Nouvelle Actu

Elisabeth Roudinesco

J’ai toujours adoré les dessins de Wolinski autant que ceux de Reiser. L’un a le génie de la vie pulsionnelle et du désir sexuel, par delà l’attirance pour la mélancolie, et le second a toujours su exprimer la destruction et l’abjection. A l’un la soif des corps et l’émoi devant la sensualité des femmes, les seins, le sexe, les lèvres, les cheveux – quelque chose qui ressemble aux films de Jean Renoir et à l’été 1936 -, à l’autre les pervers, crasseux et méchants, façon Edouard Drumont : l’une et l’autre France. Tous deux ont en commun une même détestation de la bêtise. Et Georges est allé plus loin encore que ceux de sa génération en inventant l’histoire du roi des cons, avec sa tête de galette couronnée et son gros nez en forme de verge molle, fourré partout et partout introduit dans les trous, et plus encore dans la bouche des femmes.
On a beaucoup dit que Georges était un macho méditerranéen, petit Juif tunisien malade des femmes, obsédé par les femmes, toxicomane des femmes et il n’a cessé, lui le mari fidèle, de les dessiner, goulues, échevelées, vêtues de jupettes ou de petites culottes, monstrueuses parfois dans leur avidité ou coquines avec leurs mimiques démentes ou leur sourire carnassier. Et c’est sans doute dans son autoportrait – « Georges entouré de femmes nues » -, le plus drôle et le plus ironique, qu’il dévoile ce qu’il rêve d’être. On dirait du Ingres revu et corrigé par Buster Keaton. Planté avec ses yeux ronds et son cigare, noeud papillon et smoking noir années cinquante, il trône tel un enfant comblé au milieu de quinze baigneuses hilares et allumées, fièrementassis sur le canapé d’un bordel, sorte de divan freudien en forme de vagin charnu.
D’habitude, le «Ils ne pensent qu’à ça» est attribué aux hommes. Or, Georges renverse la proposition, comme d’ailleurs il inverse tous les clichés liés à la sexualité en montrant des femmes troussant des hommes terrorisés qui ne savent plus quoi faire à force de se voir envahis jusque sur le bout de leur nez. De quoi ridiculiser le puritanisme des féministes sans jamais tomber dans la vulgarité des réactionnaires qui nient l’existence des aspects les plus sombres de la domination masculine. Car, par ses inversions, Georges n’oublie jamais de rendre hommage à toutes les femmes : les belles, les jeunes, les laides, les vieilles, les folles. Tous les âges de la vie et tous les territoires du féminin sont présents dans ses dessins qui pourraient illustrer des ouvrages savants sur l’histoire des pratiques sexuelles dans la société française moderne. Fellations, cunilingues, sodomie, postures multiples : le tout enveloppé d’un halo de romantisme joyeux qui ne saurait faire oublier que la pulsion sexuelle renvoie l’être humain à l’angoisse de sa mort imminente. Telle est l’éthique matérialiste de Wolinski quand il fait dialoguer une femme et un homme : «Toutes les religions sont liguées contre les femmes», dit la première, «Je n’ai qu’une seule religion : La Femme», répond le second. Tout est dit.

Mais rien n’est plus vibrant chez lui que son humour, issu autant de son expérience tragique de la vie – un père assassiné sous ses yeux, une mère en proie à la maladie, une première femme morte dans un accident de la route -, que de saconception de la vertu conjugale, un humour juif à couper le souffle puisqu’il a osé dire un jour : «Je veux être incinéré. J’ai dit à ma femme : tu jetteras les cendres dans les toilettes, comme cela je verrai tes fesses tous les jours.»

antidépresseurs – superbe documentaire

En ces jours de deuil national si vous avez tout de même une heure devant vous et que vous voulez voir un superbe documentaire à charge sur les antidépresseurs suivi d’un débat entre le Pr Jean Pierre Olié de l’Académie de Médecine et le Dr Patrick Landman de l’académie de STOP DSM suivez ce lien de France 5 :

la globalisation mondiale du TDAH : l’exemple français

la globalisation mondiale du TDAH : l’exemple français

par Patrick Landman

on ne vend plus seulement des médicaments mais des maladies

Il nous faut nous rendre à l’évidence : certaines « maladies mentales » sont l’objet d’un marketing, se vendent comme des produits industriels et commerciaux. C’est le cas ces dernières années du TDAH. Cette « maladie » est au centre de prospectives commerciales et d’études de marché et quand un marché est saturé ce qui correspond à un pic de la « fausse épidémie » les acteurs principaux grâce à la mondialisation se tournent vers des marchés émergents prometteurs en terme d’expansion ou des marchés dans lesquels subsistent une potentialité de croissance de la vente du produit. On ne vend plus seulement des médicaments mais des maladies.

critères de distinction entre normalité et pathologie non définis scientifiquement

La psychiatrie se prête particulièrement à cette politique commerciale dans la mesure où les critères de distinction entre normalité et pathologie ne sont pas définis scientifiquement et que les pathologies mentales sont des constructions sociales à géométrie variable. Par exemple on estime que le « marché » US est désormais sans perspective de croissance avec en moyenne 11% des enfants âgés se 7 à 17 ans diagnostiqués TDAH et alors que les USA représentent encore près de 70% de la totalité de la consommation des produits anti TDAH, enfants adolescents et adultes confondus. La croissance du TDAH a également été très forte au Canada, en Australie et en Nouvelle Zélande. Les multinationales pharmaceutiques ne sont pas seules responsables de l’expansion et la globalisation du TDAH, on doit aussi évoquer les possibilités qu’offre l’accès à internet avec la diffusion dans toute les langues de l’information sur le TDAH, mais aussi des tests ou check lists permettant un auto diagnostic, marketing de l’auto diagnostic, le rôle des usagers, des forums de discussion, le changement des mentalités concernant la demande des usagers et le rôle du diagnostic psychiatrique, la pression à la réussite scolaire et en fin la domination des DSM IV puis 5 qui ont abaissé les seuils d’inclusion dans cette pathologie par rapport à la CIM 10 classification de l’OMS.

îlots de résistance français

Face à cette globalisation il est utile de s’intéresser aux îlots de résistance et en particulier à l’exemple français. Pendant longtemps jusqu’aux années 2005 la prévalence du TDAH en France est restée très basse autour de 1 à 2 % des enfants de 6 à 17 ans, alors qu’elle explosait aux USA et qu’elle connaissait une courbe très ascendante dans d’autres pays européens comme la Grande Bretagne 5,8%, les pays scandinaves ou l’Espagne plus de 5%. Les raisons de cette particularité française sont multiples et intriquées entre elles. Je citerai la forte empreinte de la psychanalyse et de la culture psycho-pathologique parmi les pédopsychiatres français avec une réticence parfois idéologique à prescrire des médications aux enfants, l’existence d’une classification française des maladies mentales qui prenait appui sur la tradition clinique européenne dissociant l’hyperactivité des troubles de l’attention. Beaucoup de pédopsychiatres français considéraient le TDAH comme une construction sociale made in USA sans grande validité et fondée sur une théorie biologisante réductionniste[c’est nous qui soulignons].

la France « rattrape son retard« 

Par ailleurs la France a longtemps possédé un système scolaire de haut niveau intégrateur et assez tolérant aux troubles du comportement des enfants, enfin une limitation légale à la prescription de psychostimulants aux enfants réservée aux médecins spécialisés et hospitaliers. Depuis les années 2000 beaucoup de choses ont changé et les derniers chiffres sur la prévalence font état de 3,5% d’enfants de 6 à 17 ans étiquetés TDAH sans parler des adultes la France « rattrape son retard« .

Quels sont les paramètres responsables de cette évolution ?

– Tout d’abord l’introduction massive du DSM dans l’enseignement et la pratique psychiatrique, mais aussi des campagnes médiatiques visant à discréditer la psychanalyse comme méthode d’abord et de thérapeutique des troubles psychiatriques en particulier l’autisme, ces campagnes ont discrédité aussi la pédopsychiatrie considérée comme étant influencée par des théories has been au profit de la neuropédiatrie plus up to date avec ses hypothèses neurodéveloppementales. Le modèle bio médical exclusif a fait une percée importante.

– Par ailleurs la demande sociale à l’égard de la pédopsychiatrie a changé prenant pour axe la disparition la plus rapide possible des troubles du comportement de l’enfant perturbateur, les usagers ont commencé à refuser l’approche trop idiosyncratique, trop lente et responsable d’errance diagnostique et thérapeutique issue de la psychanalyse selon eux lui préférant une approche plus standardisée, les firmes pharmaceutiques bien sûr ont vendu le TDAH

– enfin le système scolaire républicain français traverse une crise majeure avec une grande difficulté à intégrer des enfants issus de l’immigration dont certains cumulent les problèmes psychologiques sociaux, culturels, linguistiques et éducatifs. Les enseignants, face aux situations croissantes hors de leur contrôle, acceptent de plus en plus de devenir non seulement des filtres prédiagnostic du TDAH, mais aussi de psychiatriser les comportements et de rechercher des solutions à court terme en se transformant en « courtier » de la prescription médicamenteuse.

– La pédopsychiatrie française est en train de passer à propos du TDAH d’un modèle qui s’est avéré dans certains cas réductionniste, une psychiatrie sans cerveau, purement psycho sociale à un modèle vraiment réductionniste biomédical importé des USA avec la complicité de certains experts.

– Enfin la médication psychostimulante a changé de fonction sociale : Karl Marx disait que la religion est l’opium du peuple visant à endormir les conflits sociaux, la médication psychostimulante devient l’opium du peuple des enfants visant à éviter les conflits familiaux, pédagogiques, éducatifs psychiques et sociaux.

L’avenir pour la psychiatrie appartient au refus des ces extrêmes, au bon sens, à la clinique du sujet et à l’approche psychiatrique humaniste, ouverte aux découvertes scientifiques.

Célia Bertin

Célia Bertin (1920-2014), résistante, romancière, journaliste et biographe

Le Monde 29 nov 2014

par Élisabeth Roudinesco

[Image : Sans titre]

Née le 22 octobre 1920, Célia Bertin, romancière, journaliste et biographe, amie intime du photographe Henri Cartier-Bresson, s’est éteinte à Paris le 27 novembre 2014.

Issue de la meilleure bourgeoisie française, elle tenait de son grand-père paternel, communard et ami d’un fils de Victor Hugo, un solide esprit de rébellion qui ne l’empêchait pas d’adopter une allure victorienne dans ses manières de vivre. Aussi cultiva-t-elle très tôt un anti-conformisme, qui ne cessera de s’accentuer, mais qui s’alliait chez elle à une parfaite connaissance des relations mondaines. Après des études secondaires au lycée Fénelon, elle obtint une licence de lettres à la Sorbonne en étudiant l’influence du roman russe sur la littérature anglaise de l’entre-deux-guerres. Elle possédait une longue habitude des histoires de famille et des généalogies princières et elle savait les respecter sans en être dupe. Car pour cette personne sortie tout droit des Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, et imprégnée d’une sorte de mélancolie qui rappelait l’atmosphère des romans de Virginia Woolf, le style comptait autant que l’élan de la révolte et l’esthétique de l’existence autant que la passion de la liberté.

Lutte anti-nazie

C’est au nom de cet idéal qu’elle accepta, à l’âge de vingt ans de négliger ses études de lettres pour s’engager dans la lutte anti-nazie. En 1940, à la demande de Pierre de Lescure, compagnon de route du Parti communiste français, elle reçut pour principale mission d’accompagner dans la région parisienne les agents de l’Intelligence Service qui ne parlaient que la langue anglaise et auxquels elle servait à la fois de guide, de protecteur et d’interprète. En 1943, elle dut fuir Paris et en octobre 1944, au lendemain de la Libération, elle fut envoyée en Suisse par Pierre-Henri Teitgen pour une tournée de conférences sur la Résistance. Elle ne regagna la France qu’après avoir guéri d’une forte anémie contractée durant l’Occupation. Elle a évoqué ses souvenirs dans un livre consacré à cette période : Femmes sous l’occupation (Stock, 1993).

La Parade des impies

En 1946, elle publia son premier roman, La Parade des impies (Grasset) où étaient dépeints des amours lesbiens entre comédiennes. Soutenue par Colette et salué par Jean Guéhenno, l’ouvrage dont le titre était emprunté à un poème d’Arthur Rimbaud, recueillit un vif succès. Célia Bertin poursuivit ensuite une brillante carrière d’écrivain qui la conduisit, après plusieurs romans, à recevoir le prix Renaudot pour un livre dont le titre – La Dernière innocence (Corréa, 1953)- témoignait encore de sa fidélité à l’œuvre rimbaldienne, mais aussi de l’intérêt qu’elle portait déjà à un adjectif chargé de tout le poids d’un drame généalogique.

Parallèlement, en 1951, Célia Bertin fonde et dirige avec Lescure une revue littéraire consacrée au roman. C’est à la même époque que, chroniqueuse au Figaro, elle s’intéresse à la condition féminine et à la haute couture. Elle collabore à la revue Arts et elle sera souvent sollicitée par les Universités américains pour y être «écrivain de résidence».

la dernière filiation

Désireuse d’explorer les multiples facettes de l’âme humaine, elle chercha à s’orienter vers des travaux historiques. Et si le personnage de Germaine de Staël l’attirait au plus haut point, c’est finalement la destinée de Rodolphe de Habsbourg qui retint son attention. Pour la première fois, elle mit alors sa plume de romancière au service d’un récit biographique. En retraçant l’itinéraire de ce prince suicidaire, fils de l’impératrice Élisabeth d’Autriche et descendant de la dynastie maudite des Wittelsbach (Mayerling ou le destin fatal des Wittelsbach, Perrin, 1967) Célia Bertin abordait le thème de la dernière filiation. Elle retrouvera le fil avec La dernière Bonaparte, ouvrage publié en 1982, puis trois fois réédité sous le nouveau titre de Marie Bonaparte (Perrin, 2004) et traduit en de nombreuses langues.

la dernière Bonaparte

En 2004, Benoît Jacquot s’inspira entièrement de cette biographie pour son film Princesse Marie avec Catherine Deneuve dans le rôle titre. Avant même de se pencher sur le drame de Mayerling, en abordant l’histoire de la Vienne impériale à l’agonie, Célia Bertin avait éprouvé le besoin de faire une analyse. En poursuivant sa cure sur le divan de René Laforgue (1894-1962), entre 1957 et 1960, elle ne savait pas encore quel rôle celui-ci avait joué dans la rencontre entre Freud et sa « chère princesse, la dernière Bonaparte ». Au début des années 1990, mariée à l’architecte Jerry Reich, elle sera invitée comme visiting scholar par le Centre d’études européennes de Harvard.

Réussites biographiques

Parmi ses grandes réussites biographiques, on trouve celles de Jean Renoir (Gallimard, 1994), ou de Louise Weiss (Albin Michel, 1999). Dans son dernier livre (Portrait d’une femme romanesque, De Fallois, 2008) Célia Bertin aborde un personnage féminin comme elle les aimait : Jeanne Loviton dite Jean Voilié. Née de père inconnu, cette femme fut le dernier et probablement le plus grand amour de Paul Valéry et suscita des haines et des rumeurs tant elle aimait s’entourer de mystères et façonner des intrigues. Mais Jean Voilié fut aussi une remarquable femme d’affaires qui dirigea la maison d’édition de Robert Denoël qu’elle souhaitait épouser et qui avait été l’éditeur de Céline avant d’être assassiné à la Libération de Paris.

[Image : Sans titre]

Officier de la Légion d’honneur et des Arts et lettres, Célia Bertin était une Française à demi-américaine, héroïne de la Résistance, d’une exquise politesse, et parfaitement rompue aux mœurs et coutumes des milieux académiques et littéraires de la côte est des États-Unis et du Paris de la rive gauche qu’elle aimait passionnément.

Viva la muerte – le retour de la Bête

Viva la muerte !

par Gilles Olivier Silvagni

coauteur de La psychanalyse pour les nuls

nécrophile et insensé

Ce cri « nécrophile et insensé » comme Miguel Unamuno eut le courage de le dire hautement, en 1936, face à une foule franquiste prête à le lyncher, est revenu à la mode.

Et telle est bien la mode, la triste mode, la mode nécrophile et insensée en effet, de ce malheureux siècle qui commence par le triomphe partout en ce monde de la barbarie la plus sanglante, sous toutes les formes les plus renouvelées et les plus sophistiquées dont elle nous outrage quotidiennement.

l’anniversaire hideux des années trente

Voyez donc comme, un siècle après ceux de 14, nous revient en pleine face avec un peu d’avance, mais si peu, mais si vite, l’anniversaire hideux des années trente, avec son cortège de massacres de haine, de brutalité meurtrière et d’insondable bêtise, multiplié par le coefficient internet.

Voyez-les dans toute leur gloire médiatique, ubiquitaire, sur tous les écrans de la planète.

Quel spectacle !

Ils sont là, sanglés dans leur djellabas noires, beaux, jeunes, souriants et barbus, un doigt levé pour réclamer leur gloire sanglante, posant en majesté grâce à l’omniprésence obligeante des chaînes d’infos continues. Ces télévisions enchaînent en continu et en live et diffusent et rediffusent 24 heures sur 24 et comme à plaisir les mêmes vidéos à peine floutées, avec les mêmes commentaires sensationnels, qui bâtissent par accumulations et répétitions imbéciles la légende sinistre de ces jeunes gens qui assassinent à visage découvert : les barbares nouveaux sont arrivés !

Nouveaux, sans doute, puisque notre époque aime par-dessus tout qualifier de nouveau ce qui nous revient de la veille, et ceux-là tout particulièrement, qui ressemblent comme deux gouttes de sang à leurs tristes aînés.

Voyez-les prendre la pose !

Ils ont tout en commun avec les jeunes SS, beaux blonds sanglés dans leur élégants uniformes noirs, un bras levé vers leur Führer, et comme aujourd’hui les mêmes, exactement les mêmes : ivres de sang, de violence et par-dessus tout de jouissance brute et brutale.

Avec en prime de faire, d’un doigt levé, la nique à leurs sages petits camarades restés à la maison cramponnés à leurs consoles sur leurs jeux vidéo de massacres où ils abattent sans compter à grandes rafales hommes femmes et enfants fictifs pour faire un bon score, si discutablement virtuel.

transgression absolue, la mort mise en scène en une pornographie ultime

Leur message de ralliement est clair. Il s’adresse aux enfants du siècle enkystés dans leurs cités et dans leurs pavillons, et les invitent à les rejoindre et à partager pour de vrai ce festin de sang, ces tenues et ces armes mythiques, la violence inouïe, jamais vue, et la transgression absolue : celle de la mort mise en scène en une pornographie ultime. Celle permise par un dieu-prétexte, en son nom perverti, pour mériter son paradis de bastringue, par le martyre, en noir, en beauté : dis, t’as vu ma belle kalache ?

de STOP DSM à POST DSM


PARIS – Samedi 22 Novembre 2014 de 14:00 à 19:00

de STOP DSM à POST DSM

Il y a quatre ans nous appelions à en finir avec le carcan du DSM et à son boycott.

langue universelle standardisée et formatée

Nos critiques concernaient l’hégémonie de ce système unique, l’illusion de scientificité sur laquelle il repose, les scandaleux conflits d’intérêts, la régression de la pensée et l’appauvrissement de la clinique qu’il génère, sur fond de croyances et de préjugés moraux débouchant sur une nouvelle normativité sociale et comportementale qui touche tout le monde et spécialement les enfants. Aujourd’hui si le DSM, un an après la publication de sa version 5, n’est pas mort, son projet de réduire la psychiatrie à une langue universelle standardisée et formatée est caduc et de nombreuses critiques argumentées s’ajoutent aux nôtres de toute part dans le monde, provenant :

– des usagers de la psychiatrie, qui constatent les limites et dangers de son emprise et interrogent le service rendu par les pratiques qui s’y réfèrent en santé mentale

– des responsables politiques qui s’intéressent aux politiques de santé publique et à leurs coûts

– des chercheurs et par les étudiants qui questionnent sa validité clinique et sa scientificité

– enfin, le DSM est jugé inadéquat par les tenants de la neurologie des fonctionnements mentaux tel le NIMH qui ne souhaite plus s’y référer.

À l’heure où le DSM 5 va être publié en français, le temps est venu de prendre acte de l’échec des paradigmes réductionnistes neurobiologiques et scientistes du DSM et de réfléchir ensemble à une psychiatrie débarrassée du système DSM, d’échanger de façon ouverte sur la psychiatrie POST DSM et d’élargir le débat :

De quelle(s) classification(s) avons-nous besoin, et pour quelles pratiques de la psychiatrie? Quelles alternatives (CFTMEA, CFTMA) ?

 

– pour la recherche, l’épidémiologie, la santé publique

– pour s’orienter dans la clinique

– pour enseigner ce qui relève de la souffrance psychique

– Quelle psychiatrie, prenant en compte le sujet, en relation avec son histoire et dans son contexte environnemental ?

– Quel bénéfice, quelle amélioration réelle de leur état les patients peuvent-ils attendre des pratiques en santé mentale ? Quelle place, quels droits dans le champ social pour les personnes accompagnées et soignées en psychiatrie et en pédopsychiatrie ?

– Quelles représentations de la souffrance psychique dans le discours social ambiant ?


Pour ces échanges, nous invitons :
– des collègues psychiatres de divers pays
– des psychologues cliniciens et des psychanalystes
– des représentants des usagers
– des universitaires
– des jeunes psychiatres et psychologues en formation – des représentants du groupe de travail sur la CFTMA – des sociologues
– des politiques et des économistes de la santé

le collectif Initiative pour une Clinique du Sujet STOP DSM :

Jean-Claude Aguerre, Guy Dana, Marielle David, Francis Drossart, Tristan Garcia Fons, Nicolas Gougoulis, François Kammerer, Patrick Landman, Claude Léger, François Leguil, Geneviève Nusinovici, Bernard Odier, Michel Patris, Gérard Pommier, Louis Sciarra, Jean- François Solal, Dominique Tourrès Landman, Jean-Jacques Tyszler, Alain Vanier

avec le soutien de :

AFPEP-SNPP (syndicat national des psychiatres privés)
Analyse freudienne
Association lacanienne internationale
Cercle freudien
Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire
École de psychanalyse des Forums du champ lacanien
Espace analytique
Fédération nationale des CMPP
FEDEPSY
Fondation européenne
Quatrième groupe
RPH
Section Clinique Paris-Ile de France de l’UFORCA
Société de psychanalyse freudienne
SNPPsy – Syndicat national des praticiens en psychothérapie relationnelle et psychanalyse.

Interventions de : (traduction simultanée prévue)

Allen Frances : « Ethical psychiatry diagnosis »
Psychiatre, chercheur, Professeur Émérite à la Duke University of California (USA). Il a rédigé le rapport sur « les troubles de la personnalité » du DSM III, a dirigé le DSM IV et a été un témoin privilégié de la rupture entre psychiatrie et psychanalyse aux USA dans les années 70. Il est actuellement un des principaux pourfendeurs du DSM 5. Auteur de Sommes-nous tous des malades mentaux? Odile Jacob, 2013(1« )

Pat Bracken : « Critical thought as a positive force for change in mental health Psychiatre consultant et directeur clinique des services de la santé mentale à West Cork. Professeur de philosophie, University of central Lancashire au Royaume uni. Formateur en Psychiatrie à Birmingham. Il est un des fondateurs de la Critical Psychiatry, [Nouvelle antipsychiatrie britannique. Note de la Rédaction](2« )

Invités ayant donné leur accord

Chantal Roussy, vice-présidente de l’UNAFAM
Marcel Hérault, président d’honneur de la Fédération Sésame Autisme Mireille Battut, présidente de l’association La main à l’oreille
Patrice Charbit, président de l’AFPEP SNPP
Patrick Chemla, psychiatre, Collectif des 39
Jean Chambry, pédopsychiatre, chef de pôle, Fondation Vallée, Gentilly

Ainsi que des internes en psychiatrie :
Reda Boukakiou, Anaëlle Klein, Emmanuel Pelon, Laurence Woestelandt.

Grande Salle Notre Dame de l’Association du Quartier Notre Dame des Champs

92 Bis Boulevard du Montparnasse 75014 Paris

La salle ne contient que 200 places

Inscrivez-vous vite en envoyant un chèque de 30€ (15 euros pour les étudiants)

à l’ordre de Initiative pour une Clinique du Sujet

Le lieu

71 rue Claude Bernard 75005 Paris

Courriel : ics.stopdsm@gmail.com

Le programme complet détaillé vous parviendra courant septembre

Soutenez Initiative pour une clinique du sujet STOP DSM ! en souscrivant à hauteur de 50 euros minimum

Pour les souscripteurs : entrée gratuite à la journée et communication permanente par mail de toutes les infos concernant le mouvement STOP DSM en France et dans le monde

Un reçu vous sera retourné pour toute inscription ou souscription.

voir la version en ligne

Lire :

– Allen Frances, Sommes-nous tous des malades mentaux? Odile Jacob, 2013, 432 p.-
– Gilles-Olivier Silvagni, Stop DSM – Patrick Landman : tristesse buiseness, précédé de « Devoir de résistance » par Philippe Grauer.

  • 1 La psychiatrie n’est-elle pas en train de nous égarer en présentant des individus en bonne santé comme des malades ? Tensions, déceptions, peines, pertes et même passions : n’a-t-elle pas de plus en plus tendance à traiter comme des pathologies ce qui relève en réalité de la vie normale ?

    Inflation diagnostique, surconsommation de médicaments, multiplication de traitements inadaptés et inutiles, dépenses excessives, stratégies marketing sauvages des laboratoires pharmaceutiques : est-ce nous qui sommes malades ou bien la psychiatrie qui devient folle ?

    Allen Frances a dirigé le groupe de travail qui a conçu et rédigé le DSM-IV, parfois qualifié de bible de la psychiatrie. Alors que paraît une nouvelle version augmentée, le DSM-5, il tire la sonnette d’alarme : cessons de surmédicaliser les vicissitudes de la vie humaine !, texte publié sous l’adresse Odile Jacob, octobre 2014.

  • 2 janvier 1999 – naissance à Bradford (GB) du Réseau de la psychiatrie critique CPN, Critical Psychiatry Network, résurgence de l’antipsychiatrie anglaise. Travaille en étroite collaboration avec les usagers et s’occupe des réfugiés et demandeurs d’asile.

FREUD PAR ROUDINESCO, LA RÉFÉRENCE

FREUD PAR ROUDINESCO, LA RÉFÉRENCE

par Philippe Grauer

Lumières sombres, zones obscures

Ça y est c’est fait, il fallait le livre français du début du XXIème siècle reprenant l’ensemble du savoir sur la matière Freud, la décapant des couches successives de vernis et de retouches ayant transformé au fil du temps certaines parties des Lumières sombres(1« ) du viennois en zones obscures. Avec l’ouvrage qu’Élisabeth Roudinesco lui consacre à cette Rentrée nous le tenons. Il restitue Freud, après le brouillage de la folie révisionniste issue du travail délirant de Jefrrey Moussaieff Masson(2« ) et une décennie de démolition en règle de Freud (Freud bashing)(3« ), dont en France le Livre noir de la psychanalyse, et le brulôt d’Onfray n’ont pas laissé de traces dans le milieu universitaire. Cette restauration de la figure de Freud est bienvenue. Il ne lui manque rien, dans le concert d’éloges mérités. Notre contribution se contentera d’un recentrage sur la méthode.

combien de Freuds ?

Il ne s’agit pas d’un Freud de plus. S’il n’y a pas autant de Freuds que de Napoléons, ce Freud ci résulte de l’accumulation au fil du temps d’une impressionnante quantité de travaux. Depuis la première autobiographie, il y eut la monumentale œuvre de Jones, faisant de Freud le créateur ex nihilo d’une science nouvelle, puis, non spécifiquement centré sur Freud, d’Ellenberger, le premier travail contextualisant la psychanalyse dans la perspective d’une Histoire de la découverte de l’inconscient, et plus fondamentalement de la psychothérapie en remontant jusque vers 60 000 avant notre ère, qui reste de référence incontournable, auquel succédèrent dans l’ordre, Sulloway, Gay, Rodrigué(4« ). Au héros fondateur solitaire d’une nouvelle science humaine atypique auto-fondée, succédèrent les hagiographies, puis l’épisode original du retour à Freud. Les hagiographies conduisirent logiquement à des démonographies, en passant par le temps de surprenantes révisions et « révélations ». Un des avatars de ces travaux fut que l’IPA eut pour politique en matière de recherche de confisquer Freud au bénéfice des seuls psychanalystes. Chacun son métier. Il fallut du temps pour que les historiens prennent leur part à l’étude de la psychanalyse, la discorde s’invitant à l’occasion.

articulation des deux domaines

Élisabeth Roudinesco tombée dans la marmite étant petite, fille d’une psychanalyste éminente et d’un médecin qui savait ce que clinique voulait dire, se trouva à l’articulation de deux domaines, psychanalyse et Histoire, qu’elle maitrisait également. Son œuvre depuis trois décennies, prenant en charge l’histoire de la psychanalyse en France puis celle du lacanisme à travers une monumentale biographie scientifique, aboutit logiquement à la production de ce Freud qui la couronne. Ce faisant elle se trouve surplomber l’ensemble des travaux la précédant. Son séminaire à l’ENS de la rue d’Ulm allait chaque année dans ce sens. Tâche et enjeu considérables.

Il n’est pas dénué d’intérêt de relire aujourd’hui la préface qu’elle consacre à l’Histoire de la découverte de l’inconscient, dans laquelle elle dresse le tableau de l’évolution de l’historiographie sur une demi siècle, car à peu de choses près elle en reprendra prolongera et accomplira le programme avec le Freud qu’elle nous livre maintenant.

historiographie légitimiste

Elle évoque la première historiographie légitimiste émanant de l’IPA, dont la doctrine était que Freud appartenait aux psychanalystes. Le monument princeps de ce courant, La vie et l’œuvre de Sigmund Freud, 1953-57, de Ernest Jones, nous montre un Freud héroïque, adossé à son autoanalyse pour, s’arrachant aux fausses sciences de l’époque, délivrer au monde d’abord rétif à sa méthode, la théorie et la clinique de l’inconscient.

En dépit de cette assise mythique, qu’il tenait de Freud lui-même, et du fait qu’il fait de lui davantage un anglo-saxon que le juif viennois du tournant du siècle qu’il fut, le Freud de Jones établit nombre de faits et constitue un fondement solide, s’appuyant sur une masse considérable d’archives. Il faudra ensuite revenir sur cette histoire officielle, tout revérifier et reprendre le travail.

anhistoricisme

Nous sommes en 1957, le contestateur de l’ordre psychanalytique français, Jacques Lacan, entre en scène : 1953-1964. Il contribue à l’Histoire, non à son écriture, dont les conditions ne seront pas réunies avec le passage français à l’ère Lacan. Ce dernier proposera un aller Lacan / retour Freud, billet marqué par l’anhistoricisme du structuralisme. Le maître nouveau fraie le passage pour accéder à l’ancien par ses soins restauré et repensé, proposant une néo orthodoxie marquant du sceau du second maître le nouvel affichage du premier. Singulièrement, lacanien se dira freudien, les deux doctrines ne se recouvrant pas.

Préfaçant Ellenberger Élisabeth Roudinesco remarque que les freudiens légitimistes vénéraient l’histoire d’un père mort déjà écrite pendant que son enseignement réincarné dans la parole du maître vivant interdisait aux lacaniens l’accès à une conscience historique. Le temps passant, faute de cette perspective, restera à nombre d’entre eux le repli dans le dogme.

Parenthèse non évoquée et pour cause notons ici pour mémoire qu’un autre événement contemporain marquera l’histoire de la psychothérapie, au sens plus large du terme, dans le monde, ce sera l’expansion de la psychologie humaniste américaine, dans les années 60. 20 ans après la mort de Freud, et l’émigration massive des psychanalystes d’Europe centrale, génération 3. Ces deux courants se côtoieront sans trop se fréquenter, quoique au cours des années 70-80 en France de nombreux humanistes allèrent sur les divans et fort peu l’inverse, mais ceci est un autre pan de l’Histoire, qui lui non plus n’a toujours pas été l’objet d’études historiographiques suffisantes, nous aurons ailleurs l’occasion d’y revenir. Notons au passage qu’Henri Ellenberger, intellectuel ouvert aux courants et eaux mêlées, participe de ce mouvement, en qualité de co-auteur aux côtés de Rollo May et d’Ernst Angel de Existence, a new dimension in psychiatry and psychology, ouvrage qui contribue en 1958 à l’introduction de la psychologie existentielle aux États-Unis.

la méthode savante

Les années Lacan en France c’est 1953, 1964, 1981. Anhistoriques donc mais résolument inscrites dans une histoire dont l’écriture s’effectuera 15 ans après, au tournant du siècle. C’est durant cette période que l’historiographie savante commence, au cours des années 70 avec Henri Ellenberger. Élisabeth Roudinesco, toujours dans sa préface de 1994, décrit la méthode. L’auteur se préoccupe de la longue durée, du contexte de l’événement, de l’établissement positiviste des faits, des systèmes de pensée, mentalités et courants culturels, élucide les sources, et recourt aussi bien à la méthode ethnographique. Elle insiste, il convient de toujours rester conscient de la limite entre faits et hypothèses. Son récit dit-elle, évoquant Michelet et le romantisme, ne manque pas de souffle. On pourrait la faire conclure par une autre phrase, tirée elle de sa préface aux Médecines de l’âme : « Là est le paradoxe : parce qu’il n’était pas freudien, Ellenberger sut attribuer à Freud la place exceptionnelle qui lui revenait dans la longue histoire de la découverte de l’inconscient » (5« ).

marginalité, distanciation, situation frontalière

Elle décrit d’Ellenberger la marginalité fondatrice. Psychiatre de formation, pérégrinant dans toute l’Europe, réfugié en Suisse venant de France, Ellenberger eut la chance de fréquenter Jung, Biswanger, Pfister, puis plus tard de travailler auprès de Karl Menninger à la clinique Topeka (on se souvient de Devereux et de son indien des plaines). « Marginalité, distanciation, situation frontalière », elle caractérise la posture rare propice à l’historien. Il faudrait ajouter double appartenance, car Ellenberger est psychiatre, tout comme elle appartint au mouvement lacanien. Elle sait expliquer et soutenir que seule, en réaction au modèle strictement biographique, une historiographie freudienne savante permet de clore la période des grandes controverses pour déboucher sur l’admission d’une diversité de courants au sein de la discipline, et au-delà sur l’ouverture aux dissidences créatrices.

Elle remarque en 1994 qu’en 1974 la France n’était pas prête à accueillir l’histoire savante d’Ellenberger dont la traduction nous arrivait pour une fois quatre ans seulement après sa parution en anglais. Elle le remarque au moment où elle le réédite, venant d’achever les deux premiers monuments de son propre grand œuvre.

Il se sera trouvé qu’Élisabeth Roudinesco écrive son Histoire de la psychanalyse en France (1994), précédé précisément d’un Lacan esquisse d’une vie histoire d’un système de pensée (1993) qui nous donne coup sur coup les éléments d’histoire savante manquant au tableau à la fin du siècle, les protagonistes s’étant contentés de faire l’Histoire sans encore qu’elle se trouve écrite et par eux représentée, représentation qui leur manquera, puisqu’à ignorer son histoire on peine à en devenir le sujet, paradoxe d’une vérité pourtant administrée au quotidien de la clinique psychanalytique.

preuves à l’appui

Ainsi, présentant le travail novateur d’Ellenberger, Élisabeth Roudinesco décrit sa propre méthode, celle qu’on retrouve appliquée à ce Freud qui couronne cette partie de son œuvre entamée avec le Lacan et l’Histoire de la psychanalyse en France. Celle qui lui permet d’en finir avec les légendes, de revenir aux cas désanonymisés, de désamorcer les mythes, de dissoudre les racontars(6« ), de mettre à plat la réalité historique, telle qu’humainement elle nous la donne à lire. Sa fierté d’intellectuelle, ne jamais rien écrire d’inexact, ne jamais donner corps à des constructions imaginaires dont la preuve n’a pu être fournie. Rester dans la logique des faits et des personnages. Cela lui permet de montrer un Freud paradoxal, hésitant, auteur de bourdes et de vignettes arrangées, capable de revenir sur sa mauvaise foi, naïf, resté attaché au côté magique excédant son domaine, chercheur allant toujours chercher dans le savoir précédemment accumulé les bases de sa propre réflexion, scientifique passionné de mythes, travailleur acharné, ayant mis au travail toute une équipe – un véritable collectif intellectuel qui a plutôt bien fonctionné.

saine érudition

La vie du mouvement psychanalytique y est retracée de façon non guindée, on y voit Freud « s’adresser à Fliess comme à un double de Méphisto », s’adonner dans sa jeunesse à la cocaïne récemment découverte, ce qui lui fait produire quantité de rêves, qu’il collecte, toujours prêt sur le modèle de sa relation avec son neveu d’enfance, John, à transformer en ennemi un intime de la veille selon un trait de caractère décrit et analysé. On le voit amoureux insupportable. On le voit fin clinicien et interprète problématique :« S’agissait-il du pénis manquant de la mère ? Freud s’obstinait à le dire mais rien ne le prouve » (p. 415). On voit le pouvoir dans l’Internationale freudienne heureusement délégué, puis les erreurs d’appréciation politique de Jones face au nazisme, le conservatisme éclairé de Freud et ses zones d’aveuglement, on y voit un homme et chercheur attachant précisément en raison de ses hésitations mêmes, on y sent la dynamique de la charge de rénovation culturelle et idéologique du mouvement psychanalytique. On y voit une vie, dont l’établissement du récit parfaitement rigoureux, étayé à une saine érudition rassure. On se prend à comprendre l’homme et l’œuvre, comme on disait autrefois, via la problématique de l’époque et de ses mentalités.

doutes, échecs, passions

Fini le portrait officiel refroidi par le politiquement ou doctrinalement correct. Dissipés les errements de l’adoration et de la détestation érudite, finis les délires d’un incroyable, révisionnisme, voici un Freud à « doutes, échecs, passions », découvertes, ouvertures. Ouverte la piste d’un chercheur bien de son époque, décrites, les contradictions et contraintes inhérentes au domaine d’une science humaine pas trop « scientifique » pourtant éprise de rigueur, voici la relation psychothérapique, obstinée, hasardeuse et vivante, armée d’un corps de concepts vigoureux dégagés progressivement, qui succède au nihilisme psychothérapeutique des cliniques viennoises et propose à l’Europe des écrivains et philosophes un modèle qui les enthousiasmera davantage qu’eux n’intéresseront leur inspirateur.

trilogie achevée

Élisabeth Roudinesco qui connaît littéralement tout de ce Freud exhaustivement inventorié par une recherche prodigieuse, nous offre de lui un portrait nouveau et puissant. Comme elle le dit d’Ellenberger référé à Michelet, son récit nous fait partager le cours d’une existence impétueuse et le déploiement d’un système de pensée dont les principes demeurent pour nous vivants, actuels, actifs. Le mouvement de son écriture nous emporte, cela se lit comme un roman, un roman dont les faits sont toujours exacts. Cela pourrait engendrer quelque ennui. C’est le contraire qui se produit, tout cela est enlevé et sait nous ravir dans le mouvement d’une belle écriture. Cet ouvrage couronne plus de deux décennies d’un labeur talentueux. Nous disposons maintenant de la trilogie. Profitons en bien en attendant l’ouverture d’un autre pan de l’œuvre de cette historienne à présent établie comme incontournable.

épilogue

La psychothérapie relationnelle de son côté a besoin d’établir sa propre histoire, souvent mêlée à celle de la psychanalyse, se déployant avec elle ou contre elle selon les auteurs et moments. Qui va se charger de cette lourde tâche ? Avec Le patient, le psychothérapeute et l’État, Élisabeth Roudinesco abordait depuis le point de vue de la psychanalyse, collatéralement, cette thématique. On ne saurait se soustraire à la nécessité de s’y attaquer derechef.

  • 1 L’expression est de Yirmiyahu Yovel. Dunkeln Aufklärung.
  • 2 Le réel escamoté, Paris, Aubier, (1984).
  • 3 Adolf Grünbaum, Les fondements de la psychanalyse, Paris, PUF, (1984) 1996.
  • 4 Dans l’ordre on retiendra :
    – F.J. Sulloway. Freud, biologiste de l’esprit, Paris, Fayard, 1981.-
    – Peter Gay, Freud une vie, 1991, Hachette.-
    – Emilio Rodrigué, Freud. Le siècle de la psychanalyse, Payot, 2007, 800 p.-
  • 5 Médecines de l’âme, Fayard, 1995, p.11.
  • 6 De ce point de vue le travail est remarquable de précision. Ainsi la peste que selon Jung Freud aurait annoncé apporter aux américains se réduit, recherche tenace enfin aboutie à « ils seront surpris quand ils sauront ce que nous avons à leur dire ». Ainsi le mythe des amours collatérales avec la belle-sœur se dégonfle quand on apprend par Kurt Eissler que Jung en définitive n’était sûr de rien à ce sujet. Une fois de plus il s’agit de détails, mais devenus emblématiques et légendaires ils nous conduisent à une appréciation incorrecte des faits, au bénéfice des fantasmes. Ce type de matériau médiatisé sans aucune précaution critique produit des racontars difficiles à décrédibiliser.

DANIEL RAMIREZ : éthiques de l’environnement. Penser le défi écologique de notre époque

Les éthiques de l’environnement. Penser le défi écologique de notre époque.

par Daniel Ramirez

un devoir moral du citoyen du monde d’aujourd’hui

L’écologie est dans tous les discours. Chacun sait que les questions environnementales sont des enjeux fondamentaux, pour la politique, l’économie, la santé, l’avenir des sociétés humaines. Mais on ne pense pas assez que c’est aussi un enjeu éthique et philosophique, peut-être le plus important de tous. La philosophie a pensé la nature, le monde, l’homme, la technique. Mais aujourd’hui elle doit repenser de fond en comble ces rapports. Cette pensée a une histoire et une actualité. Aborder la question de l’écologie est un passionnant défi intellectuel mais aussi un devoir moral du citoyen du monde d’aujourd’hui.

[Image : Sans titre]

éthique au pluriel ?

L’écologie est d’abord une science, l’étude des interactions et interdépendances des systèmes vivants. Elle a conduit au constat et aux prises de conscience des différentes crises environnementales, certaines dues à l’action de l’homme : la dégradation des écosystèmes, la contamination des milieux, la perte de biodiversité, les changements climatiques, avec leur cohorte de menaces. Cela a donné lieu à l’éthique de l’environnement, qui, malgré les durables résistances, est une réalité dans la pensée actuelle ; même si certains, avec diverses raisons d’ailleurs, contestent l’intitulé, lui préférant « éthique de la Terre » (J. Baird Callicott) , « écologie profonde » (Arne Næss), « éthique du futur » (Hans Jonas) ou « éthique de l’écoumène » (A. Berque). Nous reviendrons sur ces terminologies.

Que pouvons-nous nous permettre de faire dans notre rapport au monde matériel et vivant qui nous entoure ?

Si l’éthique en générale est l’ensemble d’idées et questions sur l’agir humain, et principalement sur l’action envers autrui par rapport à des valeurs et des normes, selon nos intuitions, pensées et sentiments au sujet du bien, du mal, du juste ou du préférable, du bien-fondé ou du faussé de nos actions ; alors chacun de ces questionnements peut être référé aux conséquences pour l’environnement de nos choix. La question kantienne de la morale : « que devons-nous faire ? » devient ainsi : « Que pouvons-nous nous permettre de faire dans notre rapport au monde matériel et vivant qui nous entoure ? ». Et il se trouve, – nous prenons de mieux en mieux conscience – que ce que nous faisons à notre milieu vital, nous nous le faisons nous-mêmes et nous l’infligeons aux générations futures.

Il s’agit donc de l’inclusion des conséquences environnementales de nos actes, et au premier lieu notre action technique, industrielle, agricole, urbanistique et économique. Autant dire, c’est tout notre mode de vie qui se voit questionné par cette nouvelle dimension de la pensée.

les seuls à avoir des droits ?

L’éthique de l’environnement peut être vue sous deux angles : comme une extension du domaine de questionnements de l’éthique tout court. Ou alors comme une remise en question de l’ensemble de notre façon de vivre, dans la mesure où en grande partie elle s’était centrée historiquement sur le sujet humain comme seul pouvant faire l’objet de considération morale. Nous pouvons ainsi opter pour un accroissement de notre attention aux conséquences environnementales de nos actes (c’est, par exemple ce que nous faisons quand nous ajoutons l’information sur « l’empreinte charbon » d’un voyage ou d’un artefact), pour diminuer les nuisances pour la vie humaine, qui en dernier terme garde son statut de seul lieux des valeurs, les êtres humains étant les seuls à avoir des droits.

notre devoir de protéger et d’épargner les espèces et les individus vivants

Nous pouvons aussi remettre à plat cette ontologie encore anthropocentrée [C’est nous qui soulignons] et dire que certaines réalités non humaines ont une valeur en elles-mêmes, que la disparition due à notre action d’espèces entières est une perte majeure, non pas seulement parce que « cela va nous tomber dessus », mais parce que c’est notre devoir de protéger et d’épargner les espèces et les individus vivants, non seulement humains. On dira alors que ces êtres ont, non seulement une valeur d’utilité pour nous (alimentaire, économique, etc.) mais aussi une « valeur intrinsèque. »

les 39 : fonction soignante et pratiques du collectif

les39@collectifpsychiatrie.fr

Appel au FORUM

fonction soignante et pratiques du collectif

humanité commune

« Patient et soignant sont tous deux des humains. Ils arpentent tous deux la route dangereuse, imprévisible et finie de la vie. Peu de choses, symboliquement, les différencient. En pratique, ce qui les sépare est leur situation. Le patient est un humain tombé dans un fossé (un ravin, un gouffre) et souffre. Il demande de l’aide à ses proches et, parfois, à un soignant. Le soignant est un humain qui dispense des soins. Parfois c’est un geste spontané, désintéressé ; parfois, c’est un métier choisi et il en vit. Dans un cas comme dans l’autre, c’est son attitude qui fait de lui un soignant, et non son statut. » Ces paroles de Martin Winckler lors de la Conférence d’éthique clinique à Paris en avril 2014, situent d’emblée les enjeux de ce qui nous rassemble : notre humanité commune (patients et soignants) et l’hospitalité nécessaire à la souffrance psychique.

la relation est première

Pour nous, la relation est première dans toute démarche de soin. Seule garantie d’une prise en charge cohérente, elle repose sur l’existence d’espaces de travail et d’élaboration collectifs dans lesquels chacun s’engage, s’appuyant sur ce collectif dans les difficultés auxquelles le travail le confronte. Pour nous, ceci est nécessaire aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé (libéral et institutionnel. Car, l’existence d’une fonction soignante ne va pas de soi, elle doit être remise en cause chaque jour pour chaque patient. Pas de recette à priori, mais une élaboration des expériences du quotidien, tant dans leur banalité que dans leurs impasses, et de façon régulière avec d’autres soignants.

soin et lien psychothérapique

On constate de plus en plus un manque d’attention à l’égard des patients et des familles, des contraintes pour imposer aux patients une continuité de ce qui ne peut plus avoir le nom de « soin ». Car le soin consiste avant tout à travailler la qualité du lien thérapeutique, ce qui est le contraire de la démarche qualité qu’on nous impose aujourd’hui. En effet, le soin ne peut être de qualité que si est pris en compte le lien des soignants avec les patients, leur famille, leur environnement ainsi que le lien des patients entre eux et celui des soignants dans l’institution qui les abrite.
Or il n’y a plus d’abri pour le soin aujourd’hui.

comment en est-on arrivé là ?

du médicosocial à la simple technique

Depuis 2007, avec la RGPP – Révision générale des politiques publiques, puis avec la Loi Hôpital, Patients, Santé et Territoires – HPST, suivie en 2012 par la Modernisation de l’action publique – MAP, les gouvernements successifs n’ont eu de cesse de transformer le Secteur et le Médicosocial en entreprises soumises à la concurrence du privé dans des missions de service public. Ils ont ainsi transformé ceux qui se trouvent sur une route difficile, du fait de multiples facteurs autant subjectifs que sociétaux, en simples clients auxquels est faite l’offre d’un panel de réponses codifiées : le modèle hégémonique proposé est celui d’un homme dont la vie et l’existence sont réduites à un ensemble de neurones à médiciner et de comportements à rééduquer, réduisant les professionnels de la santé et du médicosocial à n’être que de simples « techniciens ».

abolition du soin

La Haute autorité de Santé – HAS, avec son volet Psychiatrie dont nous demandons la suppression, est une machine qui produit en continu des normes et des techniques qui n’ont rien à voir avec le lien thérapeutique tel que nous l’entendons, patients, familles et soignants réunis dans le Collectif des 39. La notion de « profession » et celle de « soin » sont abolies dans cette orientation.

pas là pour apprendre la tarte aux pommes

Sur le terrain chacun assiste à un mépris du travail quotidien, de la notion d’équipe, et des professionnels. « Est-ce que la psychiatrie est là pour apprendre la tarte aux pommes ? » répondait à la délégation d’Inter-Collège des psychologues d’Ile-de-France une représentante de la Direction générale de l’organisation des soins. Ou encore « Les patients ne sont pas là pour prendre du plaisir mais pour se faire soigner » entend-on ailleurs. Comme si l’objectif du soin n’était pas « avant tout, le mieux-être (ou le moins-mal-être) du patient » ! Mais alors quel serait-il ?

procédures opératoires et gestes techniques

Ainsi, dans cette orientation que nous contestons, le socle commun des sciences humaines – qui s’associait jusque là au médical – est abandonné au profit de l’application de ces procédures opératoires et de gestes techniques qui nient l’histoire de chacune des personnes accueillies, nient sa parole et empêchent toute construction subjective.

DPC : formation continue dépecée

Quel est le socle commun de ces formations obligatoires ?
Le Néolibéralisme triomphant a besoin de techniciens et non pas d’humains qui pensent et réfléchissent collectivement. La compétition encouragée, toute démarche collective devient impossible voire dangereuse. Aussi sous couvert de DPC – Développement professionnel continu, aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé, sont appliquées comme dans l’industrie agro-alimentaire, une « traçabilité » et une « transparence », qui fusionnent dans un concept commun l’évaluation des pratiques et une formation continue obligatoire, au lieu d’une dialectique entre savoirs acquis et expériences de terrain.

C’est ainsi que nous analysons la souffrance des professionnels qui ne trouvent plus de sens à leurs actions et se replient dans des actes techniques ou administratifs, abandonnant les patients, les « usagers ».

C’est ainsi que nous comprenons la gravité, parmi d’autres, des faits suivants :

 

– l’apparition dans le secteur médico-social de techniques de management qui font fi, comme à l’hôpital, du « prendre soin » des personnes accueillies,
– Le DSM comme seule théorie de la souffrance psychique,
– le refus de formations liées à la psychanalyse (cf. le CMPP d’Orly) par des acteurs qui vont, par collaboration ou soumission volontaire, encore plus loin que les préconisations de la HAS,
– le refus de la spécificité d’une formation infirmière,
– la mise à mal des services qui pratiquent la psychothérapie institutionnelle avec suppression de postes d’internes,
« l’oubli » de la présence des psychologues à l’hôpital dans le projet de loi de santé de septembre 2014, qui est un acte symbolique fort que nous adresse le Ministère.

subversion & résistance

Pourtant des pratiques de subversion et de résistance se font connaître à l’Hôpital, dans les Secteurs, dans le Médicosocial : elles se sont forgées au cours des années, en même temps que la logique de ces attaques était analysée et devenait plus lisible.

C’est pourquoi, nous souhaitons, dans ce Forum Fonction soignante et pratiques du collectif, donner parole à tous ceux qui voudraient bien partager leurs expériences de terrain et de lutte pour récuser une telle dérive destructrice.

Venez nombreux le 1er novembre à Montreuil à La Maison de l’arbre !

www.collectifpsychiatrie.fr

Geneviève Fioraso assassine le Collège international de philosophie (CIPH)

Geneviève Fioraso assassine le Collège international de philosophie (CIPH)

20 octobre 2014
par michel rotfus

Le Ministère de l’Éducation nationale et de la Recherche commémore à sa façon les dix ans de la mort de Jacques Derrida et les 31 ans du CIPH.

Derrida, Châtelet, J-P Faye, Lecourt

Journaux, magazines et télévision ont célébré, chacun à sa manière, le dixième anniversaire de Jacques Derrida. Certains ont parfois rappelé comment, celui qui est unanimement reconnu comme un des plus importants penseurs de notre temps s’y est aussi impliqué, penseur et acteur. Comment après avoir impulsé et animé le GREPH(1« ), à la fois lieu critique de l’institution de l’enseignement philosophique en France, et force de proposition pour un enseignement de la philosophie pour tous, il a œuvré principalement avec François Châtelet, Jean-Pierre Faye et Dominique Lecourt pour la création d’un lieu original favorisant les échanges entre philosophes, intellectuels, écrivains, scientifiques, artistes, et avec la société civile et ouvert à tous.

1983 – création du CIPH

En 1983, et sous cette impulsion, l’État français décida la création du Collège international de philosophie (le CIPH) , c’est-à-dire la construction d’un espace public où la pensée critique s’exerce et se renouvelle en toute liberté, en surmontant les frontières nationales, linguistiques et disciplinaires, à côté des institutions d’enseignement supérieur et de recherche.

Depuis, son activité s’est développée, a rayonné mondialement. Elle a été encore récemment reconnue et louangée par une commission d’évaluation diligentée par son Ministère de tutelle. Pour n’en rester qu’à l’année 2013, le CIPH a offert 720 heures de séminaires publics et gratuits et a organisé des colloques, des journées d’études, et des débats sur des livres avec leurs auteurs.

Le CIPH a sa propre revue entièrement en ligne et en libre accès (2« ), qui avec quatre livraisons par an, connait des taux de fréquentation qui attestent de son intérêt et de sa réussite(3« ).

la clé sous la porte

Le CIPH en risque imminent de se trouver en cessation de paiement, et de plus pouvoir continuer tout simplement à exister.

Mais pour le dire de façon aussi brutale qu’est brutale la situation qui lui est faite par le Ministère de l’Éducation Nationale et par la Secrétaire d’État à l’Enseignement Supérieur et à la Recherche, le CIPH va devoir mettre la clé sous la porte : en reniement de ses engagements et de ses obligations, le ministère de tutelle ne lui verse pas la dotation de fonctionnement qui lui permet … de fonctionner.

C’est-à-dire la somme de 240 000 € qui couvre essentiellement les rémunérations des quatre membres du personnel administratif qui assure le bon fonctionnement de l’ensemble de cette institution.

tracasseries

Je n’entrerai pas dans la description fastidieuse du honteux ballet des exigences, ou plutôt des chinoiseries administratives, que les responsables du CIPH ont subies et qu’ils ont dû surmonter, comme un parcours d’obstacles administratifs empêchant soudainement et de façon nouvelle le versement cette dotation de fonctionnement. Si bien que les quatre personnes constituant l’équipe administrative se trouvent devant la perspective immédiate d’une cessation d’activité. La trésorerie du CIPH, a été utilisée pour y suppléer dans l’attente de cette dotation qui ne vient pas, ce qui bien sûr n’est pas sa destination. Elle est désormais vide. Ces personnels, essentiels à la vie du CIPH sont dans la même situation que n’importe quel salarié du privé dont le patron a décidé un dégraissage, et le CIPH lui-même est en quasi instance de fermeture.

on connaît la musique

On connaît la musique : il s’agit ici de la mise en œuvre d’une de ces tracasseries derrières lesquelles s’abritent honteusement les hauts responsables qui, sans l’assumer, veulent la mort d’une institution ou d’une entreprise. Méthode de l’économie libérale appliquée par l’État à ses propres institutions, aussi prestigieuse et efficace soit-elle ?

Madame Geneviève Fioraso, va-t-elle finir par découvrir l’existence du CIPH ? Va-t-elle enfin trouver dans son courrier, la lettre écrite le 30 septembre par la présidente du Conseil d’Administration du CIPH, qui après avoir exposé le feuilleton de tout l’imbroglio administratif imposé par les services de ce ministère, et les réponses pourtant adéquates apportées par le CIPH, finit par « …attirer (son) attention sur l’extrême urgence de trouver une solution permettant au Collège international de philosophie qui court le risque imminent de se trouver en cessation de paiement, de continuer tout simplement à exister ». Lettre à laquelle, presque un mois après, elle n’a toujours pas répondu.

dernier recours, une pétition ?

Dernier recours pour se faire entendre d’un gouvernement socialiste qui renie et les engagements de celui qui l’a précédé en 1983, une pétition est en cours de signature. Car le Collège a instamment besoin de cette somme pour payer ses quatre salariés de la cellule administrative qui, sans cela, se retrouveront au chômage.
Il en a besoin pour son fonctionnement minimal, afin d’appuyer les activités en France et à l’étranger de ses 50 directeurs de programme non rémunérés.

Cette pétition est adressée à Najat Vallaud-Belkacem, Ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et à Geneviève Fioraso, Secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

pas dramatique ?

Quand elle recevront les signatures, qu’il faut espérer les plus nombreuses possibles, les mettront-elles sur le compte d’… « un climat de pessimisme et de découragement » (4« ) en estimant que « la situation n‘est pas dramatique » comme vient de le déclarer la Secrétaire d’État vendredi après la manifestation des chercheurs qui veulent sauver la recherche.

aveugle, sourd, autiste, malhonnête ou pervers ?

Avons nous à faire à un pouvoir aveugle, sourd et autiste ? Ou simplement malhonnête, ou peut-être un tout petit peu pervers ?


  • 1 On trouvera, à ce lien, les principaux textes de J. Derrida relatifs au GREPH et à ses enjeux.
  • 2 Rue Descartes->http://www.ruedescartes.org/
  • 3 À la fin de l’année 2012, la revue du CIPH, Rue Descartes, a reçu 37 402 visites sur son site. Fin 2013, 73 171 visites. Après les trois premiers trimestres 2014, la fréquentation en nette hausse par rapport à la période correspondante de 2013 : +36% de visites sur www.ruedescartes.org (68 895) et +46 % d’articles consultés sur cairn.info (118 757).
  • 4 Cf. : http://www.lexpress.fr/education/fioraso-aux-chercheurs-la-situation-n-est-pas-dramatique_1612906.html#SYgfVdq7IC4p5ysB.99