Santé mentale glossaire refusé

Fédération d’aide à la santé mentale

Croix-marine

58 èmes journéees nationales de formation continue — 28-29 septembre 2009, Béziers.

Nous analyserons ultérieurement le discours complexe de cette véritable institution portéiforme que constitue la Santé mentale, ici utilisée par le discours de la psychologie clinique postée en institution.

PHG

L’accompagnement et le soin de la souffrance psychique s’organisent désormais dans un vaste marché où se juxtaposent psychiatrie de l’adulte, psychiatrie de l’enfant, champ médico-social (Foyers médicalisés, maintien à domicile, scolarisation des enfants handicapés…) et social (SAVS, GEM)…
En psychiatrie adulte, les hospitalisations à temps plein se réduisent à des séjours de plus en plus courts. On se contente d’attendre souvent de ces hospitalisations brèves un amendement rapide des symptômes sans que l’on prenne le temps de construire une alliance thérapeutique permettant d’inscrire les soins dans la durée, ni de d’engager un redéploiement de moyens permettant un véritable accompagnement et des soins de qualité.
Les acteurs du champ social, de leur côté, se trouvent pris de court par l’arrivée en nombre de personnes souffrant de graves troubles psychiques : leur formation ne les a pas préparés à cette nouvelle pratique de l’accueil et de l’accompagnement, qui, pour être opérante doit nécessairement intégrer la dimension clinique.

Enfin, les équipes travaillant auprès d’enfants en difficulté psychique se trouvent confrontées à la double injonction d’accueil de leur mode d’être spécifique et de normalisation intégrant notamment la scolarisation.
Dans ce contexte, les différents praticiens, du « sanitaire », du « social » ou du « scolaire » s’observent mutuellement d’un oeil méfiant, les uns se sentant dépossédés de leur savoir clinique au profit d’autres qui, de leur côté, se sentent ignorés voire méprisés, par les premiers.

Pourtant, la clinique, qu’elle concerne la psychose, l’autisme infantile ou les troubles du développement, nous convoque au point de jonction de ces différents champs de savoir, au carrefour de l’aliénation sociale et de l’aliénation mentale qui déterminent tout être humain et servent d’appui à toute démarche clinique, qu’elle soit à dominante thérapeutique, éducative ou pédagogique.

La psychose, plus spécifiquement, pose la question de l’articulation du multiple avec l’unité de la personne et celle de la confrontation du même avec l’altérité toujours déstructurante. C’est dans la discontinuité de lieux d’accueil variés que l’enfant ou l’adulte pourront avoir une chance de trouver, ou retrouver, un sentiment interne de continuité existentielle, sans trop de risque d’effondrement ou de dissociation psychique mettant en péril les liens sociaux.

À une politique sanitaire et sociale qui classe, série et cloisonne, il faut donc savoir opposer la pratique d’une clinique de la complémentarité qui rassemble des acteurs différents œuvrant dans des champs ordinairement séparés. Sinon, nos pratiques professionnelles, quels que soient leurs champs d’exercice, tendront à se cliver soit du côté du « soin », réduit à la seule disparition d’un symptôme perçu comme morbide, soit du côté de « l’éducatif ou du pédagogique » réduit à son versant rééducatif et normalisateur.

À nous d’inventer du « trans » articulant concrètement le « médico » et le « social » pour en faire un lieu, non pas de clivage, mais de « transduction », c’est-à-dire facteur de continuité au travers du discontinu, de « commun » au travers du « différent ». Ainsi pourrons-nous constituer un vrai « paysage » qui offre la cohérence diversifiée nécessaire à l’accueil et au cheminement du singulier.

L’Appel des 39 : nuit sécuritaire au crépuscule de la psychiatrie

Ça pétitionne, sur la nuit qui s’abat sur la psychiatrie. Hier Franck Chaumon, aujourd’hui Bokobza.

Hervé Bokobza(1« ), instigateur du présent Appel des 39, fut l’un des organisateurs des États généraux de la psychiatrie en 2003. Non signataire (2« ) du rapport Cléry Melin qui préluda sinistrement aux amendements Accoyer qui mirent le feu aux poudres psys dans notre pays, on peut néanmoins le considérer comme ayant sa part de responsabilité dans la situation qu’il dénonce.

Il n’a pas à notre connaissance renié son assentiment à ce rapport(3« ) malfaisant particulièrement … pour la psychiatrie, dont il organisait la liquidation. Mieux vaut se réveiller tard que jamais, mieux vaut encore reconnaître qu’on a personnellement contribué à la catastrophe contre laquelle à présent on s’insurge, en effet à juste titre.

0,4 % des crimes commis imputables aux malades psychiatriques, aboutissant à la séquestration à vie des « grands dangereux »ainsi qualifiés par expertise c’est de la politique frisson dans le dos à la Berlusconi. Voici pourquoi lucides sur l’ami Bokobza et résolus unitaires tout de go, nous nous inscrivons en solidarité avec cet Appel. Il importe de faire front contre de tels textes odieux et nuisibles à la citoyenneté, comme il importe qu’aucun des quatre partenaires du Carré psy, en cette occurence la psychiatrie mise à contribution pour expertise impossible ne subisse de dommages moraux et institutionnels qui par contre-coup se répartissent sur la structure d’ensemble des professionnels du psychisme.

Philippe Grauer


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Correspondance

Nous communiquons à nos abonnés et amis internautes pour information l’échange de correspondance entre Hervé Bokobza et Philippe Grauer.

1— À M. GRAUER,

Tombant par hasard sur votre site , je lis avec stupeur  que je serais signataire du rapport CLERY-MELIN !!!!
Que je serais donc partie prenante d’un plan qui a permis la liquidation de la psychiatrie !!!!
Cela n’ a jamais été: c’est exactement l’inverse qui s’est passé! !!!!!
C’est dommage que vous ayez mal lu : j’ai été auditionné et dit ce que je pensais et jamais signé quoique ce soit
Dans de nombreux textes et conférences de presse j’ai vivement condamné ce plan.
Je vous renvoie par exemple au livre « Psychjatrie en Péril »
j’ose espérer qu’il s’agit d’une grave erreur de votre part et que vous rectifierez en conséquence

Dr Hervé BOKOBZA

2 — Réponse : Cher Monsieur,

Je vous remercie de votre lettre et de votre vigilance.

Certes, vous n’avez pas signé le rapport Cléry-Melin et je reconnais volontiers avoir commis une erreur. Mais, comme vous le dites vous-même, votre nom figure parmi tous ceux qui ont été entendus. Vous dites, et je vous crois, que vous avez contesté ce rapport après ladite audition. Voulez-vous me communiquer les textes à travers lesquels vous avez pris position contre ce rapport? Je m’engage à les publier immédiatement sur mon site, sans la moindre censure, et cela fera office de réparation puisque vous me demandez de rectifier selon vos termes « une grave erreur ».

Que j’accède à votre demande, parfaitement légitime, n’empêche pas de vous rappeler quelques événements passés.

J’ai souvenir en effet d’une émission de radio dans laquelle vous attaquiez les positions de Jacques-Alain Miller, lequel, à cette époque, avait créé avec nous une Coordination psy dans laquelle étaient représentés les principaux courants de la psychothérapie relationnelle. Cette coordination était soutenue par de grands intellectuels français : Jean-Claude Milner, Catherine Clément, Bernard-Henri Lévy, Élisabeth Roudinesco et bien d’autres encore.

À l’époque, emporté par vos propos – ce qui est votre droit – vous n’avez pas eu que je sache un mot de compassion envers nous, comme d’ailleurs l’ensemble de la communauté des psychiatres et des psychanalystes.

Nous fûmes les premiers à nous retrouver victimes d’une loi incohérente, qui, désormais, se retourne contre vous, contre la psychiatrie elle-même, contre ses représentants. Contrairement à vous, nous avons eu, au-delà de certains dérapages de parole, le souci de toujours rechercher une certaine unité.

Qui sommes nous ? Rien, puisque nous voici dépossédés de notre nom par une loi qui vous permet de prendre notre place. Que serez-vous demain ? Peu de choses, hélas puisque votre discipline risque de disparaître à mesure qu’un transfert de compétences s’opérera vers les psychologues d’un côté et les neurologues de l’autre. Qu’avons nous à perdre ? Rien, puisque nous ne sommes rien et qu’en France nous n’avons jamais obtenu la moindre reconnaissance ni de l’État, ni des psychiatres, ni des psychanalystes. Qu’avez vous à perdre ? Tout, puisque vous êtes désormais menacés de n’être plus rien, comme nous le sommes.

Cher Monsieur, au lieu d’être indifférent à notre sort, vous auriez dû, vous et vos collègues, nous soutenir, dans un vaste front commun contre cette loi incohérente dénoncée par de nombreux sénateurs, et contre le rapport Cléry-Melin. Vous avez critiqué ce rapport, mais vous ne nous avez pas soutenus. Quant à moi, je n’agis pas comme vous puisque j’ai signé toutes les pétitions en votre faveur et que je les installe sur mon site.

À présent qu’à votre tour vous vous battez à juste titre pour votre survie, j’espère que la sagesse vous viendra de comprendre que dans cette affaire, nous sommes désormais, par anticipation, dans la situation qui un jour, hélas, sera peut-être la vôtre. À ceci près que, du fond de notre inexistence légale, nous compatissons à votre malheur et ne manquerons jamais de marquer notre solidarité.

Je vous propose, en guise de réparation, de publier sur mon site votre lettre et ma réponse et, si vous le voulez, la réponse que vous voudrez bien m’adresser quel que soit son contenu.
Je vous prie d’agréer, Cher Monsieur, l’expression de mes sentiments respectueux.

Philippe Grauer

3 — Réponse du Pr. Bokobza

– la conclusion du livre « psychiatrie en péril » ; tout y est.


Appel des 139

Le 2 décembre 2008, dans une enceinte psychiatrique hospitalière, se saisissant d’un crime pourtant très rare commis par un patient diagnostiqué comme schizophrène, le président Sarkozy a annoncé un plan pour la psychiatrie aux conséquences dévastatrices.

Dans ce discours, les fondements même de la psychiatrie ont été attaqués avec la plus grande brutalité, celle qui amadoue pour mieux exécuter.

Il aura suffi d’un fait divers dramatique pour relancer une politique de la peur dont le projet de centres de rétention de sûreté tout comme les soins sans consentement en ambulatoire sont le parachèvement.

En amalgamant la folie à une pure dangerosité sociale, en assimilant d’une façon calculée la maladie mentale à la délinquance, est justifié un plan de mesures sécuritaires inacceptables.

Alors que les professionnels alertent régulièrement les pouvoirs publics non seulement sur les conditions de plus en plus restrictives de leur capacité de soigner, sur l’inégalité croissante de l’accès aux soins, mais aussi sur la mainmise gestionnaire et technocratique de leurs espaces de travail et d’innovation, une seule réponse leur a été opposée : attention danger, sécurisez, enfermez, obligez, et surtout n’oubliez pas que votre responsabilité sera engagée en cas de dérapage .

Un pas vient d’être franchi, l’heure est trop grave pour que la résignation l’emporte.

Que peut signifier cette prétendue méconnaissance, en réalité cette volonté délibérée d’ignorer les réalités de la psychiatrie ?

Il y a les faits, il y a les chiffres : le rapport de la Commission « Violence et santé mentale » dénombre qu’en 2005 sur 51 411 mis en examen dans des affaires pénales (crime ou délit) 212 ont bénéficié d’un non-lieu pour irresponsabilité mentale, c’est-à-dire 0,4 % des crimes et délits ! Mais en revanche, la prévalence des crimes violents contre les patients psychiatriques est 11,8 fois plus importante que par rapport à la population générale. La proportion des vols à leur encontre est 140 fois plus importante !

Nous, soignants en psychiatrie, n’acceptons pas que la plus haute autorité de l’état répande de tels propos, qui laisseraient croire que les personnes atteintes de troubles psychiques font bien plus souffrir la société que celle-ci ne les aliène. Nous n’acceptons pas non plus que ces citoyens soient jetés en pâture à la vindicte populaire pour maintenir de manièère forcenée, irresponsable, le ferment de la peur.

« La politique de civilisation » annoncée est une politique de rupture du lien car elle tente de bafouer les solidarités sociales qui ont permis de sortir du grand enfermement de la folie. Il n’y a pas d’exercice possible de la psychiatrie sans respect constant des valeurs de la République : celles qui en énonçant le respect de la séparation des pouvoirs permettent à la démocratie de rassembler solidairement afin de ne pas exclure les plus démunis.

Devant tant de « dangerosité » construite, la psychiatrie se verrait-elle expropriée de sa fonction soignante, pour redevenir la gardienne de l’ordre social ?

Nous, citoyens, psychiatres, professionnels du soin, du travail social, refusons de servir de caution à cette dérive idéologique de notre société

Nous refusons de trahir notre responsabilité citoyenne et notre éthique des soins dans des compromissions indignes et inacceptables.

Nous refusons de voir la question des soins psychiques réduite à un pur contrôle sécuritaire criminalisant outrageusement la maladie mentale.

Nous refusons d’être instrumentalisés dans une logique de surveillance et de séquestration.

Pour maintenir la fonction soignante en articulation permanente entre le singulier et le collectif, nous refusons l’aveuglement d’une supposée culture de l’efficacité immédiate concernant des problèmes qui n’existent que peu.

Dans le champ de la psychiatrie, des actions s’opposent à la normalisation des enseignements ( sauvons la clinique ), des pratiques prédictives (pas de zéro de conduite), des dérives scientistes assignant à la psychiatrie le devoir de prévoir l’avenir (non à la perpétuité sur ordonnance, politique de la peur).

Nous soutenons et accompagnerons toute perspective de regroupement de ces initiatives car elles vont toutes dans le même sens : défendre et soutenir la dignité des patients qui nous sont confiés ou qui se confient à nous.

Faudrait-il que nous entrions en résistance par la désobéissance civile, pour soutenir la possibilité d’une psychiatrie au service des sujets en souffrance, respectueuse du sens de leur existence, et non une psychiatrie servant au maintien de l’ordre sécuritaire stigmate de l’asservissement de la population par la peur ?

«  Il faut de la crainte dans un gouvernement despotique : pour la vertu, elle n’y est point nécessaire, et l’honneur y serait dangereux . » Montesquieu


signez la pétition.

  • 1 (Psychiatre, Saint Martin de Vignogoul)
  • 2 La toute première édition de ce texte avait omis le {non devant Signataire, d’où l’échange de correspondance, à propos d’une information inexacte, relevée par H. Bokobza, comme l’indique le dialogue qui suit.
  • 3 Le professeur Bokobza rectifie dans le dialogue qui suit, quelques §§ plus bas, ce qui n’invalide pas l’argumentation sur l’absence de solidarité avec la psychothérapie relationnelle.

Dangerosité des malades mentaux ou de ceux qui la dénoncent ?

TROP C’EST TROP !

Une réponse au discours du Président de la République

Le milieu psy est en ébullition. Les hospitaliers représentent le gros de la cavalerie psy. Les psychothérapeutes relationnels, depuis que l’ANOP, l‘Association nationale des organismes de psychologie, une décennie après l’instauration du statut de psychologue (1985), les eût exclus de son sein (1« ), et que les Commissions d’homologation chargées d’examiner l’équivalence des cursus des psychothérapeutes (relationnels, on les disait alors psychothérapeutes tout court, c’était eux qui étaient en train de faire de cette fonction un titre) les eussent éliminés en un tour de dossier, n’œuvrent plus en milieu hospitalier.

Cela n’empêche pas de nous porter solidaires de la lutte des psychologues cliniciens travaillant dans le cadre en pleine mutation de la Santé mentale, qui dénoncent les coups portés à leur clinique. Le travail des psychothérapeutes relationnels appartient au paradigme du travail clinique lorsque celui-ci s’inspire de la dynamique de la subjectivation. À ce titre le Cifp fait sienne la protestation humaniste de Joseph Mornet.

Il se reconnaît dans la dénonciation de « la disparition de l’enseignement de toutes les approches ne rentrant pas dans le moule de l’utilitarisme et du contrôlable« . Il protège et soutient l’idée que de bonnes Écoles non universitaires, agréées par les institutions historiques de la profession, préparent de façon irremplaçable à l’exercice de ce métier aussi difficile que spécifique. Il sait que le statut de la folie interfère avec la pratique rigoureuse du souci et soin de soi, dans l’immense majorité des cas située à la marge des pathologies mentales lourdes. Il l’intègre à son cadre de référence, elle participe de son horizon clinique et épistméologique. Il est fier de former des praticiens étrangers tant au cochage qu’au fichage.

Il appuie les Sauvons la clinique. Il appuie la mouvance des indisciplinés. Il sait que la psychothérapie relationnelle propose aux sujets en devenir de ne devenir conformes qu’à leur désir bien authentifié. Pas forcément aux injonctions présidentielles.

Philippe Grauer


La situation qui est faîte aux personnes atteintes de souffrance et de pathologie mentales aussi bien qu’à ceux et celles qui s’en occupent est devenue totalement intolérable.

Ceux là mêmes qui dénoncent la dangerosité du malade mental, la nécessité de l’enfermer et le laxisme de ceux qui en ont la charge sont précisément ceux là mêmes qui ont créé cette situation inacceptable.
Ce sont eux qui ont fermé les lits des hôpitaux, qui ont réduit la durée des séjours, qui ont étouffé le soin dans des logiques de gestions protocolaires et évaluatives et de rentabilité financière. Ce sont les mêmes qui veulent, à nouveau, traquer le futur porteur de trouble dès l’âge de trois ans, l’enfermer dès 12 ans et le ficher dès 18.

Ce sont eux qui oeuvrent à exclure de la formation du futur soignant ou éducateur toutes les disciplines qui peuvent indiscipliner par des approches sans doute jugées pas suffisamment utilitaristes ou contrôlables. Il nous faut renoncer au seul regard « sécuritaire » porté sur notre métier et sur la psychopathologie. Il nous faut refuser de réagir à ce seul plan que l’on s’évertue à nous imposer : l’accepter c’est déjà perdre, car c’est l’ouverture à l’évidence de tout ce qui en découle.

S’il y a une victime de la situation actuelle autour de la folie c’est d’abord la personne qui en souffre, son entourage et ceux et celles qui l’accueillent et la soignent.

Revenons à ce qui fonde nos pratiques, nos conceptions de l’homme et de sa liberté et celle de nos institutions et de nos groupes sociaux. Unissons-nous autour de ce que nous dénonçons mais aussi de ce que nous revendiquons.

Il ne faut jamais oublier que tout commence par la formation : « Sauvons la clinique} gravement menacée par la disparition de l’enseignement de toutes les approches ne rentrant pas dans le moule de l’utilitarisme et du contrôlable.

– Défendons une école où l’enfant ne sera pas traqué dès son plus jeune âge pour savoir quel futur citoyen il sera.

– Refusons toute forme de fichage.

Les multiples réactions qui se sont manifestées sont réjouissantes par l’espoir qu’elle soulèvent : à nous tous de savoir les transformer en actions et non pas seulement en réactions.


  • 1 Non sans auparavant s’être inspiré du code de déontologie du SNPPsy (1982) pour rédiger celui des psychologues.

Mesure pour mesure : inapplicable à ce qu’on prétend mesurer.

Le midi de l’âme au quatorze heure de la scientistique.

Quand on joue à mesurer l’incommensurable et s’efforce de faire passer l’âme sous les fourches caudines du scientisme et de la scientistique réunies, on aboutit à des absurdités dont des absurdités encore plus absurdes s’efforçant de vous tirer de là vous enfoncent davantage.

Telle s’affiche ici la morale de cette histoire, nos chercheurs se ridiculisent, à l’instar du bon Nasredine Hodja, ce héros soufi, qui cherchait autour d’un éclairage public sa clé perdue. Quelqu’un l’aide, et comme ils ne trouvent rien :

« — Êtes-vous certain de l’avoir égarée ici ?

— Pas du tout, c’est là-bas qu’elle est tombée de ma poche. Mais là-bas il n’y a pas de lumière. »

La dégénérescence de la psychiatrie en neuropsychiatrie chargée d’administrer à tous le dispositif postmoderne de la santé mentale, conduit à une modification du paysage clinique de la souffrance psychique. Il s’agit de s’assurer de la normalité de tous, y compris des normaux qui peuvent s’ils ne contribuent pas eux-mêmes à leur propre surveillance sécuritaire et celle de leurs enfants depuis la naissance — moment critique c’est bien connu, verser à tout moment dans l’anormalité la délinquance et Dieu sait quelle horreur.

Cet univers de cauchemar, post freudien en plus de post moderne, s’installe sans faire de bruit sous nos yeux grâce aux efforts émérites de nos chercheurs ridicules, établissant en épidémiologisant l’intime, le midi de l’âme aux quatorze heures de leur pseudo rationalisme, évaluateur à tout va, à rien ne va plus.

On notera au passage que dans cette communication le terme générique de psychothérapie, qui veut dire tout, son contraire et le reste, se trouve délaissé au profit de son aphérèse thérapie, ce qui élargit encore la marge d’incertitude autour du terme.

Cadeau de Noël, régalez-vous en attendant de leurs incohérences. En réalité la psychanalyse n’est pas davantage réhabilitée par le Jama qu’invalidée par l’Inserm. Ce comparatisme épidémiologique utile en médecine (avec ses limites toutefois) demeure inopérant dans le domaine psy dès que celui-ci touche à la dimension proprement humaine et subjective (cf. Carré psy, objectivation vs. subjectivation)

Philippe Grauer


Évaluations et thérapies

On se souvient du rapport de l »INSERM de février 2004 qui publiait les conclusions d’une expertise collective destinée à comparer tous les types de psychothérapies. Le rapport, très contestable que ce soit du point de vue de la « méthode statistique » utilisée ou de la problématique qui l’animait, concluait à la supériorité des TCC.

Or un rapport  vient d’être publié en octobre 2008 aux USA dans le JAMA — Journal of the American Medical Association ;  donne également les conclusions d’une comparaison des mêmes psychothérapies. La « méthode » utilisée semble analogue,  se prétend plus rigoureuse et donne des conclusions contraires à celles du rapport de l’INSERM.  

Évidemment, cela laisse rêveur. On se demandera comment des méthodes qui sont présentées comme scientifiques, parce que statistiques, peuvent conduire à des conclusions opposées. Par exemple, dans un des cas au moins la « méthode » serait-elle mal appliquée, les biais seraient-ils mal calculés, etc. Ne  faudrait-il pas admettre plutôt que dans les deux cas on s’obstine à mesurer (évaluer..) des objets qui ne relèvent pas de la mesure quantitative ? 

Vous trouverez ci-dessous un article paru très récemment dans le QUOTIDIEN du Médecin (édition réservée aux psychiatres) qui se fait l’écho du rapport en question, ainsi qu’un résumé bref du même rapport qui se trouve sur le site du JAMA. L’article est dû à Isabelle Hoppenot. 

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4 décembre 2008

Isabelle Hoppenot

Une métaanalyse de grande ampleur, dont les résultats ont été récemment publiés dans le «JAMA», démontre, chez des patients ayant des troubles mentaux complexes, la supériorité des thérapies psycho dynamiques de longue durée, comparativement à diverses approches thérapeutiques plus brèves. Une étude qui, pour le Pr. Bruno Falissard, souligne notamment l’importance d’une prise en charge au long cours et faisant intervenir la relation médecin-patient dans ce qu’elle a de plus intime.

Publiés début octobre dans l’édition en langue anglaise du « JAMA » (1), les résultats de la métaanalyse évaluant les thérapies psycho dynamiques de longue durée ont été largement commentés outre-Atlantique, « peut-être marquent- ils un certain retour en grâce de la psychanalyse ou tout au moins le retour de la place centrale de la subjectivité du patient, explique le Pr. Bruno Falissard. Il n’est pas rien que cet article ait été publié dans un organe majeur de communication de la médecine aux Etats-Unis, qui, de plus est appuyé par un éditorial élogieux. Ce qui va bien sûr a l’encontre de la doxa que l’on avait l’habitude d’entendre. » Il faut souligner que cette revue quantitative de la litterature répond a une rigueur méthodologique, qui n’est pas si évidente à obtenir en pratique. Certes, elle a des limites, qui tiennent au principe même de la métaanalyse, en l’occurrence au fait que les essais négatifs, non publiés en général, ne sont de facto pas pris en compte.

Essais randomisés et études observationnelles

L’analyse a porté sur 23 études, 11 essais randomisés et 12 études observationnelles, qui ont inclus plus de 1 000 patients présentant des troubles mentaux complexes, comme des troubles de la personnalité, des troubles mentaux chroniques, des troubles mentaux comorbides. « Afin de limiter l’impact du caractère « un peu flou » de cette définition, les données ont été recueillies par deux méthodologistes indépendants avec évaluation d’un accord inter-juge. »

Seules les psychothérapies dynamiques individuelles d’une durée supérieure à un an, ou 50 sessions, ont été comparées aux traitements contrôles, le plus souvent des psychothérapies brèves, parfois cognitives.

L’analyse des données, qui portaient sur de nombreux critères, selon une méthodologie, là encore correcte, donne des résultats convergents et conclusifs : après thérapie psycho dynamique de longue durée, les patients vont mieux. Par ailleurs, en se fondant sur un large faisceau de critères, le traitement au long cours fait plutôt mieux que l’ensemble des autres approches. « Enfin, ces patients, souligne Bruno Falissard, ont un profil qui correspond à celui de ceux rencontrés en consultation, notamment en pratique libérale. » Un élément qui donne encore plus de pertinence clinique à ce travail

Des arguments pour un traitement intensif.

« Une donnée très importante de cette méta-analyse est la corrélation entre le niveau d’efficacité de la thérapie et non pas sa durée, mais le nombre de séances. Les patients ont bénéficié en moyenne de 130 séances, dont les bénéfices ont été d’autant plus marqués qu’elles étaient rapprochées. Cela est tout à fait pertinent cliniquement et doit nous inciter à concentrer les soins plutôt qu’à les saupoudrer, poursuit Bruno Falissard.

Ce travail est également porteur d’enseignements utiles à notre réflexion sur l’évaluation des psychothérapies :

1) De tels essais sont possibles;

2) Ils ont, bien entendu, des limites (quid d’un placebo de psychothérapie, quid de la généralisation des résultats à la vraie vie, problème fréquemment rencontré dans -les études randomisées).

Il faut donc envisager des approches complémentaires, comme des études longitudinales de suivi de cas »


(1) Efficacité à long terme de la psychothérapie psychodynamique. Une métaanalyse.

Falk Leichsenring, DSc;  Sven Rabung, PhD

JAMA. 2008;300(13):1551-1565

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RÉSUMÉ

Contexte

La place de la psychothérapie psychodynamique à long terme (LTPP) en psychiatrie est controversée. Il manque une recherche de résultats convaincants concernant LTPP.

Objectif

Examiner dans une méta-analyse les effets de la LTPP, particulièrement dans les troubles mentaux complexes, comme les patients présentant des troubles de la personnalité, des troubles mentaux chroniques, des troubles mentaux multiples, et des désordres complexes dépressifs et d’angoisse (associés à des troubles mentaux d’évolution chronique et/ou multiples).

Sources des données

Les études de LTPP éditées entre le 1er janvier 1960 et le 31 mai 2008 ont été identifiées par une recherche automatisée utilisant MEDLINE, PsycINFO, et le Current Content, complété par un contact avec des experts de ce domaine.

Sélection des études

Seules étaient incluses les études ayant employé une psychothérapie psychodynamique individuelle pendant au moins une année, ou 50 sessions, avec schéma prospectif, des mesures fiables des résultats rapportés. Les essais contrôlés randomisés (ECR) et les études d’observation ont été pris en compte. Vingt-trois études faisant participer un total de 1053 patients ont été incluses (11 ECR et 12 études d’observation).

Extraction des données

Les données sur les caractéristiques des études et les résultats du traitement ont été extraites par 2 évaluateurs indépendants. Les effets taille ont été calculées pour l’efficacité globale, les problèmes de ciblage, les symptômes psychiatriques généraux, l’état fonctionnel de la personnalité, et la fonction sociale. Pour examiner la stabilité des résultats, les effets taille ont été calculées séparément à la fin pour l’évaluation en fin de traitement et lors du suivi.

Résultats

Selon les analyses comparatives des ECR, la LTPP a montré des résultats sensiblement plus élevés pour l’efficacité globale, les problèmes de ciblage, et la fonction de la personnalité que les formes plus courtes de psychothérapie. En ce qui concerne l’efficacité globale, un effet taille intergroupe de 1.8 (intervalle de confiance à 95% [IC], 0.7-3.4) montrait qu’après traitement par LTPP les patients présentant des troubles mentaux complexes étaient en moyenne mieux que 96% des patients des groupes de comparaison (P=0.002). Dans les analyses de sous-groupe, la LTPP montrait des effets taille intragroupe significatifs, importants, et stables pour des troubles mentaux divers et en particulier les troubles mentaux complexes (extrêmes, 0.78-1.98).

Conclusions

Il existe des preuves que la LTPP est un traitement efficace des troubles mentaux complexes. Il est nécessaire que plus de travaux de recherche s’intéressent aux résultats de la LTPP dans des troubles mentaux spécifiques et incluent des analyses de rentabilité.


Textes communiqués par le Bulletin de la SIHPP.

Pychiatrie : nous refusons la politique de la peur — La pétition du Monde.

Le texte de la pétition suivante est paru dans LE MONDE du 13 décembre 2008

La psychiatrie vigoureusement attaquée par le pouvoir qui se la veut répressive et agressive contre les « dangereux », devient une profession sinistrée. Elle a oublié de soutenir les « charlatans », elle paye la facture. C’est toute la société française qui la paye, la facture, et le Carré psy retentit dans son ensemble du véritable changement de paradigme auquel nous assistons.

Il convient de soutenir ce qui peut rester de la psychiatrie, liée à la psychodynamique. De la psychiatrie qui ne s’est séparée de la neurologie qu’en 1968, et que la nouvelle tendance reneurologise. À bas l’inconscient, vivent les neurones ! et vive la flic-iatrie !

Évidemment cette politique à la Charles X ne saurait durer toujours. Réunissons l’ensemble des forces restée vivantes et raisonnables dans ce pays, pour barrer la route à l’ultraconservatisme autoritaire qui aimerait liquider les sciences humaines, ce qui ne manquerait pas de produire des incidences sur la vie citoyenne. Vive la psychodiversité et un bénéfique respect des « autres », sans exceptions.

La première exception, présentée manipulation émotionnelle médiatique à la clé, légitime les suivantes, ensuite le savon sur la pente conduit au bridage des libertés publiques, et à la mise au pas des professions psys, de toutes, les professions psys. Renaissance de l’Ortf, reprise en main du secteur psy, autoritarisme en marche, même combat. Le nôtre : y faire face.

Philippe Grauer


Nous refusons la politique de la peur

En assimilant maladie mentale et danger social, le président de la République amplifie une politique sécuritaire inquiétante

Les annonces de Nicolas Sarkozy, le 2 décembre, au centre hospitalier spécialisé Erasme, à Antony, sont en remarquable continuité avec les décisions prises depuis l’époque où il était ministre de l’intérieur : loi sur la prévention de la délinquance, amputée de ses articles portant sur les malades mentaux, mais finalement réintroduits dans leur essence dans la loi de rétention de sûreté, fichier Edvige, et maintenant loi sur l’hospitalisation psychiatrique.

L’amalgame organisé depuis la loi du 30 juin 1838 entre ordre public et obligation de soins trouve aujourd’hui son achèvement en une identification du soin à la seule mesure d’ordre public au nom d’une dangerosité potentielle. Il s’inscrit dans un ensemble liberticide. Depuis environ trois ans, à chaque victime exemplairement médiatisée, répond une nouvelle loi répressive.

Cette logique démagogique ose avec arrogance déclarer ne connaître que les droits de l’homme pour la victime et subordonner les droits des  » autres  » à leur dangerosité. Logique de juriste besogneux qui se doit d’étalonner le droit à une justice d’élimination. Logique de violence sociale qui condamne la psychiatrie à repérer, contrôler et parquer à vie les marginaux, déviants, malades, désignés potentiellement dangereux. Logique de l’abus rendu légal, enfin, puisque cette dangerosité n’est ni définie ni précisément limitée, ouvrant la voie à une extension indéfinie des mesures qui la visent. Obsession qui transforme tout accident en événement intolérable, la moindre erreur en défaillance monstrueuse, légitimant des précautions sans cesse durcies et toujours condamnées à se durcir car on ne supprimera jamais la possibilité d’un risque.

A terme, nous ne serions même pas dans la mise en place d’un système de défense sociale – historiquement institué et toujours présent dans de nombreux pays européens – à côté d’un système de soins psychiatriques  » civil « , mais dans le formatage d’une  » flic-iatrie  » dans les murs d’un asile d’aliénés postmoderne comme dans la ville.

Nous tenons à alerter du danger les familles et leurs associations, les associations de patients et ex-patients. Le projet du président de la République n’est pas une obligation de soins ambulatoire, mais bel et bien une détention ambulatoire qui sur le plan des soins se résumerait à l’injection bimensuelle ou mensuelle d’un neuroleptique à action prolongée ou à la prise forcée d’un thymorégulateur. Sur le plan de la liberté individuelle, ce projet placerait le sujet sous un régime de liberté surveillée : tutelle à la personne, assignation à résidence, bracelet électronique. Tout cela sous l’égide des services préfectoraux, des services de psychiatrie publique… et de la famille.

Pourquoi, alors, pour les soignants rechercher et travailler le consentement libre et éclairé ? Pourquoi pour les services de psychiatrie se mettre dans l’obligation d’accueillir, d’écouter, de prendre soin, de soigner, d’accompagner un sujet souffrant, c’est-à-dire de le considérer dans sa dignité et sa singularité de personne, d’individu social et de sujet de droit ?

Disons aussi aux usagers et à tous les citoyens que le soutien affiché par le chef de l’Etat à la ministre de la santé pour son projet de loi  » hôpital, santé, patients et territoire « , son chantage public au soutien à ses réformes, confirme qu’il n’y a pas contradiction entre politique sécuritaire et politique de réduction des moyens pour la santé et le social. De plus, il semble aussi mettre fin à la psychiatrie de secteur comme psychiatrie généraliste.

Que de vigilance obligée, que d’énergie perdue pour défendre les moyens existants face au bulldozer administratif et comptable. Pour les internés, nous savons : des moyens pour des cellules d’isolement, des unités pour malades difficiles, des vigiles et des caméras de surveillance. Quant aux personnes qui seraient soumises au traitement psychiatrique ambulatoire contraint, selon quels critères une telle mesure serait-elle prise, ou levée ?

Que nous soyons contraints de répéter une fois de plus qu’il n’y a pas à assimiler crime ou délinquance et  » maladie mentale « , dangerosité et  » maladie mentale « , nous blesse au regard des décennies de luttes et de pratiques de progrès dans le champ de la santé mentale.

Que nous soyons contraints de répéter qu’il n’y a pas de risque zéro, que les politiques dites de  » tolérance zéro  » n’éliminent pas la dangerosité sociale, nous fait craindre que nous tendions – loi d’attaque sociale après loi d’élimination, outrances policières ou politiques après outrances policières – au système décrit et dénoncé par Hannah Arendt : le totalitarisme ne tend pas à soumettre les hommes à des règles despotiques, mais à un système dans lequel les hommes sont superflus.

Le type de pouvoir exécutif à l’oeuvre ne laisse rien échapper, intervient sans cesse sur les professionnels pour les sanctionner et les corriger au moindre accident. Il conduit ceux-ci à l’excès de zèle pour prévenir les risques de ce qui n’est même plus excusé en tant que  » bavures « . Au mieux, nous avons droit aux phrases compassionnelles du chef de l’Etat. 

La banalité du mal s’installe en même temps que les scandales s’accumulent : pour les sans-papiers, il faut faire du chiffre ; pour éduquer les collégiens contre la drogue, il faut faire une descente musclée de gendarmes ; pour que  » justice soit faite « , il faut l’affaire consternante du journaliste de Libération ou encore la menace de centres de rétention pour SDF récalcitrants.

Il ne s’agit donc guère de sagesse populaire et de vertu républicaine, mais bien d’une idéologie populiste et d’une politique sécuritaire dangereuses, qui dans le même temps poursuivent au pas de course la démolition des services publics et une politique de santé entrepreneuriale et de paupérisation. Nous nous déclarons opposants résolus à cette idéologie et à cette politique. Nous déclarons que nous continuerons d’y résister concrètement et solidairement. Nous appelons tous ceux qui agissent à élaborer un manifeste constituant d’un front du refus. 
© Le Monde


Signataires.

Francine Bavay, vice-présidente de la région Ile-de-France chargée des solidarités et du développement social, les Verts ; 
Alain Buzaré, psychiatre, responsable de service, Angers ; 
Alain Chabert, psychiatre responsable de service, Chambéry ; 
Franck Chaumon, psychiatre, psychanalyste, association Pratiques de la folie ; 
Jean Danet, universitaire,Nantes ; Gilles Devers, avocat, Lyon ; 
Claude-Olivier Doron, philosophe et anthropologue de la santé, université Paris-VII ; 
Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l’homme ; 
Dominique Friard, vice-président du Serpsy, cadre de santé ; 
Jean Furtos, psychiatre, directeur scientifique de l’Orspere/Onsmp ; 
Claire Gékière, secrétaire de l’Union syndicale de la psychiatrie ; 
Serge Klopp, cadre de santé, militant du PCF, Paris ; 
Pénélope Komites, adjointe au maire du 12e arrondissement chargée de l’action sociale, les Verts ; 
Olivier Labouret, psychiatre responsable de service, Toulouse ; 
Jean-Claude Laumonier, responsable du secteur santé de la LCR, cadre de santé retraité ;
Christian Laval, sociologue, Orspere/Onmsp, Lyon ; 
Anne-Marie Leyreloup, psychiatre, présidente du Serpsy ; 
Claude Louzoun, président du Comité européen : droit, éthique et psychiatrie, membre de l’Union syndicale de la psychiatrie ; 
Jean-Pierre Martin, psychiatre, vice-président du Cedep ; 
Jacques Michel, Institut des sciences politiques, Lyon ; 
Marie Napoli, présidente de l’Union syndicale de la psychiatrie ; Pierre Paresys, psychiatre responsable de service, Lille ;
Marie Rajaplat, vice-présidente du Serpsy ;
Pauline Rhenter, politologue, groupe de recherche en sciences sociales ville et santé mentale, Paris ; 
Jean Vignes, secrétaire fédération SUD Santé-Sociaux.
_________________________________________________

CINÉ PHILO: Sous le soleil de Satan

Sous le soleil de Satan

de Maurice Pialat, adaptation du roman éponyme de Georges Bernanos publié en 1926.

Un film remarquable, qui n’a pas été beaucoup vu après sa Palme d’or très mouvementée à Cannes en 1987, avec toute une gamme de sentiments et d’expériences existentielles fortes, une véritable mine pour des psys doués du sens de l’observation.


Séance suivie d’un débat philo animé par Daniel Ramirez
sur le sujet :

{L’homme faillible ou la chute des corps. Autour du Christianisme et de l’idée de redemption. }


L’Entrepôt — lieu des cultures — tel: 01 45 40 07 50

7, rue Francis de Pressensé, Paris 75014

métro Pernety

prix unique 8 €

Claude Olievenstein, psychiatre, mort à Paris le 14 décembre 2008

Fondateur du Centre Marmottan pour le traitement des toxicomanes, à Paris, Claude Olievenstein est mort à Paris, dimanche 14 décembre, des suites d’une maladie de Parkinson invalidante. Il en avait senti très tôt les effets dévastateurs, au point de consacrer l’un de ses ouvrages à cette question (Naissance de la vieillesse, Odile Jacob, 2000). L’un de ses nombreux livres. Ainsi, dans Le Non-dit des émotions , Odile Jacob, 1988, il explorait l' »indicible » au-delà de la langue ; L’Homme parano , Odile Jacob, 1992, peut être considéré comme un véritable manuel clinique des petits et des grands délires de persécution.

« J’aurais pu être un petit nazi si je n’avais été, aussi, un petit juif » : c’est ainsi que commence le livre majeur de celui que l’on appelait « Olive » et qui fut le pionnier du traitement des toxicomanes en France (Il n’y a pas de drogués heureux, Laffont, 1977). En écrivant ces lignes provocatrices, il savait pourtant qu’il avait déjà choisi son camp : celui des victimes, et non pas celui des bourreaux.

Claude Olievenstein était né à Berlin le 11 juin 1933. Enfant, il assista à une scène classique d’humiliation, celle-là même qui, à Vienne, au milieu du XIXe siècle, avait été infligée au père de Sigmund Freud. Un soir, après qu’il eut été emmené au cirque par son grand-père, avec son frère Armand, il vit un nazi gifler le vieil homme et le jeter au sol : « Je le revois à quatre pattes, et, aujourd’hui encore, je ressens en moi une incroyable montée de haine. Mon grand-père, qui était un homme fier, s’est relevé sans mot dire, a épousseté son chapeau et nous a repris par la main (…). Pour cet homme qui était très sincère, l’humiliation a été vécue comme un écroulement total, global. Et il a eu la réaction qui, vingt ans plus tard, serait la mienne : il a revendiqué sa solidarité avec son peuple.« 

Par deux fois, la famille Olievenstein échappe à l’extermination. D’abord en quittant l’Allemagne pour s’installer en France et ensuite en refusant de se soumettre au port de l’étoile jaune imposé par le régime de Vichy.

Après une enfance qui lui apprit à dissimuler ses origines, Claude Olievenstein rejoint Paris, ville aimée, où il poursuivra ses études : « Nous avions désormais notre place dans le monde. Nous avions le droit d’être nous-mêmes, le problème juif avait cessé d’exister. »

Les deux frères deviennent psychiatres. Sous le nom d’Armand Olivennes (1931-2006), l’aîné sera aussi poète et auteur de nombreux ouvrages. Il épousera Maria Landau, psychanalyste, élève et chef de clinique de Jenny Aubry (1903-1987), dont il aura trois fils. Quant au cadet, tout aussi iconoclaste et d’une générosité hors du commun, il découvrira son homosexualité après avoir aimé des femmes et rédigé des pages superbes sur sa compagne et collaboratrice, Edith, analysée par Jacques Lacan (1901-1981), et qui mourra en absorbant des somnifères.

Il ne cessera par ailleurs – après avoir été l’élève d’Henri Baruk (1897-1999) et avoir soutenu sa thèse sur le LSD – d’être un militant politique, contestataire de l’ordre psychiatrique, marqué par les travaux de Michel Foucault (1926-1984), puis ami d’un autre philosophe, Jacques Derrida (1930-2004).

Il adhéra d’abord aux Jeunesses communistes, dont il sera exclu, puis à l’Union des étudiants juifs de France. Après les événements de mai 1968, il fondera, en 1971, à l’hôpital de Marmottan, hideux bâtiment de brique rouge, le Centre médical d’accueil, d’orientation, de soins pour toxicomanes non alcooliques, dont le rayonnement sera considérable, en France et à l’étranger, notamment en Amérique latine. Il sera aussi nommé, en 1987, professeur associé d’anthropologie à l’université de Lyon, où il animera un séminaire sur les exclus et les marginaux.

HOSTILE À TOUT ESPRIT DE CHAPELLE

C’est en 1958, à l’hôpital de Maison Blanche – avant Villejuif et Sainte-Anne -, qu’il croise l’aventure de la psychiatrie de secteur, dont les artisans sont alors partagés en deux tendances. Les uns sont attachés à la nosologie classique ; les autres sont portés par l’enseignement de Jacques Lacan. « Pour ma part, disait Olievenstein, j’étais évidemment un chaud partisan de la psychanalyse, d’autant que je venais de découvrir Lacan, l’homme qui, avec Merleau-Ponty, (philosophe, 1908-1961) m’a, à ce moment-là, le plus influencé. »

Hostile à tout esprit de chapelle et grand voyageur en quête d’autres cultures, Claude Olievenstein fréquentera le divan sans intégrer aucun courant. Il n’empêche que l’expérience de Marmottan s’inscrit dans la grande histoire de l’approche dynamique de la psyché. En effet, rejetant à la fois l’institutionnalisation des drogues de substitution, parmi lesquelles la méthadone et les neuroleptiques – et non pas leur usage au cas par cas -, il privilégiait à Marmottan les prises en charge de longue durée fondées sur une relation transférentielle avec les patients, seule manière de les faire émerger lentement de l’enfer de la drogue.

Il fut vivement attaqué pour s’être opposé, pendant un temps, à la vente libre des seringues, n’hésitant pas ensuite à changer d’avis lorsque survint l’épidémie du sida.

Opposé autant à la dépénalisation, qui favorisait la jouissance autodestructive des toxicomanes, qu’à une politique répressive qui risquait de les confondre avec les narcotrafiquants, il usa de son franc-parler et de sa forte présence dans les médias pour se mettre au service des victimes – manière de ne pas oublier son destin initial.

La France doit beaucoup à Claude Olievenstein dans ce domaine. Il faut se rappeler la leçon d’humanisme, de tolérance et de rigueur qui fut la sienne, et non se complaire dans une logique sécuritaire de prétendue « domestication » qui ne fera que criminaliser davantage le peuple des drogués.


Dates clés

11 juin 1933
Naissance à Berlin.

1968
Médecin psychiatre.

1971
Fonde le Centre Marmottan à Paris.

14 décembre 2008
Mort à Paris.


Article paru dans l’édition du 17.12.08
Claude Olievenstein, psychiatre
LE MONDE | 16.12.08 | 16h11 • Mis à jour le 16.12.08 | 16h11

Pasdezérodeconduite : le livre et le film

Un livre

Enfants turbulents : l’enfer est-il pavé de bonnes préventions ? éditions Érès.

Un film

Enfants, graines de délinquants ? Cinétévé.


25 novembre 2008, Pasde0deconduite à l’espace Jemmapes. Intervention de Thérèse Petitpierre, suivie de ses impressions de la soirée.

Quelques mots en introduction à cette soirée, pour en situer le contexte et la visée :

Novembre 2007

 
– Le collectif Pasde0deconduite organise à Paris un colloque sur le thème Enfants turbulents : l’enfer est-il pavé de bonnes préventions ?  Nous avons pensé ce colloque comme un temps de rencontre et de débat entre des scientifiques, des chercheurs en biologie, neurobiologie, sciences de l’éducation et des professionnels exerçant dans le champ de la prévention, du soin, de l’accueil et de l’éducation de l’enfance, plus particulièrement la petite enfance. Le débat fut nourri, tant entre les intervenants eux-mêmes qu’avec, aussi, les participants inscrits, nombreux, à ce colloque.

– Les actes en sont parus au mois de mai dernier, aux éditions Érès, partenaires de cette soirée.

Novembre 2008 

– La chaîne de télévision France 5 diffuse le documentaire Enfants, graines de délinquants ?  , réalisé par Marina Julienne et Christophe Muel, produit par Cinétévé pour la 5.

Si, dès le lancement de l’appel « Pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans », la presse, écrite et parlée, la télévision et internet se sont faits les passeurs du message, il manquait un film qui éclaire le contexte sociétal et politique qui fait le terreau des approches prédictives telles que celle de l’Inserm et que combat le collectif. Vous le savez peut-être, Zéro de conduite  est le titre d’un film de Jean Vigo, projeté en public pour la première fois en 1933 et aussitôt interdit pour ne reparaître qu’une douzaine d’années plus tard. Tel n’est pas, heureusement, le destin d’Enfants, graines de délinquants ? puisque Cinétévé nous a donné son autorisation pour la projection de ce soir ainsi que pour toute autre projection militante.

Ce que nous allons voir se situe pour partie au Canada. Nous le savons, les expertises de l’Inserm et les approches prédictives et normatives concernant la souffrance psychique prennent source là-bas, de l’autre côté de l’Atlantique. Comme le dessine à grands traits le dernier communiqué de presse de Pasde0deconduite , les programmes de « promotion de la santé mentale », dont le film nous donne un aperçu, commencent à se déployer en France. Parallèlement, le gouvernement envisage la suppression des RASED (Réseau d’aide spécialisée aux enfants en difficulté) et la mise œuvre d’une politique de la petite enfance qui privilégie le gardiennage plutôt que l’accueil. Nous y reviendrons sans doute dans le débat.

Avant de laisser la place au film, au documentaire, je remercie au nom du collectif Fabienne Servan-Schreiber et Estelle Mauriac pour Cinétévé, Marina Julienne, qui ne peut être avec nous ce soir, et Christophe Muel, les réalisateurs, l’Espace Jemmapes pour son accueil généreux, plus particulièrement Gérard Caballero, Moustapha Aichouche, Cyril Bianes et Caroline Ninat, les éditions Érès ainsi que tous les auteurs du livre Enfants turbulents.

Impressions de la soirée

 :

Que dire de cette soirée ? La salle, 150 places, était pleine. Des psychologues, des psychiatres pédopsychiatres, des élèves éducatrices,  une traductrice et comédienne, des citoyens engagés, intéressés, notre rédacteur de l’Époque freudienne, Luc Garcia, qui est intervenu dans le débat et Michèle Gellert, membre du Bureau de l’association des Psychologues Freudiens. A la tribune, de nombreux membres du collectif, Christophe Muel et Antoine Lazarus, professeur de Santé publique qui a fait part de son analyse de la manière dont les méthodes canadiennes sont arrivées en France dans les années 80.

Dominique Terres, du collectif, a fait remarquer que dans le film, le mot « psychanalyse » n’était jamais prononcé et que les questions concernant l’abord génétique de la souffrance psychique n’y apparaissaient pas non plus. Christophe Muel a expliqué que Marina Julienne, qui est une journaliste scientifique, et lui, qui a réalisé aussi des films scientifiques – il m’a dit en aparté être l’auteur d’un film sur Orwell mais aussi d’un film sur le Tour de France – voulaient enquêter aux sources et n’avaient pas l’intention de faire un documentaire aussi militant. Mais au fur et à mesure que leur travail avançait, le film ne pouvait pas, pour eux, prendre une autre forme. Ils ont fait un travail de sélection important, ils avaient des heures de tournage pour un film de 52 minutes.

Au cours du débat, il a été question des « programmes de promotion de la santé mentale » (programmes PROMAT, CAPEDP) qui apparaissent en France, à titre expérimental d’abord et dans la perspective d’être ensuite étendus à un plus grand nombre. Sylviane Giampino nous a informés que Richard Tremblay (nos lecteurs ont pu prendre connaissance de ses triomphes ici-même, par la diligence d’IntercoPsycho) venait de recevoir le prix René-Joseph Laufer, de l’Académie des sciences morales et politiques de France, pour son livre Prévenir la violence dès la petite enfance , publié aux Éditions Odile Jacob (le prix René-Joseph Laufer récompense tous les deux ans un livre qui contribue à la prévention des problèmes sociaux).

Bonne nouvelle cependant : un article important de François Gonon, dont on peut lire une contribution passionnante dans le livre Enfants turbulents : l’enfer est-il pavé de bonnes préventions ? vient d’être publié dans une revue scientifique de renom. Le débat aurait pu se poursuivre s’il ne nous avait pas fallu quitter les lieux à 22h30, heure de fermeture de l’Espace Jemmapes.

Cliquez sur ce lien pour plus d’infos sur le site InterCoPsychos qui nous communique cet article.

À propos de l’Appel des 39

Les psys appellent à un électrochoc

(1« )

La psychiatrie mise à mal, laminée, une psychothérapie d’État au programme, laissant une petite place à la « psychopathologie clinique » c’est-à-dire à un minimum de psychanalyse universitaire, une psychanalyse qui ne tardera pas à se voir normalisée et étatisée, après satisfaction temporaire de ses revendications universitaires, une psychothérapie relationnelle marginalisée contrainte de se débaptiser, le plan santé mentale en cours cabosse le Carré psy, s’en prend en réalité au processus de subjectivation, milite en faveur d’une thérapie comportementaliste déshumanisante.

Les mésaventures de la psychiatrie n’en finissent pas, allant de pair avec la déconsidération de la profession de psychiatre. Il va falloir courir les rues pour trouver un psychiatre à visage humain, travaillant à l’ancienne. Le tout répressif sécuritaire tourne le dos à l’éthique de l’ensemble des professions psys. Dès que son ombre s’abat sur un pan du carré psy c’est l’ensemble qui en pâtit.

C’est pourquoi nous demeurons solidaires de nos collègues qui grondent à l’hopital. C’est vrai que ça résiste de toutes parts. Nous vivons la période où cette résistance n’est pas encore coordonnée, n’a pas atteint sa puissance collective. Cela viendra, à coup sûr.

Philippe Grauer


Le discours répressif de Nicolas Sarkozy, le 2 décembre, a mis la psychiatrie publique en ébullition. «Libération» publie «l’Appel» des 39 qui exprime le mécontentement du secteur.

L’onde de choc est violente. Depuis le 2 décembre et le discours de Nicolas Sarkozy à l’hôpital psychiatrique d’Antony (Hauts-de-Seine), où il a présenté «un plan de sécurisation des hôpitaux», le monde de la santé mentale est sens dessus dessous. Comme sidéré par ces annonces, formulées après l’agression mortelle d’un étudiant grenoblois par un patient de l’hôpital de Saint-Egrève (lire page ci-contre).

Le 2 décembre, le chef de l’état a parlé de réformes de la loi d’hospitalisation ; demandé la création de 200 chambres d’isolement — vous savez du genre de celle où l’on a démolli la sœur de Sandrine Bonnaire. Note de PHG — ; exigé le contrôle des permissions de sortie ; proposé la systématisation des soins sous contrainte. Plus saisissant, il a suggéré l’utilisation de bracelets électroniques pour les malades, à l’instar des délinquants. Un discours perçu comme un terrible retour en arrière. En écho, se multiplient initiatives et prises de positions, parfois contradictoires. Jusqu’à cet «Appel des 39», ce week-end, demandant aux soignants de «sortir de la résignation» (lire page 4).

Vendredi soir, dans un local syndical à Paris, ils sont donc 39 à tenter d’apporter une réponse commune. Fait peu habituel, il y a là les représentants de presque tous les syndicats de psychiatres, mais aussi des psychologues, des psychanalystes, des infirmiers. Ils sont réunis à l’initiative d’Hervé Bokobza(2« ), psychiatre à Montpellier, à l’origine des États généraux de la psychiatrie en 2003. Ce fut, alors, un moment fort, mais qui n’a débouché sur rien. Cinq ans plus tard, la communauté des psys va-t-elle se réveiller ?

«En tant que jeunes internes, on se sent coincés. Les chambres d’isolements ? On y a été habitués. L’omniprésence des neuroleptiques aussi. Les psychiatres sont complices. C’est un appel aux plus vieux ! Réveillez-vous, prenez position», a lancé le président des internes en psychiatrie.

«La majorité de nos collègues ont été choqués par le discours du Président. Mais comment réagir ? Faut-il aller trop vite, trop loin ?» s’est interrogé Angelo Poli, qui dirige le Syndicat des psychiatres d’exercice public.«Attendez, lâche un confrère, dans mon petit hôpital de province, je me bats déjà tous les jours contre les consignes du préfet, qui veut restreindre toutes les sorties des malades. Je ne sais pas combien de temps je vais tenir.» Patrick Chemlat, psychiatre reconnu, qui dirige un secteur à Reims : «Des traitements obligatoires, en ambulatoire, c’est-à-dire quand les patients sont chez eux, jamais je ne pensais que je verrais cela.» Une colère, évidente, massive, s’est déversée durant la soirée. Et, au final, un appel. «Il y a plein d’îlots de résistance, il faut les unir», a insisté Hervé Bokobza.

Que va-t-il se passer ? Au sein de la psychiatrie française, la situation reste un brin confuse. Entre les tenants d’une réponse forte et ceux qui ne veulent pas se laisser enfermer dans un discours «pour ou contre la sécurité».

Reste que la psychiatrie publique va mal. Délaissée, ballottée au gré des faits divers. En vingt ans, elle a perdu plus de 100 000 lits, sans qu’ils soient, le plus souvent, remplacés par des structures intermédiaires. Pendant ce temps-là, les malades sont pris en charge, parfois avec chaleur, d’autres fois avec des pratiques inhumaines. Souvent, ils attendent des semaines avant d’obtenir une consultation. Et nombre d’entre eux sont renvoyés dans la rue ou en prison.

Les psys sont en colère et l’objet de leur ressentiment porte un nom : Nicolas Sarkozy.

  • 1 Barbarie à présent pratiquée sous anesthésie beaucoup plus que ne croient ceux qui pensaient avoir triomphé de cette grande secoueuse. Ce titre d’Éric Favereau nous rappelle à propos involontairement que la psychiatrie lorsqu’elle se coupe de la psychologie dynamique, de l’influence de la psychanalyse et de la psychothérapie relationnelle, fait peur, et qu’il y a de quoi.
  • 2 Compromis dans le rapport Cléry Melin liquidateur de la psychothérapie, Bokobza oublie qu’il fut l’un des ordonnateurs de l’actuelle ruine de la psychiatrie en France requalifiée en neuropsychiatrie. Nous l’avons entendu en pleine amnésie participer comme si de rien n’était au dernier colloque de Sauvons la clinique. Note de la Rédaction.

Non à la perpétuité sur ordonnance !

La Révolution nous a donné le Comité de Salut public, qui sauva la France de l’invasion mais pas des horreurs de la Terreur. On nous propose une société de Sûreté médicale qui se fait fort de nous débarrasser du risque de crimes avant perpétration — s’ils devaient jamais être commis.

Tout est là. La scientistique a encore frappé. Elle transforme le virtuel statistique en réelle catastrophe citoyenne et de civilisation. La société de sûreté médicale ne nous débarrassera pas des problèmes qu’elle engendre, plus préoccupants que les maux auxquels elle dit s’attaquer. Un médecin peut comprendre cela, primum non nocere, si le remède est pire que le mal, s’abstenir.

Transformer, contre le principe de base de leur éthique, contre leur gré, des soignants en experts médico psychologiques maîtres de la liberté d’aller et venir après prison, préventivement à récidive imprédictible, mieux vaut éviter. Vie et destin : qui au monde est en droit de désigner son destin à son prochain ? La séparation des pouvoirs, comme aurait dit le bon La Fontaine, est-ce une loi plus sage ? Mon Dieu, préservez-nous des experts !

Et vous citoyens et professionnels du psychisme, mobilisez-vous avant que ce soit vous — ou votre enfant, qu’on s’avise de venir, sur quelque autre sujet, expertiser pour se protéger de vous à l’avance. L’enfermement préventif, il ne faut pas y mettre le bout du doigt, même (ou surtout, si l’on y songe) d’autrui, le bras qui y passera, le poignet qu’on menottera pour finir pourrait bien se révèler le nôtre.

La loi en passe d’entrer en rupture de droit ? la confusion organisée des niveaux entre maladie et crime, nous voici rendus inopinément dans le style rampant aux principes du soviétisme. Facile à tuer dans l’œuf, très coûteux à mettre à bas une fois qu’un peu d’insouciance lui aurait permis de s’installer. Mieux vaut réagir maintenant.

Il est question de récidivisme. Une certitude s’impose, la démarche populiste elle, récidive, à agiter le chiffon rouge de la souffrance de victimes pour orienter la psychiatrie vers la post répression et une prédictivité en réalité aporétique, muant dans l’affolement les ex condamnés en damnés.

Notre profession serait gangrenée par un tel dispositif, car tout se tient. Outreau n’aurait été qu’un avertissement sans frais ? Le règne des experts psys ne doit jamais advenir. À chacun de nous de l’en empêcher, sans attendre une minute de plus car dans ce genre de course chaque minute compte.

Philippe Grauer


La loi du 25 février 2008 relative à la rétention de sûreté fait rupture dans notre tradition juridique. Elle permet l’incarcération dans des établissements spéciaux de personnes condamnées qui, bien qu’ayant purgé leur peine, seront privées de liberté du fait de leur « particulière dangerosité ». Pour la première fois dans notre droit, des individus pourront être enfermés sur décision judiciaire non pour sanctionner des actes délictueux ou criminels, mais pour anticiper des actes qu’ils n’ont pas commis ! À juste titre, Robert Badinter a dénoncé dans cette loi une rupture majeure avec les principes fondamentaux de notre justice pénale.
Cette loi fait également rupture dans la tradition et l’éthique médicales, car c’est l’expertise médico-psychologique qui devient l’élément clé du dispositif pour décider de cette mesure de sûreté.

Alors que sa mission est de porter secours et de soigner, la médecine se trouve ici instrumentalisée dans une logique de surveillance et de séquestration. C’est le savoir psychiatrique qui légitimera l’incarcération d’individus au motif d’un diagnostic de « particulière dangerosité ». La privation de liberté est ainsi parée des habits de la science, comme si le savoir des experts permettait de prédire les actes criminels d’une personne.

C’est une mystification et une confusion organisée des registres.
Une mystification car il est faux que l’on puisse prédire, pour un individu donné, les actes à venir. L’usage que l’on fait à cet égard des statistiques concernant la récidive est une duperie, car ces chiffres concernent des populations, non des individus. Or c’est bien de la liberté d’un individu qu’il s’agit.

C’est une confusion que de demander à des soignants d’occuper cette place, car leur fonction, leur déontologie et leur éthique les situent du côté de la personne, ses libertés et ses contraintes, non d’un ordre public désincarné. Cette séparation fondamentale est une garantie essentielle des libertés, contre la tentation de faire le bien de chacun contre lui-même. La psychiatrie est familière de ces dérives : faut-il rappeler qu’il y eut des internements pour motifs politiques ?

La monstruosité de certains crimes et la souffrance terrible des victimes, dont chacun est saisi, sont utilisées pour aveugler la raison et céder aux politiques prétendument efficaces. C’est une manœuvre démagogique. On sait par avance que cette politique ne résoudra en rien le problème des criminels récidivants. Par contre ce dont on est sûr, c’est que ce dispositif, d’abord destiné à des populations restreintes s’étendra progressivement, au nom du principe de précaution. Ce fut le cas des mesures d’obligation aux soins, initialement destinées aux agresseurs sexuels, et qui sont aujourd’hui appliquées à une part croissante de personnes condamnées, quel que soit leur acte.

En assimilant le crime et la maladie – ce qui est une idéologie, et non pas un fait – on déplace progressivement la gestion de la peine vers la médecine, réalisant progressivement une société de sûreté médicale.
Au nom de notre éthique et de la nécessaire séparation des domaines, garante des libertés, nous, professionnels de la psychiatrie, déclarons publiquement refuser de participer à la mise en place de ce dispositif de rétention de sûreté. Parce que la psychiatrie n’est pas l’affaire des seuls psychiatres, chacun, concerné par ce refus, manifeste son soutien en signant et en faisant signer cet appel.


Premiers signataires

Association Pratiques de la folie – Alain Abrieu, psychiatre de secteur, chef de service, président de l’AMPI (Association Méditerranéenne de Psychothérapie Institutionnelle) – Jean Allouch, psychanalyste, Paris – Elsa Arfeuillère, psychologue, Evry – Stéphane Arfeuillère, psychologue – St Denis – Hervé Bokobza, psychiatre, psychanalyste, Montpellier – Mathieu Belhassen – interne en psychiatrie, Paris – Fethi Benslama, Directeur de l’UFR Sciences Humaines Cliniques, Paris VII – Olivier Boitard, psychiatre des hôpitaux, administrateur du CHI de Clermont de l’Oise – Paul Brétecher, psychiatre, psychanalyste, Paris – Loriane Brunessaux, interne en psychiatrie, Paris – Monique Bucher, psychiatre, Paris – Anne Chaintrier, psychiatre, psychanalyste, Paris – Patrice Charbit, psychiatre, vice président de l’AFPEP-SNPP ( Association française des psychiatres d’exercice privé, syndicat national des psychiatres privés) – Franck Chaumon, praticien hospitalier, psychanalyste, Paris – Patrick Chemla, psychiatre des hôpitaux, psychanalyste, Reims – Alice Cherki, psychanalyste, Paris – Jean Danet, maître de conférences à la faculté de droit de Nantes – Pierre Delion, Professeur de psychiatrie, Lille – Michel david, psychiatre des hôpitaux, chef de service du SMPR de Guadeloupe, Président de la Société Caraïbéenne de Psychiatrie et de Psychologie Légales – Olivier Douville, psychanalyste, maître de conférences Paris VII – Denis Duclos, sociologue, directeur de recherches au CNRS – Corinne Ehrenberg, psychanalyste, directrice de l’USIS Paris 14 – Patrick Faugeras, psychanalyste, Alès – Jean-Marie Fayol-Noireterre, magistrat honoraire, Lyon – Roger Ferreri, chef de service de psychiatrie infanto-juvénile, Evry – Jean-Jacques Giudicelli, psychiatre, psychanalyste, Paris – Roland Gori, psychanalyste, Professeur des Universités, Aix-Marseille – Françoise Gouzvinski psychologue en psychiatrie – Pascale Hassoun, psychanalyste, Paris – Clément Jallade, praticien hospitalier, Bouffémont – Sandrine Jallade, praticien hospitalier, Evry – Xavier Lameyre, magistrat chercheur, Paris – Guy Léres, psychanalyste, Paris – Marie-José Léres, psychologue en secteur de psychiatrie infanto-juvénile, Saint-Denis – Laurent Le Vaguerèse, psychanalyste, Paris – Danielle Lévy, psychanalyste, Paris – Serge Klopp cadre de santé, EPS Maison Blanche Paris – Paul Lacaze, psychiatre, Montpellier – Antoine Lazarus, Directeur du Département de Santé Publique et Médecine Sociale, Paris XIII – Loïc Le Faucheur, Psychologue, Evry – Claude Louzoun, psychiatre, Président du CEDEP (Comité européen droit, éthique et psychiatrie) – Sophie Martin-Dupont, praticien hospitalier, présidente du SPEEP (Syndicat des praticiens exerçant en prison), Le Mans, – Paul Machto psychiatre, psychanalyste, Montfermeil – Francine Mazière, linguiste, professeur émérite, Paris XIII – Patrick Merot, Psychiatre, psychanalyste, Nogent – Véronique Nahoum-grappe, anthropologue, EHESS – Marie Napoli, psychiatre des hôpitaux, présidente de l’USP (Union syndicale de la psychiatrie) – Okba Natahi, psychanalyste, Paris – Jean-Marie Naudin, Psychiatre, praticien hospitalier, professeur des universités, Marseille – Jean Oury, psychiatre, Clinique de La Borde, Cour-Cheverny – Catherine Paulet, psychiatre des hôpitaux, Présidente de l’ASPMP (Association des Secteurs de Psychiatrie en Milieu Pénitentiaire), Marseille – Vincent Perdigon, psychiatre, psychanalyste, Paris – Michel Plon, psychanalyste, Paris – Jean-Claude Polack, psychanalyste, Paris – Erik Porge, psychanalyste, Paris – Annie Ruat, psychiatre chef de service, MGEN, Paris – Marie Receveur, juge de l’application des peines, Lyon – Pierre Yves Robert, praticien hospitalier – Président du CSIP (Collège des soignants intervenant en prison), Nantes – Patrick Serre, praticien hospitalier, président de l’APSEP (Association des professionnels de santé exerçant en prison), Le Mans – Olivier Schmitt, psychiatre, Président de l’AFPEP-SNPP (syndicat national des psychiatres d’exercice privé) – Didier Sicard, Professeur de médecine, Président d’honneur du CCNE (Comité Consultatif National d’Ethique) – Hanna Slomczewska, psychiatre des hôpitaux, Avignon – Béatrice Stambul, Psychiatre des Hôpitaux, Responsable du CSST Villa Floréal à Aix en Provence – Annette Vallet, professeur retraitée – Alain Vanier, psychanalyste, Professeur de psychopathologie, Paris VII – François Villa, psychanalyste, Maître de conférences, Paris VII – Martine Vial-Durand, psychologue psychanalyste, responsable du dispositif Ateliers Thérapeutiques de Nanterre – Loick Villerbu, professeur de psychopathologie et criminologie, directeur de l’Institut de Criminologie et Sciences Humaines, Rennes – Daniel Zagury, psychiatre des hôpitaux , chef de service, Paris – Radmila Zygouris, psychanalyste, Paris.

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