La Borde adoucit la folie depuis cinquante ans

Libération le 5 avril 2003

La Borde adoucit la folie depuis cinquante ans

par Éric Favereau

Blois envoyé spécial

«Comment ? Tu n’es pas à la retraite? À ton âge… Ils me disent ça, comme à un enfant.» Jean Oury en sourit, ou plutôt il s’en fout. Il est là, il est loin, il est assis dans son bureau, rempli de livres. Et en ce printemps 2003 cela fait cinquante ans qu’il est là. Qu’ils sont là. Cinquante ans qu’il est arrivé avec ses fous, après un périple inédit de quelques semaines en Sologne : il venait alors de claquer la porte de l’hôpital Saumery dans le Loir-et-Cher. Et il est tombé sur ce château en ruine, perdu dans la forêt, qui allait devenir ce lieu inouï de la psychiatrie française : la clinique de La Borde.

classification

Il fait beau, ce jour-là. Quelques résidents sont assis sur les marches du château. Un autre dodeline de la tête en regardant la pelouse. Il y a là plus d’une centaine de malades, «dont plus de 70 % de schizophrènes lourds», comme le dit la classification. L’ambiance à La Borde est toujours unique. C’est un drôle de lieu où, quelles que soient les bizarreries des habitants, on fait attention. On écoute, on s’énerve aussi, mais on n’a pas honte. Dominique est l’une des pensionnaires. Aujourd’hui, elle est «poisson pilote», c’est-à-dire en charge du visiteur pour lui faire visiter la clinique. Dominique a les cheveux bien courts. Elle vient à La Borde depuis vingt ans, mais depuis trois ans elle passe la moitié de la semaine à la clinique, et l’autre dans un appartement à Angers.

Elle parle avec une douceur infinie des autres malades : «Lui n’arrête pas de crier. Il hurle tout le temps. Il se fait mal.» Présente L., qui, tous les soirs et cela depuis des années, sort les poubelles et les met à l’entrée du parc. «Il ne veut jamais qu’on l’aide.» À un autre moment, Dominique s’oppose avec précaution mais avec insistance à Jean Oury qui en a marre qu’on laisse le piano, en bas, dans le salon. «Mais on ne peut pas le retirer, dit-elle. C’est très précieux pour Évelyne, c’est sa seule façon d’être avec nous». Puis : «C’est vrai que cela nous casse les oreilles, mais maintenant, elle arrive aussi à jouer un peu pour elle. Non, vraiment, on ne peut pas le retirer.»

pensionnaires

Plus tard, Dominique a ce joli mot : «Ici, on n’est pas des débiles mentaux, parce qu’on est des pensionnaires. C’est un sacré statut d’être pensionnaire, ici.» C’est ainsi. Et c’est un miracle. Alors que l’univers de la psychiatrie a rarement été aussi fragilisé, alors que la prise en charge de la folie n’a jamais été aussi mal à l’aise dans le cadre borné de la comptabilité publique, La Borde résiste. Mieux, à l’image de son vieux fondateur, elle s’en fout. «Je n’ai pas de projets, je n’ai jamais fait de projets,» dit Jean Oury. «Au fond, je ne me suis jamais installé. Je suis là, je ne peux pas dire que je m’y suis fait. Souvent, le soir, quand je sors, qu’il y a un pensionnaire sur le banc, qui délire ; je regarde, j’écoute, étonné, je trouve ça bizarre.» Il ajoute : «Pour que cela puisse continuer, il faut y être.» Marie Depussé qui vient d’achever avec Jean Oury un joli livre d’entretiens (1) : «Oury habite La Borde, comme un abbé. Il est tombé sur ce couvent, et il est là, en retraite, lui qui aime tant la vie. Il y a dans son attitude quelque chose à voir avec le schizophrène qui se retire. Une exigence partagée.»

accréditation, évaluation

La Borde a donc cinquante ans. «Tout cela n’existe pas, ironise Jean Oury. En septembre, il y a quelqu’un de l’Assurance maladie qui est venu. C’était, vous savez, pour ces histoires d’accréditation, d’évaluation. On l’a laissé parler. Il m’a demandé comment on marchait. Je lui ai dit mais c’est très simple, c’est aussi simple que de se tenir debout. Et je lui ai dit que si j’appliquais ce qu’il me demandait, je me casserais la gueule.» Des jeux de mots de psy qui dégagent en touche ? Carmen, monitrice (2), a un exemple pour illustrer. «La cuisine ? S’il fallait la mettre aux normes, cela en serait fini, par exemple, des pluches en commun. C’est pourtant essentiel, ici, les pluches. Vous imaginez, ici, avec de la nourriture qui fonctionne en prêt-à-chauffer.»}}}

animation, comme si on animait un schizophrène !

La Borde vit sa vie. On est loin de la folie des années 70 où La Borde était devenue un lieu à la mode pour artistes et théoriciens, sous la houlette de Félix Guattari. Jean Oury en garde une blessure évidente. «Vous vous rendez compte, ces imbéciles venaient pour faire de l’animation. Animation, comme si on animait un schizophrène.» Oury qui parle toujours de Félix Guattari : «Parfois, un pensionnaire dit son nom. Et son nom résonne, là, comme dans le paysage.» Et puis il y a eu les années de plomb et de silence. Les années où il a fallu s’habituer à des budgets beaucoup plus serrés. «Notre prix de journée est trois fois moins élevé que dans les hôpitaux.» Des années où la psychiatrie n’était plus à la mode. Il n’empêche, La Borde a continué avec ses règles, avec le club et ses quarantaines d’activités, tous les jours. Avec son standard tenu par les malades. Depuis cinquante ans, plus de 20 000 patients sont passés par La Borde. Une entrée par semaine. Et des patients qui, avec les nouvelles règles en vigueur, ne gardent plus que 2,5 euros par jour de leur pension. «Même pas de quoi s’acheter un paquet de cigarettes», s’énerve Oury.

résistant

Et pourtant, La Borde paraît comme préservée. Sereine, à l’image de Jean Oury. Lui dit qu’il se sent un résistant. On le sent étonnamment détendu, comme si à ce moment de sa vie de militant, il savait bien que l’enjeu est ailleurs, que soigner ou prendre en charge la folie l’installait dans un monde certes bien réel, mais bien loin aussi des contingences de telle ou telle décision politico-administrative. «Regardez, les autorités ont fermé 40 000 lits de psychiatrie. Fermer un lit n’a jamais soigné personne.» On aurait pu croire qu’avec l’âge et la fatigue, le beau château se serait fragilisé. Il n’en est rien. Et comparés à une visite effectuée il y a quinze ans, les locaux sont en bien meilleur état. Comme nourris de ces 50 années passées.

sous-jacence

«C’est ce que j’appelle la sous-jacence, dit Oury. Dans une comparaison, je dis que nous sommes des jardiniers. Il faut travailler le terrain. La sous-jacence, cela se dépose. Il y a plein de choses qui se déposent, les mythes, les habitudes, les fantasmes. Ça arrive comme cela dans un lieu travaillé par l’histoire, par les événements. Des choses qui se sont passées, ou ne se sont pas passées. Quand quelqu’un arrive, il est rapidement pris sans le savoir dans ce terreau. Mais c’est très fragile. Cela peut être détruit en une matinée.»


(1) Jean Oury et Marie Depussé, À quelle heure passe le train, conversations sur la folie, Calmann-Lévy.
(2) Moniteur est le nom que l’on donne aux personnels soignants à La Borde.

La guerre des subjectivités en Islam

Fethi BENSLAMA, La guerre des subjectivité en Islam, Lignes,  » Fins de la philosophie « , 384 p.-

Le Monde du 30 mai 2014

l’islam sur le divan

par Élisabeth Roudinesco

Selon Fethi Benslama, la psychanalyse peut aider le monde arabo-musulman à accéder à la modernité.

Psychanalyste et professeur de psychopathologie à l’université Paris-Diderot, ancien élève de Georges Devereux et ami de Jacques Derrida, Fethi Benslama a été le premier, avec la publication en 2002 de La psychanalyse à l’épreuve de l’islam (Aubier), à penser la question de l’introduction de la doctrine psychanalytique dans le monde arabo-islamique, marqué, comme il le soulignait déjà, par un  » dérèglement de la subjectivité, «  dont les symptômes les plus évidents seraient le traitement réservé aux femmes, à qui on dénie la qualité de sujet, et la radicalisation des masses dans un obscurantisme religieux. Et il indiquait comment la psychanalyse, doctrine rationnelle, pouvait contribuer à lever des refoulements et à permettre, selon lui, à ce monde d’accéder aux Lumières et à l’avènement d’une société démocratique.

C’est pourquoi ce nouvel ouvrage, composé d’articles et de conférences devenus introuvables, et précédé d’une excellente introduction, est d’un intérêt majeur aujourd’hui. Il prolonge cette réflexion à travers des commentaires subtils sur, par exemple, la condamnation de Salman Rushdie en 1989, ou encore sur des textes du philosophe Averroès (1126-1198), de l’historien allemand Ernst Kantorowicz (1895-1963) et du théologien Ibn Arabi (1165-1240).

Cherchant à décrire la  » guerre des subjectivités en islam,  » qui n’est rien d’autre, selon lui, que  » la guerre que les musulmans se livrent à eux-mêmes  » dans leur rejet collectif des Lumières dites  » occidentales « ,Fethi Benslama propose de l’analyser à partir de quatre figures de la  » mort volontaire  » qui rendent inopérante toute entrée possible de l’islam dans le temps de l’Histoire : le  » djihadisme « , parodie d’un engagement héroïque ; le culte de la  » bombe humaine,  » fondé sur l’apologie de l’humain démembré ;  » l’immolation par le feu « , acte de désespérance absolue ; la pratique du  » harrag  » ou du  » brûleur  » – celle de l’immigré clandestin –, consistant à choisir inconsciemment des naufrages en mer, l’exil n’étant alors qu’un moyen de hâter l’anéantissement du corps et de l’âme.

Dans cette analyse, l’auteur prend en compte autant les soulèvements du  » printemps arabe  » de 2011 que la situation géopolitique des représentants du troisième monothéisme, partagés, selon lui, entre un désir d’accéder aux Lumières et une pulsion contraire qui les conduit tantôt à un retour vers la tradition (les  » contre-Lumières « ), – tantôt à un rejet terroriste du principe même des Lumières (les  » anti-Lumières « ).

la culture de l’autre

Refusant toutefois de désespérer ce monde religieux dont il s’est détaché, en venant vivre en France en 1972, Fethi Benslama propose clairement à tous ceux qui se réclament d’une  » identité musulmane  » d’adopter les principes de la laïcité républicaine et de cesser, grâce à une réflexion freudienne sur leur subjectivité pathologique, de s’enfoncer dans les ténèbres des blasphèmes, des fatwas et du djihad. Manière pour lui de renouer avec le Divan oriental-occidental, ce grand poème de Goethe, admiré par Freud, sur la nécessité interne aux Lumières allemandes (Aufklärung) de s’inspirer de la culture de l’autre pour se définir elle-même.

Et pour étayer son propos, Benslama évoque la rencontre du 11 décembre 1798 entre Bonaparte et le cheikh Al-Sadate. Rendant hommage aux Arabes, qui avaient su autrefois cultiver les arts et les sciences, le général républicain soulignait combien ils avaient perdu leurs anciennes connaissances. Et le cheikh d’affirmer qu’il leur restait le Coran. Bonaparte demanda alors si le Coran enseignait à fondre le canon. Le cheikh et ses compagnons répondirent hardiment que oui.

Telle est donc pour Fethi Benslama la scène inaugurale du déni des Lumières dont doit sortir le monde arabo-islamique pour accéder à la modernité.

La guerre des subjectivités en islam

Fethi Benslama

La guerre des subjectivités en islam

La construction du moi musulman, tiraillé entre la raison et la voix divine par le psychanalyste Fethi Benslama.

par Robert Maggiori, Libération

Sans doute sait-on que Freud, dans ses travaux sur la culture et le monothéisme, par exemple son Moïse, n’a pas pris en compte l’islam, «écarté en une phrase assez expéditive, au titre de difficulté». Cette difficulté tient-elle au fait que Dieu, dans le judaïsme et le christianisme, intervient directement dans la procréation du fils, et est donc Dieu-le-père, alors que dans la théologie et la spiritualité de l’islam, où est interdit tout rapprochement entre le créateur et le procréateur, Dieu n’est pas le père et son messager, le Prophète, n’est pas tenu pour le père des musulmans ? Si on ôte en effet la figure de Dieu-le-père, des pans entiers de la psychanalyse freudienne ou lacanienne s’écroulent. En ce sens, l’islam, quant à la construction de son univers psychique et de ses systèmes symboliques, semble «opposer un défi à l’hypothèse freudienne.»

l’expérience de soi musulmane

À ce défi, Fethi Benslama, psychanalyste, professeur de psychopathologie clinique, n’a pas cessé de répondre, depuis ce jour lointain – il terminait ses études à Tunis – où il subit comme un «effondrement joyeux» en lisant Tafsir al-Ahlam, la première (1952) traduction en arabe, par Moustapha Safouan, de l’Interprétation des rêves de Freud. Après la Psychanalyse à l’épreuve de l’islam (2002), il propose aujourd’hui la Guerre des subjectivités en islam. La notion de subjectivité laisse immédiatement apparaître que l’islam contemporain n’y est pas exploré, comme on le fait généralement, d’après une optique politique, stratégique, idéologique, religieuse, sociale ou économique. Fethi Benslama, sans évidemment en négliger les effets politiques ou sociaux, concentre son étude sur l’«expérience de soi» que fait chaque musulman, sur les «processus de subjectivation» produits par l’histoire et la culture depuis la fin de la période coloniale, et met donc en évidence les «modes d’être sujet dans la civilisation actuelle de l’islam».

hostilités

Ces modalités sont loin d’être homogènes et pacifiques : elles participent de violents conflits qui, après l’«éclatement de la structure du sujet traditionnel de l’islam», disséminent les «noms des pères», les valeurs, les mythes, les référents théologiques et politiques par où passent les processus d’identification, et obligent à parler d’«état de guerre» – non au sens d’«hostilités entre États, parfois dans le contexte du terrorisme», mais au sens d’un agonisme conditionnant «la vie psychique des musulmans». Aussi, «à la question : qu’est-ce qui se passe aujourd’hui dans le monde musulman ? un constat s’impose : il y a une guerre civile dans l’islam dont l’objet est le musulman lui-même».

Il faut remonter loin pour expliquer les façons dont des sujets se constituent et constituent leurs identités, si différentes et antagonistes qu’elles mettent en danger la notion même de communauté. Sans doute jusqu’à Averroès, dont «l’histoire des idées a retenu qu’il a tenté, dans un de ses traités, d’accorder la religion et la philosophie», la loi (en tant qu’issue de Dieu) et la sagesse (en tant que discours de la rationalité humaine), alors que, pour Benslama, il a précisément montré le contraire, à savoir l’autonomie de la seconde par rapport à la première. L’«acte» d’Averroès, qui «connaîtra les persécutions, la réclusion, les livres brûlés», n’aura pas simplement pour conséquence l’«affrontement sectaire entre les philosophes et les théologiens» : il marque un «destin de civilisation», et établit une césure qui traverse les siècles jusqu’à nos jours, écartelant l’identité islamique entre, d’une part, une vérité conquise par la raison et, d’autre part, une vérité donnée par la loi divine, par l’«investissement spéculatif de la subjectivité dans la recherche d’une perfection spirituelle à travers le soufisme, et celle de l’assujettissement au littéralisme légalitaire de la Charia».

cassure historique

Cette «cassure historique axiale», Benslama la retrouve dans la réception par l’islam de l’héritage des Lumières. Bien sûr, les Lumières arrivent «avec des canonnières», apportent la science et la technique avec des expéditions militaires et s’implantent avec le colonialisme. Mais elles séduisent aussi les élites musulmanes, qui lancent des mouvements de réforme (Égypte, Syrie, Tunisie…), empruntent «le modèle des devoirs inventés par la civilisation européenne, selon un triptyque : science, travail, liberté», tiennent à donner au pouvoir un «fondement constitutionnel», prônent la fin du despotisme, «la séparation de la religion, de la politique et de l’éducation», ainsi que la promulgation de lois civiles, autrement dit «la sortie de la juridiction de la Charia». Dès lors le principe de «souveraineté théologico-politique» de l’islam se trouve «dédoublé» par «le modèle occidental de l’État moderne, puis écrasé par celui-ci».

Mais comment «rester musulman en étant facteur de l’éclairement européen» ? Ce qui apparaît comme un processus d’«identification à l’étranger» et de «désidentification avec le même» provoque les mouvements des «anti-Lumières», qui prennent appui sur les contre-Lumières, tel Hassan Al-Banna (1906-1949) fondateur des Frères musulmans», et qui, dénonçant «l’action corruptrice des occidentalisés en matière de société et de religion», réaffirment une identité «surmusulmane», forgée exclusivement dans «la demeure de l’islam», où «doit régner l’État islamique par la Charia». De là les écartèlements identitaires, l’islamisme, le jihadisme, la martyrologie, la «guerre des subjectivités», les guerres tout court, les fatwas, les attentats, et les printemps…

désir

Les textes qui composent la Guerre des subjectivités en islam convergent tous vers «la question du sujet en islam». Mais ils interrogent aussi la langue, le corps, la féminité, le statut de l’intellectuel, le désir, la sexualité… On renverra, pour intriguer, à deux passages. Celui où Fethi Benslama explique que la langue arabe, «très riche en termes qui décrivent l’expérience sexuelle», ne pouvait pas dire, jusqu’au début du XXe siècle, les «notions de « sexualité », d’ »instinct sexuel » et encore moins de « rapport sexuel »». Et celui où il expose la façon dont Ibn Arabî, à la fin du XIIe siècle, fomentant une «subversion du sujet théologique», arrive à concevoir un sujet «dont le centre de gravité est le désir de l’Autre, en tant que ce désir échappe à la conscience». Si Lacan («il n’y a pas de rapport sexuel») et Freud avaient su l’arabe…

TDAH (suite) : survente de la pillule intelligente

DOSSIER TDAH (trouble de l’attention avec hyperactivité) (suite)

Voir aussi

– Patrick Landman, « Qu’est ce que l’attention ? », dont voici les premières lignes :

ll semble que dans le milieu psychiatrique sous la domination du DSM on considère comme un fait acquis que l’attention se mesure, s’évalue et peut être l’objet d’un déficit dont on ne connaît pas les causes mais que l’on considère au mieux comme plurifactorielles ou tout simplement d’origine purement cérébrale, reprenant l’idée ancienne du « minimal brain dammage. » De plus ce supposé déficit est regardé comme le paradigme principal d’une « maladie » qui touche de plus en plus d’enfants et d’adolescents et depuis peu aussi bien de plus en plus d’adultes, cette « maladie » appelée trouble est le TDAH, acronyme de Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité.

Notre propos est d’interroger ce fait acquis : Suite ici

Voici donc que Patrick Landman poursuivant son travail critique mettant en cause le DSM5 et sa partie consacrée au TDAH met en circulation sa traduction d’un article paru aux USA au mois de Février dans la revue Nature. Ce texte, intitulé « Medication: The smart-pill oversell, » est l’œuvre de Katherine SHARPE, écrivain et journaliste spécialisée dans les sciences qui vit aujourd’hui à Berkeley en Californie. Cet écrivain publie régulièrement des articles dans The Lancet et est l’autrice de Coming of Age on Zoloft: How Antidepressants Cheered Us Up, Let Us Down, and Changed Who We Are (Harper Perennial, 2012) [Allez, courage, traduisez vous-même !].

L’article fait la synthèse, dans une perspective historique de ce que l’on sait aujourd’hui sur les effets à court et moyen terme du méthylphénidate ou MPH (connu en France sous le nom commercial Ritaline).

Pour faire court, Shootez vos enfants aux amphètes – sous caution médicale, la médecine veille sur l’équilibre des familles –, même si c’est illusoire ça reste tendance, et faites-leur la morale sur les drogues.

[Image : Sans titre]

Lisez-le en anglais, Medication : The smart-pill oversell, ici

2) Medication : la pillule intelligente survendue

par Katherine SHARPE, traduit de l’anglais par Patrick Landman

Evidence is mounting that medication for ADHD doesn’t make a lasting difference to schoolwork or achievement.
Les preuves s’accumulent que les médicaments pour le TDAH ne font pas une différence durable pour le travail et la réussite scolaire.

Ben Harkless ne pouvait pas rester en place. À la maison, ce sportif de dix ans préférait faire trois activités à la fois : jouer avec son iPad, par exemple, en regardant la télévision et en faisant rouler un ballon d’entraînement. Parfois, il le lançait contre les murs ; d’autres fois, il le faisait littéralement rebondir sur eux. À l’école c’était cependant une autre histoire, Ben était assis en classe la plupart du temps avec sa tête sur son bureau, « un amas vaincu, » se souvient sa mère, Suzanne Harkless, travailleur social à Berkeley, en Californie. Ses notes étaient mauvaises, et son professeur ne savait quoi faire. Harkless a amené Ben chez un thérapeute qui a diagnostiqué un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH). Il lui a été prescrit du méthylphénidate, un stimulant utilisé pour améliorer la concentration chez les personnes atteintes de cette maladie. Harkless était réticente à donner un médicament à son enfant, elle lui a donné une dose un matin où elle pouvait rendre visite à l’école et observer son fils.  » Il n’a pas donné un coup de fouet à son travail, mais il l’a fini, » dit-elle.  » Et puis il a continué et a aidé son camarade de classe à côté de lui. J’étais bouche bée « . Les diagnostics de TDAH augmentent rapidement partout dans le monde et en particulier aux États-Unis, où 11 % des enfants âgés entre 4 et 17 ans ont été diagnostiqués TDAH. Entre la moitié et les deux tiers d’entre eux sont mis sous médicament, une décision souvent influencée par les difficultés de l’enfant à l’école. Et il y a de nombreux rapports sur des adolescents et des jeunes adultes sans TDAH qui utilisent les médicaments comme soutien à leurs études.

Comme les médicaments sont devenus plus répandus, ils ont donc leur cachet culturel. Les médicaments stimulants ont acquis une réputation de suralimentation (turbo-alimentation) de l’intellect. Même des reportages critiques sur leur utilisation se réfèrent à eux comme des « Pilules de bonne qualité, amplificateurs cognitifs » et « stéroïdes mentaux ». Pour la plupart des personnes atteintes de TDAH, ces médicaments – dont la formule chimique type est le méthylphénidate ou amphétamine – les calment rapidement et accroissent leur capacité à se concentrer.

Bien que ces changements de comportement fassent que les médicaments soient considérés comme utiles, un nombre croissant de preuves suggère que les avantages s’arrêtent surtout là. Des études indiquent que les améliorations observées avec ces médicaments ne se traduisent pas par une meilleure réussite scolaire ou encore l’adaptation sociale à long terme : les personnes qui ont été médiquées dans l’enfance ne montrent aucune amélioration dans les comportements antisociaux, la toxicomanie ou les taux de détention (prisons) plus tard dans la vie, par exemple. Et une étude récente suggère que les médicaments pourraient même nuire à certains enfants.

Après des décennies d’études, il est devenu clair que les médicaments ne sont pas aussi « transformateurs » que leurs « vendeurs » auraient voulu faire croire aux parents. «  Je ne connais pas de preuve cohérente qui montre qu’il y a quelque avantage à long terme de la prise du médicament,  » dit James Swanson, psychologue à l’Université de Californie, Irvine. Maintenant, les chercheurs tentent de comprendre pourquoi. La réponse pourrait se trouver dans l’utilisation sous-optimale des médicaments, ou le défaut de réponse à d’autres facteurs qui affectent la performance, tels que des troubles d’apprentissage. Ou peut-être que les gens accordent trop d’espoir en une solution simple à un problème complexe.  » Ce que nous attendons de ce que les médicaments peuvent faire est peut-être irréaliste, «  dit Lily Hechtman, un psychiatre de l’Université McGill à Montréal.

Des attentes irréalistes ?

En 1937, le psychiatre Charles Bradley a remarqué que les enfants à problèmes traités par un stimulant, benzedrine sulfate, sont devenus plus calmes, ont un meilleur comportement et plus studieux. Depuis, des études ont démontré à maintes reprises que les médicaments stimulants réduisent les symptômes de base du TDAH, qui comprennent une activité perturbatrice incessante associée à un manque de réflexivité et de l’inhibition. Les stimulants agissent en augmentant les niveaux de la dopamine, un neurotransmetteur, dans le cerveau, affectant des régions impliquées dans la concentration, la maîtrise de soi et le sens de la récompense liée à l’activité. Ils font effet immédiatement, et ils aident à hauteur de 80 % de ceux diagnostiqués TDAH – l’un des meilleurs taux de réponse pour un médicament psychiatrique.

Des années d’études en laboratoire et en classe attestent que les médicaments aident les enfants affectés à effectuer les tâches scolaires. Les enfants traités s’agitent moins. Ils ont de meilleurs résultats à des tests de laboratoire nécessitant de la concentration et de la mémoire à court terme. Et ils prennent de meilleures notes à la main dans plus de devoirs, font moins de fautes d’inattention. Nora Volkow, directrice de l’Institut national sur l’abus des drogues à Bethesda, Maryland, dit que ces avantages portent sur le monde réel, au moins à court terme.  » Ils (les médicaments) vous aident à faire attention » dit-elle.  » Les qualités s’améliorent.  » Mais les quelques études qui ont examiné les effets des médicaments anti-TDAH bien au-delà d’un an ont montré que les avantages soit disparaissent soit se réduisent à des proportions cliniquement insignifiantes.

Au début des années 1990, alors que les taux de prescriptions de stimulants ont commencé à grimper, l’Institut national de la santé mentale à Bethesda, dans le Maryland, a financé une étude pour comparer les différents traitements de la maladie. Connu comme l’étude de traitement multimodal des enfants avec le TDAH, ou MTA, l’étude randomisée de 579 enfants âgés entre sept et dix ans diagnostiqués TDAH qui ont reçu l’un des quatre traitements : médicaments stimulants, thérapie comportementale, les médicaments et le comportement thérapie combinée ou quelque autre soin qui étaient déjà en cours pour eux, dit traitement habituel.

Après 14 mois, les groupes traités avec des médicaments seuls et les médicaments associés à une thérapie comportementale ont montré une plus grande amélioration dans les symptômes du TDAH de base que les deux autres groupes. Pour la réussite scolaire, seul le groupe recevant des médicaments et la thérapie comportementale combinée s’est montré plus performant que le groupe recevant le traitement régulier. En trois ans, les quatre groupes étaient devenus indiscernables sur chaque mesure (3). Le traitement ne confère aucun avantage durable en termes de qualités, les résultats des tests, ou l’adaptation sociale. Huit ans plus tard, c’était la même histoire (4).  » Rien ne pourrait nous inciter à dire qu’il y a un effet à long terme, » dit Swanson, qui était l’un des principaux chercheurs sur le MTA.

Les conclusions de la MTA sont confirmés dans la plupart des études qui ont suivi des étudiants pour de longues périodes de temps. Une revue de littérature en 2012, qui comprenait des études qui ont suivi les enfants atteints de TDAH pendant trois ans ou plus, a trouvé peu de preuves d’un effet significatif sur les scores normalisés à l’essai, sur les niveaux ou sur la probabilité qu’un élève aurait de redoubler (5.) Une revue de 2 013 des essais contrôlés randomisés de plus de 12 mois conclut de même qu’il y a peu de preuves pour l’amélioration des symptômes du TDAH ou du rendement scolaire pour une durée au-delà d’un année (6) Il existe même des preuves que les médicaments du TDAH pourraient aggraver les résultats. En 2013, une équipe d’économistes a publié une étude (1) examinant les effets d’un changement de politique au Québec qui a abouti à donner à des milliers d’enfants des prescriptions de méthylphénidate. Les auteurs ont constaté que les enfants qui ont commencé à prendre réellement le médicament ont leurs résultats à l’école empirer et ils étaient plus susceptibles de décrocher que ceux qui avec des niveaux similaires de symptômes n’ont pas reçu les médicaments. Les filles qui prennaient le médicament avaient plus de problèmes émotionnels, et les deux sexes ont signalé des relations pires avec leurs parents.

Il y a quelques études qui montrent des gains à long terme dans le rendement scolaire, mais l’avantage n’est pas important. Une étude qui a suivi 594 scolaires âgés de 5-11 diagnostiqués TDAH a constaté que ceux qui utilisent des médicaments pendant au moins un an amènent une augmentation de 3 points sur 100 aux tests de mathématiques standardisés et 5 points de plus aux tests de lecture par rapport à ceux ne prenant pas de médication (7). Mais ce n’était pas suffisant pour conclure à un écart de score significatif entre ceux diagnostiqués TDAH et les autres. Et les gains s’évaporent au fil du temps, même si les enfants sont restés sous médicaments, selon une étude dont le coauteur est Stephen Hinshaw, psychologue à l’Université de Californie, Berkeley.

En 2012, une étude en Islande – le seul pays où les taux d’usage de médicaments stimulants sont comparables à ceux des États-Unis – a constaté que bien que les scores de tous les enfants atteints de TDAH ont diminué, en moyenne, sur les tests de mathématiques standardisés entre les âges de 9 et 12, ceux des élèves qui ont commencé tôt le médicament pendant cette période ont baissé moins leurs scores que ceux qui ont attendu plus longtemps pour prendre le médicament. Il est possible qu’il y ait des avantages à long terme que les études à ce jour n’ont pas saisies. Mais étant donné l’abondance et la cohérence des données, les médicaments ne peuvent pas faire beaucoup pour la plupart des millions d’enfants qui les prennent, dit Alan Sroufe, un psychologue émérite à l’Université du Minnesota à Minneapolis. « S’ils l’étaient, il ne serait pas difficile à détecter.« 

Paradoxe énigmatique

Les chercheurs commencent à s’intéresser à ce paradoxe. Comment un médicament qui permet aux enfants de rester assis et de soutenir son attention ne peut pas conduire à de meilleures notes ?

L’une des raisons possibles est que les enfants développent une tolérance à la drogue. Le dosage pourrait également jouer un rôle : les enfants grandissent et prennent du poids, la dose de médicament doit être ajustée pour suivre, ce qui ne se produit pas toujours. Et beaucoup d’enfants cessent tout simplement de prendre les médicaments, surtout à l’adolescence, quand ils peuvent commencer à sentir qu’elle affecte leurs personnalités. Les enfants peuvent aussi arrêter le traitement en raison d’effets secondaires, qui peuvent inclure des troubles du sommeil, perte d’appétit et des sautes d’humeur, ainsi que l’élévation de la fréquence cardiaque.

Ou peut-être que les médicaments stimulants améliorent principalement le comportement, pas le fonctionnement intellectuel. Dans les années 1970, deux chercheurs, Russell Barkley et Charles Cunningham, ont noté que lorsque les enfants atteints de TDAH prennent des stimulants, les parents et les enseignants ont évalué que leur rendement scolaire s’est considérablement amélioré (9). Mais des mesures objectives ont montré que la qualité de leur travail n’avait pas changé. Ce qui ressemblait à de la réussite était en fait une meilleure docilité, souplesse dans la salle de classe. Si un médicament transforme des enfants qui luttent en des enfants qui semblent faire bien, ils pourraient du coup échapper à l’aide nécessaire, ont suggéré les auteurs. Janet Currie, économiste à l’Université de Princeton dans le New Jersey, dit qu’elle aurait pu observer un tel phénomène dans l’étude du Québec où l’on trouve des résultats plus faibles parmi les étudiants (1) médicamentés. Et c’est peut-être tout simplement que les médicaments ne suffisent pas. Les médicaments stimulants ont deux effets principaux : ils aident les gens à soutenir l’effort mental, et ils font que les tâches ennuyeuses et répétitives semblent plus intéressantes. Ces propriétés aident à de nombreuses taches à l’école, mais pas à toutes . Les enfants traités avec des stimulants pourraient remplir une feuille de problèmes mathématiques simples de façon plus rapide et plus précise que d’habitude, explique Nora Volkow. Mais là où la flexibilité de la pensée est nécessaire – par exemple, si chaque problème sur une feuille de calcul exige un autre type de solution – les stimulants n’aident pas. Au-delà de la croyance.

Chez les personnes sans TDAH, tels que les étudiants qui prennent des médicaments sans ordonnance pour stimuler le travail scolaire, l’impact intellectuel des stimulants reste aussi médiocre. Dans une étude de 2 012 sur les effets de l’amphétamine Adderall sur les personnes sans TDAH, les psychologues de l’Université de Pennsylvanie à Philadelphie n’ont trouvé aucune amélioration constante sur de nombreuses mesures de la cognition, même si les gens prenant le médicament ont cru que leur performance avait été améliorée (10). L’attention accrue a des avantages, disent des experts, mais de nombreux enfants atteints de TDAH ont besoin d’aide dans plusieurs domaines si l’on veut réussir à l’école. « Beaucoup de facteurs vont jouer à propos des qualités en classe , » explique Joshua Langberg, un psychologue à l’Université Virginia Commonwealth à Richmond.  » Un de ces facteurs est certainement le comportement de l’enfant et la capacité à se concentrer, le médicament fait un bon travail d’amélioration. Mais ces facteurs comprennent aussi les capacités de base d’un enfant en mathématiques et en lecture, le QI et la capacité à gérer le temps et le plan. La raison pour laquelle nous attendons un impact du médicament sur ces facteurs n’est pas claire. »

Certains chercheurs pensent que le manque de preuves pour les prestations scolaires à long terme est le résultat de la conception de l’étude qui serait erronée. Peter Jensen, chef de file de l’étude MTA, dit qu’il croit que si les enfants avaient été maintenus dans le protocole de l’étude, les gains initiaux qu’ils ont faits auraient duré. Des essais contrôlés randomisés plus long dans le temps seraient difficiles à la fois d’un point de vue technique et éthique, mais la suggestion souligne un autre problème, à savoir l’écart entre la prise en charge optimale donnée lors d’une étude et celle que la plupart des enfants reçoivent.

seulement le quart des enfants

Après la période randomisée de 14 mois, les participants à l’étude MTA ont commencé à recevoir le traitement que Jensen appelle « le traitement habituel. » Il dit qu’il est généralement de mauvaise qualité. Peu de médecins surveillent les enfants d’assez près pour arriver à la dose optimale ou pour identifier et traiter les affections concomitantes – telles que la dépression et l’anxiété – qui affectent jusqu’à 70 % des enfants atteints de TDAH.  » Seulement un quart des enfants reçoivent quelque chose proche de ce que nous pourrions dire, c’est un bon traitement, » explique Jensen.

[Image : Sans titre]

Lorsque l’équipe MTA a examiné les données de suivi, il a constaté que de nombreux facteurs non médicaux jouent un grand rôle dans la durée des améliorations. Le meilleur facteur prédictif de la réponse de l’enfant au traitement n’a pas été pas quel traitement leur a été affecté, mais un ensemble de facteurs qui étaient présents au départ. Les enfants avec plus d’avantages – une intelligence supérieure, de meilleures compétences sociales, les familles intactes, l’éducation parentale plus élevée, moins de problèmes de comportement ou un statut socio-économique plus élevé – étaient susceptibles de faire de grands progrès et de les maintenir, peu importe ce que le traitement a été, alors que les enfants sans ces avantages ont généralement progressé plus lentement et ont régressé après l’arrêt du traitement (2 – 4).

Mais les enfants défavorisés ont eu un bénéfice quand ils ont reçu les médicaments et la thérapie comportementale. « Les enfants avec la plupart des problèmes avaient besoin de la combinaison », explique Jensen, qui ajoute que les parents devraient avoir un accès plus facile à des thérapies comportementales éprouvées. Les effets de la thérapie comportementale ne semblent pas être d’une durée plus longue que celles des médicaments, cependant : une fois le traitement actif s’arrête, ils se dissipent.

Des études ultérieures pourraient explorer si un médicament présente des avantages subtils qui ne sont pas reflétés dans les scores des tests ou l’appréciation des qualités (notes). Beaucoup de chercheurs pensent qu’un passage par les médicaments, lorsque cela est nécessaire, peut créer une spirale ascendante de l’estime de soi qui peut faire une différence cruciale dans la vie d’un enfant – mais il n’y a pas de données à l’appui.  » Il se peut que le traitement ne se traduise pas par de meilleures notes  » à long terme, dit Volkow.  » Mais ce que je voudrais voir c’est si ces enfants sont globalement mieux intégrés ?  » Certains experts pensent que l’accent mis sur la réussite scolaire est erroné – que le point fort des médicaments n’a jamais été d’améliorer les qualités de l’enfant, ou d’augmenter leurs chances d’admission dans les meilleures universités.  » Les médicaments sont donnés pour leurs effets à court terme, » dit Swanson.  » N’attendez pas des médicaments qu’ils débarrassent un enfant de tous les problèmes qu’il a. Mais si le problème à l’heure actuelle c’est qu’il ne passe pas en deuxième année, ou qu’il n’a pas d’amis en troisième année, nous pouvons faire quelque chose à ce sujet maintenant.  » Certains parents semblent comprendre. Suzanne Harkless dit que ses espoirs dans les médicaments sont modestes. Elle veut garder Ben engagé dans la cinquième année alors qu’elle cherche un collège qui pourrait lui fournir la structure dont il a besoin. « Mon objectif est maintenant de ne pas le faire entrer dans un bon collège, » dit -elle.  » Mon but est de le garder à l’école. « 

D’autres parents peuvent accrocher des espoirs irréalistes sur ces médicaments alors que leur utilisation augmente dans le monde entier (voir « prescriptions populaires »). « La concurrence dans l’économie mondiale d’aujourd’hui alimente l’augmentation spectaculaire de l’utilisation de médicaments contre le TDAH, en particulier aux États-Unis », a déclaré Richard Scheffler, un économiste de la santé à l’Université de Californie, Berkeley, et co-auteur d’un livre à paraître avec Hinshaw sur la popularité croissante des médicaments pour le TDAH. Pour Currie, la question se résume à la transparence. « Les parents se soucient de la façon dont leurs enfants fonctionnent à l’école », dit-elle.  » Il est trompeur de dire aux parents que cela va aider leurs enfants à réussir, quand il n’y a aucune preuve que c’est le cas.  »



1 Currie, J. , Stabile, M. & Jones, LE National Bureau of Economic Research Paper travail 19105 (NBER, 2 013) ; disponible à http://www.nber.org/papers/w19105
2. MTA Cooperative Group Arch. Gen Psychiatry 56, 1073-1086 (1999).
3. Jensen, P. S. et al. J. Am. Chem. Acad. Asolesc enfant. Psychiatrie 46, 989-1002 (2007).
4. Molina, B. S. G. et al. J. Am. Chem. Acad. Adolesc enfant. Psychiatrie 48, 484-500 (2009).
5. Langberg, J. M. & Becker, S. P. Clin. Fam de l’enfant. Psychol. Rev 15, 215-233 (2 012).
6. Parker, J. et al. Psychol. Res. Com. Manag. 6, 87-99 (2 013 ) .
7 . Scheffler, R. M. et al. Pediatrics 123, 1273-1279 (2009).
8. Zoega, H. et al. Pediatrics 130, e53 – e62 (2 012).
9. Barkley, R. A. & Cunningham, C. E. Clin. Pediatr. 17, 85-92 (1978).
10. Ilieva, I. , Boland, J. & Farah, MJ neuropharmacologie

Nouvelle ActuMedication: The smart-pill oversell

Medication: The smart-pill oversell
Evidence is mounting that medication for ADHD doesn’t make a lasting difference to schoolwork or achievement.
• Katherine Sharpe
12 February 2014
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Ben Harkless could not sit still. At home, the athletic ten-year-old preferred doing three activities at once: playing with his iPad, say, while watching television and rolling on an exercise ball. Sometimes he kicked the walls; other times, he literally bounced off them.

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School was another story, however. Ben sat in class most days with his head down on his desk, “a defeated heap”, remembers his mother, Suzanne Harkless, a social worker in Berkeley, California. His grades were poor, and his teacher was at a loss for what to do.
Harkless took Ben to a therapist who diagnosed him with attention deficit hyperactivity disorder (ADHD). He was prescribed methylphenidate, a stimulant used to improve focus in people with the condition.
Harkless was reluctant to medicate her child, so she gave him a dose on a morning when she could visit the school to observe. “He didn’t whip through his work, but he finished his work,” she says. “And then he went on and helped his classmate next to him. My jaw dropped.”
ADHD diagnoses are rising rapidly around the world and especially in the United States, where 11% of children aged between 4 and 17 years old have been diagnosed with the disorder. Between half and two-thirds of those are put on medication, a decision often influenced by a child’s difficulties at school. And there are numerous reports of adolescents and young adults without ADHD using the drugs as study aids.
As the drugs have become more widespread, so has their cultural cachet. Stimulant medications have gained a reputation for turbo-charging the intellect. Even news stories critical of their use refer to them as “good-grade pills”, “cognitive enhancers” and “mental steroids”.
For most people with ADHD, these medications — typically formulations of methylphenidate or amphetamine — quickly calm them down and increase their ability to concentrate. Although these behavioural changes make the drugs useful, a growing body of evidence suggests that the benefits mainly stop there. Studies indicate that the improvements seen with medication do not translate into better academic achievement or even social adjustment in the long term: people who were medicated as children show no improvements in antisocial behaviour, substance abuse or arrest rates later in life, for example. And one recent study suggested that the medications could even harm some children1.
After decades of study, it has become clear that the drugs are not as transformative as their marketers would have parents believe. “I don’t know of any evidence that’s consistent that shows that there’s any long-term benefit of taking the medication,” says James Swanson, a psychologist at the University of California, Irvine.
Now researchers are trying to understand why. The answer could lie in sub-optimal use of the drugs, or failure to address other factors that affect performance, such as learning disabilities. Or it could be that people place too much hope on a simple fix for a complex problem. “What we expect medication to do may be unrealistic,” says Lily Hechtman, a psychiatrist at McGill University in Montreal.
Unrealistic expectations?
In 1937, psychiatrist Charles Bradley noticed that problem children treated with a stimulant, benzedrine sulphate, became quieter, better behaved and more studious. Since then, studies have repeatedly demonstrated that stimulant medications reduce the core symptoms of ADHD, which include incessant, disruptive activity coupled with a lack of reflectiveness and inhibition. Stimulants work by increasing levels of the neurotransmitter dopamine in the brain, affecting regions involved in focus, self-control and the sense that an activity is rewarding. They take effect immediately, and they help as many as 80% of those with ADHD — one of the best response rates for a psychiatric drug.
Years of lab and classroom studies attest that the medications help affected children to perform in school. Treated children fidget less. They do better on laboratory tests requiring concentration and short-term memory. And they take better notes and hand in more homework, making fewer careless mistakes. Nora Volkow, director of the National Institute on Drug Abuse in Bethesda, Maryland, says that these benefits carry over into the real world, at least in the short term. “They help you pay attention,” she says. “The grades do improve.”

SOURCE: IMS HEALTH/S. P. HINSHAW & R. M. SCHEFFLER THE ADHD EXPLOSION: MYTHS, MEDICATION, MONEY, AND TODAY’S PUSH FOR PERFORMANCE (OXFORD UNIV. PRESS, IN THE PRESS)
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But the few studies that have examined the effects of ADHD medication much beyond a year have found that the benefits either vanish or shrink to clinically meaningless proportions.
In the early 1990s, as rates of stimulant prescriptions were beginning to climb, the National Institute of Mental Health in Bethesda, Maryland, funded a study to compare different treatments for the disorder. Known as the Multimodal Treatment Study of Children with ADHD, or MTA, the study randomized 579 children aged between seven and ten with ADHD to receive one of four treatments: stimulant medication, behaviour therapy, medication and behaviour therapy combined or whatever care they had already been receiving.
After 14 months, the groups treated with medication alone and medication plus behaviour therapy showed greater improvements in core ADHD symptoms than the other two groups. For academic achievement, only the group receiving medication and behaviour therapy combined outperformed the group receiving regular care2. By three years in, the four groups had become indistinguishable on every measure3. Treatment conferred no lasting benefit in terms of grades, test scores or social adjustment. Eight years later, it was the same story4. “Nothing we did could tease out and say there’s a long-term effect,” says Swanson, who was one of the lead investigators on the MTA.
The MTA’s findings are borne out in most of the studies that followed students for long periods of time. A literature review in 2012, which included studies that tracked children with ADHD for three years or more, found little evidence for a significant effect on standardised-test scores, grades or on the likelihood that a student would be held back a year5. A 2013 review of randomized controlled trials longer than 12 months similarly concluded that there is scant evidence for improvements in ADHD symptoms or academic performance lasting much beyond a year6.
There is even some evidence that ADHD medication could worsen outcomes. In 2013, a team of economists published a study1 examining the effects of a policy change in Quebec that resulted in thousands of children being given prescriptions for methylphenidate. The authors found that children who began taking it actually did worse at school and were more likely to drop out than those with similar levels of symptoms who did not receive drugs. Girls taking the drug had more emotional problems, and both sexes reported worse relationships with their parents.
There are a few studies that do show long-term gains in academic performance, but the boost is not large. A study that tracked 594 students aged 5–11 with ADHD found that those using medication for at least a year scored 3 points out of 100 higher on standardized maths tests and 5 points higher on reading tests than those not taking medication7. But this was not enough to close the test-score gap between those with ADHD and those without. And the gains faded over time even if the children stayed on the drugs, according to study co-author Stephen Hinshaw, a psychologist at the University of California, Berkeley.
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In 2012, a study in Iceland — the only country where rates of stimulant medication use are comparable to those of the United States — found that although the scores of all children with ADHD declined, on average, on standardized maths tests between the ages of 9 and 12, those of students who started medication earlier during that period declined less than those who waited longer to start8.
It is possible that there are long-term benefits that studies so far have not captured. But given the abundance and consistency of the data, the drugs cannot be doing much for most of the millions of children who take them, says Alan Sroufe, a psychologist emeritus at the University of Minnesota in Minneapolis. “If they were, it wouldn’t be hard to detect.”
Puzzling paradox
Researchers are beginning to address this paradox. How can medication that makes children sit still and pay attention not lead to better grades?
One possibility is that children develop tolerance to the drug. Dosage could also play a part: as children grow and put on weight, medication has to be adjusted to keep up, which does not always happen. And many children simply stop taking the drugs, especially in adolescence, when they may begin to feel that it affects their personalities. Children may also stop treatment because of side effects, which can include difficulty sleeping, loss of appetite and mood swings, as well as elevated heart rate.
Or it could be that stimulant medications mainly improve behaviour, not intellectual functioning. In the 1970s, two researchers, Russell Barkley and Charles Cunningham, noted that when children with ADHD took stimulants, parents and teachers rated their academic performance as vastly improved9. But objective measurements showed that the quality of their work hadn’t changed. What looked like achievement was actually manageability in the classroom. If medication made struggling children appear to be doing fine, they might be passed over for needed help, the authors suggested. Janet Currie, an economist at Princeton University in New Jersey, says that she might have been observing just such a phenomenon in the Quebec study that found lower achievement among medicated students1.
And it may simply be that drugs are not enough. Stimulant medications have two core effects: they help people to sustain mental effort, and they make boring, repetitive tasks seem more interesting. Those properties help with many school assignments, but not all of them. Children treated with stimulants would be able to complete a worksheet of simple maths problems faster and more accurately than usual, explains Nora Volkow. But where flexibility of thought is required — for example, if each problem on a worksheet demands a different kind of solution — stimulants do not help.
Beyond belief
In people without ADHD, such as students who take the drugs without a prescription to help with school work, the intellectual impact of stimulants also remains unimpressive. In a 2012 study of the effects of the amphetamine Adderall on people without ADHD, psychologists at the University of Pennsylvania in Philadelphia found no consistent improvement on numerous measures of cognition, even though people taking the medication believed that their performance had been enhanced10.
Increased focus has benefits, say some experts, but many children with ADHD need help in more areas if they are to succeed at school. “Many things go into grades,” says Joshua Langberg, a psychologist at Virginia Commonwealth University in Richmond. “One of those is certainly a child’s behaviour and ability to focus, which medication does a nice job of improving. But they also include a child’s basic abilities in math and reading, their IQ and their ability to manage time and plan. It’s not clear why we would expect medication to impact those things.”
“Only one in four kids are getting anything close to what we would say is good treatment.”
Some researchers think that the lack of evidence for long-term academic benefits is a result of flawed study design. Peter Jensen, a leader on the MTA study, says he believes that if the children had been maintained on the study’s protocol, the initial gains they made would have lasted. Longer randomly controlled trials would be challenging both from a technical and ethical standpoint, but the suggestion highlights another problem, namely the discrepancy between the optimal care given during a trial and that which most children receive.
After the 14-month, randomized trial period, participants in the MTA study began to receive what Jensen calls treatment ‘in the community’. He says it is typically of low quality. Few doctors monitor children closely enough to arrive at optimal dosage or identify and treat co-occurring conditions — such as depression and anxiety — that affect up to 70% of children with ADHD. “Only one in four kids are getting anything close to what we would say is good treatment,” Jensen says.
When the MTA team examined the follow-up data, it found that many non-medical factors play a big part in whether improvements last. The best predictor of a child’s response to treatment wasn’t which treatment they were assigned, but a cluster of factors that were present at the start. Children with more advantages — higher intelligence, better social skills, intact families, higher parental education, fewer conduct problems or higher socioeconomic status — were likely to make big strides and hold onto them no matter what the treatment was, whereas children without these advantages typically progressed more slowly and regressed after treatment stopped2, 3, 4.
But disadvantaged children benefited when they received both medication and behaviour therapy. “The kids with the most problems needed the combination,” says Jensen, who adds that parents should have easier access to proven behaviour therapies. The effects of behavioural treatment don’t seem to be longer-lasting than those of medication, however: once active treatment stops, they dissipate.
Future studies might explore whether medication offers subtle benefits that are not reflected in test scores or grades. Many researchers think that a stint on medication, when it is needed, can create an upward spiral of self-esteem that may make a crucial difference to a child’s life — but there are no hard data to support this. “It may be that treatment doesn’t translate into better grades” in the long term, Volkow says. “But what I’d like to see is, are those kids overall better integrated?”
Some experts think that the focus on academic achievement is misguided — that the point of the drugs has never been to improve children’s grades, or increase their chances of admission to the best universities. “Medications are given for their short-term effects,” says Swanson. “Don’t expect medication to get rid of every problem a child has. But if the problem right now is not passing the second grade, or not having any friends in the third grade, we can do something about that now.”
Some parents seem to understand that. Suzanne Harkless says that her hopes for medication are modest. She wants to keep Ben engaged in the fifth grade while she looks for a middle school that might provide him with the structure he needs. “My goal right now is not to get him into a good college,” she says. “My goal is to keep him in school.”
Other parents may pin unrealistic hopes on these drugs as their use goes up around the world (see ‘Popular prescriptions’). “Competition in today’s global economy is fuelling the dramatic increase in the use of ADHD medications, especially in the United States,” says Richard Scheffler, a health economist at the University of California, Berkeley, and co-author of a forthcoming book with Hinshaw on the growing popularity of ADHD drugs.
For Currie, the question comes down to transparency. “Parents do care about how their children are doing in school,” she says. “It’s misleading to tell parents that this will help their children succeed, when there’s no evidence that it’s the case.”
Nature
506,
146–148
(13 February 2014)
doi:10.1038/506146a

Qu’est-ce que l’attention ?

Qu’est-ce que l’attention ?

par Patrick Landman

Président d’Initiative pour une Clinique du Sujet – STOP DSM
16 mai 2014


Il semble que dans le milieu psychiatrique sous la domination du DSM on considère comme un fait acquis que l’attention se mesure, s’évalue et peut être l’objet d’un déficit dont on ne connaît pas les causes mais que l’on considère au mieux comme plurifactorielles ou tout simplement d’origine purement cérébrale, reprenant l’idée ancienne du « minimal brain dammage. » De plus ce supposé déficit est regardé comme le paradigme principal d’une « maladie » qui touche de plus en plus d’enfants et d’adolescents et depuis peu aussi bien de plus en plus d’adultes, cette « maladie » appelée trouble est le TDAH, acronyme de Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité. Notre propos est d’interroger ce fait acquis.

I) L’attention dans la démarche diagnostique du DSM 5

Si on examine de près les critères diagnostiques du DSM 5 concernant l’attention dans le TDAH, si on lit les écrits complémentaires à cette démarche ainsi que les commentaires des promoteurs du DSM 5, force est de constater trois éléments.

instabilité
1) Pour le diagnostic du TDAH, il existe dans le DSM 5 deux listes de critères comportant neuf signes chacun. Dans la liste « troubles d’attention » les difficultés ou manquements dans les devoirs scolaires sont nommés quatre fois, ce qui laisse entendre ce que l’on cherche à déterminer, à identifier. De plus à propos de l’item « a du mal à organiser ses travaux il ne va pas de soi que cette difficulté à planifier relève nécessairement d’un trouble de l’attention. À noter aussi que les rédacteurs du DSM5 ont pris le soin de préciser qu’il faut distinguer ce manquement à l’organisation d’un trouble à type d’opposition. En fait il s’agit d’une opposition permanente et manifeste mais comment distinguer ce manquement d’attention au travail scolaire avec une opposition larvée, latente, épisodique, ponctuelle etc..? Avec cette approche le DSM 5 « diagnostique » en réalité l’inattention de l’élève qui ne réussit pas à faire seul ses devoirs, c’est « l’inattention du mauvais élève. »} Ces traits sélectionnés peuvent se résumer à l’étourderie et à la distraction, avec une confusion entre distraction et distractibilité, qui est la facilité à être distrait par tout stimulus étranger à la tâche.

Nous savons que la distraction n’exclue pas la concentration, et un piéton concentré sur quelque chose peut traverser au feu vert, il est concentré mais distrait. De même rien n’est dit dans les critères diagnostiques du contexte où se manifestent les troubles de l’enfant, de la conflictualité qui peut les accompagner, il suffit qu’ils apparaissent à deux endroits différents, l’enfant TDAH du DSM 5 est un enfant essentiellement isolé dans l’appréciation de son attention il n’est pas un enfant en relation ce qui permet de lui faire porter seul la responsabilité de ce trouble du comportement. En conclusion nous pouvons affirmer avec Bernard Jumel (1) que « Avec la présentation des neuf critères d’inattention, en ne traitant ni de ce qu’est l’attention ni des conditions de l’attention, les seuls aspects des conduites retenus ont peu à voir avec l’attention. » Les critères DSM repèrent plutôt à défaut de troubles de l’attention ce que la clinique classique appelait l’instabilité dont les facteurs déclenchants sont multiples hautement influencés par le contexte et qui peut être dans les variations de la normale aussi bien que pathologique.

Coup de force d’experts psychiatres

2) Le DSM fait table rase de la tradition et de la méthodologie de l’évaluation psychologique.

Les tenants du TDAH affirment généralement que le diagnostic est clinique et que les tests psychologiques ne sont d’aucun secours. Les questionnaires élaborés par les experts (Type Conners) ont la particularité de répertorier des critères qui « collent » au DSM, mais surtout ils ne sont pas destinés avec quelques réserves à être observés dans une relation duelle. Or ce contexte de relation duelle est très important dans l’évaluation psychologique, dans la psychométrie, à l’extrême limite et formellement le diagnostic pourrait se faire sans que le clinicien ait été en contact avec l’enfant. Pire les fluctuations de l’attention avec le temps et le contexte que tous les enfants connaissent sont mises en avant par les tenants du TDAH dans le but de dissuader d’identifier l’enfant TDAH par des épreuves individuelles. Donc si un enfant réussit mieux des épreuves, se concentre mieux, est plus attentif dans le cadre d’une relation de proximité, il ne faut pas en tenir compte selon le DSM, Barkley un des fondateurs du TDAH a dit qu’il ne fallait pas tenir compte du WISC III ou un facteur de concentration (Freedom From distractibility) sature trois des épreuves à cause de la relation de proximité qui prévaut dans l’épreuve du WISC entre l’enfant et le psychologue, alors qu’à l’évidence il s’agit d’un élément clinique d’importance susceptible d’éclairer autrement le trouble. En réalité un psychologue clinicien expérimenté dans les tests psychologiques faisant passer un WISC ou un rééducateur sont beaucoup plus à même de dire quelque chose de pertinent sur l’attention d’un enfant que ces questionnaires calqués sur le DSM axés sur les seuls comportements et biaisés par l’appréciation subjective, surtout si ces praticiens sont formés à la psychanalyse leur permettant un recul et une profondeur de champ. Il est vrai que l’attention fait difficulté depuis toujours pour les théoriciens des tests et la version IV du WISC n’a plus à proprement parler d’épreuves testant l’attention, mais c’est dans un souci de rigueur scientifique car aucune épreuve ne mesure spécifiquement l’attention pas même les épreuves de barrages. En conclusion la méthode diagnostique du DSM 5 concernant le TDAH est un coup de force d’un certain nombre d’experts psychiatres voulant justifier leurs hypothèses en particulier concernant l’étiologie cérébrale supposée.

réunir sous label commun TDAH et trouble des conduites

3) La dernière remarque concerne la place du TDAH dans le DSM 5. Le TDAH apparaît sous la rubrique principale, supérieure de déficit de l’attention et comportement perturbateur ce qui a pour conséquences de réunir en quelque sorte sous un label commun le TDAH et le trouble des conduites. C’est tout de même symptomatique, car ni la CIM 10 (classification de l’OMS) ni la CFTMEA (classification française) ne font de même. Pour la CIM 10 le TDAH n’est pas en soi un trouble des conduites et pour la CFTMEA les troubles de l’attention sans hyperkinésie sont dans la grande catégorie des troubles cognitifs et des acquisitions scolaires. Donc ça n’est pas l’attention qui semble prioritaire pour le DSM mais bien plutôt les perturbations des conduites auxquelles elle est assimilée.

II) Quelques remarques brèves concernant l’attention

pas de définition scientifique de l’attention
Il n’existe pas de définition scientifique de l’attention et aucun test n’est en mesure de discriminer le niveau d’attention d’un sujet de façon suffisante et « pure« . Les neuropsychologues s’opposent sur leur conception de l’attention, il y a les partisans d’une attention définie comme produit de l’organisation structurelle du champ perceptif et les partisans d’une séparation entre l’attention et le champ perceptif, une conception mentale de l’attention. Sans entrer dans les détails de cette querelle nous nous appuierons sur les idées de Luria (2) réactualisées qui est un des pionniers de la neuropsychologie pour avancer, risquer quelques réflexions.

1) Les deux attentions
attention élémentaire
Chez le nouveau-né il existe il existe une forme élémentaire d’attention qui se manifeste par des réactions d’orientation, ou dans les heures qui suivent l’accouchement du fait probablement de l’imprégnation hormonale maternelle, des réactions d’imitation attestées par l’observation expérimentale. Certains voient dans cette attention dite involontaire le fondement et l’ébauche d’un comportement dirigé, structuré, organisé et sélectif. Dans certains syndromes autistiques il existe une perturbation de cette attention élémentaire, réflexe, ainsi que dans certaines maladies organiques.

attention volontaire
Mais ce qui est désigné en règle générale sous le terme d’attention c’est l’attention volontaire, qui comporte un objet but de l’action, une attente, une tension mentale et une action. Cette attention s’acquiert au fur et à mesure du développement mental et surtout du langage elle prend le pas sur la première attention qui est moins attractive. L’attention volontaire ne se construit au départ que dans l’interaction sociale, c’est l’autre en particulier l’adulte qui désigne l’objet, qui le désigne comme désirable qui le nomme avec des mots, des signifiants et l’enfant va intérioriser petit à petit cette attention avec la progression de son langage. L’attention se développe avec le langage et le langage se développe avec l’attention.

attention conjointe
2) Mais ce qui est essentiel c’est le caractère conjoint au départ de l’attention volontaire et cette attention reste toujours à un certain degré conjointe. L’enfant qui fait seul ses devoirs scolaires, son attention est tout de même conjointe avec l’adulte non présent car les devoirs sont assimilés par exemple à la demande ou au désir de cet adulte qui incarne l’Autre, l’enfant peut aussi vouloir plaire ou s’opposer à cet adulte, à ses parents intériorisés, les imagos, à son langage intérieur etc… donc pas d’attention volontaire non conjointe. L’enfant cependant doit faire une place à cette attention conjointe, il doit avoir un espace psychique disponible.

objet
3) L’attention volontaire porte toujours sur un objet. Il n’existe pas d’attention sans objet, elle fluctue en fonction de l’objet, de sa désirabilité, de son accessibilité, de sa valeur, des mots qui le désignent, des souvenirs qu’il évoque, d’un fantasme qu’il incarne et de bien d’autres choses.

L’attention n’est pas la vigilance
4) L’attention n’est pas la vigilance, au contraire un enfant trop vigilant ne peut prêter attention. Un enfant déçu par l’adulte, maltraité ou abandonné peut devenir hypervigilant et être en grande difficulté pour se concentrer, car il ne peut laisser un espace à l’attention conjointe qui représente la demande de l’adulte, se concentrer exige de relâcher la garde, de supprimer la sentinelle.

En conclusion provisoire nous avons voulu donner un petit aperçu de la complexité de cette notion d’attention qui s’ajoute à la complexité des situations cliniques, mais aussi de l’insuffisance du DSM dans ce domaine. Il serait navrant que l’attention soit réduite à ce qu’en dit le DSM et que soit standardisée une attitude diagnostique et thérapeutique sous le label TDAH.


(1) Bernard Jumel, Les troubles de l’attention chez l’enfant, Ed. Dunod, 2014
(2) Luria A., The working brain, New York basic books, 1973

L’islam sur le divan

l’islam sur le divan

par Élisabeth Roudinesco
Le Monde du 30 mai 2014

Selon Fethi Benslama, la psychanalyse peut aider le monde arabo-musulman à accéder à la modernité.

Psychanalyste et professeur de psychopathologie à l’université Paris-Diderot, ancien élève de Georges Devereux et ami de Jacques Derrida, Fethi Benslama a été le premier, avec la publication en 2002 de La Psychanalyse à l’épreuve de l’islam (Aubier), à penser la question de l’introduction de la doctrine psychanalytique dans le monde arabo-islamique, marqué, comme il le soulignait déjà, par un « dérèglement de la subjectivité, » dont les symptômes les plus évidents seraient le traitement réservé aux femmes, à qui on dénie la qualité de sujet, et la radicalisation des masses dans un obscurantisme religieux. Et il indiquait comment la psychanalyse, doctrine rationnelle, pouvait contribuer à lever des refoulements et à permettre, selon lui, à ce monde d’accéder aux Lumières et à l’avènement d’une société démocratique.

d’un intérêt majeur aujourd’hui

C’est pourquoi ce nouvel ouvrage, composé d’articles et de conférences devenus introuvables, et précédé d’une excellente introduction, est d’un intérêt majeur aujourd’hui. Il prolonge cette réflexion à travers des commentaires subtils sur, par exemple, la condamnation de Salman Rushdie en 1989, ou encore sur des textes du philosophe Averroès (1126-1198), de l’historien allemand Ernst Kantorowicz (1895-1963) et du théologien Ibn Arabi (1165-1240).

guerre que les musulmans se livrent à eux-mêmes

Cherchant à décrire la « guerre des subjectivités en islam, » qui n’est rien d’autre, selon lui, que « la guerre que les musulmans se livrent à eux-mêmes » dans leur rejet collectif des Lumières dites « occidentales, » Fethi Benslama propose de l’analyser à partir de quatre figures de la « mort volontaire » qui rendent inopérante toute entrée possible de l’islam dans le temps de l’Histoire : le « djihadisme, » parodie d’un engagement héroïque ; le culte de la « bombe humaine, » fondé sur l’apologie de l’humain démembré ; « l’immolation par le feu, » acte de désespérance absolue ; la pratique du « harrag » ou du « brûleur » – celle de l’immigré clandestin –, consistant à choisir inconsciemment des naufrages en mer, l’exil n’étant alors qu’un moyen de hâter l’anéantissement du corps et de l’âme.

printemps arabe

Dans cette analyse, l’auteur prend en compte autant les soulèvements du printemps arabe de 2011 que la situation géopolitique des représentants du troisième monothéisme, partagés, selon lui, entre un désir d’accéder aux Lumières et une pulsion contraire qui les conduit tantôt à un retour vers la tradition (les contre-Lumières), – tantôt à un rejet terroriste du principe même des Lumières (les anti-Lumières).

La culture de l’autre

Refusant toutefois de désespérer ce monde religieux dont il s’est détaché, en venant vivre en France en 1972, Fethi Benslama propose clairement à tous ceux qui se réclament d’une « identité musulmane » d’adopter les principes de la laïcité républicaine et de cesser, grâce à une réflexion freudienne sur leur subjectivité pathologique, de s’enfoncer dans les ténèbres des blasphèmes, des fatwas et du djihad. Manière pour lui de renouer avec le Divan oriental-occidental, ce grand poème de Gœthe, admiré par Freud, sur la nécessité interne aux Lumières allemandes (Aufklärung) de s’inspirer de la culture de l’autre pour se définir elle-même.

si le Coran enseignait à fondre le canon

Et pour étayer son propos, Benslama évoque la rencontre du 11 décembre 1798 entre Bonaparte et le cheikh Al-Sadate. Rendant hommage aux Arabes, qui avaient su autrefois cultiver les arts et les sciences, le général républicain soulignait combien ils avaient perdu leurs anciennes connaissances. Et le cheikh d’affirmer qu’il leur restait le Coran. Bonaparte demanda alors si le Coran enseignait à fondre le canon. Le cheikh et ses compagnons répondirent hardiment que oui.

Telle est donc pour Fethi Benslama la scène inaugurale du déni des Lumières dont doit sortir le monde arabo-islamique pour accéder à la modernité.

le métier de psychologue menacé

le métier de psychologue menacé

par le Collectif des 39
Depuis près d’un mois les psychologues de l’association CIDE qui regroupe trois établissements thérapeutiques des Hauts de Seine (l’Hôpital de Jour pour adolescents, CMPP de Ville d’Avray, CSAPA Chimène à Issy les Moulineaux) sont en grève pour défendre le libre et plein exercice de la fonction DIRES dans leurs établissements et la qualité des conditions de travail.

Les psychologues hospitaliers sont confrontés aux mêmes difficultés au sein de leurs établissements. Qu’ils soient du public ou du privé, ils sont aujourd’hui une variable d’ajustement économique, au mépris de leur activité clinique et institutionnelle qu’ils ont mission d’accomplir auprès des collectivités soignantes.

Ils doivent pouvoir en effet évaluer leur travail selon les moyens qu’ils choisissent (supervision, analyse des pratiques), se former et concevoir leurs recherches selon les besoins de leur pratique. La fonction FIR (formation, information, recherche) dans le secteur public ou DIRES (documentation, information, recherche, élaboration, supervision) qui répond mal à une comptabilité étroite du temps de travail, fait naître des soupçons chez les gestionnaires des ressources humaines. Ainsi au nom de la transparence et du contrôle, l’administration tend à réduire cette fonction à un temps mesurable. Il est évident qu’elle ne peut pas être réduite à un acte chiffré, qui viendrait faire preuve de l’acquisition de savoirs.

Lorsque cette fonction est remise en question, voire supprimée, le travail du psychologue est rendu impossible La fonction clinique et la fonction FIR ou DIRES sont intriquées et indissociables.

L’attaquer, c’est attaquer la pensée et le temps nécessaire à l’élaboration et à la recherche. Il faudrait penser plus vite, surtout ne plus prendre le temps de penser.

Nous qui luttons pour le maintien de l’accueil, de la rencontre singulière et du travail institutionnel, nous insurgeons contre de telles dérives dommageables avant tout pour les patients.

Nous, soignants, patients, familles, citoyens, soutenons les psychologues dans ce combat légitime et essentiel.

le métier de psychologue menacé

le métier de psychologue menacé

par le Collectif des 39
Depuis près d’un mois les psychologues de l’association CIDE qui regroupe trois établissements thérapeutiques des Hauts de Seine (l’Hôpital de Jour pour adolescents, CMPP de Ville d’Avray, CSAPA Chimène à Issy les Moulineaux) sont en grève pour défendre le libre et plein exercice de la fonction DIRES dans leurs établissements et la qualité des conditions de travail.
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Les psychologues hospitaliers sont confrontés aux mêmes difficultés au sein de leurs établissements. Qu’ils soient du public ou du privé, ils sont aujourd’hui une variable d’ajustement économique, au mépris de leur activité clinique et institutionnelle qu’ils ont mission d’accomplir auprès des collectivités soignantes.

Ils doivent pouvoir en effet évaluer leur travail selon les moyens qu’ils choisissent (supervision, analyse des pratiques …), se former et concevoir leurs recherches selon les besoins de leur pratique. La fonction FIR (formation, information, recherche) dans le secteur public ou DIRES (documentation, information, recherche, élaboration, supervision) qui répond mal à une comptabilité étroite du temps de travail, fait naître des soupçons chez les gestionnaires des ressources humaines. Ainsi au nom de la transparence et du contrôle, l’administration tend à réduire cette fonction à un temps mesurable. Il est évident qu’elle ne peut pas être réduite à un acte chiffré, qui viendrait faire preuve de l’acquisition de savoirs.

Lorsque cette fonction est remise en question, voire supprimée, le travail du psychologue est rendu impossible La fonction clinique et la fonction FIR ou DIRES sont intriquées et indissociables.

L’attaquer, c’est attaquer la pensée et le temps nécessaire à l’élaboration et à la recherche. Il faudrait penser plus vite, surtout ne plus prendre le temps de penser.
Nous qui luttons pour le maintien de l’accueil, de la rencontre singulière et du travail institutionnel, nous insurgeons contre de telles dérives dommageables avant tout pour les patients.

Nous, soignants, patients, familles, citoyens, soutenons les psychologues dans ce combat légitime et essentiel.

Hommage à Jean OURY – 1924-2014

Hommage à Jean OURY – 1924-2014

S’il faut entrer dans la clandestinité…

par Joseph Mornet
Secrétaire national de la FASM Croix Marine

« Malgré la confusion et le pessimisme où se trouvent engagés l’ensemble des hommes … je reste convaincu que, tant qu’il y a des hommes à la surface du monde, quelque chose de leur démarche reste acquis, se retransmet, disparaît parfois, mais aussi ressurgit quoi qu’il en soit des catastrophes mortifères qui nous assaillent souvent. »

entrer dans la clandestinité ?

Ces ultimes mots laissés à la veille de sa mort par François Tosquelles entourent d’une belle lueur la disparition de son vieux camarade et ami en nous rappelant les propres leçons du temps. Tout coule aimaient répéter les présocratiques, et pourtant quelque chose demeure. Jean Oury en savait quelque chose du temps : à 90 ans, une vie a traversé tellement de jours qu’elle en connait la relativité. C’est déjà ce qui lui permettait il y dix ans déjà de conclure tranquillement ses entretiens avec Marie Depussé par cette phrase : « s’il faut entrer dans la clandestinité, on le fera… » (À quelle heure passe le train…, Calmann-Lévy).

continuer à faire vivre nos valeurs

Durant toute sa vie Jean Oury a montré que la clandestinité ne lui faisait pas peur. C’est sans doute ce qui a permis à la psychothérapie institutionnelle de traverser le temps et d’atteindre cette notoriété bien au-delà de nos seules frontières. La clandestinité est intimement liée aux forces de résistance et nous ramène aux origines mêmes de la psychothérapie institutionnelle qui, comme le rappelait le fondateur de La Borde « a de profondes racines dans tout ce qui s’est passé pendant l’occupation … On pourrait la définir comme un ensemble de méthodes destinées à résister à tout ce qui est concentrationnaire ou ségrégatif. » La décision de la HAS (Haute autorité de santé) en 2012 de déclarer non pertinente la psychothérapie institutionnelle nous oblige tous désormais à travailler avec cette clandestinité si nous voulons continuer à faire vivre les valeurs qui nous semblent fondamentales dans le soin clinique.

précarité

La clandestinité est voisine de cette autre vertu première aux yeux de Jean Oury qu’est la précarité c’est-à-dire celle d’une posture que l’on sait toujours marquée du provisoire. Un peu comme les architectures antisismiques, ces points de jeu laissés dans la structure organisationnelle permettent de traverser les soubresauts des aliénations économiques, culturelles et politiques fatalement liées à la marche du temps. C’est la fonction première de l’humour, vertu également chère à Jean Oury, il permet de marquer nos existences de cette précarité de nos énoncés et de nos actes.

comment soigner dans un collectif non soignant ?

Cette clandestinité était celle des résistants de la seconde guerre mondiale. Elle était au centre de la détermination de ceux qui se sont retrouvés pendant l’occupation allemande et sous le régime de Vichy à l’hôpital de Saint Alban. C’est elle qui a permis l’éclosion de ce qui allait s’appeler la psychothérapie institutionnelle, se donner les moyens de faire une institution qui ne soit pas aliénante et totalisante. Comment prétendre, en effet, soigner des personnes dans un collectif qui n’est pas soignant ?

remparts

Une institution, pour exister, doit faire avec son époque. La théorie de la double aliénation, fondement même de la psychothérapie institutionnelle, impose non seulement de faire avec son temps, mais de s’appuyer sur cet enracinement social qui constitue tout homme et tout collectif au même titre que son psychisme. Comment donc y déployer sa pratique sans renoncer aux valeurs premières de ce qui constitue l’humanité que l’on sait structurellement partagée elle-même par la tension entre ses forces d’anéantissement et ses forces de vie ? La préservation de dimensions de « clandestinité », de précarité et d’humour constituent les premiers remparts contre les effets déshumanisants de nos pratiques sociales et de leurs glissements bureaucratiques.

destruction de la psychiatrie

« Ça fait des dizaines d’années que nous dénonçons la destruction de la psychiatrie, rappelait en 2008 Jean Oury en réponse au discours d’Antony prononcé par le Président SarkozyAlors, maintenant, qu’un moustique, ou une puce, vienne s’agiter et proclame l’accomplissement de la destruction de la psychiatrie, de l’éducation, pourquoi pas ? bien que les puces transmettent la peste qui a toujours été une maladie internationale. Bien sûr, Hitler, aussi, était une puce qui a été lancée sur le marché par le grand capital. On en voit le résultat. C’est pas fini ! surtout, soutenu par cette Armada de pseudosciences de toutes sortes camouflant sans trop le savoir une idéologie de mort programmée. Que ce discours de Sarkozy et toutes ses pirouettes nous réveille de la léthargie politique qui date de loin, nous pourrons peut-être en saluer l’opportunité ».

le club

La lutte contre les « léthargies » institutionnelles et politiques, leitmotiv qui n’a pas lâché l’esprit de Jean Oury, passe par des instruments simples dont les deux principales sont, peut être, la nécessité de « soigner les soignants » – et le club. L’équipe de La Borde a tenu à rappeler qu’il avait tenu à venir à l’assemblée générale hebdomadaire du club le vendredi précédant sa mort pour y rappeler une ultime fois la nécessité de faire vivre cet outil subversif de désaliénation sociale et d’investissement concret des patients et du personnel dans la vie quotidienne.

dispositif de psychothérapie institutionnelle

Aujourd’hui le paysage du {« traitement » de la folie a dépassé largement les seules frontières des établissements sanitaires et se déploie sur le vaste ensemble du social et du médicosocial. Certains s’en inquiètent et y perdent leurs repères. En ces périodes de brumes entourant nos esprits comme nos pratiques, nous cherchons souvent le repère de balises. La structure associative en fournit certainement une. Elle constitue un de ces invariants que rappelait Jean Oury dans son dialogue avec Pierre Delion dans }Les racines de La Borde en 2008. Le club constitue pour lui {« la pièce maîtresse du dispositif de psychothérapie institutionnelle » car il permet de « mettre en place des systèmes collectifs et, en même temps préserver la dimension de singularité de chacun. »

être intelligent, sinon l’on est complice

À nous tous de savoir les créer, les inventer, les préserver dans nos différents lieux de pratique. Ce n’est souvent pas chose simple devant les exigences cannibales gestionnaires mais rappelons-nous « il faut être intelligent, sinon l’on est complice ». C’est sans doute la meilleure fidélité que nous pouvons témoigner à Jean Oury.


petite biographie

La Borde

Psychiatre et psychanalyste, Jean Oury est internationalement connu pour être un des chefs de file de la psychothérapie institutionnelle française. Même s’il n’en fut pas un des fondateurs, il en est l’un des grands théoriciens et praticiens : la clinique de La Borde qu’il a fondée en 1953 à Cour-Cheverny dans le Loir-et-Cher a d’ailleurs constitué, après l’hôpital de Saint Alban, le lieu de référence de la pratique de la psychothérapie institutionnelle.

Guattari

Jean Oury est né le 5 mars 1924 à La Garenne-Colombes. Il a commencé sa carrière en 1947 comme interne en psychiatrie à l’hôpital de Saint-Alban. En 1957, il demande à Félix Guattari de prendre la direction administrative de la clinique de La Borde.

Membre de l’École freudienne de Paris jusqu’à sa dissolution en 1980, Jean Oury était été analysé par Jacques Lacan pendant vingt ans. Son frère, Fernand Oury, mort en 1997, est le créateur du mouvement de la pédagogie institutionnelle.

fou des fous

Le journal Libération avait publié sous la plume d’Éric Favereau un portrait de Jean Oury intitulé : « Jean Oury, fou des fous » soulignant par là l’impérieuse exigence qu’il s’était fixé de soigner l’hôpital pour soigner les malades : «soigner les malades sans soigner l’hôpital, c’est de la folie», disait-il. Ce « soin » de l’établissement soignant est une exigence quotidienne qui ne demande aucun relâchement de la vigilance car elle n’est jamais aboutie. C’est en ce sens qu’il pouvait écrire que « la psychothérapie institutionnelle n’existe pas, c’est l’analyse institutionnelle qu’il faut sans cesse mettre au travail ». Il disait récemment à propos de La Borde : « Cela fait 60 ans que cela dure mais cela ne fait que commencer».

son enseignement

Jean Oury a toujours eu le soin de déployer son enseignement dans de multiples rencontres, journées, colloques. Il est resté fidèle à cet engagement tant que sa santé lui a permis. Plus particulièrement il animait deux séminaires : le premier à La Borde depuis 1971, le second à l’hôpital Sainte Anne à Paris. Il y était encore en avril.

Bibliographie

La liste des ouvrages et articles de Jean Oury est tellement longue qu’il serait impossible de le retranscrire dans un si court espace.
A ne retenir que deux titres, l’on peut se référer à deux récents : ils sont d’un abord simple ouvert à tous et résonnent du poids de toute une vie.
À quelle heure passe le train … Conversations sur la folie, Calmann-Lévy, 2003
Rencontre avec le Japon. Jean Oury à Okinawa, Kyoto, Tokyo, Champ social éditions / Matrice 2007