Anna et Sigmund Freud, Correspondance 1904-1938

Anna et Sigmund Freud, Correspondance 1904-1938, Fayard, 2012, 680 pages.

lu par Mariane Perruche

Extrait – on lira avec profit l’article en entier consultable selon l’hyperlien ci-dessus.

Sigmund Freud, le père de la psychanalyse, (1856-1939) entretint toute sa vie une correspondance fournie avec ses collègues, ses amis, écrivains ou analystes, et avec sa famille dispersée dans toute l’Europe. De nombreux extraits de cette correspondance sont disponibles tant en allemand qu’en français.

la partie plus intime

La partie professionnelle de la correspondance ne fait plus de mystère pour le public français, ainsi que tout ce qui concerne l’histoire et la préhistoire de la psychanalyse, comme par exemple la fameuse correspondance entre Freud et Fliess dont l’importance fut révélée par la Naissance de la psychanalyse, Lettres à W. Fliess 1887-1902 (PUF, 1991). En revanche la partie plus intime de la correspondance, comme ses lettres à sa femme (toujours indisponibles en français) ou les lettres à sa fille Anna présentées ici pour la première fois en français, ne manqueront pas d’attirer un public intéressé par l’histoire de la psychanalyse.

âgée d’à peine 9 ans et Freud de 48

Cette édition est établie par Ingeborg Meyer Palmedo (pour l’édition allemande en 2006) qui rédige également la postface et les notes et fournit un appareil critique précieux (index et bibliographies très complètes). Cette spécialiste de la correspondance de Freud a déjà travaillé sur la publication en allemand de la correspondance entre Freud et Ferenczi, puis sur celle de la correspondance de Freud avec ses enfants (Briefe an die Kinder, Berlin, Aufbau, 2010, Lettres à ses enfants, Aubier, 2012). La correspondance entre Freud et sa fille cadette présente toutes les lettres échangées entre Sigmund et Anna depuis 1904, alors que celle-ci, la dernière de ses six enfants, est âgée d’à peine 9 ans et Freud de 48, accompagnées d’un appareil critique très précis après chaque lettre permettant à tout public, même peu informé, de suivre commodément le flux de cette correspondance.

Meyer-Palmedo confronte de façon rigoureuse les événements évoqués dans cette correspondance avec les biographies bien connues de Freud, au premier chef celle d’Ernest Jones (Das Leben und Werk von Sigmund Freud, Stuttgart, 1960-1962, trad. en français PUF, Quadrige, 2006) et celle d’Anna Freud par Elizabeth Young-Bruehl (trad. française, Payot, 2006). Meyer-Palmedo n’hésite pas à remettre en question tel et tel détail de ces biographies qui ont fait autorité à la lumière de cette correspondance entre Freud et Anna, ce qui fera bien sûr de cet ouvrage un précieux allié pour les historiens de la psychanalyse et les spécialistes de l’œuvre de Freud.

attentif, soucieux, aimant, souvent douloureusement meurtri

Mais le principal intérêt de cet ouvrage n’est pas seulement dans cette précision historiographique. Il n’apportera pas non plus de révélation qui viendrait nourrir les polémiques récentes autour de la vie et l’œuvre de Freud : celui-ci y apparaît au fil des pages comme un père de famille attentif, soucieux, aimant, souvent douloureusement meurtri par les maladies et le décès de ses proches et préoccupé par la nécessité d’établir la sécurité financière d’une nombreuse famille.

une sorte de retenue commune

On y retrouvera au fil des échanges, souvent étouffé par une sorte de retenue commune à Freud et à Anna, le deuil de sa fille Sophie, décédée subitement de la grippe espagnole en 1920 : en effet Anna se chargera pendant de longs mois des deux enfants de celle-ci à Berlin au foyer de Max Halberstadt son mari et se prendra d’affection pour l’aîné, Ernst, dont elle assumera l’éducation pendant quelques années. Et on retrouvera l’émotion très contenue de Freud concernant la mort de son petit-fils préféré, Heinele, trois ans après celle de sa mère (195 SF, p.392).

L’union homosexuelle, 150 ans d’histoire

par Régis Schlagdenhauffen
Sociologue, chercheur à l’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (IRIS), EHESS

C’est au juriste allemand Karl Heinrich Ulrichs que l’on doit la première mention publique de l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe, en 1867.

Le premier à penser et théoriser le mariage des couples de même sexe

généalogie
SUR FRANCE CULTURE, le 12 janvier, à propos du «mariage pour tous», face à la sociologue Irène Théry, Alain Finkielkraut a voulu faire parler les morts. Peut-on imaginer, a-t-il dit en substance, Walt Whitman, Verlaine ou Rimbaud, sacrifiant au mariage, cette institution bourgeoise? Leur homosexualité était à la fois refus de l’hétéro normativité, rejet des conventions et des académismes. Instituer le couple homosexuel dans le code civil, lui donner une reconnaissance juridique et sociale, serait se moquer d’eux, les ridiculiser post-mortem, pratiquer un crime contre l’art en tarissant une source majeure de l’inspiration poétique et littéraire. Loin de faire parler les morts, il faut au contraire faire parler l’histoire, pour replacer la question du mariage pour tous dans une généalogie qui lui restitue son ancienneté. C’est, en effet, dans le dernier tiers du XIXe siècle que des juristes ont nommé, pensé et théorisé le mariage des couples de même sexe.

voué à l’exil

C’est au juriste allemand Karl Heinrich Ulrichs (1825-1895) que l’on doit la première mention publique de l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe. Cela eut lieu lors du 6econgrès des juristes allemands, le 29août 1867. Selon lui, le mariage n’était qu’un versant parmi une somme de revendications plus vastes dont on retrouve le détail par le menu dans son ouvrage L’Énigme de l’amour entre hommes. En somme, il s’agissait d’assurer la reconnaissance des «uranistes» – les hommes qui aiment les hommes avant l’invention du terme homosexuel en 1869 –, de lutter contre leur discrimination et d’instituer l’égalité des droits. Conspué à la suite d’un discours trop en avance sur son temps, banni de la société des juristes, il fut voué à l’exil.

Je suis convaincu et certain que le préjugé disparaîtra et que, un jour, on reconnaîtra, à juste raison, le droit aux homosexuels de pratiquer sans entraves leur amour.

À sa suite, Eugène Wilhelm (1866-1951), juriste connu pour ses écrits avant-gardistes concernant les questions sexuelles (le droit à l’avortement et le droit pour les hermaphrodites de choisir leur sexe), formula une réflexion plus globale sur la question. Il nous est possible de retrouver la genèse de sa pensée dans la Psychopathia sexualis, Pocket, 1999, ouvrage de référence au milieu des débats qui ont participé à la mise en ordre du monde par une série de clivages entre le normal et le pathologique, l’hétérosexuel et l’homosexuel. Dans l’édition française de 1895, nous pouvons y lire cet aveu prémonitoire de Wilhelm: «S’il existait un mariage entre hommes, je crois que je ne reculerais pas devant une vie commune qui me paraîtrait impossible avec une femme(…). Je suis convaincu et certain que le préjugé disparaîtra et que, un jour, on reconnaîtra, à juste raison, le droit aux homosexuels de pratiquer sans entraves leur amour.» Ce propos, à première vue naïf, est désajusté par rapport aux normes en vigueur à la fin du XIXe siècle. Premièrement, il met en son centre l’idée d’amour, à un moment où le mariage civil était affaire de transmission patrimoniale. Deuxièmement, parce qu’il ne fonde pas l’interdit sur une quelconque «nature» ou sur la religion, mais sur des préjugés.

Eugène Wilhelm reconfigure la question homosexuelle

Troisièmement, parce qu’Eugène Wilhelm reconfigure la question homosexuelle. Il s’interroge, à la manière des sociologues interactionnistes de la seconde moitié du XXe siècle, sur les effets de la stigmatisation des homosexuels considérés en tant que membres de la collectivité. Plus encore, et c’est sans doute à cet endroit qu’il est un précurseur, Wilhelm envisage la question à travers le prisme du lien social: l’engagement mutuel entre deux personnes et la reconnaissance de cet engagement par la société et par l’État.

conservateurs mais en avance sur leur temps

L’idée du «mariage pour tous» peut donc se prévaloir d’une histoire que ses détracteurs s’emploient à gommer pour l’ériger en idée neuve. Elle trouve ses fondements dans la pensée de juristes bourgeois du XIXe siècle, plutôt conservateurs mais en avance sur leur temps.

Faisons cohabiter les deux modèles de famille au nom du respect de l’enfant

par François de Singly

Professeur de sociologie à Paris-Descartes, directeur du Centre de recherche sur les liens sociaux

père, mère, enfant

SELON SES OPPOSANTS, le projet de loi sur le mariage pour tous serait une révolution, elle signerait la fin de la famille naturelle, l’évidence du noyau «père, mère, enfant». Et si ces opposants disaient, en partie, vrai ? Nous voudrions, pour mieux comprendre les enjeux de cette loi, faire une analogie avec ce qui s’est passé dans la peinture européenne au XVIe siècle.

la trahison du maniérisme

Avant l’invention du maniérisme, le peintre devait représenter le plus fidèlement la nature. Le critère pour évaluer un tableau était le respect de la vérité de l’objet représenté. Évidemment, la peinture était un faux-semblant, devant faire «comme si» on avait devant soi, reproduite au mieux, la nature. Or le maniérisme a rompu avec ce présupposé. Le peintre s’éloigne de la représentation de la nature, rendant compte d’un monde artificiel. Le spectateur sait que ce qu’il voit n’est pas vrai. Il apprécie non plus la stricte reproduction, fidèle, du monde naturel, mais la bella maniera. N’est-ce pas ce qui est en train de se passer dans le domaine de la famille ?

naturalisme : l’état de nature comme seul légitime

Tel qu’il est défendu par les opposants au mariage pour tous, le mariage-institution ressemble aux canons de la peinture «naturaliste»: selon les argumentaires de nombreux opposants du mariage ouvert, n’y a-t-il pas souvent renvoi à l’état de nature comme seul légitime ? Or, il s’agit d’une fiction sociale, trompeuse, puisqu’elle a pour fonction de faire croire que le biologique et le social se confondent depuis la nuit des temps, qu’il s’agit d’un invariant anthropologique. Considérons deux éléments de la filiation en France contemporaine qui démontrent, sans conteste, que c’est bien une fiction.

faire comme si pour assurer la paix des familles

Le premier, c’est le fait que tous les enfants nés d’une femme mariée sont aussi ceux de son mari. Ainsi, dans le mariage, cette présomption de paternité s’étend aux enfants conçus par insémination artificielle ou par fécondation in vitro. On joue à «faire comme si» pour assurer «la paix des familles» (selon l’expression d’un manuel de droit) et la tranquillité de l’ordre familial. Le deuxième élément est l’adoption plénière : les deux parents biologiques sont supprimés de l’état civil, remplacés par le ou les parents adoptifs, qui ont le droit de changer le prénom et le nom de naissance de l’enfant.

fiction d’organisation de la vie privée

L’adoption plénière, qui a été et qui reste approuvée par les opposants au mariage pour tous, est donc un montage juridique qui a pour finalité d’imiter au plus près la reproduction «naturelle ». Ce mensonge juridique sur lequel repose cette adoption est accepté parce qu’il rend hommage à la nature. Une telle famille «naturaliste» ne repose pas sur un régime de vérité, contrairement à ce qu’affirment les opposants au mariage ouvert. Elle propose une fiction d’organisation de la vie privée qu’elle tente de faire passer pour universelle et atemporelle.

un artifice

Avec la famille «maniériste,» notamment avec des parents gays ou lesbiens, la fiction continue mais, à la différence de la famille «naturaliste», elle peut être assumée. Il est difficile de tromper son monde, et tout d’abord les enfants. Deux hommes, ou deux femmes, avec un enfant ne peuvent pas jouer à la reproduction sociale de la nature. Chacun sait et saura qu’il s’agit bien d’un artifice.

Dieu et le mariage-institution occidental

Dans le cadre du débat portant sur les deux types de famille, on peut se demander pourquoi la croyance en l’imitation familiale de la nature est défendue à ce point par les institutions religieuses, pourquoi ces dernières établissent une équivalence entre la famille dessinée par Dieu et le mariage-institution occidental. On peut s’interroger sur le refus des opposants à la réforme de la liberté des femmes et des hommes de faire leur histoire dans le domaine familial.

perte d’exclusivité du mariage hétérosexuel

Bien des religions ne refusent pas seulement l’ouverture du mariage, elles refusent aussi les conséquences du primat de l’amour dans le couple, c’est-à-dire le divorce et la séparation. Elles refusent la déconnexion entre sexualité et reproduction en condamnant la pilule. Elles refusent la perte d’exclusivité du mariage hétérosexuel comme cadre normal de l’éducation des enfants en ne reconnaissant pas le concubinage… Ainsi ces opposants préfèrent, par ailleurs, que les conjoints qui ne s’aiment plus restent néanmoins ensemble. Ils n’ont pas à se séparer, le mariage ne leur appartenant pas.

ligne Maginot

Un tel refus du divorce traduit une certaine conception des relations conjugales : en effet, quelle est la «vérité» d’un couple en désamour condamné à vivre ensemble ? Le refus du mariage pour tous ne peut pas être dissocié des résistances qui forment comme une ligne Maginot défendant la famille «naturaliste».

l’importance du couple amoureux

Au-delà de la question, pour ceux et celles qui le désirent quelle que soit leur orientation sexuelle, de l’égalité d’accès au mariage (à compléter par celle de l’accès au concubinage) à la filiation, d’autres questions doivent être posées : celles des fondamentaux sur lesquels les familles peuvent être reconnues (l’argument de la «réalité» n’étant pas un critère de la fiction sociale). On peut en nommer deux. Le premier, c’est l’importance du couple amoureux, hétérosexuel ou homosexuel, comme idéal de la fondation d’une famille.

l’intérêt de l’enfant

Le second, c’est le primat de l’intérêt de l’enfant, défini non pas de manière intemporelle, mais selon les valeurs de référence des sociétés contemporaines (Déclaration des droits de l’enfant de 1989). L’enfant a le droit d’être pris en charge, élevé, éduqué par des hommes, des femmes qui signent, chacun individuellement, un engagement à long terme dans le cadre du mariage ou du concubinage, en se déclarant «parent».

les soins dont l’enfant a besoin pour se développer

Au centre de ce récit fondateur de la famille est placé le respect de l’enfant, se traduisant par le droit à la vérité de ses origines (tue avec l’accouchement sous X, avec l’adoption plénière…), par le droit d’être élevé par un ou des parents qui se sont engagés à être son parent, ses parents, son ou ses pères, sa ou ses mères, par le droit d’avoir des beaux-parents qui sont reconnus. Ce qui importe aujourd’hui pour l’enfant, ce n’est pas la forme «naturaliste» de sa famille, c’est le fait qu’il reçoive les soins et l’attention bienveillante dont il a besoin pour se développer.

François de Singly est l’auteur de nombreux ouvrages, dont Séparée, vivre l’expérience de la rupture, Armand Colin, 2011.

La gestation pour autrui en huit questions.

Le Monde – Vendredi 1er février 2013

La gestation pour autrui en huit questions.

Une circulaire du ministère de la justice provoque la polémique

par Nicolas Chapuis et Gaëlle Dupont

ELLE N’ÉTAIT pas prévue au programme, et le gouvernement comptait bien éviter d’en parler au cours de l’examen du projet de loi sur le «mariage pour tous ». La gestation pour autrui (GPA) a fait irruption, mercredi 30 janvier, dans le débat. En cause : une circulaire de la Chancellerie facilitant l’accès à la nationalité française des enfants conçus à l’étranger de cette façon.

Qu’est-ce que la GPA ?

Cette technique de procréation médicalement assistée est utilisée par les couples hétérosexuels dont la femme ne peut pas porter d’enfant, du fait de l’absence d’utérus, et les couples d’hommes. La mère porteuse se voit implanter, après fécondation in vitro, l’ovule d’une donneuse fécondé par le sperme du futur père. Elle peut également être la donneuse d’ovocyte.

Quelle est la réglementation ?

La GPA est totalement interdite. L’article16-7 du code civil dispose que «toute convention portant sur la procréation ou la gestation pour le compte d’autrui est nulle». L’article 227- 12 du code pénal sanctionne d’une peine de six mois d’emprisonnement et de 7500 euros d’amende «le fait de s’entremettre entre une personne ou un couple désireux d’accueillir un enfant et une femme acceptant de porter en elle cet enfant en vue de le leur remettre.» La GPA a été très médiatisée depuis 2000 par le combat des époux Mennesson. Ces parents de deux jumelles, nées d’une mère porteuse en Californie, se battent pour faire inscrire leurs filles à l’état civil français.

Dans les autres pays ?

Plusieurs pays autorisent la GPA pour les couples hétérosexuels tels que le Royaume-Uni, les Pays-Bas, Israël, l’Afrique du Sud. Peu d’entre eux ouvrent la gestation pour autrui aux couples homosexuels et aux ressortissants des autres pays. Les couples, homosexuels ou hétérosexuels, se dirigent principalement vers le Canada et les États-Unis. L’Inde et l’Ukraine l’autorisent également, mais le cadre légal est beaucoup moins défini et les soupçons de marchandisation des mères porteuses sont beaucoup plus importants, selon l’association des familles homoparentales (ADFH), qui plaide pour une GPA «éthique». Ces deux pays seraient en passe de fermer leurs cliniques aux ressortissants étrangers et aux homosexuels. Aux Etats-Unis, tous les États n’autorisent pas la GPA, et encore moins pour les homosexuels. Le Wisconsin, la Californie et quelques États du Midwest comme l’Illinois ouvrent leurs portes à ces couples.

Combien d’enfants ?

La pratique étant illégale, les chiffres sont à manier avec précaution. Le ministère de la justice évoque une quarantaine d’enfants nés de GPA qui se sont vu refuser la nationalité. Les associations de parents ayant eu recours aux mères porteuses parlent de plusieurs centaines d’enfants par an. «Depuis dix à quinze ans, il y a eu entre 200 et 600 naissances par an, affirme Alexandre Urwicz, président de l’ADFH. Mais les parents ne vont pas voir l’administration pour faire reconnaître leur enfant parce qu’ils savent que cela leur sera refusé.»

Quels sont les coûts ?

Entre 60 000 et 90 000 euros selon les États pour avoir recours à la GPA, d’après l’ADFH. Environ un cinquième de la somme reviendrait en général à la mère porteuse. Le reste est dépensé en frais médicaux, d’avocats, d’agence de mise en relation, de voyage… «Ce qu’on donne à la mère porteuse ce n’est pas une rémunération, c’est plutôt une compensation, estime M. Urwicz. Mais la relation ne s’arrête pas là. Le lien avec la mère porteuse dure toute la vie, c’est une histoire qui commence un jour et qui ne s’arrête plus jamais.» Tout dépend, cependant, du souhait et de la pratique de chaque couple.

Quel est le statut de ces enfants ?

Les situations sont variables. Les enfants bénéficient en général du passeport du pays dans lequel ils sont nés. Certains d’entre eux voient leur acte de naissance à l’étranger retranscrit à l’état civil sans difficulté, dès lors que la GPA n’est pas soupçonnée. En revanche, quand ce soupçon existe, les couples peuvent se retrouver bloqués avec leurs enfants dans le pays de naissance. S’ils arrivent à rentrer en France en obtenant un laisser-passer, les enfants vivent sur le territoire avec leur passeport étranger. Ils n’ont ni passeport français, ni carte d’identité, ni livret de famille, mais sont inscrits à l’école, ont accès aux droits sociaux, etc.

Que change la circulaire?

Les tribunaux devront délivrer des certificats de nationalité française (CNF) «dès lors que le lien de filiation avec un Français résulte d’un acte d’état civil probant». Un soupçon de GPA «ne peut suffire à opposer un refus aux demandes de CNF», précise le texte. La pratique était jusqu’à présent variable. «La circulaire ne fait que rappeler le droit, c’est-à-dire qu’est Français un enfant dont l’un des parents est Français», explique Caroline Mécary, avocate spécialiste de la défense des familles homoparentales. «Si elle consiste à dire qu’un enfant né de père français est de nationalité française, elle est difficilement contestable », observe Françoise Dekeuwer-Défossez, professeur de droit de la famille. Concrètement, avec un CNF, les enfants nés par GPA pourront obtenir une carte d’identité et un passeport français, mais pas de livret de famille. «L’État français ne reconnaît toujours pas la filiation et refuse de transcrire l’acte de naissance établi à l’étranger dans l’état civil », estime Sylvie Mennesson, fondatrice de l’association Clara, pro-GPA.

Une reconnaissance de la GPA en France ?

les enfants n’ont pas à subir les conséquences de leur mode de conception

Le gouvernement s’en défend. La GPA ne sera pas autorisée, martèle-t-il. Les défenseurs de la régularisation, qui ne sont pas forcément favorables à la GPA, disent agir au nom de l’intérêt des enfants, qui n’ont pas à subir les conséquences de leur mode de conception. La droite y voit une reconnaissance, et un possible encouragement des familles qui veulent avoir recours à ces pratiques. Néanmoins, le coût et la complexité de la démarche restent inchangés pour les candidats, souligne Caroline Mécary.

Une loi entre sexe et genre

S’affranchir de la nature sans récuser la différence sexuelle

par Dany-Robert Dufour
Professeur de philosophie de l’éducation à l’université Paris-VIII

LA GRAVE QUESTION du mariage homosexuel est préemptée par d’autres débats : l’opposition politicienne entre la droite et la gauche, l’opposition théologique entre les religieux («Dieu est vivant») et les «postmodernes» («Dieu est mort»), l’opposition anthropologique entre les tenants du primat de la nature et ceux du primat de la culture. Ces oppositions se recoupent d’ailleurs assez bien puisqu’on peut dessiner un axe droite-religieux-nature contre un axe gauche-postmodernisme-culture.

Or, nous sommes à l’évidence des êtres de nature et de culture. Pas l’un ou l’autre, mais les deux. La preuve : je suis vivant – des fonctions physiologiques s’accomplissent en moi par différents organes qui collaborent assez pour que ce corps que j’habite vive ; et je suis parlant – puisque je suis en train de dire quelque chose. Or, ces deux dimensions, biologique d’un côté et symbolique de l’autre, ne mettent pas en jeu les mêmes lois.

côté biologique côté symbolique

Du côté biologique, on se trouve dans une espèce sexuée. Dans cet ordre, la survie de l’espèce passe par la mort des individus et implique donc, autant que possible, si l’on veut que cela continue, la rencontre préalable avec un représentant de l’autre sexe. Du côté symbolique, on se trouve dans une espèce (la seule) qui dote ses individus de la capacité de se raconter tout ce qu’ils veulent sur leur compte et sur le reste de l’univers. C’est là un droit inaliénable à la «fantaisie», à entendre au sens classique de choses fabriquées par l’imagination et aussi au sens freudien de «fantasme»qui désigne ce qui est de l’ordre, non de l’être, mais de l’apparaître.

deux ordres avec leurs lois propres

Deux ordres donc, avec leurs lois propres. Mais parfois il peut surgir des conflits entre ces deux dimensions. Par exemple, en tant que je vis, je suis nécessairement (dans 99,99%des cas) un homme ou une femme. Mais, en tant que je parle, je peux dire ce que je veux et donc me prendre pour qui je veux : une femme, pour moi qui suis un homme, si cela me chante, et inversement. C’est la logique et la morale – c’est la même chose qui exige qu’il soit tenu compte de ces deux dimensions : le sexe (biologique) et le genre (symbolique).

Or, de quoi sont faits les débats actuels ? D’une confrontation de plus en plus violente entre ceux qui se trompent en soutenant qu’«il n’y a que le sexe» et ceux qui se trompent en soutenant qu’«il n’y a que le genre». La première position est incarnée par les franges subsistantes de l’ancien discours du patriarcat [domination du mâle et du père] et par les milieux religieux qui, toutes obédiences confondues, tiennent à peu près ce discours : Dieu a voulu que l’espèce humaine soit divisée entre hommes et femmes, d’où il s’ensuit que le sexe n’a pour finalité première sinon exclusive que la reproduction de cette espèce. Mais, bien sûr, ce déni des activités fantasmatiques et érotiques s’expose à subir de sérieux retours du refoulé, par exemple, le syndrome pédophilique dont ont été suspectés bon nombre de prêtres.

s’en affranchir est une chose, les récuser une autre

De l’autre côté, il y a ceux qui soulignent qu’il est dans la vocation de l’humanité de s’affranchir des normes de la nature – c’est cela même qu’on appelle culture. La question est de savoir jusqu’où. S’en affranchir est une chose, les récuser une autre. Ce serait là nier l’antécédence de la vie sur la parole. Je m’appuie là sur un axiome, comme tel indémontrable, mais évident par lui-même: d’abord, je vis et ensuite je parle.

Or, cette évidence niée loge au cœur de la pensée postmoderne. Le mouvement a été initié par Pierre Bourdieu en France dans La Domination masculine (Seuil, 1998) et il s’est propagé outre-Atlantique à partir d’auteurs comme Judith Butler, jusqu’au point de troubler le milieu psychanalytique dont une partie se met, elle aussi, contre Freud, à vouloir «oublier la nature». Elle soutient que le sexe procède non d’une donnée naturelle, mais d’une construction historique où se trouvent mises en œuvre des normes discursives qui font advenir, dans le réel, ce qu’elles norment, c’est-à-dire les corps sexués. C’est alors le genre qui détermine le sexe réel.

le marché est prêt à prendre en charge cette question

Et comme, soutenant cette position, elles se retrouvent coincées pour faire des enfants, ces personnes doivent alors faire appel au marché et à ses industries pour résoudre la question qu’elles ont fuie : disposer d’un homme et d’une femme pour faire un enfant. Le marché est prêt à prendre en charge cette question dans une industrie de la procréation médicale assistée, de même qu’il est prêt à mettre en place un marché de la gestation pour autrui – en mettant ainsi à profit (c’est le cas de le dire) les bases conviviales et solidaires à partir desquelles ces deux pratiques se sont édifiées.

deux mensonges inverses: «Il n’y a que le sexe» / «Il n’y a que le genre»

Une grave question se pose alors : se serait-on libéré du patriarcat et des oppressions qu’il soutenait pour confier les grandes questions humaines à de nouveaux sophistes et à leurs solutions controuvées impliquant la formation d’un marché des êtres humains? Je plaide donc pour échapper aux deux mensonges inverses: «Il n’y a que le sexe» / «Il n’y a que le genre». Il faut nouer ces deux dimensions. Que les homosexuels se marient donc si tel est leur désir. Qu’ils jouent et déjouent à leur convenance les positions ou les signes de la masculinité et de la féminité. Mais que l’homosexuel homme sache que «se prendre pour»une femme ne fera jamais de lui, vraiment, une femme – celle qui peut porter des enfants. Même chose, à l’inverse, pour l’homosexuelle femme. Qu’ils sachent qu’ils ne peuvent à cet endroit invoquer l’égalité avec les couples hétérosexuels car il ne s’agit pas d’une fonction naturelle en défaut, mais d’une impossibilité foncière.

tourment de l’origine

Quant à l’adoption, la demande peut être légitime. Mais l’affect et la générosité dont sont probablement capables les couples homosexuels ne suffisent pas. Il faut que l’enfant puisse élaborer son origine, laquelle met évidemment en jeu la différence sexuelle. Sinon, on le livrera, avant même qu’il ne vienne au monde, aux formes les plus graves du tourment de l’origine.

Dany-Robert Dufour, ex-directeur de programme au Collège international de philosophie, vient de publier Il était une fois le dernier homme, Denoël, 2012.-

Attali : vers l’humanité unisexe

par Jacques Attali
le 29 janvier 2013

Comme toujours, quand s’annonce une réforme majeure, il faut comprendre dans quelle évolution de long terme elle s’inscrit.

égaux sur tous les plans
Et la légalisation, en France après d’autres pays, du mariage entre deux adultes homosexuels, s’inscrit comme une anecdote sans importance, dans une évolution commencée depuis très longtemps, et dont on débat trop peu: après avoir connu d’innombrables formes d’organisations sociales, dont la famille nucléaire n’est qu’un des avatars les plus récents, et tout aussi provisoire que ceux qui l’ont précédé, nous allons lentement vers une humanité unisexe, où les hommes et les femmes seront égaux sur tous les plans, y compris celui de la procréation, qui ne sera plus le privilège, ou le fardeau, des femmes.

Bien des forces y conduisent, issues de demandes parfois contradictoires.

1.La demande d’égalité

D’abord entre les hommes et les femmes. Puis entre les hétérosexuels et les homosexuels. Chacun veut, et c’est naturel, avoir les mêmes droits: travailler, voter, se marier, avoir des enfants. Et rien ne résistera, à juste titre, à cette tendance multiséculaire. Mais cette égalité ne conduit pas nécessairement à l’uniformité: les hommes et les femmes restent différents, quelles que soient leurs préférences sexuelles.

2.La demande de liberté

émergence des droits de l’homme
Elle a conduit à l’émergence des droits de l’homme et de la démocratie. Elle pousse à refuser toute contrainte ; elle implique, au-delà du droit au mariage, les mêmes droits au divorce. Et au-delà, elle conduira les hommes et les femmes, quelles que soient leurs orientations sexuelles, à vouloir vivre leurs relations amoureuses et sexuelles libres de toute contrainte, de tout engagement.

c’est en fait le mariage de personne qui se généralise
La sexualité se séparera de plus en plus de la procréation et sera de plus en plus un plaisir en soi, une source de découverte de soi, et de l’autre. Plus généralement, l’apologie de la liberté individuelle conduira inévitablement à celle de la précarité ; y compris celle des contrats. Et donc à l’apologie de la déloyauté, au nom même de la loyauté : rompre pour ne pas tromper l’autre. Telle est l’ironie des temps présents : pendant qu’on glorifie le devoir de fidélité, on généralise le droit à la déloyauté. Pendant qu’on se bat pour le mariage pour tous, c’est en fait le mariage de personne qui se généralise.

3.La demande d’immortalité

qui pousse à accepter toutes mutations sociales ou scientifiques permettant de lutter contre la mort, ou au moins de la retarder.

4.Les progrès techniques

découlent en effet de ces valeurs et s’orientent dans le sens qu’elles exigent: en matière de sexualité, cela a commencé par la pilule, puis la procréation médicalement assistée, puis la gestation pour autrui. Ces questions de bioéthique ne découlent évidemment pas des demandes d’égalité venant des couples homosexuels et concernent toutes les formes de reproduction, y compris – et surtout – hétérosexuelles. Le vrai danger viendra si l’on n’y prend garde, du clonage et de la matrice artificielle, qui permettra de concevoir et de faire naitre des enfants hors de toute matrice maternelle. Et il sera très difficile de l’empêcher, puisque cela sera toujours au service de l’égalité, de la liberté, ou de l’immortalité.

5.La convergence de ces trois tendances

vers une humanité unisexe
est claire, nous allons inexorablement vers une humanité unisexe, sinon qu’une moitié aura des ovocytes et l’autre des spermatozoïdes, qu’ils mettront en commun pour faire naitre des enfants, seul ou à plusieurs, sans relation physique, et sans même que nul ne les porte. Sans même que nul ne les conçoive si on se laisse aller au vertige du clonage.

6. la taille du cerveau

Accessoirement, cela résoudrait un problème majeur qui freine l’évolution de l’humanité: l’accumulation de connaissances et des capacités cognitives est limitée par la taille du cerveau, elle-même limitée par le mode de naissance: si l’enfant naissait d’une matrice artificielle, la taille de son cerveau n’aurait plus de limite. Après le passage à la station verticale, qui a permis à l’humanité de surgir, ce serait une autre évolution radicale, à laquelle tout ce qui se passe aujourd’hui nous prépare. Telle est l’humanité que nous préparons, indépendamment de notre sexualité, par l’addition implicite de nos désirs individuels.

7. Comment faire de l’amour et de l’altruisme le vrai moteur de l’Histoire

protéger le sanctuaire de l’identité
Alors, au lieu de s’opposer à une évolution banale et naturelle du mariage laïc, qui ne les concerne pas, les Églises devraient plutôt se préoccuper de réfléchir, avec les laïcs, à ces sujets bien plus importants: comment permettre à l’humanité de définir et de protéger le sanctuaire de son identité ? Comment poser les barrières qui lui permettront de ne pas se transformer en une collection d’artefacts producteurs d’artefacts ? Comment faire de l’amour et de l’altruisme le vrai moteur de l’Histoire ?

Le Mariage Gay & La Sainte Famille

LE MARIAGE GAY ET LA SAINTE FAMILLE

par Michel Serres

Cette question du mariage gay m’intéresse en raison de la réponse qu’y apporte la hiérarchie ecclésiale. Depuis le Ier siècle après Jésus-Christ, le modèle familial, c’est celui de l’Église, c’est la Sainte Famille. Mais, examinons la Sainte Famille. Dans la Sainte Famille, le père n’est pas le père : Joseph n’est pas le père de Jésus, le fils n’est pas le fils : Jésus est le fils de Dieu, pas de Joseph. Joseph, lui, n’a jamais fait l’amour avec sa femme.

Quant à la mère, elle est bien la mère mais elle est vierge. La Sainte Famille, c’est ce que Lévis-Strauss appellerait la structure élémentaire de la parenté. Une structure qui rompt complètement avec la généalogie antique, basée jusque-là sur la filiation : la filiation naturelle, la reconnaissance de paternité et l’adoption. Dans la Sainte Famille, on fait l’impasse tout à la fois sur la filiation naturelle et sur la reconnaissance pour ne garder que l’adoption.

L’Église, donc, depuis l’Évangile selon saint Luc, pose comme modèle de la famille une structure élémentaire fondée sur l’adoption : il ne s’agit plus d’enfanter mais de se choisir. A tel point que nous ne sommes parents, vous ne serez jamais parents, père et mère, que si vous dites à votre enfant “je t’ai choisi”, “je t’adopte car je t’aime”, “c’est toi que j’ai voulu”. Et réciproquement : l’enfant choisit aussi ses parents parce qu’il les aime.

De sorte que pour moi, la position de l’Église sur ce sujet du mariage homosexuel est parfaitement mystérieuse : ce problème est réglé depuis près de deux mille ans. Je conseille à toute la hiérarchie catholique de relire l’Évangile selon saint Luc, ou de se convertir.

Mariage filiation et parentalité

À propos du mariage pour tous

MARIAGE FILIATION & PARENTALITÉ

par Marie-Claire Dolghin

cette union des sexes opposés qui assure la filiation

Les mouvements divers occasionnés à propos du projet de loi pour Le mariage pour tous montrent combien jusqu’à ce jour, dans l’esprit de nos contemporains les notions de mariage, filiation et parentalité sont étroitement liées. Il apparaît néanmoins qu’il faut les distinguer. En effet historiquement le mariage a jusqu’ici été étroitement lié à la notion de filiation. Institué qu’il a été pour unir des patrimoines, pour protéger les mères par la reconnaissance de la paternité, « incertaine » bien souvent, et engager les pères dans cette responsabilité paternelle. On comprend alors les revendications des opposants au mariage pour tous qui s’indignent d’une perversion de la notion de filiation. Il faut en effet un père et une mère pour faire un enfant, et la biologie ne peut être déniée, il faut bien deux germes, spermatozoïde et ovule, ainsi qu’un utérus maternel pour recueillir le fruit de l’union et le conduire vers la vie. Cette notion biologique ne pourra jamais être remise en cause. La notion de mariage est donc dans les esprits intimement liée à cette union des sexes opposés qui assure la filiation et c’est au fond ce que défendent les opposants.

La filiation est biologique la parentalité est psychique

Peut-on donc dissocier ces deux notions mariage et filiation ? Leur lien est-il automatique et indéfectible ? C’est à cet endroit qu’il faut commencer par distinguer filiation et parentalité. En effet la filiation, toute biologique, n’entraîne pas automatiquement, comme on pourrait le désirer, les capacités de la parentalité. De nombreuses situations sociologiques le donnent à penser. Pour rester dans le cadre de nos sociétés patrilinéaires, si la maternité est certaine et entraîne instinctivement, le plus souvent, chez la femme des conduites appropriées, la paternité est incertaine et, de tout temps, il a fallu des contraintes sociologiques pour assurer l’implication des pères géniteurs dans la parentalité. La situation sociale actuelle le souligne encore, négativement, par le nombre de femmes qui élèvent seules leurs enfants, que ce soit à la suite de divorces ou d’abandon. La filiation est biologique, la parentalité est psychique. De ce fait la parentalité peut s’exercer au delà de la stricte filiation biologique. C’est déjà le cas dans les situations d’adoption par des couples hétérosexuels ou par des célibataires. Il est dans ces cas indispensable d’informer les enfants de la distinction à faire entre parents naturels et parents adoptifs. C’est encore le cas, extrêmement complexe d’ailleurs, dans les situations de naissance par FIV avec donneur inconnu, crucial pour un donneur masculin, moins peut-être en cas de don d’ovule car l’enfant a été porté et mis au monde par la mère.

aucune étude ne montre chez les enfants les troubles incriminés

Il faut donc distinguer filiation et parentalité. Cela conduit-il cependant à la notion qu’en cas d’adoption il faut nécessairement deux parents de sexe opposé, un père et une mère « psychologiques » et que la parentalité exercée par deux parents du même sexe est néfaste ? Toutes les études actuelles, cliniques, sur des cas de ce genre, ne montre pas chez les enfants les troubles incriminés, ce qui semble prouver que l’enfant rencontre ce qu’on peut appeler les « archétypes paternel et maternel » malgré l’homosexualité de ses parents. Et comment font les enfants qui vivent en orphelinat, ceux qui vivent dans un couple monoparental ? sans rappeler que le couple hétérosexuel et le mariage ne sont pas en soi une garantie de bonne conduite, malheureusement. L’importance inégalée de la violence faite aux femmes, dans la population hétérosexuelle, étant là pour nous le rappeler. Notre activité de psychothérapeutes nous montre un peu trop souvent des familles hétérosexuelles, « politiquement correctes », où se déchainent bien des perversions.

c’est dans le sein de la famille traditionnelle que se produit l’inceste

Mais on ne verra jamais une foule défiler pour protester contre la violence faite aux femmes, sous couvert de « saine famille », ou contre les abandons paternels massifs. La bonne et sainte famille si elle est un idéal bien compréhensible est aussi bien souvent un mythe. Il faudrait encore considérer le cas des familles recomposées dites familles « mosaïques » où l’enfant rencontre parfois, en plus du père et de la mère biologiques, plusieurs beaux pères et plusieurs belles mères. Il semble donc abusif de stigmatiser le désir des couples homosexuels d’accéder à la parentalité partagée, comme si ce désir, auquel répond le projet de loi, allait conduire à la destruction pure et simple de la famille et aux perversions que sont l’inceste et les maltraitances sexuelles. Les problèmes que rencontrent les familles modernes n’ont pas attendu ce projet de loi pour se manifester : baisse des mariages, augmentations des divorces, familles monoparentales, abandons, maltraitances et abus divers. C’est dans le sein de la famille traditionnelle que se produit l’inceste.

pas mal d’hypocrisie

Pour reprendre la question du mariage entre personnes du même sexe il faut encore distinguer les deux aspects qu’entraîne cette union. D’abord l’union entre deux personnes qui s’aiment, veulent rendre leur amour public, et s’engager mutuellement, « pour le meilleur et pour le pire » comme le dit le code civil : on ne voit aucune raison de s’opposer à ce désir tout à fait légitime. Ensuite la question de la parentalité qui en découle ou peut en découler. Notre société admet l’adoption par un célibataire qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel. Que se passe-t-il quand le compagnon ou la compagne décède et que l’enfant qui a des liens affectifs avec celui-ci ou celle-ci s’en trouve privé, renvoyé à la situation d’orphelin ? Il y a là dans notre société pas mal d’hypocrisie. Si c’est un compagnon hétérosexuel il peut adopter, dans le cas contraire non ? Enfin, comme je l’ai dit plus haut les études cliniques n’ont pas montré plus de troubles chez les enfants élevés par des parents homosexuels que chez ceux élevés par des parents hétérosexuels. Et j’ai rappelé les troubles malheureusement fréquents dans les familles dites « normales ».

aucune raison de craindre un effet pervers du mariage homosexuel

Si l’on distingue convenablement filiation et parentalité, si la base irréductible de la filiation biologique est reconnue et transmise, il n’y a aucune raison de craindre un effet pervers du mariage homosexuel, engagement d’amour et de responsabilité mutuels d’une part, et d’une parentalité homosexuelle qui ne trahisse pas le fait des origines. La famille ne sera pas plus en danger par cette loi qu’elle ne l’est actuellement par une dérive sociologique qui tend à rendre bien des pères démissionnaires, quand ils ne sont pas violents.

écoles agréées pour conférer le titre de psychothérapeute

ÉCOLES AGRÉÉES par le ministère

ayant capacité de former les psychothérapeutes validés sous condition par une ARS.

Dans le cadre de la réglementation en cours du titre de psychothérapeute le Ministère des affaires sociales et de la santé a publié les décisions portant agrément des établissements délivrant une formation en psychopathologie clinique conduisant au titre de psychothérapeute.


Cette procédure d’agrément est valable 4 ans.

Voici la liste des quatre écoles, agréées pour quatre ans, à l’intention de ceux des psychologues et psychopraticiens autorisés à porter le titre de psychothérapeute sous condition (grand-parentage et médecins) d’un complément de formation agréée.

Liste des organismes de formation en psychopathologie clinique agréés au 26 octobre 2012

Association française de thérapie comportementale et cognitive (AFTCC) 
27, rue de la Saïda, 75015 PARIS, Tél : 01 45 88 35 28. 
http://www.aftcc.org/


École des psychologues praticiens (EPP) 
23, rue du Montparnasse, 75006 PARIS, Tél : 01 53 63 81 81. 
http://www.psycho-prat.fr/



École pratique des hautes études en psychopathologies (EPHEP) 
25, rue de Lille, 75007 PARIS, Tél : 01 42 86 13 93. 
http://www.ephep.com/fr



Université Paul Valéry – Montpellier-III 
Route de Mende, 34199 MONTPELLIER Cedex 5, Tél : 04 67 14 20 20. 
http://www.univ-montp3.fr/





Rappel du contexte paradigmatique

1) ÉCOLES AGRÉÉES AFFOP

– ayant capacité de former les psychopraticiens relationnels

– ultérieurement confirmés en qualité de psychopraticiens relationnels® par un des organismes titularisants AFFOP – dont le SNPPy, consulter cette liste.

2) TITRE ALTERNATIF

professionnel privé de psychopraticien relationnel® : les psychopraticiens relationnels le seront dès que confirmés par leur institution historique responsable de référence : AFFOP(1« ), FF2P, PSY’G, SNPPsy – regroupés dans le cadre du GLPR.

en ce qui concerne le SNPPsy la confirmation a lieu en deux temps.
– a) sous l’appellation disciplinaire contrôlée de psychopraticien relationnel membre du SNPPsy
– b) puis avec le titre de psychopraticien relationnel® titulaire du SNPPsy(2« )

Dans le cadre des accords garantis par le GLPR sont également confirmés, aux mêmes conditions fondamentales, les psychopraticiens revêtus des

3) deux TITRES ALTERNATIFS suivants

psychopraticien agréé (PSY’G)
psychopraticien certifié (FF2P)

  • 1 L’Affop fédère des organismes et ces derniers valident leurs membres. Référence à deux étages.
  • 2 Ou de l’un des organismes titularisants de l’AFFOP.

Jean-Bertrand Pontalis

Jean-Bertrand Pontalis

LE MONDE 16.01.2013.
par Élisabeth Roudinesco

Né à Paris le 15 janvier 1924, Jean-Bertrand Lefèvre-Pontalis, surnommé « Jibé », est mort à Paris, mardi 15 janvier. Issu de la grande bourgeoisie, petit-fils du sénateur Antonin Lefèvre-Pontalis et petit-neveu de l’industriel Louis Renault, il n’aimait guère qu’on lui rappelât sa généalogie, dont il faisait pourtant état dans ses récits autobiographiques.

Frère du précédent

De son enfance, il retiendra dans un court récit daté de 2006Frère du précédent, Gallimard, prix Médicis essai –, la relation difficile qu’il entretint avec son frère aîné : « Même s’il est mort depuis quelques années, je n’arrive toujours pas à savoir s’il me détestait ou s’il m’aimait. Mais, ne serait-ce que par pudeur, je ne voulais pas m’en tenir à une simple description de cette relation. J’ai donc choisi de m’intéresser, par le moyen d’une série de jeux de miroirs, à d’autres couples de frères, réels ou de fiction : Marcel et Robert Proust, Vincent et Théo Van Gogh, les frères Champollion. Ou encore les Goncourt : à la mort du cadet, Jules, on surnomma le survivant ‘la veuve’ – le mot ‘couple’ prend là toute sa force.« 

Grand Prix de l’Académie française

Pontalis appartenait à la troisième génération psychanalytique française, dont il fut, avec Wladimir Granoff, Serge Leclaire et Jean Laplanche, l’un des plus brillants représentants. Charmeur, pétillant d’intelligence, doué d’un joli talent littéraire et d’un don d’imitation étonnant, il remporta, sa vie durant, tous les succès possibles, sans jamais se séparer de la maison Gallimard, à laquelle son nom reste attaché. Il y fut auteur, éditeur, directeur de collection et membre du comité éditorial. En 2011, il reçut le Grand Prix de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre, composée d’une vingtaine d’essais et de romans, et de plusieurs dizaines d’articles.

de la phénoménologie à Lacan

C’est au lendemain de la seconde guerre mondiale que « Jibé », très engagé à gauche, passe l’agrégation de philosophie. Il exerce le métier de professeur et choisit Pontalis comme nom de plume. Dans le sillage de l’enseignement de Maurice Merleau-Ponty, il s’intéresse à la phénoménologie et, dès 1945, il publie des notes de lecture dans la revue de Jean-Paul Sartre Les Temps modernes. Une dizaine d’années plus tard, il devient officiellement le porte-parole de la psychanalyse dans la revue, tout en étant aussi proche de Daniel Lagache que de Jacques Lacan, avec lequel il effectue son analyse didactique au sein de la Société française de psychanalyse (SFP). Admirant l’œuvre de Lacan, mais refusant de voir en lui un « maître à penser », il réalise pour le Bulletin de psychologie une belle transcription résumée de plusieurs de ses séminaires, qui reste une source majeure utilisée par de nombreux chercheurs.

des Temps modernes au Vocabulaire

Au moment de la rupture entre Sartre et Merleau-Ponty, il ne quitte pas la revue et entre en 1962 au comité de rédaction. En 1960, il signe le Manifeste des 121 en faveur du droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie et, deux ans plus tard, il décide, comme nombre de ses amis, de ne pas suivre Lacan lors de la deuxième scission du mouvement psychanalytique. Aussi devient-il, en 1964, avec d’autres, un membre important de l’Association psychanalytique de France, qu’il ne quittera jamais. Et c’est avec Laplanche qu’il rédige le Vocabulaire de la psychanalyse (PUF, 1967), qui sera traduit en vingt-cinq langues et dont la valeur ne s’est jamais démentie, même si l’ouvrage n’a jamais été réactualisé.

Connaissance de l’inconscient

En 1966, Pontalis prend son indépendance une deuxième fois en créant chez Gallimard la plus prestigieuse collection psychanalytique de la scène freudienne française : « Connaissance de l’inconscient« . Il y fera paraître de grands classiques, depuis les textes et les correspondances de Freud jusqu’aux œuvres de Donald Woods Winnicott ou de Masud R. Khan, en passant par La Forteresse vide de Bruno Bettelheim.

« UNE FONCTION, PAS UN ÊTRE »

le « scénario Sartre »

Trois ans plus tard, hostile au milieu psychanalytique et au structuralisme, Sartre décide de publier dans Les Temps modernes un étrange manuscrit anonyme dans lequel un patient raconte sa révolte en tentant d’imposer à son analyste la présence d’un magnétophone. Dans son commentaire, et tout en affirmant qu’il n’est pas un « faux ami » de la psychanalyse, il affirme que ce texte témoigne de l’irruption du sujet contre une pratique figée dans l’orthodoxie. Face à ce qu’il considère comme une agression, Pontalis préfère quitter la revue. Après la mort de Sartre, il éditera dans sa collection le superbe Scénario Freud, accompagné d’un commentaire dans lequel il expliquera que Sartre a fabriqué pour lui-même un Freud à son image.

dépourvu de toute allégeance à un maître ou à un système de pensée

En 1970, il fonde la Nouvelle Revue de psychanalyse, dont il arrêtera la publication en 1994, faute d’avoir eu envie de lui désigner un successeur. Dans les cinquante livraisons de cette revue, qui fut la meilleure de tout le champ psychanalytique français, se retrouve la volonté de mêler la psychanalyse à la littérature, à l’art et à toutes les disciplines des sciences humaines, sans jamais déroger à ce qui lui semblait la condition première de tout travail d’écriture : rendre sensible sans l’effacer l’empreinte de l’inconscient dans des textes légers et dépourvus de toute allégeance à un maître ou à un système de pensée.

je ne me suis pas pris pour un analyste

Et c’est dans la même perspective qu’il crée en 1989, toujours chez Gallimard, une élégante collection, « L’un et l’autre », vouée à mettre en scène « des vies, mais telles que la mémoire les invente » : « Psychanalyste, c’est une fonction, pas un être, disait-il en 2010, ce n’est pas une identité. J’espère par exemple ne pas l’être avec mes proches, ne pas les bombarder d’interprétations plus ou moins sauvages. Et puis, même parfois dans mon cabinet, je ne le suis pas toujours non plus. Quand j’étais psychanalyste débutant, je me demandais ce que je faisais là : de quel droit ? Je dis souvent que se prendre pour un analyste est le commencement de l’imposture. Et si j’ai réussi à le devenir, c’est bien parce que je ne me suis pas pris pour un analyste. »

c’était mieux avant

Pontalis avait toujours affirmé qu’il n’aimait ni les études savantes ni les archives. Il brûlait papiers et lettres, mais conservait toutes sortes de photographies collées dans des albums ou dispersées devant les livres de sa bibliothèque. C’est pourquoi il eut à cœur, à travers une œuvre composite et en effervescence, de rédiger de courts récits savamment construits et destinés à donner l’illusion que le temps n’a pas d’âge.

On en trouve la quintessence dans un joli opuscule, Avant, publié en 2012 : « C’était mieux avant », dit-il, en pastichant le Je me souviens de Georges Perec, dont il fut le deuxième analyste entre 1971 et 1975. C’était mieux « quand le mot révolution était porteur d’espoir », « quand Lacan (…) n’avait pas encore fabriqué de lacaniens », ou encore « quand Sartre n’était pas célèbre » et « quand j’allais danser au Bal nègre, rue Blomet ». On ne saurait mieux dire s’agissant d’un psychanalyste qui, à la fin de sa vie, était exclusivement tourné vers le passé et qui considérait que dans la cure « le silence est la condition de la parole ».

voir aussi

Élisabeth Roudinesco, Pontalis voyait Freud d’abord comme un écrivain, NouvelObs