Vitalité de MICHEL FOUCAULT

Dossier paru dans Le Monde du 9 mai 2014

MICHEL FOUCAULT

Subjectivité et vérité

Cours de l’année 1981

Le philosophe, mort il y a trente ans, se révèle plus que jamais le penseur du corps et du sexe, comme en témoigne son cours au Collège de France de 1981 – parmi de nombreuses autres publications.


VITALITÉ DE MICHEL FOUCAULT

par Élisabeth Roudinesco

Trente ans après sa mort, Michel Foucault (1926-1984) est célébré dans le monde entier. Auteur d’un enseignement très riche, qui porte autant sur la critique des normes et des institutions que sur l’histoire des prisons, de la médecine, de la folie ou de la sexualité, ce philosophe-historien plaît aux libéraux, aux sociaux-démocrates, aux érudits et aux rebelles de tous bords. Les uns et les autres voient en lui, tour à tour, un ardent défenseur de l’invention de soi, un généreux réformiste, un somptueux commentateur des textes de l’antiquité gréco-latine et, enfin, un brillant militant de la cause des minorités. En bref, l’œuvre foucaldienne est plus que jamais à l’ordre du jour, comme en témoigne la publication du cours délivré au Collège de France entre janvier et avril 1981, sur la subjectivité et la liberté.

En 1980, Foucault éprouve un plaisir extrême à enseigner aux États-Unis, et notamment à l’université de Berkeley sur la Côte ouest, où des étudiants de plus en plus nombreux viennent l’écouter. Il découvre alors que l’homosexualité peut être vécue comme une création ou un  » souci de soi, «  et non pas comme la révélation d’un désir honteux. Personne ne sait encore qu’une nouvelle peste va bientôt se déclarer : l’épidémie du sida.

Et c’est dans ce contexte de grand bonheur que Foucault transforme son approche de l’histoire de la sexualité. Tout a commencé en 1976 avec la publication d’un ouvrage portant sur le XIXe siècle, La Volonté de savoir (Gallimard), auquel il veut donner une suite afin de mettre à jour une  » archéologie de la psychanalyse « , centrée sur l’étude des hystériques, des pervers, des populations et des races.

techniques chrétiennes

Cependant, en 1979, il a renoncé à passer du XIXe au XXe siècle pour effectuer un retour aux  » techniques «  chrétiennes de la pénitence, de l’aveu et du sacrifice, dont il fait remonter l’origine à la conversion de Tertullien, introducteur, à la fin du IIe siècle, du dogme trinitaire (Du gouvernement des vivants, EHESS/Gallimard/Seuil, 2012). C’est de cette époque que découlait, selon lui, l’idée de contraindre les sujets à dire le vrai sur leurs états d’âme, modèle dont hérita la psychanalyse. A la suite de ce face-à-face avec la morale chrétienne, Foucault décide de tisser un lien entre ces  » techniques «  chrétiennes et celles de l’époque païenne tardive.

D’où l’élaboration du cours aujourd’hui publié, Subjectivité et vérité – parfaitement édité, annoté et présenté par Alessandro Fontana (1939-2013) et Frédéric Gros. Foucault commente les textes des auteurs grecs et latins contemporains de la longue époque troublée de la fin de l’Empire romain (IIe-IIIe siècle) : Artemidore de Daldis, déchiffreur de rêves sexuels, Antipater de Tarse et Musonius Rufus, philosophes stoïciens, Hieroclès d’Alexandrie, néoplatonicien, et bien d’autres encore.

nouvelles formes de rapport à soi et aux autres

Plutôt que de les citer chronologiquement, il compare leurs écrits pour montrer comment se développent, avant le passage au christianisme, de nouvelles formes de rapport à soi et aux autres. Et il en déduit qu’il faut sortir d’un lieu commun consistant à attribuer au paganisme une morale tolérante auquel le christianisme aurait mis fin.

Loin d’opposer paganisme et christianisme, il soutient donc que les stoïciens des deux premiers siècles de notre ère inventèrent une éthique sexuelle fondée sur la nécessité d’accomplir des actes de plaisir et de jouissance – les aphrodisia – dont les violences et les excès, émanant d’une mécanique naturelle, devaient être maîtrisés sous peine d’entraîner le sujet vers sa destruction.

avec un esclave mâle, jamais avec une femme mariée

Mais encore fallait-il distinguer la  » bonne sexualité «  de la mauvaise, afin d’établir une hiérarchie des plaisirs. Et Foucault de démontrer que celle-ci résidait pour les stoïciens dans la valorisation du mariage monogame, regardé comme un art de vivre supérieur à tous les autres. À cet égard, l’acte sexuel entre conjoints mariés occupait la place la plus élevée dans la hiérarchie des valeurs : il renforçait la prospérité du foyer et assurait la survie de la cité. L’homme libre et adulte incarnait un principe actif et, à ce -titre, il pouvait fort bien, même marié, entretenir des relations avec un esclave mâle, mais jamais avec une femme mariée, propriété d’un autre homme.

Dans cette perspective, les actes sexuels étaient savamment codifiés et Foucault les analyse avec brio à partir du grand texte d’Artémidore, l’Oneirokritès, celui-là même que Freud affectionnait au point de le relire sans cesse. Artemidore considérait que chaque espèce animale n’avait qu’un seul mode de  » conjonction «  : les femelles du cheval, de la chèvre et du bœuf sont couvertes par l’arrière, disait-il, tandis que les vipères, les colombes et les belettes font l’amour avec la bouche. Les femelles du poisson recueillent le sperme répandu dans l’eau par les mâles. Quant aux humains, eux aussi soumis à l’ordre naturel du monde, ils obéissent à un principe intangible : l’homme recouvre la femme afin qu’elle lui donne plus de plaisir et moins de peine. L’inceste avec la mère est proscrit comme funeste, les rapports buccaux sont les pires, car ils interdisent le baiser et le partage d’un repas.

cinq catégories d’actes contre nature

Par ailleurs, Artémidore définissait cinq catégories d’actes contre nature : les rapports sexuels avec les animaux, les cadavres, les dieux, soi-même et deux femmes.

Ainsi les Pères de l’Église héritèrent-ils, selon Foucault, de ce stoïcisme romain qu’ils adaptèrent ensuite à une nouvelle spiritualité marquée par un contrôle parfait du désir et des émois intimes, véritable confiscation de la sexualité au profit exclusif d’un modèle matrimonial érigé en norme.

Les textes choisis par Foucault sont d’une incroyable drôlerie et il les commente avec un humour ravageur, comme s’il découvrait en eux, trois ans avant sa mort, la genèse d’une  » verbalisation de l’intime, » propre à ce christianisme primitif dont il fera le sujet de son dernier livre, toujours en attente de publication mais déjà fameux : Les Aveux de la chair.

un éléphant qui ne trompe pas

Ce cours est traversé par la joie de découvrir une  » autre histoire de la sexualité, «  bien antérieure à celle du XIXe siècle ; Foucault raconte avec délice les différentes variantes de la fable de l’accouplement des éléphants, reprise en boucle du IIe au XVIIe siècle, autant par les stoïciens que par les chrétiens et les dévots qui en firent un  » blason de la bonne sexualité conjugale, «  applicable à l’espèce humaine : « L’éléphant, disait François de Sales, ne change jamais de femelle et aime tendrement celle qu’il a choisie, avec laquelle il ne parie que de trois ans en trois ans, et cela pour cinq jours seulement et si secrètement que jamais il n’est vu en cet acte. Le sixième jour, il va droit à la rivière, en laquelle il se lave entièrement le corps, sans vouloir retourner au troupeau avant qu’il ne soit purifié.« 

Voilà donc de belles et honnêtes bêtes qui ne connaissent ni l’adultère ni la jalousie envers un rival et qui ne touchent plus leur conjointe une fois qu’elle a été fécondée. Ainsi pourraient se conduire les humains s’ils acceptaient de prendre pour modèle de vertu et de courage la merveilleuse vie sexuelle des éléphants. Véritable antidote au discours de la sexologie qui prétend mesurer les performances du sexe à l’aune de la longueur du pénis et de la largeur du vagin, ce cours délivre sa leçon avec une jubilation contagieuse et se lit comme une fable de La Fontaine. Foucault, décidément, n’a pas fini de nous surprendre.


BBGR

Hervé Oulc’hen (sous la direction de -), Usages de Foucault, avant-propos de Guillaume le Blanc, PUF, Pratiques théoriques, 406 p.-
Daniel Defert, Une vie politique. Entretiens avec Philippe Artières et Eric Favereau, Seuil, 366 p.-
Jean-Louis Jeannelle, Une pensée mise à l’épreuve.

Conversation animée avec Noam Chomsky

Une expérience rare dans le cinéma de réflexion et dans le documentaire des idées. Comment montrer la pensée avec des images ? C’est toujours un problème mal aisé de résoudre, depuis Platon. Ici, la rencontre d’un éminent penseur de notre époque, qu’il convient toujours de fréquenter, et un artiste facétieux produit un effet paradoxal, jouissif et d’une densité intellectuelle rare. Une conversation animée dans les deux sens. L’imagination, la légèreté de l’artiste au service de la profondeur et le sérieux du savant.

Daniel Ramirez

Se former à la psychothérapie

Se former à la psychothérapie


À laquelle ? pas tout de suite une seule.

Une orientation relationnelle, intégrative et multiréférentielle, permet d’entrer dans le domaine sans s’enfermer tout de suite dans une seule doctrine, mais au contraire à s’engager de façon critique et progressive.

Notre société avance vers quelque chose qu’elle ne voit pas, les temps sont difficiles, tragiques même (et l’ont toujours été, cela s’appelle la condition humaine), le cheminement de vie, auparavant très encadré par les religions, nécessite un dispositif de référence et d’examen de soi (individuel, de couple, familial parfois). Nous avons défini à partir des Lumières une régulation psychothérapique pour comprendre notre monde et réussir à traverser nos crises, qui pour être personnelles ne sont pas individuelles [on arrête avec les confusions sur l’individualisme] mais relationnelles. Le plus souvent nos passes sensibles requièrent une régulation non médicamenteuse – laissons au César de la neuro-psychiatrie centrée sur le cerveau et la maladie mentale ses médicaments (dans certains cas les deux peuvent avoir à se combiner), et rendons à la psychothérapie relationnelle et à la psychanalyse le commerce des âmes.

Vous pensez depuis longtemps à ce genre de profession. Peut-être avez-vous travaillé déjà dans un secteur voisin, mais parfois dans un domaine qui n’avait rien à voir. Vous avez déjà engagé une démarche comme on dit, psychothérapie ou psychanalyse. Vous avez entre 35 et 55 ans, et aimeriez devenir psychothérapeute. Vous savez qu’à présent ce terme désigne un titre d’exercice attribuable seulement à des psychologues cliniciens, des médecins ou psychiatres, et vous savez également que psychopraticien comme nom de métier a pris le relai de cette première appellation passée elle dans le domaine du paramédical.

La terminologie étant en cours d’établissement vous ne distinguez pas encore très bien entre une quinzaine de termes très professionnels qui distinguent discipline, méthode, technique, métier, titre d’exercice, école, diplôme, etc. Vous ignoriez peut-être que la psychothérapie relationnelle était un nom de discipline, qui la jumelait avec la psychanalyse, autre discipline, dans la pratique de la dynamique de subjectivation. Ce n’est pas grave, vous êtes comme tout le monde, vous allez voir votre psy et ne vous embarrassez pas de toutes ces définitions. Pas de souci, vous avez tout le temps d’approfondir tout cela.

Vous pensez que la pratique du métier de psychopraticien vous conviendrait et épanouirait. Vous avez cherché sur internet des écoles et ça ne vous a pas paru si simple de discerner entre des offres de cursus variés entre lesquelles sans conseil il n’est pas aisé de se repérer. Comment choisir un établissement sérieux, qui vous mette réellement en position d’exercer, la tête à la fois bien faite et suffisamment pleine. En tout état de cause vous souhaitez ne pas vous jeter immédiatement dans une unique méthode quelle qu’elle soit et vous promette, avant d’avoir entamé un tour d’information sur différentes méthodes et disciplines du domaine psy.

Qualités requises

Vous savez qu’il ne s’agit pas de n’importe quelle profession mais de la pratique d’une discipline qui requiert des qualités diverses, capacités intellectuelles (disons niveau bac + 3), éthiques (morale professionnelle élevée), cliniques (sensibilité à l’écoute de l’autre), relationnelles, capacité à engager votre propre subjectivité puisque dans notre domaine c’est la relation qui soigne. Une subjectivité revisitée, transformée au cours du processus de formation puisque parallèlement vous poursuivrez votre propre démarche personnelle.

Pas une seule méthode

Vous pensez qu’une seule méthode ne suffit pas, et qu’il serait bon d’avoir procédé à un tour d’horizon qui permette d’en situer quelques unes par rapport à d’autres par l’expérience et non de façon purement cognitive.

L’idée intégrative

Mieux vous seriez enclin à penser qu’en un siècle où dominent la complexité et le multiple il serait avisé de connaître davantage qu’une seule méthode, réputée universelle et proposée comme unique horizon. L’idée intégrative, plusieurs en une, confection d’alliages, vous plaît. L’idée multiréférentielle, plusieurs outils différents à combiner selon la tâche, ensemble ou alternativement, vous convient également. Trouver votre propre style, qui évoluera ensuite tout au long de votre vie professionnelle, vous semble une idée intéressante. Notre école constitue le lieu de formation qui propose cela.

Organisation des études

Durée : de deux à quatre ans

Le cœur de formation représente trois années, étalées sur quatre à cause de l’organisation de l’enseignement en week-ends pour vous laisser continuer de travailler durant votre formation. Le cursus comporte deux types de sorties.
– Au terme du Cycle 2 vous pouvez quitter l’École moyennant la production d’un Rapport de formation, et commencer à exercer en qualité de professionnel de la Relation d’aide, sous supervision de l’École. Vous pouvez aussi exercer à ce niveau médian en poursuivant parallèlement votre formation.
– Au terme du Cycle 3 vous entrez dans le métier de psychopraticien relationnel, pendant que vous préparez votre Mémoire et travaillez sous supervision de l’École dans l’attente du diplôme.

Préliminaires : de six mois à deux ans

– Cycle 1 – préparatoire
Si vous n’avez pas fait de groupe psychothérapique au moment de votre inscription, une période préparatoire s’impose, c’est notre Cycle 1, qui peut s’étendre sur une période entre deux ans et six mois. Cela vous permettra de déterminer si ce métier et ce type de pratique vous vont et réciproquement. Selon votre parcours antérieur ce Cycle est susceptible d’équivalences le raccourcissant à une brève période de prise de contact.

Financement

Le premier cycle est plus économique, tant par an. Les cycles 2 et 3, plus chargés, sont plus onéreux. Le cycle de mise en route est allégé. C’est lourd. Notre société est organisée ainsi. Si vous désirez que cela s’améliore, vous participerez à la vie politique de votre profession. Nous avons déjà fait beaucoup, si le cœur vous en dit vous ferez le reste.

Judith BUTLER, Qu’est-ce qu’une vie bonne – Can One Lead a Good Life in a Bad Life ?

Judith BUTLER, Qu’est-ce qu’une vie bonne (Can One Lead a Good Life in a Bad Life ?) ?
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Martin Rueff, Payot, col. Manuels, 109 p.-

Judith Butler, l’iconoclaste

par Élisabeth Roudinesco

Philosophe, professeure de rhétorique à l’université de Berkeley (Californie), Judith Butler, née en 1956, s’est fait connaître dans le monde académique anglophone il y a un quart de siècle, avec la publication de Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l’identité (La Découverte, 2006), ouvrage complexe, devenu aujourd’hui un classique, dont le contenu n’a rien à voir avec une quelconque « théorie du genre » inventée récemment par des opposants au mariage homosexuel.

fondatrice des études de genre

Loin d’avoir fondé les études de genre, enseignées dans les universités américaines depuis le début des années 1960 et qui visaient à distinguer le sexe anatomique de l’identité construite au sens social ou psychique (gender), Judith Butler en était plutôt l’héritière iconoclaste. S’appuyant sur la pensée française des années 1970 – de Simone de Beauvoir à Jacques Lacan –, elle prônait, en 1990, un culte des états-limites, affirmant que la différence sexuelle est toujours floue et que, par exemple, le transsexualisme (conviction d’appartenir à un autre sexe que le sien) pouvait être une manière de subvertir l’ordre établi et de refuser la norme biologique. Butler s’était elle-même sentie très tôt dans une situation sans frontières ou hors normes, à travers son identité de femme juive, élevée dans le judaïsme mais critique de la politique de l’État d’Israël.

Théorie du bizarre

Pour penser cette question, elle développa ce qu’on appellera  » la théorie queer  » (du mot anglais  » étrange « (1« )), qui fit fortune et contribua à cerner des comportements sexuels marginaux et « troublés » : transgenre, travestisme, transsexualisme. Cette position lui valut la détestation de bon nombre de féministes françaises, qui la traitèrent de « différencialiste » (valorisant la différence) et lui reprochèrent son attitude critique envers la laïcité républicaine et l’interdiction des signes religieux à l’école. En réalité, elle défendait un universel de la différence beaucoup plus qu’un culte anti-universaliste de la différence.

qu’est-ce qu’une vie bonne ?

C’est dans cette perspective d’une étude des différences radicales qu’elle s’intéressa alors à la question de la « vie précaire «  ou « invivable », de la « survie », pour les minorités en tous genres : Palestiniens, apatrides, immigrés, exploités, déviants. D’où le titre de cette conférence –  » Qu’est-ce qu’une vie bonne ? «  – prononcée à Francfort, le 11 septembre 2012, lors de la remise du prestigieux prix Adorno dont elle était la récipiendaire, à la suite de Pierre Boulez, Jürgen Habermas ou Jean-Luc Godard.

Résistance éthique

une vie qui ne serait pas une vie sans les autres
Dans ce texte bref, d’une parfaite clarté, elle commente la fameuse proposition de Theodor Adorno selon laquelle on ne saurait « mener une vie bonne dans une vie mauvaise « . Tout en examinant la manière dont cette question avait été abordée par les Anciens et les Modernes – les uns parlant d’une harmonie de la bonne vie avec l’ordre cosmique du monde, les autres d’une sagesse subjective –, elle en conclut que l’acceptation d’une « bonne vie » au sein d’un monde inégalitaire (la « mauvaise vie ») consiste en une attitude de résistance éthique située entre le oui et le non, entre le maintien de soi et l’ouverture à autrui : « Si je dois vivre une vie bonne, ce sera une vie bonne vécue avec les autres, une vie qui ne serait pas une vie sans les autres. »

cabale

Dès l’annonce de sa venue à Francfort, Judith Butler fut l’objet d’une cabale de la part de la communauté juive et de l’ambassadeur d’Israël à Berlin. Traitée de « dépravée » à cause de la « queer theory »,  » d’antisémite ennemie d’Israël » pour sa défense du peuple palestinien, elle se vit en outre accusée, dans la presse allemande, d’avoir soutenu l’appartenance du Hamas et du Hezbollah à la « gauche mondiale » et d’avoir participé aux actions du BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions) visant les institutions israéliennes.

Vers la cohabitation

En réalité, ses détracteurs utilisaient une phrase sortie de son contexte, dans laquelle elle répondait à un interlocuteur qui l’interrogeait sur le caractère anti-impérialiste des deux organisations. Quant à la campagne du BDS, elle ne l’avait soutenu qu’à propos des actions visant l’implantation de colonies dans les territoires occupés. Elle fut ensuite traînée dans la boue pour son excellent ouvrage, Vers la cohabitation. Judéité et critique du sionisme (Fayard, 2012), dans lequel elle discutait longuement une phrase du philosophe Emmanuel Levinas.

Antigone farouche et douce

Plutôt que d’insulter cette brillante philosophe dont les thèses réformistes décrivent la nouvelle misère du monde contemporain en prétendant le réparer plutôt que mener contre autrui une guerre perpétuelle, mieux vaut lire ce qu’elle écrit. À cet égard, cette conférence sur la bonne vie devrait permettre au lecteur français de savoir qui elle est : une « Antigone farouche et douce »}, selon son traducteur Martin Rueff.

Extrait
«S’il est sans doute difficile d’utiliser un seul et même mot pour décrire les conditions qui rendent les vies invivables, le terme de «précarité» semble permettre de distinguer les différents modes «d’invivabilité» : par exemple celle qui frappe les personnes qui se retrouvent en prison sans procès, celle des personnes qui vivent dans des zones de guerre ou des zones occupées, des personnes qui se retrouvent exposées à la violence ou à la destruction sans sécurité ni solution, des personnes qui sont obligées d’émigrer et de vivre dans des zone frontalières dans l’attente qu’on ouvre les frontières, que la nourriture arrive et que leur statut de clandestins prenne fin; des personnes dont la condition est celle d’une force de travail négligeable et consommable, pour qui la perspective d’une assistance stable recule toujours, qui vivent au jour le jour dans un horizon temporel effondré…» p. 73.
  • 1 Nous dirions plutôt bizarre, PHG.

Le corps dans la construction de l’identité

SFABE journées Francophones d’analyse bioénergétique 4 et 5 octobre 2014

le corps dans la construction de l’identité

La construction de l’identité est un phénomène complexe et multifactoriel : appartenance à une lignée, à un environnement, à une culture, à un imaginaire. Elle « est un processus hautement dynamique au cours duquel la personne se définit et se reconnait par sa façon de réfléchir, d’agir et de vouloir dans les contextes sociaux et l’environnement naturel où elle évolue. À l’adolescence comme au début de l’âge adulte les questions dynamiques de la construction des choix et de l’identité sont centrales » (J. Arnett 2000).

L’identité est fondamentalement relationnelle et se développe en une longue suite d’interactions entre la personne et son contexte. Autrement dit « c’est un système dynamique qui agit tout au long de la vie » (H. Bosma et S. Kunnen 2006).

Ses fondements prennent origine dans les toutes premières années de la vie. Le corps y joue un rôle essentiel comme l’indique F. Héritier dans son étude anthropologique. Les expériences sont dans un premier temps sensorielles, sensori-motrices reliées à des expériences affectives et relationnelles. Les interactions précoces sont essentielles. Vie physique et vie psychique y sont intimement liées. Le sentiment d’identité va se constituer ainsi progressivement à la fois à partir de la perception du corporel et à travers les interactions précoces, à travers les liens qui se tissent peu à peu avec l’autre. Le corps constituera la base et le support privilégié du sentiment naissant d’identité. Actuellement, les neurosciences permettent de mieux comprendre cette construction qui se joue aux confins du corps et de l’appareil psychique.

Wilhelm Reich est le premier psychanalyste à s’être intéressé au corps et à sa cuirasse caractérielle comme forme identitaire. Alexander Lowen a poursuivi son travail incluant la notion de caractère liée aux troubles de la personnalité caractérisés par des tensions et rigidités musculaires spécifiques en lien avec l’histoire de chacun.

Ces journées vont nous permettre de nous interroger sur cette construction, de voir les problèmes que nous rencontrons en tant que thérapeutes et ce qui fait notre spécificité en tant qu’analyste bio énergéticien dans notre travail thérapeutique avec les patients.

Police de la pensée ?

Sans la reconnaissance de la valeur humaine de la folie. C’est l’homme même qui disparaît.
François Tosquelles


Communiqué du Collectif des 39 du 19 avril 2014.

Police de la pensée ?

Le docteur Jean Pierre Drapier, médecin directeur du CMPP d’Orly vient de rendre publique une ingérence hautement symbolique de l’ARS d’Ile de France dans la formation continue de l’équipe qu’il dirige. Deux psychologues se voient ainsi refuser un remboursement (de 80 euros !) pour une formation en rapport avec la psychanalyse sous prétexte que la HAS aurait déclaré « non consensuelles les approches de l’autisme fondées sur la psychanalyse et la psychothérapie institutionnelle ».

Nous avions à l’époque déjà pris position contre cette décision de la HAS et lancé en clôture des Assises de la psychiatrie et du médicosocial, HYPERLINK « l’appel des 1000 » qui a recueilli 8000 signataires à ce jour. Cet appel critiquait vivement une telle fermeture du débat dans les pratiques et réclamait une autre politique à l’égard des personnes souffrant d’autisme. Nous nous inquiétions déjà d’une mise en acte de telles recommandations dans les formations des soignants de tous métiers, et très tôt nous avons pu constater que ces recommandations se transformaient très vite en interdictions.

Nous récusons une volonté de formatage des formations et des pratiques qu’il faudrait indexer à des référentiels HAS, ce qui est en train de s’officialiser dans le Développement professionnel continu, et qui s’attaque à ce qui fait la richesse des métiers : la nécessaire diversité des approches théoriques, la possibilité de controverses qui par définition ne seront jamais consensuelles !

Nous appelons à la mobilisation contre un tel formatage où serait prescrite une pensée officielle et homogénéisée aux conséquences redoutables sur les pratiques soignantes.
Nous voulons aussi insister sur le fait que ces prises de position de la HAS s’attaquent aujourd’hui à la question complexe de l’autisme, mais promettent le même réductionnisme à l’égard de l’ensemble des pathologies qu’il s’agirait de rabattre sur un trouble neurologique, en écartant toute recherche de sens dans l’abord psychopathologique. Une telle négation de l’inconscient, l’ignorance de l’apport des processus transférentiels dans les thérapeutiques, sont une véritable insulte à la culture soignante, une entreprise révisionniste à l’œuvre contre la psychiatrie française et son histoire. La diversité des approches thérapeutiques ne peut être balayée et nous refusons que les soins soient réduits à des techniques instrumentales.

Des conférences ont été déjà interdites, des colloques se voient refuser leur agrément, des soignants ne peuvent s’inscrire dans le cadre de la formation continue à des journées de formation, dès lors qu’elles ne s’inscrivent pas dans les orientations « stratégiques » des pôles ou des Directions des soins. Ce qui se met actuellement en place, ne touche pas que les formations se référant à la psychanalyse ou à la psychothérapie institutionnelle, mais toutes les formations qui ne rentrent pas dans le cadre des protocoles

Cette « police de la pensée » est d’autant plus inquiétante qu’elle se couple à une réduction des moyens que l’on nous annonce chaque jour plus grave : aux dernières nouvelles 23 milliards en 3 ans sur la santé et la protection sociale !
Accepter aujourd’hui cette attaque sur une formation à Orly, c’est accepter l’instauration d’une censure et d’une autocensure généralisées pour tous les professionnels du soin psychique, et accepter également une réduction de la qualité de l’offre d’accueil et de soins.

Nous appelons donc tous les professionnels de tous métiers, tous les collectifs de soin, mais aussi les patients et les familles à se mobiliser contre cette décision provocatrice de l’ARS d’Ile de France, et à tenir bon sur l’aspect pluridimensionnel des approches en refusant le formatage et le réductionnisme.

Titre de « psychothérapeute » : revendication phallique chez les psys

Jeudi 19 avril 2011

Titre de psychothérapeute : revendication phallique chez les psys

Journal des Psychologues, 2011, 289, p. 6

par Philippe GROSBOIS *

Il était une fois des « méchants » psychiatres qui étaient supposés posséder quelque chose que les « gentils » psychologues pensaient ne pas avoir… Aussi ces derniers se mobilisèrent-ils pour revendiquer ce quelque chose, désirant être identifiés à l’égal des premiers supposés privilégiés …

pseudo-qualification supplémentaire

En fait, cet objet de revendication n’était qu’une illusion faisant croire aux psychologues que ce plus-de-jouir assoirait davantage leur légitimité et faciliterait leur recrutement en institution, comme si les employeurs étaient dupes quant à cette pseudo-qualification supplémentaire. Un profil de poste de psychologue à pourvoir mentionnant, entre autres, une activité psychothérapique ne peut en effet s’appuyer sur l’exigence par un employeur de pouvoir faire usage du titre de psychothérapeute puisque la loi définit ce titre protégé comme une option relevant d’une démarche volontaire. Un employeur sera donc davantage attentif à une candidature se référant à une véritable qualification post universitaire en matière de psychothérapie, plutôt qu’une pseudo-formation de psychothérapeute d’État qui ne représente en fait, dans sa définition légale, qu’un supplément de formation à la psychopathologie permettant de faire l’économie d’une formation psychothérapique ou psychanalytique personnelle…

De plus, un employeur serait dans l’illégalité et passible de sanctions pénales devant le Tribunal Administratif ou le Tribunal des prud’hommes pour abus de pouvoir et erreur d’interprétation de la loi, s’il exigeait d’un candidat l’autorisation légale à faire usage du titre de psychothérapeute.

comme s’il suffisait de s’asseoir en face d’un patient et de l’écouter pour que cela définisse un cadre psychothérapique

Mais depuis plusieurs années, l’activité psychothérapique était déclinée fréquemment par les psychologues par le substantif psychothérapeute, comme si ce dernier signifiant recouvrait leur unique fonction lorsqu’ils avaient une activité clinique ! Ainsi, tout entretien dit clinique se voyait-il souvent a priori qualifié de thérapeutique, comme s’il suffisait de s’asseoir en face d’un patient et de l’écouter pour que cela définisse un cadre psychothérapique… Leur Code de Déontologie si souvent mis en avant par eux précisait pourtant qu’un psychologue ne peut mettre en œuvre des modalités d’intervention spécifiques que s’il s’y est formé mais la difficulté bien réelle à trouver un emploi les amena à solliciter massivement des UFR de Psychologie une attestation de formation en psychopathologie et à déposer auprès des Agences régionales de santé une demande à faire usage de ce fameux titre, imaginant que ce « plus un » serait susceptible de faciliter leur recrutement…

Les psychologues étaient même tellement attachés à revendiquer cette prothèse identitaire qu’ils étaient prêts à raconter n’importe quoi à leurs pairs, jusqu’à faire de la désinformation pour arriver à leur fin, en prétendant par exemple, dans leur appel à manifestation de leurs collègues devant les ARS, que désormais la pratique de la psychothérapie dépendait de l’autorisation délivrée par ces ARS de faire usage du titre de psychothérapeute… Ce qui illustrait soit leur ignorance de la loi soit leur volonté de manipuler l’opinion de leurs collègues soit peut-être les deux…

phallus + préservatif

Certaines de leurs organisations professionnelles et syndicales proclamaient que les psychologues pouvaient choisir de porter ou non cette prothèse ; d’autres encourageaient au contraire tous leurs collègues à en faire usage, soi-disant au nom du principe de précaution, par crainte que la pratique de la psychothérapie ne leur soit ultérieurement interdite ; ainsi, cet objet de revendication phallique s’est-il vu en outre attribué la fonction d’une sorte de préservatif, censé contribuer à l’érection de leur identité professionnelle et les protéger contre de futures mesures réglementaires potentiellement transmissibles…

vieux conflit psychologues-psychiatres

Comment ne pas voir ici une problématique analogue à la problématique œdipienne, problématique narcissique qui se joue sur la base de ce que représente le signifiant psychothérapeute, titre désormais protégé qui est fréquemment confondu avec l’activité psychothérapique… Le vieux conflit psychologues-psychiatres se trouve ainsi réactivé par le décalage introduit par la loi entre ces deux catégories professionnelles.

le signifiant psychothérapeute

L’attractivité du signifiant psychanalyste soulignée dans les années 1970 par Jacques GAGEY, du fait de l’enseignement de la théorie psychanalytique à l’université, se voit ainsi remplacée aujourd’hui par le signifiant psychothérapeute, objet de fascination et enjeu identitaire qui tend à définir l’intégralité de la pratique du psychologue dit clinicien alors qu’elle n’en représente qu’une partie…

absence d’une identité professionnelle forte

Profession immature ? Compromissions nécessaires sous prétexte de chômage ? Effacement des principes éthiques élémentaires inhérents à cette profession ? Absence d’une identité professionnelle forte, non sans rapport avec l’éparpillement national des regroupements associatifs et syndicaux et la diminution notoire de l’engagement au sein de ces derniers ? Il semble toutefois que les psychologues aient été entendus puisque moult députés et sénateurs ont réagi favorablement à leur plainte et que même les pouvoirs publics envisageraient une réécriture du décret d’application de la loi relative à l’usage du titre de psychothérapeute. Cette prothèse identitaire sera finalement peut-être revue et corrigée par le « gentil » Xavier Bertrand, comme se plaisent à le qualifier les Guignols de l’Info de Canal Plus…


*Maître de conférences des universités en psychologie, Angers, chargé de mission {psychothérapie à la FFPP, ancien responsable de la commission psychothérapies du Syndicat national des psychologues.
}

burn out : l’épuisement professionnel en question

L’ ASSOCIATION DE LA PSYCHOLOGIE DE LA MOTIVATION APM
vous invite à sa prochaine rencontre

la question du burn-out

par le Dr Pierre Canouï

véritable problème de santé publique

Le burn out : une problématique individuelle et collective, psychologique et sociale. Le terme burn out était méconnu ignoré, voire méprisé par les professionnels de la santé, il y a à peine quelques années. Il était décrit alors par ses nombreux détracteurs comme le fameux couteau sans manche dont on aurait perdu la lame. Maintenant il fait la une des journaux et est devenu un véritable problème de santé publique au point de ressembler parfois à une épidémie. L’usage en est devenu tellement habituel que le sens risque d’en être galvaudé et perdu.

sens de notre vie

Or l’étude de concept nous renvoie à une réflexion profonde de l’homme vis-à-vis de son travail d’abord puisqu’il a été décrit pour caractériser un état d’épuisement professionnel, mais aussi à une nécessaire pensée sur le sens de notre vie et de la vie dans sa globalité.

nouvelle chance ?

Crise individuelle et collective, problématique existentielle, le burn out peut devenir une chance pour la personne et peut-être aussi pour des groupes sociaux qui en sont atteints.

concept à définir

Au cours de cette soirée, nous nous proposons d’abord de définir introspectivement le concept et de tenter de partager une représentation commune du phénomène.

l’issue humaniste

Ensuite nous réfléchirons sur des issues possibles tant sur le plan psychologique que social. En quoi une psychologie humaniste fondée sur l’introspection et la question du sens peut apporter des pistes de réflexions fécondes aux questions soulevées par le burn out : équilibre vie professionnelle, vie privée, motifs pour lesquels on s’investit tant dans sa profession. Est-il possible de faire autrement dans le monde actuel ? Existe-t-il des professions plus exposées ?

programme de la soirée

– 19:30 Début de la rencontre
Conférence et témoignages
Dr Pierre CANOUÏ, Pédopsychiatre, Psychothérapeute de la motivation
Président de l’APM(1« ) et de la FF2P
Odile LECLERC, Psychologue clinicienne, Psychothérapeute
de la motivation
Isabelle CANOUÏ, Professeur agrégée de Lettre classique, Psychopraticienne
de la motivation
– 20:30 Débat avec la salle animé par les intervenants
Renseignements et inscription: rencontres@psychomotivation.net (Places limitées)
Participation aux frais (boisson comprise) : 10 euros

  • 1
    Un mot de l’APM

    Paul Diel, psychologue français d’origine autrichienne (1893-1972) a publié Psychologie de la motivation aux PUF en 1947. Serge Ginger qui lui consacre une rubrique dans son Guide pratique du psychothérapeute humaniste le présente comme un « précurseur des psychothérapies humanistes, » le concept de précurseur étant méthodologiquement prohibé du point de vue de l’historien, celui de « psychothérapies humanistes » tout autant, puisqu’à son époque on ne connaît que la psychologie humaniste (américaine). Apparaît ici un problème classique de classification. Qui classe qui rétroactivement ? La note de présentation de Ginger poursuit ainsi : il lutte pour réhabiliter l’introspection au cœur des sciences humaines et pour donner à la connaissance du monde intérieur, à la « psychique », la place qui lui revient. Avec ses élèves (médecins, psychologues, éducateurs) il crée en 1964 l’Association de la psychologie de la motivation – APM, présidée actuellement par Armen Tarpinian.

    La même APM crée une revue en 1986 et en 1992 l’IFPM – Institut de formation à la psychologie de la motivation (présidence Dr. Cyrille Cahen).

    Nous sommes ici au cœur du dispositif FF2P. Note de la Rédaction.

TDAH – un discours sur le cerveau qui ne tient pas la route

TDAH : aberration d’un discours sur le cerveau qui ne tient pas la route

par Patrick Landman
Président d’Initiative pour une clinique du sujet – STOP DSM

Mars 2014.

0 – Introduction

les biais incontournables du TDAH – Trouble déficitaire de l’attention hyperactivité

Fausse épidémie mais vraie chronicisation et surmédicalisation

Nous prendrons, pour déployer notre argumentation, comme référence le TDAH décrit dans le DSM 5 auquel nous renvoyons le lecteur pour sa définition car c’est la classification qui fait autorité dans la recherche clinique et pharmacologique c’est-à-dire dans les études cliniques randomisées (ECR) dans l’épidémiologie et aussi malheureusement dans la pratique clinique de plus en plus. Pourquoi soulever cette question ? Il nous paraît en fait opportun de soulever cette question des biais inhérents au TDAH pour plusieurs raisons qui se conjuguent.

I – fausse épidémie : un des premiers motifs de consultation en pédopsychiatrie

a) augmentation croissante

Tout d’abord on observe une augmentation croissante d’enfants diagnostiqués TDAH dans toutes les sociétés occidentales et tout particulièrement aux USA depuis les vingt dernières années. Actuellement aux USA les derniers chiffres disponibles évoquent 11% d’enfants d’âge scolaire porteurs d’un TDAH (1)[ C’est nous qui soulignons]. De même en Grande Bretagne l’augmentation est très sensible. En France nous n’avons pas de données globales récentes mais tout semble indiquer que la prévalence augmente aussi de manière importante.(2) la fausse épidémie est en marche après avoir été retardée par les réticences de bien des pédopsychiatres formés à la psychopathologie et les restrictions légales à la délivrance d’ordonnance de première intention. De façon concomitante à l’augmentation de cas de TDAH on assiste à une consommation de plus en plus marquée de médicaments comme le méthylphénidate. Le TDAH représente un des premiers motifs de consultation en pédopsychiatrie.

b) prescription : boosters ou stupéfiants ?

Par ailleurs le diagnostic de TDAH concerne de plus en plus les adolescents et les adultes surtout dans sa forme trouble de l’attention avec les risques accrus d’un usage détourné des produits prescrits comme « boosters » ou stupéfiants à l’occasion d’évènements comme des concours, des enjeux professionnels ou toute autre performance à accomplir ou dans une optique de défi fréquente à l’adolescence.

c) chronicisation : gare aux handicapés iatrogénés !

De plus, en raison de la systématisation grandissante de la réponse médicamenteuse à de nombreuses situations cliniques hétéroclites on observe une chronicisation (3) du TDAH, le médicament ne guérit pas, il permet de maîtriser les symptômes et comme il n’existe aucun critère valide pour déterminer quand arrêter la prescription, on assiste parfois à des situations où des adolescents ou des adultes qui veulent arrêter de prendre le médicament car ils se sentent aptes à le faire subissent une entreprise moralisante et culpabilisatrice de la part de l’entourage « ça n’est pas le moment, c’est trop risqué, ça n’est pas ton intérêt etc… «  voire de la part de soignants qui veulent enrayer la  » supposée chaîne pronostique allant du TDAH de l’enfance à la délinquance ou les conduites addictives à l’âge adulte » et qui s’appuient sur des études discutables où l’on confond prévision et prédiction (4). Cette chronicisation est risquée car les ECR sur les effets à long terme de la consommation de méthylphénidate sont contradictoires mais certaines sont inquiétantes (5). Après les faux positifs gare aux handicapés iatrogènes!

d) surmédicalisation, surdiagnostic, surprescription

Enfin le TDAH nous semble symptomatique des « effets secondaires » de l’usage étendu et exclusif de la méthode diagnostique du DSM, c’est à dire surmédicalisation, surdiagnostic et surprescription. Ces conséquences sont dénoncées par de plus en plus de professionnels et en particulier par l’association Initiative pour une Clinique du Sujet STOP DSM (6)


II) fondements scientifiques & neuro-développementaux : le TDAH existe-t-il ?

le biais de la non scientificité. Le TDAH existe-t-il ? Quels sont ses fondements scientifiques, neuro-developpementaux ?

a) obsurantisme ?

En 2002 plus de 80 chercheurs et cliniciens du monde entier inquiets de la mauvaise image médiatique du TDAH ont signé « une déclaration de consensus, » disant en substance que ne pas reconnaître cette entité pathologique équivaut à « déclarer que la terre est plate, les lois de la gravité contestables et le tableau périodique des éléments une fraude. » Autrement dit ils ont affirmé que ne pas reconnaître le TDAH comme une pathologie mentale revenait à une prise de position obscurantiste anti scientifique. Nous allons examiner cette affirmation.

b) une théorie non validée

Pouvons nous affirmer qu’à l’heure actuelle il existe une base scientifique validée pouvant étayer le TDAH ?

De nombreuses études ont cherché des causes biologiques au TDAH, en particulier perturbation du système dopaminergique, ou des catécholamines. Par exemple une étude(6) sur des enfants de 6-12 ans comparant des enfants étiquetés TDAH à des enfants sains a montré une plus grande densité du taux de transporteur de la dopamine dans le ganglion basal et une plus grande liaison de ce transporteur chez les enfants TDAH par rapport au groupe contrôle mais pas de corrélation entre une liaison plus importante et la sévérité des signes cliniques et surtout des biais méthodologiques comme un échantillon trop petit (six enfants). Même réserve pour les autres études. En fait la théoriede la cause dopaminergique ou d’une anomalie concernant un autre neuromédiateur n’est pas validée.

c) imagerie cérébrale : non concluante

L’imagerie cérébrale IRM fonctionnelle. Plusieurs études ont démontré des anomalies chez les sujets porteurs du diagnostic TDAH comme diminution du volume cérébral total, réduction du globes pallidus, modification de la morphologie du corps calleux ou du cervelet mais là encore résultats contradictoires dans d’autres études, échantillons trop petits, médication préalable au méthylphénidate auquel s’ajoutent l’absence d’études incluant des enfants plus jeunes et plus atteints en raison de la nécessité de rester longtemps immobile pendant l’examen, et surtout l’interprétation difficile car plusieurs facteurs de confusion. Enfin il faut rappeler deux principes essentiels concernant l’imagerie fonctionnelle cérébrale :

1) Ne pas confondre corrélation, identité et causalité.
2) L’unité entre un comportement donné, une région cérébrale donnée et des structures cognitives précises est introuvable(7).

d) jumeaux : pas d’argument décisif sur l’origine génétique du TDAH

La recherche génétique. Elle s’appuie essentiellement sur les études de paires de jumeaux en comparant la corrélation du TDAH chez les vrais jumeaux (MZ) et chez les faux jumeaux de même sexe (DZ) pour calculer le taux d’héritabilité. La différence est significative 75% chez les MZ et 35% chez les DZ. Mais ces études présentent un biais structurel car elle reposent toutes sur le principe de « Equal environnent assomption » c’est à dire sur l’hypothèse que les paires de vrais jumeaux élevés ensemble partagent le même environnement à un degré équivalent à celui que partagent les faux jumeaux de même sexe élevés ensemble. C’est une absurdité clinique car les vrais jumeaux partagent l’environnement (éducatif, émotionnel, psychique) bien plus similaire que ne le font les faux jumeaux en raison en particulier d’un lien affectif plus fort, d’un attachement plus solide et d’une confusion d’identité plus importante. Quand à l’argument que cette différence de vécu de l’environnement serait génétique c’est un argument circulaire. En conclusion pas d’argument décisif sur l’origine génétique du TDAH(8)

e) deux modèles mais pas d’explications validées

Le TDAH serait-il lié à des processus cognitifs déficitaires?

Deux principaux modèles explicatifs ont été proposés à propos du TDAH.

e1) modèle de Barkley

Modèle dont l’hypothèse centrale est que le TDAH est
– un déficit des fonctions exécutives
– un trouble de l’inhibition des réponses avec trois composantes : inhibition de la réponse prédominante à un évènement, déficit d’arrêt d’une réponse en cours et déficit de contrôle des interférences susceptibles d’apparaître après l’inhibition de la première réponse. Ce déficit d’inhibition retentit sur la mémoire, l’autorégulation des affects, l’internalisation du langage d’où difficulté d’utiliser le langage pour structurer un raisonnement moral, organiser son comportement en fonction de règles, enfin déficit de reconstitution impliquant des difficultés dans la narration et la créativité.

Ce modèle théorique est un modèle qui est étayé par des résultats de tests mais il ne répond pas à bien des situations cliniques complexes et il souffre de deux biais :
– l’absence dans les études cognitives de comparaison avec un groupe témoin, contrôle d’enfants plus jeunes que les enfants TDAH mais ayant le même niveau de performances cognitives car c’est une méthode reconnue en neuropsychologie et
– deuxième biais l’impossibilité de définir avec précision les fonctions exécutives (formulation d’objectifs, planification, élaboration de stratégies, prises de décision, manipulation d’informations etc…) : pas de consensus sur la liste.

e2) modèle de Sonugabarke

modèle très proche, pour qui le TDAH est plutôt une maladie à type de dysfonctionnement de l’inhibition. mais pas comme conséquence d’un déficit des fonctions exécutives, comme dans le premier modèle. D’autres modèles ont été proposés mais aucun modèle en fait ne répond vraiment aux questions soulevés par la clinique complexe et ce sont des modèles et non des explications étiologiques validées.

f) conclusion : une chimère rabattant le psychopathologique sur le neuropathologique

Après ce passage en revue de l’état des connaissances il convient de conclure que le concept de TDAH repose actuellement au mieux sur certaines présomptions mais en aucun cas sur des acquis scientifiques prouvés. Le terme de neuro-développemental dont on parle sans cesse à propos du TDAH qui serait un trouble neuro-développemental ne recoupe aucun contenu scientifique précis sauf à anticiper ou à prendre des spéculations pour des acquis, c’est un fourre tout, une chimère qui « sonne scientifique et causalité organique » et qui vise à appréhender les psychopathologies comme des neuropathologies.


III) le biais épistémologique du TDAH

III-1) raisonnement circulaire mythique

Prendre un certain nombre de manifestations comportementales, agitation, impulsivité, inattention… telles qu’elles émergent à la vue de plusieurs observateurs pour une entité diagnostique et pas seulement pour des symptômes relève non d’une démarche scientifique mais plutôt d’un jugement d’existence avec peut-être un postulat caché. Prétendre du seul fait que ces manifestations comportementales existent selon les critères retenus, qu’elles constituent une entité dont on doit rechercher la cause représente à nos yeux un biais épistémologique dans le sens où on postule une entité et donc on doit en rechercher la cause avec un raisonnement circulaire : les manifestations comportementales bien réelles dans leur existence (les symptômes existent et amènent à consulter) sont seulement isolées, supposées comme entité pathologique et leur cause est alléguée mais comme il y a une cause il y a bien une manifestation donc entité supposée et cause alléguée se renforcent mutuellement comme dans un raisonnement mythique.

II-2. le postulat caché : il existe une cause organique

Autrement dit on a eu raison d’isoler des symptômes car il y a une cause qu’on recherche et comme il y a une cause à trouver ces symptômes isolées constituent bien une maladie. En réalité le postulat caché est qu’il existe une cause organique et qu’il faut s’en tenir à des symptômes manifestes donc on assiste à un verrouillage de la recherche clinique cantonnée à la physiopathologie. Mais pour le moment on ne trouve rien de probant. Et si c’était le biais épistémologique et pas seulement le temps qui était en cause ? (9)


IV) Les biais de la méthode diagnostique aboutissant au TDAH

Comment fait-on le diagnostic de TDAH ? Quelle est la méthode diagnostique ?

Essayons de décrire une situation fictive standard en France telle que nous l’avons rencontrée dans notre expérience de pédopsychiatre.

IV-1) remarques d’ordre général.

Le processus diagnostique du TDAH est aujourd’hui dans bien des cas un processus social et dynamique impliquant souvent différents intervenants du champ médical, social, éducatif, judiciaire, et des associations de parents.

a) filtre prédiagnostiques

Il existe tout d’abord ce que certains appellent des « filtres pré-diagnostiques » qui sont certains professionnels comme les enseignants, les médias qui font des reportages et des émissions sur le TDAH et enfin les associations de parents. Ces associations de parents sont très importantes pour aider et orienter les décisions de santé publique, informer et aider à orienter les familles au prise avec un enfant malade, leur rôle est indispensable, utile indiscutablement mais en ce qui concerne le TDAH on ne peut souscrire à l’idée que la « reconnaissance de la validité du TDAH » puisse être obtenue par un militantisme socio-politique ou un activisme médical avec lobbying auprès des instances politiques et non par des arguments scientifiques validés. Si on lit de nombreux témoignages de parents on est ému et frappé par leur parcours du combattant. L’errance thérapeutique qu’ils subissent est inadmissible mais sa cause est complexe où se mêlent l’ignorance de certains professionnels et la pénurie de lieux d’accueil adaptés.

b) guidance parentale

Nous devons absolument faire face à cette situation sans la nier mais en refusant de raisonner en termes manichéens binaires où le monde serait divisé entre les bons qui admettent le TDAH et qui soignent bien les enfants selon des critères scientifiques et les mauvais qui refusent le TDAH et qui s’occupent pas ou de façon inappropriée des enfants malades et de leur famille. Il convient de réaffirmer que les parents ne sont jamais la cause de la pathologie de leurs enfants, qu’il ne saurait être question de les incriminer (je ne parle pas des cas de maltraitance avérée) mais par exemple recueillir avec tact des données concernant leur fonctionnement psychique peut contribuer considérablement à apaiser les difficultés dans l’interaction avec l’enfant malade, contribuer à la guidance parentale qui sinon est cantonnée dans la plupart des cas à des conseils généraux ou s’adressant au seul niveau conscient et manifeste (entraînement à l’habileté parentale).

c) les anti TDAH doivent-ils délivrer un diagnostic ?

Les professionnels qui refusent le TDAH comme entité diagnostique doivent ils donner un diagnostic aux parents ? car cela apaise et met fin au sentiment d’errance et d’incompréhension dans bien des cas, les temps ont changé le diagnostic psychiatrique a un usage social très étendu, il contribue à bien des choses déculpabilisation, identité sociale, ouverture sur des bases de données, ouverture de droits, socialisation par les associations et les forums, l’absence de diagnostic rime avec incompétence etc., il n’est plus seulement négatif et stigmatisant. Il n’existe pas de réponse générale à la question de donner un diagnostic mais au cas par cas il peut être nécessaire d’en donner un sans noyer cette annonce dans une information générale, en explicitant en des termes courants et compréhensibles ce que cela veut dire pour le clinicien, ce que cela va entraîner pour l’enfant et la famille et la différence avec ce qu’on entend habituellement par TDAH.

IV-2) biais de la technique diagnostique DSM

Maintenant il nous faut examiner les biais de la « technique diagnostique » elle même du professionnel qui suit les recommandations du DSM 5 et de ceux qui sont impliqués dans cette technique comme les parents, les enseignants ou des éducateurs spécialisés.

a) hyperactivité inattention : signes non spécifiques

Tout d’abord le diagnostic du TDAH repose sur un relevé de signes comportementaux comme l’hyperactivité ou l’inattention qui sont des signes non spécifiques qui peuvent être observés dans de multiples conditions pathologiques. Par exemple les déficiences mentales, l’épilepsie, les intoxications, la maltraitance, les lésions cérébrales, l’anxiété importante, des troubles des apprentissages, des contextes familiaux problématiques ou tout simplement de l’immaturité, etc. Ce sont donc des signes qui apparaissent pour des raisons différentes, variées avec des origines biologiques ou environnementales qui peuvent être conjuguées.

b) diagnostic différentiel difficile

De plus il y a très souvent chez l’enfant une certaine labilité des symptômes au cours du temps et de sa maturation qui est interprétée parfois comme de la comorbidité, un enfant est à un moment « Trouble oppositionnel avec provocation » à un autre moment « troubles de l’humeur ou troubles anxieux, » c’est un grand facteur de confusion dans les études cliniques randomisées car le TDAH peut être associé avec des signes qui concernent la sphère affective, la personnalité ou la communication. Le diagnostic différentiel peut s’avérer très délicat en utilisant les catégories du DSM 5.

c) variations de la normale et pathologie

Ces signes comportementaux n’ont donc aucune valeur pathognomonique car ils ne sont pas pathologiques en soi, tous les enfants sont aisément distraits inattentifs, agités, ils sont variables d’un individu à l’autre, d’un contexte à l’autre, donc il y a des seuils de tolérance et des effets de contexte, mais un seuil de tolérance n’est pas un seuil biologique. Donc ce qu’on mesure ce sont des excès mais en matière d’excès il y a une grande variation d’appréciation, les seuils d’inclusion ne sont pas objectifs. La tolérance à l’hyperactivité n’est probablement pas la même à la campagne dans une maison vaste et à la ville dans un petit appartement par exemple. Les variations de la normale ne doivent pas être confondues avec la pathologie.

Autrement dit même en cherchant une description détaillée et en établissant un cadre restrictif le diagnostic du TDAH dans le DSM 5 comporte une grande part d’aléas et de subjectivité qui sont considérés selon les principes mêmes du DSM 5 comme des biais.

d) loin de l’objectivité

Il existe une autre source de biais dans la démarche diagnostique, elle concerne le fait que ce diagnostic ne repose en général ni sur l’écoute ni sur des tests standardisés mais sur des interviews plus ou moins structurés. Les cliniciens ont à leur disposition plusieurs modèles d’interviews mais le plus connu ce sont les tests de Conners avec une cinquantaine d’items et deux versions distinctes, l’une pour les parents, l’autre pour les enseignants. À l’usage il s’avère que ces tests sont l’objet de nombreuses critiques parmi lesquelles je relève : la forme et la définition des items n’est pas toujours claire, utilisation fréquente de la forme négative entraînant sur ou sous cotation, manque de caractéristiques descriptives entraînant un flou préjudiciable à la qualité de la réponse, certains items font référence à des comportements différents non superposables, manque de fiabilité entre les résultats au cours de deux tests successifs etc. Nous sommes très loin de l’objectivité des marqueurs biologiques.

e) conclusion : que de biais, que des biais !

Alors en conclusion le diagnostic de TDAH présente beaucoup de biais et il est urgent que les autorités publiques se saisissent du problème. Il est paradoxal d’entendre ceux qui reprochent aux pédopsychiatres français de ne pas regarder ce qui se fait ailleurs dans le monde et en particulier aux USA eux mêmes ne pas regarder ce qui se passe dans le monde et aux USA à propos de l’épidémie de TDAH, où certains parlent d’une catastrophe nationale avec la montée de la prévalence. Que faire? (10)


V – solutions – quelques pistes

a) cesser de prendre le DSM 5 comme unique référence

Il faut cesser de prendre le DSM 5 comme unique référence, les cliniciens doivent avoir le choix, le raisonnement à partir des structures psychiques ou catégories est plus prudent car un syndrome hyperactif s’il doit être toujours pris en charge n’a pas les mêmes conséquences et n’entraînent pas les mêmes remaniements selon la structure psychique (névrose ou psychose) et ne nécessite pas le même traitement, d’où la nécessité d’enseigner la psychopathologie au côté des disciplines neuroscientifiques, de former des cliniciens aptes à distinguer les situations cliniques complexes, promouvoir la CFTMEA classification française des troubles mentaux chez l’enfant et l’adolescent parallèlement au DSM 5 car elle respecte la classification par structures psychiques.

b) préciser les critères d’arrêt du méthylephénidate

Il faut préciser les indications de la prescription médicamenteuse, son utilisation pour apaiser et comme stabilisateur de trajectoire ne doit pas induire une chronicisation (11). Il est paradoxal d’entendre ceux qui reprochent aux psychanalystes de culpabiliser les parents, culpabiliser eux-mêmes les adolescents ou les jeunes adultes qui veulent arrêter la prise de médicaments, avec l’argument du principe de précaution. D’où il convient de préciser au mieux les critères d’arrêt du méthylephénidate.

c) ne plus gober le discours sur le cerveau

Les pouvoirs publics ne doivent plus gober le discours sur le cerveau , son usage social et s’en tenir aux avancées réelles, ils doivent tenir compte des experts cliniciens ouverts à la science qui travaillent sans conflits d’intérêts.


VI) Conclusion générale

La machine infernale soutenue par des intérêts puissants et alimentée par le DSM 5 est en marche il est encore temps de la freiner mais le temps presse.


Références
1)http://www.nytimes.com/2013/12/15/health/the-selling-of-attention-deficit-disorder.html?_r=1&
2) Le Point 2011 Enfants hyperactifs , gare à la pilule de l’obéissance
www.lepoint.fr/sante/enfants-hyperactifs-gare-a-la-pilule-de-l-obeissance-29-04-2011-1324951_40.php
3)http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2881837
4)http://bjp.rcpsych.org/content/187/2/155.full.pdf
5) http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.00630235
6) www.stop-dsm.org
7) le cerveau n’est pas ce qu’on dit PUG2013 F.Guillaume G. Tiberghien J-Y Baudouin
8i the trouble with twin studies mad in America Jay Joseph
9) L’hyperactivité infantile Dunod 2004 J; Menechal
10)http://www.psychologytoday.com/blog/saving-normal/201402/how-parents-can-protect-kids-the-adhd-epidemic?tr=HomeEssenti


Pourquoi les neurosciences n’expliquent pas la folie ?

pourquoi les neurosciences n’expliquent pas la folie ?

par Philip Thomas
traduction Patrick Landman

1) UNE NOUVEAUTÉ PAS SI NOUVELLE : TOUJOURS PLUS DE LA MÊME CHOSE

le RDoC du dr Insel : « mieux » que le DSM

nouveau genre dans la même orientation
La décision prise par le britannique Institut national de santé mentaleNIMH, de fausser compagnie au prochain DSM-5 de l’APA (American Psychiatric Association)(1« ) ne doit pas être considérée comme une preuve que la psychiatrie biologique est entrée dans un déclin terminal. Loin de là, comme le blog du directeur du NIMH, Thomas Insel, du 29 Avril 2013 le montre clairement, la raison pour laquelle les gens du NIMH ont opté pour leurs propres critères diagnostiques de recherche, dits RDoC(2« ), c’est qu’ils croient que les patients psychiatriques méritent quelque chose de mieux que le DSM 5 [C’est-à-dire allant dans le même sens avec les même présupposés de base, en quelque sorte même chose en pire de notre point de vue. Note de la Rédaction].

Les diagnostics psychiatriques, Thomas Insel le souligne à juste titre, sont basés sur les symptômes. Les progrès scientifiques en génétique moléculaire et d’autres sciences fondamentales (y compris les neurosciences) au cours des cinquante dernières années ont permis au reste de la médecine d’abandonner les systèmes syndromiques de classification en faveur de systèmes basés sur une compréhension plus profonde de la pathologie moléculaire.

troubles mentaux = troubles biologiques mettant en jeu des circuits du cerveau

Le RDoC – Research Domain Criteria, – quel acronyme évocatif, évoquant des plongeons de velours, Jason King, les talons aiguilles, les moustaches de Zapata, et Robert Spitzer – est un nouveau projet réunissant la génétique, l’imagerie et la science cognitive pour jeter les bases d’un nouveau système de classification fondé sur un ensemble d’hypothèses qui comprennent les croyances que « … les troubles mentaux sont des troubles biologiques mettant en jeu des circuits du cerveau qui impliquent des domaines spécifiques de la cognition, de l’émotion, ou le comportement. Chaque niveau d’analyse doit être compris au travers d’une dimension de fonction, et cartographier les circuits cognitifs et les aspects génétiques des troubles mentaux nous donnera de nouvelles et de meilleures cibles pour le traitement » (Insel , 29 Avril , 2013).

RDoC outil de recherche, pas outil clinique

Le Dr Insel souligne le fait que le RDoC est un outil de recherche pas un outil clinique. Sans doute, il aura l’œil sur les 100 millions de dollars promis par le président Obama pour l’initiative BRAIN le 2 avril de cette année, dans sa quête de la neuro-validité des troubles psychiatriques. En effet, dans un blog publié le 10 Avril 2013 le Dr Insel indique que c’est le cas. Et bien sûr, la brigade des neurosciences ici (en Europe) sera accrochée à leurs basques, suite à l’annonce en Janvier par la Commission européenne du Human Brain Project, considérée comme un « phare européen » (peut-être qu’ils voulaient un phare européen des fous).


2) NEURO CRITIQUE

les neurosciences n’ont rien à dire sur ce que signifie être un être humain

Assez plaisanté ! Ceci est destiné à être un article sérieux, et il l’est, mais le monde semble devenir neuro-fou, ou souffrant de neuromania comme l’écrivain et penseur Raymond Tallis l’a formulé. Dans ce blog, je tiens à soulever de sérieuses questions sur la nature de la compréhension de nous-mêmes en tant qu’êtres humains qu’offrent les neurosciences. En effet, il existe de solides arguments tirés de la philosophie pour affirmer que les neurosciences n’ont rien à dire sur ce que signifie être un être humain, être conscient du monde et des autres, avoir des sentiments, des émotions, des croyances, de l’amour, de la haine, être désespéré, entendre des voix, et être en colère.

Raymond Tallis – un neuro sceptique

Se sont manifestés récemment un certain nombre de critiques des neurosciences, et tous sont à féliciter. Alva Noë est neuroscientifique et philosophe. Dans Out of Our Heads (Noë, 2009), il soutient que la conscience n’est pas « dans notre tête, » mais provient de notre engagement avec le monde dans lequel nous nous trouvons. Le Neuro de Nikolas Rose et Joelle Abi-Rached, comporte une critique sociale complète de l’origine et du rôle des neurosciences dans la culture contemporaine (Rose et Abi- Rached, 2013). Ces deux livres sont éclairants et cela vaut bien la peine de les lire. Cependant, la critique la plus savante et détaillée des neurosciences se trouve dans (2011) le récent livre de Raymond Tallis, Aping Mankind. Jusqu’à récemment clinicien et professeur de gériatrie à l’Université de Manchester, Raymond Tallis est profondément sceptique à propos de l’idée que les neurosciences ont quelque chose à nous dire sur ce que signifie être un être humain. Une grande partie de sa colère est dirigée vers la recherche neuroscientifique qui prétend avoir identifié les bases neurales de l’amour romantique (Bartels et Zeki, 2000), ou de nos réponses lorsque nous écoutons un morceau de musique dont nous n’avons pas entendu parler auparavant (Salimpor et al, 2013), mais ses critiques sont applicables à la recherche en neurosciences récente sur les bases neurales de la folie. Un bon exemple est fourni par des études d’imagerie fonctionnelles par résonance magnétique (IRMF) qui prétendent montrer que l’expérience des hallucinations auditives verbales est causée par une activité se déroulant dans des zones spécifiques du cerveau (voir, par exemple 2013 méta-analyse de van Lutterveld et al). Les arguments de Tallis sur les études de résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) dans la perception sont directement liées à leur utilisation chez les personnes atteintes de schizophrénie ou d’autres troubles psychiatriques, notamment à l’hypothèse que l’activité du cerveau provoque des expériences comme entendre des voix.

nature de la relation corps esprit ou cerveau conscience


À première vue, la dernière génération de la technologie de l’imagerie cérébrale fonctionnelle offre une belle vue de la conscience. Point de vue au sens littéral : les scans des IRMf nous permettent de voir l’activité dans les différentes zones du cerveau lorsque les sujets sont impliqués dans différentes tâches, ou chez des personnes qui ont des diagnostics psychiatriques comme la schizophrénie. Les explications neuroscientifiques de la conscience font appel à la simplicité parce qu’elles sont fondamentalement viciées. C’est parce qu’on ne parvient pas à s’affronter à l’un des problèmes les plus difficiles et durables de la philosophie (occidentale) : la relation entre le corps et l’esprit, ou du cerveau et de la conscience. Le problème peut se poser comme une question : quelle est la nature de la relation entre les événements physiques qui se produisent dans notre cerveau et le contenu de notre conscience,[souligné par nous, note de la Rédaction] nos pensées, émotions, nos croyances, nos perceptions, nos souvenirs et ainsi de suite.


3) TROIS CONFUSIONS DE BASE DU NEUROSCIENTISME

trois sources de confusion, trois conséquences

Tallis fait valoir que, bien que les neurosciences semblassent résoudre le problème de la relation corps / esprit, elles ne le font que parce qu’elles confondent trois différents types de relations : corrélation, lien de causalité et identité. Ceci a trois conséquences principales, qui ont à leur tour des implications profondes, non seulement pour la façon dont nous pensons à la conscience, mais aussi sur ce que signifie être un être humain. Il s’ensuit que cela est vrai aussi pour la façon dont nous comprenons la folie et la détresse, à moins que vous souteniez qu’il y a quelque chose « d’intrinsèquement différent » dans la relation cerveau / conscience chez les personnes folles. Ce chemin mène tout droit au camp d’extermination.

– La première conséquence concerne le rôle de l’observateur (ou objet) dans la conscience

– la seconde concerne le rôle du monde (ou contextes) dans la conscience

– la troisième concerne le problème de l’intentionnalité.

Les neurosciences affirme Tallis, tentent de rendre compte de la conscience d’une manière qui évite les trois conséquences ou se soustrait à elles.

I. RÔLE DE L’OBSERVATEUR

Si nous voyons une activité dans des zones particulières du cerveau quand quelqu’un signale qu’il entend des voix, nous avons tort de supposer que l’activité vue sur le scanner du cerveau est soit la cause de l’expérience ou qu’elle identique à elle. Une corrélation entre deux événements n’est pas la même chose que dire que les deux sont la même chose (identiques) ou que l’un cause l’autre.

Voir les corrélations entre l’évènement A (activité neuronale) et l’événement B (par exemple l’expérience rapportée) n’est pas la même chose que de voir l’événement B quand vous voyez l’événement A. Les « Neuromaniaques » cependant, argumentent, ou plutôt supposent que la relation étroite entre les événements A et B signifie qu’ils sont essentiellement la même chose. (Tallis 2011 : 85).

rien de jaune sur l’influx nerveux

Par exemple, il résulte de l’argument de l’identité que si je regarde une fleur jaune l’expérience que j’ai du jaune doit être la même que l’activité dans mon cerveau. Ce n’est clairement pas le cas. Comme Tallis le souligne, il n’y a rien de «jaune» sur l’influx nerveux et dans l’activité cérébrale dans les parties pertinentes de mon cortex visuel. Ou, pour prendre un autre exemple, si quelqu’un a une analyse IRMf quand il entend la voix de Dieu disant que la lune va s’écraser dans l’océan Pacifique demain matin, alors si l’activité du cerveau est la même que l’expérience, alors cette activité dans ce contexte doit avoir une qualité divine. Plus que cela, il doit aussi avoir des qualités lunaires et océaniques, ainsi qu’une qualité émotionnelle de catastrophe imminente. Il s’agit clairement d’un non-sens, d’une absurdité. Toutes les qualités associées à l’expérience d’entendre la voix de Dieu en disant que ces choses vont arriver, et l’activité neuronale dans les parties pertinentes du cortex, sont complètement différentes.

théorie du double aspect

Les tenants des neurosciences essaient de contourner cette difficulté par la théorie du « double aspect. » Cette théorie indique que bien qu’il y ait un seul ensemble d’événements (physiques) dans le cerveau, ces événements ont deux aspects, un côté neuronal et un côté lié à l’expérience vécue. Un bon exemple de cela est d’être trouvée dans l’œuvre du philosophe John Searle (1983 ), qui a utilisé cette théorie pour expliquer comment il est possible que l’eau, qui dans notre expérience est humide, brillante et glissante, soit constituée par des molécules de H2O qui n’ont aucune de ces qualités. Nous pouvons comprendre la relation entre l’activité cérébrale et les contenus de la conscience de la même manière. La conscience est constituée d’expériences (comme la couleur jaune, ou d’entendre la voix de Dieu) et bien que celles-ci ne sont pas comme les impulsions nerveuses qui se produisent en association avec elles, elles sont néanmoins différents aspects de la même chose.

Tallis décrypte cet argument en demandant ce que l’on entend ici par aspect. Par exemple est-ce comparable avec un objet comme une maison qui a différents aspects elle aussi, l’avant, la partie latérale et l’arrière. Si c’est le cas, il est impossible de penser à une sorte de chose qui aurait un aspect avant mental, l’expérience, et un aspect arrière neuronal matériel. La théorie du double aspect s’effondre parce que les différents aspects d’une maison ne sont pas comme la différence entre un événement physique comme le modèle de l’activation corticale dans le cerveau du sujet qui entend les voix et les qualités de son expérience subjective. En effet, parler des deux aspects d’une maison n’a de sens que du point de vue d’un observateur qui est libre de sa position par rapport à la maison en marchant autour d’elle, en la regardant sous différents angles. Invoquer le double aspect revient à tricher. Expliquer que l’activité neuronale qui n’a rien à voir avec l’expérience est en réalité cette expérience équivaut à pratiquer de la contrebande par rapport à la conscience (ibid : 86, souligné dans l’original).

les évènements du cerveau dans une relation de causalité avec l’expérience de la conscience ?

Le point critique sur lequel Tallis attire notre attention est que, comme les différents aspects d’une maison, les deux aspects de l’eau, de l’expérience de son humidité et ainsi de suite, et les molécules H20, nécessitent un observateur qui peut voir que ce sont les deux aspects de la même chose. Afin de se rendre compte de la différence, toutefois, l’observateur a besoin de recourir à différentes manières de voir, une directement par les sens (dans le cas de l’eau), l’autre à travers un microscope électronique ou d’une technologie similaire qui permet de se rendre compte de l’existence des molécules H2O. En outre Searle soutient que les qualités de l’eau qu’un observateur ou un sujet expérimente, sont causées par les propriétés physiques des molécules de H20. En d’autres termes dans la théorie du double aspect de la conscience il y a affirmation que les évènements du cerveau sont dans une relation de causalité avec l’expérience de la conscience.

l’activité cérébrale n’est pas de même nature que la conscience

Mais cela n’a pas de sens de dire que l’activité cérébrale est de même nature que la conscience, et qu’elle provoque la conscience. Cause et effet sont dans une relation différente de l’identité et de la similitude. Il est absurde de dire que la face avant d’une maison est la cause de sa face arrière. La relation entre les deux nécessite autre chose, un observateur qui est libre d’explorer la maison en marchant autour d’elle. La question clé ici est que les descriptions neuroscientifiques de la conscience négligent la nécessité d’un observateur conscient, un sujet, qui voit, ressent, expérimente. L’eau ressemble et est ressentie comme elle l’est parce que quelqu’un en a la conscience. Il en va de même pour l’expérience d’entendre des voix, nous pouvons observer l’expérience de différentes manières. Dans un cas, le sujet de l’expérience fait de l’introspection, ou est tout simplement conscient de l’expérience, et entend la voix de Dieu. Dans l’autre cas le scan de l’IRMf révèle l’activité dans le cerveau, mais ici la comparaison tombe en panne, car une IRMf de l’activité du cerveau d’une personne qui entend la voix de Dieu n’est pas quelque chose qui peut être expérimentée dans le sens où la voix de Dieu est expérimentée vécue et connue par la personne qui l’entend. De même, la voix de Dieu a les qualités qu’elle possède du fait qu’un observateur, un sujet conscient, en est conscient.

II. PLACE ET RÔLE DU MONDE DANS L’ACTIVITÉ DU CERVEAU

Si la conscience n’est rien de plus que l’activité du cerveau, alors nous sommes en droit de demander quel rôle joue le monde en elle ? Après tout deux séries d’observations suggèrent que le monde extérieur ne peut pas être si important pour la conscience. Le neurochirurgien canadien Wilder Penfield est devenu célèbre pour son travail dans le traitement chirurgical de l’épilepsie réfractaire. Il enlève chirurgicalement la région du cortex en rapport avec la localisation des crises, mais pour ce faire il a dû pour opérer en toute sécurité s’assurer qu’il n’enlevait que la zone responsable des crises, et pas des zones qui sont importantes pour la parole, le mouvement ou la sensation. En dehors d’une anesthésie locale sur le cuir chevelu et les os du crâne, ses patients étaient pleinement conscients (le tissu cérébral lui-même est insensible à la douleur), de sorte qu’il a pu les amener à signaler ce qui s’est passé quand il a stimulé électriquement le cortex exposé. Quand il l’a fait pour les lobes temporaux, les patients ont rapporté des expériences vives et complexes souvent liées à des expériences passées. C’était comme s’ils regardaient une scène familière de l’extérieur. Ces expériences, rappelez-vous, ont été générés en interne, grâce à l’activité du cerveau, sans référence à ce qui se passait dans le monde au même moment. Le deuxième volet de la preuve sont les expériences complexes telles que les changements de perception et hallucinations que les gens ont quand ils sont sous l’influence de substances psychoactives.

le cerveau dans une cuve

Cela a donné lieu à un célèbre expérience de pensée dans la philosophie, le cerveau dans une cuve de Hilary Putnam. (L’influence de l’expérience de Putnam peut être vue dans le film Matrix). L’expérimentation propose que si l’activité neuronale seule est suffisante pour l’expérience, et que les origines de cette activité ne sont pas pertinentes (comme c’est le cas dans l’expérience de Penfield, ou quelqu’un sous LSD) comment est-il possible que nous soyons trompés à ce point sur notre vraie nature ? Par exemple, comment puis-je savoir que je ne suis rien de plus qu’un cerveau en suspension dans une cuve de liquide nutritif et conservé à la bonne température ? Les neurosciences soutiennent que, en théorie, mon cerveau pourrait être relié à un ordinateur puissant qui l’a stimulé d’une manière telle que cela a donné lieu à toutes les expériences que j’ai en ce moment, assis dans mon bureau, une douleur dans mon épaule droite, écoutant la Musique pour dix-huit musiciens de Steve Reich, au courant d’une démangeaison que je veux gratter sur ma cheville gauche, et me précipitant à rédiger cet article, car il y a un match de football à la télévision que je veux regarder dans une demi-heure. En principe, tous ces contenus de ma conscience pourraient être générés par un ordinateur stimulant mon cerveau. Il serait impossible pour moi de savoir si oui ou non le monde a existé, ou du moins s’il a existé, qu’il n’était tout simplement pas pertinent, nécessaire pour le contenu de ma conscience. Si une telle situation était possible, cela justifierait un large éventail de positions sceptiques sur le monde que nous connaissons.

les neurosciences cognitives se représentent la conscience sans référence au monde extérieur

La faille évidente dans l’expérience, comme le souligne Putnam (1982) est qu’il serait impossible de concevoir la pensée «Je suis un cerveau dans une cuve » sans un monde qui contiendrait cerveaux, cuves, les ordinateurs des laboratoires et scientifiques nécessaires pour exécuter l’expérience et ainsi de suite. Tallis souligne que l’expérience est précieuse, car elle révèle l’absurdité de prétendre d’une part que l’activité neuronale est corrélée avec l’expérience consciente, et d’autre part que l’activité cérébrale provoque l’expérience consciente et est la même chose qu’elle ; «car dans cette voie de raisonnement gît la folie de conclure qu’un cerveau autonome pourrait maintenir le sentiment d’un monde » (ibid. : 92). Le problème avec les neurosciences cognitives, c’est qu’elles se représentent la conscience sans référence au monde extérieur. Il n’est fait aucune différence entre les représentations qui proviennent des stimuli externes dans l’ici et maintenant, et celles qui sont des représentations de souvenirs, des images et des mots du passé. Tout ce qui importe ce sont les mécanismes, les processus et les calculs effectués par le cerveau dans le traitement de l’information qui constitue ces expériences.

Il est important de rappeler, cependant, que dans les expériences de stimulation du cortex de Penfield sont évoqués des souvenirs réels de ses patients qu’ils avaient eu dans un monde réel. Ces expériences avaient une vivacité et un contenu (sentiment d’à propos, concernement(3« )) pour ces sujets indiquant qu’il s’agissait bien d’expériences réelles arrivées à des personnes réelles :« … Il est nécessaire de comprendre que nos souvenirs ordinaires, et nos expériences actuelles ordinaires, font sens parce qu’ils font partie d’un monde. Oui, nous sommes situés dans ce monde en vertu de ce que nous sommes incarnés et nous accédons à ce monde à travers nos cerveaux, mais il prend sens pour nous, comme monde, pas uniquement en raison de ses propriétés physiques, mais comme un réseau de significations confirmée par la communauté des esprits dont nous sommes individuellement une partie seulement. » (ibid. 93, souligné dans l’original). Ce sentiment d’à propos, de préoccupation conduit au troisième problème, celui de l’intentionnalité.

III. LA QUESTION DE L’INTENTIONNALITÉ

Cela met en évidence véritablement la différence entre le point de vue de la conscience fourni par les neurosciences, et la conscience que nous vivons en tant qu’êtres humains. Les deux sont incommensurables, et nous nous rencontrerions de graves difficultés en prenant la définition fournie par les neurosciences pour la bonne. Nous pouvons voir pourquoi il en est ainsi avec la difficulté que les neurosciences rencontrent dans le traitement de l’intentionnalité. Ce concept s’est fait connaître à travers le travail du philosophe allemand Franz Brentano, dans la seconde moitié du XIXe siècle. Il utilise le mot préoccupation pour désigner l’expérience que nous avons, pour dire qu’un contenu de conscience a la propriété de nous concerner [concernment en anglais](4« ). Nos perceptions sont à propos de choses, mais cela s’applique à d’autres contenus de la conscience, comme nos croyances, les peurs, les espoirs et souvenirs.

circuit neuronique et conscience du chapeau

Tallis utilise l’exemple de la perception, car il est relativement simple, et il prend comme exemple un chapeau rouge sur le bureau en face de lui. Les neurosciences n’ont pas de problème pour envisager l’engendrement d’une chaîne d’événements de cause à effet qui commence par la lumière incidente sur le chapeau, en interagissant avec les atomes de telle manière que la lumière d’une longueur d’onde particulière se reflète dans l’œil. Là la lumière produit des modifications physiques dans la rétine qui déclenche des impulsions nerveuses qui passent au cortex visuel situé dans le lobe occipital à l’arrière du cerveau. Cependant, Tallis souligne que notre conscience de l’objet implique beaucoup, beaucoup plus que cela. Je suis conscient de la présence d’un objet dans l’espace situé à quelques pieds en face de moi (supposons que pour le moment ce soit le chapeau rouge de Tallis). Il possède ses propres propriétés, et une réalité propre. Cela signifie que ma conscience de l’objet comme le désigne Tallis, est située causalement en amont des processus et des événements physiques dans mon cerveau qui sont associées à ma conscience de l’objet. Les liens de causalité de l’objet vers le cortex visuel vont dans une direction, dehors —> dedans, mais mon expérience par exemple du presse papier devant moi va dans la direction opposée, de mon cerveau vers le presse-papiers, dedans —> dehors.

dans la direction opposée à la flèche de la causalité

Le point clé, cependant, est que l’intentionnalité – ma conscience du chapeau – pointe dans la direction opposée à la flèche de la causalité. Elle part des effets (les impulsions nerveuses dans les niveaux supérieurs des voies visuelles) vers l’arrière pour leurs causes (l’interférence entre l’objet et la lumière). Et puis, elle désigne en outre à l’arrière les partenaires qui produisent les effets : le chapeau rouge et la lumière dans laquelle il est baigné (ibid : 105 , souligné dans l’original).

une prise de conscience de quelque chose là-bas en dehors

Cette caractéristique curieuse mais fondamentale de la conscience a fait l’objet d’années d’études, de recherche et de travaux savants dans la philosophie, la psychologie et la physiologie de la perception, et est une question profondément complexe. L’ironie c’est qu’il revient aux banales descriptions neuroscientifiques de nous rappeler au travers de l’intentionnalité, l’émerveillement et la complexité de la conscience. Les neurosciences sont incapables d’expliquer comment l’activité basée sur la physique dans les cellules nerveuses peut atteindre une causalité située en amont en direction de l’interaction entre l’objet et la lumière pour présenter dans ma conscience un objet qui est clairement là en dehors. Plus que cela, ce n’est pas simplement un objet là-bas en dehors, mais une prise de conscience de quelque chose là-bas en dehors. C’est une révélation : d’un objet à un sujet dans lequel objet et le sujet sont gardés séparés et distincts, avec le sujet (moi) étant ici et l’objet (le chapeau que je regarde) étant là-bas (ibid : 106).

neurophilosophie et dissimulation de l’intentionnalité

Les neurosciences trouvent que rendre compte de cet aspect de la conscience est si difficile qu’elles tentent de dissimuler l’intentionnalité en l’intégrant dans les théories causales de la perception. Le problème ici est que nous nous retrouvons avec une théorie de la conscience qui est possédée par le cerveau, pas par une personne. Mon expérience du monde est celle d’une personne le regardant, et tandis que je fais cela, les objets du monde se détachent avec une signification pour moi. Les objets particuliers ont un sens pour moi parce qu’ils sont liés d’une certaine manière à ce qui s’est passé pour moi dans mon passé. La perception révèle le paradoxe de l’être humain, notre séparation d’avec un monde d’objets physiques, et en même temps notre immersion dans un monde de sens et de signifiants dans ce monde. La caractéristique la plus importante de cela en relation avec la folie est notre lutte pour trouver un sens à, ou imposer un sens à la folie. Il n’y a pas de place dans les neurosciences causales pour ces aspects de l’être, car elles sont incapables de les expliquer. En effet les neurosciences et neurophilosophie rejettent toute discussion sur les «personnes» ou les relèguent avec mépris dans ce qu’elles appellent « la psychologie populaire ».

la conscience – fondamentalement relationnelle

L’intentionnalité, comme Tallis le souligne, est fondamentale pour ce que signifie être un être humain. Elle se trouve au cœur de notre conscience de soi, notre sens des autres comme étant des êtres comme nous, et notre capacité à former des intentions et ainsi devenir des agents dans le monde. La conscience est fondamentalement relationnelle. Ma conscience du monde se situe par rapport à ce monde et la manière dont il se détache par un sens, pour moi.


4) ILLUSTRATION PAR L’EXEMPLE : REGARDER UNE IMAGE

Conséquences – voici une expérience de pensée que vous pouvez essayer par vous-même.

Merleau-Ponty

La critique de Tallis a beaucoup en commun avec d’autres critiques de descriptions scientifiques de l’expérience humaine, en particulier celles des philosophes continentaux comme Merleau-Ponty (1962). Tous deux attirent l’attention sur l’importance de comprendre l’expérience humaine comme une expérience incarnée et prise dans la culture. Cela donne lieu à une façon différente de penser la conscience et je veux illustrer cela par une expérience de pensée.

regarder une image signifiante

J’aimerais que vous regardiez une image qui signifie beaucoup pour vous. Ce pourrait être une photo de quelqu’un de spécial, une peinture, ou une autre image que vous touche. Tout d’abord, je voudrais que vous vous posiez une question : comment est-il possible que cette image soit présente en face de moi ?

Marine en état de choc

En face de moi il y a une image saisie par Don McCullin, le photographe, appelée Marine en état de choc, Hué (Vietam) 1968 (McCullin, 2003). Comme j’essaie de répondre à cette question, je pense à la lumière tombant sur le Marine il y a toutes ces années. Je pense à l’appareil photo, la lentille et ses éléments optiques, le diaphragme qui sert à régler l’ouverture pour réguler la profondeur de champ, l’écran de prise de vue et les mécanismes complexes pour contrôler sa vitesse, et donc la quantité de lumière qui atteint le film. Cette lumière empiète sur les sels d’argent invisibles dans l’émulsion, où les photons ont provoqué des changements physico-chimiques qui ont abouti à la libération de particules d’argent visibles. Puis je passe à la chambre noire avec plus de lumière et les lentilles, cette fois dans un agrandisseur, qui ont été suivies par plus de processus chimiques comme la première image développée. Plus récemment quelqu’un a numérisé l’image et converti la lumière réfléchie par sa surface en une information binaire pour la stocker et manipuler dans un ordinateur afin qu’elle puisse être imprimée dans le livre qui se trouve sur mon bureau. Enfin, dans cette chaîne de causalité il y a aussi les événements que je viens de décrire, la lumière entrant dans l’œil, tombant sur ma rétine qui est transformée en influx nerveux qui sont transmis vers le cortex visuel de mon cerveau, qui s’allume lorsque je regarde l’image.

Maintenant, j’aimerais que vous regardiez l’image à nouveau, et considériez la question de savoir pourquoi est-elle importante pour vous ? Pourquoi est-ce important ?

pourquoi cette image vous importe ?

Je me souviens la première fois que j’ai vu le ‘Marine en état de choc,} j’attendais un tram à la gare de Piccadilly, Manchester 2 il y a quelques années. L’image était de l’autre côté de la plate-forme, sur une publicité pour une exposition de l’œuvre de McCullin à l’Imperial War Museum North. Le week-end suivant, je devais aller la voir. Je me tenais en face d’elle et j’ai été attiré par les yeux du soldat. Même aujourd’hui, ils me frappent comme intenses et vitrifiés en même temps. Comment cela peut-il être le cas ? Ca n’a pas de sens d’avoir les yeux qui sont intenses et vitrifiés à la fois, mais c’est la façon dont ils m’apparaissent. Le soldat, le marine regarde à travers moi, mais je ne sais pas ce qu’il regardait. Puis il m’a frappé ; ce n’est pas vrai. La vérité est que je préfère ne pas savoir ce qu’il regarde fixement. Je n’ose même pas imaginer les horreurs dont cet homme a été témoin, le scintillement dans l’espace de mille mètres derrière ma tête. Dans le même temps la fixité et la terreur de son regard sont en désaccord avec son apparence. Il ne semble ne pas avoir de cou. Comme il se recroqueville dans la peur, sa tête semble être située directement sur ses épaules, et est aussi en quelque sorte trop grande pour son corps. Cela lui donne un aspect légèrement mécanique, comme la marionnette d’un enfant figé dans le temps. Peut-être que c’est la façon dont il se voit, s’il lui était possible de se voir lui-même dans l’état où il était. Ensuite, je me demande si c’est comment il se sentait, un soldat de plomb pétrifié, un automate sans volonté, sous le contrôle de quelqu’un d’autre. Ses doigts s’enroulent autour du canon de son fusil comme s’ils étaient taillées dans le même morceau de bois. Il est inséparable de son fusil, ils sont une seule et même chose. Toutes ces réflexions, contradictoires, paradoxales, perplexes, ont flashé à travers moi la première fois que j’ai vu l’image. Enfin, je pense à l’homme qui a pris la photo, ce Don McCullin et le courage qu’il lui a fallu pour faire son travail. Je pense aussi à l’appareil photo, il permet de capturer l’image. C’était un Nikon F, qui a été lié à sa vie d’une manière terrifiante. Au Vietnam la balle d’un tireur d’élite a frappé son appareil, lui sauvant la vie.

pourquoi ?

Lorsque je tente de répondre à la question, comment cette image est venue devant moi, je me trouve devoir faire un effort délibéré de la décomposer en étapes ou processus impliquant l’optique, la chimie, la physique quantique et la manipulation des données numériques discrètes. Chaque étape ou processus a son propre ensemble de règles et de lois, pour finir avec les processus physiques dans mon cerveau. Comme je tente de répondre à la question, quelque chose change dans ma relation à l’image. Il m’est impossible de répondre à la question de savoir comment est-ce que l’image est venue devant moi, et être engagé avec elle dans la façon dont je le suis lorsque je tente de répondre à la seconde question, pourquoi ? Je dois me dégager de l’image de sorte qu’elle n’est plus présente pour moi de la façon dont elle l’a été quand je l’ai rencontré pour la première fois dans la gare de Piccadilly, un puissant symbole de la guerre et de la souffrance. La première fois, l’image a eu un impact émotionnel puissant sur moi. Elle se tenait devant moi comme quelque chose que je ne pouvais pas éviter étant aux prises avec le soldat, la souffrance dans laquelle il était impliqué, sa souffrance, et le courage de l’homme qui a pris la photo. C’est dans cet état d’esprit que je suis attiré par l’image. Elle me préoccupe et remplit ma conscience à l’exclusion de tout le reste, évoquant un éventail de réponses, certaines contradictoires, mais ne finissant jamais. Chaque fois que je s’engage à propos de cette photo de cette façon je me rends compte de nouvelles réponses, et en ce sens l’image est sans fin et jamais fixe, impossible à déterminer. En effet, nous pouvons voir la question comment et les explications scientifiques qui découlent de cela, simplement comme un aspect de mes réponses qui continuent à la présence de l’image devant moi.

stérilité et manque d’humanité de la psychiatrie scientifique dominante

La description que les neurosciences font de la conscience nie la possibilité du libre arbitre. Tout ce qui nous rend humain est déterminé par des procédés physiques dans le cerveau qui obéissent à des lois naturelles. L’expérience de pensée interroge également ce point de vue neuroscientifique sur nous-mêmes. Nous pouvons choisir de regarder un autre être humain comme un objet déterminé par des lois physiques, ou en tant que personne mais en dehors de nous-mêmes, avec des craintes, la terreur, l’espoir, et dans le besoin de confort humain et de soins. Mettant les arguments philosophiques de côté, la preuve la plus évidente que la psychiatrie neuroscientifique est sérieusement en retard a été la montée en puissance de la victime de la psychiatrie, de l’usager. Le travail d’organisations comme le Réseau « Hearing Voices » et le projet Icare sont une preuve de la stérilité et du manque d’humanité de la psychiatrie scientifique dominante. Nous avons beaucoup à apprendre de cela, surtout à propos de l’importance des relations humaines soutenantes, bienveillantes, pour aider les gens qui souffrent de la folie et de la détresse.

Références
Bartels, A. & Zeki, S. (2000) « The Neural Basis of Romantic Love. » Merleau-Ponty NeuroReport, 11, 3829 – 3834.
McCullin, D. (2003) Don McCullin, London, Jonathan Cape.
Noë, A. (2009) Out of our Heads: Why you are not your brain, and other lesons from the biology of consciousness. New York, Hill and Wang.
Merleau-Ponty, M. (1962) Phenomenology of Perception. (Trans. C. Smith), Routledge & Kegan Paul, London.
Putnam, H. (1982) Reason, Truth and History. Cambridge, Cambridge University Press.
Rose, N. & Abi-Rached, J. (2013) Neuro: The New Brain Sciences and the Management of the Mind. Princeton, Princeton University Press.
Salimpoor, V., van den Bosch, I., Kovacevic, N., McIntosh, A., Dagher, A., and Zatorre, R. (2013) « Interactions Between the Nucleus Accumbens and Auditory Cortices Predict Music Reward Value. » Science Vol. 340 6129 pp. 216-219 DOI:10.1126/science.1231059
Searle, J. (1983) Intentionality: An essay in the philosophy of mind. Cambridge, Cambridge University Press.
Tallis, R. (2011) Aping Mankind: Neuromania, Darwinitis and the Misrepresentation of Humanity. Durham, Acumen. (Chapter Three, pp 73 – 146)
van Lutterveld, R., Diederen, K, Koops, S. et al (2013) « The influence of stimulus detection on activation patterns during auditory hallucinations. » Schizophrenia Research. 145, 27-32. doi: 10.1016/j.schres.2013.01.004

  • 1 La Société américaine de psychiatrie (ou Association américaine de psychiatrie, AAP, en anglais American Psychiatric Association, APA) est une société savante nationale spécialisée dans laquelle un groupe représentatif composé de psychiatres sont spécialisé en diagnostics, traitements, préventions et recherches des maladies mentales causées par de divers facteurs. L’association, comptant plus de 36 000 membres en 2006, est responsable de plusieurs publications et ouvrages multimédias incluant les domaines de la psychiatrie, la santé mentale et des sciences comportementales. L’AAP offre des informations mises à jour, adoptées et approuvées pour aider les psychiatres, autres professionnels de la santé, étudiants en médecine et même le public en général Wikipédia.
  • 2 Strategy 1.4 of the NIMH Strategic Plan calls for the development, for research purposes, of new ways of classifying psychopathology based on dimensions of observable behavior and neurobiological measures. The Research Domain Criteria project (RDoC) has been launched by NIMH to implement this strategy. In brief, the effort is to define basic dimensions of functioning (such as fear circuitry or working memory) to be studied across multiple units of analysis, from genes to neural circuits to behaviors, cutting across disorders as traditionally defined. The intent is to translate rapid progress in basic neurobiological and behavioral research to an improved integrative understanding of psychopathology and the development of new and/or optimally matched treatments for mental disorders.

    NIMH established an internal working group in the Spring of 2009 to implement a structure and process for achieving this goal. The various domains of functioning, and their constituent elements, are being defined by an ongoing series of consensus workshops; input from the research community and other interested stakeholders is encouraged. A number of articles/editorials have been published describing and commenting on the project (see links below). NIMH anticipates that research grants employing this new experimental classification will represent an increasingly large share of its funding portfolio in coming years.

  • 3 concernment en anglais : préoccupation.
  • 4 On est dans le champ de l’intentionnalité : qui est à propos de quelque chose, qui nous concerne.