Séminaire d’histoire de la psychanalyse. L’irrationnel en psychanalyse

S1 et S2, 6 ECTS sur l’année 2018

« Aujourd’hui, les psychanalystes sont trop souvent conformistes »

Travailler les rêves : retour à la chose même

Le pape François sur le divan

Psychothérapie — les mots pour nous dire

L’auteure Anne Dufourmantelle était d’une « humanité exceptionnelle »

Huitième Congrès de l’Association mondiale de psychothérapie – Paris 24-28 juillet 2017

Législatives : le leurre d’un pays rassemblé

Législatives : le leurre d’un pays rassemblé

Ainsi, plus d’un électeur sur deux (51,29 %) s’est abstenu à ce premier tour des législatives. C’est un record. C’est historique. Tout le monde l’a constaté. Mais peut-être n’a-t-on pas suffisamment insisté sur un autre aspect de cette désertion des urnes que les spécialistes nomment « abstentionnisme différentiel ».

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En gros, les catégories populaires ont beaucoup moins voté que les classes supérieures. Les candidats LRM-MoDem, issus dans leur grande majorité des rangs de la bourgeoisie de gauche et de droite, ont été élus par leurs semblables, beaucoup plus mobilisés. Du fait du mode de scrutin, avec seulement un tiers (32,32 %) des suffrages exprimés, soit à peine le sixième de l’électorat, ils s’apprêtent à occuper entre 75 et 80 % des sièges de la nouvelle Assemblée. Attention, dans ces conditions, aux interprétations hâtives : loin de refléter la volonté d’un pays rassemblé, cette élection révèle plutôt, en filigrane, les fractures béantes qui minent la société française.

Invitation aux commencements

Chronique de Bernard Ginisty du 31 mai 2017

[voir] Le 25 mai dernier, Mark Zuckerberg, créateur et PDG du réseau social en ligne Facebook qui compte plus d’un milliard d’utilisateurs actifs quotidiens,  a prononcé un discours à l’université d’Harvard à l’attention des diplômés de l’année (1). Dans son intervention, il définit ainsi la mission de sa génération : « Pour que notre société continue d’aller de l’avant, nous avons face à nous un défi générationnel : il ne s’agit pas simplement de créer de nouveaux emplois, mais de redonner du sens. Il ne suffit pas d’avoir votre propre raison d’être. Vous devez créer une raison d’être pour les autres ». Pour relever ce défi, Mark Zuckerberg indique trois chemins : identifier des engagements, créer des communautés, élargir nos horizons.[/voir]

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Parmi les engagements les plus urgents, il cite entre autres la lutte contre le réchauffement climatique et la prévention des maladies : « aujourd’hui, nous dépensons 50 fois plus pour traiter les personnes malades que pour chercher à prévenir les maladies. Cela n’a aucun sens ». Mais ce qui lui semble le plus fondamental, dans une société où chacun, à son niveau, sera confronté à la nécessité de créer et non simplement de répéter le passé, c’est de « définir un nouveau contrat social », car « si chacun n’a pas la possibilité de transformer une idée en entreprise historique, nous sommes tous perdants ».  Ce qui le conduit à demander « d’explorer des idées comme le revenu universel afin de donner à chacun une sécurité permettant d’essayer de nouvelles choses » (2). Cette dernière idée, défendue lors des élections présidentielles par Benoît Hamon, méritait certainement plus que les sarcasmes faciles dont elle a le plus souvent fait les frais.

Pour Mark Zuckerberg, l’essentiel consiste à promouvoir une articulation entre le local et le global, les communautés locales et la citoyenneté du monde. Pour lui, « le sens n’est pas nécessairement lié au travail. Une des façons dont nous pouvons  créer du sens pour chacun est de créer une communauté, un sentiment d’appartenance ». Au moment où les communautés traditionnelles sont en crise, il affirme, à partir de son expérience, « je sais que nous pouvons rebâtir des communautés et en créer de nouvelles (…) C’est aussi mon histoire. Un étudiant dans une résidence universitaire qui connecte une communauté à la fois et qui continue jusqu’à ce qu’un jour nous connections le monde entier ».

La surinformation, en temps prétendument « réel », sur l’ampleur des problèmes de notre planète, risque d’amener beaucoup d’entre nous au scepticisme et au découragement.  Face à cette tentation, le créateur d’un des plus importants réseaux sociaux mondiaux invite à s’investir d’abord au niveau local : « Le changement commence au niveau local. Même les changements mondiaux commencent à petite échelle, avec des personnes comme nous. Pour notre génération, la question de savoir s’il faut se connecter davantage et saisir nos opportunités majeures se résume à notre capacité à créer des communautés et un monde où chacun trouve sa raison d’être ».

Aucune institution, aucun parti politique, aucune religion, aucun réseau social, aucun personnage emblématique ne saurait dispenser chacun d’entre nous de risquer personnellement l’épreuve concrète des valeurs qui donnent du sens. Croire que de simples appartenances pourraient nous en dispenser conduit à des impasses. L’avenir ne sera fait ni de la répétition du passé ni de l’installation satisfaite dans la critique de boucs émissaires. Il est ce que nous allons commencer ensemble.


 

  • Mark Zuckerberg : Ensemble, redéfinissons l’égalité des chances, in journal Le Monde  du 28-29 mai 2017, page 27.
  • Idem : « Nous savons tous qu’il ne suffit pas d’avoir une bonne idée ou de travailler dur pour réussir. La réussite est aussi liée à la chance. Si j’avais dû m’occuper de ma famille au lieu de consacrer mon temps libre au codage, si je n’avais pas su que tout irait bien pour moi si Facebook ne fonctionnait pas, je ne serais pas là aujourd’hui. Si nous sommes honnêtes, nous savons tous que nous avons eu de la chance. Chaque génération élargit la définition de l’égalité. Les générations précédentes se sont battues pour le droit de vote et les droits civiques. Elles ont dû créer  le New Deal et la Great Society. C’est désormais notre tour de définir un nouveau contrat social pour notre génération ».

Onfrayant

Libération 2 juin 2017

Lettre de campagne de Laurent Joffrin

La réflexion sur la notion de vérité est une des branches de la philosophie. Michel Onfray, philosophe, a pris sur ce point une option radicale : il a décidé de s’en affranchir purement et simplement. Le plus médiatique des contempteurs des médias, qui fait la une de trois hebdos la même semaine mais qui se présente toujours comme un paria du débat public, donne à l’Obs un entretien sur la campagne présidentielle qui restera dans les annales de l’approximation, du sophisme et du storytelling paranoïaque. Involontairement comique et intellectuellement consternante, sa rhétorique mérite le détour, pour le fun en tout cas.

Passons sur les insultes débitées sans retenue – Hamon, un fasciste de gauche (???), Hollande, Sphincter Ier (élégant…), Mélenchon, Robespierre le petit (qui a-t-il fait guillotiner ?) – et sur la modestie du philosophe qui s’identifie sans rire, dans la même phrase, à Vauvenargues, Voltaire, Chamfort et La Rochefoucauld (on n’est jamais mieux servi que par soi-même). Résumons plutôt sa thèse : le «système» a programmé à l’avance l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la république. Quel système ? «Les médias, l’université, l’édition et l’école», qui ont «imposé un dispositif qui nous contraint à un non-choix». Ainsi tout était joué d’avance, puisque des forces cachées, derrière lesquelles se dissimule le grand capital, ont «tout fait» pour assurer la victoire de Macron. L’Obs objecte que le grand capital aimait tout autant Fillon et son programme franchement libéral. Mais non ! «Le capital a toujours intérêt à aider les gens de droite qui se présentent comme des hommes de gauche parce que cela dispense les syndicats de descendre dans la rue.» On l’a bien vu au moment de la loi El Khomri : les syndicats se sont abstenus soigneusement de manifester contre ce projet présenté par un gouvernement de gauche…

Et la chute de Fillon, une opération concertée ? «Bien sûr», répond Onfray, c’est le «cabinet noir» de François Hollande (un agent du grand capital) qui a tout fait. L’Obs émet un doute sur l’existence de ce cabinet noir ? «Soyons lucides, répond Onfray, les cabinets noirs ont existé sous toutes les présidences.» Notre philosophe effectue ainsi une percée conceptuelle majeure : le syllogisme à une seule prémisse. Les cabinets noirs ont toujours existé (pas de démonstration sur ce point), donc ils existent toujours. Les preuves ? Pas besoin , puisque la conclusion est dans la prémisse…

Hollande a donc tout manigancé pour servir Macron, y compris l’élection de Hamon dans la primaire (lequel a pourtant passé son temps à critiquer le quinquennat Hollande). Evidence pour Onfray : le PS a désigné volontairement un mauvais candidat pour laisser le champ libre à Macron ! Volontairement ? «C’est un fait», assène Onfray. La preuve ? «Il y a eu un bourrage des urnes le soir du premier tour de la primaire de la gauche», acte dont «le responsable» s’appelle Christophe Borgel. Rappelons que ce «bourrage des urnes» n’est en rien prouvé, et surtout pas en faveur de Hamon, que Valls n’a pas protesté contre le résultat (sans doute était-il complice), et que Christophe Borgel, accusé par Onfray d’avoir triché en faveur de Hamon… soutenait Valls. C’est sans doute la ruse suprême de Hollande et du grand capital : faire bourrer les urnes en faveur de Hamon par un partisan de Valls !

Au vrai, pas besoin d’être philosophe pour constater que Macron fait partie de l’establishment et qu’il est social-libéral. Encore faut-il démontrer – et non se contenter d’affirmer – que tout était manipulé et programmé à l’avance. Mais c’est là une remarque triviale qui nous fait descendre des hauteurs métaphysiques pour patauger dans le réel, si désagréable.

Plus sérieusement, on se demande pourquoi, sinon pour des raisons de vente, trois hebdos en principe crédibles donnent tant de visibilité à des élucubrations aussi grotesques. Onfray se réclame de Proudhon qui a écrit un opuscule célèbre : Philosophie de la misère. On connaît aussi la réponse de Marx, dans un autre pamphlet fameux : Misère de la philosophie.