Bouquet DOLTO

Un événement, sous les plumes de

Élisabeth Roudinesco :

La cause des enfants

Pour elle, seule importait la vérité subjective

Alain Beuve-Méry, Lorsque la biographie paraîtra

Claude Halmos, Le danger est dans un retour à l’autoritarisme

Françoise Dolto — extraits de Correspondances

Le Monde publie un florilège de textes à la hauteur du génie de Françoise Dolto, cette année à l’honneur — centenaire oblige. On les trouvera regroupés ici à Textes & documents par alphabétique d’auteur à partir de ce jour. Bien entendu on peut les convoquer à partir du présent article en cliquant les hyperliens.

Attention : changement de programme — Allons au Cinéma : l’Ile

Suite à un problème de programmation, nous sommes dans l’obligation de changer le film annoncé pour dimanche prochain. Il ne s’agit que d’une interversion, car le magnifique film que nous présentons à la place, était prévu dans notre saison.

En novembre, nous vous proposerons « 4 mois, 3 semaines… » .


Le film pour Dimanche 26 octobre 2008 à 14 h 20, est donc :

L’île

de Pavel Lounguine (2007)


Séance présentée et animée par Daniel Ramirez.

Ce film d’une beauté rare fait voir une des énigmes de la quête existentielle de tout être humain : la souffrance, le salut et la rédemption. Une sorte de condensé de l’âme russe, telle qu’on la trouve chez Tolstoi ou Dostoïewsky. L’homme (souffrant et en quête), le monde (la nature, sauvage, dure… pure ?), Dieu (existe-t-il ?). Difficile de trouver tout ça dans un film. Et pourtant…


L’Entrepôt — lieu des cultures — tel: 01 45 40 07 50

7, rue Francis de Pressensé, Paris 75014

métro Pernety

prix unique 8 €

Aix-Marseille : passage à l’acte & vie sexuelle au CPCT

1) passages à l’acte

Samedi 18 octobre 2008

14h30 – 18 h

AIX-EN-PROVENCE

Centre Hospitalier Montperrin
109 Avenue du Petit Barthélémy

3e Rendez-Vous du CPCT-Formation :
Les passages à l’acte,
quelles réponses apporte le CPCT ?

Invité Philippe DE GEORGES Consultant au CPCT-Antibes, Membre de l’École de la Cause freudienne, psychanalyste, psychiatre (Nice)

Une incroyable charité

(1« )

Argument : « Le passage à l’acte est un mode de jouissance. Le narcissisme s’y satisfait à l’occasion, par la posture que le sujet s’y donne : un, qui s’affranchirait des normes et des usages, des règles et des conventions, qui déciderait seul sans barguigner et sans ambages, en faisant fi de l’Autre que son geste même nierait. L’analyse permet de soutenir que cette jouissance aveugle n’est jamais que celle qu’ordonne le fantasme. Il y a donc un pari : au sujet qui se croit tout entier dans son agir, faire la grâce de lui supposer une intention inconsciente. Ce serait alors lui faire offre de troquer ses gesticulations contre de la parole et réintroduire le sujet dans celle-ci. Un CPCT peut-il assumer ce pari ? »


Françoise Denan

Rétablir l’ordre

Argument :  » Le cas de Mlle D illustre une question d’actualité : Peut-on déduire la dangerosité d’un patient à partir d’énoncés de menaces? De telles menaces sont-elles annonciatrices de passages à l’acte ultérieurs? Comment comprendre la violence de cette patiente, ignorée d’elle-même, et en déduire une orientation pour le traitement au CPCT? »


Martine Revel

Anonymats

Argument : « Se faire la victime du système et de son histoire familiale était une façon d’être anonyme pour ce sujet qui va se saisir de l’expérience de parole inédite faite au CPCT pour aborder une autre position, singulière celle-ci, même si elle reste fixée à l’anonymat. »


Valérie Ricau

Je me sens pas trop responsable.

Argument : Monsieur M., déprimé, se plaint de difficultés relationnelles qui le contraignent à l’isolement. Sa vie conjugale est le lieu de disputes quasi-journalières qui se soldent régulièrement par des actes de violence physique. Déprime et violence face à une rivalité impossible. Quelles perspectives de traitement pour un sujet qui n’en-veut-rien-savoir et multiplie les passages à l’acte ?
 
L’après-midi sera présidée par Hervé Castanet, directeur du CPCT-M


PROCHAIN RENDEZ-VOUS DU CPCT-FORMATION :
4E RENDEZ-VOUS : LE 6 DÉCEMBRE

LA VIE SEXUELLE ET SES IMPASSES

Renseignements et inscriptions au : 06 70 10 56 49 / 06 76 75 20 91    
Mail : cpct-marseille@orange.fr
Entrée : 30€ jusqu’au 6 octobre. Après cette date: 40€.    
Étudiant : 20€ jusqu’au 6 octobre. Après cette date: 25€.
Formation continue : 60€.
Nombre de places limité.


Rétablir l’ordre

La violence fait l’actualité médiatique – on la rencontre dans l’institution, au travail, à l’école, dans la famille, les couples – au cœur du lien social qu’elle court-circuite. En tant que passage à l’acte agressif, elle angoisse et même traumatise quand elle frappe un sujet ; elle interroge également le patient, auteur d’actes violents, qui s’adresse au CPCT pour un traitement orienté par la psychanalyse. Le discours social et politique cherche à éradiquer ce « mauvais » comportement par une réponse répressive. Ce mode de prise en charge ignore la position subjective du sujet – sa parole est écartée. Or, la violence surgit au moment où le sujet se confronte à l’impossible à dire. Il met en acte cet impossible. Au CPCT la violence n’est pas rejetée mais étudiée dans ses ressorts et retentissements pour le sujet – victime ou auteur de l’acte. Le sujet, mis au travail et rendu responsable de son acte par le dit, vient interroger les coordonnées de la violence qu’il rencontre – l’objectif étant de donner du poids à une parole, pour traduire la jouissance, le pulsionnel qui se retrouve, dans la violence, en panne de mots.

Argument :  » Le cas de Mlle D illustre une question d’actualité : Peut-on déduire la dangerosité d’un patient à partir d’énoncés de menaces? De telles menaces sont-elles annonciatrices de passages à l’acte ultérieurs? Comment comprendre la violence de cette patiente, ignorée d’elle-même, et en déduire une orientation pour le traitement au CPCT? »


Martine Revel

Anonymats

Argument : « Se faire la victime du système et de son histoire familiale était une façon d’être anonyme pour ce sujet qui va se saisir de l’expérience de parole inédite faite au CPCT pour aborder une autre position, singulière celle-ci, même si elle reste fixée à l’anonymat. »


Valérie Ricau

Je me sens pas trop responsable.

Argument : Monsieur M., déprimé, se plaint de difficultés relationnelles qui le contraignent à l’isolement. Sa vie conjugale est le lieu de disputes quasi-journalières qui se soldent régulièrement par des actes de violence physique. Déprime et violence face à une rivalité impossible. Quelles perspectives de traitement pour un sujet qui n’en-veut-rien-savoir et multiplie les passages à l’acte ?
 
L’après-midi sera présidée par Hervé Castanet, directeur du CPCT-M


PROCHAIN RENDEZ-VOUS DU CPCT-FORMATION :
4E RENDEZ-VOUS : LE 6 DÉCEMBRE

LA VIE SEXUELLE ET SES IMPASSES

Renseignements et inscriptions au : 06 70 10 56 49 / 06 76 75 20 91    
Mail : cpct-marseille@orange.fr
Entrée : 30€ jusqu’au 6 octobre. Après cette date: 40€.    
Étudiant : 20€ jusqu’au 6 octobre. Après cette date: 25€.
Formation continue : 60€.
Nombre de places limité.


3e Rendez-Vous de Formation :
« Les passages à l’acte, quelles réponses apporte le CPCT ? »
Samedi 18 octobre 2008, de 14h30 à 18h
_______________________________

  • 1 en référence à l’expression de Jacques Lacan, in Le Séminaire, Livre XX, « Encore », p.90, Éditions du Seuil.

Autisme à nouveau

Nous allons bientôt remplacer l’analyse de l’ouvrage de Henri Rey-Flaud sur la question de l’autisme, par celle d’un texte capital de Irving Yalom, enfin traduit en français, paru le 16 octobre aux éditions Galaad, Psychothérapie existentielle.

Il demeure que l’autisme reste un enjeu capital de la pratique clinique contemporaine, et de la lutte sans merci que les écoles se livrent, avec tendance nette d’une neuropsy scientiste à occuper l’ensemble du terrain.

On lira avec intérêt la contribution que nous vous présentons, aux couleurs de l’InterCoPsycho, d’une psychologue freudienne établissant que si l’on part de l’hypothèse d’une stratégie de contournement du langage on peut concevoir d’engager une stratégie d’accès à l’autre barricadé. Là encore, là comme ailleurs, difficile de faire l’économie d’une clinique de l’intersubjectivité.

Philippe Grauer


La pratique psychanalytique auprès des personnes autistes serait désuète, nous dit on, en regard de facteurs génétiques ou réductrice car elle maintiendrait, selon certains, la thèse de Bettelheim, « la mère frigidaire ». Figer le débat actuel de l’accueil des autistes à une guerre de chapelle sur une pertinence des causes en jeu est une erreur. Par ailleurs, la position de Bettelheim à l’endroit des mères est à nuancer car comme nous le rappelle J. Berger dans son ouvrage Sortir de l’autisme , lui-même insistait sur le fait que « ce n’est pas l’attitude maternelle qui produit l’autisme mais la réaction spontanée de l’enfant à cette attitude. » (p.67)

La mise en cause d’un parent est le résultat d’une lecture colportant une rumeur quand certains souhaitent réduire la psychanalyse à la thèse de cette cause erronée.

La littérature contemporaine se référant à la psychanalyse est éloignée de cette conception, il suffit pour s’en convaincre de lire J. Lacan ou encore E. Laurent ou J.-C. Maleval par exemple pour saisir que le ressort de leurs avancées se situent sur d’autres axes : un refus du sujet d’entrer dans le langage vécu comme mortifère et dangereux et une invention auto thérapeutique permettant de manière active de suppléer à cette défense.

Si les avancées génétiques trouvent un jour le gène cause de l’autisme, ce qui n’est pas encore le cas, une impasse de taille se maintiendra, car les chercheurs de cette potentielle trouvaille n’indiquent en rien la façon d’assurer un mieux être dans la vie quotidienne du sujet.

Les avancées neuro-biologiques en cours développent la thèse d’une plasticité neuronale. Nous pouvons nous en réjouir car elle introduit la notion de variabilité et d’évolution là où le scientisme actuel résonne avec déterminisme Elle déloge ceux qui se réclameraient du mauvais gène ou de la mauvaise mère d’un programme de rééducation pré-déterminée en fonction d’un défaut à éradiquer. Toutefois, si cette découverte de la plasticité cérébrale nous sort de l’impasse d’une réification d’une cause maligne, elle n’indique pas pour autant une voie dans l’approche éducative ou thérapeutique à entreprendre

La psychanalyse se décale d’une entreprise morale car depuis Freud, elle se diffère de la religion et de la faute judéo-chrétienne. Cependant, elle ne méconnaît pas le roman de l’humanité qui se construit sur la culpabilité. Elle ne se réclame ni d’une raison psychologique ou d’une raison génétique. Elle accueille celui qui s’adresse à elle pour loger son insupportable. De ce dépôt, le sujet peut passer de l’horreur du sentiment d’être victime de son destin au gai savoir de l’invention dont il peut se faire responsable.

La clinique et la recherche

La psychanalyse s’intéresse également à l’articulation de la clinique et de la théorie. Elle étudie des concepts d’autres théories que la sienne, elle n’est pas isolée sur son île que certain aimerait appeler chapelle. Ces praticiens lisent TEACH, ABA, sont formés à l’histoire de la psychiatrie, E. Roudinesco témoigne régulièrement de la rigueur épistémologique qui est en cours dans ce champ.

Ainsi ces derniers travaux émettent cette hypothèse : l’autiste refuse à s’engager dans la prise de parole, et déploie des processus suppléants à cet impossible. Pour cela, il élit un objet comme nous l’enseigne Temple Grandin qui part pour elle de la manipulation du sable qu’elle faisait glisser dans ses mains à la machine à serrer. Quand l’objet se complexifie, il constitue une image du corps et de met en route une animation libidinale.

Cet objet a également une fonction d’index et de sériation du monde, il traduit le langage par un codage. En lisant, l’œuvre de Donna Williams, nous pouvons saisir que sa compulsion à apprendre le bottin téléphonique par liste alphabétique lui a permis une classification du vocabulaire pou utiliser la parole sans être en danger. Ce système de codage inventif est particulier à chacun. Tamet, autiste savant démontre dans son livre qu’il a indexé chaque mot d’une couleur et d’un chiffre pour user de la conversation avec dextérité, il peut apprendre une langue étrangère en une semaine.

La vivacité de ces inventions toujours singulières nous démontre la lourdeur et le carcan des programmes comportementalistes lorsqu’ils sont dispensés sans s’intéresser à l’enjeu pour l’autiste qui est de se défendre de la parole et de l’indexer par listes alphabétiques, chiffres et nombres, images, etc.

Les programmes Teach ou Pecs imposent l’image, l’icône, comme méthode. Ils étaient sur une piste, mais de manière aveugle. Ils n’ont pas saisi le ressort en jeu. La rééducation est identique pour tous puisqu’ils ne prennent pas en compte la particularité du mode de suppléance. Ils font de l’autiste un débile à modeler ou à dresser.

Nous avons accompagné des enfants autistes qui refusaient l’image, privilégié l’alphabet pour l’un, les couleurs pour l’autre. Les enfants autistes peuvent apprendre de manière originale la lecture, le calcul –avec goût. Ce pas de côté est possible grâce à la conversation inter-disciplinaire. Ces échanges professionnels s’effectuent dans des espaces institutionnels où la méthode n’est pas le maître à bord. Dans ces lieux, y travaillent des professionnels formés à la psychopathologie clinique, à la pédagogie, à l’éducation. Dans ce cas, la condition d’accueil du soin ou l’éducation est de prendre en compte la particularité et l’invention de la personne. Les professionnels sont formés à leur discipline, peuvent proposer des ponts inattendus : pour l’un les règles de grammaire en couleur, pour un autre la lecture chantée… Le clinicien favorise l’accompagnement dans la recherche de la logique de l’enfant.

Nous sommes très pessimistes sur l’assurance de la continuité de cet accueil professionnalisé car préférer une méthode « le kit de l’autiste » délivré en 3 jours à des bénévoles gonfle la chimère de l’économie de marché.

Les conséquences ?

Le psychanalyste converse avec les autres disciplines car l’éducatif, le pédagogique sont nécessaire à l’ouverture au monde.

Il se fait aussi partenaire des parents qui vivent avec leur enfant et savent leur goût pour la musique, les bandes dessinées, etc., mais aussi ce qui déclenche des crises de violence.

Au-delà du refus du langage, il s’agit d’être attentif au mode d’adresse supportable, nos recherches actuelles s’engagent également sur ce vecteur : comment parler la langue de l’enfant pour éviter les crises sources d’enfermement. Privilégier les objets, la chanson, la comptine, voies indirectes pour ne pas les confronter à la prise de parole directe angoissante pour eux.

Tant qu’il existera encore des chercheurs en clinique, en pédagogie, etc., qui pourront communiquer et former des étudiants à ces disciplines, les avancées en termes de prises en charges pourront être remarquables.

Il serait pervers de faire croire que tous ces échanges se réduisent à une lutte de pouvoir. Il y a au fond un enjeu de taille dont le principe est éthique : l’institution au service du particulier.

Dès lors, le débat sur l’autiste est une question citoyenne sur la qualité de l’éducation dispensée aux personnes qu’elles soient autistes ou non. Il est de notre ressort d’interroger des méthodes tortionnaires de dressage (40 heures de rééducation imposées à l’enfant autiste), les droits de l’enfant y sont bafoués…

Penser que le diagnostique précoce viendrait résoudre cette position citoyenne est aussi illusoire car, s’il est corrélé à l’application d’une méthode de dressage aveugle, nous pouvons craindre le pire…

Comme nous le rappelle J. Berger : « Nommer sans enfermer » est la condition nécessaire pour que l’inventivité ait encore une place.

La psychanalyse enseigne-t-elle quelque chose sur l’amour ?

Interview de Jacques-Alain Miller, propos recueillis par Hanna Waar

Psychologies Magazine , octobre 2008, n° 278


Donner ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas, cette définition éblouissante fait sciller les yeux de qui regarde l’amour en face, lequel comme la mort ou le soleil risque de les lui griller. La psychanalyse parle bien de l’amour. Laissons-nous charmer par la musique que sait en tirer ici Jacques-Alain Miller.

Parlez-moi d’amour dit la chanson, mon cœur n’est jamais las de l’entendre. C’est que les mots pour en parler nous mettent le cœur en fête et défaite, et que plus ça chavire et pire c’est mieux.

Une chose reste sûre dans cette affaire c’est que l’amour se moque des protocoles.

Philippe Grauer


Jacques – Alain Miller : Beaucoup, car c’est une expérience dont le ressort est l’amour. Il s’agit de cet amour automatique, et le plus souvent inconscient, que l’analysant porte à l’analyste et qui s’appelle le transfert. C’est un amour factice, mais il est de la même étoffe que l’amour vrai. Il met au jour sa mécanique : l’amour s’adresse à celui dont vous pensez qu’il connaît votre vérité vraie. Mais l’amour permet d’imaginer que cette vérité sera aimable, agréable, alors qu’elle est en fait bien difficile à supporter.

Hanna Waar : Alors, c’est quoi aimer vraiment ?

J-A Miller : Aimer vraiment quelqu’un, c’est croire qu’en l’aimant, on accédera à une vérité sur soi. On aime celui ou celle qui recèle la réponse, ou une réponse, à notre question : « Qui suis-je ? »

Hanna Waar : Pourquoi certains savent-ils aimer et d’autres pas ?

J-A Miller : Certains savent provoquer l’amour chez l’autre, les serial lovers, si je puis dire, hommes et femmes. Ils savent sur quels boutons appuyer pour se faire aimer. Mais eux n’aiment pas nécessairement, ils jouent plutôt au chat et à la souris avec leurs proies. Pour aimer, il faut avouer son manque, et reconnaître que l’on a besoin de l’autre, qu’il vous manque. Ceux qui croient être complets touts seuls, ou veulent l’être, ne savent pas aimer. Et parfois, ils le constatent douloureusement. Ils manipulent, tirent des ficelles, mais ne connaissent de l’amour ni le risque, ni les délices.

Hanna Waar : « Être complet tout seul » : seul un homme peut croire ça…

J-A Miller : Bien vu ! « Aimer, disait Lacan, c’est donner ce qu’on n’a pas. ». Ce qui veut dire : aimer, c’est reconnaître son manque et le donner à l’autre, le placer dans l’autre. Ce n’est pas donner ce que l’on possède, des biens, des cadeaux, c’est donner quelque chose que l’on ne possède pas, qui va au-delà de soi-même. Pour ça, il faut assurer son manque, sa « castration », comme disait Freud. Et cela, c’est essentiellement féminin. On n’aime vraiment qu’à partir d’une position féminine. Aimer féminise. C’est pourquoi l’amour est toujours un peu comique chez un homme. Mais s’il se laisse intimider par le ridicule, c’est qu’en réalité, il n’est pas assuré de sa virilité.

Hanna Waar : Aimer serait plus difficile pour les hommes ?

J-A Miller : Oh oui ! Même un homme amoureux a des retours d’orgueil, des sursauts d’agressivité contre l’objet de son amour, parce que cet amour le met dans la position d’incomplétude, de dépendance. C’est pourquoi il peut désirer des femmes qu’il n’aime pas, afin de retrouver la position virile qu’il met en suspens lorsqu’il aime. Ce principe, Freud l’a appelé le « ravalement de la vie amoureuse » chez l’homme : la scission de l’amour et du désir sexuel.

Hanna Waar : Et chez les femmes ?

J-A Miller : C’est moins habituel. Dans le cas le plus fréquent, il y a dédoublement du partenaire masculin. D’un côté, il est l’amant qui les fait jouir et qu’elles désirent, mais il est aussi l’homme de l’amour, qui est féminisé, foncièrement châtré. Seulement, ce n’est pas l’anatomie qui commande : il y a des femmes qui adoptent une position masculine. Il y en a même de plus en plus. Un homme pour l’amour, à la maison ; et des hommes pour la jouissance, rencontrés sur Internet, dans la rue, dans le train…

Hanna Waar : Pourquoi « de plus en plus »

J-A Miller : Les stéréotypes socioculturels de la féminité et de la virilité sont en pleine mutation. Les hommes sont invités à accueillir leurs émotions, à aimer, à se féminiser ; les femmes, elles, connaissent au contraire un certain « pousse-à-l’homme » : au nom de l’égalité juridique, elles sont conduites à répéter « moi aussi ». Dans le même temps, les homosexuels revendiquent les droits et les symboles des hétéros, comme le mariage et la filiation. D’où une grande instabilité des rôles, une fluidité généralisée du théâtre de l’amour, qui constraste avec la fixité de jadis. L’amour devient « liquide », constate le sociologue Zygmunt Bauman (1). Chacun est amené à inventer son « style de vie » à soi, et à assumer son mode de jouir et d’aimer. Les scénarios traditionnels tombent en lente désuétude. La pression sociale pour s’y conformer n’a pas disparu, mais elle baisse.

Hanna Waar : « L’amour est toujours réciproque » disait Lacan. Est-ce encore vrai dans le contexte actuel ? Qu’est-ce que ça signifie ?

J-A Miller : On répète cette phrase sans la comprendre, ou en la comprenant de travers. Cela ne veut pas dire qu’il suffit d’aimer quelqu’un pour qu’il vous aime. Ce serait absurde. Cela veut dire : « Si je t’aime, c’est que tu es aimable. C’est moi qui aime, mais toi, tu es aussi dans le coup, puisqu’il y a en toi quelque chose qui me fait t’aimer. C’est réciproque parce qu’il y a un va-et-vient : l’amour que j’ai pour toi est l’effet en retour de la cause d’amour que tu es pour moi. Donc, tu n’y es pas pour rien. Mon amour pour toi n’est pas seulement mon affaire, mais aussi la tienne. Mon amour dit quelque chose de toi que peut-être toi-même ne connais pas. » Cela n’assure pas du tout qu’à l’amour de l’un répondra l’amour de l’autre : ça, quand ça se produit, c’est toujours de l’ordre du miracle, ce n’est pas calculable à l’avance.

Hanna Waar : On ne trouve pas son chacun, sa chacune par hasard. Pourquoi lui ? Pourquoi elle ?

J-A Miller : Il y a ce que Freud a appelé Liebesbedingung, la condition d’amour, la cause du désir. C’est un trait particulier – ou un ensemble de traits – qui a chez quelqu’un une fonction déterminante dans le choix amoureux. Cela échappe totalement aux neurosciences, parce que c’est propre à chacun, ça tient à son histoire singulière et intime. Des traits parfois infimes sont en jeu. Freud, par exemple, avait repéré comme cause du désir chez l’un de ses patients un éclat de lumière sur le nez d’une femme !

Hanna Waar : On a du mal à croire à un amour fondé sur ces broutilles !

J-A Miller : La réalité de l’inconscient dépasse la fiction. Vous n’avez pas idée de tout ce qui est fondé, dans la vie humaine, et spécialement dans l’amour, sur des bagatelles, des têtes d’épingle, des « divins détails ». Il est vrai que c’est surtout chez le mâle que l’on trouve de telles causes du désir, qui sont comme des fétiches dont la présence est indispensable pour déclencher le processus amoureux. Des particularités menues, qui rappellent le père, la mère, le frère, la sœur, tel personnage de l’enfance, jouent aussi leur rôle dans le choix amoureux des femmes. Mais la forme féminine de l’amour est plus volontiers érotomaniaque que fétichiste : elles veulent être aimées, et l’intérêt, l’amour qu’on leur manifeste, ou qu’elles supposent chez l’autre, est souvent une condition sine qua non pour déclencher leur amour, ou au moins leur consentement. Le phénomène est la base de la drague masculine.

Hanna Waar : Vous ne donnez aucun rôle aux fantasmes ?

J-A Miller : Chez les femmes, qu’ils soient conscients ou inconscients, ils sont déterminants pour la position de jouissance plus que pour le choix amoureux. Et c’est l’inverse pour les hommes. Par exemple, il arrive qu’une femme ne puisse obtenir la jouissance – disons, l’orgasme – qu’à la condition de s’imaginer, durant l’acte lui-même, être battue, violée, ou être une autre femme, ou encore être ailleurs, absente.

Hanna Waar : Et le fantasme masculin ?

J-A Miller : Il est très en évidence dans le coup de foudre. L’exemple classique, commenté par Lacan, c’est, dans le roman de Goethe (2), la soudaine passion du jeune Werther pour Charlotte, au moment où il la voit pour la première fois, nourrissant la marmaille qui l’entoure. C’est ici la qualité maternante de la femme qui déclenche l’amour. Autre exemple, tiré de ma pratique, celui-là : un patron quiquagénaire reçoit les candidates à un poste de secrétaire : une jeune femme de 20 ans se présente ; il lui déclare aussitôt sa flamme. Il se demande ce qui lui a pris, entre en analyse. Là, il découvre le déclencheur : il avait retrouvé en elle des traits qui lui évoquaient ce qu’il était lui-même à 20 ans, quand il s’était présenté à sa première embauche. Il était, en quelque sorte, tombé amoureux de lui-même. On retrouve dans ces deux exemples les deux versants distingués par Freud : on aime ou bien la personne qui protège, ici la mère, ou bien une image narcissique de soi-même.

Hanna Waar : On a l’impression d’être des marionnettes !

J-A Miller : Non, entre tel homme et telle femme, rien n’est écrit d’avance, il n’y a pas de boussole, pas de rapport préétabli. Leur rencontre n’est pas programmée comme celle du spermatozoïde et de l’ovule ; rien à voir non plus avec les gènes. Les hommes et les femmes parlent, ils vivent dans un monde de discours, c’est cela qui est déterminant. Les modalités de l’amour sont ultrasensibles à la culture ambiante. Chaque civilisation se distingue par la façon dont elle structure le rapport des sexes. Or, il se trouve qu’en Occident, dans nos sociétés à la fois libérales, marchandes et juridiques, le « multiple » est en passe de détrôner le « un ». Le modèle idéal de « grand amour de toute la vie » cède peu à peu du terrain devant le speed dating, le speed loving et toute floraison de scénarios amoureux alternatifs, successifs, voire simultanés.

Hanna Waar : Et l’amour dans la durée ? dans l’éternité ?

J-A Miller : Balzac disait : « Toute passion qui ne se croit pas éternelle est hideuse (3). » Mais le lien peut-il se maintenir pour la vie dans le registre de la passion ? Plus un homme se consacre à une seule femme, plus elle tend à prendre pour lui une signification maternelle : d’autant plus sublime et intouchable que plus aimée. Ce sont les homosexuels mariés qui développent le mieux ce culte de la femme : Aragon chante son amour pour Elsa ; dès qu’elle meurt, bonjour les garçons ! Et quand une femme se cramponne à un seul homme, elle le châtre. Donc, le chemin est étroit. Le meilleur chemin de l’amour conjugal, c’est l’amitié, disait en substance Aristote.

Hanna Waar : Le problème, c’est que les hommes disent ne pas comprendre ce que veulent les femmes ; et les femmes, ce que les hommes attendent d’elles…

J-A Miller
: Oui. Ce qui objecte à la solution aristotélicienne, c’est que le dialogue d’un sexe à l’autre est impossible, soupirait Lacan. Les amoureux sont en fait condamnés à apprendre indéfiniment la langue de l’autre, en tâtonnant, en cherchant les clés, toujours révocables. L’amour, c’est un labyrinthe de malentendus dont la sortie n’existe pas.

Propos recueillis par H. W.


(1) Zygmunt Bauman, L’amour liquide, de la fragilité des liens entre les hommes, Hachette Littératures, « Pluriel », 2008.-

(2) Goethe, Les souffrances du jeune Werther, LGF, « le livre de poche », 2008.-

(3) Honoré de Balzac, La comédie humaine, vol. VI, Études de mœurs : scènes de la vie parisienne, Gallimard, 1978.-

ALLONS AU CINÉMA ! Pïrinop, mon premier contact

Pïrinop, mon premier contact

En présence de Mari Corrêa, réalisatrice brésilienne à l’origine de cette production étonnante.

Séance présentée et animée par Daniel Ramirez.

Débat sur le sujet :

La différence de cultures, peut-elle être radicale ?


Dimanche 12 octobre 2008 à 14 h 20

L’Entrepôt — lieu des cultures — tel: 01 45 40 07 50
7, rue Francis de Pressensé, Paris 75014
métro Pernety
prix unique 8 €


Le jour de la hispanidad, soi-disant, c’est-à-dire l’anniversaire de l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique, nous présentons un document unique, fruit d’une expérience ethnologique et cinématographique inédite : au lieu d’aller recueillir les témoignages des Indiens d’une communauté, ce sont eux-mêmes qui ont filmé leur récit, ayant assimilé à leur façon les compétences nécessaires. Et pas n’importe quel récit ! L’événement impensable de la rencontre avec une civilisation totalement inconnue : l’homme blanc, arrivée jusqu’à leurs terres reculées il y a seulement 40 ans.

Une occasion de débattre sur la question de l’ethnocentrisme et l’altérité.

En novembre prochain, Claude Lévi-Strauss aura 100 ans (!). Nous lui rendons un peu hommage à notre façon, avec cette expérience, dans ces tropiques pas si tristes…

Évaluation : vous serez accomodés à la sauce que vous aurez vous-même préparée

Le principe fondateur des Agences d’évaluation qui se sont succédé sous des noms différents depuis l’AENES fondée par Bernard Kouchner, c’est que le futur liquidé le sera par les règles qu’il aura lui-même volontiers collaboré à édicter.

C’est de facture classique, d’une simplicité évangélique et cependant parfaitement diabolique.

Mesurez par vous-même comment cette démarche en crabe a l’air de marcher droit au moment même où elle va de travers. Ce texte vient de l’InterCoPsychos qui lutte avec les psychologues freudiens contre le nouveau désordre psychique.

Philippe Grauer


Ne vous inquiétez pas…

(histoire vraie)

Exposition : Un service d’action éducative en milieu ouvert réuni toute une journée pour parler d’évaluation. Sont présents l’ensemble du personnel plus le directeur du service et le directeur général de l’association. Le directeur du service a invité un conférencier pour le début de l’après-midi. Brillant orateur, directeur de DASS, diplômé de l’IEP de Bordeaux, ancien directeur d’établissement, celui-ci énumère de façon pateline divers arguments en faveur de l’évaluation, (un peu sur le mode de la bonne histoire de S. Freud au sujet du chaudron percé) 

L’orateur : « Ne vous inquiétez pas, premièrement, ce sera sans conséquences parce que je sais que vous travaillez bien, deuxièmement vous le faites déjà puisque, sans le savoir, vous passez votre temps à évaluer le travail de vos collègues, et puis, enfin, vous n’y couperez pas, parce que c’est obligatoire ».

Il se veut érudit, cite Aristote, Descartes, Pascal. Il se veut convaincant, il assure que ça n’est pas une entreprise idéologique, d’ailleurs lui-même prône-t-il la théorie contre l’idéologie, l’objectivité contre la rhétorique vaine, les faits contre les interprétations, la science, enfin, contre les préjugés. Comment ne pas être conquis ? Il prend des exemples concrets :

L’orateur : « N’a-t-on pas bénéficié de l’évaluation faite sur la pratique des électrochocs en milieu hospitalier ? Vous savez qu’on les appliquait avant de façon systématique ! Tandis que leur utilisation est maintenant raisonnée et évaluée au cas par cas ! Et n’est-il pas souhaitable de se débarrasser de cette idéologie du diagnostic dans le champ de l’éducation ? Théorie du diagnostic oui, idéologie du diagnostic non… Faisons table rase de cette guerre de chapelles entre psychologie comportementale et psychanalyse… Des faits, vous dis-je, de la Science ! »

Des questions sont posées depuis l’assistance :

L’assistance : « Supposons que vous disiez vrai et que l’essentiel du travail consiste dans ce que nous faisons déjà depuis des lustres, à savoir évaluer la pertinence de nos actions éducatives au regard du réel de la clinique, n’est-il pas vrai que nous serons en dernière instance confrontés à des référentiels de bonne pratique construits en fonction d’on ne sait quels critères ? »

L’orateur : « Ne vous inquiétez pas, l’agence nationale de l’évaluation, qui est bonne fille, est toute prête à valider les référentiels que vous construirez et que vous lui adresserez. Il y aura une liste de référentiels parmi lesquels vous pourrez choisir, ce sera bien le diable si vous ne vous y retrouvez pas. »

L’assistance : « Dans la loi de 2002 [1], il est question de « mettre l’usager au centre du dispositif », ce qui oblige à l’impliquer systématiquement dans l’évaluation de l’action du service.[2] Dans le cas de mesures judiciaires de protection de l’enfance, pouvez- vous nous dire qui est l’usager ? Est-ce l’enfant maltraité ? Sont-ce les parents ? Doit-on proposer deux évaluations distinctes ? »

L’orateur : « Là encore, je ne répondrai pas à cette question et vous renverrai à la construction de votre propre référentiel. Retroussez vos manches, mettez vous au travail, ça dépend de vous. »

Apparaît un autre personnage, resté jusque-là à l’écart : le directeur de l’association, nommé depuis six mois, en fin de période d’essai et désireux de montrer qu’on peut faire des réformes à condition d’avoir de la volonté.[3]

Le directeur : « Je me vois obligé d’intervenir maintenant, parce qu’enfin, je voulais vous dire (il tousse), nous avons déjà choisi notre référentiel ».

…///…

Postface

Jacques Lacan conclut le séminaire sur l’Éthique de la façon suivante « Ce qui, en fait de science, occupe actuellement la place du désir, c’est tout simplement ce qu’on appelle couramment la science, celle que vous voyez pour l’heure cavaler si allègrement, et accomplir toutes sortes de conquêtes dites physiques ».

Peu avant, Lacan pose la question de savoir si la psychanalyse peut être une science du désir. Il répond non, parce que ce qui en ferait une science humaine parmi d’autres la renverrait automatiquement au service des biens par l’intermédiaire de l’assujettissement à des pouvoirs « plus ou moins branlants dans le manche » [4]. Or cet alignement sur le service des biens induit une méconnaissance systématique de ce qu’est le désir.

En effet, le désir s’appuie sur le fantasme, c’est-à-dire sur l’au-delà du principe de plaisir freudien. C’est en ce sens que Sade permet d’interpréter Kant. L’impératif catégorique kantien se révèle, grâce à Sade, inapplicable en ce qui concerne la dimension de réciprocité et Jacques Lacan met en évidence que l’énonciation de l’impératif catégorique ne peut être que celle de l’Autre, « être suprême en méchanceté ». L’ironie kantienne, poussée à l’extrême, comme dans l’exemple de la dispute avec Benjamin Constant [5], désespère du souci d’accomplir une action morale et la fonction du jugement devient aléatoire.

Lacan permet grâce au renversement qu’il opère de l’impératif catégorique (« J’ai le droit de jouir de ton corps, peut me dire quiconque, et ce droit je l’exercerai sans qu’aucune limite ne me retienne dans les caprices et les exactions que j’aie le goût d’y assouvir ») de comprendre que là où se situait le supposé sujet libre de l’impératif catégorique se loge en vérité la formule du fantasme. Mais le sujet n’est pas définitivement assujetti à ce fantasme. La définition du héros dans le Séminaire VII de Lacan permet de le préciser : le héros est celui qui suit la voie de son destin donc qui suit la chaîne qui le constitue et qui, en même temps est capable d’actes, c’est-à-dire qu’il est capable de couper cette chaîne. Ce qui est décisif pour lui, c’est donc de dire « Non » à l’Autre ; « ne pas céder sur son désir » implique une rupture dans le destin qui lui est fait par l’Autre. C’est une manière de se déprendre de la logique signifiante dont il est pourtant l’effet et c’est cela qui fait que le héros a ce rapport au réel.

L’idéologie scientifique de l’évaluation a la forme de l’impératif catégorique kantien, universelle, sans énonciation pour ne pas trahir sa servilité au regard de telle ou telle cause (le lobby pharmaceutique dans l’évaluation sur les psychothérapies, l’idéologie sécuritaire dans l’évaluation des enfants « prédélinquants » à l’école primaire, etc.), réciproque (il est frappant de constater comment on peut être invité à être tour à tour dans la position de l’évalué puis de celle de l’évaluateur). Il s’avère qu’elle tire sa force de cette position d’ «  a-subjectivité  » qui peut la rend anodine, inévitable, voire nécessaire aux yeux du plus grand nombre.

N’oublions pas la leçon de Lacan qui met en évidence l’objet caché de la loi morale : le pervers lui-même, en tant qu’il ne recule pas dans la réalisation de son fantasme et ne reculons pas dans nos entreprises de dénonciation et de refus d’une idéologie scientiste absolument délétère.

SAUVONS LA CLINIQUE : vers des États généraux.

Assemblée Nationale

– salle 6217 – 126, rue de l’Université – 75007 Paris


On se souvient de la montée en puissance du mouvement Sauvons la clinique. Il se prolonge logiquement par cette réunion dans les locaux de l’Assemblée nationale, ces mêmes locaux où le SNPPsy en novembre 2000, en réponse au premier épisode Accoyer, avait tenu sous la présidence de Jean-Michel Marchand, député Vert, un premier colloque sur le thème la psychothérapie dans notre société, état actuel et perspectives. Deux ans plus tard, L’AFFOP rééditait dans les mêmes lieux sur le thème, La psychothérapie, un métier au-delà des méthodes. À l’époque, nous étions en train de parvenir au concept épistémologique et politique de psychothérapie relationnelle, au sein du Carré psy.

À présent, après d’âpres batailles, c’est la pratique psychothérapique relationnelle et psychanalytique entière, qui sous le nom de clinique se trouve fragilisée par les assauts universitaires d’un neurocognitivisme scientiste à forte teneur idéologique anti humaniste.

Nos collègues psychanalystes universitaires, psychologues et psychiatres, qui nous avaient invités à la première rencontre de leur mouvement, ont par la suite préféré se retrouver entre eux. Mais la jonction avait eu lieu.
Et nous continuerons de soutenir une cause fondamentalement commune, car la clinique, c’est-à-dire, dans le cadre d’une véritable Rencontre (tenant compte du transfert donc de son caractère complexe), le lieu du déploiement interactif de la problématique de la subjectivation, de la réappropriation par la personne de sa puissance d’agir et capacité d’être, le lieu du processus de désassujettissement et de mise en relation, comportant une (re)mise en parole, au terme duquel sa souffrance se trouve subsumée (et puisse entrer en résolution) par une montée de sens (1« ), est indivisible et partout où on l’attaque nous avons intérêt à l’appuyer.

Sans compter que certains de nos professeurs ont souvent manifesté leur volonté de nous appuyer, que cela peut constituer un plaisir que de venir les écouter définir leur — et aussi notre — discipline en lutte, que ce plaisir se redoublera d’entendre le sénateur Jean-Pierre Sueur, et d’y éprouver que le combat se poursuit avec détermination contre un adversaire décidé lui à ne pas faire le détail.

Philippe Grauer


Programme du vendredi 10 octobre 2008

9 h 30 – 10 h – Accueil des participants

Allocutions d’ouverture du comité d’organisation

Alain Abelhauser, Fethi Benslama, Roland Gori, Pascal-Henri Keller, Rémy Potier

10 h  – 12 h 15 – « Sauvons la clinique » : Actualités

Pour les trois thèmes : table ronde et débat avec la salle
Président de séance : Roland Gori
         

1/ Les formations dans le champ clinique — l’usage du titre de psychothérapeute

sollicités : Alain Abelhauser, Jean-Louis Quéheillard, Jean-Pierre Sueur, Jack Ralite, Noël Mamère (sous réserve)

2) Le soin psychique — son évaluation en institution

sollicités : Etienne Rabouin, Yannick Cann, Marc Maximin, Nathalie Georges, Patrick Chemla, Marie-Frédérique Bacqué

3) La recherche dans le champ clinique — son évaluation

sollicités : Isabelle This, JJ Rassial, Laurie Laufer, François Pommier, Michel Patris, Fethi Benslama

~ Pause dejeuner ~

14 h  – 15 h 30 – « Sauvons la clinique » : les fondements du mouvement

Pour les trois thèmes : table ronde et débat avec la salle
Président de séance : Alain Abelhauser

1/ Qu’appelle-t-on « clinique » ?

sollicités : Pierre Delion, Sylvain Missonnier, Alain Vanier, Bernard Golse, P-H. Keller

2/ Les pratiques cliniques : diversité et éthique

sollicités : Pas de zéro de conduite, Mohamed Ham, Laurent Ottavi, Jean François Cotte, André Sirota

3/ Clinique et social : enjeux politiques

sollicités : Marie-Jean Sauret, Serge Lesourd, Danièle Brun, Hervé Bokobza, Rajaa Stitou

15 h 45 – 17 h 15 – « Sauvons la clinique » : l’action à venir

Séance animée par les associations partenaires et organisateurs

des Etats Généraux 2009 de la Clinique

Animation des débats : Sylvain Missonnier, Fethi Benslama, François Marty, M-J. Sauret

1/ Conditions et engagement de l’action

– La dynamique des États Généraux : du régional au national

2/ Plate-forme préalable aux États Généraux

–  Rédaction d’un manifeste

3/ Organisation des États Généraux – Calendrier

/ répartition des tâches / partenariats

17 h 30 – 17 h 45

Conclusions de la Journée par le comité d’organisation

  • 1 On nous pardonnera une définition trop brève, dont les parenthèses désignent des concepts attenants, au nom du principe que peu vaut mieux que rien.

« Ce quelque chose d’étrange qui s’appelle le désir pervers »

(Lacan, Éthique, 18 mai 1960, Seuil p. 273)

Le Cercle freudien, Espace analytique et la revue Che vuoi ?
Avec la participation de la Société internationale d’histoire de la psychanalyse et de la psychiatrie (SIHPP)
Et de l’Association internationale d’histoire de la psychanalyse (AIHP)

Proposent deux journées cliniques sur la perversion

Samedi 18 et dimanche 19 octobre 2008

Au local du Cercle, 5 rue Payenne 75003 Paris
Horaires : le samedi 18 octobre de 14h à 18h 30. Dimanche 19 de 10h à 13h
Participation aux frais : 30 Euros
Accueil à partir de13 h 45


PROGRAMME DES EXPOSÉS

Samedi 18 octobre
14 h : Élisabeth Roudinesco : Généalogie de la perversion. Hommage à Robert Stoller

15 h : Catherine Millot : « Un hybride de bacchante et de Saint Esprit »
Modérateur : Danièle Lévy

16 h : Pause

16 h 30 : Josette Zoueïn : Si près…

17 h 30 : Okba Natahi : « Un haut degré de perversion »
Modérateur : Françoise Nielsen

Dimanche 19
10 h : Jacques Sédat : Pulsion d’emprise

11 h : Claude Rabant : Sade à la Une. La perversion visionnaire

12 h : Jean-Jacques Rassial : L’envers de la perversion

Modérateur : Andrée Lehmann

Ces journées se concluront le mercredi 22 octobre à 21 heures au local d’Espace analytique,
12 rue de Bourgogne, 75007 Paris
par un exposé de Gilda Sabsay Foks (Buenos-Aires)

NOTE Pour le moment, il n’est pas prévu de payer d’avance. il suffira d’arriver un peu avant le début des journées.
Mais il est toujours possible d’envoyer le chèque à l’ordre de Che Vuoi ? Danièle Lévy 130 rue Lafayette 75010 Paris

PSYCHANALYSE, FASCISME, FONDAMENTALISME — XXII-ème colloque de la SHIPP

XXII-ème colloque de la SHIPP

PSYCHANALYSE, FASCISME, FONDAMENTALISME

Samedi 29 Novembre et Dimanche 30 Novembre 2008

University College, Londres

Organisé par le Musée Freud et le Centre for Psychoanalysis de l’université Middlesex, Londres.
Avec l’assistance de : Birkbeck College, Londres.

Ce colloque rassemblera psychanalystes, universitaires, écrivains et cinéastes souhaitant examiner les formes contemporaines de la haine lorsqu’elle prend le visage de l’intolérance et du fondamentalisme. Faire le lien avec le fascisme permet de replacer le débat dans l’Histoire. On s’intéressera pour cela aux aspects pervers des « discours de l’appartenance  » qui ont emergé durant la première moitié du XX-ième siècle. De ce point de vue, on s’interrogera sur l’actualité de la psychanalyse : donne-t-elle les moyens d’une intervention critique sur un thème traversé par la question des peuples ?


Voici quelques informations communiquées par Julia Borossa.

Le colloque aura lieu dans une salle de University Colllege, Gower Street, London
Nous vous communiquerons les détails un peu plus tard.
Prix d’entrée : £60 par jour. Mais il devrait être moins élevé pour les membres de la SIHPP

Pour s’inscrire

contacter Ivan Ward du musee Freud.
Ivan@freud.org.uk
telephone 44 20 7435 2002
adresse: Ivan Ward, The Freud Museum, 20 Maresfield Gardens, London NW3 5SX

Les interventions se déroulent de 10 à 17h


Intervenants confirmés

Samedi 29 Novembre 2008

David Bell : ‘Everything is possible and anything is permitted: psychoanalytic reflections on Hannah Arendt’s Elements of Totalitarianism’
Psychanalyste et psychiatre à la Tavistock Clinic. Il est president du comité scientifique de la British Psychoanalytical Society. Auteur de Psychoanalysis and Culture: A Kleinian perspective (ed. 1999) et Living on the border: The psychotic processes and the individual, the couple and the group (ed. forthcoming)

Caroline Rooney : ‘The Disappointed of the Earth’
Directrice du ‘Centre for Colonial and Post-colonial research’ de l’université de Kent. Auteur de African Literature, Animism and Politics (2001) et Decolonising Gender (2008)

Fakhry Davids
Psychanalyste et membre de la British Psychoanalytical Society.
Autuer de Internal racism: A psychoanalytic approach to race and difference (forthcoming 2009).

Mohsin Hamid : Lecture et discussion de son livre The Reluctant Fundamentalist
Écrivain et journaliste. Auteur de Moth Smoke (2000) et The Reluctant Fundamentalist (2007), sélectioné pour le prix Man Booker

Dimanche 30 novembre

Stephen Frosh : ‘Promised Land or Permitted Land: A consideration of Levinasian ethics in the light of Jewish fundamentalism’
Professeur de Psychologie et Directeur du Centre for Psychosocial Studies, Birkbeck College, Université de Londres. Auteur de Hate and the Jewish Science: Anti-Semitism, Nazism and Psychoanalysis (2005) et The politics of psychoanalysis (1999)

Daniel Pick : ‘In Pursuit of the Nazi Mind: the Deployment of Psychoanalysis in the Allied Struggle Against Germany’
Psychanalyste, membre de la British Psychoanalytical Society, et professeur d’Histoire à Birkbeck College, Université de Londres. Auteur de Faces of Degeneration: A European Disorder, C. 1848-1918(1989); Svengali’s Web:The alien enchanter in modern culture (2000) et (avec Lyndal Roper) de Dreams and History (2004)

David Modell
Cinéaste et écrivain, dont l’oeuvre explore les formes contemporaines de racisme, et de Nazisme et de fondamentalisme Chrétien dans le Royaume Uni. Il va montrer des extraits de son documentaire In God’s Name

Discours de Clôture

Elisabeth Roudinesco : ‘L’homme et ses dieux: l’athéisme’
Présidente de la SIHPP, historienne, psychanalyste.

Répondante: Jacqueline Rose
Professeur de Litérature anglaise à Queen Mary College, Université de Londres. Auteur de The Question of Zion (2005) et The Last Resistance (2007).

Présidents de Séances

Julia Borossa (Directrice du programme de psychanalyse, Université de Middlesex, Londres)
Glenn Bowman (Antropologue, Université de Kent)
Elisabeth Cowie (Professeur de Cinéma, Université de Kent)
John Forrester (Professeur d’Histoire et de Philosophie des Sciences, Université de Cambridge)