Violence cognitiviste : dépistage prédictif de la mauvaise graine

On connaissait depuis Musil l’homme sans qualités, voici venir avec le post-modernisme ultra libéral l’individu porteur de risque (1« ). Le malheureux ignore qu’il est porteur de déviance comportementale et de délinquance potentielle. Heureusement que la neuropsychiatrie (2« ) — qui s’affaire de tout, en particulier de normalisation psychosociale, de sa conformité quoi, une neuropsychiatrie Precog, veille sur lui. Nous vivons la merveilleuse époque de la santé mentale, qui gère les populations à risques. Nous vivons à l’ère du film Brazil.

Car il doit absolument se faire suivre, notre homo gestionnicus, pas par une police politique comme au temps de Salazar ou de l’Allemagne de l’Est, le totalitarisme scientiste est soft, tout soft, non il doit se faire — au plus vite et le plus tôt sera le mieux, vers trois ans c’est bon, à treize on bouclera les récidivistes — observer et ficher le comportement. Qu’il en tombe d’accord de lui-même. On disposera grâce à sa collaboration convaincue de sa traçabilité. Il ne s’ensuivra que du bonheur. Ainsi vivra-t-il félice et aura lui-même beaucoup d’enfants parfaitement conformes, modélisés, corrigés, sédatés, calmes, gentils.

La société à risque zéro, la vie sans risques, la vie heureuse, la vie sans merdes (3« ) ni emmerdes se profile à l’horizon, à conflits lissés, assistée par la génétique et la neurobiologie d’État, souriantes et pleines de sollicitude scientifique, n’oubliez pas ce mot magique. D’ici peu la société psycho hygiénisée NN, gérant son stock de handicaps et d’handicapés consolidés aura maîtrisé ces centaines de troubles du comportements que grâce aux DSM à venir elle aura répertoriés quasi intégralement.

Voici la violence éradiquée dans l’œuf, dès le berceau, c’est là qu’on la diagnostique et pronostique le mieux, en cochant sur des fiches. C’est également là qu’on vous fichera un destin, l’effet pygmalion c’est pas fait pour les chiens, heureusement qu’on est scientifique, « chiffres à l’appui », risque d’erreur proche de zéro, pour les bavures on remboursera, comme à Outreau.

Dépister, prévenir les risques dont vous seriez porteur à votre insu, la formule est presque au point, vos enfants vont pouvoir bénéficier des avancées conjointes de l’hyper science et de la police, des nouvelles méthodes de gestion et neutralisation des flux de violence. L’hypersécurité à portée de main, la subjectivité devient inutile, cela périme psychanalyse et psychothérapie relationnelle, sciences par trop humaines, frappées d’imprécision chronique, non domesticables par les gens du Chiffre.

Un sémillant professeur de psychologie à la canadienne vient chez nous récolter de bien mérités lauriers. L’IntercoPsycho nous signale l’événement et désigne des lieux de riposte. Nous sommes heureux de répercuter. La liberté est un combat, la subjectivité est en train d’en devenir un autre, à la première corellée. Nous sommes une profession de la dynamique de la subjectivité, la machinerie comportementalo neurologique nous trouvera toujours en travers de sa route.

Il suffit pour l’enrayer de grains de sable. Enfant on me priait de ne pas venir mettre mon grain de sel dans la conversation des adultes. Maintenant je vous invite à mettre votre grain de sable dans les projets de mise au pas avec votre consentement dont les professeurs Tremblay figurent les ambassadeurs d’apocalypse en douceur. Ensemble sachons leur résister, nous pouvons maintenir et préserver l’humanité en nous et alentour, en commençant par éprouver notre désaccord avec leur folie scientistique.

Philippe Grauer


Des nouvelles de l’offensive cognitivo-comportementaliste

qui se déploie à nouveau en France à propos des petits enfants.

– 1) La publication en français par le Professeur de psychologie Richard Tremblay de son ouvrage Prévenir la violence dès la petite enfance vient de lui valoir le prix René-Joseph Laufer, de l’Académie des sciences morales et politiques de France. Vous lirez ci-dessous la présentation dithyrambique que fait le site web eurekalert.org de cet évènement.

– 2) Un des trois porte-paroles de l’UMP en appelle à la détection des troubles du comportement chez le petit enfant. Article du Monde.

– 3) Pasde0deconduite répond immédiatement à ces déclarations du parti au pouvoir. Communiqué.


1 —

Voici déjà le dithyrambe. Appréciez-le :

Le professeur Richard Tremblay de l’Université de Montréal : récipiendaire d’un prestigieux Prix de l’Académie des Sciences morales et politique de France (4« )

Montréal, le 18 novembre 2008 – Richard E. Tremblay, professeur aux départements de pédiatrie, psychiatrie, et psychologie de l’Université de Montréal et chercheur au CHU Sainte-Justine, a reçu hier à Paris, sous la coupole de l’Institut de France, le prestigieux Prix René-Joseph Laufer de l’Académie des Sciences morales et politiques de France, une des cinq Académies de l’Institut de France.

M. Tremblay a reçu cet honneur pour son livre Prévenir la violence dès la petite enfance , publié récemment par les éditions Odile Jacob. Le prix René-Joseph Laufer est remis aux deux ans pour un livre qui contribue à la prévention de problèmes sociaux.

« Je suis très heureux d’avoir reçu cette distinction de l’Académie, car l’objectif de ce livre était de sensibiliser le public et les responsables de politiques publiques des pays francophones de l’importance d’agir dès la petite enfance pour prévenir la violence. C’est dans les premières années de vie que les interventions sont le plus efficaces, tant pour prévenir les problèmes de santé physique que ceux de santé mentale et d’adaptation sociale », a déclaré M. Tremblay.

Dans son livre, M. Tremblay montre, chiffres à l’appui, que la violence apparaît dès la tendre enfance et qu’elle peut s’installer si l’on n’intervient pas.

Ce prix suit de près la remise d’une autre grande distinction internationale. Le 4 novembre à Santiago, Chili, la Présidente du Chili Michèle Bachelet a conféré à M. Tremblay le titre de Grand Officier de l’Ordre du mérite Gabriela Mistral pour sa contribution au développement de politiques à la petite enfance et à la diffusion des connaissances sur la petite enfance.

Membre de la Société royale du Canada, M. Tremblay dirige le Centre d’excellence pour le développement des jeunes enfants — CEDJE, le Centre du savoir pour l’apprentissage chez les jeunes enfants — CSAJE, et le Groupe de recherche sur l’inadaptation psychosociale chez l’enfant — GRIP, à l’Université de Montréal. À une époque où les pays civilisés sont toujours aux prises avec des problèmes de violence physique, particulièrement chez les jeunes, le professeur Tremblay a consacré sa carrière à la compréhension du développement de ces comportements violents et à l’expérimentation de programmes éducatifs pouvant favoriser le développement moral et social.


Renseignements :

Gabrielle Collu, Centre d’excellence pour le développement des jeunes enfants
514 844-7338 | 514 943-6557 | mailto:collug@videotron.ca

Julie Gazaille, Université de Montréal | 514 343-6796 | mailto:j.cordeau-gazaille@umontreal.ca


2 —

Le Monde du 1er décembre 2008

L’UMP relance l’idée du dépistage précoce des comportements agressifs

Frédéric Lefebvre, le porte-parole de l’UMP, a relancé lundi 1er décembre l’idée d’une détection des troubles du comportement chez l’enfant dès le plus jeune âge, en complément d’un abaissement de la responsabilité pénale à 12 ans, pour faire face à la délinquance des mineurs.

«  Cela a été dans beaucoup de rapports. On dit qu’il faut le faire dès l’âge de 3 ans pour être efficace « , a déclaré M. Lefebvre sur Europe 1. «  Je ne suis pas un spécialiste, donc je ne déterminerai pas à quel âge il faut le faire « , mais «  quand vous détectez chez un enfant très jeune, à la garderie, qu’il a un comportement violent, c’est le servir, c’est lui être utile que de mettre en place une politique de prévention tout de suite « , a-t-il ajouté.

« En 1945 un mineur sur 166 était mis en cause dans une affaire pénale, aujourd’hui c’est un sur trente, il faut réagir », a déclaré le député des Hauts-de-Seine. « Je ne pense pas » que ce soit trop tôt, a-t-il dit à propos de la proposition d’abaisser la responsabilité pénale de 13 à 12 ans faite par la commission Varinard chargée par la garde des sceaux Rachida Dati de réformer la justice pénale des mineurs. « Moi je souhaite qu’on aille même sans doute un peu plus loin », sur « la question de la détection précoce des comportements », a-t-il ajouté.

En 2006, des projets de détection précoce des troubles du comportement dès le plus jeune âge pour prévenir la délinquance, s’appuyant sur un rapport de l’Inserm, avaient suscité un tollé chez les professionnels de la petite enfance, éducateurs et « psys ». Une pétition intitulée « Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans », avait recueilli plus de 46 000 signatures.


3 —

Pasde0deconduite

Communiqué de presse du 2 /12/2008

Oui à la prévention, non à la prédiction

Le porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre, a fait rechuter le gouvernement le 1er décembre 2008.

Il a re-proposé la détection précoce dès trois ans des  » troubles du comportement de l’enfant  » pour faire face à la délinquance. Il a indiqué  » cela a été dans beaucoup de rapports « .

En 2006, le ministre de l’Intérieur d’alors voulait déjà mettre en oeuvre une telle mesure, en expliquant que  » tous les pédiatres et pédopsychiatres le disent… « .

Près de 200 000 signataires lui répondaient  » pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans « , à l’appel de la grande majorité des professionnels de la petite enfance, sociétés savantes dans le domaine de la pédopsychiatrie, de la santé publique, de la santé des adolescents, associations et syndicats du champ de la santé, de la psychologie, de l’éducation, etc. Tous refusaient l’amalgame entre difficultés psychologiques chez certains jeunes enfants et risque d’évolution vers la délinquance, tous dénonçaient la confusion entre prévention et prédiction.

Prenant en compte le débat scientifique et de société qui s’en suivit, lors du colloque de l’Inserm le 14 novembre 2006, le ministre de la santé Xavier Bertrand affirmait  » la question du dépistage précoce de ces troubles [des conduite chez l’enfant et l’adolescent], ont pu faire naître le sentiment d’un amalgame entre troubles des conduites et délinquance des mineurs.

Je refuse fermement cet amalgame. (…) Toute association systématique entre troubles du comportement et délinquance est non seulement infondée, mais elle amène forcément à des réponses qui ne sont pas les bonnes. « .

Le Comité national d’éthique rappelait, dans son avis du 11 janvier 2007 qu' » Une médecine préventive qui permettrait de prendre en charge, de manière précoce et adaptée, des enfants manifestant une souffrance psychique ne doit pas être confondue avec une médecine prédictive qui emprisonnerait, paradoxalement, ces enfants dans un destin qui, pour la plupart d’entre eux, n’aurait pas été le leur si on ne les avait pas dépistés. Le danger est en effet d’émettre une prophétie autoréalisatrice, c’est-à-dire de faire advenir ce que l’on a prédit du seul fait qu’on l’a prédit. « .

Le collectif  » Pasde0deconduite  » qui a tenu deux colloques scientifiques et publié trois ouvrages sur ces questions depuis son appel de Janvier 2006, signifie vigoureusement que le débat a bien eu lieu, et rappelle que les instance professionnelles, politiques et éthiques se sont finalement rejointes dans un refus de confondre la prévention et la prédiction.

Mobilisé,  » Pasde0deconduite  » demande au gouvernement de tenir ces engagements.

« Pasde0deconduite » appelle les parents, les professionnels et les citoyens à refuser la mise en pratiques de ces dépistages sur les enfants et à s’opposer collectivement à toute nouvelle tentative de criminaliser de façon prédictive le destin des enfants de trois ans.

Contact : contact@pasde0deconduite.ras.eu.org

Site à visiter : www.pasde0deconduite.ras.eu.org


Cliquez sur ce lien pour plus d’infos sur le site InterCoPsychos.

  • 1 Lire à ce sujet l’intéressant ouvrage de Roland Gori et Marie-José Del Voglio, Exilés de l’intime. La médecine et la psychiatrie au service du nouvel ordre économique, Paris, Denoël, 2008, 344 p.-
  • 2 La psychiatrie, elle, est moribonde, que dis-je elle est morte déjà.
  • 3 Sauf peut-être celles qu’entraîne la crise mais enfin rien de parfait en ce bas monde.
  • 4 Ce communiqué est disponible en anglais.

La part obscure de nous-mêmes au programme ce soir !

Psychanalyse actuelle 2008-2009

L’actuel, Ça n’empêche pas de penser.

Séminaire mensuel

au 4 Place St Germain des Prés 75006 Paris — Salle des Bibliothèques, entrée 13 r. St Benoît pendant la durée des travaux.

nous recevons
ce 8 XII 08 à 21:15

ÉLISABETH ROUDINESCO

pour son ouvrage  La part obscure de nous-mêmes. une histoire des pervers  . éd.Albin Michel, 2007

Débat animé par Judith Cohen-Solal , Cécile Hamcy,
Maria Landau Nabile Farès, J-J.Moscovitz.

Renseignements


  
PROCHAINES INVITATIONS en 2009

René Major 12 01 09 L’homme sans particularités, éd. Circe 2008 — discutants Olivier Douville, Marie-Noelle Godet.

Erik Porge 2 02 09 1ER LUNDI (et non le 2e car vacances d’hiver)
Des fondements de la clinique psychanalytique, éd Erès 2008

Philippe  Porret 9 03 2009 La Chine de la psychanalyse, éd. Campagne première 2008 — discutants Michel Guibal et d’autres

Jean-Richard Freymann EN AVRIL (date à préciser) Passe, Un Père et {Manque  ed Erès Arcanes 2008

– Sous la direction de Marcel Drach et Bernard Toboul  le 11 mai 2009 L’anthropologie de Lévi-Strauss et la psychanalyse. D’une structure l’autre, Éd. La Découverte oct 2008.

Psychiatrie : la régression sécuritaire — surveiller et durcir l’enfermement : Asile NN ?

Le Monde 6 décembre 2008.


On ne s’attache pas seulement avec le Décret et l’Arrêté scélérat à bouter hors du titre qu’ils ont créé les psychothérapeutes relationnels et à cantonner dans des ghettos les psychanalystes universitaires, avant de s’en prendre plus largement à la psychanalyse.

On sécurise la schizophrénie et ruine la psychiatrie corrélativement. Puisque l’homophobie n’est plus politiquement correcte, le racisme pas tellement soutenable et qu’il faut tout de même de mauvais objets officiels à une société qui ne saurait s’en prendre aux capitalistes-casino, déclarons les schizophrènes ennemis publics. Moins dangereux à manier que la catégorie risquée d’Outreau-pédophiles, déguisons-les en grands méchants fous.

Bush exit, nos conservateurs semblent résolus à maintenir le flambeau d’un populisme anti humaniste agressif. Ils n’iront pas loin comme ça si nous nous montrons déterminés à résister. En attendant, la santé mentale et les schizophrènes maltraités vont souffrir et ça n’est bon ni pour eux ni pour la France.

Philippe Grauer


Jamais un hôpital psychiatrique n’avait encore reçu un président de la République en ses murs : la visite de Nicolas Sarkozy, mardi 2 décembre, au centre hospitalier spécialisé d’Antony (Hauts-de-Seine) devait donc faire date. Elle restera effectivement dans les annales mais comme un point de rupture, un moment de fracture entre la communauté médicale et les pouvoirs publics. Annonçant la multiplication des moyens d’enfermement au sein des établissements et un durcissement des conditions de sortie des patients hospitalisés d’office, le chef de l’État a surpris et choqué les professionnels du soin : l’ensemble des organisations publiques représentatives des psychiatres a dénoncé  » une approche exclusivement sécuritaire de la psychiatrie, qui apparaît comme une régression inacceptable « .

Alors que la psychiatrie publique traverse une crise profonde – crise de moyens, d’identité et de valeurs -, le discours de M. Sarkozy paraît au mieux inadapté, au pire dangereux. Prononcé trois semaines après le meurtre, le 12 novembre, d’un jeune homme par un patient schizophrène échappé de l’hôpital psychiatrique de Grenoble, il tourne le dos à toute amélioration de la prise en charge sanitaire pour ne retenir que des solutions de type carcéral : création d’unités fermées avec vidéosurveillance, multiplication des chambres d’isolement, pose de bracelet GPS aux patients en promenade, sorties décidées par les préfets après avis d’un collège de trois professionnels du soin au lieu d’un seul aujourd’hui… On ne saurait mieux faire passer le message que tout patient hospitalisé sous contrainte est un individu dangereux dont la société doit se prémunir.

La réalité est tout autre. Les 600 000 personnes souffrant de schizophrénie sont bien moins meurtrières, en proportion, que les amants jaloux ou les délinquants notoires. En 2005, sur 51 411 mis en examen dans des affaires pénales (crime ou délit), 212 ont bénéficié d’un non-lieu pour irresponsabilité pour cause psychiatrique, soit 0,4 % de l’ensemble. Aucune étude n’a prouvé scientifiquement que les malades mentaux seraient plus dangereux que la population générale. Mais il est démontré qu’ils sont les premières victimes des faits de violence, à cause de la stigmatisation dont ils font l’objet : selon le rapport de la commission  » Violence et santé mentale  » de l’anthropologue Anne Lovell, publié en 2005, la prévalence des crimes violents envers les patients en psychiatrie est 11,8 fois plus importante que par rapport à l’ensemble de la population ; celle des vols sur personnes est 140 fois plus élevée.

Multiplier les mesures d’enfermement au sein des hôpitaux psychiatriques pour se prémunir contre la violence éventuelle de malades mentaux est de toute façon illusoire : en psychiatrie encore moins qu’ailleurs, le risque zéro ne peut exister. Sauf à vouloir éradiquer la maladie mentale, abomination que seul le régime nazi a tentée, aucun psychiatre ne peut certifier qu’un individu ayant fait preuve de dangerosité ne commettra pas un nouvel acte violent un jour. Au contraire, la prise de risque est consubstantielle à la psychiatrie, elle est la condition même du soin. Même sous la contrainte, le traitement ne peut s’envisager que dans une perspective d’amélioration du patient : ce qui implique, si son état le permet, qu’il puisse progressivement retourner dans la cité et que les mesures attentatoires à sa liberté soient levées.

Il est en effet possible de soigner les malades mentaux dignement et de tenter de les réinsérer dans la société, sans avoir recours à des mesures aveugles d’éviction. Depuis la révolution aliéniste impulsée par Philippe Pinel en 1792, qui a symboliquement libéré les malades mentaux de leurs chaînes, à l’hôpital Bicêtre, c’est tout le sens de la démarche psychiatrique, qui tente de concilier les impératifs de sécurité avec les nécessités de soin. Grâce à l’invention des neuroleptiques dans les années 1950, les psychiatres et leurs malades ont pu progressivement s’ouvrir à la cité, s’insérer dans le tissu social, changer progressivement le regard de la société sur la folie. Depuis la création du secteur dans les années 1960, la France s’est engagée dans un mouvement de désinstitutionnalisations, visant à fermer progressivement les grands asiles.

UNE VOLONTÉ AVEUGLE D’ÉCONOMIES

Une politique de création des structures d’enfermement dans les établissements viendrait contredire ce mouvement en reconstruisant les murs au sein de l’hôpital. A moins qu’elle ne vienne parachever un mouvement de casse de la psychiatrie que dénoncent depuis plusieurs années les professionnels du soin. Focaliser sur les questions de sécurité a en effet un grand mérite : cela permet de ne pas s’attarder sur la grave crise que traverse cette spécialité et qui mine les pratiques soignantes. Depuis dix ans, la psychiatrie s’enfonce ainsi dans la paupérisation, dans l’indifférence polie des pouvoirs publics.

La politique de fermeture des lits – 50 000 en vingt ans – justifiée au départ par un souci d’ouverture de l’hôpital à la cité a été poursuivie avec une volonté aveugle de faire des économies. La pénurie de personnel médical – environ un millier de postes sont vacants sur 4 500 psychiatres publics – et la perte de savoir-faire infirmier depuis la fin de leur formation spécifique en psychiatrie ont transformé les hôpitaux en lieux de passage, qui n’accueillent plus que les patients en crise.

A peine stabilisés, les patients sont poussés vers la sortie : beaucoup d’entre eux, notamment les schizophrènes qui se sont marginalisés de leur famille, échouent dans la rue, faute de places suffisantes dans des structures relais à l’hospitalisation. Ces laissés-pour-compte trouvent de plus en plus un refuge paradoxal en prison, où ils sont incarcérés après avoir commis des délits sur la voie publique. Selon une étude menée en 2004, un détenu sur quatre présenterait des troubles psychotiques. Inimaginable il y a encore quelques années, la trilogie hôpital psychiatrique-rue-prison s’est ainsi installée dans le paysage de la santé mentale.

Rien ne devrait atténuer ce sombre tableau dans les prochaines années. Au contraire, les préoccupations essentiellement sécuritaires de M. Sarkozy en matière de psychiatrie ne devraient qu’accentuer la tendance à la pénalisation de la folie. Tout se passe comme si l’on cherchait à dénier à la psychiatrie sa fonction soignante et à lui assigner un autre rôle, celui d’enfermer et de surveiller. Peu à peu, les frontières se brouillent entre l’hôpital et la prison : la prise en charge des malades mentaux, elle, reste hors sujet.

DÉCRET + ARRÊTÉ : analyse de la FF2P

Serge Ginger, secrétaire général de la FF2P nous transmet son analyse. Elle recoupait nos premières remarques. Depuis l’analyse s’est affinée, nous avons produit la nôtre propre, sous la signature de Geneviève Mattei, qui adopte une position critique sur certains points de celle-ci. En tout état de cause la voici.

Philippe Grauer


Trois points principaux ont retenu mon attention et suscité ma vive inquiétude :

l’art. 8. II. du décret qui limite la composition du jury régional à des « membres de droit » (médecins, psychologues ou psychanalystes).

– l’art 4 du projet d’arrêté qui restreint l’accès à une formation de psychothérapeute aux titulaires d’un Master (ex-DESS) de psychologie ou de psychanalyse, ou aux médecins.

– • l’art 4 du projet d’arrêté qui restreint l’accès à une formation de psychothérapeute non plus aux « candidats pouvant justifier d’une formation de niveau licence , ou d’une des validations prévues aux articles L613-3, L613-4 et L613-5 du code de l’éducation » (projet d’arrêté de juin 2008), mais aux titulaires d’un Master (ex-DESS) de psychologie ou de psychanalyse, ou aux médecins.

l’art 5 du projet d’arrêté qui précise que le jury régional doit comprendre deux professeurs des universités .

Ainsi, cet arrêté, pris notamment par la ministre de l’enseignement supérieur, favorise explicitement les cursus universitaires traditionnels.

On se rapproche dangereusement des lois italienne et allemande — dont on connaît bien maintenant, à l’usage, les retombées néfastes(1« ) .

Le projet français d’arrêté limite la formation spécifique à une méthode de psychothérapie à… 75 h (art. 2. IV), alors que les normes européennes habituelles demandent… 1 400 heures, soit… 20 fois plus !
Ce projet ne fait aucune mention du « travail sur soi » : psychanalyse ou psychothérapie personnelle, limitant les risques de « projection » de sa propre problématique sur les patients/clients. Il n’évoque pas non plus, la nécessaire supervision régulière tout au long de la pratique, ni la formation permanente obligatoire (250 h tous les 5 ans, d’après les normes européennes habituelles).

De plus, les psychologues bénéficieront sans doute, pour la plupart, d’une dispense totale ou partielle de la formation dite de « psychopathologie clinique », prévue par la loi !

Ainsi, on aboutirait à une « autoproclamation » des psychologues cliniciens comme « psychothérapeutes », sous le seul couvert de leurs propres professeurs — juges et parties. Il s’agit manifestement d’un détournement de la loi qui, au lieu de protéger les usagers , tente de résoudre le problème endémique du chômage et des débouchés des étudiants en psychologie « ni-ni-ni-ni » : sans sélection au niveau de l’équilibre et de la maturité de leur personnalité, sans psychothérapie personnelle, sans formation méthodologique spécifique à la psychothé­rapie et sans contrôle permanent (supervision)(2« ) .

Il est probable, dans ces conditions, que les usagers prudents et informés continueront à se tourner, sans hésiter, vers des praticiens qualifiés en psychothérapie relationnelle, dûment sélectionnés, analysés, formés et supervisés, garantis par les fédérations et syndicats professionnels.

En réalité, l’arrêté a subrepticement glissé cet article 4 en complément du décret d’application de la loi, cela en contradiction avec le texte de loi lui-même qui prévoit deux catégories distinctes de psychothérapeutes(3« ).

En effet, l’alinéa 3 de la loi évoque les inscriptions « de droit » sur le registre national pour les médecins, psychologues et psychanalystes — de droit, mais « sous réserve » d’une formation complémentaire en psychopathologie clinique. Ce texte sous-entend donc explicitement que d’autres personnes (évoquées dans plusieurs alinéas du décret) peuvent être inscrites, sans l’être automatiquement « de droit ». Or le projet d’arrêté les exclut , limitant abusivement l’accès à la formation à ces mêmes « membres de droit », cela en contradiction avec la loi (4« )!

Cela dit, il semble que les dispositions transitoires (section III du décret) permettraient à des psychothérapeutes en fonction depuis plus de 3 ans, ni médecins, ni psychologues, ni psychanalystes, de figurer sur le registre, après avis de commissions régionales , et après une formation complémentaire éventuelle au sein de structures publiques ou privées agréées. Cette catégorie, souvent dite de « grands parents », serait ainsi « en voie d’extinction »…

Le problème qui persiste est que les membres de ce jury seraient uniquement des membres « de droit » et ne comprendraient pas de psychothérapeutes « à titre exclusif » (pour reprendre une formulation du Conseil d’État). Les psychothérapeutes dûment formés(5« ) seraient donc jugés par des professionnels d’origine différente , souvent en rivalité corporatiste avec eux.

En résumé, un recours contre le décret et l’arrêté subséquent s’impose à l’évidence.

  • 1 Cependant, l’Italie — qui réserve la profession de psychothérapeutes aux seuls médecins et psychologues — exige d’eux une formation complémentaire conséquente à la psychothérapie proprement dite, soit 2 000 heures en deux ans minimum (en sus de leurs diplômes universitaires). Cette formation est dispensée dans une centaine d’écoles et instituts privés, accrédités par l’État, qui demandent, par ailleurs, une psychothérapie personnelle du praticien.

    Quant à l’EFFPPA — (European Federation of Professional Psychologists’Associations), elle demande 2 ans d’expérience de terrain après le Master 2, suivis de 3 années de spécialisation en psychothérapie , avec thérapie personnelle, théorie, pratique et supervision.

  • 2 On sait que du côté du SNPPsy et de l’AFFOP nous ne réclamons une telle formation que pour les praticiens en psychothérapie relationnelle , laissant les collègues œuvrant dans la prescription et le protocole agir à leur guise et méthode, en ne se mêlant pas de leur côté de nous prescrire comment faire. C’est une allusion à cette position qu’on trouve dans le § suivant, § unitaire de premier jet, qui a disparu de l’édition suivante, et que nous maintenons, pour sa vérité et pour établir la possibilité d’accord entre nos différentes organisations. Note de la Rédaction.
  • 3 Première version : En réalité, l’arrêté a subrepticement glissé cet article 4 dans le décret d’application de la loi, détournant totalement celle-ci de son esprit !
  • 4 Intialement le § se concluait ainsi : Il s’agit manifestement d’un abus de pouvoir…
  • 5 « Rappelons que le Certificat européen de psychothérapie – ou CEP – exige 3 200 heures de formation, réparties sur 7 années », SG.

    Le Cifp avec ses 2000 heures compactées (heures stritement comptées, sans les temps de pause) considère pour sa part qu’il s’acquitte fort bien de sa tâche de formation.

Décret+Arrêté : l’analyse du Psy’G

Réglementation du titre de psychothérapeute – Loi du 9/8/2004 – Article 52

Cher(e) Membre du PSY’G,

Nous sommes confrontés à une nouvelle version du projet de décret et de son arrêté.

1 – A la lecture de cette version, rien de fondamental n’a changé par rapport aux dernières informations que nous vous avions communiquées.

Selon cette version, la formation future du psychothérapeute, simpliste, superficielle et inadaptée, ne correspond pas aux critères du PSY’G qui revendique une formation à trois volets : formation en psychopathologie + formation (réelle et non pas « approche »…) à au moins une technique de psychothérapie + travail sur soi approfondi).

Il est donc évident que, si la loi de 2004 est ainsi mise en application, nous assisterons à la reconnaissance par l’État de psychothérapeutes très insuffisamment formés !…

2 – Rappelons que, selon la loi de 2004, l’utilisation du titre de psychothérapeute est « de droit » pour les médecins, les psychologues et les psychanalystes, mais tout en exigeant aussi une « formation en psychopathologie clinique ». Là est la contradiction puisque le terme « de droit » est sous condition.

Les négociations depuis quatre ans avec le Ministère, auxquelles le PSY’G a constamment participé, ont permis d’affiner la disposition, ce qui est observable dans le projet de décret et d’arrêté qui nous est aujourd’hui proposé.

Ainsi le détail des dispenses « de droit » sont maintenant « totales ou partielles » selon les catégories de médecins, de psychologues et de psychanalystes.

En effet :

a) les psychologues cliniciens et les médecins psychiatres obtiendraient, comme prévu, une dispense totale,

b) les psychologues n’ayant pas obtenu de formation en psychopathologie devraient suivre des enseignements complémentaires (intitulés «  critères de discernement des grandes pathologies psychiatriques  » et «  principales approches utilisées en psychothérapie « …) tout en devant effectuer un stage professionnel de cinq mois,

c) les psychanalystes répertoriés à l’annuaire de l’une des associations psychanalytiques (dont la liste n’a jamais été dressée officiellement), devraient effectuer également les mêmes formations complémentaires que les psychologues en b) ci-dessus, mais ils auraient, de plus, à suivre une formation aux «  théories se rapportant à la psychopathologie « , tout en devant effectuer un stage professionnel de deux mois et demi,

d) les médecins non-psychiatres seraient soumis à la même durée de stage et à la même formation complémentaire que les psychanalystes, à l’exception cependant de celle intitulée «  critères de discernement des grandes pathologies psychiatriques  » dont ils seraient exemptés.

3) Pour ce qui concerne les mesures transitoires (qui ne sont pas prévues à la loi de 2004, rappelons-le), les psychothérapeutes (dits « à titre exclusif »), en exercice depuis plus de trois ans à la date de publication du futur décret, devraient pouvoir en bénéficier en présentant un dossier devant une commission régionale de validation.
Ils auraient, si cela est estimé nécessaire par la commission, une durée de quatre années pour se mettre au niveau de la formation exigé par le décret et l’arrêté.

4/ Les dispositions ci-dessus se veulent cohérentes. Mais elles donnent cependant une impression d’approximation.
Elles reflètent surtout une méconnaissance du contenu nécessaire à une véritable formation professionnelle -et donc à une authentique qualification- de psychothérapeute, celle que le PSY’G exige et reconnaît depuis plus de quarante ans, notamment par son agrément de praticien de la psychothérapie.

5/ On comprend également que :

– nous allons vers une paramédicalisation de la pratique de la psychothérapie (même si cette pratique reste pour le moment libre, puisque seul le titre est réglementé par la loi de 2004),

– le titre de psychanalyste (cité dans la loi de 2004) risque d’être, par contre coup, réglementé par voie législative à court ou moyen terme,

– au lieu de s’inspirer de ce qui a été établi par les praticiens de la psychothérapie depuis plusieurs décennies, l’Etat brade la psychothérapie et les qualifications de psychothérapeute.

(…)

Le Comité Directeur du PSY’G.

Décret – Arrêté, commentaires du SNP

Le SNP communique : Du nouveau sur le titre de psychothérapeute ?


Nous commençons par mettre à votre disposition les réactions des uns et des autres. Nos propres commentaires comme annoncé, viendront un peu plus tard.


Posté par snp le 27/11/2008

Un projet de décret et d’arrêté d’application de la loi sur le titre de psychothérapeute (art 52) circulent officieusement. Le projet d’arrêté est marqué « version du 22/10/08 ». Le cabinet de la ministre de la santé nous a indiqué lundi 24 novembre qu’il n’y avait à ce jour aucun texte à ce propos encore stabilisé.

D’ailleurs certaines incohérences apparaissent entre les deux textes du décret et de l’arrêté. Il nous faudra donc attendre, vraisemblablement, pour connaître les réels projets du gouvernement en la matière. Voici dans l’état actuel – hypothétique – de ces textes, l’analyse qu’en fait le SNP :

Le projet de décret est identique à la version qui a circulé au mois de Juillet, et qui nous avait déjà paru bien trop faible en terme d’heures de formation théorique (400 heures) et de formation pratique (5 mois de stage). La formation théorique est dispensée dans des établissements d’enseignement supérieur public ou privé. Donc fini le monopole de l’Université. Et la formation en psychopathologie s’impose aussi aux membres de droit (médecins, psychologues, psychanalystes). Sur le plan du décret donc, les recommandations du Conseil d’Etat ont primé, et il n’y a pas d’amélioration par rapport à la version précédente.

Cependant le projet d’arrêté modifie considérablement l’ensemble des dispositions contenues dans la version de Juillet de ce texte . Nous notons plusieurs points positifs, d’autres qui le sont beaucoup moins. Parmi les points positifs:

Une formation faisant référence à une psychopathologie digne de ce nom, inscrite dans la tradition française de la discipline;

La possibilité que plusieurs des enseignements adoptent une perspective dominante (mais non exclusive), donnant ainsi un sens saisissable et plus cohérent à la formation dispensée, ainsi que la volonté de s’en tenir à une formation en psychopathologie et non en psychothérapie, ce qui est cette fois-ci dans l’esprit de la loi.

Le  pré-requis d’un master de psychologie, perspective inespérée jusque là puisque la version antérieure ne parlait que de niveau licence sans précision de domaine (seule incongruité : un « master de psychanalyse » peut également tenir lieu de pré-requis, ce qui reflète l’incongruité que ce diplôme a toujours constituée). L’autre pré-requis possible est un diplôme donnant le droit d’exercer la médecine en France.

Les professionnels non-membres de droit (les « ni-ni ») seraient pris en compte après trois ans d’installation à la date du texte, et auraient quatre ans pour acquérir les éléments de formation manquants constatés par la commission régionale.

Il y a enfin une disposition peu cohérente sur le régime d’habilitation des formations en psychopathologie dispensées par les établissements publics ou privés : c’est la même commission régionale mentionnée ci-dessus qui délivrerait les habilitations à renouveler tous les quatre ans. Si bien que la mission de cette commission régionale serait sans objet au bout de quelques années quand elle aura étudié tous les dossiers des « ni-ni ». En revanche, elle deviendrait pérenne (en se réunissant au moins tous les quatre ans) pour habiliter les formations… A cette occasion, on découvre dans l’arrêté que ces commissions régionales comprendraient deux universitaires, ce que le décret n’avait pas indiqué… Preuve que tout cela n’est pas encore bien ficelé.

Mis à part cette dernière étrangeté, les propositions précédentes constituent à nos yeux une nette amélioration du texte. Mais un dernier point apparaît beaucoup plus discutable : il concerne le régime des dispenses partielles ou totales de formation pour les professionnels inscrits de droit. Si le principe paraît bon, une disposition ruine ce système : c’est la mention des « psychologues cliniciens » dans le tableau des dispenses. D’une part, le terme de « psychologue clinicien » n’est n’est pas protégé légalement (seul celui de « psychologue » l’est), mais surtout le terme de « psychologie clinique » est maintenant utilisé dans des diplômes aux contenus et orientations les plus divers : psychologie de la santé ici, psycho du développement là, neuro-psychologie ailleurs… et le terme de « psychologue clinicien » ne permet pas de faire la différence avec ceux qui ont reçu une vraie formation de psychopathologie dont la mention figure dans le titre de leur diplôme. Cette disposition devrait absolument être revue, afin de n’accorder de dispense totale de formation qu’aux psychologues dont la mention ou la spécialité du diplôme est la psychopathologie, les autres pouvant évidemment disposer d’une dispense partielle.

Reste donc à savoir dans quel sens ces textes vont évoluer. Pour l’instant ils apparaissent comme les moins mauvais de tous ceux auxquels a donné lieu ce trop long feuilleton… qui reste quand même pour les psychologues un film catastrophe.

26-11-2008

Psychothérapie relationnelle — contribution à la construction d’un concept

SNPPsy — ASSEMBLÉE GENÉRALE DU 21 NOVEMBRE 2008

Philippe Grauer

RAPPORT MORAL

Extraits


J’ai des relations, mondaines

J’ai des relations ! (Charles Trénet)

Toute relation est mortelle

or Socrate est mortel

donc Socrate est relationnel.

 

Structure et épistémologie de la relation

Ainsi pourrait-on reprendre en le modulant le titre de l’ouvrage de Jacques Durand-Dassier (1« ). Parler de relation en psychothérapie cela signifie que se trouvent reliées deux personnes, de façon spécifique. Quand la psychothérapie se qualifie de relationnelle cela représente quelque chose de précis, cela insiste sur le fait que c’est la relation qui soutient le processus psychothérapique et en constitue le support. Cela signifie qu’on se trouve dans la logique et épistémologie du procès de subjectivation, via l’intersubjectivité et le transfert. On peut parler de sens fort de l’expression, employée en toute rigueur.

Ignorez la complexité et spécificité du terme, et vous prouvez que vous vous situez épistémologiquement hors de la zone relationnelle proprement dite. Si vous parlez de pléonasme c’est que vous pensez plat, c’est à plat que tombera votre discours par rapport à l’objet que vous cherchez à traiter. Vous aurez utilisé l’expression au sens faible, léger, voire trivial, le concept vous aura échappé.

On nous oppose parfois le syllogisme implicite suivant, presque aussi loufoque que celui mis en exergue de la présente introduction :}

Toute psychothérapie opère à partir d’un cadre

Or tout cadre (psychothérapique) comporte de la relation

Donc toute psychothérapie est relationnelle.

Et passez muscade. Cela permet d’économiser de la pensée, mais n’est pas recommandable. Il fallait préciser ce que relationnel strictement peut signifier.

Le SNPPsy s’est attelé depuis une décennie à construire le concept de psychothérapie relationnelle, qu’il intègre au cadre du Carré psy. Cette année, par la voix de son président(2« ) il dresse le bilan de la progression de l’idée, balaye le champ de l’utilisation de l’expression, s’efforce de préciser des définitions.

Voyez si cela peut vous être utile, comment on peut améliorer la chose, et s’il y a lieu d’en débattre. Prétendre présenter un concept, avec l’arrière-plan structural que cela comporte, constitue une entreprise
qui nécessite sans doute une élaboration collective, beaucoup de critique et encore plus de modestie. Mais s’il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer, il ne l’est pas non plus de renoncer à mettre en œuvre ce qui doit l’être(3« ).

Philippe Grauer


Où en est la psychothérapie relationnelle ? Nous séjournons dans le corridor de la mutation programmée de la psychothérapie générique, et ne pouvons que conjecturer sur son avenir. Le nôtre s’y contextualise et autonomise.

Rien ni personne ne nous oblige, nous praticiens en psychothérapie relationnelle, à revendiquer le titre générique peu sûr et mal adapté à notre type de travail et de culture, de psychothérapeute tout court, un peu trop court à l’occasion. Nous confondre avec des pratiques parfois éloignées de nos présupposés méthodologiques et éthiques pourrait se révéler dommageable à notre réalité comme à notre image.

Notre pratique, notre clinique, se fonde on le sait sur le principe relationnel, à savoir que notre psychothérapie consiste à faire en sorte que se déroule interactivement entre le praticien et celui qui recourt à lui pour cela, un processus à chaque fois unique, singulier, au cours duquel la personne en difficulté et souffrance, par le dialogue intersubjectif et la relation interpersonnelle n’ignorant pas la dimension du transfert, accède à elle-même comme sujet de sa propre histoire, engendre le sens par lequel progressivement elle se délivre de son assujettissement et se montre apte à mieux prendre en charge son existence.

Le principe relationnel ne s’accommode pas d’une définition imprécise de ce que relation peut vouloir dire. Au plus général on appelle relation l’opération par laquelle au moins deux termes se trouvent réunis, mis en rapport, conjoints, reliés. Mathématiquement la relation est

– réflexive : Je équivaut à Je (on sait depuis Rimbaud que Je est un autre, ce qui déborde la réflexivité), cela renvoie dans notre pratique à la permanence de l’identité, coïncidence de soi à soi — congruence rogerienne.

– symétrique : Je équivaut à Tu veut dire que chacun des éléments de l’ensemble Je peut être mis en correspondance avec un et un seul élément de l’ensemble Tu. Bi-univocité, dont on retrouve une parcelle dans la sympathie ou l’empathie : une partie de Je peut équivaloir à une partie de Tu.

– transitive : par approximation : les amis de mes amis sont mes amis.

Ainsi un petit peu de congruence, un coup d’empathie, tout cela enseigné à l’université en une centaine d’heures, éventuellement stage à l’appui, et nous voilà en relation, et pourquoi pas en psychothérapie de groupe ! Évidemment, toute psychothérapie par définition s’engage entre au moins deux personnes, dont une professionnelle. En ce sens toute psychothérapie présente un aspect relationnel. Les chercheurs ont même tendance à considérer cette dimension comme décisive. Tous autres facteurs confondus(4« ), l’équation relationnelle personnelle du praticien conjuguée à la disposition du patient à son égard l’emporte sur la méthode proprement dite. Ainsi, même minimisée, la relation représenterait la variable cachée déterminante de tout processus psychothérapique.

Cette représentation montre et masque en même temps. Elle manifeste l’importance de la dimension relationnelle, elle peut masquer la spécificité de certaines psychothérapies relativement à d’autres pour lesquelles la relation ne constitue pas le ressort méthodologique et théorique fondamental, pour lesquelles la relation reste non seulement légère mais épistémologiquement et méthodologiquement secondaire, de l’ordre de la psychologie au sens classique du terme. Cette représentation masque la différence entre consultation et séance. Le spécialiste dépositaire du savoir observe diagnostique prescrit. Le psychothérapeute relationnel, à l’instar du psychanalyste, ignore, laisse venir et advenir, accueille, écoute corps et âme(5« ), se défend, péniblement participe à la découverte. Le savoir qui se constitue est le problématique savoir de soi de la personne venue, dans le jeu de la relation, se chercher.

Par conséquent toute psychothérapie n’est pas de nature relationnelle en soi, par nature. Psychothérapie et relationnalité ne sont pas coextensifs. Psychothérapie au sens générique implique cadre et relation, mais pas nécessairement que la relation y soit déterminante, en constitue le moteur. Elle engage et conjoint deux protagonistes. Elle ne les engage dans une structure où la relation représente le ressort psychothérapique essentiel, au sein d’un cadre provoquant une rencontre et nourrissant un processus entre deux sujets fortement impliqués, que dans un dispositif de type relationnel. Qui ne peut s’effectuer qu’avec un praticien répondant à nos cinq critères.

La psychothérapie relationnelle procède de la même épistémologie, de la même heuristique du sujet que la psychanalyse. Disciplines proches cousines. Dans la mesure où la psychologie clinique , création Janet définition Lagache, « étude approfondie de cas individuels », de la personne totale en situation, procédant à « mains nues » ou « armée » de tests et d’échelles, mêle des méthodologies disparates, objectivistes et subjectivistes, comportant une psychopathologie jusque ici d’inspiration freudienne, on pourrait la croire mixte. De fait elle se range souvent en définitive du côté d’un objectivisme psychologique teinté d’organicisme médical tempéré par de la technique relationnelle, une méthodologie qui ne requiert pas un engagement profond du praticien. A contrario nos amis les psychologues freudiens, psychanalystes opérant sur le terrain de la psychologie hospitalière ne présentent aucun doute quant au caractère relationnel de leur clinique.

L’appellation de psychothérapie relationnelle nous l’avons mise en avant lors de notre AG de 1999 pour la première fois, cela ne fait pas même dix ans, elle s’est suffisamment répandue, grâce à notre militance et insistance dans le débat intellectuel. Il s’agissait de différentier notre pratique de celles des professionnels œuvrant dans le champ psy, et de ne plus revendiquer pour nous seuls le titre générique de psychothérapeute. La création de l’AFFOP se disjoignant de la FF2P fut concomitante. Notre définition partait d’un article fondateur de Jean-Michel Fourcade, repris d’une communication au premier colloque de la FFdP à Dourdan en 1997, appelé « Quatre modèles heuristiques pour mieux distinguer les psychologies et les psychothérapies« , Le concept de psychothérapie relationnelle que nous décidions d’installer comme base prenait place et consistance à partir de cette théorisation, dans le cadre du carré psy.

À tout seigneur tout honneur, c’est notre vieil ami Jacques Durand-Dassier, l’un des pionniers des Nouvelles thérapies et fondateurs de notre syndicat, qui le premier à ma connaissance a parlé en 1971, dans son ouvrage Structure et psychologie de la relation, de groupes de psychothérapie relationnelle. Il s’agissait d’une forme nouvelle de psychothérapie de groupe, issue des recherches de deux organisations de psychothérapie institutionnelle pour drogués, Daytop et Synanon, que Jacques avait fréquentées en chercheur dans la fin des années 60(6« ). Il avait fourni à une époque où généralement nous préférions pratiquer plutôt qu’écrire, un effort de conceptualisation, qu’il soit salué ici comme le précurseur dont nous sommes fiers de prolonger la pensée.

Comme celle qu’il décrit dans ses livres, notre pratique consiste, par des méthodes souvent qu’on pourrait dire actives, mobilisant émotion et mouvement du corps, à atteindre le point critique de la catharsis(7« )où l’intelligence et la sensibilité de sa situation se conjoignent pour produire ces moments de révélation de soi à soi en présence d’un témoin et assistant longuement formé à cela, qui permette à celui qui s’y engage de se dégager de ses entraves psychiques et de surmonter et résoudre son malaise.

N’oublions pas au passage que malaise n’est pas maladie, et que nous ne nous occupons à proprement parler qu’à la marge de cette chose appelée de nos jours santé mentale. Le malaise n’est pas non plus réductible au psychosocial. Malaise renvoie au fond d’angoisse existentielle de la personne dans une société individualiste face aux difficultés de l’existence, de la conduite de sa vie, étant donné son histoire son contexte et son projet, lesquels peuvent se brouiller au moment de la crise au point d’éprouver le besoin d’aller voir quelqu’un pour, se livrant en sa compagnie au souci de soi, tâcher de s’y retrouver.

Il s’agit dans un tel cadre par nos moyens originaux et spécifiques d’atteindre les points de vérité intime à partir de quoi on redevienne, dans la mesure des possibilités que notre réalité nous alloue, en tenant compte de nos besoins, et en en trouvant les moyens, notre désir mieux identifié, de l’accomplir et nous avec, à partir de quoi on devienne ou redevienne vraiment soi, à partir de quoi on advienne à soi pour parler comme Freud. Sujet du déroulement de son existence. Il s’agit à partir du jeu d’une relation mieux ajustée de devenir l’auteur (8« ) de sa vie, acteur, acteur de sa propre destinée, au lieu de se voir balloté au gré de répétitions qui aliènent notre parcours de vie et notre capacité de l’inventer.

Dans un tel cadre c’est la relation et son évolution qui soigne. Elle permet un discours sur soi dans le cadre d’un dialogue en un Je et un Tu, deux sujets, qui deviennent sujets l’un pour l’autre, l’un avec l’autre, la conscience de moi passant par le fait qu’elle est conscience de quelqu’un d’autre : aller voir quelqu’un . Dans la dyade professionnelle le quelqu’un est professionnel du rapport humain, de la relation, et s’implique. Il s’implique nécessairement avec mesure mais intensément. Expérimenté dans l’art de l’écoute de l’autre à partir de celle de lui-même en relation et dans sa dimension contre-transférentielle, il procède à cette écoute à partir d’une grille et d’un cadre, ceux-là même qu’il propose comme cadre psychothérapique.

En ce qui nous concerne il s’agit de l’établissement d’un champ intersubjectif rendant possible le déploiement de la subjectivité de la personne qui effectue la démarche, par et dans le dialogue, celui-ci, laissant sa part à la régression, pouvant revêtir une dimension psychocorporelle (mouvement, respiration, toucher) et émotionnelle, mise en partage avec pertinence et mesure.

Cette relation comporte un coefficient de confiance dans la personne garante du cadre qu’elle propose et dans la méthode qu’il comporte. Elle ne peut fonctionner que si la personne qui effectue la démarche peut dire à celle auprès de qui elle recourt « je crois en vous »(9« ). En vous comme personne de confiance dont la méthode est certifiée par celle que vous m’inspirez, sur une base éthique sûre. Cet acte de confiance est mutuel car il engage les deux protagonistes et c’est parce que le psychothérapeute relationnel croit en la personne qui vient croire en elle qu’une alliance psychothérapique peut prendre place. Notons cependant que l’alliance thérapeutique est plus large que l’engagement relationnel, car elle peut reposer sur une méthode qui n’engage le thérapeute que superficiellement, et dont la structure objectiviste minimise la dimension intersubjective.

Rappelons brièvement quels sont les composants de la relationnélité qui nous intéressent. Cela commence avec le rapport mesmérien, devenu en un siècle hypnose puis transfert, matrice freudienne de toute rencontre (attachement et identification du patient au psychanalyste). Se dégage ensuite le contre-transfert, lieu de résistance ordinaire du praticien, résistance parfois contournée avec le concept d’alliance thérapeutique(10« ).

Avec Carl Rogers, empathie, congruence, acceptation inconditionnelle précisent l’attitude de base du psychothérapeute dans la psychothérapie relationnelle, qui peut s’enrichir d’une posture existentielle. Enfin si l’on distingue avec E. Bordin (1979) encore deux facteurs relationnels, le lien, capacité du patient et du psychothérapeute à s’attacher l’un à l’autre, et leur accord sur but et tâches psychothérapeutiques, le tout rapporté au référentiel et au dispositif psychothérapique, on tient les principaux facteurs relationnels de la psychothérapie éponyme.

Ce rapide tour d’horizon pour certifier que relationnel loin de constituer un déterminant creux ou une réthorique de la platitude, représente l’engagement d’une méthodologie et posture psychothérapique complexe et spécifique. Il nous représente bien.

Si bien qu’il est repris par des auteurs, il se diffuse dans la culture environnante, ce qui contribue à établir sa légitimité, et la nôtre qui en découle pour peu que nous adhérions à l’identité qu’il représente. Notre assise politique se consolide autour de nous. Nous existons non seulement à nos yeux mais dans le paysage et aux yeux des autres. Il y a encore peu, le sénateur Sueur dans un bel article faisait allusion à nous sous l’appellation de psychothérapie relationnelle, expression qu’Élisabeth Roudinesco reprenait bientôt. Puisque j’en suis à parler d’elle, celle dont Le patient le thérapeute et l’État (11« ) a marqué la crise au moment de la bataille politique et intellectuelle, et qui disait à l’époque que « les psychothérapeutes » avaient en fait déjà gagné, a pris le parti de parler à son tour de psychothérapie relationnelle. Sous le clavier de cette historienne l’expression sonne fort. Prenons-en la mesure. Prenons la mesure de notre importance et influence. Nous représentons une profession émergée, en pleine ascension, au titre de profession précisément relationnelle.

Lise Demailly dans un récent ouvrage(12« ) aborde la question des métiers de la relation, au centre desquels elle place la psychothérapie — elle ne dit pas relationnelle pourtant c’eut été l’instant propice, mais elle ne fait pas, elle, depuis son point de vue, le détail, comme un de ces nouveaux métiers de l’humain où l’on peut constater un réenchantement(13« ).

Elle affirme qu’il existe une polarité concernant l’usage de la relation comme outil central ou non de la pratique. Elle parle des cas où « la consistance propre de la relation fournirait une donnée essentielle de la définition de la pratique professionnelle ». Nous y retrouvons la problématique que je viens d’exposer. Elle conclut le chapitre dans lequel elle raconte par le détail la crise Accoyer, que : « Les métiers relationnels se sont (…) installés fortement dans le paysage de l’emploi, portés par de nouveaux besoins sociaux, des possibilités de professionnalisation et des acteurs intéressés. » Elle poursuit : « le cadre de cette mutation est l’importance accordée à l’individu, au psychologique et à la parole d’une part, au maniement rationnel et réflexif des interactions de l’autre, en tant que ce dernier, avec la gestion (des ressources, des populations et la connaissance) devient une composante importante des rapports de production. »

Le avec, dans « avec la gestion », nous le réorganisons en polarité. Nous représentons l’alternative au tout gestionnaire d’un libéralisme débridé qui transforme la bourse en casino et les êtres humains en objets à manipuler, harceler, mesurer de façon grotesquement scientistifique(14« ), en êtres calibrables et jetables. Au point de déconsidérer la pensée scientifique, devenue entre les mains de clercs repartis à trahir, une religion produisant ses intégristes, menaçant la société d’une nouvelle espèce de totalitarisme, celui du Chiffre(15« ), qui dans le secteur du psychisme infiltre sa logique dans le DSM et le comportementalisme scientistique. Nous représentons ce que j’appellerais un courant néo humaniste, pour intégrer la critique heideggérienne qui nous a conduits dans les années 80 à prendre nos distances avec un humanisme insuffisamment critique venu d’Outre Atlantique.

Notre parti pris procède des courants qui se sont de longue date installés en résistance à l’aile droite, autoritaire, technocratique et en même temps populiste, gouvernant à coup d’émotion médiatisée (l’exact contraire de notre catharsis), de la mondialisation gestionnaire, réclamant le droit à respecter la santé dans l’alimentation, en même temps que dans la gestion de la planète, à ne pas se laisser embarquer dans la mécanique sans âme du comportementalisme ou l’affadissement médicalisé d’une certaine psychanalyse rompant avec son potentiel de révolte du sujet pour devenir normative et dispenser le message du conformisme. Nous ne pouvons à cause du jeu des mots nous dire bio psys ou psybios, puisque justement l’organicisme tend à tout biologiser et substituer le génétique au psychique. Mais il me semble que nous pourrions nous situer dans le champ de l’alternative bio(16« ). Après tout l’Écologie de l’esprit relève de notre littérature, et l’on peut imaginer un mouvement de psychothérapie relationnelle « à l’ancienne » qui représenterait le contre-courant de leur titre générique de psychothérapeute normé science fiction à protocole + molécules et remisage des rebuts dans le handicap consolidé chronicisé par psychotropes . Il pourrait y avoir place dans l’imaginaire social pour un tel mouvement, à condition bien entendu que nous commencions nous par le fantasmer puis en déduire l’objet de notre désir et capacité d’inscription dans le réel.

Nous pouvons partager avec le professeur Jean-Claude Maleval, qui raconte bien l’histoire de la psychothérapie relationnelle en l’appelant par son nom dès 2005, l’idée que le mouvement de la psychologie humaniste, avec sa dimension existentielle, qui se tient à notre origine a repris et diffusé loin au large de la psychanalyse dans l’ensemble de la société un message de même nature que le sien, de centration sur la souveraineté et profondeur de ressource du sujet — c’est le sens de la dénomination rogerienne de client, sur sa tendance à la réalisation de soi, sur le mérite contagieux de la relation de confiance, sur l’intérêt phénoménologique de la présence à soi dans l’entre-deux d’un dialogue sensible et rationnel, palpitant de vie.

Nous devons prendre en considération le fait qu’il diffuse en retour depuis des décennies au sein de la psychanalyse, auprès de laquelle il est allé s’enrichir de la liberté d’allure et créativité de Ferenczi, Balint, Jung(17« ), Reich, Lacan, Bion et mille autres, une créativité revigorante dont elle se saisit parfois, de toutes sortes de manières qui mériteraient d’être inventoriées, étudiées, débattues, entre partenaires se traitant avec le respect mutuel qu’ils méritent l’un et l’autre. L’interpénétration considérable des deux domaines mérite d’être prise en considération, et prolongée par des échanges davantage formalisés. Il y va de leur intérêt scientifique comme politique.

  • 1 DURAND-DASSIER Jacques, {Structure et psychologie de la relation, Epi, Paris, 1971, 203 p.-
  • 2 Oui je sais, il s’agit de moi, PHG. Il fallait indiquer que ce texte avait l’aval du syndicat, qui l’a approuvé à titre de rapport moral et le considère comme représentant sa ligne politique.
  • 3 Le présent texte se verra bientôt enrichi et développé. Prenez déjà connaissance de ce premier état.
  • 4 Exceptée la durée. Une récente étude comparatiste américaine commanditée par des comportementalistes, a conclu à l’équivalence de toutes les méthodes, le facteur discriminant étant … la durée. On peut corréler les deux : pour pouvoir durer il faut un fort coefficient relationnel. Cf. SELIGMAN Martin E.P. L’efficacité de la psychothérapie , Étude du Consumer Reports, 1995, trad. Lucie Néro, 14 p.- Ce texte traduit par les soins du SNPPsy sera bientôt mis en ligne sur son site et le nôtre. SELIGMAN appartient à l’University of Pennsylvia.
  • 5 Là il donne plus que la psychanalyse, avec souvent talent et profit. Bien entendu il y faut la formation rigoureuse qui va avec. Nos Écoles agréées s’en occupent, notre système de titularisation prend le relai, nos cinq critères garantissent l’ensemble.
  • 6 Il se réfère également au psychiatre Daniel Casriel, les deux institutions et le médecin s’étant inspirés mutuellement.
  • 7 Je distinguerai ce concept de celui d’abréaction, bouffée aveugle qui ne comporte pas d’élaboration. À l’inverse de la catharsis dont je parle, apollinienne, l’abréaction tempête en vain. À distinguer également de la dramatisation. La psychothérapie relationnelle redéfinit ces termes, explore de nouveaux territoires. Aux yeux de Freud la catharsis c’est le passage au corps, comme on dirait à l’acte. Synonyme l’abréaction, irruption pulsionnelle incontrôlée.À partir de la psychologie humaniste américaine, sous l’influence conjuguée 1) de Reich, 2) de ce que nous appellerons les émotionnalistes, disons à partir de Rogers, et 3) de la sensibilité corporelle (toucher, mouvement, sensations), quand mieux vaut faire que dire car les mots seuls n’y pourvoiront jamais, l’espace de la Rencontre ouvre un continent à la psychothérapie de relation, celui du psychocorporel, du travail en régression, de la musique et de la danse du nourrisson et de sa mère (cf. l’accordage affectif chez Daniel N. Stern), de la période de zéro à deux ans.

    Tôt, du temps de Freud, Mélanie Klein avait abordé cet espace psychique. Le Mouvement du potentiel humain y déploiera une énergie créatrice considérable, bouleversant le champ psy dans son ensemble. Certains psychologues psychanalystes (un hybride) crispés sur l’orthodoxie freudienne aux prises avec les mandarins comportementalistes scientistes se sont livré en champ clos à la mauvaise bataille, tournant le dos à notre belle énergie.

    Notre succès vient de la richesse de nos explorations. À présent incontournables, aucune loi tordue aucun décret politicien aucun Arrêté ne saurait empêcher l’insolence de nos découvertes : on n’arrête pas le progrès. Einstein est dans notre camp et les empêcheurs de la Relativité des corps, des groupes et de l’émotion peuvent bien légiférer contre nous, ils seront surtout pathétiques c’est le moment de le dire. Nous avons gagné d’avance parce que nous représentons l’avenir. Ensemble avec les psychanalystes nous opposerons notre néo humanisme à leur idéologie gestionnaire dont l’arrogance d’un autre âge se disloquera sous nos yeux.

  • 8 Nous prenons ici le parti de considérer que ce que traditionnellement en grammaire française on appelle masculin, lorsqu’il s’agit du terme générique, peut se considérer comme un neutre, ce qui permet l’économie d’un politiquement correct à cups d’accumulations de féminins sous barre oblique plutôt lourds
  • 9 Publicité en cours du secours catholique.
  • 10 Élisabeth Zetzel, 1956 ; puis Greenson, 1965 : Working alliance.
  • 11 Chez Fayard. Un de ses plus faibles tirages, relativement à son audience habituelle, réduite en cette occurrence à son lectorat de base : ni les psychanalystes ni les psychothérapeutes, toutes catégories confondues, ne l’ont acheté. Il est encore temps pour toi cher lecteur, si ce n’est déjà fait, de t’informer auprès des bonnes sources et procurer ce texte pour nous capital.
  • 12 Politiques de la relation, approche sociologique des métiers et activités professionnelles relationnelles, Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve d’Ascq, ISBN 978-2-7574-0045-6, 2008, 373 p.-
  • 13 Dont témoigne le fait qu’il s’agit d’une profession de reconversion, dont les candidats ont fait le choix pour le plaisir de se livrer à un tel travail, par lequel ils nourrissent un projet d’accomplissement personnel.
  • 14 Avec ce mot valise nous entendons compacter le scientisme, religion de la science et le statisticisme, religion du Chiffre, qui aboutit à l’absurdité de l’application de systèmes de mesure sans rapport avec l’objet prétendument mesuré. Bien entendu la science et la statistique n’ont rien à voir avec la scientistique.
  • 15 C’est lors des derniers forums organisés cette année à Paris par l’ECF que ce terme est apparu pour la première fois dans toute sa netteté. Se reporter également au Nouvel Âne.
  • 16 Du côté du respect du vivant, de la vie psychique et du modèle psychodynamique. OGM DSM même combat ? La lutte pour une autre relation à l’environnement et l’application du principe de précaution aux OGM et celui pour préserver l’acquis de la psychanalyse puis de la psychothérapie relationnelle procèdent de la même logique. Il s’agit d’une part de refuser l’application mécanique autoritaire d’un tout industriel abusivement dénommé scientifique (« l’agriculture scientifique »), aboutissant à la réduction de la vie, éventuellement à une catastrophe écologique, sociale et politique majeure. Il s’agit d’autre part, en ce qui concerne la vie psychique, de ne pas la soumettre à un système de mesure qui la dénature, le DSM. Nous refusons la grille industrielle et managériale qui classe et caractérise les sujets en fonction de la production pharmaceutique du moment, et congédie toute la problématique du sens véhiculée par le concept de symptôme.Évidemment, cela peut également s’exprimer en termes bergsoniens de la vie contre le mécanique. Laissons de côté ici la variable de la spiritualité, puisque certains d’entre nous la conjoignent à leur pratique, tandis que d’autres s’affichent résolument laïcs. Nous pourrons entamer le débat ultérieurement, comme nous l’avons déjà fait par le passé dans un de nos colloques.
  • 17 Tabou absolu en France dans certains milieux psychanalytiques : ne jamais prononcer son nom. Il serait si bon qu’on puisse parler et discuter de tout librement, principalement de ce qui continue de poser problème. Classer les jungiens comme ils le demandent ou non parmi les psychanalystes reste une question non résolue. Quoi qu’il en soit la psychothérapie relationnelle a puisé dans le réservoir Jung.

États généraux de SAUVONS LA CLINIQUE

Appel à participer aux États Généraux « Sauvons la clinique »

Cet article et l’appel qu’il présente vient du site du SNPPsy. L’internaute curieux de notre profession y constatera qu’elle n’existe que paradigmatiquement aux autres côtés du Carré psy, avec lesquels elle entretient des relations complexes.

Il constera également que ces professions font de la politique, procèdent de la réalité politique et des problèmes de société du moment. Elles se trouvent engagées dans des combats idéologiques et des enjeux de civilisation. C’est aussi ce qui fait leur charme.


Le SNPPsy de longue date soutient le mouvement des Sauvons la clinique, dont il est signataire de la pétition. La clinique, fille de « l’unité de la psychologie » du docteur Lagache, ayant relayé une idée de Pierre Janet, c’est la pratique des psychologues cliniciens en milieu hospitalier, celle qui nous est interdite depuis la création du titre de psychologue.

À cette occasion, à la fin des années 80, l’institution de la psychologie a refusé par des méthodes scandaleuses et d’ailleurs illégales l’homologation des psychothérapeutes au titre de psychologue, souhaitée alors par le ministre Claude Évin. Il s’agissait de nous, à l’époque. Nous ne nous dénommions pas encore psychothérapeutes relationnels, nous venions d’institutionnaliser ce que nous nommions fièrement La psychothérapie, et appartenions à l’ANOP, association nationale des organismes de psychologie. Pas étonnant, nous étions issus de la psychologie humaniste.

À l’issue de la Déclaration de Strasbourg (1996) les psychologues ont rompu avec nous, nous indiquant le chemin qui nous restait à parcourir, seuls, celui de notre autonomisation disciplinaire et institutionnelle, celui de quatrième côté du Carré psy que nous étions en train de constituer en nous ajoutant au triangle précédemment agencé comme suit : psychiatrie, psychologie, psychanalyse.

Bref, la psychologie clinique c’est un mixte de psychologie objectiviste et de pratique relationnelle donc subjectiviste, d’inspiration psychanalytique, une discipline intégrative en quelque sorte, enseignée à l’université, qui souvenons-nous dispense à l’occasion — de moins en moins c’est là le problème — des cours de psychanalyse mais ne la transmet jamais. Sa mitoyenneté disciplinaire avec la psychopathologie rend parfois confuse la frontière entre ce qui représente à nos yeux un quart de la formation d’un psychothérapeute relationnel, et la quasi entièreté programmatique de ce qu’on se propose d’exiger du futur psychothérapeute générique actuellement en gestation, confondant psychopathologue et néo psychothérapeute.

C’est face à une attaque frontale contre la psychanalyse à l’université, créant une situation où cette discipline se voit en grand danger d’élimination par tous les moyens de tous les postes possibles, au bénéfice des comportementalistes, neuropsys, statisticologues et autres idéologues d’un scientisme gestionnaire à vous couper le souffle, que nous soutenons le combat de nos collègues et de leurs professeurs pour une pratique du procès de subjectivation, pour la démarche humaniste, face à la déshumanisation du Chiffre-roi, dont nous sommes ensemble porteurs et responsables.

Nous ne vaincrons qu’ensemble. Le mouvement de résistance au gestionnarisme assisté par TCC est puissant mais encore fragmenté. Aux États-Unis récemment on a vu comment un nouveau leader tenant un discours humaniste a pu fédérer les énergies face à l’angoisse devant l’avancée inquiétante de la déshumanisation de la société et propulser l’espérance. Nous procédons, psychanalystes et praticiens de la psychothérapie relationnelle ensemble, de ce principe d’espérance. Nous appartenons à ce mouvement de résistance des sujets venant auprès de nous chercher les moyens, dans la relation et en tenant compte du transfert, de donner sens à leur existence.

Ensemble nous refusons de substituer la notion de trouble à celle de symptôme. Porteurs des mêmes valeurs, relevant de la même épistémologie de la recherche de soi, nous avons tout avantage à coordonner nos luttes. Nous aurons à cœur de continuer d’appuyer l’action des Sauvons la clinique et de contribuer à la résistance puis à la victoire à venir.

Philippe Grauer


Le présent appel a été décidé par la réunion qui a eu lieu le 10 octobre 2008 à l‘Assemblée Nationale [1]. Il s’adresse aux signataires des deux pétitions de « Sauvons la clinique » et leur demande de le relayer le plus largement possible.

Avec les pétitions du 23 mai 2007 (12500 signataires) et du 5 juillet 2008 (15500 signataires), les réunions et les assemblées générales que nous avons tenues, nous ont permis de partager les analyses de la situation actuelle et de mieux définir les buts du mouvement en cours. En même temps, l’actualité n’a cessé de confirmer les craintes qui ont été à l’origine de « Sauvons la clinique » et de la nécessité d’une réponse collective à la hauteur des menaces qui se précisent jour après jour. Il est clair aujourd’hui, que nous assistons à une convergence des forces du néolibéralisme, du scientisme et de l’utilitarisme pour imposer une vision réductrice de l’humain dont nous constatons les applications dans plusieurs domaines : l’éducation, la recherche, le soin, les libertés, etc.

La démarche clinique est en ligne de mire à travers des textes législatifs et administratifs, à travers des dispositifs d’évaluation quantitative, homogénéisante, car ce que nous appelons « clinique » correspond à une conception du soin que la communauté humaine doit au sujet souffrant, ce qui engage une politique et un choix de civilisation. Ce choix est antinomique de la logique de la performance économique et de ses artifices déréalisant qui destinent la société à une débâcle comparable à celle de la sphère financière. C’est pourquoi, notre intérêt pour la clinique n’est pas dissociable des intérêts de la cité.

Sur la base d’une solidarité du clinique et du politique, nous appelons à la plus large participation possible à la préparation des Etats généraux, à l’horizon fin 2009-début 2010. A cette étape, la mobilisation passe par :

La création de comités locaux « Sauvons la clinique » à l’échelle institutionnelle, départementale, régionale, inter associative, etc. L’initiative est ouverte à tous, à titre individuel ou collectif. Il revient à chaque comité de décider de la forme à donner à son action et à sa contribution. Indiquons néanmoins quelques tâches possibles :

– État des lieux faisant ressortir à la fois les difficultés, les menaces, les atteintes à l’activité clinique, et en même temps les expériences de refus de se soumettre, d’inventivités pratiques, théoriques et institutionnelles.

– Élaborations théoriques individuelles ou collectives autour des grands axes suivants :

1) Qu’appelle-t-on clinique ?

2) La formation

3) L’évaluation

4) la recherche

5) Clinique et lien social

– Contact et sensibilisation des acteurs politiques et associatifs susceptibles d’apporter leur appui moral, logistique ou financier au mouvement « Sauvons la clinique ».

Il est important d’informer le responsable du site de la création du comité local, de lui communiquer toutes les coordonnées utiles pour être identifié. C’est à lui qu’il faut adresser également les contributions qui seront publiées sur le site : contact@sauvons-la-clinique.org

[1] Cf. compte rendu des travaux sur le site.

Non à la perpétuité sur ordonnance !

Dans quel monde vivons-nous ? La prison sur ordonnance surgit du pays de la peur médiatisée. La liberté étant indivisible, s’il se commet quelque part un acte liberticide, soyez sûrs que cela vous concerne au bout du compte. Cela concerne tout citoyen, et plus particulièrement toute personne œuvrant dans le domaine du psychisme.

Vivre dans une société de sûreté médicale n’est pas joyeux joyeux. On n’avait pas prévu le totalitarisme par la médecine à qui est remis le pouvoir d’émettre des lettres de cachet. Ne craignez rien les experts veillent sur vous.

Moi j’aurais tendance à craindre les experts. Mon caractère rebelle sans doute. D’ailleurs présenter un caractère rebelle peut devenir dangereux. D’abord, des sociétés privées seraient bientôt chargées de veiller sur tout ce qui pourrait le devenir, dangereux, nous dit-on, sur la Toile. C’est fou ce que certains scientistes, adeptes de la religion de la science, conjuguant leur expertise à celle des agents des médias, peuvent se décarcasser pour vous protéger de vous-même !

Veillons à ces étranges veilleurs de votre salut et sécurité, amalgamant statistiques sociologiques et prévision de l’individuel imprévisible. La scientistique avance partout où elle peut ses pions. Sachons nous opposer à sa folie, plus dangereuse peut-être que celle dont elle prétend nous protéger.

Philippe Grauer


La loi du 25 février 2008 relative à la rétention de sûreté fait rupture dans notre tradition juridique. Elle permet l’incarcération dans des établissements spéciaux de personnes condamnées qui, bien qu’ayant purgé leur peine, seront privées de liberté du fait de leur « particulière dangerosité ». Pour la première fois dans notre droit, des individus pourront être enfermés sur décision judiciaire non pour sanctionner des actes délictueux ou criminels, mais pour anticiper des actes qu’ils n’ont pas commis ! À juste titre, Robert Badinter a dénoncé dans cette loi une rupture majeure avec les principes fondamentaux de notre justice pénale.
Cette loi fait également rupture dans la tradition et l’éthique médicales, car c’est l’expertise médico-psychologique qui devient l’élément clé du dispositif pour décider de cette mesure de sûreté.

Alors que sa mission est de porter secours et de soigner, la médecine se trouve ici instrumentalisée dans une logique de surveillance et de séquestration. C’est le savoir psychiatrique qui légitimera l’incarcération d’individus au motif d’un diagnostic de « particulière dangerosité ». La privation de liberté est ainsi parée des habits de la science, comme si le savoir des experts permettait de prédire les actes criminels d’une personne.

C’est une mystification et une confusion organisée des registres.
Une mystification car il est faux que l’on puisse prédire, pour un individu donné, les actes à venir. L’usage que l’on fait à cet égard des statistiques concernant la récidive est une duperie, car ces chiffres concernent des populations, non des individus. Or c’est bien de la liberté d’un individu qu’il s’agit.

C’est une confusion que de demander à des soignants d’occuper cette place, car leur fonction, leur déontologie et leur éthique les situent du côté de la personne, ses libertés et ses contraintes, non d’un ordre public désincarné. Cette séparation fondamentale est une garantie essentielle des libertés, contre la tentation de faire le bien de chacun contre lui-même. La psychiatrie est familière de ces dérives : faut-il rappeler qu’il y eut des internements pour motifs politiques ?

La monstruosité de certains crimes et la souffrance terrible des victimes, dont chacun est saisi, sont utilisées pour aveugler la raison et céder aux politiques prétendument efficaces. C’est une manœuvre démagogique. On sait par avance que cette politique ne résoudra en rien le problème des criminels récidivants. Par contre ce dont on est sûr, c’est que ce dispositif, d’abord destiné à des populations restreintes s’étendra progressivement, au nom du principe de précaution. Ce fut le cas des mesures d’obligation aux soins, initialement destinées aux agresseurs sexuels, et qui sont aujourd’hui appliquées à une part croissante de personnes condamnées, quel que soit leur acte.

En assimilant le crime et la maladie – ce qui est une idéologie, et non pas un fait – on déplace progressivement la gestion de la peine vers la médecine, réalisant progressivement une société de sûreté médicale.
Au nom de notre éthique et de la nécessaire séparation des domaines, garante des libertés, nous, professionnels de la psychiatrie, déclarons publiquement refuser de participer à la mise en place de ce dispositif de rétention de sûreté. Parce que la psychiatrie n’est pas l’affaire des seuls psychiatres, chacun, concerné par ce refus, manifeste son soutien en signant et en faisant signer cet appel.


Premiers signataires

Association Pratiques de la folie – Alain Abrieu, psychiatre de secteur, chef de service, président de l’AMPI (Association Méditerranéenne de Psychothérapie Institutionnelle) – Jean Allouch, psychanalyste, Paris – Elsa Arfeuillère, psychologue, Evry – Stéphane Arfeuillère, psychologue – St Denis – Hervé Bokobza, psychiatre, psychanalyste, Montpellier – Mathieu Belhassen – interne en psychiatrie, Paris – Fethi Benslama, Directeur de l’UFR Sciences Humaines Cliniques, Paris VII – Olivier Boitard, psychiatre des hôpitaux, administrateur du CHI de Clermont de l’Oise – Paul Brétecher, psychiatre, psychanalyste, Paris – Loriane Brunessaux, interne en psychiatrie, Paris – Monique Bucher, psychiatre, Paris – Anne Chaintrier, psychiatre, psychanalyste, Paris – Patrice Charbit, psychiatre, vice président de l’AFPEP-SNPP ( Association française des psychiatres d’exercice privé, syndicat national des psychiatres privés) – Franck Chaumon, praticien hospitalier, psychanalyste, Paris – Patrick Chemla, psychiatre des hôpitaux, psychanalyste, Reims – Alice Cherki, psychanalyste, Paris – Jean Danet, maître de conférences à la faculté de droit de Nantes – Pierre Delion, Professeur de psychiatrie, Lille – Michel david, psychiatre des hôpitaux, chef de service du SMPR de Guadeloupe, Président de la Société Caraïbéenne de Psychiatrie et de Psychologie Légales – Olivier Douville, psychanalyste, maître de conférences Paris VII – Denis Duclos, sociologue, directeur de recherches au CNRS – Corinne Ehrenberg, psychanalyste, directrice de l’USIS Paris 14 – Patrick Faugeras, psychanalyste, Alès – Jean-Marie Fayol-Noireterre, magistrat honoraire, Lyon – Roger Ferreri, chef de service de psychiatrie infanto-juvénile, Evry – Jean-Jacques Giudicelli, psychiatre, psychanalyste, Paris – Roland Gori, psychanalyste, Professeur des Universités, Aix-Marseille – Françoise Gouzvinski psychologue en psychiatrie – Pascale Hassoun, psychanalyste, Paris – Clément Jallade, praticien hospitalier, Bouffémont – Sandrine Jallade, praticien hospitalier, Evry – Xavier Lameyre, magistrat chercheur, Paris – Guy Léres, psychanalyste, Paris – Marie-José Léres, psychologue en secteur de psychiatrie infanto-juvénile, Saint-Denis – Laurent Le Vaguerèse, psychanalyste, Paris – Danielle Lévy, psychanalyste, Paris – Serge Klopp cadre de santé, EPS Maison Blanche Paris – Paul Lacaze, psychiatre, Montpellier – Antoine Lazarus, Directeur du Département de Santé Publique et Médecine Sociale, Paris XIII – Loïc Le Faucheur, Psychologue, Evry – Claude Louzoun, psychiatre, Président du CEDEP (Comité européen droit, éthique et psychiatrie) – Sophie Martin-Dupont, praticien hospitalier, présidente du SPEEP (Syndicat des praticiens exerçant en prison), Le Mans, – Paul Machto psychiatre, psychanalyste, Montfermeil – Francine Mazière, linguiste, professeur émérite, Paris XIII – Patrick Merot, Psychiatre, psychanalyste, Nogent – Véronique Nahoum-grappe, anthropologue, EHESS – Marie Napoli, psychiatre des hôpitaux, présidente de l’USP (Union syndicale de la psychiatrie) – Okba Natahi, psychanalyste, Paris – Jean-Marie Naudin, Psychiatre, praticien hospitalier, professeur des universités, Marseille – Jean Oury, psychiatre, Clinique de La Borde, Cour-Cheverny – Catherine Paulet, psychiatre des hôpitaux, Présidente de l’ASPMP (Association des Secteurs de Psychiatrie en Milieu Pénitentiaire), Marseille – Vincent Perdigon, psychiatre, psychanalyste, Paris – Michel Plon, psychanalyste, Paris – Jean-Claude Polack, psychanalyste, Paris – Erik Porge, psychanalyste, Paris – Annie Ruat, psychiatre chef de service, MGEN, Paris – Marie Receveur, juge de l’application des peines, Lyon – Pierre Yves Robert, praticien hospitalier – Président du CSIP (Collège des soignants intervenant en prison), Nantes – Patrick Serre, praticien hospitalier, président de l’APSEP (Association des professionnels de santé exerçant en prison), Le Mans – Olivier Schmitt, psychiatre, Président de l’AFPEP-SNPP (syndicat national des psychiatres d’exercice privé) – Didier Sicard, Professeur de médecine, Président d’honneur du CCNE (Comité Consultatif National d’Ethique) – Hanna Slomczewska, psychiatre des hôpitaux, Avignon – Béatrice Stambul, Psychiatre des Hôpitaux, Responsable du CSST Villa Floréal à Aix en Provence – Annette Vallet, professeur retraitée – Alain Vanier, psychanalyste, Professeur de psychopathologie, Paris VII – François Villa, psychanalyste, Maître de conférences, Paris VII – Martine Vial-Durand, psychologue psychanalyste, responsable du dispositif Ateliers Thérapeutiques de Nanterre – Loick Villerbu, professeur de psychopathologie et criminologie, directeur de l’Institut de Criminologie et Sciences Humaines, Rennes – Daniel Zagury, psychiatre des hôpitaux , chef de service, Paris – Radmila Zygouris, psychanalyste, Paris.

Pour signer la pétition : http://www.pratiquesdelafolie.org/phpPetitions/index.php?petition=2

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Et EDVIGE dans tout ça ?

L’InterCoPsychos, qui participe au collectif pour le retrait (non l’abrogation, attention !) d’EDVIGE nous communique une première victoire. Le Journal Officiel en date du 20 novembre annonce le retrait du fichier qui aurait pu nous plaire puisqu’il fait une large place au ressenti, mais voilà nous préférons les ressentis au cœur des séances plutôt que des fichiers des RG.

Une fois de plus une attitude offensive peut faire reculer une tentative qui avait pourtant l’air bien partie, de fichage sans limites.

Philippe Grauer


Communiqué du Collectif « Non à EDVIGE »

21 novembre 2008

Retrait d’EDVIGE1.0 – Le Collectif « Non à EDVIGE » se félicite mais 
reste mobilisé. Le Journal officiel du 20 novembre 2008 annonce le retrait du fichier EDVIGE 1.0.

C’est la forte mobilisation citoyenne au travers du Collectif « Non à 
EDVIGE » qui a permis cette victoire et le retrait d’un fichier qui a 
fait l’unanimité contre lui.

Le retrait et non l’abrogation d’EDVIGE 1.0 implique un effet 
rétroactif : toute information qui aurait été collectée dans le 
fichier EDVIGE 1.0 doit être détruite.

Le fichier des RG (décret de 1991) demeure jusqu’au 31 décembre 2009. 
Toutefois, aucune information nouvelle ne peut être ajoutée à ce 
fichier depuis le 1er juillet 2008 (décret n° 2007-914 du 15 mai 2007 
consolidé).

Les recours contre le décret portés au Conseil d’État par plusieurs 
organisations et associations tombent et feront l’objet d’un non-lieu.

Toutefois, la vigilance et la mobilisation restent plus que jamais à 
l’ordre du jour car la bataille contre les fichages liberticides et 
la surveillance totale n’est pas terminée : le projet de décret 
EDVIGE2.0 (EDVIRSP) n’a pas été publié. On ne sait pas s’il y aura 
des modifications par rapport au projet qui avait été dévoilé par le 
Collectif « Non à EDVIGE » dès le 19 septembre 2008.

Le Collectif « Non à EDVIGE », fort de cette première victoire, 
continue à se mobiliser contre ce fichier de « ressenti » et non de 
faits, fondé sur des simples suspicions ; la collecte de données les 
plus sensibles comme l’origine ethnique, les opinions politiques, 
l’appartenance syndicale, les convictions religieuses ; le fichage à 
priori des enfants à partir de l’âge de 13 ans sur leur dangerosité 
potentielle ; le mélange de finalités très différentes dans un même 
fichier.

Contact presse : contact@nonaedvige.ras.eu.org