Pétition en faveur de Rajah Benslama

Pétition en faveur de Raja Benslama

Pour la défense des libertés en Tunisie

Les signataires de la présente pétition dénoncent les poursuites pour délit d’opinion, engagées par le pouvoir islamiste en Tunisie contre Raja Benslama, psychanalyste et professeur à l’université de Tunis. Ils s’indignent qu’un mandat d’amener ait été lancé contre elle, le 21 février 2013, pour avoir critiqué un dirigeant du parti Ennahda à l’Assemblée constituante. Ils découvrent avec stupéfaction que le Ministre de la justice a autorisé ces poursuites sur la base d’une loi abrogée après la révolution [C’est nous qui soulignons]. Ils constatent que les agressions et les persécutions contre les intellectuels (artistes, journalistes, universitaires, humoristes, etc.) s’amplifient de jours en jours. Le doyen de la Faculté des lettres de La Manouba est traîné devant les tribunaux depuis plus d’un an sous des prétextes fallacieux. Devant ces graves atteintes aux droits et aux libertés ils exigent des autorités tunisiennes l’abandon de toutes les poursuites. Ils demandent aux dirigeants des États européens d’adopter une position ferme face au parti Ennahda et à son supposé « islamisme modéré. »

MARSEILLE MARIAGE ET PROBLÈMES CONNEXES

DÉBAT À 19:30 au 33 ave Robert Schuman

second épisode


Au local-boutique de Lucienne Spindler

conduit par Philippe Grauer & Marie-Claire Dolghin

Le SNPPsy(1« ) – Syndicat national des praticiens en psychothérapie relationnelle et psychanalyse, le CIFPRCentre interdisciplinaire de formation à la psychothérapie relationnelle multiréférentielle, Attitude Provence, l’IABFSInstitut d’analyse bioénergétique France-Sud, Métamorphose, proposent de se retrouver à nouveau afin de poursuivre le débat entamé en février.

Un syndicat, deux écoles, deux mouvements, vous convient confraternellement à prolonger la réflexion ensemble sur la question qui bouillonne en ce moment, et qui nous concerne, à propos de la

Loi sur l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels

Nous vous proposons de nous rencontrer entre psychopraticiens relationnels et psychanalystes pour échanger et nous éclairer mutuellement concernant ce domaine.

résumé de l’épisode précédent

La discussion a porté sur la nécessité distinguer entre filiation, identité, parentalité, et problèmes d’insertion d’une part , et les questions d’éthique non directement liées à la question du mariage pour personnes du même sexe, concernant la PMA et la GPA, gestation pour autrui. Dans l’ensemble de ces domaines les innombrables formes que l’anthropologie a répertoriées permettent de décoller du modèle unique du mariage bourgeois occidental d’une part et de prendre en considération les dangers de déshumanisation de pratiques qui ne se verraient pas strictement encadrées par la loi, certains ayant soutenu qu’on devrait par principe prohiber définitivement des pratiques par définition inadmissibles.

discuter, échanger, s’entre-éclairer

Le débat ni les participants n’étant épuisés, les psychopraticiens relationnels et psychanalystes venus en février dialoguer à partir de leur expérience et de leurs vues théoriques et éthiques ont décidé de se retrouver afin de reprendre le dialogue aux Ides de Mars. Ceux qui n’avaient pu venir la première fois sont attendus avec intérêt.
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Les apports en boissons et grignoteries seront les bienvenus.

signalez nous votre intention de participer cela nous facilitera l’organisation.

Battre la campagne à Téhéran et à Paris

BULLETIN DE LA SIHPP

un témoignage à propos de Mitra Kadivar

Témoignage de Esmat Torkghashghaei, psychanalyste iranienne, 16 février 2013, adressée à Françoise Wilder, psychanalyste française, membre des Cartels constituants de l’analyse freudienne.

Ce témoignage de première main montre une fois de plus à quel point les organisateurs de la pétition qui présentent Mitra Kadivar comme une opposante politique à de prétendus « islamistes » et ayant été victime d’un internement abusif ont cherché à berner une partie de l’élite intellectuelle et politique française. Nous le publions tel qu’il nous a été transmis après avoir simplement corrigé quelques coquilles.

Bien à vous
HR


Bonjour,

J’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs psychanalystes et psychiatre au sujet de Dr Kadivar. Elle a été hospitalisée plusieurs jours dans un service psychiatrique, attaché à l’université de Téhéran et ensuite elle est sortie, il y a deux jours (14 février 2013). Ce service qui est situé à 10 kilomètres de Téhéran, est sous la direction du docteur psychiatre Ghadiri. Ce petit hôpital a été créé pour enseigner les étudiants en médecine (psychiatrie). La plupart des services médicaux sont gratuits ou pas trop chers.

Apparemment, selon mes informations, Mitra Kadivar a eu des soucis dans sa résidence. Plusieurs voisins ont porté plainte contre elle pour sa mauvaise conduite (des agressivités verbales). Lors de l’audience, le juge a décidé de l’envoyer vers le service de Dr Ghadiri afin de faire un diagnostic de son état de santé d’ordre psychologique.

Pour ma part, afin de vérifier ces informations, je me suis aujourd¹hui déplacée pour voir le service psychiatrique de Ghadiri. Comme je l¹avais dit, ce service qui est attaché à l¹université de Téhéran, est à l¹extérieur de Téhéran. Dès mon arrivée, je suis allée directement à la réception du service, et leur ai demandé de me montrer le numéro de chambre du Dr Kadivar. La réception qui se situe au même endroit que les consultations, et à peu près de cinquantaine, était dans l’attente de rencontrer un psychiatre, m’a informé que le Dr Kadivar avait quitté l’hôpital, il y a deux jours. Il est nécessaire de vous informer que comme en France, quand les patients quittent l’hôpital, ils doivent être accompagnés d’une personne.

À cette occasion, j’ai profité pour rencontrer le docteur Ghadiri qui avait un cours. Son lieu de cours était au même endroit que là où le docteur Kadivar était hospitalisée. C’est un lieu fermé qui s’appelait «l’hospitalisation d’urgence» et était sous la surveillance d’un gardien afin d’éviter que les patients psychiatriques quittent l’hôpital sans autorisation.

Le docteur Ghadiri avait déjà entendu le nom de Miller psychanalyste. Ensuite, il m’a raconté ce qui s’est réellement passé dans son service. Voici son récit. Selon lui, Mitra Kadivar est arrivée avec une ordonnance du juge afin que soit examiné son état de santé. Toujours selon lui, « je lui ai demandé si elle avait envie de rester quelques jours ». Et le docteur Kadivar a accepté. Et pour la consoler, il lui a donné la permission de sortir du campus pour se rendre à la bibliothèque qui était à l¹extérieur du service d’hospitalisation d’urgence afin de bénéficier de l’internet.

Selon lui, quelques jours plus tard, le comportement du docteur Kadivar a complément changé. Et le docteur Kadivar disait que « je suis la seule psychanalyste lacanienne en Iran et vous m’avez enfermé contre ma volonté ». Et que « en raison des soutiens mondiaux pour moi, vous m’avez laissé utiliser l¹internet et maintenant, vous voudrez me libérer. »

Selon le docteur Ghadiri, c’est désolant que les psychanalystes français, « nous considèrent comme les traîtres, et disent que nous avons donné des médicaments au docteur Kadivar par la force ».

Pour ma part, comme je vous l’ai déjà dit, je ne connais personnellement ni le docteur Kadivar ni le docteur Ghadiri. À ma connaissance, je ne pense pas que cet événement relève d’un acte politique (État).

Cordialement

Esmat Torkghashghaei

À côté du divan

À côté du divan

Avec Être psy, volume 2, Daniel Friedmann poursuit sa passionnante exploration des champs de la psychanalyse.

par Yann Plougastel – Le Monde 20 janvier 2013.

[Vidéo : Sans titre]
Sigmund Freud, sur la couverture du magazine  » Vu  » du 20 juillet 1932.

Il ne s’agit pas de cinéma. Encore moins d’un documentaire. Face à la caméra, en plan fixe, six femmes et dix hommes parlent de leur métier. Aucun effet de mise en scène : par moments, la caméra se rapproche en un plan plus serré ; à d’autres, elle s’éloigne. Ils sont assis la plupart du temps à leur bureau ou sur un canapé. Derrière eux, des bibliothèques, parfois un tableau légèrement de travers, ou même une crédence encombrée d’un lecteur de DVD ou d’un répondeur téléphonique. Seule fantaisie, il arrive qu’à travers l’embrasure d’une fenêtre, on devine un paysage enneigé.

Bref, l’austérité est totale. Et, reconnaissons-le, on entre dans cette histoire sur la pointe des pieds, en se demandant où l’on va… Pourtant, même si on a perdu l’habitude d’écouter et de regarder l’élaboration d’une réflexion dans toute sa lenteur, très vite, une fascination scotche le spectateur face à son écran.

Pourquoi ? Parce qu’en huit DVD (16 heures), ces seize personnages en quête de hauteur nous emmènent dans un univers passionnant où sont abordées parmi les questions les plus importantes d’une vie d’homme. Puisqu’il s’agit de s’interroger sur les nouvelles façons pour les psychiatres et psychothérapeutes de répondre aux demandes des patients face à des symptômes comme la toxicomanie, la phobie ou des situations d’exclusion sociale.

En 2009, Daniel Friedmann, sociologue au CNRS et réalisateur, avait déjà conçu un formidable coffret, Être psy, où il avait filmé quinze psychanalystes de renom (Laurence Bataille, Isi Beller, Jean-Bertrand Pontalis (mort le 15 janvier) Élisabeth Roudinesco, François Roustang…) afin de rendre compte de leur conception et de leur exercice de la psychanalyse. Voici la suite,  » Être psy, volume 2 « , sous-titré De la psychanalyse à la psychothérapie, où des nouveaux venus, c’est-à-dire des psychothérapeutes qui ne se réfèrent pas uniquement à Freud et ont d’autres pratiques, explorent à leur façon le champ des thérapies de la psyché humaine.

Daniel Friedmann est parti d’un principe : « La psychanalyse a perdu son hégémonie sur le champ des pratiques psy et en partie son aura intellectuelle. » Il donne donc la parole à des thérapeutes dont les méthodes (thérapie familiale, ethnopsychanalyse, hypnothérapie, gestalt, rebirth, etc.) font l’économie de l’exploration de l’inconscient et s’appuient sur les neurosciences.

Plusieurs points communs les unissent : le refus de tout dogmatisme (le lacanisme), la volonté d’échapper à la vision caricaturale développée dans les films de Woody Allen (le divan, le silence…), le recours pragmatique à plusieurs pratiques thérapeutiques en fonction des demandes du patient. Et surtout, ils constatent que les névroses classiques diminuent et que les troubles narcissiques et les addictions se multiplient. Le refoulement a cédé du terrain au clivage et au déni…

À écouter Boris Cyrulnik, Serge Hefez, Christophe André, Robert Neuburger et les autres, on se dit que tout cela tient d’un pur moment de rock’n’roll où l’intelligence et la générosité entament un pas de deux, histoire de vivre sans poids mort. Et que l’une de ces panseurs d’âme, Valérie Colin-Simard, soit une ancienne journaliste ne doit pas être pris à la légère.


Éditions Montparnasse, 8 DVD (40 euros).

© Le Monde

À propos d’un échange entre Jacques Alain Miller et Mitra Kadivar

COMMUNIQUÉ de la SIHPP

Comme nous l’avions annoncé dans un précédent communiqué, nous apprenons que Mitra Kadivar est sortie de l’hôpital où elle avait été internée, après un épisode psychotique. Elle a été normalement traitée, compte-tenu de son état, et elle est sortie dans des conditions normales.
Par ailleurs, nous publions ici le résumé d’un document, résumé qui nous a été adressé par un de nos correspondants.
Bien à vous
Henri Roudier


À propos d’un échange entre Jacques Alain Miller et Mitra Kadivar


« on nous écrit de Téhéran »

Un document de 70 pages vient d’être rendu public sur le site de LQ et sous le titre On nous écrit de Téhéran. Il s’agit de tous les échanges entre J.A Miller (du 12 décembre 2012 au 8 février 2013) et Mitra Kadivar, médecin et psychanalyste de son école (École de la cause freudienne). Celle-ci a été internée pour un épisode psychotique (schizophrène) dans un hôpital psychiatrique de Téhéran, après un trouble à l’ordre public et des plaintes de ses voisins car elle voulait installer chez elle, dans son appartement privé, un centre pour toxicomanes. On y apprend qu’elle se pense, de la Mer noire à la Mer de Chine, la plus grande psychanalyste du monde et refuse d’être comparée à Rafah Nached qui ne serait pas une vraie psychanalyste.

leçons de clinique

Miller s’adresse à elle sur un mode maniaque et se fâche tout rouge, la menace de ne plus la contacter quand elle manifeste un désaccord, tout en jouant au psychanalyste protecteur. Il annonce tout ce qu’il va faire pour la sortir de sa geôle : appeler les ambassades, puis le Ministère français des Affaires étrangères (directement Laurent Fabius), et enfin les responsables des droits de l’homme, etc… Il cite plusieurs noms de psychanalystes et psychiatres iraniens, donne des leçons de clinique à l’un des psychiatres qui a pris en charge Mitra.

cure miracle

L’objectif de ce texte est de montrer que la cure par mails façon lacano-Miller est un « miracle » qui permet à Mitra de renaître, de ne plus prendre de médicaments et donc d’échapper à un traitement jugé inutile et nocif. Moyennant quoi, le jeune psychiatre qui l’a prise en charge et le professeur Mohammad Ghadiri, chef du service de psychiatrie de l’École de médecine de Téhéran, apparaissent comme des incompétents et des geôliers qui ont donné à leur « victime » un poison dont elle doit se débarrasser (de l’halopéridol, neuroleptique classique utilisé dans le monde entier contre les psychoses). Miller veut faire venir Mitra à Paris…

accusation de faux diagnostic

Tout au long du dialogue, Ghadiri est accusé d’avoir inventé un faux diagnostic en vue d’un internement abusif. Miller fait de Mitra, avec sa complicité, une opposante lacano-lacanienne en lutte contre un pouvoir dictatorial. Mais Ghadiri est également sollicité pour délivrer une autorisation afin de faire venir de France une délégation de psychiatres et de psychanalystes de l’ECF : il s’agit d’éclaircir les «malentendus». On est très déférent et très gentil avec lui. On ne le voit jamais intervenir vraiment dans cet échange.

Puis Miller menace encore Mitra de rompre toute relation si elle ne se soumet pas à ce qu’il dit. Elle proteste en affirmant qu’on la traite mal dans Lacan Quotidien et dit qu’elle se sait folle parce qu’elle a tenté de faire comprendre aux Iraniens qu’il ne faut pas faire de psychodrames ou de psychothérapies mais seulement de la psychanalyse.

politico-cliniques

JA Miller fait des miracles politico-cliniques en libérant Mitra de sa folie induite par le psychiatre, par les médicaments, par le contexte iranien. Il lui dit qu’elle est aussi géniale que Lacan ou que Judith, la fille de celui-ci, qu’elle peut faire marcher ses «gardiens» à la baguette et que bientôt elle sera célèbre grâce à une pétition. Le texte de ces échanges rédigés en français et en anglais, est présenté comme un document brut d’une grande valeur littéraire. On peut en douter.

ne manquait plus que le Pape

Mais au nom de cette «littérature», on a fait signer, à partir du 25 janvier 2013 et à l’aveuglette, une pétition à l’élite intellectuelle et politique française et internationale : il ne manque plus que les signatures de tous les présidents de la planète ainsi que celle du nouveau Pape. On se demande comment tant de célébrités ont pu se laisser berner en prenant un délire à deux pour une persécution.

Laisser les enfants devant les écrans est préjudiciable

LE MONDE | 08.02.2013 à 16h09 • Mis à jour le 10.02.2013 à 16h00

par Michel Desmurget, Laurent Bègue, Bruno Harlé}}

Des chercheurs affirment que l’Académie des sciences a tort de minimiser les effets de la télévison, d’Internet et des jeux vidéo sur les jeunes.

l’enfant et les écrans

L’Académie des sciences a publié, le 17 janvier, un avis intitulé « L’enfant et les écrans ». Les recommandations avancées sont si surprenantes, au regard des données d’ensemble de la littérature scientifique et des prises de position récentes de plusieurs institutions sanitaires majeures, que l’on peut s’interroger sur le soin apporté à la rédaction de ce travail.

Lorsque l’Académie américaine de pédiatrie rédige un avis sur l’usage des écrans, elle fait appel à des spécialistes reconnus du domaine. Ici, les membres du groupe de travail ne sont, en grande majorité, nullement experts du sujet traité, ce qui semble assez étonnant au vu des enjeux de santé publique engagés. Par exemple, le premier signataire du texte est, d’après l’Académie des sciences, spécialiste du système immunitaire. C’est ennuyeux parce que la littérature scientifique sur les écrans est imposante et complexe. Confie-on à un spécialiste des écrans la rédaction d’un avis sur les allergènes du jaune d’œuf ?

L’usage veut que les avis officiels soient adossés à l’état du savoir scientifique. Le travail de l’Académie semble de ce point de vue largement défaillant. Une grande partie des affirmations avancées dans ce rapport sont dénuées de tout fondement scientifique et ne reflètent que les préjugés ou opinions des auteurs. Par exemple, nos académiciens expliquent que « les tablettes visuelles et tactiles suscitent au mieux (avec l’aide des proches) l’éveil précoce des bébés (0-2 ans) au monde des écrans, car c’est le format le plus proche de leur intelligence« .

Aucune donnée n’est présentée pour étayer ces assertions ou simplement montrer que cette exposition précoce est souhaitable. C’est malheureux, parce que, même si les tablettes sont trop récentes pour que des études fiables existent quant à leurs influences, il apparaît au vu de la littérature scientifique disponible qu’un petit enfant aura toutes les chances de grandir infiniment mieux sans tablette. En effet, certains déficits établis, liés à l’usage de la télévision ou des jeux vidéo, concernent aussi les tablettes.

INFLUENCES DÉLÉTÈRES IMPORTANTES

De la même manière, le texte parle constamment de pratiques « excessives » mais ne définit jamais clairement ces dernières. Aux États-Unis (seuls chiffres globaux précis) les 8-18 ans consacrent plus de 7 h 30 par jour à l’usage, essentiellement récréatif, d’un écran ou d’un autre. En France, sur une tranche d’âge comparable, on est autour de 4 h 30 pour le seul couple télévision-Internet (Médiamétrie, étude EU KidsOnline).

Est-ce excessif ? L’Académie semble considérer que non, lorsqu’elle s’abstient de la moindre recommandation quantitative, et conclut que, de toute façon, « il ne sera possible que de réduire à la marge le temps d’exposition aux écrans ».

Pourtant, des milliers de recherches scientifiques signalent des influences délétères importantes de la télévision, d’Internet ou des jeux vidéo sur le développement intellectuel, la sociabilité et la santé, bien au-delà des premiers âges de la vie et pour des consommations largement inférieures à deux heures quotidiennes.

A ce sujet, on peut s’interroger sur certaines « erreurs » des auteurs. Ils citent une étude selon laquelle « au-delà de deux heures par jour passées devant un écran non interactif par un enfant en bas âge, et pour chaque heure supplémentaire, il a été noté une diminution de 6 % sur les habiletés mathématiques à 10 ans ».

En fait, cette étude montre une baisse de 6 % par heure de télévision hebdomadaire (!) soit 42 % par heure de télévision quotidienne, dès la première heure ; cette étude ne permet pas d’extrapoler au-delà de deux heures de consommation quotidiennes, qui constituent la limite supérieure de son échantillon. Ces arrangements avec la réalité sont fâcheux dans un texte censé faire référence.

APOLOGIE DU POTENTIEL PÉDAGOGIQUE DES JEUX VIDÉO

De manière frappante, ce texte offre une surprenante apologie du potentiel pédagogique des jeux vidéo et logiciels éducatifs. Quelques travaux montrent que certains jeux vidéo peuvent améliorer certaines capacités périphériques d’attention et de sélection visuelle. Cependant, selon les termes mêmes de l’avis, ces jeux vidéo sont « souvent » des « jeux violents ».

Or, les jeux vidéo violents, déconseillés pour la plupart aux moins de 16 ans, voire 18 ans, sont associés, comme l’indique l’Académie américaine de pédiatrie dans sa dernière synthèse, « à une variété de problèmes physiques et mentaux chez les enfants et les adolescents ».

Pas sûr, dès lors, que le rapport bénéfice/risque soit positif. Pas sûr non plus que soit recevable la tentative faite par nos académiciens de généraliser les effets positifs locaux, observés dans des tâches artificielles d’attention visuelle, au fonctionnement cognitif dans son ensemble.

Cette réserve semble d’autant plus fondée que les auteurs de l’avis négligent à la fois de citer la moindre étude corroborative et de prendre en compte une masse imposante de résultats contraires à leurs propos.

Par exemple, rien n’est dit de toutes les études scientifiques et institutionnelles, comme celle du Program for International Student Assessment (PISA), liant causalement la consommation numérique, interactive ou non, des enfants et adolescents avec l’existence de troubles de l’attention et de difficultés scolaires.

Rien non plus sur les évaluations indépendantes du département de l’éducation américain montrant que les onéreux logiciels éducatifs sont parfaitement inefficaces. Rien encore sur le fait qu’aux États-Unis, face à ces observations, des écoles initialement en pointe dans le domaine numérique retirent aujourd’hui les ordinateurs des salles de classe. Rien !

PLUSIEURS GRANDS PROBLÈMES DE SANTÉ PUBLIQUE

Étonnamment, les effets massifs et reconnus des écrans sur plusieurs grands problèmes de santé publique sont, eux aussi, presque totalement oubliés des académiciens. Rien sur la sédentarité et ses effets sur l’espérance de vie, rien sur l’alcoolisation et le tabagisme (la télévision est le premier facteur d’entrée dans le tabagisme des adolescents), rien sur les troubles du comportement alimentaire, rien sur la violence scolaire, etc.

Concernant ce dernier sujet, les influences des images et jeux vidéo violents sur les comportements agressifs sont minimisées avec un aplomb désarmant par les auteurs de l’avis, qui n’y voient « qu’un facteur parmi des centaines d’autres ».

Des milliers d’études, de revues de la littérature et de méta-analyses (impliquant jusqu’à 130 000 individus) confirment cette influence, dont l’ampleur est comparable à celle qui associe cancer du poumon et tabagisme.

Au-delà de tous ces éléments, ce texte est inquiétant en ce qu’il porte la marque d’une sidérante démission éducative. Comment peut-on renoncer à l’avance à toute réduction du temps d’usage des écrans ?

Il est heureusement possible à tous les parents d’agir en ce domaine. Le sentiment de cette nécessité n’émergera toutefois que si ces parents sont loyalement et précisément informés. Par sa pauvreté et son parti pris, l’avis de l’Académie est loin de fournir les bases d’une telle information.


Michel Desmurget, directeur de recherche en neurosciences à l’Inserm ; Laurent Bègue, professeur de psychologie sociale ; Bruno Harlé, pédopsychiatre

Affaire Mitra Kadivar – il ne manquait plus que ça

1) Communiqué de la SIHPP(1« )

Paris le 11 février 2013

après enquête

Après une enquête menée par plusieurs psychanalystes français auprès de leurs collègues iraniens, il apparaît que Mitra Kadivar, psychanalyste iranienne francophone, membre de l’École de la cause freudienne, a été hospitalisée à Téhéran dans le service du professeur Mohammad Gadhiri à la suite d’un épisode psychotique et qu’elle a été soignée à l’aide de neuroleptiques classiques. Il ne s’agit pas d’un internement abusif qui serait lié à une position politique qu’elle aurait prise.

souffrance réelle

Les psychanalystes iraniens avec lesquels les psychanalystes français sont en contact, dont Olivier Douville et plusieurs autres, sont inquiets des conséquences que peut avoir pour eux et pour le professeur Ghadiri, éminent clinicien tenu au secret professionnel, la pétition orchestrée par Jacques Alain Miller, signée par des célébrités et visant à présenter la souffrance réelle de Madame Kadivar, personnalité fragile, comme un acte de résistance à l’encontre des islamistes. Il n’en est rien. Et aux dernières nouvelles, elle serait sortie de l’hôpital dans des conditions parfaitement normales.

nécessaire de diffuser ce que nous savons

Voici la lettre qui a été adressée par Nader Aghakhani, psychanalyste et psychologue iranien à plusieurs psychanalystes et à moi-même : il nous demande de tenir compte de la situation particulière de l’exercice de la psychanalyse en Iran. Rappelons qu’il existe en Iran plusieurs groupes psychanalytiques de différentes tendances. Leur histoire est connue et nous ne doutons pas qu’il sera possible de les soutenir.

En attendant de nouvelles informations, nous croyons nécessaire de diffuser largement ce que nous savons déjà de cette affaire.

Élisabeth Roudinesco, Présidente de la SIHPP
Henri Roudier, Secrétaire de la SIHPP


2) « l’Intelligentsia parisienne qui manifestement ne connaît rien de l’Iran »

11 février 2013

C’est à la demande du docteur Foad Saberan, psychiatre à Paris, de faire connaître sur nos réseaux et sites le message suivant que nous le portons ici à votre connaissance.

par le docteur Foad Saberan

Comme si l’Iran ne vivait assez de malheurs, l’Intelligentsia parisienne, qui manifestement ne connaît rien de l’Iran, vient d’y ajouter une de plus : celle d’une psychiatrie qui serait aux ordres d’un pouvoir de théologiens sanguinaires.

diagnostic par téléphone et courriel

En effet une pétition co-signée par des personnalités éminentes du monde scientifique, psychiatrique et politique circule pour « défendre » une psychanalyste de renom, Madame Mitra KADIVAR, qui a fait son possible depuis des années pour promouvoir les œuvres de Freud et de Lacan. On a même sollicité le ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius pour la défendre. Il peut arriver à tout le monde de faire une bouffée délirante, même aux psys qui ne sont après tout que des simples mortels. Pourquoi ne pas la laisser se soigner tranquillement ? A quoi rime « un diagnostic » par téléphone et courriel interposés. Et si le psychiatre, le Professeur Mohammad GHADIRI, était un geôlier comment se fait-il qu’il l’a laissée téléphoner et écrire ?

restaient les psys

Par les temps qui courent, enfermer un psychiatre iranien dans le rôle d’un tortionnaire aux ordres, est grave et réveille les souvenirs des défunts régimes soviétiques. La médecine et la défense des Droits de l’homme à travers les courageux avocats, sont des rares secteurs qui échappent encore à la mainmise des théo-politiciens qui étranglent la Perse multimillénaire. Pour mémoire dans toutes les dictatures du XX° siècle, les psys, les avocats et les philosophes ont été les cibles ensanglantées des maîtres tortionnaires. Dans ma patrie de naissance, pour les deux dernières catégories, en y ajoutant les minorités religieuses mal-pensantes, c’est déjà fait. Restaient les psys…

qui portera la responsabilité de ce que les psys iraniens vont subir ?

En Iran, les tenants de la théorie du complot universel vont s’en donner à cœur joie après la grosse bourde criminelle des initiateurs de cette pétition en « faveur » de Mitra KADIVAR. La voilà promu au rang « d’agent de l’étranger » porteuses d’une « science du sexe » qui n’est que perversion de l’Occident. Qui portera la responsabilité de ce que les psys iraniens vont subir. Déjà mes confrères iraniens fulminent contre ceux qui profitent d’un malheur pour pointer les projecteurs sur une profession qui ne demande qu’à travailler dans la discrétion et le silence, au profit des patients.

Cette pétition n’aidera ni la malade, ni les confrères compatriotes d’Avicenne.

Docteur Foad Saberan, né à Téhéran, psychiatre à Paris.


3) miracle à Téhéran(2« )

COMMUNIQUE DU CALM
Feb. 11 th 2013, 12 : 45 Paris Time
UN MAIL DE MITRA KADIVAR

Le 12 févr. 2013 à 07:30, Mitra Kadivar a écrit :

Cher M. Miller

Il y a des miracles qui se produisent en Iran qui font envie à ceux de la Chartre. Depuis votre campagne pour ma libération tout d’un coup ma schizophrénie guérit, puisque depuis hier soir on a arrêté mes médicaments. À vrai dire, ils n’avaient arrêté les injections que pour les remplacer par des comprimés à effets secondaires moindres, qu’ils ont arrêtés aussi hier soir. J’ai eu aussi le droit à une visite très matinale de deux des psychiatres du service, sans doute pour être les premiers à constater le miracle.

Un autre plaisir d’un genre bien diffèrent ce matin était de lire Lacan Quotidien No 290.

Je ne peux que vous prier, vous et mes autres amis, de continuer à produire des miracles.

Bien à vous

Mitra


De : Jacques-Alain Miller
Objet : Rép : miracles
Date : 12 février 2013 08:09:00 HNEC
À : Mitra Kadivar
Cc : S*

Chère Mitra, c’est vous qui produisez des miracles !
Vous allez me répondre : Non, M. Miller, c’est vous !
Moi : Non, c’est vous. Etc.

Si nous en sommes là, c’est que les choses vont nettement mieux. À moins que ce ne soit un délire à deux, évidemment. Un collègue iranien, professeur distingué qui travaille aux USA, S* me dit que de nombreux collègues iraniens travaillent à votre libération. Il me demande « to calm her down and get her to cooperate with the hospital staff to get out. »

Là, je crois que le Dr Ghadiri cherche une porte de sortie, et qu’il faut la lui donner. On demande à la prisonnière de libérer le gardien. Seule ceux qui n’ont pas l’esprit dialectique seront surpris. Je ne sais pas ce que nous pouvons faire pour accélérer les choses. Qu’en pensez-vous? Qu’allez-vous faire de gentil pour notre collègue Muhammad ? J’ai demandé à S* d’intervenir, lui, auprès du Dr Ghadiri.

Ces circuits indirects sont très iraniens, je crois. Je commence à y prendre goût. Nous allons mettre en ligne un document original aujourd’hui à 16h 00 heure de Paris. Nous avons choisi pour la couverture une image du dieu Mithra (avec un h) sacrifiant un taureau. Ce qui m’embête, c’est que la sculpture est romaine et non pas iranienne. Mais c’était le pic le + utilisable, les pics iraniens s’inscrivaient mal dans le design que j’ai choisi pour la couverture. C’est dommage. Mais c’est la version bêta. J’espère qu’on trouvera une image iranienne de Mitra (sans h) qui conviendra. Vous n’en avez pas, par hasard ?

Il est amusant que dans les références sur le mithraïsme que j’ai cherchées hier sur Google pendant que j’étais à l’atelier, il y ait toujours Franz Cumont, que j’ai lu jadis en Dover. Le dictionnaire Oxford sur les mythologies, sur Internet, donne Cumont et un autre livre de 1963. Il doit y avoir eu bcp d’autres études depuis. Vous ne suivez pas ça, par hasard, les études sur Mitra et Mithra ?

À vous, JAM

  • 1 Société internationale d’histoire de la psychiatrie et de la psychanalyse.
  • 2 ce titrage est de notre Rédaction – Cifpr.

La filiation doit évoluer

par Irène Théry

Sylviane Agacinski a publié dans Le Monde du 3 février une tribune donnant la signification profonde de son engagement contre la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe. Elle pense que le gouvernement s’est  » fourvoyé  » en liant deux questions qui n’ont rien à voir.

[Document : Sans titre]

se passer de l’autre sexe

Il aurait dû, selon elle, instituer un mariage de même sexe, mais refuser toute évolution de la filiation, afin de continuer à la fonder dans tous les cas sur l’analogie avec la procréation : un père, une mère. Si, demain, un enfant pouvait avoir deux pères ou deux mères, ce qui lui serait  » signifié  » est que l’on peut  » se passer de l’autre sexe « , et cela au cœur même de l’expérience de la dissymétrie sexuelle : dans les corps et la procréation.

filiation mimétique

Pour Sylviane Agacinski, qui s’inscrit ici dans un courant de pensée assez bien connu, une telle tentation de toucher à la filiation provient de la domination de la technique dans un monde libéral, dont participe le développement de l’assistance médicale à la procréation (AMP). C’est elle qui aurait rendu possible de  » se passer de l’autre sexe  » et c’est à elle que nous céderions si nous n’opposons pas résolument, à cette dérive, la digue de la filiation mimétique de la procréation.

démesure

Car, si nous ouvrons une faille dans cette digue, rien ne nous préservera plus : la technique et le marché nous emporteront vers un avenir post-humain, un arrachement à tout ce qui nous limite et nous lie, dans un mouvement de démesure individualiste, de marchandisation des corps et de réification des personnes où l’humanité perdra son âme.

C’est parce qu’elle se sent le devoir de nous dire que nous allons conforter d’un coup ce mouvement de déréliction, en opérant une rupture anthropologique sans précédent dans notre condition sexuée, que Sylviane Agacinski a l’audace de prendre tous les risques et de jouer son va-tout contre son propre camp.

homoparent repoussoir

Le problème que pose une telle approche apparaît pourtant de façon criante dans son texte. Elle suppose de construire de toutes pièces un personnage de  » l’homoparent  » si brutal et si grossier qu’on se demande à la lire comment on a pu imaginer cette figure du repoussoir absolu.

s’en coltiner un

Car, de touche en touche, le portrait qui nous est tracé est quand même assez relevé. C’est celui de l' » actrice célèbre « , qui  » ne veut pas s’embarrasser d’un père « , ou de la  » lesbienne militante  » qui n’a pas davantage l’intention de s’en  » coltiner  » un, quitte pour cela à s’enticher de  » merveilleuses performances « , à  » commander du sperme sur Internet  » sans souci de transformer les donneurs en  » matériaux  » et les enfants en  » produits « .

nouvelle barbarie machiste

C’est celui du gay individualiste, capable de faire passer ses désirs personnels avant toute autre considération, et de tout soumettre à sa volonté de domination, en s’arrogeant le droit d’exploiter les femmes pauvres et de marchandiser les corps des mères porteuses, selon la pente d’une nouvelle barbarie machiste, que soutiennent activement  » les associations LGBT « , pointe avancée de l’individualisme exterminateur. Cherchez un gramme de contrepoint à ce tableau édifiant, vous ne le trouvez pas.

boucs émissaires des inquiétudes anthropologiques

Si on part de ce problème, on aperçoit mieux la vraie divergence qui oppose Sylviane Agacinski aux responsables politiques qui mènent avec fierté, et parfois même panache, la réforme en cours : c’est son incapacité à laisser le réel bouleverser ses certitudes. Entre le repoussoir fantasmé par Sylviane Agacinski, pour faire des homoparents les boucs émissaires de ses inquiétudes anthropologiques, et les questions concrètes, parfois complexes, toujours émouvantes, que nous ont posées les témoins des familles homoparentales, parents et enfants, rassemblés le 20 décembre 2012 à la dernière audition du rapporteur Erwann Binet, la question qui se joue n’est pas seulement morale. Elle est éminemment politique et engage une certaine idée de la responsabilité intellectuelle.

sortie du placard & paillettes congelées

Car ce qui m’a choquée profondément, dans le texte de Sylviane Agacinski, n’est pas seulement l’entreprise de disqualification des personnes, qui saute aux yeux. C’est le fait qu’elle l’ait adossée à l’assistance médicale à la procréation, en allant jusqu’à inventer que l’homoparentalité serait issue, non pas de l’histoire sociale et politique que nous connaissons – celle de la sortie du placard, du courage d’être soi des personnes homosexuelles et des nouveaux dilemmes ouverts dès lors en matière de maternité et de paternité –, mais de la possibilité technique de recourir à des paillettes congelées.

le modèle bioéthique français

Sans doute suis-je ici plus sensible que d’autres, puisque c’est aussi mon propre travail qui a été utilisé et détourné allégrement de son sens. Comme d’autres, je critique depuis des années non pas l’assistance médicale à la procréation en général – un progrès des savoirs et des techniques médicales pour lequel j’ai au contraire beaucoup d’admiration –, mais bien le modèle bioéthique français censé guider le droit régulant ces techniques en référence à des valeurs.

obstinément pseudo-thérapeutique

Parce que ce modèle a été au départ et reste obstinément pseudo-thérapeutique, il a conduit à falsifier la filiation de l’enfant pour faire passer son père stérile pour son géniteur, et a imposé que le recours au don soit effacé et les donneurs anonymisés à jamais. J’ai tenté de montrer comment ce modèle transforme les donneurs en  » matériau interchangeable de reproduction  » et pourquoi il refuse aux personnes nées de dons d’être traitées comme  » des humains comme les autres « .

les archétypes des errances du modèle même qui les exclut

Mais comment n’aurais-je pas souligné aussi le lien direct, immédiat, absolu, qui existe entre un tel modèle pseudo-procréatif et le fait que les couples homosexuels en sont exclus ? Car c’est une seule et même question. Et c’est ici que vient s’ancrer la profondeur d’une divergence : faire des couples de lesbiennes qui ont recours à l’AMP à l’étranger un repoussoir glauque, c’est déjà un choix qui se passe de commentaires ; mais oser de surcroît en faire les  » représentants  » et même les archétypes des errances du modèle même qui les exclut et prendre appui sur une telle reconstruction de la vérité pour en appeler ensuite à la réforme du droit bioéthique français, il fallait oser.

diaboliques

Ce mauvais procès fait à l’homoparentalité s’inscrit dans un mouvement plus général qui s’épanouit à la faveur de l’affrontement politique, et auquel cède maintenant sans complexes une opposition de droite qu’on a connue plus éclairée. Il n’a de cesse de faire sortir de derrière le rideau, comme des marionnettes au Grand Guignol, deux entités diaboliques grotesques : PMA et gestation pour autrui (GPA). Pour Sylviane Agacinski, elles révèlent le sens véritable du débat actuel sur l’adoption homoparentale, justifiant de dire que le gouvernement s’est  » fourvoyé « .

prendre au sérieux l’adoption

Je pense exactement le contraire. La vraie grandeur de la loi aujourd’hui en débat, c’est justement de prendre au sérieux l’adoption et ainsi de remettre sur ses pieds le débat législatif. Car, pour les juristes, le lien de filiation est un, mais il existe différentes modalités pour l’établir. Selon qu’il repose sur la procréation, sur l’adoption ou sur l’engendrement avec tiers donneur, les fondements du lien ne sont pas du tout les mêmes : penser autrement qu’on ne l’a fait dans le passé la coexistence de ces trois grandes modalités est le cœur du débat actuel.

les règles qui gouvernent l’adoption

Ce sont les règles qui gouvernent l’adoption, si nous en saisissons bien le sens, qui nous permettront demain de mieux édifier celles qui devraient gouverner l’assistance médicale à la procréation avec tiers donneur, en plaçant au centre le sens humain du don d’engendrement, que ce don soit de sperme, d’ovocyte ou de gestation. Car les modalités d’établissement de la filiation ne peuvent pas rester immobiles, quand la société tout entière ne repose plus sur un grand principe de partition entre un monde masculin et un monde féminin, se redoublant dans chaque maison d’un grand principe de partition entre les tâches du père et celles de la mère.

instituer

Non pas qu’il faille tout bouleverser. Non pas qu’il faille passer, comme on l’entend parfois dire, d’une filiation  » biologique  » à une filiation  » sociale « . Car la filiation d’hier n’était pas biologique mais instituée sur le socle du mariage. Et la filiation de demain ne déniera pas l’asymétrie des sexes dans la transmission de la vie, tout simplement parce que cette asymétrie n’a jamais produit la moindre socialité naturelle entre les sexes. Au contraire, elle peut être source de violence, et il faut toujours et partout la mettre en signification et la rapporter à des règles, l’instituer en un mot.

valoriser l’adoption pour elle-même

Mais cela implique-t-il de continuer à calquer, dans tous les cas, la filiation sur le modèle de la procréation ? C’est toute la question ouverte par la transformation historique de l’adoption depuis le temps où elle était conçue comme une deuxième naissance, justifiant parfois de cacher à l’enfant qu’il avait été adopté et d’effacer toute trace de son origine. Rompre avec ce mythe, valoriser l’adoption pour elle-même et ne plus confondre un parent et un géniteur, tel est l’enjeu de la réforme. Elle démontrera qu’avoir deux pères, ou deux mères, est possible et pensable, et ne dénie en rien que nous sommes tous issus de l’un et l’autre sexe.

droit de l’enfant

Il suffit pour cela, sans menace pour les parents adoptifs, de respecter le droit fondamental de l’enfant à son identité personnelle, dès lors qu’il n’est pas né des parents qui l’élèvent.

Irène Théry.

Sociologue, Directrice d’études à l’EHESS, sociologue du droit depuis 1985 après avoir été agrégée de lettres. Membre du Haut Conseil de la famille depuis février 2013. Elle se consacre à l’étude des rapports entre égalité des sexes et métamorphoses de la famille et la parenté. Elle est l’auteur du rapport :  » Couple, filiation et parenté aujourd’hui  » (1998). Son dernier ouvrage, Des humains comme les autres. Bioéthique, anonymat et genre du don, éd. de l’EHESS, 2010).

© Le Monde

Deux mères = un père ?

par Sylviane Agacinsky

Le mariage homosexuel est une innovation souhaitable. Mais ne renions pas l’hétérogénéité nécessaire aux enfants.

coriacité de la dissymétrie des sexes

Rien n’illustre mieux la coriacité de la dissymétrie des sexes que la confrontation de chacun avec la question de la procréation. Comme tout le monde, les homosexuels rencontrent cette question et, jusqu’à présent, ils n’avaient pas d’autre possibilité que de se tourner vers une personne de l’autre sexe.

avoir des enfants

Ce qui a changé, au point de faire émerger la notion d’homoparentalité, c’est la possibilité, au moins apparente, de se passer de l’autre sexe pour  » avoir  » des enfants, comme on l’entend dire si souvent à la radio : telle actrice célèbre  » a eu des enfants avec sa compagne « . On en oublierait presque ce que cette merveilleuse performance doit aux techniques biomédicales et au donneur de sperme anonyme mis à contribution en Belgique ou en Californie.

produits fabriqués à la demande

Mais le don de sperme et l’insémination artificielle sont depuis longtemps pratiqués en France pour des couples  » classiques  » dans le cadre de la procréation médicalement assistée (PMA) sans que l’on s’en émeuve ni que l’on s’interroge sur la transformation des personnes qui donnent la vie en simples matériaux biologiques anonymes tandis que les enfants deviennent des produits fabriqués à la demande et par là même, dans certains pays, des marchandises. On connaît aujourd’hui les ravages que produit souvent, sur les enfants, l’organisation délibérée du secret maintenu autour de la personne de leur géniteur, même lorsqu’un père légal existe et qu’il a joué pleinement son rôle.

donner des cellules / donner la vie

Ainsi, la première réflexion qui s’impose à nos sociétés modernes, avant tout bricolage législatif sur les modalités de la filiation, concerne la distinction, fondamentale en droit, entre les personnes et les choses. Le philosophe Hans Jonas regardait la responsabilité des êtres humains à l’égard de leur progéniture comme l’archétype de la responsabilité. Les donneurs de sperme et les donneuses d’ovocytes sont d’abord des êtres humains : on dit qu’ils donnent des cellules à  » un couple « , alors qu’ils contribuent à donner la vie à un enfant, que celui-ci le saura un jour et demandera des comptes.

son histoire humaine

Non pas qu’il aura souffert dans son enfance, mais parce que, en tant que personne lui-même, il voudra savoir de quelles personnes il est issu et quelle est son histoire humaine. C’est pourquoi il est urgent d’entreprendre une réflexion globale sur le rôle de la médecine procréative et sur les conditions éthiques de ses pratiques, quels que soient les couples auxquels sont destinées ces pratiques. Un projet de loi sur la famille ne peut certainement pas remplacer une telle remise à plat.

En se tournant vers le Comité consultatif national d’éthique, le président de la République va dans le bon sens. Le problème est différent pour les hommes – dissymétrie sexuelle oblige –, car la procréation homoparentale nécessite un don d’ovocytes et l’usage de mères porteuses.

marchandisation du corps

Là encore, cette pratique ne concerne pas seulement les couples gays. Mais ce sont eux qui militent le plus activement pour sa légalisation, par exemple par la voix du groupe Homosexualité et socialisme ou celle des associations LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans). À cet égard, les positions du gouvernement paraissent claires. Il exclut toute légalisation de l’usage de femmes comme  » mères porteuses « , conscient de la marchandisation du corps qu’elle entraîne inévitablement, avec l’exploitation des femmes socialement fragiles, comme cela se passe dans d’autres pays.

par des voies détournées

Mais il est alors inquiétant et incohérent que Dominique Bertinotti, la ministre déléguée chargée de la famille, s’obstine à annoncer qu’on continuera à examiner cette question ; ou que la ministre de la justice, dans une circulaire pour le moins inopportune, accorde un certificat de nationalité aux enfants nés de mères porteuses à l’étranger. Il faut savoir que les enfants nés de cette façon disposent d’un état civil délivré par le pays où ils sont nés, qu’ils ne sont nullement dépourvus de papiers d’identité et peuvent mener une vie familiale normale. On ne pourrait comprendre que, par des voies détournées, on donne finalement raison à ceux qui contournent délibérément la législation en vigueur.

commander sur le Net

Mais n’est-ce pas d’abord aux futurs parents eux-mêmes qu’il appartient de s’interroger sur leur démarche et leur projet ? Et d’abord aux femmes, puisqu’elles peuvent d’ores et déjà commander sur le Net des échantillons de sperme. Les tarifs des  » Sperm banks «  sont disponibles en ligne, avec les photos et les caractéristiques des donneurs.

Un autre champ de réflexion concerne l’homoparentalité en tant que nouveau modèle de filiation. Le principe d’un mariage ouvert à tous les couples rassemble très largement les Français, alors que le principe de l’homoparentalité les divise.

présomption de paternité de l’époux

Un statu quo conservateur n’aurait guère de sens. Oui, il est possible d’instituer un mariage entre personnes de même sexe. Cette innovation est souhaitable puisqu’elle contribuera à assurer une pleine reconnaissance sociale aux couples homosexuels qui l’attendent. Mais elle transforme la signification de l’ancien mariage, dans la mesure où son principal effet était la présomption de paternité de l’époux, qui n’a pas de sens pour un couple de même sexe.

La filiation comme colonne vertébrale de la famille …/

Cette présomption de paternité n’a pas disparu du mariage moderne, mais celui-ci a profondément changé. Ainsi, les droits de tous les enfants reposent désormais sur l’établissement de leur filiation civile, c’est-à-dire leur rattachement aux parents qui les ont conçus et/ou reconnus, mariés ou non. La colonne vertébrale de la famille est ainsi essentiellement la filiation, tandis que le mariage des parents devient en quelque sorte accessoire.

…/ filiation selon les mêmes critères et les mêmes règles

Dans ce contexte, on se demande si la véritable égalité ne serait pas d’appliquer à tous les mêmes droits : celui de se marier pour les adultes, et, pour tous les enfants, une filiation établie selon les mêmes critères et les mêmes règles.

Or tel ne serait pas le cas si l’on distinguait une  » homoparentalité «  et une  » hétéroparentalité « , à savoir deux parents de même sexe ou de sexes différents. La capacité de quiconque à être un  » bon parent «  n’est évidemment pas en cause. De nombreux homosexuels ont d’ailleurs des enfants avec un partenaire de l’autre sexe, et ils ne prétendent pas fonder leur paternité ou leur maternité sur leur homosexualité. À l’inverse, l’homoparentalité signifierait que l’amour homosexuel fonde la parenté possible et permet de remplacer l’hétérogénéité sexuelle du père et de la mère par l’homosexualité masculine ou féminine des parents.

nouveau modèle

Les formules, devenues courantes, de parents gays et lesbiens signifient la même chose. Et lorsque la ministre de la famille annonce qu’il faudra s’interroger sur  » les nouvelles formes de filiations tant hétérosexuelles qu’homosexuelles « , elle substitue également au caractère sexué des parents leur orientation  » sexuelle « . Ainsi, il s’agit bien de créer un nouveau modèle de filiation.

structure de l’engendrement biologique bisexué

Selon le modèle traditionnel, un enfant est rattaché à un parent au moins, généralement la mère qui l’a mis au monde, et si possible à deux, père et mère. Y compris dans l’adoption, la filiation légale reproduit analogiquement le couple procréateur, asymétrique et hétérogène. Elle en garde la structure, ou le schéma, à savoir celui de l’engendrement biologique bisexué. C’est ainsi que l’on peut comprendre l’anthropologue et ethnologue Claude Lévi-Strauss lorsqu’il écrit que  » les liens biologiques sont le modèle sur lequel sont conçues les relations de parenté « . Or on remarquera que ce modèle n’est ni logique ni mathématique (du type : 1+1), mais biologique et donc qualitatif (femme + homme) parce que les deux ne sont pas interchangeables. C’est la seule raison pour laquelle les parents sont deux, ou forment un couple.

nul ne peut engendrer seul

Même si cette forme n’est pas toujours remplie (par exemple lorsqu’un enfant n’a qu’un seul parent ou qu’il est adopté par une personne seulement – la différence sexuelle est symboliquement marquée, c’est-à-dire nommée par les mots  » père  » ou  » mère  » qui désignent des personnes et des places distinctes. Cette distinction inscrit l’enfant dans un ordre où les générations se succèdent grâce à la génération sexuée, et la finitude commune lui est ainsi signifiée : car nul ne peut engendrer seul en étant à la fois père et mère.

sans me coltiner un père pour être mère

La question se pose alors de savoir ce qui est signifié à l’enfant rattaché, par hypothèse, à deux mères ou à deux pères. Un tel cumul signifie-t-il que deux pères peuvent remplacer la mère ? Que deux mères peuvent remplacer le père ? Une lesbienne militante, qui ne veut pas ajouter un père à son couple féminin, témoigne dans un magazine :  » Deux parents, ça suffit . » Et une autre :  » Moi je ne veux pas me coltiner un père pour être mère. «  Comment ne pas entendre ici une dénégation virulente de la finitude et de l’incomplétude de chacun des deux sexes ?

dénégation de la limite

La crainte qu’on peut ici exprimer, c’est précisément que deux parents de même sexe ne symbolisent, à leurs yeux comme à ceux de leurs enfants adoptifs (et plus encore de ceux qui seraient procréés à l’aide de matériaux biologiques), une dénégation de la limite que chacun des deux sexes est pour l’autre, limite que l’amour ne peut effacer.

Sylviane Agacinski, philosophe, elle a enseigné à l’École des hautes études en sciences sociales de 1991 à 2010.
A travaillé sur la question de la différence et du différend sexuels dans la démocratie ( Politique des sexes, Seuil 2002), dans la théologie Métaphysique des sexes, Seuil 2005 ) et au théâtre Drame des sexes, Seuil, 2008). Avec Corps en miettes, Flammarion, 2009, elle critique la marchandisation du corps humain et conteste la réduction du sexe au genre dans Femmes entre sexe et genre, Seuil, 2012.-
© Le Monde

GPA – Faire un enfant hors la loi, c’est dur

«Faire un enfant hors la loi, c’est dur»

Pierre et Matthieu, en couple depuis vingt ans, ont conçu Alexei avec une mère porteuse russe.

par Gaëlle Dupond

citoyen russe

RÉGULIÈREMENT, la voix de Matthieu se brise tandis qu’il raconte l’histoire de son couple et de son fils.«Faire un enfant en se sachant hors la loi, je peux vous assurer que c’est dur», articule-t-il. Il a 46 ans, son compagnon Pierre 48. Tous deux ont eu Alexei, 17mois, en recourant à une mère porteuse en Russie. À la demande des intéressés, tous les prénom sont été modifiés, car garder l’anonymat reste de mise. La gestation pour autrui (GPA) est interdite en France. Leur enfant est un citoyen russe.

avoir un enfant dans le respect de tout le monde

Matthieu et Pierre ont attendu longtemps avant de se lancer : cela fait vingt ans qu’ils vivent ensemble. Ils ont pensé adopter, mais ne se voyaient pas mentir et déguiser leur intérieur pour effectuer la démarche en célibataire, seule voie possible pour eux. Un jour de 2007, ils ont entendu un couple d’hommes qui attendait des jumelles raconter son expérience. En s’en souvenant, Matthieu pleure et interrompt son récit. «L’expression “droit à l’enfant” est vide de sens, reprend-il. Il est possible d’avoir un enfant dans le respect de tout le monde. Nous sommes fiers de ce que nous avons fait. Nous raconterons son histoire à notre enfant, sans omission.»

maman de naissance

Ils sont d’abord allés aux États-Unis, puis, découragés par le coût potentiel du système de soins américain si des jumeaux ou des triplés naissaient, ils se sont tournés vers la Russie. Ils ont rencontré la «maman de naissance», comme l’appelle Matthieu, par le biais d’une agence repérée sur Internet. L’ovule d’une donneuse anonyme a été fécondée par les gamètes de Pierre, avant d’être implanté dans l’utérus d’Angela. L’enfant porte un prénom russe, celui du frère d’Angela. Pierre et Matthieu voulaient maintenir le lien entre elle et l’enfant. «Elle était en phase avec cette approche.» Quelles étaient ses motivations ? «Nettement financières, répond Matthieu. Elle voulait s’acheter un appartement pour elle et sa fille. Est-ce choquant? Au moins c’est clair. Elle était complètement libre.» Le jeune père ne veut pas dire à combien s’élève «l’indemnisation». «Le débat est tellement hystérique sur le sujet, je ne préfère pas. Il est équivalent à ce que touche une Américaine.» La jeune femme commence une deuxième GPA.

soupçon de GPA

Les deux pères ont récupéré l’enfant quand il avait trois jours. Au bout de deux mois, ils sont rentrés en France avec un laissez-passer du consulat. Au départ, ils se sont consacrés à l’enfant, entourés d’amies et de la mère de Matthieu. «Mais les papas arrivent aussi à s’occuper des enfants», dit-il dans un rire. Puis ils ont fait la demande de retranscription de l’acte de naissance russe, qui désigne le père biologique et la mère de l’enfant, à l’état civil français. Réponse négative : le consulat français en Russie soupçonne une GPA. La justice s’oppose à la retranscription. L’enfant n’a ni carte d’identité ni passeport français. Il est en revanche inscrit à la Sécurité sociale, à la CAF, etc. Mais ses parents préfèrent ne pas voyager hors d’Europe, pour ne pas risquer un contrôle d’identité. «Je ne comprends pas pourquoi on lui refuse la nationalité, alors que son père biologique est français», interroge Matthieu.

avec la circulaire

Avec la circulaire annoncée par Christiane Taubira, Alexei devrait pouvoir obtenir des papiers grâce au certificat de nationalité française, sans pour autant être inscrit à l’état civil. Ses deux pères se marieront probablement bientôt afin que Matthieu puisse adopter l’enfant, avec lequel il n’a aujourd’hui aucun lien officiel.

Ga. D.