Tectonique présidentielle, coaching et psychothérapie relationnelle

Notre président pratique la vélocipédie je l’ai vu de mes yeux à la télévision avant son élection. Adepte moi-même de la petite reine je n’y trouve rien à redire. De plus il jogue, s’étire, yogue(1« ). Un homme en forme. Bravo ! son épouse de son côté s’entraîne avec un Personnal Trainer. Celui-ci appartiendrait à la confrérie des coaches. Honorable profession des entraîneurs de ceux qui considèrent la vie comme un sport. De combat généralement.

On s’y entraîne en transpirant, il faut s’accrocher, c’est dur, mais surveiller sa silhouette, augmenter sa vitalité et, solidement ancré à la clé de voûte psychocorporelle de son périnée, à la fois mieux asseoir sa personnalité de tout premier plan et bouster sa sexualité, ça peut valoir son pesant de sueur, à quoi on nous fait savoir qu’une certaine Julie encourage hebdomadairement le couple présidentiel de la voix et du geste.

On reste là dans l’information pipeule, qui ne vaudrait pas la moindre virgule de commentaire de notre part. Cela se corse lorsqu’on distille, sur un mode imprécis, rumoral et vaguement inquiétant, qu’aux yeux de certains le coaching relèverait, avec le Développement personnel sans doute, de la psychothérapie au sens générique du terme. Et que la confusion serait, d’abord à son comble ça c’est certain, ensuite en voie d’être pratiquée dans le cadre à venir du décret d’application de l’article 52.

Espérons que les choses en resteront là, l’élyséen coaching agissant au fondement du pouvoir n’ayant rien à voir avec l’écoute ni de l’inconscient ni du malaise de l’ordinaire chez les gens comme vous et moi qui chacun pour soi (et Dieu pour nous comme on se plaît à dire aux USA) pédalons sur nos petits vélos si bon nous chante et y musculons nos périnées idem sans pour cela toucher au port de l’angoisse ni de l’autorisation d’exercer la psychothérapie relationnelle, totalement disjointe de ce jeu de jambes.

Tout de même, devoir consacrer du temps à de semblables frivolités d’État, vous l’avouerez, cela mérite bien un instant comme disait Aragon de vitupérer l’époque.

Philippe Grauer

  • 1 Nous n’avions pas jusqu’il y a deux minutes de verbe pour cela, se livrer aux yoguisme. Chose faite.

Tickets psys : restauration rapide de l’âme du salarié

La souffrance au travail se développe comme malaise social généralisé. Avec le harcèlement moral et la mise au placart comme méthode de relations humaines, avec les travaux de Vincent de Gaulejac sur le managérisme, de Roland Gori et Marie-José Del Volgo sur l’homo comportementalis on sait depuis un moment que la vie au travail peut ressembler à un enfer.

Pourquoi ne pas installer des chambres fraîches pour se reposer un moment de la fournaise, et repartir plus apte à la supporter ? Il faudrait savoir si le psy de service a pour mission de vous aider à mieux y retourner ou de vous accompagner parfois si cela vous vient dans la découverte peut-être du sens de tout cela et du non sens de consacrer votre existence à un monde inhumain déshumanisant, bref de vous aider à vous retourner vous.

Quel type de psy serait installé, auquel donnerait droit le fameux ticket ? les intérêts de qui servirait-il ? quelle serait son éthique et sa méthodologie ? comment serait garantie son indépendance réelle ? Plus que jamais des psychothérapie relationnels bien formés par de bonnes écoles agréées par la profession, et syndicalisés, constitueraient en un tel contexte un élément susceptible de rassurer ceux qui chercheraient sur place un recours dans des situations invivables.

On sait par ailleurs depuis longtemps aussi que des personnes dépressives au travail, ou rongées par l’alcoolisme auraient besoin d’un système d’aide et de réhabilitation local.

Ça ne sera pas un carnet de tickets psys qui résoudra leur lourde souffrance, née peut-être de leur situation au travail ou aggravée par elle. Mais quelques consultations pourraient ouvrir la voie à une démarche entreprise par la personne elle-même, à son initiative et à ses frais, pour se reprendre en main.

Loin de constituer la panacée, le ticket psy peut contribuer localement et modestement, soit au replâtrage d’une souffrance au travail consistant à renvoyer la personne « remise en forme » au massacre, soit au vrai démarrage d’une démarche fondée sur le souci de soi. En un domaine aussi sensible la question de l’éthique, des défense et prise en charge sera déterminante.

Philippe Grauer


Le ticket psy est arrivé

«Je peux vous payer en Ticket-psy ?» Après le Ticket-Restaurant, puis le Chèque-Vacances, voici le dernier-né des coupons destinés aux salariés : le Ticket-Psy, qui permet de s’offrir une séance de psychothérapie aux frais de son employeur.

Formule récente

La formule est toute récente. Mais déjà, dans différents domaines d’activités (banque, transports de fonds, informatique…), des entreprises auraient franchi le pas et souscrit un abonnement. L’idée a germé au sein d’un cabinet de prévention des risques psychosociaux, ASP Entreprises, spécialisé dans les problématiques de stress au travail. Mal-être, dépression, la souffrance psychique liée à l’activité professionnelle a cessé d’être tabou en France depuis une quinzaine d’années. Mais, «dès que l’on réfléchit à des solutions, deux visions s’opposent : repenser l’organisation du travail ou soutenir les gens», résume Valentine Burzynski, directrice générale d’ASP Entreprises. Autant sortir de cette polémique et considérer la souffrance au travail en tant que telle, quelle qu’en soit la raison».

Médecine du travail

On ne va pas chercher ses Ticket-Psy à la direction des ressources humaines comme on le fait pour les Ticket-Restaurant. Impératif de confidentialité oblige. C’est à la médecine du travail qu’il faut s’adresser. Les médecins du travail sont souvent en première ligne pour constater les symptômes et expressions d’un mal-être. Mais leur mission n’est pas de proposer un traitement au cas par cas. En outre, les salariés ne sont pas tenus d’attendre leur convocation à la médecine du travail (obligatoire tous les deux ans), mais peuvent demander un carnet de Ticket-Psy dès que le besoin se fait sentir. Les coordonnées des thérapeutes partenaires sont fournies en même temps que les coupons.

Une centaine de psychologues, psychothérapeutes et psychiatres seraient déjà entrés dans le réseau du Ticket-Psy. «Nous les avons recrutés en fonction de leur expérience et de leur connaissance du monde de l’entreprise», explique ASP. A Paris et Lyon, l’offre semble assez dense et un salarié peut se voir proposer plusieurs professionnels et faire son choix. Si le contact passe mal avec l’un, il aura la possibilité de s’adresser à un autre. Ailleurs sur le territoire, ce n’est pas toujours possible. En tout cas pour l’instant.

Recul

Pour l’entreprise, la valeur d’un ticket est de 100 euros, un montant qui comprend le règlement de la consultation du psy et les frais annexes. Un salarié peut légitimement demander à bénéficier de deux carnets, soit dix séances de psychothérapie. «Ce volume de séances permet de prendre suffisamment de recul», estime ASP. Au bout de dix séances, si le salarié souhaite poursuivre sa psychothérapie, il devra le faire à ses frais. «Le rôle de l’employeur n’est pas de financer la thérapie du salarié, rappelle ASP. Nous préconisons un temps moyen qui permet de soulager des situations professionnelles, mais dès lors que l’on entre dans un travail plus personnel et intime, ce n’est plus la responsabilité de l’employeur.»

Psychothérapie échantillon

Ceux qui ont déjà fait une analyse ou une psychothérapie dans leur vie ne sont a priori pas concernés par ce dispositif. Le Ticket-Psy, qui se veut pratique et gratuit, offre peut-être à certains les moyens de franchir un cap. La question du coût d’une séance de psy est souvent considérée comme un frein à cette démarche. Avec la période de tensions qui s’annonce dans le monde du travail, le Ticket-Psy aura-t-il le temps de trouver son public ?

Ce service est trop neuf pour pouvoir en dresser un bilan. Les langues ne se sont pas encore déliées. On imagine mal un salarié demander à l’occasion de son recrutement si les Tickets-Psy font partie des avantages offerts par l’employeur. «Notre proposition ne laisse pas indifférent», note cependant ASP Entreprise, pour l’instant seule sur ce créneau. Au sein des entreprises, les délégués des comités d’hygiène et de sécurité (CHSCT) l’évoquent dans les négociations.

5 % des salariés

Depuis la loi de modernisation sociale de 2002, il est fait obligation à l’employeur de s’occuper de la santé physique de ses salariés, mais aussi de leur santé mentale. Il ne s’agit pas de dorloter l’intégralité de ses troupes. On considère qu’en moyenne 5 % des salariés ont besoin d’un soutien psychologique. De quoi convaincre les employeurs que la formule ne leur coûtera pas les yeux de la tête ?

Libération du mercredi 21 janvier 2009

CINÉ PHILO : American Beauty

American Beauty

de Sam Mendez (2000)


Commentaire de l’animateur :

Habituellement nous disons que les passions sont dangereuses et avec la tradition philosophique — stoïcisme et christianisme — nous avons appris à nous en méfier. Elles déforment la réalité, comme le montre Descartes dans le Traité des passions, et font perdre au sujet humain la maîtrise de sa vie. Mais, si cette vie tombe dans une sorte de léthargie morne et conformiste, loin de toute passion, peut-on dire encore que la liberté a un sens ? Un peu de folie, un coup de déraison ne seraient-ils pas les seules voies de salut ?

Ce film ne fait pas que dépeindre avec ironie l’American way of life, ni la superficialité, ni la vanité des jeux de la séduction ; il fonctionne comme un révélateur de la vacuité, trace le parcours d’une conversion et donne un exemple étonnant de renonciation. Les termes religieux ici paraissent tellement déplacés, vu l’esthétique du film, et vu que le moteur est le désir physique d’un homme mûr pour une Lolita. Banale aliénation du désir ordinaire ? Non, ici c’est d’une conversion à la liberté qu’il s’agit, le retour à une puissance d’être spinoziste. Le corps et le désir et le désir du corps ne conduisent pas forcément à la servitude. Cette œuvre étonnante aurait pu avoir pour sous-titre Court traité du coup de foudre ou Du bon usage des passions.


Séance suivie d’un débat philo animé par Daniel Ramirez
sur le sujet :

La passion comme défi à la liberté ? — de Descartes à Spinoza


L’Entrepôt — lieu des cultures — tel: 01 45 40 07 50

7, rue Francis de Pressensé, Paris 75014

métro Pernety

prix unique 8 €


Nouveau somptueux naufrage — à voir ensuite

Huit après ce film Sam Mendes récidive cette fois-ci en mettant en scène une crise de civilisation vécue sur le mode de crise de couple avec Revolutionary Road, d’après le roman éponyme de Richard Yates, en français Les noces rebelles, drame qu’on pourrait dire féministe.

Dans les années 50, ayant mûri l’idée d’expatrier votre couple pour sortir d’une vie dépourvue de sens en se fondant sur le salaire opulent à Paris, Europe, d’une spécialiste américaine en droit administratif pour donner à votre mari qui fait le commercial dans le plus pur ennui désespéré du bureau paysage d’une firme quelconque, l’occasion de redémarer une vraie vie, si par malheur dans l’euphorie de la bonne décision vous avec fait l’amour, et un troisième enfant qui va plomber votre époux dans sa tête, vous pouvez foncer, passion brisée, tout droit dans le mur de la tragédie de la condition féminine.

Sans compter que dans ces temps très anciens un mathématicien classé fou passé 35 fois à l’électrochoc qui lui a vidé la tête des mathématiques mais pas de son humanité, porte la parole de vérité.

Allez, participez à l’animation de Daniel Ramirez et prolongez votre plaisir et réflexion avec ce futur film culte, à cause du couple culte lui-même de Kate Winslet et Leonardo DiCaprio, vous savez, Titanic.

PHG}

Nouvelle Actu

Les mères et les enfants d’abord

Le Monde des livres, 8 janvier 2009. Elisabeth Roudinesco

F. Robert Rodman, Winnicott, sa vie, son oeuvre, Erès, traduit de l’américain par Danièle Faugeras et Sonia Hermellin, 538p. 28e.

Connu dans le monde entier, Donald Woods Winnnicott
(1896-1971), pédiatre et psychanalyste anglais, formé par Melanie Klein (1882-1960) et proche d’Anna Freud (1895-1982), fut le premier homme de la saga freudienne à devenir un chef d’école dans le domaine de la psychanalyse des enfants, réservé d’habitude aux femmes. Il créa des concepts dont se servent aujourd’hui éducateurs et autres thérapeutes et se rendit populaire en n’hésitant pas, entre 1939 et 1962, à intervenir sur les ondes de la BBC, avec sa voix féminine, pour donner des conseils aux mères. On lui doit le fameux “doudou”, ou objet transitionnel, inventé en 1951 pour désigner un objet (jouet, peluche ou morceau de tissu) ayant pour l’enfant et le nourrisson une valeur élective de transition entre une relation orale et une relation objectale. Il fut aussi à l’origine de la notion de Self (faux et vrai), empruntée à la phénoménologie, par laquelle on distingue une existence en trompe-l’oeil d’une existence authentique.
Enfin, il élabora des termes étonnants pour rendre accessible le fonctionnement de la relation primordiale entre l’enfant et la mère : “mère suffisamment bonne”, ou
“dévouée ordinaire”, jeu de la spatule ou du gribouillage
(squiggles), etc… Aussi affirma-t-il que “le bébé n’existe
pas”, ce qui veut dire que le bébé n’a pas d’existence par lui-même, mais qu’il est partie intégrante d’une relation maternelle, même si un homme peut en être le support. En témoigne cette anecdote : un jour, une mère exaspérée vient le voir en disant que son fils “refuse de chier”. “Lui avez vous dit, répond-il, que vous étiez enceinte?”. Stupéfaite, celle-ci rétorque que personne ne le sait encore, pas même son mari. Et Winnicott : “Oui, mais lui le sait”.
Autrement dit, Winnicott se distinguait tout autant de Melanie Klein, qui avait été la première à explorer le monde archaïque de la première enfance – avec ses bons et ses mauvais objets – que de Françoise Dolto (1908-1988), sa cadette française, qui se
donnera pour tâche de définir l’enfant comme un être de langage.
L’intérêt de la biographie publiée en 2000 par le psychanalyste américain F.Robert Rodman (1934-2004), et traduite
aujourd’hui, réside dans le fait qu’elle est la première et la seule encore à se fonder sur des archives et des témoignages précis. Elle éclaire donc moins l’oeuvre de Winnicott, déjà largement commentée, que de nombreux aspects méconnus de son enfance et de son étrange relation avec les femmes.
Fils unique d’un riche commerçant, effacé et souvent absent, Winnicott grandit dans un univers marqué par la présence des femmes : une mère, une grand-mère, deux soeurs aînées, une nourrice, une gouvernante. Très tôt, il se passionna pour la biologie darwinienne puis s’orienta vers la pédiatrie. A partir de 1923, et pendant quarante ans, il demeura médecin assistant au Padington Green Children’s Hospital en traitant plus de soixante mille cas.
La même année, il entreprit une cure avec James Strachey (1887-1967), puis il épousa Alice Taylor qui fut pour lui une compagne aimée mais avec laquelle il n’eut jamais de relations sexuelles. Peintre, sculpteur et potière, celle-ci avait un visage d’ange, une tendance à communiquer avec l’au-delà et à imaginer des relations avec des personnages célèbres. Malgré sa folie, elle ne fut jamais internée. En 1936, Winnicott entreprit une deuxième analyse avec Joan Rivière (1883-1962), d’obédience kleinienne. A partir de 1944, il devint l’amant de Clare Britton, une assistante sociale, qu’il épousera en 1952, après avoir eu trois attaques cardiaques. Ce grand amoureux des mères et des enfants, à la fois non conformiste et attaché aux traditions dont il se moquait, ne sera jamais ni un père, ni un passionné de l’amour physique. Avec Clare, il jouait avec ses squiggles et elle lui renvoyait le reflet de ce qu’il souhait qu’elle fût. Ils étaient l’un pour l’autre de vrais amis espiègles.
Rodman livre un récit vivant de l’histoire de la British Psychoanalytic Society (BPS) et des Grandes controverses guerrières entre kleiniens et annafreudiens (1940-1944) qui débouchera sur la création du groupe des Indépendants, auquel Winnicott se ralliera. Mais surtout, il montre combien celui-ci fit preuve d’autorité tolérante envers un psychanalyste anglais, d’origine pakistanaise,
qu’il avait analysé et qu’il regardait comme un fils impossible à “normaliser” : Masud Khan (1924-1989). Remarquable clinicien de la perversion, ce prince d’un autre temps avait été contesté pour ses transgressions réelles. Après avoir été traité de “musulman alcoolique” – puis accusé à tort d’antisémitisme, il sera taxé de “criminel pervers” et exclu de la BPS.
Après la mort de Winnicott, Masud Khan, qui ne méritait pas tant de haine, ne trouva jamais auprès de Clare, ce même soutien de “mère suffisamment bonne”.

Voir aussi : Adam Phillips, Winnicott ou le choix de la solitude. Traduit de l’anglais par Michel Gribinski, L’Olivier, coll. “Penser/Rêver”. 268p, 18e.

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Les mères et les enfants d’abord

Une passionnante biographie du pédiatre et psychanalyste anglais Donald Winnicott

Winnicott inspire les novateurs. Je me souviens d’un colloque gestaltiste organisé à son propos, il y a bien une quinzaine d’années, où le hiatus Psychanalyse — Nouvelles thérapies se trouvait soudain agrémenté de passerelles fort intéressantes. Ses vues sur la régression conservent toute leur pertinence auprès des psychothérapeutes relationnels centrés sur les deux premières années de la vie, son audace d’être un psychanalyste qui touche s’il le faut, et le génie de ses vues théorico cliniques représentent pour nous une source d’inspiration fertile. Sa tolérance éclairée constitue, à l’heure où la British Psychoanalytical Society se manifeste corporatiste et droitière, une source de sagesse toujours d’actualité.

La bonne Madame Goudinoff, à l’instar de la Madeleine Proust, est devenue une tarte à la crème, si tant est qu’une mère puisse être tarte à ce point, c’est bien connu en matière d’éducation, impossible fonction, l’imperfection reste de rigueur. L’expression anglaise good enough se traduirait plutôt par pas si mauvaise ou pas mauvaise au point de perdre sa capacité de permettre à son enfant assez de développement, quelque part je l’ai rendue par pas trop dégueulasse disons pas si mal en langage plus soutenu, puisqu’aussi bien le holding est de service en l’occurence.

Son concept de {self, vrai et faux, a fait le tour du monde. On lui doit probablement que le Soi gestaltiste soit rendu dans la terminologie francophone officielle par le mot désormais français de Self. Avec lui la phénoménologie s’inscrit dans le corps théorique psychanalytique. Rien de tel qu’un penseur osant penser, à partir d’une clinique tranquillement vivante. Un modèle pour tous.

Philippe Grauer}


On pourra lire, en plus des deux ouvrages mentionnés ici par Élisabeth Roudinesco, de Laura Detheville, Donald W. Winnicott, une nouvelle approche, Campagne première, 2008, 205 p.

Et bien sûr, De la pédiatrie à la psychanalyse, [1958] 1969, Payot, 466 p.-

Plus tout le reste à votre fantaisie, il n’y a rien à jeter dans Winnicott.


Connu dans le monde entier, Donald Woods Winnicott (1896-1971), pédiatre et psychanalyste anglais, formé par Melanie Klein (1882-1960) et proche d’Anna Freud (1895-1982), fut le premier homme de la saga freudienne à devenir un chef d’école dans le domaine de la psychanalyse des enfants, réservé d’habitude aux femmes. Il créa des concepts dont se servent aujourd’hui éducateurs et autres thérapeutes et se rendit populaire en n’hésitant pas, entre 1939 et 1962, à intervenir sur les ondes de la BBC, avec sa voix féminine, pour donner des conseils aux mères.

On lui doit le fameux  » doudou « , ou objet transitionnel, inventé en 1951 pour désigner un objet (jouet, peluche ou morceau de tissu) ayant pour l’enfant et le nourrisson une valeur élective de transition entre une relation orale et une relation objectale. Il fut aussi à l’origine de la notion de  » self  » (faux et vrai), empruntée à la phénoménologie, par laquelle on distingue une existence en trompe-l’oeil d’une existence authentique.

LE BÉBÉ N’EXISTE PAS

Enfin, il élabora des termes étonnants pour rendre accessible le fonctionnement de la relation primordiale entre l’enfant et la mère :  » mère suffisamment bonne « , ou  » dévouée ordinaire « , jeu de la spatule ou du gribouillage (squiggles), etc. Aussi affirma-t-il que  » le bébé n’existe pas « , ce qui veut dire que le bébé n’a pas d’existence par lui-même, mais qu’il est partie intégrante d’une relation maternelle, même si un homme peut en être le support. En témoigne cette anecdote : un jour, une mère exaspérée vient le voir en disant que son fils  » refuse de chier « .  » Lui avez-vous dit, répond-il, que vous étiez enceinte ?  » Stupéfaite, celle-ci rétorque que personne ne le sait encore, pas même son mari. Et Winnicott :  » Oui, mais lui le sait. « 

Autrement dit, Winnicott se distinguait tout autant de Melanie Klein, qui avait été la première à explorer le monde archaïque de la première enfance – avec ses bons et ses mauvais objets – que de Françoise Dolto (1908-1988), sa cadette française, qui se donnera pour tâche de définir l’enfant comme un être de langage.

L’intérêt de la biographie publiée en 2000 par le psychanalyste américain F. Robert Rodman (1934-2004), et traduite aujourd’hui, réside dans le fait qu’elle est la première et la seule encore à se fonder sur des archives et des témoignages précis. Elle éclaire donc moins l’oeuvre de Winnicott, déjà largement commentée, que de nombreux aspects méconnus de son enfance et de son étrange relation avec les femmes.

Fils unique d’un riche commerçant effacé et souvent absent, Winnicott grandit dans un univers marqué par la présence des femmes : une mère, une grand-mère, deux soeurs aînées, une nourrice, une gouvernante. Très tôt, il se passionna pour la biologie darwinienne puis s’orienta vers la pédiatrie. A partir de 1923, et pendant quarante ans, il demeura médecin assistant au Padington Green Children’s Hospital en traitant plus de soixante mille cas.

La même année, il entreprit une cure avec James Strachey (1887-1967), puis il épousa Alice Taylor, qui fut pour lui une compagne aimée, mais avec laquelle il n’eut jamais de relations sexuelles. Peintre, sculpteur et potière, celle-ci avait un visage d’ange, une tendance à communiquer avec l’au-delà et à imaginer des relations avec des personnages célèbres. Malgré sa folie, elle ne fut jamais internée. En 1936, Winnicott entreprit une deuxième analyse avec Joan Rivière (1883-1962), d’obédience kleinienne. A partir de 1944, il devint l’amant de Clare Britton, une assistante sociale, qu’il épousera en 1952, après avoir eu trois attaques cardiaques. Ce grand amoureux des mères et des enfants, à la fois non conformiste et attaché aux traditions dont il se moquait, ne sera jamais ni un père ni un passionné de l’amour physique. Avec Clare, il jouait avec ses squiggles et elle lui renvoyait le reflet de ce qu’il souhaitait qu’elle fût. Ils étaient l’un pour l’autre de vrais amis espiègles.

Rodman livre un récit vivant de l’histoire de la British Psychoanalytic Society (BPS) et de la grande controverse guerrière entre kleiniens et annafreudiens (1940-1944) qui débouchera sur la création du groupe des Indépendants, auquel Winnicott se ralliera. Mais surtout, il montre combien celui-ci fit preuve d’autorité tolérante envers un psychanalyste anglais, d’origine pakistanaise, qu’il avait analysé et qu’il regardait comme un fils impossible à  » normaliser  » : Masud Khan (1924-1989). Remarquable clinicien de la perversion, ce prince d’un autre temps avait été contesté pour ses transgressions réelles. Après avoir été traité de  » musulman alcoolique  » – puis accusé à tort d’antisémitisme -, il sera taxé de  » criminel pervers  » et exclu de la BPS.

Après la mort de Winnicott, Masud Khan, qui ne méritait pas tant de haine, ne trouva jamais auprès de Clare ce même soutien de  » mère suffisamment bonne « .

Élisabeth Roudinesco


F. Robert Rodman, Winnicott, Sa vie, son oeuvre, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Danièle Faugeras et Sonia Hermellin, Erès, 538 p., 28 €.

Signalons également Winnicott ou le choix de la solitude, d’Adam Phillips (traduit de l’anglais par Michel Gribinski, L’Olivier, coll.  » Penser/Rêver « , 268 p., 18 €).


© Le Monde, 16 janvier 2009.

APPEL DES APPELS

Que dire de cet appel, sinon qu’en effet ça proteste dans tous les coins et que les petits ruisseaux n’ont pas encore donné leur grande rivière. Nous répercutons cet appel pour contribuer à l’unification des forces de résistance — de récalcitrance dit l’une de nos anciennes étudiantes qui s’y connaissait — aux assauts du managerisme appliqué à des domaines des sciences sociales et humaines où il n’est pas à sa place, où la mesure sortie de son champ naturel d’action, l’évaluation de type sociologique répercutée sur les disciplines du psychisme avec lesquelles elle n’a rien à voir, devient démesure. Le triomphe du chiffre, du protocole et du comportemental, la novlangue marketing-communication déshumanisante, prétendent nous rendre dociles à l’évanouissement de la pensée critique.

Nous ne voulons pas d’un univers de cerveaux neurocops. Laissez-nous nos névroses et la psychodynamique, laissez-nous notre liberté et dignité, laissez-nous devenir sujets au risque de nous rompre le cou à pacifier nos conflits internes, laissez-nous notre dimension tragique et notre citoyenneté, laissez-nous notre grandeur.

Philippe Grauer


Merci d’avoir soutenu l’appel des appels sur notre Soutenir l’appel

– Voir les autres signataires

Lettre ouverte du Dr Guyader à N. Sarkozy, appel à la désobéissance civile !

Début du message réexpédié :

De: « marie-france » <marie-france.negrel013@orange.fr>
Date: 27 décembre 2008 05:25:19 GMT+01:00
À: <tosquellas.jacques@wanadoo.fr>
Objet: Fw: lettre de Guy Baillon-PETITION-; [Fwd: Lettre ouverte du Dr Guyader à N. Sarkozy, appel à la désobéissance civile!]

Une catastrophe de plus que sarkozy veut faire passer

Ne laissons pas faire. Une pétition en ligne ( qui ne suffira pas) : http://www.pratiquesdelafolie.org/

Et, ne nous trompons pas sur les intentions du président :

Admiratif des méthodes de Bush, faire flamber la PEUR fait partie de ses fondamentaux.

vmc


Original Message


From: Date : Thu, 18 Dec 2008 10:18:41 +0100
À : Eq Recherches
Objet : FW: Non à la perpétuité sur ordonnance!!! Pétition

1/ Je ne suis pas sûr que chacun ait reçu le texte de Guy Baillon qui suit.
Objet : Non à la perpétuité sur ordonnance!!! Pétition
http://www.pratiquesdelafolie.org/

Sinistre 2 décembre 2008

Le Président a voulu parler de la psychiatrie à la Nation. Il a tenu à le faire d’un hôpital psychiatrique, ce qu’aucun Président n’avait encore osé faire, alors que selon ses propos son entourage lui avait dit « Ne touches pas à ce domaine. Tout le monde s’y casse la figure ». (Il aurait du écouter, hélas S !)

Mais lui ne recule devant aucun défi.

En effet, témoins des propos tenus et des gestes qui l’accompagnaient, nous savons qu’il faudra un autre Président de la République pour que pareil affront à l’humain soit effacé.

Comment n’avons-nous pas pu crier notre honte et notre colère sur le champ ?

La folie est redevenue à la demande d’un Président l’objet de la vindicte populaire.

La folie est condamnable il faut l’enfermer et l’effacer !

Le danger est à nos portes. Il faut soigner certes mais il faut surtout ‘protéger’ la société, avons-nous entendu. D’abord les hôpitaux vont être ‘sécurisés’ (on pense barbelés, caméra, miradors, doubles portes blindées, les fouilles au corps, les chiens,S)

Mais d’abord il va y avoir « obligation de soins ».

Cette affirmation n’avait jamais été prononcée par un Président, ni par un ministre. C’est une décision d’une gravité exceptionnelle. Elle vient s’ajouter à l’atteinte à la liberté que représente toute hospitalisation d’office. Elle vient enfreindre toutes les règles médicales. Elle empiète sur la liberté des familles. C’est en fait l’ouverture à l’arbitraire, car elle ne s’appuie sur aucune donnée vérifiable, et ses limites seront incontrôlables.

Elle va même pouvoir se continuer « à domicile ».

Un pas de plus dans l’atteinte à la liberté. Ces deux décisions constituent l’écrasement de tout espace thérapeutique : toute la psychiatrie est dans cet espace : nous connaissons la difficulté pour une personne qui n’a pas conscience de la nature de ses troubles pour qu’elle arrive peu à peu se sentir soutenue en confiance et qu’elle perçoive l’appui qu’elle peut tirer des soins. Tout soin obligatoire au contraire la pousse à comprendre que la société qui l’entoure lui est hostile, alors consciemment et inconsciemment elle va s’organiser pour lutter contre elle. Cette obligation vient annuler la psychiatrie dans sa qualité de soins.

On a cru l’entendre dire aux familles ‘Dormez tranquille : un officier de police va venir apporter les médicaments à domicile, les pompiers les assisteront au cas où votre malade de refuserait d’avaler son médicament (certes on a quelques doutes sur l’ambiance pour faire les injections ‘obligatoires’). C’est avoir une piètre idée du désir de soin qu’ont les familles.

Le schizophrène (car le terme a été employé comme si la science avait reconnu le terme comme une vérité scientifique incontournable), qui sera sorti sans permission, fera l’objet d’une poursuite ; pour prévenir pareille ‘folie’ il recevra un bracelet de « géo-localisation ». Ce bracelet pourra de façon préventive être posé d’emblée en même temps que le diagnostic, tout comme les personnes ayant une maladie d’Alzheimer, la comparaison a été affirmée et elle est forte, elle montre la méconnaissance ‘totale’ qu’a le Président sur ce que sont les troubles psychiques. Comment ses conseillers le laissent-ils ainsi se couvrir de ridicule ?

Une autre barrière est ainsi franchie : celle de la « géo-localisation » de la folie. Il n’y a plus moyen d’échapper. Georges Orwell doit être stupéfait de voir son ‘1984’ se réaliser.

Les placements d’office seront l’objet d’une liste nationale connue (sous secret médical, bien sûr) de tous les hôpitaux psychiatriques. C’est bien pire que le casier judiciaire, car les ‘erreurs’ ne seront jamais effacées. On ne sait pas encore avec précision quelles seront les conditions permettant de placer une personne d’office, c’est capital, car une fois mise dans cette liste, elle n’en sortira plus !

D’abord l’hospitalisation d’office donnera droit à un ‘régime spécial’ qui va être extrêmement difficile à délimiter. Il faudra être sûr que les patients soient dans des espaces d’hospitalisation d’où on ne peut s’échapper. ‘Ce n’est pas comme en prison’, la différence a été affirmée cinq fois, c’est exact que d’une prison on peut encore s’échapper. « D’un hôpital psychiatrique on ne pourra plus fuguer ».

La Ministre veillera aussi à la construction de 200 cellules ; une somme d’argent considérable a déjà été donnée à la Ministre de la Santé. Y seront associés quatre nouveaux centres pour malades difficiles de 40 places chacun. L’enfermement est ainsi affirmé comme l’arme définitive contre la folie. Si quelqu’un a l’idée (folle) de penser que le malade a été traité suffisamment pour pouvoir sortir (on se demande en effet comment pareille éventualité pourra être envisagée) il faudra obtenir d’abord l’accord du ‘Préfet’ en personne. Car le Président a insisté : le Préfet ne déléguera plus à un sous-fifre cette surveillance. Cet homme ‘responsable’, le premier représentant de l’Etat dans le département, saura comment surveiller toute tentative de sortie. Le Président en a appelé constamment à la ‘responsabilité’ de chacun. Cela veut dire clairement que les sanctions devant toute ‘erreur vont ‘pleuvoir dru, du Préfet au portier. L’allusion aux victimes éventuelles d’un fou était discrète mais portée au plus haut niveau.

Le Préfet va s’appuyer sur l’avis d’un comité de trois personnes. On entrevoit les procédures, les attentes interminables, les doutes, les demandes de vérification pour être certains ! On ne va pas demander aux experts en qui on fait toute confiance mais ils ont déjà tant de tâches difficiles. On demandera au chef de service concerné, à un cadre infirmier, et à un autre psychiatre libéral par exemple, car il faut que les libéraux s’associent au public. Ce choix est malicieux si on l’examine, il ne pourra pas décider d’une sortie.

Comment un tel comité pourrait-il affirmer que ce malade n’est pas dangereux ? La notion de danger étant un pur fantasme (il n’y a jamais eu la moindre donnée scientifique pour dire ce qu’est le danger en la matière), la conséquence est grave : personne n’est capable d’affirmer que dans les moments qui viennent une personne que nous avons devant les yeux ‘ne peut être dangereuse’, personne ; et si un accident survenait tous les trois seront coupables. Le chef de service sachant que des peines de prison l’attendent ne pourra le faire, le cadre infirmer pourra le faire encore moins car il voudra défendre tous ses collaborateurs infirmiers, quant au psychiatre libéral, plus on peut enfermer les malades difficiles, plus son travail en cabinet sera paisible ; pour sa sauvegarde personnelle, pour sa vie de famille, il ne peut prendre le risque d’aller en prison.

Ainsi quatre professions seront à partir de demain ‘extrêmement’ attentives à ne pas laisser sortir un malade qui aura manifesté le moindre signe de violence.

Va s’y adjoindre une cinquième qui après la condamnation récente à Grenoble de l’un d’entre eux sera encore plus vigilant pour que toutes ces mesures soient respectées : ce sont les Directeurs d’Hôpitaux, d’autant que le Président leur a rendu un vibrant hommage. Le directeur va veiller à la reconstruction de murs infranchissables, des sauts de loups (détruits depuis 40 ans), au contrôle à la porte de l’hôpital, aux fermetures des cellules et des services, aux miradors aux quatre coins de l’hôpital (les caméras ne sont pas encore arrivées, on ne voit pas comment on va pouvoir s’en passer dorénavant), à la bonne observance des traitements obligatoires (car il faut aussi une surveillance administrative), au contrôle de tous les documents de placement d’office et surtout, surtout, aux mesures de permissions avec leurs traitements obligatoires associés, à son parc automobile enfin, pour aller rechercher avec la police les malades fugueurs, à tout moment et en nombre suffisant.

Si quelqu’un a besoin de soins psychiatriques « ne pas le soigner c’est être coupable de non assistance à personne en danger », c’est d’autant plus simple qu’on ne saurait comment demander son consentement à une personne qui a perdu les sens ? (ceci était accompagné d’un geste significatif : le doigt présidentiel a pointé l’honorable crâne ! La démonstration scientifique est irrésistible.)

Pour conclure le Président a mis un terme à toute hésitation à obéir à ses ordres, la menace était claire, bien présente, elle a été affirmée avec une émotion sacrée, celle du Président, écartant d’un mot et d’un revers de main toute contestation, qui ne pourrait être « qu’idéologique ». Sur un champ aussi grave l’idéologie est donc interdite. Chacun a compris là que tout effort de compréhension clinique des troubles et toutes les approches humaines étaient ainsi écartées après avoir été sévèrement condamnées, car ‘idéologiques’ Le mot de conclusion a été prononcé avec le sourire, comme s’il savait qu’il y avait un mot qui allait tout faire accepter. Il a été dit que toutes ces affirmations allaient dans le sens de « l’humain » ‘bien entendu’ ! (clin d’Sil appuyé) nous devons savoir qu’il sait ce qu’il faut nous dire !

Notre honte ! Mais pourquoi n’avons-nous pas crié notre terreur de voir s’imposer un tel régime de crainte, de perte de liberté. Jusqu’alors aucune loi française n’a franchi ces barrières intimes que sont le domicile, l’obligation de soins, la ‘géo-localisation ! cette barrière a été franchie en s’appuyant sur cette notion insaisissable de danger.

Nous sommes effarés de constater l’état d’ignorance qui existe en haut lieu ?

C’est aussi la première fois qu’un Président de la République stigmatise une maladie précise. C’est une blessure humaine grave. Comment ces personnes portant cette prétendue maladie vont s’en relever alors que nous savons très bien la variété de troubles correspondant à ce diagnostic ? Nombre d’entre eux peuvent ne jamais être soignées parce qu’ils n’en ont pas besoin.

Comment les usagers de la Santé Mentale vont-ils oser dire que leurs troubles se rapportent à cette prétendue maladie ? Comment les usagers vont-ils pouvoir se défendre après telle affirmation venant de si haut, en public ?

Jamais la stigmatisation n’avait atteint ce niveau.

Ces usagers vont se sentir associés aux personnes ‘dangereuses’. Affirmation sans fondement qui devient sans limites. Et pourtant :

Toutes les statistiques montrent que les malades mentaux ne sont pas plus souvent auteurs de crimes que la moyenne de la population. Toutes les statistiques montrent qu’ils commettent moins de délits. Toutes les statistiques montrent qu’au contraire les malades mentaux, au lieu d’être agresseurs sont 20 fois plus souvent victimes de violences que le reste de la population. Pourquoi l’entourage du Président lui a-t-il permis de se couvrir ainsi de ridicule. Quand le Président des français se ridiculise, je me sens comme citoyen malmené et blessé car il nous représente tous.

C’est vrai que la folie fait peur depuis que l’homme existe. C’est vrai que tout doit être fait pour montrer à la population que la folie fait partie de l’homme, et que plus l’homme est entouré par la solidarité humaine plus sa folie est intégrée à sa personne, et au lieu de le diminuer, l’enrichit.

Une commission a été nommée au début de l’été pour faire des propositions afin de sauver la psychiatrie française de l’abandon dont elle était l’objet, la commission Couty ; son travail est ‘balayé’ par cette invitation à la violence sécuritaire renforçant encore l’hôpital transformé en prison, et stigmatisant la folie avec tant de mépris.

Ce 2 décembre 2008 les professionnels de la psychiatrie, les usagers de la santé mentale ne peuvent rester muets. La seconde étape sera la loi. Il y a maintenant urgence. Nous savions qu’elle était dans les tiroirs depuis deux ans. Il fallait un évènement. Ce fut le drame de Grenoble. La situation d’une personne suffit pour faire une loi qui va troubler 65 millions de personnes en ciblant un million et demi d’entre elles comme susceptibles de violences. Dans les plus brefs délais c’est dans la rue qu’il faut défendre notre société, ses malades. Il y va de l’homme et des français. De Tous.

Dr. Guy BAILLON
Psychiatre des Hôpitaux


Paris le 2 décembre 2008

Non à la perpuité sur ordonnance ! Le 28/11/2008

La loi du 25 février 2008 relative à la rétention de sûreté fait rupture dans notre tradition juridique. Elle permet l’incarcération dans des établissements spéciaux de personnes condamnées qui, bien qu’ayant purgé leur peine, seront privées de liberté du fait de leur « particulière dangerosité ». Pour la première fois dans notre droit, des individus pourront être enfermés sur décision judiciaire non pour sanctionner des actes délictueux ou criminels, mais pour anticiper des actes qu’ils n’ont pas commis ! A juste titre, Robert Badinter a dénoncé dans cette loi une rupture majeure avec les principes fondamentaux de notre justice pénale.

Cette loi fait également rupture dans la tradition et l’éthique médicales, car c’est l’expertise médico-psychologique qui devient l’élément clé du dispositif pour décider de cette mesure de sûreté. Alors que sa mission est de porter secours et de soigner, la médecine se trouve ici instrumentalisée dans une logique de surveillance et de séquestration. C’est le savoir psychiatrique qui légitimera l’incarcération d’individus au motif d’un diagnostic de « particulière dangerosité ». La privation de liberté est ainsi parée des habits de la science, comme si le savoir des experts permettait de prédire les actes criminels d’une personne.

C’est une mystification et une confusion organisée des registres.

Une mystification car il est faux que l’on puisse prédire, pour un individu donné, les actes à venir. L’usage que l’on fait à cet égard des statistiques concernant la récidive est une duperie, car ces chiffres concernent des populations, non des individus. Or c’est bien de la liberté d’un individu qu’il s’agit.

C’est une confusion que de demander à des soignants d’occuper cette place, car leur fonction, leur déontologie et leur éthique les situent du côté de la personne, ses libertés et ses contraintes, non d’un ordre public désincarné. Cette séparation fondamentale est une garantie essentielle des libertés, contre la tentation de faire le bien de chacun contre lui-même. La psychiatrie est familière de ces dérives : faut-il rappeler qu’il y eut des internements pour motifs politiques ?

La monstruosité de certains crimes et la souffrance terrible des victimes, dont chacun est saisi, sont utilisées pour aveugler la raison et céder aux politiques prétendument efficaces. C’est une manSuvre démagogique. On sait par avance que cette politique ne résoudra en rien le problème des criminels récidivants. Par contre ce dont on est sûr, c’est que ce dispositif, d’abord destiné à des populations restreintes s’étendra progressivement, au nom du principe de précaution. Ce fut le cas des mesures d’obligation aux soins, initialement destinées aux agresseurs sexuels, et qui sont aujourd’hui appliquées à une part croissante de personnes condamnées, quel que soit leur acte.

est une idéologie, et non pas un fait on déplace progressivement la gestion de la peine vers la médecine, réalisant progressivement une société de sûreté médicale.

Au nom de notre éthique et de la nécessaire séparation des domaines, garante des libertés, nous, professionnels de la psychiatrie, déclarons publiquement refuser de participer à la mise en place de ce dispositif de rétention de sûreté. Parce que la psychiatrie n’est pas l’affaire des seuls psychiatres, chacun, concerné par ce refus, manifeste son soutien en signant et en faisant signer cet appel.

Premiers signataires

Association Pratiques de la folie – Alain ABRIEU, psychiatre de secteur, chef de service, président de l’AMPI (Association Méditerranéenne de Psychothérapie Institutionnelle) – Jean ALLOUCH, psychanalyste, Paris – Elsa ARFEUILLERE, psychologue, Evry – Stéphane ARFEUILLERE, psychologue – St Denis – Hervé BOKOBZA, psychiatre, psychanalyste, Montpellier – Mathieu BELHASSEN – interne en psychiatrie, Paris – Fethi BENSLAMA, Directeur de l’UFR Sciences Humaines Cliniques, Paris VII – Olivier BOITARD, psychiatre des hôpitaux, administrateur du CHI de Clermont de l’Oise – Paul BRETECHER, psychiatre, psychanalyste, Paris – Loriane BRUNESSAUX, interne en psychiatrie, Paris – Monique BUCHER, psychiatre, Paris – Anne CHAINTRIER, psychiatre, psychanalyste, Paris – Patrice CHARBIT, psychiatre, vice président de l’AFPEP-SNPP ( Association française des psychiatres d’exercice privé, syndicat national des psychiatres privés) – Franck CHAUMON, praticien hospitalier, psychanalyste, Paris – Patrick CHEMLA, psychiatre des hôpitaux, psychanalyste, Reims – Alice Cherki, psychanalyste, Paris – Jean DANET, maître de conférences à la faculté de droit de Nantes – Pierre DELION, Professeur de psychiatrie, Lille – Michel DAVID, psychiatre des hôpitaux, chef de service du SMPR de Guadeloupe, Président de la Société Caraïbéenne de Psychiatrie et de Psychologie Légales – Olivier DOUVILLE, psychanalyste, maître de conférences Paris VII – Denis DUCLOS, sociologue, directeur de recherches au CNRS – Corinne EHRENBERG, psychanalyste, directrice de l’USIS Paris 14 – Patrick FAUGERAS, psychanalyste, Alès – Jean-Marie FAYOL-NOIRETERRE, magistrat honoraire, Lyon – Roger FERRERI, chef de service de psychiatrie infanto-juvénile, Evry – Jean-Jacques GIUDICELLI, psychiatre, psychanalyste, Paris – Roland GORI, psychanalyste, Professeur des Universités, Aix-Marseille – Françoise GOUZVINSKI psychologue en psychiatrie – Pascale HASSOUN, psychanalyste, Paris – Clément JALLADE, praticien hospitalier, Bouffémont – Sandrine JALLADE, praticien hospitalier, Evry – Xavier LAMEYRE, magistrat chercheur, Paris – Guy LERES, psychanalyste, Paris – Marie-José LERES, psychologue en secteur de psychiatrie infanto-juvénile, Saint-Denis – Laurent LE VAGUERESE, psychanalyste, Paris – Danielle LEVY, psychanalyste, Paris – Serge KLOPP cadre de santé, EPS Maison Blanche Paris – Paul LACAZE, psychiatre, Montpellier – Antoine LAZARUS, Directeur du Département de Santé Publique et Médecine Sociale, Paris XIII – Loïc Le Faucheur, Psychologue, Evry – Claude LOUZOUN, psychiatre, Président du CEDEP (Comité européen droit, éthique et psychiatrie) – Sophie MARTIN-DUPONT, praticien hospitalier, présidente du SPEEP (Syndicat des praticiens exerçant en prison), Le Mans, – Paul MACHTO psychiatre, psychanalyste, Montfermeil – Francine MAZIERE, linguiste, professeur émérite, Paris XIII – Patrick MEROt, Psychiatre, psychanalyste, Nogent – Véronique NAHOUM-GRAPPE, anthropologue, EHESS – Marie NAPOLI, psychiatre des hôpitaux, présidente de l’USP (Union syndicale de la psychiatrie) – Okba NATAHI, psychanalyste, Paris – Jean-Marie NAUDIN, Psychiatre, praticien hospitalier, professeur des universités, Marseille – Jean OURY, psychiatre, Clinique de La Borde, Cour-Cheverny – Catherine PAULET, psychiatre des hôpitaux, Présidente de l’ASPMP (Association des Secteurs de Psychiatrie en Milieu Pénitentiaire), Marseille – Vincent PERDIGON, psychiatre, psychanalyste, Paris – Michel PLON, psychanalyste, Paris – Jean-Claude POLACK, psychanalyste, Paris – Erik PORGE, psychanalyste, Paris – Annie RUAT, psychiatre chef de service, MGEN, Paris – Marie Receveur, juge de l’application des peines, Lyon – Pierre Yves ROBERT, praticien hospitalier – Président du CSIP (Collège des soignants intervenant en prison), Nantes – Patrick SERRE, praticien hospitalier, président de l’APSEP (Association des professionnels de santé exerçant en prison), Le Mans – Olivier SCHMITT, psychiatre, Président de l’AFPEP-SNPP (syndicat national des psychiatres d’exercice privé) – Didier SICARD, Professeur de médecine, Président d’honneur du CCNE (Comité Consultatif National d’Ethique) – Hanna SLOMCZEWSKA, psychiatre des hôpitaux, Avignon – Béatrice STAMBUL, Psychiatre des Hôpitaux, Responsable du CSST Villa Floréal à Aix en Provence – Annette VALLET, professeur retraitée – Alain VANIER, psychanalyste, Professeur de psychopathologie, Paris VII – François VILLA, psychanalyste, Maître de conférences, Paris VII – Martine VIAL-DURAND, psychologue psychanalyste, responsable du dispositif Ateliers Thérapeutiques de Nanterre – Loick VILLERBU, professeur de psychopathologie et criminologie, directeur de l’Institut de Criminologie et Sciences Humaines, Rennes – Daniel ZAGURY, psychiatre des hôpitaux , chef de service, Paris – Radmila ZYGOURIS, psychanalyste, Paris.

Pour signer la pétition : Pratiques de la folie http://www.pratiquesdelafolie.org/

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Message original


Sujet :
Lettre ouverte du Dr Guyader à N. Sarkozy
Date :
Fri, 19 Dec 2008 19:48:49 +0100
De :
Gilles Répondre à :

Pour :
<"Undisclosed-Recipient
http://www.fsd74.org/spip.php?article1923

2 / Désobéissance civile :

Lettre ouverte du Dr Guyader à N. Sarkozy
suite au discours de N.Sarkozy à l’Hôpital Erasme d’Antony le 2 décembrePublié le mardi 16 décembre 2008.

Lettre ouverte du Dr Guyader à N. Sarkozy en date du 8 décembre, suite au discours de ce dernier le 2 décembre à l’hôpital Erasme d’Antony.

Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République à propos de son discours du 2 décembre 2008 à l’hôpital Erasme d’ANTONY concernant une réforme de l’hospitalisation en psychiatrie.

Etampes, le 8 décembre 2008

Monsieur le Président,

Eluard écrit dans Souvenirs de la Maison des Fous « ma souffrance est souillée ».

Après le meurtre de Grenoble, votre impatience à répondre dans l’instant à l’aspiration au pire, qu’il vaudrait mieux laisser dormir en chacun d’entre nous, et que vous avez semble t-il tant de difficulté à contenir, vous a amené dans votre discours du 2 décembre à l’hôpital Erasme d’Antony à souiller la souffrance de nos patients.

Erasme, l’auteur de « L’Eloge de la Folie » eut pu mieux vous inspirer, vous qui en un discours avez montré votre intention d’en finir avec plus d’un demi siècle de lutte contre le mauvais sort fait à la folie : l’enfermement derrière les hauts murs, lui appliquant les traitements les plus dégradants, leur extermination en premier, quand la barbarie prétendit purifier la race, la stigmatisation au quotidien du fait simplement d’être fou.

Vous avez à Antony insulté la mémoire des Bonnafé, Le Guillant, Lacan, Daumaison et tant d’autres, dont ma génération a hérité du travail magnifique, et qui ont fait de leur pratique, œuvre de libération des fécondités dont la folie est porteuse, œuvre de libération aussi de la pensée de tous, rendant à la population son honneur perdu à maltraiter les plus vulnérables d’entre nous. Lacan n’écrit-il pas « l’homme moderne est voué à la plus formidable galère sociale que nous recueillions quand elle vient à nous, c’est à cet être de néant que notre tâche quotidienne est d’ouvrir à nouveau la voie de son sens dans une fraternité discrète, à la mesure de laquelle nous sommes toujours trop inégaux ».

Et voilà qu’après un drame, certes, mais seulement un drame, vous proposez une fois encore le dérisoire panégérique de ceux que vous allez plus tard insulter leur demandant d’accomplir votre basse besogne, que les portes se referment sur les cohortes de patients.

De ce drame, vous faites une généralité, vous désignez ainsi nos patients comme dangereux, alors que tout le monde s’entend à dire qu’ils sont plus vulnérables que dangereux.

Mesurez-vous, Monsieur le Président, l’incalculable portée de vos propos qui va renforcer la stigmatisation des fous, remettre les soignants en position de gardiens et alarmer les braves gens habitant près du lieu de soin de la folie ?

Vous donnez consistance à toutes les craintes les moins rationnelles, qui désignant tel ou tel, l’assignent dans les lieux de réclusion.

Vous venez de finir d’ouvrir la boîte de Pandore et d’achever ce que vous avez commencé à l’occasion de votre réplique aux pêcheurs de Concarneau, de votre insulte au passant du salon de l’agriculture, avilissant votre fonction, vous déprenant ainsi du registre symbolique sans lequel le lien social ne peut que se dissoudre. Vous avez donc, Monsieur le Président, contribué à la destruction du lien social en désignant des malades à la vindicte, et ce, quelques soient les précautions oratoires dont vous affublez votre discours et dont le miel et l’excès masquent mal la violence qu’il tente de dissimuler.

Vous avez donc, sous l’apparence du discours d’ordre, contribué à créer un désordre majeur, portant ainsi atteinte à la cohésion nationale en désignant à ceux qui ne demandent que cela, des boucs émissaires, dont mes années de pratique m’ont montré que justement, ils ne pouvaient pas se défendre.

Face à votre violence, il ne reste, chacun à sa place, et particulièrement dans mon métier, qu’à résister autant que possible.

J’affirme ici mon ardente obligation à ne pas mettre en œuvre vos propositions dégradantes d’exclure du paysage social les plus vulnérables.

Il en va des lois comme des pensées, certaines ne sont pas respectables ; je ne respecterai donc pas celle dont vous nous annoncez la promulgation prochaine.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, la très haute considération que je porte à votre fonction.

Docteur Michaël GUYADER Chef de service du 8ème secteur De psychiatrie générale de l’Essonne, Psychanalyste.

jeux vidéo

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7 janvier 2009 A Paris, les enfants ne s’amusent pas…
 » L’addiction aux jeux vidéo est rare « 

La nuit, les parents doivent maîtriser l’accès des enfants à Internet et aux jeux. EMMANUEL PIERROT/AGENCE VU
Le psychiatre Serge Tisseron rassure les parents des adolescents adeptes de ce  » nouveau rituel d’image « 

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Parmi les cadeaux les plus offerts aux enfants et aux adolescents à Noël : les jeux vidéo. Pourtant, les parents s’inquiètent de leur usage intensif. Psychiatre et psychanalyste, Serge Tisseron fait la part des choses dans un ouvrage récent intitulé Qui a peur des jeux vidéo ?

Vous considérez que les jeux vidéo comportent des aspects positifs. Quels sont-ils ?

Comme tous les jeux, ils suscitent du plaisir, celui de remporter des épreuves, de découvrir des univers esthétiques et de mettre les joueurs en compétition. Ils permettent aux enfants d’exprimer symboliquement leur agressivité, de mettre en scène leurs angoisses d’abandon, de mort ou encore d’enfermement, de se familiariser avec elles et de les dépasser.

Grâce à leurs avatars – les personnages qui les représentent dans le jeu -, enfants et adolescents peuvent aussi mettre en scène leur conflit conscient ou inconscient avec leurs proches, parents, fratrie, personnages de la saga familiale qu’ils n’ont pas forcément connus, ainsi que les histoires d’amour dont ils rêvent. C’est une manière de prendre du recul sur leur monde intérieur en le rendant visible. Ils peuvent, davantage que par le cinéma ou la télévision, être spectateur de leurs propres représentations et vivre des aventures ou créer des espaces au plus près de ce qu’ils ont en tête. Ces jeux présentent également l’avantage de favoriser la communication et la socialisation, principalement avec les jeux en réseau. Pour avancer, il faut faire des alliances, agir en équipe.

L’usage des jeux vidéo peut-il aider les enfants à passer la fameuse crise d’adolescence ?

Les adolescents ont besoin de rituels initiatiques pour entrer dans le monde adulte or ceux-ci ont quasiment disparu. Les jeux vidéo présentent l’avantage de créer de nouveaux rituels d’image. Ces rituels de passage d’un niveau à un autre suscitent une reconnaissance de la part des autres joueurs mais devraient être davantage reconnus par les adultes.

Ce sont également des espaces très gratifiants qui peuvent renforcer l’estime de soi. A force de persévérance, il est toujours possible de devenir performant. Mais cet aspect gratifiant est à double tranchant, car il risque d’attacher les jeunes aux jeux vidéo.

Au-delà de ces aspects positifs, quels sont les risques que présentent ces jeux ?

Il faut dire aux parents de ne pas paniquer. Beaucoup sont terrifiés par la violence de certains jeux. Mais rien ne montre à ce jour qu’elle soit plus problématique que celle véhiculée par la télévision ou le cinéma. En revanche, les parents doivent être attentifs aux normes. Le système de classification par âge PEGI (Pan European Game Information, système européen d’information sur les jeux) leur permet de prendre des décisions éclairées lors de l’achat de jeux vidéo.

Je vois beaucoup d’enfants de 12-13 ans jouer à Grand Theft Auto réservé aux 18 ans et plus. C’est un vrai problème. Quant au risque de repli sur soi des joueurs, souvent mis en avant par les parents, il ne faut pas confondre la cause et la conséquence. C’est parce qu’ils éprouvent le besoin de se replier sur eux-mêmes que les jeunes sont conduits à jouer de manière excessive. Il faut s’interroger sur les raisons qui les poussent à de tels comportements. Je vois beaucoup de jeunes jouer à l’excès à l’occasion de la séparation de leurs parents ou à la survenue d’un décès, voire pour trouver un refuge face à une maltraitance scolaire.

On parle beaucoup d’addiction aux jeux vidéo. Est-ce justifié ?

Je préfère parler de joueur excessif que d’addiction. L’addiction aux jeux vidéo est un phénomène rare. Il concerne surtout les jeunes adultes. Il faut éviter de coller l’étiquette  » addiction  » à un ado. A l’adolescence, tout est flottant, rien n’est jamais fixé. Il n’est pas rare de voir des joueurs très excessifs en troisième et seconde qui ne le sont plus en première ou en terminale.

Par ailleurs, des études récentes ont montré que les zones cérébrales qui permettent de contrôler les impulsions n’arrivent à maturité qu’en fin d’adolescence. Néanmoins, les parents doivent sérieusement s’inquiéter quand les résultats scolaires de leur enfant baissent ou quand les activités de loisirs et parascolaires se réduisent fortement.

Comment aider un jeune à ne pas devenir accro ?

Il est primordial de limiter le temps d’écran – en incluant télévision, ordinateur, console, DS, PSP… A partir de la fin de l’école primaire, on peut fixer un contrat annuel avec l’enfant, renégociable en fonction des résultats scolaires. Il faut aussi empêcher les adolescents de jouer la nuit, soit en plaçant l’ordinateur dans une partie commune de la maison, soit en contrôlant la connexion Internet sans fil à partir de la chambre des parents. Enfin, ceux-ci doivent s’efforcer d’être les interlocuteurs privilégiés de leurs enfants afin qu’ils leur racontent leur jeu ou l’histoire de leur avatar.

Certains jeux rendent plus dépendants que d’autres. Il faut préférer ceux dans lesquels il y a une narration forte plutôt que les jeux compulsifs, répétitifs. Les jeux en réseau, comme World of Warcraft, sont particulièrement préoccupants. Chaque nouvelle épreuve remportée permet d’avoir accès à une épreuve plus intéressante et à des univers plus esthétiques. Le jeu ne s’arrête jamais. Il faut bien sûr mener une prévention auprès des jeunes mais aussi une bataille pour que les fabricants fassent des jeux moins addictifs.

Propos recueillis par Martine Laronche

Qui a peur des jeux vidéo ?

(Ed. Albin Michel, 2008, 162 p. 13,90 ¤.)

© Le Monde

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Un pot à parapluie et une douche… A Paris, les enfants ne s’amusent pas…

Roudinesco : sécurité et inculture.

Décoder le populisme anti psy

Le discours sur la sécurité en lieu et place d’ouverture du débat politique réel, représente une constante de la politique française à droite depuis des lustres. Cela, c’est de la politique générale. Quand nos professions psys se trouvent concernées, il est de notre devoir de décoder les manipulations populistes pour affirmer notre revendication éthique et humaniste.

Élisabeth Roudinesco analyse que si le pouvoir recule c’est sous la pression — déjà ça ! — mais pas d’avoir compris quelque chose. Il faut donc maintenir et soutenir notre action et argumentation. Le coup des récidives tombe sous le sens, le cercle ne se dévicie pas comme ça. Comme la loi sur le titre de psychothérapeute, née pied bot, qu’aucun appareillage ne redressera. En tout cas pas davantage une belle chaussure orthopédique universitaire au pied de la psychanalyse, née Œdipe souvenons-nous en, ce qui fait un peu figure du comble.

Quant à l’antisémitisme dont le chiffon rouge agité trouble les analyses de certains de nos intellectuels en sorte que critiquer la politique du gouvernement d’Israël serait se montrer antisémite c’est gros, et surtout tragique. Mais il s’agit d’un autre débat, pour l’instant pas directement lié à nos histoires psys, sauf que Sartre et Foucault sur les sujets qui nous concernent représentent une ressource sans faille.

Nous vous livrons tel quel en attendant le billet paru dans Libé le 31 décembre.

Philippe Grauer


Sécurité et inculture

Élisabeth Roudinesco

       L’élection de Nicolas Sarkozy a eu une conséquence désastreuse: c’est la première fois qu’il y a à la tête de l’État, quelqu’un qui revendique son inculture et qui, du coup, lance en permanence des défis aux intellectuels. Il brouille les cartes :  tantôt il lit du Guaino, tantôt du Gallo, tantôt du Patrick Buisson. Même chose pour l’économie : tantôt il prône la dérégulation libérale, tantôt il propose des mesures de gauche. Il n’hésite pas à désavouer ses propres ministres qui pourtant mettent en oeuvre ses propres décisions et s’en trouvent mortifiés.

On peut dire qu’en 2008, le pouvoir présidentiel a été incohérent et prédateur. Il a profité de la crise de la gauche et de la crise de la société pour faire sans cesse une politique inverse de ce qui est annoncé. Pour prendre un exemple : le gouvernement a renoncé à mettre les enfants en prison dès l’âge de douze ans: très bien, j’avais signé la pétition contre cette mesure. Mais le pouvoir a reculé sous la pression de l’opinion, non  parce qu’il a compris la vérité de cette opposition. Donc il va recommencer…

       En fait, nous, les Français, avons installé un pouvoir populiste et, là où on devrait trouver l’autorité, on trouve désormais le discours sur la sécurité. Ainsi le traitement des malades mentaux et des prisonniers va-t-il à contre-courant des progrès réalisés, par exemple, en Europe du nord, où il est prouvé que plus on réinsère intelligemment les délinquants et les malades mentaux, moins il y a de récidive. C’est un cercle vicieux: l’état des prisons ne va pas s’améliorer, les services psychiatriques ne recevront pas plus de moyens, donc la réinsertion va se passer toujours plus mal et on justifiera ainsi les pires mesures.

     La France vit des années sombres et l’un des symptômes en est l’état de la vie intellectuelle. Je me rends souvent à l’étranger, notamment dans les pays anglophones et en Amérique latine, et je peux vous dire que, là-bas, on peine à comprendre les termes du débat  français. Le travail des historiens et des anthropologues bénéficie d’une solide réputation et continue d’être traduit; en revanche, la production philosophique est considéré comme réactionnaire et beaucoup se demandent pourquoi les héritiers de Sartre et Foucault abordent de façon aussi manichéenne le conflit israléo-palestinien en y mêlant à tout instant la question de l’antisémitisme, du sionisme ou de l’antisionisme.

Il me semble qu’une attitude raisonnable — si l’on aime Israël et qu’on souhaite sa survie, ce qui est mon cas — serait, au contraire, de pouvoir critiquer la mauvaise orientation de sa politique, comme le font d’ailleurs de nombreux Israéliens. Certes, la remontée spectaculaire de l’antisémitisme est un phénomène planétaire, qui va de pair avec l’islamisme radical, mais ce n’est pas une raison pour jouir de cela en croyant voir des antisémites là où ils ne sont pas. Au lieu d’intellectuels critiques, nous avons maintenant des intellectuels procureurs.

Libération, 31 décembre 2008.

Gori — les malades mentaux plus souvent victimes que criminels

Traçabilité du sujet ?

La santé, la santé mentale, le soin, tout cela relève de cette zone apparentée au médical, qui fait du soin un traitement. Il s’agit du soin des soignants. Ce soin là concerne les psychologues cliniciens, les psychiatres, et les personnels qui gravitent autour d’eux dans le cadre hospitalier. Ce sont eux que les orientations Sarkozy menacent dans la qualité et la conception même de leur tâche.

Le soin qu’on prend de soi quand n’y tenant plus on entreprend ce qu’on appelle une démarche, celle d’aller voir quelqu’un, pour clarifier une situation personnelle, familiale ou professionnelle devenue intenable (1« ), ce soin apparenté au souci, ne concerne pas la santé mentale, et si d’aventure un de nos patients basculait dans ce qui demeure du ressort du système psycho médical (2« ) nous le lui adresserions immédiatement, ou même, évidemment, avant alerte grave(3« ).

Cela dit, nous partageons l’inquiétude du professeur Gori de voir se mettre en place « un quadrillage des individus et des populations, qu’on suivrait à la trace, avec la possibilité d’une surveillance numérique qui irait jusqu’au marqueur biométrique de l’humain« . On n’arrête pas le progrès, que Jean-Louis Ézine définissait récemment comme le fait de substituer un nouvel inconvénient au précédent, et il n’est pas sûr que la puce universelle enkystée près du nombril, qui vous empêcherait de vous perdre, ne vous conduirait pas tout droit à la perdition. Elle consacrerait la perte de votre humanité de base, que la police pourtant se décarcasserait à sécuriser.

Avec une chanson entonnée par un autre incompétent et fier de l’être, sur le thème des charlatans, conjuguée avec un petit air sur le danger sectaire, on prépara l’opinion à l’idée de réglementer l’irréglementable, et d’encadrer une psychothérapie et une psychanalyse d’État, on entama d’empiéter sur le domaine impondérable des choses de l’âme avec des enquêtes bidons de l’Inserm, sur l’air de évaluons-nous Folleville.

Avec des coups de trompette médiatiques sur le thème les monstres rôdent et nous assassinent, on nous prépare à admettre d’abord n’importe quoi, ensuite quoi ? une régression majeure dans le domaine du soin psychique, qu’il soit traitement ou souci, au diable le détail. Une régression qui va plus loin encore, qui atteint la citoyenneté, en tendant à berlusconiser l’espace politique, culturel et l’imaginaire social.

Les émotions, une de nos matières premières, ne doivent se voir traiter qu’avec un luxe de précautions éthiques. Jamais elles ne doivent servir sciemment à manipuler l’opinion. À mort ! peut-on faire crier une foule, avec quelle facilité ! Au cachot jusqu’à leur dernière heure les monstres ! monstres qualifiés par expertise. Tremblez qu’un jour on n’en vienne à vous expertiser vous, et qu’il soit trop tard pour réagir.

La question des valeurs est en cause, on ne prend jamais trop au sérieux ces choses-là. La question du totalitarisme, du réseau qui vous tient jusqu’au cœur de votre intimité par le biais de la mesure de vos déplacements, de vos écarts et de votre fichage psychologique, porte la menace de son ombre sur nous. Il appartient à l’ensemble des praticiens du carré psy de se mobiliser contre des dangers qu’ils sont bien placés pour détecter quand il est encore possible de s’y opposer.

Il appartient aux praticiens de la chose psychique opérant à partir du processus de subjectivation de se mobiliser sur la base de leur éthique et d’actionner leur solidarité au service de la cause humaniste qui leur est commune. Les praticiens en psychothérapie relationnelle savent que leur cause est indissociable de celle de leurs collègues travaillant en institution. Ils accueillent avec sympathie et soutiennent les analyses et prises de position de Roland Gori.

Philippe Grauer


Les malades mentaux sont plus souvent victimes que criminels

La fugue d’un malade mental jugé dangereux à Marseille (finalement rattrapé pendant la nuit du Nouvel An) a relancé le débat sur la psychiatrie.

Le psychanalyste et universitaire marseillais Roland Gori revient sur cet événement et sur les mesures annoncées par le président de la République début décembre, après la mort d’un étudiant grenoblois poignardé par un malade échappé d’un hôpital psychiatrique.

Roland Gori est l’un des trente-neuf premiers signataires de « La nuit sécuritaire« , une pétition qui dénonce ce plan pour la psychiatrie de Nicolas Sarkozy.

Un plan « aux conséquences dévastatrices » selon les praticiens, hospitaliers et universitaires, mais surtout révélateur de cette « politique de la peur » menée par le président de la République et son gouvernement qui, bien au-delà de la seule psychiatrie, usent et abusent du sensationnel et du fait divers pour « imposer des mesures sécuritaires ».

Sécurité et qualité des soins en milieu psychiatrique… est-il aujourd’hui possible de concilier les deux ?

Qu’il s’agisse du drame de Grenoble ou de l’évasion d’un fou dangereux de l’hôpital Edouard Toulouse de Marseille, je voudrais d’abord dire que nous sommes obligés de prendre en compte la souffrance des familles des victimes et des patients eux-mêmes.

Cependant, je ne vois pas très bien comment nos sociétés pourraient éradiquer ces événements. A moins de penser que l’on puisse supprimer la folie, ou supprimer les différents troubles liés à la souffrance psychique ou aux souffrances sociales.

La question alors est : quelles réponses peut-on apporter à ces situations? Bien souvent, on assiste à des crimes fous, heureusement isolés et statistiquement peu fréquents. Les médias jouent un rôle dans ce qu’ils donnent à voir de ces événements. Ils ne sont pas seulement un reflet, ils en sont aussi les acteurs, les déterminants.

Enfin, ce n’est pas par hasard si l’on montre les monstres. C’est souvent au moment même où l’on a besoin de préparer et de fabriquer une opinion, c’est-à-dire de faire de la publicité et de la propagande pour imposer des mesures sécuritaires.

Vous dites « des crimes statistiquement peu fréquents »…

Si vous prenez le rapport de la commission « Violence et santé mentale », en 2005, sur 51 411 mises en examen dans des affaires pénales, 212 ont bénéficié d’un non-lieu pour irresponsabilité mentale, c’est-à-dire 0,4% des crimes et des délits. Statistiquement parlant, le nombre de crimes et délits imputables à des malades mentaux est donc très bas.

Ce que l’on sait aussi, c’est que la prévalence des crimes violents contre les patients malades mentaux est, elle, douze fois plus importante que dans la population en général… Manifestement, les malades mentaux sont beaucoup plus victimes qu’acteurs de délits ou de crimes.

Or, le gouvernement et le pouvoir politique à son plus haut niveau ont connaissance de ces chiffres. On ne dit pas aux malades mentaux: on va vous protéger des réactions de la société, ce qui est le rôle de l’Etat, d’être tiers. Non, on dit à l’opinion publique: nous allons vous protéger des malades mentaux.

Pourquoi alors instrumentaliser la maladie mentale ?

Aujourd’hui, le président de la République utilise le fait divers pour faire passer sa politique? Pour moi, l’instrumentalisation se situe à ce niveau-là, et elle est dramatique: on fait comme si une politique pouvait s’établir à partir de faits divers.

On ne fait pas une politique du soins à partir d’un schizophrène évadé d’un centre psychiatrique ou d’un drame qui se produit dans un service d’urgence, de Samu, ou autre… C’est extrêmement dangereux pour la démocratie.

Ce qui m’inquiète, c’est cette exploitation des émotions collectives, particulièrement dans un contexte de crise financière et de crise économique, qui va avec un écrasement des classes moyennes.

C’est le grand bond en arrière…

On peut alors se demander si, quelque part, nous ne sommes pas face à un renouveau du grand renfermement, tel qu’il a été à l’origine de l’hôpital. Il ne passerait pas forcément par les murs, pas une réclusion géographique, mais davantage par un quadrillage des individus et des populations, qu’on suivrait à la trace, avec la possibilité d’une surveillance numérique qui irait jusqu’au marqueur biométrique de l’humain.

Il y a cette inquiétude face à la possibilité, grâce aux moyens technologiques qui sont les nôtres, de réaliser le rêve biocratique, le rêve de biopouvoir qui était celui du totalitarisme du XXe. S’il n’y a pas de réactivité du social, du politique, du culturel face à ce quadrillage numérique des populations, jusqu’au grain le plus ténu de leur existence, ce risque est grand.

S’agira-t-il alors d’une nouvelle forme de totalitarisme ?

Oui, d’un totalitarisme light, mou, mais bien d’une forme de totalitarisme dès lors qu’on veut bien considérer qu’elle a une visée totalitaire, c’est-à-dire lorsqu’il n’y a pas de possibilité de repli intime ni de pensée qui échapperait à la surveillance du pouvoir.

Nous sommes aussi dans une culture de la réaction immédiate. C’est la culture du nouveau capitalisme, pour parler comme le sociologue Richard Sennett, avec ses nouvelles valeurs. C’est la promotion d’un homme conçu comme micro-entreprise libérale, autogérée, ouverte à la concurrence qui, sur le marché de sa relation aux semblables, doit être réactif, flexible, mobile.

Ce qui est fou, c’est qu’on vient d’avoir la preuve que cette idéologie libérale née du milieu des affaires conduit dans le mur et on essaye pourtant d’introduire ces valeurs qui ont fait la preuve de leur inefficacité dans le soin, dans l’éducation, dans l’information, dans la culture.

Comment cela se traduit-il dans notre système de soin ?

Il ne faut pas faire croire aux populations qu’on va les préserver du meurtre, de la folie, de la délinquance, parce qu’on enfermera un peu plus de fous, en passant, par exemple, de cinq unités pour malades difficiles (UMF) à neuf.

On ne dit pas qu’on a fermé un nombre de lits faramineux, qu’on a accru les cadences des soignants, qu’on a recomposé leur conception du soin, qu’on les a enfermés dans un système qui les empêche de bosser.

Ce qui compte, c’est l’acte. L’homme est réduit à ses actes, à ses productions. Et pendant qu’on nous jette en plein visage les éléments les plus monstrueux, les réformes actuelles de l’hôpital conduisent à une conception mercantile de la santé et du soin.

Début janvier 2009, Roland Gori lancera un « Appel des Appels » pour fédérer les différents « mouvements de résistance » dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la justice et de la culture et qui réunira, dans un premier temps, une centaine de signataires. (Ecouter l’appel)

  • 1 Je n’ai pas dit ingérable car je ne réduit pas la conduite de mon existence à la gestion de la micro entreprise de moi-même, lamentable métaphore prise au pied de la lettre.
  • 2 On sait que les psychologues cliniciens ont obtenu, de façon toujours précaire, de ne pas figurer comme paramédicaux au code de la Santé, et qu’ils se battent pied à pied pour se faire respecter du corps médical sur leur lieu de travail. On sait aussi que la psychiatrie en ruine laisse monter par force l’étoile de la psychologie sur le champ opératoire de l’hopital public, champ que les dits psychologues verraient d’un bon œil s’élargir à la zone d’activité libérale qui représente l’aire naturelle d’exercice de la psychothérapie relationnelle.
  • 3 Ce qui ne veut pas dire que nous l’abandonnerions pour autant.