité : « psys, taisons-nous ! »

LE MONDE | 25.12.2012

par Sylvie Faure-Pragier, auteur des Bébés de l’inconscient : le psychanalyste face aux stérilités féminines aujourd’hui, PUF, 2003

Depuis que se profile le vote de la loi sur le mariage pour tous, une efflorescence d’articles psychanalytiques envahit les médias. Au cœur du débat : l’homoparentalité. Ces articles font-ils état d’une expérience clinique des problèmes rencontrés par les enfants des couples homosexuels ?

Aucunement. Les données publiées dans les pays où cette possibilité existe depuis suffisamment de temps pour que ces enfants soient devenus adultes sont superbement ignorées. Les informations et les études pourtant précieuses des auteurs américains, australiens, israéliens, belges et autres sont disqualifiées.

bien des a priori

En France, ces articles s’appuient essentiellement sur les théories issues de l’analyse de sujets dont les parents sont hétérosexuels. Avoir deux parents de sexes différents serait indispensable à la reconnaissance des sexes.

L’identification d’un garçon à un homme serait empêchée s’il n’avait pas de père. Du coup, certains psychanalystes en ont déduit bien des a priori sur l’homoparentalité. Selon eux, la conception hors différence des sexes abolirait le fantasme d’engendrement en réalisant le rêve d’autoreproduction qui serait au coeur de la psychose…

Pour ces psychanalystes, le symbolique est tributaire de la réalité. Le passé représenterait alors « le bien et le vrai ». L’homoparentalité serait une transgression.

Ces critiques me ramènent vingt ans en arrière, lors des premières fécondations in vitro dans les couples hétérosexuels. Il y eut alors un vaste regroupement de psychanalystes pour critiquer ces procréations médicalement assistées (PMA).

Selon eux, elles allaient aboutir à créer des enfants dont l’inconscient serait altéré. Ils prédisaient, comme aujourd’hui avec l’homoparentalité, que des catastrophes allaient s’abattre sur ces enfants « artificiels ».

Ils pensaient que, privés à l’origine de l’abri de l’utérus maternel, ces enfants ne pourraient accéder à la scène primitive puisque celle-ci n’était pas à l’origine de leur conception dans la réalité !Ces enfants « artificiels » seraient alors menacés de devenir psychotiques.

La réalité de l’évolution normale de ces enfants fit bientôt taire les terrifiants oracles de ceux qui se sont déconsidérés par l’excès de confiance en leurs constructions théoriques.

les mêmes fantasmes

Or voici que ce débat reprend vingt ans plus tard, sous-tendu par les mêmes fantasmes :

– 1. La menace du chaos exprime la crainte de l’ébranlement d’un ordre du monde. Alors, ce serait l’analité toute-puissante que libérerait la transgression. Le fantasme impliqué serait celui d’une régression à la toute-puissance infantile puisque le garant de la loi symbolique, le père, aurait été éliminé.

– 2. L’angoisse rejoint le fantasme de l’apprenti sorcier. La puissance de la science se projette sur son objet. Dépassé, le médecin deviendrait l’esclave d’une créature qui échapperait à son contrôle tel le Golem ou Frankenstein. Nous fabriquerions des êtres déshumanisés : ils viendraient se venger en détruisant l’humanité.

– 3. Mère idéalisée : le progrès abîmerait la Nature. L’attaque de celle-ci entamerait l’intégrité de ses fruits. Les enfants de l’homoparentalité seraient pathologiques.

Ces prévisions catastrophistes dénient toute vie psychique autonome ! Que savons-nous sur les effets de la parenté homosexuelle ? Je ne peux que résumer les connaissances actuelles en disant que les résultats de procréations homosexuelles pratiquées à l’étranger sont rassurants.

On doit dire que, si ces enfants ainsi conçus, nombreux aux États-Unis, devenaient psychotiques, cette situation n’aurait pas manqué d’alerter, là-bas, les experts hostiles à ces pratiques.

La méthode freudienne se fonde sur l’écoute. Jusqu’à aujourd’hui, le coït procréateur, nommé aussi scène originaire, a été un des fantasmes organisateurs de la psyché. Cependant, n’est-il pas lui-même une représentation privilégiée d’un complexe enchevêtrement de désirs parentaux ? D’autres représentations ne pourraient-elles avoir la même fonction ?

La symbolisation me paraît être une capacité de notre psychisme et non une conséquence de l’organisation familiale réelle.

Pourquoi les efforts considérables faits par des parents pour faire naître leur enfant ne pourraient-ils pas induire un effet structurant ? Ce serait l’ébauche d’un nouveau fantasme originaire qu’être ainsi un « enfant du désir d’enfant », adopté ou procréé médicalement.

éthique du bien

L’identité se réfère aux désirs parentaux et non à l’usage qui est fait des cellules germinales. C’est l’expérience psychanalytique qui nous dira un jour comment se seront agencés les fantasmes des enfants de nos patients après la victoire sur le destin anatomique que la médecine a offerte à leurs parents.

Si je me sens apte à étudier cette situation, sans doute est-ce lié à ma connaissance des choix éthiques des autres nations européennes. Si la France prône une éthique du bien, c’est une éthique de la liberté qui s’applique dans de nombreux pays.

Là, chacun dispose librement de son corps tandis que chez nous l’indisponibilité du corps est décidée par la loi.

La liberté est un modèle qui laisse les parents responsables de leurs choix procréatifs. Le psychanalyste n’a pas à imposer un point de vue devant le désir de la société de s’adapter à la situation existante.

Il n’a pas à s’opposer à la volonté de donner aux enfants des homosexuels la reconnaissance de leur filiation, même si celle-ci est contradictoire avec la biologie. Sans une expérience clinique réelle, les psychanalystes ne peuvent se substituer ni à l’opinion publique ni au législateur. D’ici là, « taisons-nous ! »

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Tabou : la famille homoparentale de la fille de Freud

Rue 89
Le Nouvel Obs


FLASH INFO
Sunday Times
Allez, on vous le laisse en anglais pour l’instant, ça vient de sortir.

Freud slips into France’s row over gay marriage

Matthew Campbell Published: 13 January 2013

dans un pays obsédé par la psychanalyse
IN A country obsessed with psychoanalysis, it was only a matter of time before Sigmund Freud, its inventor, was dragged into France’s bitter debate about whether to allow gay marriage and adoption by same-sex parents.

Some believe the father of psychoanalysis would frown on gay marriage, but the historian Elisabeth Roudinesco has caused a stir among Freud’s disciples by claiming his daughter Anna was in a relationship with an American heiress for decades, helping her to raise her four children.

Une famille comme n’importe quelle autre
Roudinesco says Freud came to accept them as a “family like any other”. Far from frowning on his daughter’s homosexuality, Freud, she said, was “totally tolerant” and “supportive” of her life with Dorothy Burlingham, an heiress to Tiffany’s, the jeweller.

il est clair qu’Anna était homosexuelle
“It is clear that Anna was homosexual,” said Roudinesco last week. “She found the woman of her life and became a mother to Dorothy’s children. As far as Freud was concerned,(… : la suite demain)

[Document : Sans titre]


Rue 89 Nouvel obs

Sur le divan

07/01/2013 à14h10

Tabou : la famille homoparentale de la fille de Freud

par Annie Fortems, psychanalyste

contre-vérités

Une des actualités brûlantes de ces mois est le débat passionné sur le « mariage pour tous » et l’adoption par les couples homosexuels. Nous voyons les opposants convoquer les écrits de Freud pour étayer leur argumentation : Freud serait homophobe et la psychanalyse condamnerait l’homosexualité. Ce sont des contre-vérités.

Sigmund Freud et sa fille Anna, en 1913 (Wikicommons/CC)

En parallèle à ce débat, l’événement très attendu de la rentrée littéraire psychanalytique est la publication en deux volumes de la correspondance inédite entre Freud et ses six enfants. Un de ces volumes, « Sigmund Freud correspondances Anna Freud – 1904-1938 », est consacré à la relation épistolaire entre Freud et sa plus jeune fille, Anna, la seule de la fratrie qui embrassa la carrière de psychanalyste.

Un autre événement important est contenu dans ce livre, dans la préface d’Élisabeth Roudinesco : pour la première fois, une historienne éminente de la psychanalyse reconnaît la relation homosexuelle qui a existé entre Anna Freud et Dorothy Burlingham.

On y trouve écrit qu’Anna et Dorothy ont noué « des relations d’intimité qui ressemblent fort à celles de deux lesbiennes », et un peu plus loin « Anna réalise son souhait d’être mère en devenant, à travers la psychanalyse, le “ coparent ” des enfants de Dorothy ». Même si ces deux affirmations restent prudentes, elles sont inédites.

« Freud a considéré qu’il s’agissait d’une famille »

Le 15 octobre dernier, lors de son audition à l’Assemblée nationale sur le thème du « mariage pour tous », Élisabeth Roudinesco a réitéré ses affirmations devant les parlementaires, mais là sans aucune pondération. Elle a déclaré que Freud « a accepté dans sa vie que sa fille Anna élève les enfants de sa compagne et il a considéré qu’il s’agissait là d’une famille : ce sont ses mots ».

On peut légitimement se demander pourquoi certains psychanalystes détracteurs du « mariage pour tous » se référent exclusivement à ce que Freud aurait pu dire ou écrire, plutôt que d’examiner, aussi et surtout, ce qu’il fit. En effet, Freud a totalement accueilli la différence de sa fille Anna, comme peu de familles le font même en 2012.

Il a fait la démarche d’accepter et de soutenir Anna, et d’accueillir sa compagne et ses enfants. Avec les mots d’aujourd’hui, on pourrait dire que Freud a non seulement accueilli la famille recomposée et homoparentale de sa fille, mais qu’il a œuvré pour que Dorothy obtienne la garde des enfants et qu’Anna ait ainsi le statut de « beau-parent » des quatre enfants de sa compagne…

Il est tout de même étonnant de savoir que tous ces éléments d’information sont disponibles depuis 1986, date de la publication de la biographie officielle d’Anna Freud, quatre ans après sa disparition, par Elisabeth Young Bruehl.

Freud savait que sa fille était homosexuelle

Pour ma part, je les ai découverts au milieu des années 1990. Devant préparer un cours sur les mécanismes de défense en psychanalyse, je me suis tournée vers le premier ouvrage consacré à ce sujet, Le moi et les mécanismes de défense d’Anna Freud, publié en 1936. Je me suis donc intéressée à la vie d’Anna Freud, sa biographie et celle de son père, les ouvrages sur la famille Freud et les correspondances disponibles.

L’auteur de la biographie officielle ne le formule pas aussi précisément, mais il est clair à cette lecture que Freud savait que sa fille était homosexuelle. Il s’est rapidement imposé à moi au fil des pages qu’Anna Freud avait vécu une relation homosexuelle avec celle qui fut la femme de sa vie, sa compagne Dorothy Burlingham, et cela pendant 55 ans.

Qu’on juge selon les quelques informations suivantes… Nous sommes en mai 1925. Dorothy Burlingham est la dernière héritière richissime de la famille Tiffany, les grands joailliers américains. Elle est sujette à des crises de phobie et a une relation très difficile avec son mari Robert Burlingham, médecin-chirurgien et maniaco-dépressif, avec qui elle aura quatre enfants.

Elle fuit donc New York à ce moment-là et se rend en Autriche, car elle a entendu parler de la réputation de Freud. Elle viendra à Vienne pour le rencontrer, et mettre Robert, son fils aîné de dix ans, en analyse avec Anna Freud. Dès l’été 1925, elle s’installe dans la maison voisine de la résidence d’été des Freud, dans le Semmering, les pré-Alpes autrichiennes.

Anna écrira à un ami de la famille, Max Eitingon, en parlant des enfants :

« Je veux les avoir à moi, ou avoir quelque chose d’eux à moi… Vis-à-vis de la mère des enfants, les choses ne sont pas différentes. […] J’éprouve cette dépendance, ce désir d’avoir quelque-chose. Être avec Mme Burlingham est une grande joie. »

Un schéma de famille recomposée et homoparentale

À Vienne, rapidement, Dorothy déménage et s’installe dans une rue d’un quartier populaire, au 19, Berggasse, dans l’immeuble de la famille Freud, deux étages au-dessus de leur appartement familial – alors qu’elle dispose par ailleurs d’une belle villa dans les quartiers bourgeois. Elle fera même installer une ligne téléphonique directe de son appartement à la chambre d’Anna….

Anna, de son côté, est dépeinte comme une vieille fille austère, infirmière et secrétaire de son père, mal fagotée et asexuée. Et même si elle va continuer à se consacrer à son père et à la psychanalyse, sa rencontre avec Dorothy va faire basculer sa vie.

En 1927, à 32 ans et pour la première fois de sa vie, Anna part en vacances sans sa famille, en Italie, seule avec Dorothy, sans ses enfants. Elles visiteront le lac de Côme, les îles italiennes, passeront de pension en pension, profitant du soleil, des loisirs, de la dolce vita. Anna osera même informer son père de son intention de prolonger des vacances aussi douces.

Au fil des ans, leur vie s’organise autour de la psychanalyse (notamment leur projet d’institutions pour les enfants) et des enfants de Dorothy, dont Anna et sa famille prennent soin. Robert Burlingham a fini par accepter de ne pas interférer dans la vie de son épouse, à qui il cède la garde des enfants. Nous sommes, déjà, dans un schéma de famille recomposée et homoparentale. Dans les années 1930, c’est précurseur !

Chalet familial

Une nouvelle étape de la relation entre Anna et Dorothy sera l’achat ensemble d’un chalet dans le Semmering, qu’elles transformeront en lieu de vie joyeux et convivial où les deux familles se retrouveront le week-end. Quant à elles, elles s’y rendent tous les mercredis après-midi pour s’occuper de la maison, du potager, de leur vache et de leurs poules, et reviennent à Vienne la voiture chargée des produits de leur « mini-ferme ».

À partir de 1933, l’antisémitisme monte en Autriche. Freud attendra 1938 pour se résoudre à quitter Vienne pour Londres avec sa famille. Dorothy part la première en Suisse avec ses enfants, pour mettre sa fortune à l’abri et aider les psychanalystes juifs et leurs familles à fuir.

La famille Freud obtiendra ses visas au compte-goutte. La première à l’obtenir est Mina (la belle-sœur de Freud), que Dorothy vient chercher le 5 mai à Vienne pour l’emmener à Londres. Le 4 juin, départ pour l’Angleterre ; Freud, Anna et sa famille s’installeront dans la célèbre maison du 20, Maresfield gardens, et Dorothy… dans une maison voisine.

Lorsque la guerre est déclarée en août 1939, Dorothy part à New York mettre à l’abri ses enfants, et elle y resta plus de sept mois. Anna vit douloureusement cette absence, aggravée par la mort de Freud un mois plus tard, ce père vénéré.

« J’ai compris très clairement ce que j’éprouvais pour vous »

Aux États-Unis, Dorothy tombe amoureuse d’un psychanalyste et fait part à Anna de son dilemme. C’est la fin de l’année, Dorothy attend impatiemment le télégramme de vœux de Nouvel an d’Anna, mais le 1er janvier passe et rien n’arrive. Elle est désespérée et convaincue qu’Anna, trop blessée, a coupé le lien.

Cet évènement va – paradoxalement – les déciller sur leur attachement réciproque. Dorothy écrit :

« Quelqu’un d’autre est entré dans ma vie, mais sans pour autant vous en faire sortir… mais c’est seulement maintenant que j’ai été bouleversée en comprenant que je peux vraiment vous perdre… Ma vie à de nouveau un sens, peut-être puis-je encore lui donner un prix, du moment que vous m’aidiez – car, Anna, c’est toujours vous qui devez m’aider. »

Anna ne souhaite pas le retour de Dorothy s’il est mu par la culpabilité. Une autre phrase sonne comme un aveu : « J’ai compris très clairement ce que j’éprouvais pour vous et ce que ma relation pour vous représentait… », lui répond Dorothy. Faut-il encore des preuves ? Il y en a d’autres…

Fin mars 1940, Dorothy quitte ses enfants et le confort d’un pays en paix, et reprend le chemin d’une Angleterre en guerre pour rejoindre sa compagne, quoi qu’il lui en coûte. Elles ne se quitteront plus. À Londres, elles décident de ne pas habiter ensemble, par manque de place dans la maison des Freud. Mais Dorothy s’installe à proximité.

À la fin de la guerre, en décembre 1945, Anna, épuisée par les épreuves et les privations, contracte une pneumonie. En début d’année 1946, elle frôle la mort, mais Dorothy la soigne, la veille, et l’emmènera en convalescence plusieurs semaines dans la station balnéaire de Brighton.

Posture d’austérité en public

La mort de Martha, la mère d’Anna, survient en 1951. Pour la première fois, 26 ans après leur rencontre, elles aménagent dans la maison des Freud et elles y resteront, jusqu’à la mort de Dorothy en novembre 1979. Comme en Autriche, elles achètent une maison de campagne à Walberswick dans le nord de Londres, et une autre, isolée, rien que pour elles deux, en Irlande.

Anna, dès qu’elle acquit une notoriété mondiale en tant qu’héritière et gardienne du temple de la psychanalyse, afficha avec Dorothy en public une posture d’austérité. Mais en privé, elles se montraient heureuses, fantaisistes, entourées des enfants et de nombreux amis.

Sur le plan professionnel, elles seront en alliance féconde toute leur vie pour mener à bien leurs projets d’écriture de livres, de conférences et de création d’institutions pour les enfants. Leur alliance fut également fructueuse sur le plan théorique et méthodologique. Dès 1950, elles furent invitées régulièrement ensemble aux États-Unis par des universités américaines.

À la mort brutale de Dorothy, Anna est très éprouvée et sombre dans un profond désespoir. Les enfants de Dorothy viennent de New York pour la soutenir, puis elle reste de long mois seule et enfermée. Les deux premières dates anniversaires de la mort de sa compagne sont un calvaire, et elle s’éteint trois ans après, à l’âge de 87 ans.

Une relation occultée ou minimisée

Après ces découvertes sur la vie de ces deux femmes, j’ai cherché à savoir comment les psychanalystes et les historiens de la psychanalyse évoquaient cette relation. De manière surprenante, elle a été soit occultée, soit minimisée. Un florilège d’euphémismes a été utilisé pour décrire leur relation : amie intime, amie chère, tendre amie, vieille amie, vieille fille, célibataire, collègue, partenaire de voyage, jumelle… mais jamais « compagne ».

Pas même d’ailleurs dans le fameux Dictionnaire de la psychanalyse de Roudinesco-Plon publié en 1997. Les auteurs ont néanmoins le mérite d’avoir consacré un paragraphe à Dorothy, qu’ils concluent par cette phrase : « Cette histoire fut en tout cas une belle histoire d’amour et de fidélité réciproque. »

Anna Freud s’est défendue à maintes reprises de cette qualification de relation homosexuelle, allant jusqu’à tenir un discours quasi-homophobe, que l’on pourrait presque apparenter à une « haine de soi » pour se protéger ; « l’homosexualité est une maladie dont il fallait guérir », écrit-elle. Par contre, elle a toujours prôné, comme son père, l’ouverture de la pratique de la psychanalyse aux psychanalystes homosexuels.

À cette époque, et même encore de nos jours, nombreuses sont les personnes homosexuelles contraintes au silence, voire au déni de ce qu’elles sont. On ne peut que saluer le courage des personnages du documentaire Les invisibles, ce recueil bouleversant de témoignages de personnes âgées homosexuelles qui prirent le risque de vivre leur différence au grand jour.

Le secret, condition sine qua non pour continuer d’exercer

Outre le poids de l’interdit sociétal, on peut se demander comment Anna et Dorothy, en tant que psychanalystes, auraient pu faire autrement que de garder leur relation secrète. En effet, la puissante Association internationale de psychanalyse (IPA), fondée par Freud, décida en 1920 contre l’avis de son fondateur la « règle orale » qui interdisait aux personnes homosexuelles d’être psychanalystes.

De 1941 à 1945, pendant les grandes controverses, somme de conflits théoriques et de guerres de pouvoir qui secoua la Société britannique de psychanalyse, Anna a été accusée d’homosexualité par ses adversaires, et elle a dû s’en défendre.

Le secret entourant sa vie privée – Elisabeth Young Bruehl précise dans sa biographie d’Anna que « personne de leur entourage ne les vit jamais s’embrasser ou se toucher » – était donc la condition sine qua non pour continuer de représenter son père, les fondements de la psychanalyse, et tout simplement d’exercer en tant que psychanalyste.

1973 suppression au DSM

Ce n’est qu’en 1973 que l’homosexualité a été supprimée de la liste des pathologies dans le Discorder Statistical Manual (DSM), le manuel américain de référence en psychiatrie. Et c’est en 1999 (année du PACS en France), lors du congrès de Barcelone, que l’IPA a pu dépasser son « surmoi institutionnel » grâce à la fronde des psychanalystes homosexuels américains qui ne supportaient plus ce secret. Ce n’est enfin qu’en 2001 que l’IPA supprimera officiellement la « règle orale » et inscrira dans ses statuts la règle de non-discrimination.

Homophobie dans les institutions psychanalytiques

Cette histoire montre que les instituts de psychanalyse peuvent aussi se montrer aveugles et révisionnistes… Selon le « roman » psychanalytique, Anna et Dorothy eurent une relation platonique, Anna n’eut jamais de sexualité, elles étaient atteintes du syndrome de gémellité, leur œuvre commune n’était qu’une sublimation totale de leur pulsion sexuelle…. Alors que toutes les preuves de leur relation homosexuelle étaient déjà là, à la portée de tout investigateur non-thuriféraire… !

Mais allons un pas plus loin, et osons une interprétation toute… psychanalytique : de même que les patients fusionnels ont de grandes difficultés à imaginer la sexualité de leurs parents, il semblerait que les institutions aient été dans le même schéma défensif, en fantasmant l’absence de sexualité de deux parents-fondateurs, Anna et Dorothy, pour continuer à adhérer à la théorie orthodoxe et aux règles dogmatiques, sans remise en cause possible de celles-ci.

merci Élisabeth Roudinesco

On ne peut qu’espérer que cette sortie claire du déni – merci Élisabeth Roudinesco – permettra de travailler l’homophobie qui existe encore dans les institutions psychanalytiques et chez certains psychanalystes eux-mêmes, voire revisiter certaines parties de la théorie freudienne et anna-freudienne, et ouvrir le champ des recherches sur l’histoire de ces deux pionnières de la psychanalyse.

Les lettres de Dorothy à Anna (celles d’Anna ont été perdues) restent enfouies aux Archives de Freud à la bibliothèque du Congrès de Washington. Espérons qu’un jour prochain elles fassent, elles aussi, l’objet d’une publication.

Pour conclure sur cette belle histoire d’amour secrète, sait-on qu’Anna a rejoint Dorothy dans le caveau familial des Freud, en 1982, au Golders Green à Londres ? Elles peuvent maintenant reposer en paix, sans crainte, enfin.

prosopagnosie

2 janvier 2013

L’homme qui ne reconnaît pas les visages

par Pierre Barthélémy

« Aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais été capable de faire la différence entre les personnes à l’aide de leur visage. » L’auteur de cette surprenante confession s’appelle David Fine. Ce gastro-entérologue britannique, aujourd’hui âgé de 60 ans, est un homme qui ne reconnaît pas les visages. « Il m’a fallu au moins trente ans pour m’apercevoir que ma reconnaissance faciale était inférieure à la moyenne et dix à quinze ans de plus pour comprendre que, dans la perception de la plupart des gens, les visages des individus sont uniques. J’avais presque 50 ans quand j’ai entendu pour la première fois entendu parler de « prosopagnosie » et ce trouble m’a finalement été diagnostiqué à l’âge de 53 ans. » La prosopagnosie est la difficulté ou l’incapacité à reconnaître ses congénères par leur visage. Elle est soit congénitale, soit consécutive à un accident touchant le cerveau. Méconnu du grand public alors qu’il touche un nombre non négligeable de personnes, le problème l’est aussi souvent de ceux qui en sont atteints : comme il me l’a simplement expliqué, David Fine a, pendant des décennies, « cru que tout le monde était comme [lui] » !

[Document : Sans titre]

J’ai découvert son cas grâce à l’émouvant témoignage, intitulé « Une vie avec la prosopagnosie », qu’il a récemment publié dans la revue Cognitive Neuropsychology. Par un clin d’œil malicieux de l’existence, David Fine a trois ans lorsque naissent… deux petites sœurs jumelles. Même si sa mère lui reproche de ne pas faire d’effort, on ne s’étonne guère qu’il soit incapable de les distinguer l’une de l’autre. Quand David Fine fouille au plus profond de ses souvenirs et songe par exemple à son école maternelle, une étrange structurelle mémorielle se fait jour : « Je revois le bâtiment et ses alentours quasiment avec une mémoire photographique, mais aucun visage. Si je pense à la directrice de l’école, je vois des cheveux blonds-roux et des taches de rousseur, mais pas de visage. Si je pense aux trois garçons avec lesquels je m’entendais bien, je me souviens que l’un portait une casquette d’occasion cabossée, un autre des chaussures Richelieu et le troisième avait des lunettes avec un œil caché pour corriger son amblyopie. Mais pas de visage.« 

Très vite, David Fine utilise les détails vestimentaires – ou les différences de coiffure pour les filles – afin de reconnaître ses camarades. Il se rappelle aussi avoir lu, garçonnet, l’histoire d’un policier aux trousses d’un cambrioleur et se déguise pour ne pas être reconnu de lui : il s’affuble d’une moustache postiche et de lunettes. La ruse plonge le jeune Fine dans un abîme de perplexité car, pour lui, un policier n’a pas besoin de se grimer pour ne pas être reconnu : il lui suffit de retirer son uniforme…

En grandissant, David Fine perfectionne et diversifie ses techniques d’identification des autres. Au collège, il se sert du fait que l’établissement est divisé en vingt « maisons » – tout comme, dans Harry Potter, le pensionnat Poudlard est scindé en quatre maisons, Gryffondor, Poufsouffle, Serdaigle et Serpentard – et que chaque maison attribue à ses membres une cravate d’une couleur spécifique. Les élèves restent aux mêmes pupitres en classe, ce qui lui facilite aussi la tâche pour attribuer un nom à chacun. Malgré ces « béquilles », David Fine est parfois pris en flagrant délit de « non-reconnaissance » : « On attendait des élèves qu’ils soulèvent leur casquette devant les professeurs, même à l’extérieur de l’école, se souvient-il. J’ai acquis une réputation de rebelle et de malpoli pour avoir oublié cette marque de respect. J’ai le vif souvenir d’un matin froid où une femme étrange, dont la tête était enveloppée dans une écharpe verte, s’est dirigée vers moi à grands pas avec des cris de colère. C’était mon professeur principal dont la très reconnaissable chevelure rousse était cachée par l’écharpe. J’ai écopé de 100 lignes pour ne pas avoir soulevé ma casquette. »

David Fine a opté pour la médecine hospitalière. Pour quelqu’un comme lui, cela présente bien des avantages. Ceux qui travaillent en sa compagnie portent des blouses avec des badges et ils se cantonnent à une partie bien spécifique de l’établissement. Les patients qui viennent en consultation sont annoncés par leur nom et, pour ceux qui sont hospitalisés, une fiche nominative se trouve toujours à portée de main. David Fine se soupçonne de s’être inconsciemment spécialisé dans un secteur très particulier de la gastro-entérologie afin de compenser son handicap, notamment pour les grandes conférences : alors que certains colloques internationaux brassent des milliers de chercheurs, ceux auxquels il assiste « ne dépasseront jamais les 150 participants, un faible nombre qui ne donnera que peu de chances de rencontrer un chercheur en dehors d’une conférence ».

C’est à l’âge de 30 ans passés que David Fine a fini par prendre conscience de son état et ce notamment grâce à son épouse. « L’incident critique, m’a-t-il raconté, s’est produit un jour où, dans un grand magasin, j’ai discuté pendant plusieurs minutes avec une jeune femme qui, de toute évidence, me connaissait. Quand elle est partie, mon épouse ma demandé qui c’était et pourquoi je ne la lui avais pas présentée. J’ai répondu que je n’avais pas la moindre idée de qui elle était. Mon épouse a été la première à s’apercevoir que quelque chose n’allait pas plutôt que de mettre cela sur le compte de la distraction ou, comme quelques personnes le pensaient, sur celui de l’impolitesse. » Même s’il lui arrive encore parfois, au bout de trente-trois ans de mariage, de la perdre dans la foule, son épouse lui sert de poisson-pilote lors des soirées ou des fêtes auxquelles le couple se rend.

Mais son aide ne se cantonne pas à la vie en société. Je me suis demandé comment David Fine se débrouillait dans un exercice en apparence aussi anodin que le visionnage d’un film. « J’éprouve de grandes difficultés à suivre des films ou des séries télévisées, a-t-il avoué. Si nous sommes à la maison, mon épouse me fait le commentaire en direct (« c’est le meurtrier mais il a enlevé son chapeau », etc.), mais cela devient bien plus compliqué au cinéma ou au théâtre. Je reconnais les voix mais, malheureusement, je ne suis pas très doué pour cela. Je me débrouille beaucoup mieux avec les vêtements, qui peuvent cependant changer d’une scène à l’autre. Mon épouse suit les carrières des acteurs. Quant à moi, je m’arrête aux personnages et je ne vais pas au-delà pour reconnaître les comédiens qui sont derrière. C’est pour cette raison que je ne connais que très peu de noms d’acteurs. En revanche, en musique classique mais surtout en jazz, je suis capable de reconnaître les interprètes à l’aveugle, simplement par leur style. »

Quand il se présente aujourd’hui, David Fine prévient ses interlocuteurs qu’il souffre de prosopagnosie et leur explique ce dont il s’agit. Leur réaction est invariablement la même : « Comment est-ce de ne pas pouvoir reconnaître les gens ? » Et le médecin de leur répondre qu’il lui est impossible de répondre à cette question : « C’est comme si vous demandiez à un aveugle de naissance ce que cela fait de ne pas voir ou à un sourd ce que c’est de vivre sans entendre. » Il sait qu’on l’a pris soit pour le professeur Nimbus, tellement dans ses pensées qu’il ne reconnaissait pas les personnes qu’il croisait, soit pour un malpoli incapable de dire bonjour à une connaissance, soit pour un autiste. Maintenant qu’il est sexagénaire, une de ses plus grandes craintes est qu’on attribue son comportement à une démence sénile.

J’ai voulu poser une dernière question à David Fine sur un aspect qu’il n’évoquait pas dans son article : se reconnaît-il lui-même ? Non pas dans le miroir de sa salle de bain mais sur les photographies. « En général, je peux me retrouver sur une photographie à condition de savoir que j’y figure, m’a-t-il répondu. Je l’examine de manière systématique, regardant tous les hommes et attachant une attention particulière aux vêtements : j’ai l’habitude de m’habiller avec des couleurs vives, ce qui m’aide. Souvent je me rappelle quand la photographie a été prise et par conséquent où j’étais et ce que je faisais. Au cours des dernières années, j’ai remarqué que j’avais tendance à pencher sur la droite en raison d’un problème de dos et c’est aussi un bon indice. Sur les vieilles photos d’école, je cherche un garçon de grande taille à côté duquel je sais que je me trouvais et je regarde autour de lui. Mais si la photographie a été prise sans que je m’en aperçoive, c’est bien plus compliqué et, si l’on ne me donne pas d’indices, je n’arrive pas à me trouver moi-même. » David Fine n’a pas répondu directement à ma question… Mais, entre les lignes, on comprend que le visage ci-dessus, le sien, est pour lui celui d’un inconnu.

Rassurez-vous, on peut quand même le voir, en consultant le site éditeur.

Juifs de la Vienne fin de siècle

Élisabeth Roudinesco

Juifs de la Vienne fin de siècle

Le Monde, 4 janvier 2013

Jacques Le Rider, Les Juifs viennois à la Belle Époque, Albin Michel, 354 p. 24 €


.

la quête de soi

Inventée au lendemain de la Grande Guerre, l’expression la «Belle Époque», si équivoque soit-elle, désigne une période de l’histoire européenne qui s’étend de 1895 à 1914 et à laquelle Stefan Zweig a consacré dans Le Monde d’hier (rédigé en 1940) des pages inoubliables. Dans ce monde-là, celui que l’on retrouve sous la plume de Proust, les élites de la bourgeoisie, mêlées aux derniers représentants de l’ancienne aristocratie, préférèrent au pouvoir politique, la quête de soi, l’espérance en la science et les valeurs de l’art et du libéralisme. Moment unique de passion, de beauté et de frustration qui se transformera en cauchemar sanglant avec la montée des nationalismes.

Éminent germaniste et auteur d’ouvrages de référence sur l’histoire culturelle de l’Allemagne et de l’Autriche, Jacques Le Rider reprend ce terme pour décrire ce que fut cette même attitude chez les Juifs viennois de la Belle Époque.

du commerce à la Kultur

[Document : Sans titre]

À partir de 1850 et pendant trois décennies, les Juifs de toute la Mittel Europa affluèrent à Vienne. L’Empire des Habsbourg leur avait accordé les droits de commercer librement. Détachés des servitudes de la religion, ils adoptèrent les idéaux du libéralisme. Puis, autour des années 1873-1890, avec la crise économique et la montée en puissance d’un antisémitisme d’autant plus virulent que les Juifs urbanisés étaient devenus invisibles à force d’assimilation, un tournant s’amorça. Les fils des anciens négociants, soutenus par leurs familles, renoncèrent au commerce pour devenir écrivains, journalistes, médecins, musiciens, savants. Ce fut leur «Belle Époque», subtilement racontée par Le Rider.

les facettes de leur identité introuvable

Ces Juifs savants firent de la Vienne des années 1900 le creuset de toutes les angoisses d’une classe patricienne habitée par la certitude de son déclin. Convaincus d’être à l’avant-garde d’un rêve non encore réalisé – celle d’une Europe où se dissoudraient les nationalités – ils firent briller de mille feux les facettes de leur identité introuvable. D’où la recherche permanente d’un futur dont la réalité se projetterait dans le passé : rationalité scientifique et restauration des grands mythes grecs chez Sigmund Freud (psychanalyse), quête d’une terre promise ancestrale capable de rénover l’identité juive chez Nathan Birnbaum et Theodor Herlz (sionisme politique et sionisme culturel); fantasme d’une «Vienne rouge» anti-libérale chez Victor Adler et Otto Bauer (socialisme); adoption d’un idéal de destruction et de reconstruction satirique de la langue allemande chez Karl Kraus ; nostalgie d’une fusion des Lumières françaises et allemandes (Aufklärung) chez Stefan Zweig ; affirmation d’une esthétique romanesque juive et autrichienne chez Arthur Schnitzler ; et enfin élaboration d’un nouveau formalisme musical avec Gustav Mahler et Arnold Schönberg. Tous ces Juifs qui n’étaient plus juifs recherchaient dans les mots, dans l’art, dans la littérature la face cachée d’une utopie capable de succéder à l’agonie d’un monde dont ils se savaient les principaux acteurs.

et peut-être même un caractère privé

À travers ces portraits, Le Rider décrit les variantes les plus complexes de cette identité juive viennoise qui ne cessa de se métamorphoser entre 1873 et 1914 : «Un Juif viennois assimilé est autant un Viennois qu’un Juif, il est un «homme sans qualité» au sens ironique que Robert Musil donne à cette expression lorsqu’il souligne dans le célèbre chapitre 8 de son livre intitulé «la Cacanie» que chaque individu a au moins neuf caractères : un caractère de classe, un caractère sexuel, un caractère national, un caractère politique, un caractère géographique, un caractère conscient, un inconscient et peut-être même un caractère privé.» (p.28).

différentes façons d’être ou de ne plus être juifs

En se pensant juifs dans un monde en pleine mutation, ces intellectuels, qui avaient rejeté les illusions de leurs pères, tentaient ainsi d’échapper au «nouveau code culturel» de l’antisémitisme autrichien, qui les désignait comme une «race» et les contraignaient à exister comme une communauté dont ils ne voulaient plus. Chacun à leur manière, ils adoptèrent différentes façons d’être ou de ne plus être juifs : conversion, reniement, haine de soi, suicide, ou au contraire affirmation d’une judéité universelle, déliée de toute appartenance, ou encore retour à l’idéal communautaire.

Vienne morte deux fois

Dans un bel épilogue, Le Rider évoque les deux morts de cette Vienne juive de la Belle Époque : une première fois après la chute de l’Empire des Habsbourg, qui la réduisit à une métropole provinciale, puis, une deuxième, en 1938, lors de l’annexion (l’Anschluss) de l’Autriche par le Troisième Reich. À cette date, Freud était encore là pour quelques semaines, dernier vestige de la splendeur d’une ville où l’antisémitisme avait cessé d’être un code culturel pour devenir le vecteur d’une extermination.

Le monde d’hier, cher à Stefan Zweig, était réduit à néant.

 » A la fin du Monde d’hier, Stefan Zweig consacre quelques pages poignantes à représenter la fatale confusion des identités nationales dont les juifs viennois en exil furent les victimes. Dans ses rêves cosmopolites, il s’était naguère imaginé le bonheur d’être « sans nationalité, de n’avoir aucune obligation envers aucun Etat et ainsi d’appartenir indistinctement à tous ». Mais depuis la déclaration de guerre, les Autrichiens réfugiés en Angleterre étaient considérés comme des Allemands. Stefan Zweig était devenu un « enemy alien« . Pouvait-on imaginer situation plus absurde que celle d’un homme qui, repoussé depuis longtemps d’Allemagne en raison de sa « race » et de sa manière de penser, avait été stigmatisé comme anti-allemand, et qui, en Angleterre, était forcé d’adhérer à une communauté à laquelle, en sa qualité d’Autrichien, il n’avait jamais appartenu ? Dans ces moments de détresse, le juif viennois en errance ne parle plus que d’une patrie : l’Europe. « 

Les Juifs viennois à la Belle Époque, pages 241-242

Rapport moral version récupérée

SNPPsy – Rapport moral

– extraits

par philippe grauer

Les lignes bougent. Nous demeurons & évoluons.


QUELQUES TERMES

Nous avons besoin d’une terminologie soigneusement assise. Nous proposons ici quelques points de repère pour contribuer à la stabiliser.

métier discipline méthode

– Nous pratiquons un métier, celui de psychopraticien(1« ) (aucune garantie).
– Nous nous réclamons d’une discipline, la psychothérapie relationnelle (héritière de la psychologie humaniste et du Mouvement de croissance personnelle(2« )). (3« ).
– Au sein de cette discipline qu’à la fois nous proclamons, revendiquons, soutenons et dont les sociologues, les autres professionnels constatent l’existence effective nous nous réclamons d’une spécialité, ou méthode (relevant d’une société savante(4« )).

parcours

Certification : nombre d’entre nos nouveaux adhérents sortent désormais d’une école (agréée Affop) qui les a diplômés dans une méthode (diplôme professionnel privé – délivré à l’issue d’une reconversion – 2000 heures, l’équivalent de cinq années universitaires). Leur méthode les rattache à une société savante.
Professionnalisation : en fin d’études ils connaîtront une période d’exercice stagiaire (encadré par leur école) au cours de laquelle ils s’inscrivent au Snppsy en qualité de membres étudiants associés d’une école agréée Affop.
qualification : Sortis de l’école les voici syndiqués de base, membres qualifiés du Snppsy, autorisés à se dire psychopraticiens relationnels du Snppsy (sans le ®, par dérogation AFFOP), se réclamant par là de leur discipline de référence.
Habilitation : un peu plus tard, ayant rencontré une commission de pairs expérimentés relevant de méthodes diverses (pluralisme), ils passent (cinquième critère) psychopraticien relationnel®, et se voient habilités à porter ce titre.
– Des parcours atypiques restent possibles, respectant le principe de l’échelle décrite ci-dessus.

garanties, syndicat garant professionnel

Nous constituons un syndicat particulier, professionnalisant(5« ), garant solidaire de la qualité professionnelle des praticiens qui le constituent et qu’il encadre. Noyau préordinal, entre le cas de figure et l’anomalie caractéristique. Notre dispositif de titularisation permet de confirmer la reconnaissance et autorisation de soi en qualité de professionnel de notre discipline auprès de représentants expérimentés de laquelle le candidat déjà en exercice vient présenter décrire et évaluer sa pratique. Le dialogue entre pairs relevant de champs méthodologiques divers (pluralisme) de leur discipline commune permet d’attester d’un référentiel solidaire commun (les cinq critères), de la valeur symbolique de l’exercice du praticien, de la représentation qu’il s’en fait, et de sa compétence suffisante.

paradigme

Notre titre professionnel privé (exercice libéral) garanti par les quatre membres historiques du GLPR, se présente comme alternatif au titre paramédical d’État qui ouvre l’accès à l’hôpital. L’alternative que nous représentons, institutionnellement faible, mais socialement suffisante et professionnellement consistante, se propose comme profession de santé non médicale (ce qui ne veut en aucune manière dire anti médicale).


1) UNE ANNÉE D’ÉTABLISSEMENT

Conflits en cours

Un épisode de la guerre des psys se termine, celui que j’ai appelé la bataille des charlatans. La guerre n’est pas finie, une autre bataille se déroule sous nos yeux, la bataille de l’autisme, tandis que les psychiatres des 39 luttent de leur côté contre le couplage de leur discipline et de l’instance juridique opéré sous l’ère Sarkozy, les enrôlant dans un dispositif sécuritaire qui ruine le concept même de psychiatrie. De leur côté nos écoles poursuivent leur travail de transmission de notre psychothérapie relationnelle et il serait imprudent d’attendre des pouvoirs publics leur reconnaissance à court terme, car en l’actuelle situation cela signifierait le remplacement des actuels enseignants de ces écoles par des universitaires en activité, à tout le moins leur subordination à des mandarins scientistes, correspondant à une véritable annexion qui signerait la disparition de leur spécificité. La génération qui vient devra s’occuper de faire entériner si elle le souhaite, sans se faire confisquer au passage, l’état de fait, pragmatique, de l’existence, bonne performance et utilité publique de nos écoles agréées, avec leur philosophie, idéologie, pédagogie et programmation propres. Nous ignorons encore si cela sera souhaitable et sous quelle forme. Pour l’instant perpétuons la situation actuelle, maintenons nos écoles syndicats et fédérations, notre consistance institutionnelle. Établissons-nous solidement.

En fait des tensions sont maintenues, des conflits se poursuivent nous venons de le voir, simplement ceux nous concernant n’occupent plus le devant de la scène, et si nous y prenons part c’est en appui, à titre parfois de quasi invisibles.


La bataille des charlatans s’achève. La guerre des psys peut-être pas. Pour l’instant nous vivons l’acalmie. La psychanalyse aux prises avec les TCC qui veulent l’expulser de l’hôpital livre, deuxième épisode, la bataille de l’autisme. Hors l’hôpital nous ne participons pas à cette action qui concerne psychologues et psychiatres.
Cette année a vu notre dernière mutation institutionnelle nous adapter au nouveau régime réglant le fonctionnement des différents protagonistes du carré psy.

frontières inchangées

En ce qui concerne le titre de psychothérapeute attribuable à nos grands-parents qui l’ont revendiqué, les dossiers des candidats au titre paramédical de psychothérapeute définitivement acheminés, les ARS poursuivant leur travail, il ne reste plus qu’à s’occuper des contestations en cours ou à venir. Les nouveaux psychopraticiens en place auront affaire au contrôle d’institutions qui ont conservé l’habitude de ne pas distinguer entre psychopraticiens sans garantie spécifique et nos psychopraticiens relationnels. Nos écoles agréées AFFOP continuent leur travail de formation et transmission dans des conditions parfois économiquement tendues. Nous continuons de travailler et évoluer, pour occuper respectablement notre territoire dont les frontières n’ont pas bougé, et populariser notre discipline, métier, titre.

ARS

Nous nous sommes occupés des dossiers ARS pour ceux d’entre nous qui trouvaient leur intérêt à continuer de s’appeler psychothérapeutes(6« ), souvent habitués à le faire depuis des décennies, avec talent et sérieux. Il pourront en outre de la sorte appartenir formellement à l’autre bord. Ces dossiers suivent à présent leur cours, accompagnés par nous quand c’est nécessaire. Les ARS traitent les dossiers de façon différente, parfois incohérente. Les décisions de certaines nécessiteront une reprise auprès du Tribunal administratif. L’excellent travail de préparation de Geneviève Mattei a manifesté son utilité. Nous accompagnerons jusqu’au bout les dossiers litigieux qui le nécessitent.

post ARS

Les nouveaux arrivants dans notre métier ne s’appelleront pas, ne porteront pas le titre de psychothérapeute de toute façon. Je le rappelle notre profession à partir de maintenant recrute fondamentalement des étudiants apprentis en reconversion (ils ont entamé leurs nouvelles études entre 40 et 50 ans) sortis de nos écoles. Si cet état de fait vient à changer nous le verrons bien. Pour l’instant il s’agit d’un fait concernant toute l’Europe. Bien entendu les parcours atypiques classiques si l’on peut dire continueront d’approvisionner également nos effectifs. Nous avons modifié notre institution de recrutement précisément de façon à pouvoir accueillir ces populations ancienne et nouvelle selon des modalités conformes aux besoins actuels de publication de listes et d’affichage pour chacun de son identité disciplinaire et professionnelle.

nouveau libellé identitaire

Nous avons tardé à réviser notre personnalité institutionnelle. Notre terminologie disciplinaire et professionnelle est seulement en train de s’établir, à preuve qu’il n’y a quelques mois que nous nous sommes avisés en tant que syndicat il fallait attribuer l’appellation disciplinaire et professionnelle de psychopraticien relationnel à l’ensemble de nos membres, la confusion entre titre et appellation s’étant prolongée après notre AG réformatrice du printemps.

syndicat de titulaires sur trois décennies

À l’origine nous avons créé un syndicat professionnel spécifique puis nous sommes battus sur la ligne : Profession psychothérapeute, tout en créant un code de déontologie et avons encadré et garanti la qualité de la formation des méthodes-écoles. Nous nous définissions comme un syndicat de titulaires (dès le début, un titre), fondé sur la reconnaissance par des pairs (les cinq critères) issus d’écoles différentes, toutes fondées sur le principe de la psychothérapie par la relation. Nombreux furent nos membres qui ne devinrent jamais titulaires, le titre n’était pas alors nécessaire pour exercer.

agents et objets du changement

Les choses et les temps ont changé. Nous distinguons à présent métier, titre, discipline, spécialité, méthode ou technique, système de certification, syndicat, fédération. Notre profession s’est consolidée notre discipline s’est donné son nom (en 2001), notre titre professionnel spécifique, alternatif, garanti dans le cadre du GLPR, s’affirme face au titre d’État paramédical dont les praticiens n’ont pas besoin d’avoir effectué un travail sur eux pour exercer une psychothérapie d’inspiration et d’idéologie radicalement différentes. Notre nouveau système de dénomination complexe est prêt, juste au moment où nous sommes en train de mettre en place un portail de la psychothérapie relationnelle. Décidément les temps ont bien changé, et nous avons été à la fois agents et objets du changement.

un des lieux où l’on pense l’épistémologie, l’éthique, l’idéologie

Notre syndicat s’est toujours placé comme un des lieux où l’on s’efforce de penser notre profession et discipline, où s’en pensent l’épistémologie, l’éthique et se sécrète l’idéologie(7« ). En poursuivant notre action aujourd’hui, avec le même effectif têtu des années 80, mais en ayant bien survécu à la dissémination qui vit nos effectifs professionnels et organisationnels pratiquement décupler, nous ne déméritons pas et entamons à présent l’installation de notre nouvelle appellation désignant encore plus clairement qu’avant notre domaine et champ d’action dans la cadre du Carré psy dont nous sommes les inventeurs du concept.

portail, affichage.

Le Carré psy continue de constituer le cadre de référence de l’ensemble des disciplines et professions du soin psychique (le terme soin étant ici utilisé volontairement dans le sens soit de traitement soi de souci). En créant notre portail nous afficherons notre permanence identitaire aux côtés de nos trois voisins de palier, de nos trois disciplines voisines. Rappelons leur situation.

2 – LES MOUSQUETAIRES DU CARRÉ PSY

Un pour tous tous contraints, les mousquetaires du Carré psy sont passablement désunis. Passons-les en revue.

psychologie

La doctrine idéologique de base de la psychologie reste son arrimage identitaire au scientisme. Le psychologisme consiste à intégrer y compris certains éléments de la psychanalyse et de la psychothérapie humaniste à une philosophie positiviste expliquant le fonctionnement humain à partir de celui du cerveau. Bien entendu pourvus d’un cerveau et d’un câblage développemental, nous répondons partiellement à la description que la psychologie nous fournit. Elle constitue une discipline passionnante, dont le rayon d’action en matière psychothérapique n’a rien à voir avec le nôtre, mais constitue une des pièces du dispositif global au service de ceux qui nécessitent un traitement psychique.

psychiatrie

Le psychiatrisme en partie transféré aux généralistes administrateurs de trop de psychotropes, médicalise le malaise. Définitivement déconnecté de la clinique psychanalytique qui l’avait durant une génération colonisé, il est retourné à la neurologie, ce qui rapproche la psychologie de lui. La clinique de la psychiatrie consiste à savoir diagnostiquer, trop souvent sans suffisamment de temps d’écoute afin d’administrer les bonnes molécules. Un petit vent de modernisation semble se lever sur la formation de psychiatre, qui s’enrichit ci et là de premières formations à la psychothérapie,oh ne nous affolons pas il ne s’agit que de premiers petits pas, ils ne sont pas encore à nous rejoindre. Mais on peut saluer ce progrès.
Globalement en crise grave, la situation de la psychiatrie nous préoccupe car nous avons besoin d’elle sur le terrain, pour le travail en réseau quand c’est nécessaire.

psychanalyse

La psychanalyse n’a pas changé, nous partageons avec elle le principe de base de la dynamique de subjectivation, mis en œuvre par un processus intersubjectif (même quand elle reste très intrasubjective) se déroulant au cours de séances répétées sur une période allant de quelques mois à quelques années, auprès d’un praticien dûment formé entraîné encadré pour cela au sein d’une société savante fonctionnant en formation continue. Elle s’appuie sur sa théorie et clinique, un siècle d’expérience tant dans son domaine d’exercice propre que dans le cadre adapté à la pratique psychiatrique et psychologique hospitalière ou de clinique libérale. En ville de plus en plus les cures longues à trois fois par semaine deviennent rares (la clientèle c’est souvent nous), et la psychanalyse comme tout le monde face à la crise passe à deux voire souvent une séance hebdomadaire, ce qui est tout sauf anodin. Jalouse et fière de son travail à partir des formations de l’inconscient, sa condescendance à l’égard de la psychodiversité même de qualité freine le débat permanent entre les deux disciplines mutuellement fécond. Elle épouse souvent les contours de la psychologie clinique, sa profession (et discipline) de couverture et référence et ses préjugés corporatistes à notre égard.

psychothérapie relationnelle

Notre psychothérapie relationnelle, héritière de la psychologie humaniste américaine, de la phénoménologique existentielle, de l’antipsychiatrie et psychothérapie institutionnelle, du systémisme et de la psychanalyse, n’a changé ni d’identité ni de place au sein du carré psy dont dans le schéma que j’en ai proposé elle se trouve occuper l’aile Est. Elle s’est vue contrainte de modifier le nom de ses praticiens – essentiellement cela, elle a dû se renommer partiellement. Nous devons nous souvenir qu’en nous dérobant le nom la médecine n’a pas pu nous déposséder de la chose ni voler notre âme. Nous continuons de constituer ensemble l’École de la Chose, de notre chose et cause humaniste et relationnelle.

3 – VOISINAGE IDENTITAIRE

Si nous nous rapportons à la psychologie clinique en quoi consistent nos différences et similitudes ?

identités comparatives : nos deux atouts

Nous différons de la psychologie clinique, psychologie psychanalycisée ou psychanalyse psychologisée. La psychologie réduit la psychanalyse à un corpus de savoirs dispensables sur le mode universitaire de la rationalité procédurale, tous comparables et de même niveau. Elle traite de modèles descriptifs protocolisables que les futurs psychologues auront été entraînés à appliquer dans le monde psychiatrique hospitalier – sur la base de leur ignorance du principe du long travail sur soi préalable, et d’un long travail d’apprentissage expérientiel de la relation psychothérapique, qui en réduit la portée.

la clinique

La clinique c’est le nom paramédical que donnent à leur pratique les psychologues …cliniciens. Nous disons pratique pour désigner la même chose, ce qui fait de nous des praticiens(8« ). En psychothérapie, mais nous devons ajouter relationnelle car psychothérapie tout court est précisément tout vaste. Nous voici psychopraticiens mais relationnels car psychopraticien nom de métier seulement n’est protégé ni garanti par rien. Il demeure que du point de vue du côtoiement de la psychose à l’hôpital les psychologues bénéficient dans ce domaine lors de leurs stages d’apports précieux. Le sentiment de supériorité sur nous qu’ils en tirent(9« ), de bénéficier d’un privilège, vient en partie de cet accès à une formation stagiaire hospitalière, à ce qu’avec ambiguïté paramédicaliste ils appellent la clinique. On peut s’interroger sur les modalités et fondements de cette formation, pas sur son principe. Si le monde n’était pas mal fait nous aurions accès à ce mode de formation. De fait nous y avons nos petites entrées, par le biais d’alliés passeurs, psychologues et psychiatres formateurs dans nos écoles. Mais la grande porte universitaire nous est pour l’instant condamnée. La génération qui vient s’occupera de cela.

Ferenczi et la suite

Le maniement de la logique de l’inconscient et de la métapsychologie contradictoire avec celui de la psychologie des stades, des mécanismes et de la psychologie des familles fondée sur un œdipe de super marché, relève d’une épistémologie distincte. Nous différons de la mentalité méthodologique et épistémologique de la psychologie, qu’elle se dise scientifique à la remorque du scientisme organiciste neurologiste médical ou clinique à la Janet-Lagache. Notre différence et spécificité se fonde en grande partie sur l’idée de méthodes actives héritée de Ferenczi et après lui d’une quantité de psychanalystes puis de dissidents puis de non psychanalystes humanistes existentiels. Différence prise en compte, notre proximité avec une psychanalyse ni psychologisée ni dogmatique ni dénaturée demeure.

notre ouverture

Notre dimension extra médicaliste ni paramédicale ni scientiste s’affirme. Notre voisinage avec l’anthropologie, la philosophie, la psychosociologie, notre articulation aux sciences humaines, notre curiosité de l’histoire tant de notre discipline que de celle de la psychanalyse peuvent nous procurer l’ouverture nécessaire aux avancées dans la pratique et la théorisation. Le recours de certains courants issus de Maslow, Huxley et tant d’autres à la spiritualité est bien connu, illustration de notre capacité d’admettre la diversité, la complémentarité mais aussi de faire face aux contradictions en recourant au débat plutôt qu’à l’excommunication. L’ouverture dans la rigueur pourrait définir notre option.

nos formations

On voit nos formations s’entourer d’universitaires faute de s’articuler intelligemment à une université qui ne sait pas et ne veut pas travailler avec nous (le montage Lagache poursuit son cours en psychologie : un savoir hétérogène qui ne trouve pas son juste statut). Nous n’ignorons pas la nécessaire dimension intellectuelle et littéraire de notre profession, nécessairement imprégnée de culture et d’art. Notre culture de la créativité est caractéristique de notre style et orientation dans ce domaine. Nos écoles agréées AFFOP, héritières du souci de notre syndicat du temps des Écoles titulaires, dispensent une formation suffisamment bonne et étoffée. Elle n’est pas jonctable avec l’université et pour l’instant ça n’est franchement pas plus mal quand on y mesure les méfaits du scientisme et l’élimination systématique de toute présence scientifique de près ou de loin affiliée à notre Mouvement, à l’humanisme, à la relation.

notre rayon d’action, notre patientèle

Qui recourt à nous ? La psychothérapie dans nos pays est à plusieurs vitesses. Quatre, si l’on compte ceux du quart monde qui n’y ont nul accès, ni culturel ni financier. Le secteur public hospitalier avec son réseau débordé (souvent plusieurs mois d’attente en cas d’urgence) de CMP s’occupe de ceux qui n’ont pas (forcément non plus les moyens) d’exigences particulières en matière de soins psychiques, auxquels la garantie médicale suffit convient ou s’impose. Le secteur des cliniques psychiatriques et de la psychiatrie privée se répartit entre positivistes et tenants de la psychodynamique. Notre secteur reçoit les membres des classes moyennes qui désirent et peuvent choisir leur psychopraticien pour traverser une crise de vie, soit en première intention soit que désabusés par le système scientiste ils n’en soient venus à recourir à des psys plus humanistes. Ils recourent à nous parce que nous nous disons relationnels, qui n’est ils le savent pas un mot creux dans notre bouche, ni le terme passe-partout de toute psychothérapie, mais constitue le ressort de base du processus qu’actionne notre discipline.

4 – DEUX UNIVERS OPPOSÉS

Par là nous nous dressons face à l’hégémonisme mondialiste de la psychiatrie américaine imposant l’idéologie d’un DSM toujours plus idiot, relié aux laboratoires pharmaceutiques, ceci expliquant partiellement cela, qui s’efforce, c’est la médicalisation de l’existence, de régir le carré psy dont nous occupons le territoire des alternatifs irréductibles.

fin des idéologies

On parle beaucoup de la fin des idéologies, celles qui issues de la première guerre mondiale qui fit mourir des progrès de la chimie des millions d’hommes sous des millions de tonnes d’explosifs et de gaz, ces idéologies technico assistées qui ravagèrent la planète une seconde fois. Pourtant s’opposent toujours deux forces planétaires, à l’échelle de la mondialisation, celle, encore hygiéniste, du triomphe « scientifique » de la mise en chiffre et soumission de l’équation humaine à ses modèles mathématiques abstraits, celles de la protestation humaniste de l’irréductibilité de la personne humaine à son plongeon forcé dans les eaux glacées du calcul rationaliste économique décliné en statistico diagnostique.

deux univers de discours deux mentalités opposées

Nous avons bien affaire à la confrontation de deux mondes deux univers de discours deux mentalités, deux cultures, opposées. D’une part celle d’une mondialisation médicaliste de la condition humaine, frappée au coin d’un positivisme scientiste, qui voit des pragmatiques intelligents sortis de l’université ou y appartenant, affectivement idiots et/ou cyniques, travailler dans le domaine psychique sur des cas (vs. sujets), au service d’intérêts financiers qui rendent notre société malade de l’idéologie de la gestion. De ce côté de la ligne on analyse des corrélations statistiques dépendant d’un système de classification insensible. La psychiatrie qui s’y réfère publie des articles dans des revues anglo-saxonnes à fort impact factor elle s’est hypermédicalisée, organicisée, et entend bien médicaliser l’existence.

le discours DSM

L’outil de base de ce mouvement réduisant l’humain à une mathématique abstraite est le DSM. Un univers de discours DSM soit disant athéorique, organiciste à base de mécanique neuroscientiste, structure le champ psycho médical positiviste, s’accorde au consensus libéral de la gestion (du stress, du temps, de la crise, du handicap, du comment vivre), produit une idéologie orientée vers le conformisme et la médicalisation de l’existence. Ce discours et son idéologie sont anti humanistes. Nous y sommes résolument et fièrement opposés.

du psychanalycisme au médicalisme

Le DSM est en partie mais pas seulement parti d’une réaction contre un certain hégémonisme psychanalytique en psychiatrie. La médecine colonisée durant une génération par une psychanalyse non exempte de dogmatisme (et paradoxalement au moins aux États-Unis passablement médicalisée – déjà ! alors il faudrait savoir), comme la psychologie et pour les mêmes raisons a réagi pour recouvrer son identité. Mais pas la peine de passer du psychanalysme au médicalisme. En tout cas fini la psychothérapie abandonnée aux antipsychiatres, anti-nosologie, aux travailleurs sociaux, aux psychothérapeutes non médecins, aux charlatans – terme par lequel les médecins désignent les ennemis de la médecine et de la science. Voici comment psychiatrie et psychologie « scientifique » tournent sur une base idéologique commune.

idéologie du bien-être et de la santé

Leur idéologie du bien-être et de la santé (mentale) administrera l’intime scientifiquement. Des politiques confondant folie, désordre et violence produiront contre elle des règles et mesures sécuritaires, à la diligence des psychiatres. La norme que brave la folie n’est plus religieuse, certes depuis la mort de Dieu, mais pas davantage philosophique ou anthropologique. « Scientifique », i.e. médicale, et juridique, la voici redéfinie par des experts. Dans un univers du Chiffre et de son inflation déraisonnable appliquée aux faits humains, fait florès le conformisme et la normopathie, s’exerce le biopouvoir. Fini le temps des libertaires de 68, voici venu celui des straights, de ceux qui marchent droit, gris, des humains banalisés évalués à l’aune de la « réussite » conforme. Les « perdants » par millions enregistrés à l’enseigne de la dépression ou de la bipolarité dûment stabilisés dans leur handicap prendront leurs médicaments – mais pas trop, il paraît que ça donne l’Alzheimer et que ça coûte des fortunes. Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

univers du sens

Les antagonistes de l’autre part on les trouve dans les deux familles de la dynamique de subjectivation, d’abord représentés jusqu’à la fin des années 50 par la psychanalyse, et depuis les années 60 par le second rameau que nous constituons, les humanistes, devenus depuis le début du siècle les relationnels. De ce côté, notre côté, les conduites humaines sont sensées, pourvues de sens. De ce côté la relation fait lien, le fantasme et le symptôme font sens, le transfert véhicule la revitalisation de conflits restés contentieux. Pour nous dans l’entre-deux relationnel se joue en équipe le devenir et la restructuration de la personne en difficulté. Difficile et passionnant travail, heureusement qu’il existe une corporation compétente pour le prendre en charge spécifiquement.

subjectivistes peu solidaires

Les psychanalystes en prennent leur part. Le camp des subjectivistes reste cependant divisé. Jusqu’à quand ? sur le terrain se nouent des confraternités, des relations d’amitié professionnelle. Des psychologues-psychanalystes et psychiatres-psychanalystes à la mentalité souvent rongée par le corporatisme de leur profession d’emprunt et par le souvenir de leur hégémonie passée gardent en horreur les dangereux amateurs, concurrents et relativement nouveaux venus que constitue notre plèbe. De la masse amorphe des sans diplômes universitaires de médecin ou de psychologue a eu beau émerger une population psychothérapique de praticiens non médecins qui s’est donné les moyens institutionnels de reconnaissance qualifiée par un système complexe d’écoles agréées et d’instances professionnelles titularisantes, rien n’y fit, le discours de beaucoup trop encore de ces psychanalystes de double exercice continue jusqu’à nos jours de méconnaître leurs collègues qualifiés pour exercer une psychothérapie relationnelle non médicale. Hors la respectabilité psychanalytique le plus généralement adossée à la psychologie ou à la psychiatrie point de salut. Nous tendons la main à ceux qui ont compris les bienfaits de l’ouverture de notre côté. À nous de ne pas bouder la rencontre avec les autres.

à la marge

Il est vrai qu’exclus du club des psys universitaires qui accorde la garantie par le diplôme d’État sous la houlette de la médecine, les humanistes issus du protestantisme américain, de la contre-culture et de la psychologie humaniste pas toujours encore identifiables comme condisciples (discipline) ou collègues (métier), leur situation extra universitaire les confinant à la marge. Nous pourrions fort bien nous contenter de cette marge du système de médicalisation de l’existence, trop heureux d’en constituer l’indispensable alternative humaniste.

nos avantages

L’avantage qui nous revient, un bénéfice secondaire de notre nouvelle désignation de psychopraticien, réside précisément dans l’abandon de notre nom de métier comportant le signifiant thérapeute(10« ) à connotation médicale de maladie (faire passer en bloc la dépression pour une maladie est un abus du biopouvoir) nous laissant le vaste territoire du malaise et de la signification de l’existence, offrant au public la garantie d’être les seuls à décrocher clairement du paramédicalisme et de la médicalisation de l’existence. Un autre avantage, absolument positif celui-là, tient à la mise en vedette du déterminant relationnel qui dit bien ce qu’il veut dire un soin de soi non médical qui passe par la relation, et affiche notre spécificité au public. Un dernier avantage, celui de récupérer une partie de la prétention de la psychanalyse à l’extraterritorialité, à ne pas nous soumettre à la loi inapplicable dans notre domaine des sciences dures, de la statistique et de l’évaluation scientiste.

village gaulois

Face à cela nous, héritiers de la contre-culture (anarchisante) qui conduisit à 68, de la psychologie humaniste américaine, ne reniant pas notre dette envers la psychanalyse, la psychiatrie humaniste relationnelle (Harry Stack Sullivan) et la psychothérapie institutionnelle, n’avons plus qu’à consolider nos villages gaulois à l’échelle européenne et mondiale, pluralistes, comportant par ailleurs d’assez nombreux praticiens intégratifs. Notre idéologie s’affiche humaniste, par delà les analyses du siècle dernier sur l’anti-humanisme théorique. Nous sommes proches de l’idéologie de l’écologisme.

Puisque nous participons bien de notre temps, qui déclare mortes les idéologies en en soutenant de nouvelles, déclarons-nous de notre côté. D’abord il n’y a que nous pour détenir le privilège de l’occuper. Faisons-le fièrement.

nos effectifs

L’Histoire l’atteste nous demeurons. Nous demeurons entre 5 et 600 praticiens environ depuis nos débuts. Évidemment pas les mêmes, depuis 30 ans. Si on s’en tient aux chiffres que peut vouloir dire ce 5-600 là ? après tout selon le taux usuel en France 500 sur 7500 nous devons compter dans les ratios de syndicalisation, en ajoutant le PSY’G nous devons nous situer dans les 10 % classiques. Si l’on additionne les effectifs deux fédérations, qui regroupent ensemble quelques milliers de praticiens, c’est plus qu’honorable pour la profession.

notre rôle parmi les Quatre

Évidemment la diversification de nos organisations(11« ) ont émietté les effectifs de nos inscrits, comme réparti la titularisation. C’est pourquoi nous restons 550 environ (plus les mêmes qu’en 81). On peut même dire que nous avons accompli et au-delà la parole du Cid
Nous partîmes cinq cent mais par un prompt renfort
Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port

Sur les 4500 plutôt que les 3000 du poète nous représentons à l’issue de l’évolution sur un tiers de siècle (une génération) actuellement un quart des organisations, la moitié avec l’AFFOP, et à peu près un huitième en effectif de la militance psycho relationnelle.

exopratiques et malpratiques à nos frontières

Autour de nous on doit compter encore 7000 péri psys, les professionnels du développement personnel, du coaching, d’activités psycho-spiritualistes, une nébuleuse qui de tout temps a alimenté à plus ou moins bon escient le fantasme médicaliste de charlatanerie, et dont nous-mêmes avons peiné à nous démarquer sans tomber jamais dans le même mécanisme de dénonciation. C’est seulement cette année que j’ai trouvé la capacité et le courage de discerner que nous pouvions désigner comme charlatans ceux qui pratiquant une discipline autre que la nôtre la revêtaient dans un à peu près qui nous incommodait nous de l’appellation psychothérapie (heureusement jamais relationnelle). Nous devons protéger nos frontières. Nos propres frontières, celles du SNPPsy (et AFFOP), du PSY’G et de la FF2P regroupées dans le cadre du GLPR qui constitue notre Europe de Schengen à nous.

5 – HISTORIQUE

tentative de nous confondre

Nos adversaires s’en étaient pris à nous en faisant exprès de nous confondre avec ceux dont nous nous démarquions, c’est de guerre, sinon bonne. Piégés nous nous sommes dégagés comme nous avons pu. Nos amis psychanalystes de la bonne Cause au début de la crise Accoyer ont protesté « Laissez-nous nos charlatans« . Mot d’ordre provocateur qui nous a bien arrangés, nous n’étions pas capables de faire autre chose que de protester sans trop insister pour ne pas focaliser le conflit là où il ne se situait pas. Nos adversaires politiques attaquaient ainsi nos pseudos pour faire leurre (dont nous avions évidemment à nous désolidariser de l’image), nous prenant peu en considération, attachés à la réalisation de l’objectif majeur visant à soumettre la psychologie à la médecine et sinon d’en finir avec la psychanalyse du moins de la réduire ultérieurement en l’expulsant de l’université – et de l’hôpital.

de l’utilité du Carré psy

Une fois le combat mené dans le cadre de l’alliance avec l’aile Cause freudienne de la psychanalyse qui nous a il faut aussi le dire rassemblés parce que la Cause est organisée politiquement et qu’il fallait livrer bataille sur ce terrain(12« ), nous avons pu constater que dans la nouvelle donne nous étions restés en place au sein du Carré psy (un concept créé avant même la bataille, au sein du collectif à penser de notre syndicat). L’importance du carré psy tient dans le fait qu’il nous permet de caler et cadrer notre mouvement parmi l’ensemble des disciplines et professions du psychisme (et seulement d’eux) et proposer une grille de repérage stable et clarificatrice. Nous en avions besoin car auparavant la psychologie et la psychiatrie faisaient la loi, s’incorporant quand nécessaire la psychanalyse, le paysage psy c’était cela, avec tout à fait négligeable à la marge, invisible, une bande d’exotiques amateurs cool sans respectabilité ni visibilité médiatique.

de la Coordination psy au GLPR

Le combat mené aux côtés de la Cause freudienne nous a permis de mieux conjoindre nos forces et sitôt la Coordination psy dissoute nous avons été à même de créer le GLPR, unissant nos seules forces. Notre dépendance à une organisation psychanalytique poursuivant ses propres objectifs n’aura duré que le temps de gagner en puissance et en assurance dans la lutte commune en dépit de notre modestie numérique et de nous réunir en une force conjointe autonome.

la psychanalyse divisée

On sait que la psychanalyse (i.e. essentiellement la psychologo-psychanalyse amalgamée) mis à part sa frange millérienne et libertaire (Cause + Manifeste de René Major) a mordu à l’hameçon et que le Groupe de contact qui a cru pouvoir profiter de l’aubaine pour mieux s’arrimer au nouvel ordre psy aménagé par la médecine dans le cadre d’une reconfiguration propice pensa-t-elle à une psychanalyse corporatiste a finalement conduit à transformer les psychanalystes en psychothérapeutes, leur objet phobique, sous hégémonie médicale – la phobie de la psychologie clinique, elle-même en voie de liquidation. Étonnant retournement des choses, stratégie remarquable.

6 – QU’AVONS-NOUS À DEVENIR ? QUE NOUS RESTE-T-IL À FAIRE ?

hors de notre champ attaques contre la psychanalyse

Ainsi une fois terminée la bataille des charlatans, au cours de laquelle nous nous sommes bien comportés, au moment où la seconde manche marquée par l’absorption de la psychologie clinique dans le cadre paramédical du titre de psychothérapeute voit s’engager la bataille de l’autisme pour s’efforcer d’expulserla psychanalyse de l’hôpital, dans la recomposition institutionnelle au sein du carré psy où en sommes-nous quant à nous, qu’avons-nous à devenir, que nous reste-t-il à faire ?

notre personnalité professionnelle et disciplinaire

Notre poids politique est modeste. Nous travaillons dans le cadre de l’Affop à la mise en place d’un portique de la psychothérapie relationnelle, nous soutenons nos appellations et titres, nous publions nos listes, nous nous réunissons et travaillons. Nous maintenons nos écoles agréées (– Affop en ce qui nous concerne), pépinières du syndicalisme. Notre poids professionnel sur le terrain ? stable. Notre importance disciplinaire ? nos meilleures écoles nous confèrent une suffisamment bonne réputation. Notre importance théorique, idéologique, sociologique ? manquant du soutien d’un bon enracinement universitaire nous bénéficions par contre de notre originalité de recrutement et de la qualité de notre formation par reconversion, de notre abord non paramédical, alternatif, des crises de vie et interrogations existentielles de notre patientèle.

psychothérapeute, signifiant cible

En 1981, grands représentants fondateurs de la psychothérapie la seule la vraie nous avons mis la psychothérapie humaniste sur les rails, que dire, nous avons installé la ligne. Nous nous sommes étendus, européanisés, diversifiés dans la décennie 90. Juste assez pour représenter une force, une » part de marché », et nous trouver appartenir au champ psy au moment où l’Académie de médecine se décidait à récupérer la psychologie tandis que la psychanalyse était en train de perdre sa position idéologique dominante en psychiatrie (le secteur dirigeant) et en psychologie, soucieuses chacune de se décoloniser d’elle. Force d’appoint, nous avons eu le sentiment d’accrocher notre wagon à la locomotive de la Cause freudienne, trop heureux de ne pas rester à quai (en réalité nous étions pourvu d’un moteur, quatre, un par organisme historique, et nous avons su les faire tourner). Centre de gravité à cause de notre nom, nous représentions l’entité à dépouiller et la cible de l’offensive populiste de dénonciation (en vue de s’en prendre ultérieurement aux psychanalystes) par une médecine positiviste organisciste appuyée par un site de dénonciation, des laïcs amateurs dangereux.

notre responsabilité institutionnelle

Nous représentons et défendons le noyau politique de notre profession. Fort heureusement nous avions bien travaillé et notre syndicat puis l’AFFOP, alliés au PSY’G, tenaient la route, cependant que la FF2P tenait de son côté la route européenne. Nous avons révélé ensemble que nous étions tout à fait capables de tenir notre rôle et de prendre part à la lutte, notre présence sur le terrain, notre pugnacité politique et intellectuelle, notre réputation, ce qu’on pourrait désigner comme notre coefficient institutionnel, nous ont permis de parvenir au résultat actuel, nous restons une organisation représentative historique responsable reconnue comme telle. Nous représentons et défendons le noyau politique de notre profession. Nous conservons la responsabilité de la penser et de penser la discipline qui la sous-tend, à partir de notre propre activité de réflexion et d’échange comme de la capacité de notre mouvement de maintenir des écoles professionnelles alternatives à l’université de bon niveau.

mouvement alternatif

En effet nous constituons un mouvement alternatif. En tant que tel nous ne nous sommes pas effondrés. Qu’avons-nous désormais à redouter ? Nous ne serons plus que l’objet d’attaques marketing corporatistes du genre les psychothérapeutes sont les seuls à fournir les garanties de soins psychologiques scientifiques administrés par des diplômés de l’université. Nos spolieurs se serviront du nom qu’ils nous ont dérobé. Pénible mais limité.

psychodiversité

Il nous reste à maintenir, protéger, développer notre propre sphère d’activité et d’influence, dans le cadre d’une activité professionnelle résolument non médicale et alternative, au service d’une nécessaire diversité de l’offre de soin (et de type de soin le nôtre étant non médical), que j’ai baptisée psychodiversité. Il nous reste à soutenir notre titre professionnel garanti par nous-mêmes, SNPPsy-AFFOP, et dans le cadre solidaire du GLPR. Il nous reste à drainer vers notre idée syndicale les psychopraticiens relationnels issus de nos écoles. Ce sera à eux de voir, à nouveau partis 500, à combien et dans quelle dynamique ils se retrouveront à quel nouveau port. La nouvelle génération a besoin de nos instituions, de notre syndicat sain et solide, pour occuper son territoire en force tranquille au service du public qui déjà la choisit. Il nous reste à augmenter notre attractivité du côté des sociétés savantes moins politiquement spécifiquement outillées pour la défense de la profession, qui se concrétise avec l’idée relationnelle. Il nous reste à produire des textes de soutien à notre discipline. Comme au début nous avons fondé ce que nous appelions La psychothérapie, pour finir par nous rendre à l’évidence que c’était la psychothérapie relationnelle qui définissait notre identité, nous échoit à présent la responsabilité historique d’installer cette dernière comme incontournable dans le carré psy.

un syndicat de psychopraticiens relationnels

Nous avons hésité en tant qu’organisation pour passer enfin cette année en deux temps dont le second aujourd’hui même, de syndicat de titulaires à un syndicat de psychopraticiens relationnels (discipline), dont une proportion que nous sommes incapables de chiffrer devrait porter le titre professionnel de psychopraticiens relationnels®. Alternatif, honnêtement fondé. Mutation réalisée. Bonne chance à nous et à tous ceux qui viendront se joindre à notre bonne aventure.

maîtres de notre territoire alternatif

Comme en 2004 modestes et importants, nous devrons nous faire reconnaître par des moyens différents de ceux de la génération précédente, hors les sentiers DSM médicalisés du cadre nouveau emprunté par les psychothérapeutes diplômés de l’université. Nous ne serons pas si malheureux de porter haut et fort un nom et un titre honorables que nous saurons soutenir, distincts de celui de professionnels qui ne répondent pas au cahier des charges de nos cinq critères. De toute façon et de plus qui à part nous connaît et pratique la psychothérapie relationnelle ? Nous voici dans ce domaine en position de quasi monopole. Nous voici maîtres souverains de notre territoire alternatif, à la disposition d’un public qui nous connaît et apprécie. La crise est là, la situation est incertaine, comme la vie, le vent n’est pas contraire. À nous de jouer.

(………)


QUELQUES DATES

2 mai 1966 – Fondation du PSY’G.
octobre 1972 – Naissance du CDPH
1973 – Naissance du Centre d’Évolution (Jacques Durand-Dassier)
1981 – Fondation du SNPPsy.
1985 – Titre de psychologue (Claude Évin).
1985 – Naissance du CIFP(13« )
1990 – Déclaration de Strasbourg.
1991 – Scission identitaire, l’ANOP (psychologues) exclut les psychothérapeutes du SNPPsy qui refusent de renier la Déclaration de Strasbourg.
13 mai 1995 – Création de la FFdP.
1996 – Publication de Profession psychothérapeute.
juin 1997 – Congrès FFdP de Dourdan : Europe.
octobre 1998 – Colloque FFdP au Sénat.
octobre-décembre 1998 – Création de l’AFFOP par scission (14« ).
1999 – Colloque FFdP de Strasbourg.
4 mai 1999 – Premier amendement Accoyer.
fin 1999 – Le PSY’G se retire de l’AFFOP.
1999 – Le groupe Cournut (Jean Cournut , Président de la SPP) devient le Groupe de contact – Jacques Sédat contacté par Jean Cournut (mort en 2003), l’appuyant puis le dirigeant.
28 mars 2000 – Proposition de loi Jean-Michel Marchand.
18 novembre 2000 – Colloque SNPPsy salle Victor Hugo à l’Assemblée nationale, La psychothérapie dans notre société, état actuel et perspectives.
novembre 2001 – Naissance de la psychothérapie relationnelle(15« )
12 janvier 2002 – 1er Colloque AFFOP Psychothérapeute un métier au-delà des méthodes, salle Victor Hugo à l’Assemblée nationale (16« ).
21 avril 2002 – défaite de Jospin
7-8 octobre 2003 – Deuxième amendement Accoyer. Offensive contre « les charlatans ».
12 décembre 2003 – Le matin le ministre Jean-François Mattei rencontre les psychanalystes, l’affaire des listes.
12 décembre 2003 – L’après-midi Jean-François Mattei accompagné du psychiatre Christian Vasseur rencontre les psychothérapeutes.
15 décembre 2003Verbatim d’Élisabeth Roudinesco dans Libération.
2004 – Élisabeth Roudinesco, Le patient le psychothérapeute et l’État.
2004-2009} Forums psys (École de la Cause freudienne & Coordination psy)
2004 – Naissance de la Coordination psy : Cause freudienne & apparentés, FFdP, AFFOP, SNPPsy, des psychologues).
5 février 2005 – le ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy reconnaît la psychothérapie relationnelle(17« ).
10 janvier 2006 – 7 avril 2006 – Deux réunions et discussions au Ministère (Xavier Bertrand) de l’ensemble des organismes psys.
novembre 2005 – Changement d’acronyme au SNPPsy : « & psychanalystes ».
2006 – Changement d’acronyme la FFdP devient la FF2P (« & psychanalystes »).
21 juillet 2009 – Loi HPST
novembre 2009 – Fin de la Coordination psy.
février 2011 – Naissance du GLPR.
novembre 2011 – le GLPR adopte le nom de métier de psychopraticien.
novembre 2012 – le SNPPsy passe de syndicat de titulaires à syndicat de psychopraticiens relationnels.

  • 1 En 30 ans nous sommes passés de l’affirmation identitaire Profession psychothérapeute (Cf. Yves Lefebvre et al., inspirés par le SNPPsy, Profession psychotérapeute, Paris, Buchet-Chastel, 1996, 363 p.-) à l’exercice sous le nom de psychopraticien relationnel de la discipline psychothérapique éponyme, laquelle englobe des méthodes, simples ou composites, techniques ou spécialités. Ce qui est devenu important est le titre alternatif à celui de psychothérapeute (!) que définit l’expression psychopraticien relationnel®. Les temps et les choses institutionnelles ont évolué. Notre profession et discipline n’a pas bougé en tant que telle. C’est le système de dénomination qui s’est trouvé bouleversé et affiné.
  • 2 Growth Movement
  • 3 On compte quatre disciplines : psychiatrie, psychologie, psychanalyse, psychothérapie relationnelle (la psychothérapie sans déterminant se répartissant selon des modalités diverses entre les quatre). Les deux dernières sont seulement des quasi disciplines au sens universitaire du terme, la troisième, à forte composante littéraire, philosophique, anthropologique et culturelle, s’étant longtemps fait héberger en psychiatrie et psychologie, pour aboutir actuellement dispersée en philosophie, littérature, histoire, et encore un peu en psychologie. La quatrième apparaît sporadiquement en Sciences de l’éducation. À l’échelle du siècle elle apparaît comme discipline naissante, déjà suffisamment instituée cependant.
  • 4 Qui peut se trouver délivrer, si elle est titularisante Affop, des « titres » (dans la logique du système des « sub-titres« ) donnant accès à celui qui les surclasse de psychopraticien relationnel. Ainsi un gestaltiste peut se trouver sans le savoir en quelque sorte « doublement » subtitré et titré. Cf. l’entrée méthode.
  • 5 Nos étudiants sortent de nos écoles réellement formés, opérationnels comme on dit de nos jours. Les pouvoirs publics le reconnaissent à demi seulement. Nos diplômes professionnels privés ne bénéficient d’aucune reconnaissance pour un emploi dans la fonction publique, précisément réservée, c’était le but de la manœuvre, aux psychothérapeutes paramédicaux de nouvelle désignation. Les organismes pourvoyeurs de fonds sont partagés. Certains ont pris en considération notre sérieux et efficacité de formateurs transformateurs.
  • 6 Nombre d’entre nous considèrent que le nouveau titre ne correspond plus à nos normes et valeurs, par conséquent ne les intéresse plus.
  • 7 Il a omis de penser jusqu’au bout la terminologie. À considérer l’embrouillaminis des lieux d’émission de « titres locaux », certaines sociétés savantes se revendiquant puissances tendant à émettre en conséquence cette monnaie symbolique, la situation se complique. Ainsi pendant que le GLPR a organisé la protection de pas moins de trois titres de base, correspondant aux personnalités et systèmes historiques en place, au sein de l’AFFOP on compte une demie douzaine d’institutions habilitées à titrer – devrait-on dire titriser ? – des psychopraticiens reconnus aptes à partir de ces véritables sub-titres, à accéder au titre protégé AFFOP et validé GLPR de psychopraticien relationnel®. Nous avons créé sans y penser et sans le penser un système de titres emboîtables dont les petites boîtes ne se connaissent pas comme poupées russes de rang n-1. À nous de nous sortir de cet imbroglio.
  • 8 On pourrait parler de psychopratique mais on perdrait le sème thérapie qui nous reste et auquel quantité d’entre nous restent attachés. Nous avons déjà assez perdu comme ça, nous conservons psychothérapie, pourvu qu’elle soit relationnelle.
  • 9 Nous ne les tenons plus sous le feu de notre propre arrogance, issue de la Déclaration de Strasbourg, depuis que nous avons distingué notre spécificité disciplinaire et avons renoncé à penser régenter l’ensemble de la psychothérapie (domaine hétérogène épistémologiquement parlant). À chacun la sienne et la souffrance psychique sera bien gardée.
  • 10 Comme nous conservons psychothérapie le « bénéfice » est tout de même réduit.
  • 11 Le Snppsy a engendré la FFdP puis l’Affop.
  • 12 N’oublions que dans le cadre politique nous avons bénéficié également de l’alliance d’Élisabeth Roudinesco, un parti à elle seule, elle allie le sens politique à la capacité d’analyse théorique.
  • 13 Cette information figure seulement sur le site de l’École.
  • 14 décision initiale en fin de journée dans un café autour du Sénat où se tenait un colloque FFdP : Fourcade, Dal Palu, Naissant, Grauer.
  • 15 Ce terme, issu de « psychothérapie par la relation », qu’on trouve dans l’article fondateur de Jean-Michel Fourcade en ligne ici-même, fut repris par l’auteur de la présente préface en psychothérapie relationnelle, et adopté par le Snppsy en 2001. Il vint s’adosser au concept de Carré psy, toujours de Philippe Grauer. Il se trouve que la dénomination psychothérapie relationnelle avait existé auparavant, dans les années 50, preuve que l’expression avait déjà fait sens dans passé. Cf. la psychothérapie relationnelle.
  • 16 En l’absence de Jean-Michel Marchand député Vert, dont la déclaration fut lue par Arlette Gastine, en présence par contre de Jacques Sédat, qui n’a soufflé mot du Groupe de contact.
  • 17 Quelles que soient les querelles qui ont pu les opposer, je les réunis dans cet hommage. Et, de même, je souhaite, ici, à cette tribune, saluer la place que remplissent, dans la vie psychanalytique, en France, la Société psychanalytique de Paris et l’École de la Cause freudienne, sans oublier les multiples groupes qui concourent à donner son rayonnement à la psychanalyse française. Je m’adresse également à tous les praticiens de la psychothérapie relationnelle et à tous ceux que le public appelle familièrement les psys. »

En France les innocents vont en prison

En France, les innocents vont en prison

18 décembre 2012

par Silvagni

En l’espace de quelques jours, deux condamnations viennent éclairer avec cruauté l’ampleur des dégâts causés par le sarkozysme en matière de santé et de libertés individuelles. vendredi dernier les presse titrait, sans susciter aucun commentaire notable:

« Un schizophrène condamné à seize ans de prison »

Pourtant, l’énoncé de ce titre en lui-même insupportable aurait été impensable il y a encore quelques années.

Avant Sarkozy, il ne serait venu à l’idée de personne, aussi réactionnaire ou archaïque qu’on puisse l’être, de soutenir dans la même phrase qu’un fou est condamné à de la prison. Un fou, donc un malade mental, depuis l’instauration du Code Pénal, est par définition un irresponsable.

En bon français, peut-être un peu teinté de la sagesse et de l’accent Provençal, le synonyme de « fou » c’est « ravi » ou mieux encore: on disait « l’innocent », et même, avec une majuscule verbale: l’Innocent. Entendez, le nôtre, celui du village: laissez-le, il n’y peut rien, c’est un innocent. On dit encore aujourd’hui, un ravi, un fada. Il ne sait pas ce qu’il fait et il est inutile de lui en vouloir, qui ne comprend pas cela?

On se consolera mal à la veille de Noël, en remarquant que les crèches provençales placeront quand même, comme depuis des siècles, à côté du bœuf de l’âne et des rois mages, « lou ravi », extatique, qui est un « innocent », oui, au cœur de la foi naïve et pure des enfants à la veillée qui peuvent encore croire que sont » bienheureux les simples d’esprit ».

Faut-il ajouter désormais qu’étant un innocent, il est inutile mais surtout honteux de punir un fou?

En vain depuis Sarkozy, dans notre pays. Les Baumettes ne sont pas les seuls lieux de Justice où l’air qu’on respire est putride: tout est à rebâtir de fond en comble…

Un autre titre, aujourd’hui même, se détache sur fond de l’incroyable dérapage liberticide sarkozyste en matière de Justice, que la nouvelle majorité semble incapable d’interrompre:

« Marseille : la psychiatre d’un patient meurtrier condamnée à un an de prison avec sursis »

Nous y voila: puisque le fou est devenu responsable de ses actes, ceux qui sont le mieux placés pour le savoir sont évidemment les psychiatres. Et par conséquent, en laissant un fou libre de circuler, les psychiatres se rendraient responsables des actes de folie commis par les patients qu’ils suivent! Admirons l’ enchaînement paralogique que nous valent les salauds et les imbéciles qui se sont disputés la palme ces dix dernières années…

Dans l’émission « Conduite accompagnée » diffusé ce samedi soir, le philosophe Christian Godin et moi n’avons pu que constater les dégâts et la perte de repères qui suivent la disgrâce actuelle de la psychanalyse. Celle-ci demeure pourtant le seul corps de doctrine reposant tout entier sur la défense du Sujet… En perdant la psychanalyse, c’est précisément le Sujet, réifié, objet de traitements, objet de soins, déposé en consigne à son propre domicile et objet de surveillance, qui est perdu de vue par la psychiatrie. En se résignant au tristement standardisé manuel de traitement du DSM IV puis V de la psychiatrie militaire étatsunienne, c’est leur clinique que les psychiatres ont laissé à l’abandon. En acceptant de s’adjoindre à un juge, la psychiatrie s’est subordonnée à la Justice, dont ce n’est ni la compétence ni la vocation institutionnelle. Et les psychiatres ont désormais la démonstration qu’ils sont tenus responsables des patients qu’ils ont abandonné à domicile…

Il est de notoriété publique que nombre de malades mentaux sont incarcérés dans les prisons françaises, où il est impossible de les soigner. Ils y sont en danger, pour eux-mêmes comme pour les autres détenus.

Les prisons françaises, plus que jamais, frappent la France d’une marque d’infamie. En y enfermant les malades mentaux, c’est toute la Justice française qui se déshonore, et ce sont les fondements mêmes des valeurs du pays des Droits de l’Homme qui sont bafouées à la face du monde.

On attend avec une inquiétude chaque jour grandissante l’annonce trop longtemps différée par ce gouvernement et au premier titre par Madame Taubira, de l’annulation de ces lois sarkozystes, iniques et scandaleuses, et d’un retour à une législation enfin digne de la République Française.


19/12/2012, 05:04 par jolemanique

Votre billet manque un brin de probité intellectuelle…certainement biaisée par la solidarite corporatiste avec la psychiatre condamnée en justice pour son deni opposé a la dangerosite connue de son patient diagnostiquée par 8 de ses confreres.

Rappel des faits : ‘Depuis février 2000, tous les spécialistes qui examinent le patient concluent qu’il est atteint d’une forme de schizophrénie paranoïde et d’un déni complet de son état, qui font de lui l’un de ces rares malades mentaux extrêmement dangereux pour leur entourage (le plus souvent, ils sont victimes d’humiliations et de mauvais traitements). Tous, sauf le Dr Danièle Canarelli, 57 ans. Il ne cesse de donner raison aux praticiens qui le disent délirant, multipliant les agressions d’une violence préoccupante (incendie, agression, tentative d assassinat) et les «non-lieux psychiatriques» (article 122-1 du Code pénal) en raison de son irresponsabilité manifeste.

N’étant «pas accessible à la sanction pénale», l’intéressé est dirigé vers un établissement médical, notamment l’hôpital Édouard-Toulouse de Marseille où officie le Dr Canarelli. Une première fois, en février 2000, ce médecin obtient la levée de l’hospitalisation d’office (HO) estimant qu’il ne «présente aucun élément de dangerosité psychiatrique» grâce au traitement.

Quatre internements

Problème: le sujet cesse de prendre ses médicaments et récidive, en janvier 2001. Retour à Édouard-Toulouse, où le Dr Canarelli demande rapidement la levée de la mesure de HO. Il y aura quatre internements semblables entre 2000 et le crime de 2004.

Peu avant celui-ci, le patient est reçu par le Dr Canarelli. Lorsque le médecin indique à son interlocuteur qu’elle envisage de l’hospitaliser, l’individu se lève et s’en va. Ce n’est qu’au bout de plusieurs heures que sa fugue est signalée à la police. Le 26 février 2004, il tente une première fois d’agresser sa victime, qu’il soupçonne, dans son délire, de vouloir détourner l’héritage de son grand-père. Le 9 mars, il le tue.

Un expert judiciaire, le Dr Archambault, note que huit psychiatres ont diagnostiqué sa maladie et s’étonne de l’attitude du Dr Canarelli: «Il y a eu en quelque sorte un enfermement dans le déni, le déni du patient ayant entraîné un déni de l’équipe soignante et surtout du Dr Canarelli», écrit l’expert dans son rapport, laissant entendre que, contrairement à ce qu’elle soutient, sa collègue ne considérait pas son patient comme un malade mental et, par conséquent, n’a pas mis en œuvre les mesures adéquates.

La juge d’instruction renvoie la psychiatre en correctionnelle par le biais d’une ordonnance sévère. Elle relève, notamment, que quand son patient s’enfuit de l’hôpital, le Dr Canarelli demande que sa famille soit prévenue d’un «risque de passage à l’acte» : «Cette démarche établit à elle seule que le médecin avait parfaitement conscience de la dangerosité de son patient», déduit le magistrat.’

La justice ne sanctionne nullement l innocent..mais le manque de discernement de la psychiatre dans la prise en charge de ce patient atteint de psychose paranoide severe.

D »ailleurs, dans les attendus du jugement, il est clair qu’on n’a pas condamné la psychiatre pour sa pratique soignante, et qu’aucune jurisprudence de ce type n’est possible.

Ce qu’on lui reproche, comme vous le faites remarquer, c’est de n’avoir pas pris des mesures alors qu’elle savait qu’il était manifestement dangereux. Son rôle était de protéger les citoyens, en l’occurence quelqu’un qui avait été désigné déjà comme cible par le malade. Et elle a failli à cette mission précise, on ne lui reproche rien d’autre.

Je comprends bien que pour les psys, ce jugement soit la cerise sur le gâteau, vues les obsessions actuelles et les attaques contre la psychanalyse. Mais cela concerne une des vocations de la psychiatrie, mais en constitue une seule petite partie, qui est la sécurité publique. Une minorité de personnes atteintes de maladie mentale sont dangereux, et il est nécessaire de les prendre correctement en charge.

Mais d’après moi, et plus généralement, c’est un gigantesque boulot qui doit être fait sur la sécurité, la Justice, la psychiatrie de rétention, les prisons, mais tout ensemble, et pas en les opposant les uns les autres. Il faudrait tout refondre, et séparer les délinquants less uns des autres en fonction de leur état mental, fournir des fonds à la psychiatrie pour se réorganiser, y compris les trouver dans ses propres finances car elle n’en manque pas pour les réattribuer. Et il faudrait le faire en ayant bien défini les problèmes.

En bref, au lieu de faire du chiffre, se barder de préjugés ineptes pour prendre des décisions idéologiques, et que la réalité se passe à la va comme je te pousse, il faudrait de réelles décisions politiques, et une réflexion globale en profondeur.

Mais par les temps qui courent, c’est peut-être trop demander. Mais Taubira est efficace, elle y parviendra si les petits cochons ne la mangent pas. Elle fera le maximum.