Interview de Madame Carla BRUNI À Psychologies magazine — Extraits

On nous fait parvenir ce texte, et comme par les temps qui courent (vite) cette question du projet de Décret d’application et d’un projet d’Arrêté annexe qui le verrouille et fait régresser à son plus bas niveau, émeut les esprits éclairés et même les autres, nous prenons le parti de vous le livrer.

L’idée de solliciter la femme du Président manifeste l’usage d’une réthorique du pouvoir qui montre que les temps changent et que la politique revêt des formes sur lesquelles il n’est pas interdit de s’interroger. Autant disposer en tout cas de l’information, voici une seconde raison d’éditer.

Psychologies magazine représente un pouvoir de diffusion médiatique en rapport avec le projet Servan-Schreiber d’en faire un féminin à grand tirage, ce qui représente une évaluation intéressante de l’évolution des mentalités et habitudes dans notre pays, qu’on voit s’infléchir nettement vers la nébuleuse psy.

En clair ce qui pourrait devenir le psychothérapisme indique que les français(es) s’intéressent à la chose psy, d’où la montée en puissance des conflits et enjeux dans le cadre du Carré psy et au-delà, et les tentatives d’enlèvement au sérail de la belle psychothérapie — relationnelle s’entend. Surtout du label psychothérapeute, pour qui tenir le mot équivaut à détenir la chose.

Le texte que nous vous soumettons délivre un développement prudent, dans lequel on voit se déployer médiatiquement avec prudence un coup de projecteur sur le porteur politique du symptôme, Bernard Accoyer, dont le système de pensée mérite qu’on n’oublie pas de le repérer.

Lisez et développez votre sens critique. Il s’agit d’une crise de société, par conséquent de longue durée. Le feu de l’événement c’est une chose. La victoire à terme, en dépit d’apparences de surface immédiates, de la psychothérapie relationnelle et de la psychanalyse, et leur alliance humaniste, sont possibles, à condition de ne jamais baisser les bras. On peut compter sur nous pour cela. Jamais nous ne laisserons, pas plus que la démocratie, entamer ces deux institutions psycho culturelles indissociables d’elle. La France ne saurait devenir le pays de la psychothérapie d’État. Il faut pour cela à ceux qui pensent pouvoir surveiller l’inconscient, veiller. Avec l’aide de tous, première et ordinaires dames comprises, nous n’y manquerons pas.

Philippe Grauer


Vous pourrez lire ci-dessous une lettre de Karim Saroub à la première dame de France et un entretien bien intéressant réalisé par Psychologie magazine en janvier 2008.

Karim Saroub
Au mois de janvier dernier, vous avez accordé une interview au magazine Psychologie Magazine. En voici quelques extraits :

Psychologie Magazine :
Que pensez-vous de la psychanalyse ?

Carla Bruni :
C’est la découverte du siècle ! Tout le monde devrait faire une analyse… Malheureusement, il y aura toujours des gens qui n’auront pas envie de se sentir mieux. La psychanalyse est une partie essentielle de ma vie. Je suis une « absolue pratiquante. »

Psychologie Magazine :
C’est parce que vous souffriez que vous avez commencé une analyse ?

Carla Bruni : C’est parce que la vie est douloureuse, vivre est douloureux, la condition d’être humain est douloureuse. Même être un chat, c’est peut-être douloureux. La psychanalyse permet d’accepter la réalité de la vie, donc la douleur. Savez-vous pourquoi les enfants sont plus désagréables avec leur mère qu’avec leur père ? Parce qu’ils lui reprochent de leur avoir donné la vie. Etre mortel, c’est extrêmement violent. Cioran le disait très bien : « Être né, c’est un inconvénient. »

Psychologie Magazine : Essayez de vous projeter dans dix ans. Quelle vie rêveriez-vous d’avoir ?

Carla Bruni : Dans dix ans ? Je rêverais d’être psychanalyste. Je n’en suis pas encore là, c’est un long travail, mais je pense que c’est le monde le plus intéressant que l’on ait à notre portée.

Vous vouliez peut-être dire, comme Lacan : « qu’être psychanalyste, ou entreprendre une analyse, c’est simplement ouvrir les yeux sur cette triste évidence qu’il n’y a rien de plus cafouilleux que la réalité humaine. »

Mais aujourd’hui, vous n’êtes pas psychanalyste. Vous êtes non seulement la première dame de France, mais surtout une artiste. Et on a besoin de vous. Il y a urgence, Madame la Présidente, car ça cafouille encore, dans tous les sens. Cinq ans sont passés entre la rédaction de cet amendement et son éventuelle application en catimini le mois prochain. Et trois ans seulement depuis la parution du Livre noir de la psychanalyse…

En 2003, Bernard Accoyer, ancien médecin oto-rhino-laryngologiste, aujourd’hui président de l’Assemblée Nationale, présente un amendement réglementant la profession de psychothérapeute, qui est approuvé par l’Assemblée Nationale. Et depuis, ce décret est en attente de publication.

Un oto-rhino-laryngologiste qui veut réglementer la profession de psychothérapeutes, pourquoi pas, mais il n’y a qu’en France où on peut vivre ça. Pourquoi donc Bernard Accoyer s’est penché sur ce dossier ? Mystère. L’intention est louable. C’est assurément parce qu’il doit être un type bon, sincère, comme beaucoup de ses collègues. Mais ce n’est pas un homme politique au-dessus de tout soupçon, qui voulait simplement combler un vide juridique.

Avant de l’accabler, devant vous, soyons directs et disons tout. C’est-à-dire même là où il a raison, là où ça dérange. On peut avancer par exemple que c’est quelqu’un qui a surtout pris conscience (et connaissance), à juste titre, qu’il y a autant de thérapies que de thérapeutes, que beaucoup de « psys » sont plus malades que leurs patients, qu’il y a une galaxie d’Écoles qui drainent des « psys » souvent psychotiques, peu formés, voire pas formés du tout. Tout cela est bien vrai, hélas, et quelqu’un a dû le lui souffler, sinon il n’aurait pas déclenché tout ça Monsieur le député. Il a eu donc raison de se pencher sur ce dossier. Mais il l’a fait très naïvement et avec beaucoup de maladresse, car comme vous l’avez, vous, compris, on ne légifère pas sur l’Inconscient. Mais comment le lui faire comprendre ?

On avait déjà eu beaucoup de peine à lui expliquer que les homosexuels étaient des gens normaux, lorsqu’il tenait des propos homophobes des plus caricaturaux, en déclarant :

« L’État a naturellement vocation à privilégier les couples hétérosexuels, mariés ou non, qui seuls peuvent assurer le renouvellement des générations. L’État n’a évidemment pas le même devoir envers les couples homosexuels et les personnes isolées mais certains lobbies sont manifestement plus influents auprès de l’actuelle majorité que d’autres ». Quels lobbies ? Le Marais (1« )?

« Dans un couple homosexuel, il y a toujours un dominant et un dominé »
Bernard Accoyer.

Tout cela vient d’un seul homme, qui est aujourd’hui le quatrième personnage de l’État, et qui détient à lui tout seul la palme des amendements les plus infâmes : fixation d’âge minimum des contractants d’un PACS à 21 ans ; l’obligation d’un délai de 5 ans entre la signature de deux PACS ; interdiction de la signature d’un PACS aux étrangers en situation irrégulière ; encore une interdiction aux personnes de même sexe ayant adopté.

Le plus surprenant, c’est que ce médecin oto-rhino-laryngologiste, a été nommé, en septembre 1996, secrétaire national chargé des questions de santé. Il est (ou était) président du Groupe d’études parlementaires sur le Sida, et est (ou était) également vice président du groupe d’études parlementaire sur les handicapés !

Souvenons-nous également de ses déclarations dans les colonnes du Figaro, quand il déclarait : « Avant tout, nous voulons que soient mises en évidence les difficultés des familles qui choisissent d’avoir des enfants », et d’ajouter que « la question des couples homosexuels qui désirent adopter ne rentre pas, à (son) sens, dans le cadre de cette mission. »
En plus de ses dérapages, ce député s’est permis de signer la pétition homophobe de Michel Pinton.

Et depuis cet amendement, Madame la Présidente, les cognitivistes et les tenants des TCC (thérapies cognitivo-comportementales), ces spécialistes à l’origine d’une virulente compagne anti psychanalyse (Le Livre noir de la psychanalyse) se sont déchaînés et sablent aujourd’hui le champagne.

À ceux qui l’ignorent encore, les TCC, ce sont des thérapies qui ont pour curieuse particularité de s’attaquer aux problèmes du patient par des exercices pratiques : vous avez peur de l’araignée ? On va vous soigner en vous forçant à toucher une araignée. Peur de l’ascenseur ? On va vous faire un truc que vous n’allez jamais croire. Grâce à notre méthodologie simple bien qu’un peu contraignante, vous allez tout piger. Et ensuite guérir, cela va de soi.

Ce décret (en attente de publication), est désormais inscrit dans l’article 52 de la loi du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique (JO n° 185 du 11 août 2004 page 14277). Et il va ressurgir au mois d’août, en pleine canicule.

Il ne nous reste plus qu’à espérer que vous, qui êtes aujourd’hui la première dame de France, et qui en savez quelque chose, se joigne à nous pour signer la pétition.

Entre-temps, la profession s’est saisie du dossier pour dire non à des théories du psychisme imposées par l’État, non à une formation au rabais des psychothérapeutes qui menace l’intérêt des patients. Les indignations et les dénonciations des psychanalystes et psychothérapeutes, ainsi qu’un grand nombre de chercheurs, de médecins, d’artistes et d’intellectuels, n’ont servi à rien, puisque « quelque chose » se prépare en douce pour ce mois d’août. Il faut dire à cette belle qui a oublié d’être bête et qui a dit tant de bien de la psychanalyse, qu’elle signe la pétition et qu’elle vienne se joindre à nous, car on a besoin d’elle.

  • 1 L’argument du lobby efficace dans l’ombre, style complot permanent, ne vole pas très haut. On en retrouve régulièrement l’inspiration dans des textes de la même provenance dénonçant, dès que les humanistes se font entendre, le travail de sape des « charlatans » dont les redoutables groupes de pression travaillent dans l’ombre naturellement à maintenir leurs impressionnants profits. Réthorique pas trop masquée, typique et repérable.

Jacques-Alain Miller communique — Alerte rouge !

COMMUNIQUÉ DU 11 JUILLET 2008
PÉTITION ALERTE ROUGE

Que les choses soient claires.

1) un projet de Décret d’application de la loi 52 attend toujours son examen par le Conseil d’État. Cela prend nécessairement du temps et il est peu probable que le Conseil siège au mois d’août. Nous l’attendons non pas à la sortie mais à l’entrée du tunnel léfgislatif pour en contrer notemment une disposition majeure — la composition des Commissions d’agrément, dont nous serions écartés.

2) un projet d’Arrêté — moins qu’un décret, répondant aux vœux de la FFPP de Lécuyer, vœux de liquidation de la psychanalyse à l’université à travers un programme officiel édicté par le ministère de la l’Éducation nationale et de la recherche, a répandu l’émotion chez les universitaires du SIUEERPP, répercutée à Sauvons la clinique — Roland Gori, Alain Abelhauser, Fehti Benslama. Ce projet liquidateur a mobilisé plusieurs zones institutionnelles de la psychanalyse, dont l’École de la Cause freudienne de Jacques-Alain Miller, qui communique de son côté avec la machinerie Coordination psy — au sein de laquelle nous-mêmes CIFP, et marche avec la mouvance Gori.

Cet Arrêté scélérat ne prendrait effet qu’à titre de disposition réglementaire une fois adopté le Décret. Nous n’y sommes pas. Néanmoins, la force de la mobilisation contre l’Arrêté donne une idée de la réactivité du camp humaniste, et gagnera à se voir renforcée contre une mise en œuvre toujours entravée par les mêmes toujours poussée au feu par les mêmes, activée par le(s) même(s).

Il convient de rester vigilant, d’alimenter la pétition nationale, et de maintenir l’ensemble de nos collègues en état de veille, ce qui jusqu’à présent a toujours barré les plans des adversaires de l’humanisme psy. L’alerte donnée par Jacques-Alain Miller constitue un indice de la détermination de ce camp à ne laisser passer pour rien au monde un décret aussi ruineux.

Philippe Grauer


Communiqué du 11 juillet 2008

Après m’avoir consulté à ce sujet, mon ami Roland Gori a pris l’initiative de rédiger et faire circuler la Pétition Alerte Rouge. C’est un appel général à s’unir contre le projet d’Arrêté que j’ai critiqué dans ma tribune du Point la semaine dernière. J’ai signé cette pétition, et j’invite les adhérents et amis du Champ freudien à faire de même. L’heure n’est pas aux petites différences, mais au rassemblement.

Le texte incriminé vise à casser les reins au mouvement psychanalytique, en créant subrepticement une nouvelle profession de soi-disants « psychothérapeutes », formés au rabais (et qui seront aussi employés au rabais) sur des bases exclusivement cognitivistes.

Cette politique de ravalement et déqualification, déjà entrée en vigueur en Grande-Bretagne, fait courir au public des dangers manifestes ; elle a conduit dans ce pays à la marginalisation des psychanalystes. La fuite qui m’a permis de connaître ce texte, et l’alerte donnée dans les médias, ont déjà permis de percer à jour le guet-apens, prémédité pour le mois d’août. Il s’agit maintenant de faire nombre.

Je prépare la sortie d’un numéro spécial de LNA pour cet été. Il sera aussitôt diffusé aux médias et à la classe politique, puis, au public dés le début septembre. Avant d’autres initiatives.

Jacques-Alain MILLER

Les psys dénoncent l’instauration d’une “psychothérapie d’État”.

08 07 08


Voici un article qui ne trouble pas l’eau afin de dissimuler le fond.


La polémique sur le décret réglementant le statut de psychothérapeute s’embrase à nouveau. Alors que le gouvernement vient de transmettre au Conseil d’État un projet de décret débattu depuis près de cinq ans avec la communauté psy, c’est désormais un projet annexe d’arrêté qui met le feu aux poudres.

SUR LE MÊME SUJET

Ce « document de travail », signé des ministères de la santé et de la recherche, définit avec précision le contenu de l’enseignement théorique et pratique des futurs psychothérapeutes(1« ). La communauté psy dénonce une immixtion du gouvernement dans la définition du soin psychique et l’instauration d’“une psychothérapie d’État”.

Le 13 août 2004, le Parlement adoptait l’article 52 de la loi sur la santé publique reprenant un amendement de Bernard Accoyer, actuel président (UMP) de l’Assemblée nationale. M. Accoyer cherchait à réglementer l’usage du titre [générique] de psychothérapeute, utilisé actuellement par des psychiatres, psychanalystes, psychologues mais aussi des professionnels non médicaux, issus de dizaines de courants de pensée. Au nom de la lutte contre le charlatanisme, ce texte visait à réserver le titre [générique] de psychothérapeute aux professionnels inscrits sur un registre national et se soumettant à une formation universitaire.

Depuis l’adoption de la loi, trois ministres de la santé se sont efforcés, jusqu’ici en vain, de publier le décret issu de cet article de loi. Les querelles entre psys et gouvernement n’ont pas cessé. La dernière version du texte, élaborée par le cabinet de la ministre de la santé, Roselyne Bachelot, prévoit que les professionnels souhaitant user du titre se soumettent à une formation de 400 heures en psychopathologie clinique suivie d’un stage pratique de cinq mois. Ce décret a été approuvé par le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche(2« ), le 16 juin, avant d’être transmis au Conseil d’État.

Alors que la communauté psy s’était résolue à accepter le compromis de la dernière version du décret, elle découvre aujourd’hui, avec stupeur, un projet d’arrêté, resté confidentiel, et déclinant le contenu de la formation. Selon ce texte, les futurs psychothérapeutes devront maîtriser « les principaux courants théoriques (psychanalytique, cognitivo-comportemental, systémique, socio-environnemental, biologique) » et avoir une « connaissance des outils d’évaluation (échelles cliniques, tests projectifs) suffisante ».

Pour les professionnels de la psyché, divisés entre courant psychanalytique et thérapies brèves d’inspiration anglo-saxonnes, le gouvernement prend parti dans une querelle épistémologique. «  Il s’agit d’un hold-up cognitiviste sur le titre de psychothérapeute, dans le but explicite d’éliminer la pratique psychanalytique « , dénonce Jacques-Alain Miller, chef de file de l’École de la cause freudienne (courant lacanien de la psychanalyse). «  On veut déposséder l’université de la définition du contenu de son enseignement, au profit du modèle psychiatrique américain, très minoritaire en France « , s’insurge Roland Gori, président du Séminaire interuniversitaire européen d’enseignement et de recherche en psychopathologie et psychanalyse(3« ).

La nature du texte incriminé — un simple arrêté — inquiète d’autant plus qu’il peut être pris sans aucune consultation. Le ministère de la santé explique que sa rédaction ne relève pas de sa responsabilité, mais de celle du ministère de la recherche. Dans l’entourage de Valérie Pécresse, on confirme que “ l’arrêté vient compléter le décret et qu’il ne sera pas soumis à concertation ”.

  • 1 Au sens générique de cette appellation toujours. Nous, dans ce cadre sommes les psychothérapeutes relationnels.
  • 2 CNESER.
  • 3 SIUEERPP.

Sauvons la clinique — rassemblement contre l’entreprise d’abandon de la relation.

L’A.G.E. DE SAUVONS LA CLINIQUE

5 Juillet 2008

PAR MARCELLE MAUGIN


Notre collègue Administratrice de l’AFFOP a participé à cette Assemblée générale extraordinaire qui vivait l’événement sur un mode dramatisé, et nous livre son témoignage. Ambiance tendue. Les universitaires humanistes sont en alerte contre l’institution des Techno-psys. Ensemble, seulement ensemble, nous pourrons l’emporter.

Philippe Grauer


L’introduction de Roland Gori impressionne. Ulcéré par le cahier des charges en psychopathologie clinique du projet d’Arrêté il martelle “ l’imposture est de retour ! La mise en œuvre du projet d’Arrêté délivrerait aux étudiants un certificat d’indigence et à nous un certificat de décès ! ” Ce dispositif appauvri ne comporte aucun apprentissage mais dispense une vague connaissance de quelques approches optionnelles et séquentielles, une démarche “intégrative” à la québécoise. On connaît. Cela signifie l’abandon de la relation unique avec le patient. La classification en psychopathologie serait celle indiquée par l’arrêté.

Il s’agit d’un projet de création d’une nouvelle profession qui ne dit pas son nom. L’expression utilisée de troubles du comportement est significative à cet égard. Le débat épistémologique qui existait jusque alors désormais réglé par décret, du jamais vu. Les “approches” sont répertoriées au nom d’un consumérisme du soin, en fonction de la demande supposée des associations de patients. Bref, pour l’orateur “ on nous fabrique une nouvelle figure du coach recruté à bac + 3. C’est l’enseignement de l’ignorance. Si cela passe c’est terminé .”

Un autre intervenant parle au nom de la psychiatrie : la psychiatrie est rangée désormais dans la technique, la personne est remplaçable, le “rapport” n’a pas d’importance, le diagnostic est utile mais il doit se faire dans un cheminement, on le voudrait aujourd’hui sans la subjectivité, sans s’intéresser au rapport du sujet au symptôme, à qui et comment il l’adresse. Le DSM de représente pas une nouvelle psychopathologie, il n’y a que les français qui y croient, les américains ne s’en servent pas comme ça. Ici on fait appel aux neurosciences uniquement pour les utiliser politiquement.

À l’atelier Problèmes actuels du soin psychique, le psychiatre psychanalyste Bokovska pense que tout a commencé quand on a supprimé il y a 30 ans l’internat en psychiatrie qui reposait essentiellement sur l’analyse de deux cas cliniques. Ce virage fut soutenu par des universitaires en psychiatrie fascinés par l’idéologie scientiste et qui voulaient être reconnus dans leur fonction. L’objectif final est rien moins que la destruction de la Sécurité sociale à la française, dernier pôle mondial de résistance à la marchandisation de la santé. Bokovska revendique pour finir pour le psychiatre le statut d’artisan, non de technicien.

Le psychologue Raboin dénonce ensuite la culture du résultat, la logique d’entreprise, dont témoignent les nouveaux contrats (CEPOM) pour une gestion “moderne” des établissements psycho sociaux. L’ambition étant de diminuer d’un tiers les associations gestionnaires. On n’est même plus en face de l’affrontement de deux logiques contradictoires, on n’a plus à faire qu’à une sommation de tous les côtés ! l’unique question posée est « tenez-vous à votre accréditation ? » Cela opère par le biais de la multiplication des fichiers. On parle même de « panier de soins » des usagers.

Il s’agit d’une revanche de l’administratif sur le professionnel, sur une certaine conception de l’humain que nous représentons. Nous avons affaire à une mutation anthropologique “ qui fait, ajoute Roland Gori, d’un sujet qui parle une petite entreprise auto évaluée .” Il ressort du débat qu’il est essentiel à présent de ne pas céder sur les mots, ni sur les idées. Puis la discussion porte sur les notions d’acte, de données.

Dans une telle organisation les réunions d’équipe ne sont plus une occasion privilégiée de montrer nos failles : on élimine tous les trous. Alain Abelhauser déclare que le gouvernement — et Accoyer, traque tous les trous juridiques. Il s’agit de tout évaluer. L’évaluation c’est justement l’opposé de la clinique. Il poursuit. “ On s’est battu pour éviter les dérives quant au titre (générique) de psychothérapeute, on voulait bien une formation mais en psychopathologie clinique. Le cahier des charges qu’on nous propose fait basculer cette formation de psychopathologie à sa propre définition du psychothérapeute. Le SIUEERPP s’y oppose, il refuse ce glissement entre psychopathologie et psychothérapie” . Cela se présente conclut-il comme un problème juridique, mais concerne des enjeux économiques, politiques et éthiques. Il s’agit en fait de la loi du financement de la santé.

Roland Gori intervient à nouveau. Finie la participation, la discussion, les écrits, on entre maintenant dans le rapport de force. Or la démarche politique ne peut mener qu’à l’épuisement. Il rappelle que le SIUEERPP a effectué toutes ces démarches de son côté, en vain. Qu’à son avis il faut essayer maintenant de s’allier l’opinion, comme ont si bien su faire les Pasde0deconduite qui ont fait reculer l’INSERM.

Suivent de nombreux témoignages de professionnels en péril dans leurs institutions, orthophonistes, psychomotriciens, psychologues, professionnels travaillant en PMI, gériatrie, etc. La discussion porte alors sur les moyens d’action à mettre en œuvre, refus de remplir les fiches d’évaluations, risques encourus, etc.

Bokovska rappelle que ce qui a fait le succès des États généraux de la psychiatrie, ça a été de rassembler tout le monde au-delà des divergences, sur une position commune minimale. Le SIUEERPP est d’avis de faire taire toutes les divisions désormais. Il faut faire du lobbying, éventuellement publier un Manifeste commun, mobiliser tous les mécontents qui revendiquent les mêmes valeurs (dont les juges ?).

Quelqu’un rappelle les limites des programmes communs : une fois obtenu un peu de pouvoir, les divisions repartent de plus belle. Roland Gori répond qu’on n’en est plus au débat démocratique qui n’existe plus, mais à la désobéissance civile ! qu’il faut créer des «  réseaux de refus « .

Puis cela s’échauffe. Quelqu’un lance que l’acte suivant sera l’acte terroriste, sinon il n’y aura bientôt plus de cliniciens. Tout dépend de la manière dont on pense le politique ! De fait, actuellement se produit une sidération du politique, dans une culture qui engendre “ un être comme ça : sans appareil psychique, à traçabilité ! ” Il faut savoir poursuit-on qu’on s’embarque pour 20 ans de lutte pour la singularité, la différence.

Quoiqu’il en soit le temps est venu de l’alliance. Ulcérés par le cahier des charges, les universitaires, le pied sur le paillasson, ne veulent plus collaborer avec les ministères, et se disent prêts à tous les rassemblements et mûrs pour des “ stratégies frontales ”.

Projet de décret, et d’Arrêté : décidément tout le monde est contre

Résultat des courses, tout le monde est contre, accusant les textes projetés d’aller engendrer des psys de mauvaise qualité. D’une certaine façon c’est déjà ça. La FFPP est contre pour des raisons contraires. Ces contre-là constituent avec le contre de Jacques-Alain MIller, qu’ils rallient sans vergogne à leur cause, un amalgame hétéroclite ahurissant. Au-delà de ce paradoxe manipulatoire non exempt d’une certaine malhonnêteté chez des parangons de vertu professionnelle, on constatera que de l’Arrêté scélérat cause de cette prose résulte en tout cas une cacophonie suspecte.

Retournement en son contraire

Dans l’article de Catherine Petitnicolas, les arguments des tenants de la psychothérapie relationnelle et de la psychanalyse, retournés comme un gant pointent un doigt inversé vengeur dans la direction opposée de celle qu’indiquait le gant d’origine. Cela ne s’appelle pas relever le gant, mais le mettre à l’envers. Collophon inverse, à la Lewis Caroll une nouvelle fois.

On y perd ainsi son latin quand Le Figaro nous enseigne que les psychiatres sont passés par une analyse didactique, comme dans les années 60 — les années Lacan, un psychiatre qui avait rallié la moitié de ses confrères (pas davantage tout de même) à la psychanalyse, ce qui est massivement inexact pour la nouvelle génération qui ne jure que par les TCC et le dieu Neurone.

La confusion est à son comble quand la FFPP ne désenrageant pas voit déjà d’innombrables « officines » former au rabais des {techno-psys , utilisant à contre-sens l’expression qu’avait forgée Jacques-Alain Miller dans Le Point pour dénoncer les projets co-ministériels d’Arrêté scélérat psychanalycides et psychothérapicides relationnels. Un cochon n’y retrouverait pas ses petits.

C’est par ailleurs votre serviteur qui a lancé l’expression d’officiers de santé mentale, décalquée du XIX ème siècle (Bovary) devenue sous-officiers avec Favereau repris par Gori (1« ), pour désigner ces sous-psys que Miller dénomme techno-psys, expression bien trouvée, chargés d’administrer une thérapie (pas vraiment une psychothérapie) à protocole bas de gamme Made in French University. Il court il court le furet du Signifiant, diraient nos amis lacaniens, et se retourne au bout du chemin.

Quant au concept de juteux créneau , quand on connaît un peu la quotidienne pénibilité financière de nos Écoles agréées, il relève en ce qui concerne le secteur que nous contrôlons, à la fois du fantasme, de la désinformation ou de la malveillance, qui peuvent d’ailleurs se cumuler.

Quand nos Écoles agréées s’évertuent à sécuriser scientifiquement et éthiquement un territoire sain de transmission soigneuse pour la psychothérapie relationnelle, désinformer au point de les traiter de lieux d’engendrement de « praticiens sous-qualifiés » revient à généraliser à leur endroit le concept plus que douteux de charlatanerie si cher à la médecine quand elle s’angoisse et fait de ses fantasmes un fond précisément de commerce. Le monde à l’envers, ça peut tromper du monde seulement dans la mesure où l’incriminé ne protesterait pas. Ça peut aussi se retourner contre l’auteur de la figure si la vérité se trouve rétablie.

Tout est à l’avenant. L’autrice de l’article nous avait habitués à plus de professionnalisme. Nous reviendrons sur ce texte qui mérite une critique § par §. Nous commençons par vous le livrer, en vous priant de le lire avec tout l’esprit critique nécessaire, celui qui a cours d’ordinaire au CIFP et dans les écoles comparables. Tout de même cet article est quelque peu foudingue. On se reportera à titre d’antidote à l’article ici-même de Cécile Prieur paru dans Le Monde }


« Les psys vent debout contre un projet de décret »

Les professionnels ont critiqué, samedi et dimanche, le nouveau texte destiné à réguler l’exercice de la profession de psychothérapeute. Ils redoutent l’instauration d’une formation sous-qualifiée.

Que faire face au casse-tête des décrets d’application de la loi du 9 août 2004 sur l’exercice de la psychothérapie, attendus depuis près de quatre ans et maintes fois repoussés ?

À l’origine, le député UMP Bernard Accoyer souhaitait “éviter certaines dérives sectaires” en réglementant l’accès à cette nébuleuse de spécialités pas toujours validées scientifiquement. Si l’intention était louable, le texte a suscité une levée de boucliers de la part des psychologues, des psychiatres et des psychanalystes.

Ce sujet crucial et lourd de répercussions non seulement pour la “planète psy”, mais aussi pour l’ensemble de la société qui consulte de plus en plus souvent ces “praticiens de l’âme”, a été longuement abordé lors des troisièmes Entretiens francophones de la psychologie qui viennent de se tenir à Paris, du 3 au 5 juillet.

Aux dernières nouvelles, la publication d’un arrêté concocté par la commission nationale de l’enseignement supérieur et le ministère de la Santé serait imminente.

“Ces deux instances nous proposent une protection de très bas niveau, à savoir un niveau bac plus trois assorti de 400 heures de formation clinique et théorique en psychopathologie et cinq mois de stage en tout et pour tout”, déplore Philippe Grosbois, psychologue à l’université catholique d’Angers et chargé de mission “psychothérapie” au sein de la Fédération française des psychologues et de psychologie — FFPP, qui redoute que le texte soit avalisé dans la torpeur du mois d’août.

“Un véritable camouflet”

En guise de comparaison, rappelons que, actuellement, un psychologue doit au minimum suivre un cursus théorique de cinq ans à l’université assorti de nombreux stages, et que les psychiatres, après leurs huit années de cursus médical, doivent se former durant quatre ans et bientôt cinq entre l’hôpital et les cours théoriques. Sans oublier un long passage sur le divan (analyse didactique) et la participation active à de nombreux séminaires pour devenir un praticien digne de ce nom, à qui une personne en souffrance pourra se fier et se confier.

Ce projet d’arrêté ressemble furieusement à celui des très nombreuses officines privées de psychothérapie, à but lucratif, qui ont tout intérêt à obtenir la mise en place de cette formation a minima ”, redoute Philippe Grosbois. Une position partagée par de nombreux professionnels aguerris. “ Ce texte est un véritable camouflet pour nous psychiatres, camouflet d’autant plus fort qu’il devrait être avalisé par le ministère de la Santé ”, lance le Dr François Kammerer, président de l’Association française de psychiatrie. “ Ce qui manque à ce projet, c’est l’obligation d’une formation clinique et théorique suffisamment solide. Plus grave, les futurs psychothérapeutes risquent de faire preuve d’une absence totale de regard critique vis-à-vis de l’ensemble de la connaissance et des savoirs et d’être dépendants de l’institution qui les aura formés ”, poursuit-il.

Le Dr Thierry Jean, psychiatre et psychanalyste, représentant de l’Association lacanienne internationale, est lui aussi très réservé, d’abord pour des raisons liées à la mise en place d’une formation insuffisante. Et ensuite parce qu’il voit se profiler en arrière-plan de ce projet “ l’influence grandissante d’instituts de formation privés qui se sont lancés dans ce juteux créneau tout en soulageant la trésorerie de l’État ”.

Les candidats psychothérapeutes qui font appel à ces formations doivent financer eux-mêmes leur cursus. Alors que l’université est le seul endroit qui dispense un enseignement gratuit et de qualité permettant la constitution d’une pensée critique garante d’une pratique ultérieure autonome.

« Je crains que de tels thérapeutes, qui n’auront pas acquis un niveau de réflexion personnelle suffisant, soient des appliquants ou de simples techniciens ”, met en garde le Dr Kammerer, qui a “ le sentiment que les pouvoirs publics ont décidé de créer des postes de praticiens sous-qualifiés ”. Une critique reprise par la majorité des psychologues. “ Le législateur prétend que ce texte protège le titre de psychothérapeute mais, en filigrane, on voit la délégation par l’État d’un certain nombre de tâches à des professionnels sous-qualifiés et donc moins bien rémunérés ”, conclut Philippe Grosbois. Cet arrêté ministériel signera-t-il “l’an I de l’ère des techno-psy” comme l’écrit, dans Le Point daté du 3 juillet, Jacques-Alain Miller, l’un des plus éminents psychanalystes français ?

Catherine Petitnicolas in Le Figaro — 07 07 08

  • 1 Ce dernier m’écrit qu’il a utilisé l’expression dans un rapport de mission remis en avril 2003 au président Jean-Marc Fabre. En ce qui me concerne je ne dispose pas de la documentation immédiatement. Nous opterons pour une création simultanée avant le départage par les historiens, qui aura lieu, si jamais, approximativement en 2200.

L’InterCoPsycho : signez pour dire non aux néo-techno-psys !

L’InterCoPsychos vous invite à signer et faire signer l’appel Pétition Alerte Rouge contre le projet d’arrêté du cahier des charges relatif à l’article 52 de la loi de santé publique du 9 août 2006 portant sur l’usage du titre [générique] de psychothérapeute.

Ce projet d’arrêté programme la création d’une «  nouvelle profession « , comme l’avait jadis appelée le sénateur Giraud lors des débats à propos de l’amendement Accoyer. Néo-psys , ou techno-psys (1« )comme a dit Jacques-Alain Miller dans Le Point du 3 juillet, ces professionnels instrumentalisés par leur formation techniciste et dans leur pratique seraient appelés à appliquer en masse les thérapies cognitivo-comportementales.

Le rêve de M. Accoyer se verrait réalisé et les pratiques faisant une place au sujet se verraient directement remises en cause et menacées de disparition.

Les psychologues sont ici concernés, ils ont à faire entendre leur refus.

  • 1 Ou encore Officiers de santé mentale comme chacun de son côté l’ont dit Roland Gori et Philippe Grauer.

RÉEL contre l’Arrêté scélérat

Le journal RÉEL communique :


L’heure est à la mobilisation conjointe de tous. Réel est proche de la FF2P que nous retrouvons régulièrement à la Coordination et d’autres organisations dont nous nous maintenons à distance. Sa ligne éditoriale spiritualiste s’éloigne de notre sensibilité épistémologique. Qu’il soit clair que tous les boucliers levés dans la même direction protégeront des mêmes flèches qui pleuvraient sans choisir leurs cibles.

Philippe Grauer


Danger d’étatisation pour les psychothérapeutes.

Le 13 août 2004 était votée pat le Parlement français une loi cherchant à réglementer l’usage du titre [générique (1« ) ]de psychothérapeute.

Cette loi demandait un décret. L’élaboration de ce décret s’est avérée difficile. Plusieurs ministres s’y sont cassés les dents. Depuis quelques mois, un projet de décret se profilait. Consultées, les organisations professionnelles (2« ) s’étaient fait une raison et avaient accepté ce projet… qui prévoyait une formation de 400 heures en psychopathologie clinique suivie d’un stage pratique de cinq mois.

Un projet d’arrêté du ministère de la Santé (3« ) met le feu aux poudres. Selon ce texte, les psychothérapeutes [universitaires, précision de la Rédaction] devront maîtriser « les principaux courants théoriques (psychanalytique, cognito-comportemental, systémique, socio-environnemental, biologique »… »et avoir une connaissance des outils d’évaluation (échelles cliniques, tests projectifs) suffisante. »

Cet arrêté relève du seul ministère… donc d’une décision administrative et le ministre (Valérie Pécresse) dit qu’il ne sera pas soumis à concertation.

Cette approche administrative et universitaire de ce dossier sensible soulève de nombreuses protestations.

Jacques-Alain Miller (psychanalyste très connu) parle d’un hold-up.

Cette affaire très sensible se voit ainsi abordée pendant l’été.

À suivre.

Journal reel : <http://www.journalreel.info>

  • 1 La rédaction du Cifp précise par cette spécification, la différence de nature entre psychothérapeute au sens générique et psychothérapeute relationnel. Cf. à ce propos notre Carré psy ici-même.
  • 2 Pas toutes, le SNPPsy et l’Affop maintenaient leurs réserves, et engageaient le combat pour en tout état de cause maintenir la présence de psychothérapeutes relationnels représentatifs dans les Commissions régionales d’homologation prévues au projet de décret.
  • 3 Partiellement inexact, il s’agit d’un projet d’Arrêté conjoint des deux ministères, Santé et Éducation nationale, vous savez, celui qui refuse de recevoir Roland Gori, président du SIUEERPP, une grande première.

Jacques-Alain Miller : mort aux psys ?

Polémique : mort aux psys ?

On lira dans { Le Point du 3 juillet un article de Jacques-Alain Miller relatif à l’envoi annoncé vers le Conseil d’État du décret d’application de l’article 52 de la loi du 9 août 2006 sur le titre générique de psychothérapeute. L’affaire n’est pas jouée, mais elle devient vicieuse : un arrêté à la clé est déjà tout prêt, un arrêté coupe-gorge purement et simplement liquidateur de la psychothérapie relationnelle et de la psychanalyse.

C’est à ce projet de texte scélérat que s’en prend le leader de la psychanalyse qui le premier, avec Élisabeth Roudinesco, tous deux soutenus par le sénateur Jean-Pierre Sueur, s’éleva publiquement contre l’injustice qui se fomentait. L’infamie ayant consisté alors à traiter en bloc de charlatans les psychothérapeutes relationnels et leurs institutions historiques. Il s’ensuivit cinq années de conflit dont voici un nouveau rebondissement. Jacques-Alain Miller remonte au créneau. Il n’est pas seul. La société civile n’a aucun intérêt à laisser opérer cette destruction de son tissu professionnel psy réparateur complexe et multiple, éthiquement sûr, bien organisé, de qualité et utilité publique notoires.

Philippe Grauer}


C’est une bombe à retardement que les psychanalystes pensaient avoir désamorcée. Il y a cinq ans, la profession s’était élevée contre l’amendement, déposé par le député UMP Bernard Accoyer, qui voulait réglementer la psychothérapie. La loi sur le titre de psychothérapeute ne fut jamais appliquée, faute d’un décret. Mais le Conseil d’État devait remettre en selle ce décret. L’arrêté qui doit suivre provoque la colère des psychanalystes. L’un des plus éminents prend la plume dans les colonnes du Point.


Le psy est devenu pour les Français un personnage familier. Non pas que l’on sache toujours précisément ce qui distingue le psychanalyste et le psychothérapeute, le psychiatre qui donne les médicaments et le psychologue qui n’en donne pas. Dans l’opinion publique, le psy, c’est d’abord quelqu’un qui vous écoute.

C’est quelqu’un à qui se confier, à qui se fier, devant qui on peut se livrer en toute liberté. Quelqu’un qui aide la souffrance (ou l’énigme) qui vous habite à s’exprimer et à se mettre en mots. Quelqu’un qui vous reçoit en tant que vous êtes un être à part, une exception, valant par elle-même, pas n’importe qui, pas un numéro, pas un exemplaire de votre classe d’âge ou de votre classe sociale. Dans un monde où chacun sent bien qu’il est désormais jetable, la rencontre avec le psy reste une clairière, une enclave intime, on peut même dire une oasis spirituelle.

Devant l’ampleur de ce phénomène de société, les grandes institutions et les grandes entreprises ont voulu avoir leurs psys. Mais le public ne s’y trompe pas ; il sait bien quand le psy sert d’abord le maître et quand il est d’abord au service de celui qui lui parle.

Eh bien ce monde est menacé de finir. Sachez que, dans les profondeurs de l’État, des officines obscures travaillent d’arrache-pied à la mise au point d’un prototype encore secret, destiné à mettre progressivement au rancart les psys d’antant : et le psy qui, au nom de son autonomie professionnelle, résiste à sa hiérarchie ; et le psy génial, ne devant sa clientèle qu’au bouche-à-oreille ; et le psy libéral, qui ne doit de comptes qu’à son analysant. Les psys à la poubelle ! Place au techno-psy !

Le techno-psy n’aura pas pour fonction d’accueillir chacun dans la singularité de son désir : quelle perte de temps ! Non, le techno-psy n’écoute pas, il compte, il étalonne, il compare. Il observe des comportements, il évalue des troubles, il repère des déficits. Autonomie zéro : il obéit à des protocoles, fait ce qu’on lui dit, recueille des données, les livres à des équipes de recherche. Les appareils de l’État sont là dès les premiers pas de sa formation, et il leur restera soumis au fil du temps par des évaluations périodiques.

La vérité est que le techno-psy n’est pas un psy : c’est un agent de contrôle social total, lui-même sous surveillance constante. Je sais : on croirait de la science-fiction. Même Staline n’a pas osé ça. Encore plus fort que la Stasi : elle posait des micros, là on vous branche directement un technicien sur le cerveau. C’est pourtant ce à quoi tend très précisément le texte de l’Arrêté qu’un conclave de fonctionnaires de la Santé et de l’Enseignement supérieur se vante dans Paris de faire signer par leurs ministres, dans la moiteur du mois d’août.

Ce beau projet repose sur un tour de passe-passe. Il ne suffit pas de programmer la mort du peuple psy : pour que rien n’en subsiste, il faut encore le dépouiller de son nom. Techno-psy, je te baptise … psychothérapeute ! Dès que le Conseil d’État aura adopté le décret d’application de la loi sur le titre de psychothérapeute, les masques tomberont : par simple arrêté ministériel, ce sera l’An I de l’ère du techno-psy.

On songe à Brecht : le gouvernement, mécontent du peuple, décide de le dissoudre et d’en élire un autre. Ou encore à Lewis Carroll : “La question, dit Alice, est de savoir si vous avez le pouvoir de faire que les mots signifient autre chose que ce qu’ils veulent dire — La question riposta Humty Dumty, est de savoir qui sera le maître… Un point, c’est tout.”

Le pire, pourtant, n’est pas sûr. Il m’étonnerait que Roselyne Bachelot, que Valérie Pécresse veuillent attacher leurs noms à cette infamie. Et puis, il y a aussi cette jeune femme qui a témoigné publiquement de ce qu’elle devait à la psychanalyse. Devenue la “reine de cœur” de ce pays, elle ne dira pas : “La psychanalyse ? qu’on lui coupe la tête !

Pas de 0 de conduite, suite — un État aux « petits soins » pour surveiller nos enfants

Un appareil d’état résolument glacialement épidémiologiste et évaluativiste, ignorant la relation, continue de tenter de mettre met ses pieds d’éléphant dans les assiettes en porcelaine de l’enfance. Faisant courir le risque, dans un tel contexte, d’instrumentaliser les psys postés. Les psychologues freudiens continuent de se battre et de veiller à ceux qui se préoccupent davantage de surveiller.

Les psychothérapeutes relationnels se portent solidaires de leurs collègues travaillant en institution. Ils maintiendront précieusement leur propre indépendance, garante d’une démarche psychothérapique du souci de soi non polluée par des préoccupations de soin-santé mentale débouchant inopinément à l’occasion sur une police des âmes.

Philippe Grauer


Fin janvier 2006, l’appel « Pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans » était lancé. Il débutait par ces mots : « Le gouvernement prépare actuellement un plan de prévention de la délinquance qui prône notamment une détection très précoce des « troubles comportementaux » chez l’enfant, censés annoncer un parcours vers la délinquance. Dans ce contexte la récente expertise de l’INSERM, qui préconise le dépistage du « trouble des conduites » chez l’enfant dès le plus jeune âge, prend un relief tout particulier. »

Vous vous en souvenez sans doute : dans ce rapport, « les professionnels sont invités à repérer des facteurs de risque prénataux et périnataux, génétiques, environnementaux et liés au tempérament et à la personnalité . Pour exemple sont évoqués à propos de jeunes enfants « des traits de caractère tels que la froideur affective, la tendance à la manipulation, le cynisme » et la notion « d’héritabilité (génétique) du trouble des conduites ». Le rapport insiste sur le dépistage à 36 mois des signes suivants : « indocilité, hétéroagressivité, faible contrôle émotionnel, impulsivité, indice de moralité bas», etc. » Les signataires de l’appel — et ils furent près de 200 000 — s’élevaient contre les risques de dérives des pratiques de soins, notamment psychiques, vers des fins normatives et de contrôle social et appelaient à un débat démocratique sur la prévention, la protection et les soins prodigués aux enfants, dans un esprit de clarté quant aux fonctions des divers acteurs du champ social (santé, éducation, justice…) et quant aux interrelations entre ces acteurs. »

Le 16 juin 2006, à la veille du premier colloque organisé par le Collectif PasdeOdeConduite, le gouvernement faisait savoir qu’il renonçait à inclure le dépistage précoce des troubles du comportement chez l’enfant dans le projet de loi sur la prévention de la délinquance.

Le collectif s’est constitué à l’origine sur la base du désir décidé de professionnels exerçant dans le champ de la prévention et celui de la santé. Au dépistage prédictif et stigmatisant de signes, regroupés en troubles à neutraliser, il oppose une prévention ouverte, prévenante, basée sur la rencontre. Il s’est rapidement enrichi de l’apport de professionnels d’autres champs, ceux de l’accueil de la petite enfance, de l’éducation, de la pédagogie et de la recherche mais aussi d’associations de familles et d’autres organisations engagées dans la défense des libertés. En effet, ce sont tous les champs d’interventions des professionnels exerçant auprès des enfants qui se trouvent désormais exposés au risque de l’instrumentalisation.

Le savez-vous ?

Début 2007 : la Fondation de la MGEN pour la santé publique lance une enquête dans les écoles primaires de Paris en partenariat avec l’Académie de Paris et le Service de santé scolaire de la ville de Paris. Des parents trouvent le questionnaire qui leur est destiné dans le cartable de leur enfant. Question 15 : « L’embrassez-vous ? » Un peu plus loin : « Fouillez-vous dans ses affaires ? » Question 24 : un membre de la famille « a-t-il déjà eu l’habitude de vérifier, compter ou nettoyer de façon répétitive ? » Question 30 : « Au cours de l’année écoulée, combien de fois avez-vous eu besoin d’un petit verre pour pouvoir démarrer après avoir beaucoup bu la veille ? » La Fédération des Conseils de parents d’élèves de Paris et le collectif Pasde0deConduite dénoncent cette enquête pour son caractère intrusif et non respectueux de la vie privée, elle est stoppée en mai 2007.

Mai 2008 : Le ministère de l’Education nationale lance une enquête auprès d’une petite centaine d’écoles primaires. L’objectif est de mettre au point le dispositif qui sera utilisé en mai 2009 pour évaluer la maîtrise du langage et de la langue française des élèves en fin d’école primaire.

Des syndicats d’enseignants du département des Pyrénées atlantiques (le Se-UNSA et le SNUipp-FSU), notamment, ont rapidement dénoncé le contenu de la partie 4 de cette enquête qui incluait des questions comme celles-ci :

« Es-tu né en France ? » « Ta mère est née en France ? » « Ton père est né en France » « Quelle langue parles- tu à la maison ? » « D’habitude qui vit avec toi à la maison ? a) ta mère b) une autre femme tenant le rôle de ta mère a) ton père b) un autre homme tenant le rôle de ton père ? »

Ces mêmes syndicats n’étaient pas sans noter la ressemblance de certaines de ces questions avec celles qui figuraient dans la première version du fichier BASE ELEVES. Après des actions d’information à la presse et de protestation auprès du ministère exercées par ces syndicats et la fédération des parents d’élèves, dès le 22 mai, le ministère de l’Education décidait de retirer cette partie de l’enquête. Rappelons que sous la pression de nombreuses associations et syndicats, de pétitions de professionnels et de citoyens, ces questions concernant le pays et la langue d’origine ainsi que la nationalité ont été retirées du fichier Base élèves. Cependant une forte opposition à ce fichier n’a pas fléchi : en effet, d’envergure nationale, il inclut des données sensibles concernant les enfants et leurs familles, il est partageable au moins pour partie avec les maires des communes et l’anonymat des données peut être levé pour « raisons administratives ». La Fédération des conseils de parents d’élèves des écoles publiques vient, lors de son dernier congrès, d’adopter une motion demandant l’arrêt de la mise en œuvre de Base élèves, le réexamen du fichier SCONET (l’équivalent pour les élèves du 2nd degré), et elle exige l’ouverture d’un débat public sur tous les fichiers, centralisés ou non, concernant les enfants et les jeunes.

Ce n’est pas tout : au cours de la présente année scolaire 2007-2008, le ministère de l’Éducation nationale a lancé une enquête dont l’objectif principal affiché est d’étudier les parcours des élèves de la sixième à l’enseignement supérieur. Un échantillon “représentatif” constitué de 35 000 élèves entrés en classe de sixième en septembre 2007 a été sélectionné ; ils seront suivis et régulièrement évalués au cours des années à venir…

Dans le questionnaire destiné aux familles, on trouve ces questions :

Où êtes-vous né ? (France métropolitaine, DOM TOM ou étranger)
Dans quel pays êtes vous né ?

En quelle année êtes-vous arrivé en France ?
Quelle est votre nationalité ?
Si vous êtes devenu français, quelle était votre nationalité de naissance ?
Si vous êtes de nationalité étrangère, quelle est votre nationalité ?
En quelle langue parlez-vous habituellement avec vos enfants ?

D’autres questions concernent par exemple les revenus des parents ou des activités périscolaires que peuvent avoir les enfants. Le courrier accompagnant le questionnaire précise que « cette enquête a fait l’objet d’une déclaration à la CNIL qui a délivré un avis favorable. Elle a reçu le label d’intérêt général du Conseil National de l’Information Statistique et a un caractère obligatoire » [ en gras dans le courrier ! ]

L’enfant, quant à lui, devra répondre à un « questionnaire […] au collège » dont « le contenu sera indépendant des programmes d’enseignement ».
La Fédération des Conseils de Parents d’élèves de l’Ecole publique a adressé une lettre ouverte au ministère de l’Education et Mme Nicole Borvo, sénatrice, s’est adressée au président de la CNIL en lui demandant des explications sur les raisons qui ont conduit la CNIL a donné un avis favorable à cette enquête.

Enfin, une grande enquête, dénommée « ELFE : grandir en France »*, est en cours d’expérimentation et devrait être généralisée en 2009. ELFE, pour Etude longitudinale française depuis l’enfance. Un communiqué de presse de septembre 2007 la présentait ainsi :

« Le projet Elfe consiste en la mise en place d’une cohorte, représentative au plan national, de 20000 enfants qui seront suivis de la naissance à l’âge adulte dans une approche pluridisciplinaire.
Cette étude longitudinale constituera une source unique de données permettant d’analyser le développement de l’enfant dans son milieu, avec le souci d’étudier les différents facteurs en interaction tout au long du parcours jusqu’à l’âge adulte (facteurs familiaux, sociaux, scolaires, comportementaux, environnementaux, sanitaires, nutritionnels…) et de comprendre l’impact des situations traversées durant l’enfance sur la santé, le développement physique, psychologique, social et professionnel des personnes. D’un point de vue épidémiologique, il sera notamment possible de mesurer des expositions cumulées à des conditions environnementales spécifiques, ainsi que les comportements année après année, et d’analyser leurs conséquences en termes d’inégalités sociales et de santé.

Seule une observation suivie (et non uniquement rétrospective) permet de repérer les étapes majeures de ces processus, de prendre en compte toutes ses dimensions et de mieux comprendre le sens des relations causales. »
Dans l’information à la presse qui accompagnait ce communiqué, il était indiqué : « Parallèlement, et c’est une originalité de ce projet, il sera possible de mettre en commun des informations émanant de sources diverses (caisses d’allocations familiales, assurance maladie…), de suivre les scolarités, d’établir des recoupements avec des informations environnementales sur la qualité de l’air et de l’eau grâce au codage géographique des adresses, et d’intégrer l’échantillon Elfe à d’autres études périodiques sur la santé des enfants. » On ne peut qu’être étonné de la quantité des facteurs concernés et cette possibilité de « mise en commun des informations de sources diverses ». Sans être hostile à la nécessité pour la recherche en santé publique de recourir à des enquêtes à grande échelle dans certains domaines, ne faut-il pas s’interroger sur les présupposés et la finalité d’un tel projet ?

Nous en sommes là. Que les enfants puissent grandir sans la menace de ce que j’appellerai un « dossier à charges » prêt à se constituer à tout instant, ne devrait-il pas être la règle ? Sigmund Freud, en son temps, a pu écrire qu’éduquer, soigner et gouverner étaient trois métiers impossibles. S’affronter au réel, à la complexité de l’humain et aux questions que posent le devenir, la santé et l’éducation des enfants nécessite d’autres moyens que ceux du dépistage prédictif, de la mise en fiches, en grilles et de la déduction pseudo-scientifique de données statistiques. C’est ce que Pasde0deConduite se voue à démontrer, non sans débattre, depuis sa création, par le biais de ses nombreuses interventions, interpellations, colloques et publications. En témoignait la richesse des interventions au colloque qu’il a organisé en novembre dernier à Paris sur le thème : « Enfants turbulents : L’enfer est-il pavé de bonnes préventions ? » Les actes de ce colloque viennent de paraître, sous le même titre, aux éditions Erès.
Thérèse Petitpierre


* Sous l’égide de l’Ined, l’Inserm, l’InVS, l’Insee, la DEPP, la DREES, la DGS et la Cnaf.

Ined — Institut national d’études démographiques

Inserm — Institut national de la santé et de la recherche médicale)

InVS — Institut de veille sanitaire

Insee — Institut national de la statistique et des études économiques)

DEPP — Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance : Ministère de l’Education nationale et Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche

Drees — Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques : Ministère de la santé, de la jeunesse et des sports, Ministère du travail, des relations sociales et de la solidarité, et Ministère du budget, des comptes publics et de la fonction publique

DGS — Direction générale de la santé : Ministère de la santé, de la jeunesse et des sports

Cnaf — Caisse nationale des allocations familiales).


Cet article provient de l’Instantané de l’InterCoPsychos N° 265

www.intercopsychos.org

Projet de décret : non aux Commissions tueuses

Projet de décret d’application

L’AFFOP et le SNPPsy COMMUNIQUENT

13 juin 2008

Le projet de décret relatif à l’usage du titre générique de psychothérapeute en application de la loi n° 2004-806 du 9 août 2004 article 52, communiqué par le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche au CNESER ne comporte pas de modification par rapport au projet de décret qui nous avait été communiqué en Janvier 2008. Nous réitérons le principe de notre position.

• Mesures transitoires

Comme nous en avons adressé verbalement et par écrit l’observation au Ministère de la Santé ce projet de décret demeure inacceptable en particulier sur le principe des clauses relatives aux mesures transitoires concernant les professionnels en exercice (Section III) :

— L’exigence d’avoir exercé pendant au moins trois ans pour que les non-de-droit(1« ) puissent présenter leur dossier d’homologation aux Commissions régionales est contraire aux principes du droit.

— La non représentation des non-de-droit dans les Commissions régionales dans lesquelles siègeraient six représentants des de-droit sur six aboutira au rejet des demandes d’homologation.

• Expérience historique

Ces dispositions sont d’ailleurs identiques à celle naguère prises pour l’homologation au titre de psychologue (loi de 1985 et décret d’application de 1990) qui ont abouti au rejet des demandes d’homologation (pourtant bien constituées au regard des conditions prévues par le décret d’application) par les représentants des organisations de psychologues et des enseignants de psychologie membres des Commissions d’homologation. Bien que le SNPPsy ait gagné ses procès auprès du tribunal administratif le mal était fait. Nous n’avons pas l’intention de nous laisser fourvoyer une seconde fois dans de tels détours.

• Pas d’Écoles agréées par le ministère de la Santé ?

Ce projet de décret prévoit que la formation à la psychopathologie pourra être dispensée par les établissements d’enseignement supérieur publics et privés. Il ne prévoit pas d’Écoles agrées par le ministère de la Santé, clause qu’avaient envisagée les conseillers du précédent ministre. Cette restriction reviendrait à éliminer de la formation les écoles créées par des professionnels compétents qui ont prouvé leur aptitude à administrer cette formation pour les psychothérapeutes relationnels.

• Une loi n’est pas faite pour qu’on s’y faufile

Le conseil donné verbalement par le Ministère sur la manière de nous accommoder à une loi qui s’appliquerait dans son décret à ne pas reconnaître et aménager réellement nos place et rôle déjà inscrits dans le champ psy, ne règle pas la question du principe de notre légitimité.

• Une pratique légitime incontournable d’intérêt général

La position qui est historiquement la nôtre, de psychothérapeutes relationnels sérieux comme en attestent les organisations professionnelles et nos institutions créées depuis trente ans, ne saurait se voir ignorer ni maltraiter. Elles ne sont prêtes ni à disparaître ni à renoncer à protéger et soutenir leur juste cause. Celle-ci coïncide avec l’intérêt véritable des professionnels du psychisme honnêtes ouverts à la nécessaire diversité dans le maintien de l’éthique en matière de sciences humaines cliniques, et du public.

[Document : Décret projet au 12/06/08]

  • 1 On sait que l’article 52 de la loi du 9 août 2006 distingue ceux qui peuvent revendiquer le titre générique de psychothérapeute du fait qu’ils exercent la profession de médecin, de psychologue ou encore de psychanalyste. La loi leur confère le titre de droit pourvu qu’ils le revendiquent. Par un renversement dans son contraire, ceux qui ont créé de fait le titre générique de psychothérapeute et l’exercent le plus souvent dans le cadre de la psychothérapie relationnelle devraient passer devant des Commissions constituées de professionnels de droit pour s’entendre dénier leur propre légitimité en se faisant massivement refuser la dénomination identitaire qu’ils ont promue. Ainsi la loi entend leur confisquer leur nom au profit des corporations qui les jalousent. Les non de droits se trouveraient bannis de leur propre territoire. Cette figure perverse corrompt le titre générique en question et le ruine dans son principe quand le décret d’application organise l’iniquité. Une loi mal conçue dont le décret d’application ne corrige pas l’injustice est indigne de la République et demeurera une cause de tracas incessant jusqu’à son abrogation.