Philosophes en garde à vue

Une de nos étudiantes nous mande le courriel suivant. Attention, aujourd’hui trois philosophes demain combien de psychothérapeutes relationnels ? nous sommes proches de la philosophie, prenons garde et ne lésinons pas sur notre solidarité.

Les gauchistes ne sont pas Al Quaïda. La mode de la garde à vue généralisée se répand. Cette procédure lourde et traumatisante ne convient pas au tout venant des citoyens. Privé pour un oui pour un non brutalement de votre droit d’aller, venir, communiquer, soumis de très longues heures à un matraquage psychopolicier qui ne fait pas dans la dentelle, privation de sommeil et le toutim, vous serez traité en malfaiteur, déjà plus une personne mais un « individu », à la disposition d’un appareil décidé à vous faire cracher le morceau même si vous avez l’estomac vide, une petite inquisition quoi, après tout inquisition ça veut dire enquête, nous y voici ! — rappelons qu’il s’agit de briser vos défenses, cela s’appelle de l’intimidation massive, vous n’aurez pas envie d’y revenir, c’est le but de la manœuvre.

Les étrangers expulsés, les protestataires mis à mal, à tout cela les psychothérapeutes relationnels depuis l’ombre propice de leur cabinet trouveront-ils quelque chose à redire ? l’une d’entre les nôtres élève sa protestation. Combien d’hirondelles faut-il compter pour accélérer l’arrivée du printemps ?

Philippe Grauer


Il y a quelques temps vous avez peut-être lu dans la presse cet incident, trois professeurs de philosophie mis en garde à vue à Roissy au motif qu’ils auraient créé un trouble et empêché un avion de décoller. J’étais très étonnée, car ce sont des amis, des érudits, pas vraiment des gens qu’on imagine faire le coup de poing avec la police ; d’excellents professeurs de classes préparatoires, au tempérament des plus pacifiques. Mais, discutailleurs, ah oui ! par profession et par vocation ; et ça n’a pas plu.

Un comité de soutien s’est constitué et l’on peut signer une pétition. Auparavant, on peut visiter les rubriques du blog : je vous recommande en particulier le témoignage de Sophie Foch-Rémusat, qui parle de justice, de morale et d’honneur, et dont j’espère qu’il sera repris dans la presse, de façon très large.

Au delà de leur mésaventure, c’est ce qu’ils disent des expulsions d’étrangers qui doit être entendu.  

Crise : le choc est à venir

Politique du sens et sens du politique

« Des sociétés qui se contentent de satisfaire leur besoin de sens par la consommation n’ont, au moment où, alors qu’elles se sont coupées de la possibilité d’acquérir une identité du sens et un sentiment de ce qu’est le bonheur quand l’économie fonctionnait encore, plus de filet pour retarder leur chute ».

Vous avez dit sens ? bonheur ? on ne saisit pas précisément comment la théorie de la dissonnance cognitive fonctionne pour expliquer l’insouciance en situation de catastrophe insensible mais un de nos lecteurs psychothérapeute relationnel nous adresse cette analyse, pensant qu’elle méritait de se voir partagée. Alors, en dépit du fait que le fil qui la relie à l’actualité de la psychothérapie relationnelle semble ténu, à cause même de ce fait, nous prenons la responsabilité de la proposer à nos internautiques lecteurs et -trices.

C’est que s’y pose la question du retour du politique dans la sphère jusqu’à présent relevant de notre domaine, avec celui de la philosophie (1« ), du sens. Les praticiens de notre discipline ne sauraient travailler à l’aveuglette dans un monde manège dans lequel ils se trouvent eux-mêmes tourner. Ils ne sauraient intimer une quelconque réflexion de morale politique intime, mais non plus se dispenser de penser en ce qui les concerne, eux et leur pratique, la crise morale et politique contextuelle des séances qu’ils dispensent.

Voyez vous-mêmes ce qu’il vous en semble. Bien entendu toute allusion au nazisme choque immédiatement et il est des penseurs pour s’interdire la facilité d’aller de ce côté chercher des exemples. Il nous a paru que l’auteur, au demeurant allemand, en usait modérément et qu’on pouvait là-dessus lui prêter l’oreille sans s’embarquer dans une vague d’inflation émotionnelle.

Chaque époque vit au bord d’un cauchemar, parfois directement dedans, comme durant la guerre de Cent ans, celle, pas mal non plus en Europe, de Trente ans en Allemagne où les méchants c’était les Français, plus proche de nous avec les grandes expériences totalitaires, puis la peur atomique du temps dit des trente glorieuses, ayant glorieusement tout de même frôlé l’apocalypse.

La nôtre avec la folie furieuse de son managerisme dont l’évaluation scientistique dans nos professions représente le fer de lance, et l’alerte écolo climatique déclinée chez nous selon la menace de la toute puissance des complexes pharmaceutiques à base idéologique DSM, n’est pas trop mal lotie en potentiel destructif dont on pourrait tirer une quasi contrainte existentielle supplémentaire. À nous d’en mesurer l’impact diffus sur l’humeur collective en temps de crise. À nous de ne pas nous montrer inconscients de l’allure de notre monde, mais de considérer de sang-froid nos menaces pour être capables d’y faire face humainement.

Philippe Grauer


Peu de temps avant la banqueroute de Lehman Brothers, Josef Ackermann, le président de la Deutsche Bank, avait laissé courir le bruit que le pire était passé. Dans les semaines fiévreuses qui se sont succédé depuis, les politiques et les spécialistes se sont surpassés dans la recherche de moyens destinés à doper la consommation, comme si le capitalisme était en mouvement perpétuel et qu’il suffisait de relancer son cycle de création continue.

L’idée que, cette fois, il s’agit peut-être de plus que d’une « crise », n’est apparemment venue à personne. La vie suit son cours : on emprunte, on donne un tour de vis fiscal, et on espère, avec tout ça, passer le cap au plus vite. Le manque de la plus élémentaire clairvoyance de la mesure et des conséquences de la débâcle financière indique pourtant bien que ce qui est arrivé n’a pas été anticipé. Des faillites bancaires massives, des groupes d’assurances entamés, des États eux aussi au bord de la ruine ? Et les milliards requis pour tout ça, que sont-ils, sinon de l’argent virtuel injecté dans un système lui-même au bord de l’implosion, à cause, justement, de la nature virtuelle de ses échanges ?

Bien que la catastrophe économique déploie implacablement son cours à une allure défiant toute concurrence, frappant une branche après l’autre, le bricolage, le raboutage et le rembourrage, et les sempiternels sommets continuent à donner l’apparence que la crise est gérée. Les réactions des gens sont graves, mais pas paniquées. En dépit du lot quotidien de nouvelles horrifiques en provenance de la Global Economy, citoyennes et citoyens ne sont que modérément agités.

Notons d’abord qu’un événement, considéré comme historique par la postérité, est rarement perçu comme tel en temps réel. Rétrospectivement on s’étonne qu’un Kafka, le jour où l’Allemagne déclara la guerre à la Russie, ait seulement consigné dans son journal de façon lapidaire : « l’Allemagne a déclaré la guerre à la Russie. – Après-midi : cours de natation ». Les ondes de choc, qui parcourent nos sociétés modernes et complexes, partent d’un point d’impact catastrophique initial qui n’atteint les fonctions essentielles qu’à retardement. Il est donc plutôt exceptionnel qu’un bouleversement social soit reconnu pour ce qu’il est par ses contemporains. C’est aux historiens qu’il appartient d’en constater la réalité. Les écologistes déplorent parfois que les gens ne parviennent pas à intégrer l’idée que leur environnement se modifie.

Une étude menée sur plusieurs générations de professionnels de la pêche, en Californie, a montré que c’étaient les plus jeunes qui avaient le moins conscience du problème de la surpêche et de la disparition des espèces. De telles modifications de perception et de valeurs, analogues aux transformations environnementales, on les rencontre aussi dans la sphère sociale : que l’on pense au renversement complet des valeurs dans la société allemande à l’époque hitlérienne.

Dans cette société, les composantes non juives auraient, en 1933, trouvé complètement impensable que, quelques années plus tard seulement, et avec leur participation active, leurs concitoyens juifs se verraient non seulement spoliés, mais seraient embarqués dans des trains pour être mis à mort. Ce sont pourtant les mêmes qui regarderont, à partir de 1941, les convois de déportés partir vers l’Est, tandis qu’une partie non négligeable d’entre eux rachèteront les installations de cuisine, le mobilier et les oeuvres d’art « aryanisés » ; que certains prendront la gestion d’affaires « juives » ou habiteront des maisons dont leurs propriétaires juifs auront été expulsés. En trouvant cela tout naturel.

Que les changements de cadre de vie ainsi que de normes consensuelles se remarquent à peine, tient aussi à ce que les métamorphoses perceptibles ne concernent qu’une part souvent infime de la réalité vécue. On sous-estime de façon chronique combien le train-train quotidien, les habitudes, le maintien d’institutions, de médias, la continuité de l’approvisionnement entretiennent la croyance qu’en fait rien ne peut arriver : les bus fonctionnent, les avions décollent, les voitures restent coincées dans les embouteillages du week-end, les entreprises décorent leurs bureaux pour Noël. Autant de preuves de normalité qui viennent étayer la conviction bien enracinée que tout continue comme au bon vieux temps.

Au moment où l’histoire se produit, les hommes vivent le présent. Les catastrophes sociales, à la différence des cyclones et des tremblements de terre, ne surviennent pas sans crier gare mais, pour ce qui est de leur perception, représentent un processus quasi insensible, qui ne peut être condensé en un concept comme celui d' »effondrement » ou de « rupture de civilisation », qu’a posteriori.

C’est bien connu : le savoir croît en même temps que l’ignorance ; mais jusqu’à présent nous avons, avec Karl Popper, donné à cette maxime un sens plutôt optimiste en l’interprétant comme une exigence de stabilité pour les sociétés de savoir. Or les crises qui sont en train de s’accumuler – le climat et l’environnement, l’énergie, les ressources et les finances – manifestent à l’évidence que nous devons nous battre sur de nombreux fronts dans une ignorance abyssale des conséquences de nos actes.

La déconfiture de l’expertise, où qu’elle s’applique, ne marque-t-elle pas que nous nous trouvons déjà à un « tipping point » point de basculement systémique, à partir duquel des tendances ne peuvent plus être corrigées ? La dernière en date nous fait remonter deux décennies en arrière : l’éclatement général que personne n’avait prévu de tout un hémisphère politique avec des effets de fond sur les configurations des Etats. Alors la marche triomphale de l’Occident paraissait scellée ; on proclama précipitamment la fin de l’histoire, mais entre-temps, la suite semble avoir montré que, dans cinquante ans, les historiens pourraient bien dater de 1989 le commencement du recul des démocraties. Ils pourraient bien diagnostiquer que l’actuelle crise financière mondiale seulement n’avait été que la nouvelle étape d’un déclin entamé depuis longtemps.

On peut, sans risque, qualifier dorénavant de changement accéléré le fait de passer en un instant d’une époque à une autre, dès lors qu’un ultralibéralisme débridé succède à un interventionnisme étatique qui met sens dessus dessous toutes les certitudes jusque-là acquises, non seulement en matière d’économie et de finance, mais aussi dans la politique du climat. Pourtant, personne n’envisage sérieusement la possibilité d’un échec total et, à cet égard, les crises financière, énergétique et climatique révèlent des affinités. On tient pour impossible un effondrement complet du système financier et économique et on se représente encore moins que la pénurie d’énergies fossiles atteigne un niveau tel, d’ici quelques années, que même dans les pays les plus riches, les plus bas revenus ne pourront plus se chauffer.

Qu’est-ce que signifie la connaissance du présent ? Les émissions de gaz à effet de serre vont s’accroître du fait de l’industrialisation globalisée, au point que la fameuse limite des deux degrés au-delà desquels les conséquences des changements climatiques deviennent incontrôlables ne sera pas tenable. En même temps, les spécialistes du climat ne nous donnent que sept ans pour changer de cap. La concurrence qui s’accroît de plus en vite autour des ressources pourrait bien dégénérer en affrontements violents pour départager vainqueurs et vaincus.

Et il n’y a aucun moyen de savoir dans quel groupe se situera l’Europe. Désormais, c’est l’avenir des générations futures que l’on va obérer, notamment par l’envol de la dette publique et la surexploitation des matières premières. Cette colonisation de l’avenir se paiera, car le sentiment d’inégalité entre générations est l’un des plus puissants catalyseurs de mutations sociales radicales. Des mutations qui ne doivent pas s’entendre en un sens positif, comme le projet de renouvellement générationnel du national-socialisme l’a montré.

Une masse débordante de problèmes dans un contexte où le manque de solutions possibles est criant conduit à ce que la psychologie sociale définit comme une « dissonance cognitive ». Ou, pour le dire à la manière de Groucho Marx : pourquoi prendrais-je soin de la postérité ? Est-ce que la postérité s’est préoccupée de moi ? Certes, un objectif tel que l’égalité entre générations remet en question les calculs de croissance à courte vue aussi bien que l’idée que le bonheur s’obtient par une mobilité ininterrompue et par l’éclairage 24 heures sur 24 de la planète entière.

C’est justement en temps de crise qu’on voit ce qui se passe, fatalement, quand une entité politique commune ne procède d’aucune idée de ce qu’elle veut vraiment être. Des sociétés qui se contentent de satisfaire leur besoin de sens par la consommation n’ont, au moment où, alors qu’elles se sont coupées de la possibilité d’acquérir une identité du sens et un sentiment de ce qu’est le bonheur quand l’économie fonctionnait encore, plus de filet pour retarder leur chute. Cela tombe au moment où les experts n’ont aucun plan à proposer. Peut-être leur vol à l’aveuglette est-il le signe d’une renaissance. Celle du politique.

Traduit de l’allemand par Nicolas Weill in Le Monde.

© Harald Welzer

  • 1 Nous avons laissé les religions de côté, par parti pris laïc dans une matière, la nôtre, qui gagne à se démarquer d’espaces voisins mais clairement distincs.

Psychiatrie, psychanalyse, psychothérapies : quel avenir pour les traitements de l’âme ?

SIHPP — Société internationale d’histoire
de la psychiatrie et de la psychanalyse} }}

Avec la collaboration du Carnetpsy et du SIUEERPP

Psychiatrie, psychanalyse, psychothérapies

{{ Quel avenir pour les traitements de l’âme ?

{ Hommage à Edouard Zarifian

CMME, CHU Sainte Anne, 100 rue de la Santé


Nous écrivions en juillet 2008 au moment du lancement du Colloque

« Dieu sait ce qu’à l’heure de l’ouverture du colloque ici annoncé la mouvante actualité aura actualisé. Les questions de fond n’auront pas changé d’un iota. C’est d’elles qu’il sera question. Le statut des professions psys axées sur la dynamique de la subjectivation y sera exposé et pensé. Celui de la médicalisation de l’existence aussi n’en doutons pas. Question de société. De civilisation, enjeu de l’humanisme aujourd’hui. »

le Décret d’application de l’article bancale 52 et l’Arrêté scélérat qui l’accompagne sont toujours en attente. Les psychothérapeutes relationnels toujours sur la touche de l’esprit de la loi instaurant un titre générique leur interdisant de se dire psychothérapeutes, envisagent d’exercer sous un autre nom.

La perspective n’a pas changé, regroupant psychanalyse et psychothérapie relationnelle comme alternative humaniste au cognitivisme soutenu par les tenants de la scientistique, religion d’une évaluation réductrice au service du Chiffre et de la gestion ultra libérale. Le nom d’Édouard Zarifian demeure celui d’un psychiatre chercheur éthique dont les livres vont droit au cœur et à la raison.

Nous ajoutons ceci :

Les développements institutionnels au ralenti, comme on peut le mesurer en considérant le dernier chapitre en cours du roman du Décret — auquel un Arrêté du Ministère de la Recherche est venu donner sa note scélérate, montrent que nous faisons face à une véritable bataille idéologique.

Le basculement néoconservateur — aujourd’hui en voie de dépassement aux Étasunis mais notre vieille Europe universitaire est généralement à la traîne d’une vingtaine d’années sur ce qui se passe outre-atlantique — vers un changement de paradigme au bénéfice d’une vision gestionnaire de l’équilibre psychique, s’appuyant sur le DSM pharmaco libéral, les neurosciences et la protocolisation comportementaliste, continue de jouer les rouleaux compresseurs.

Objectif : liquider le principe de la clinique appuyée sur le principe du ressort relationnel dans la singularité de la rencontre entre deux personnes, au sens fort de ce terme, et de la psychodynamique aboutissant à la possible émergeance du sujet. La résistance s’organise. Le Cifp s’associe à son mouvement, et l’incarne sur le terrain de la transmission. Il invite ses étudiants à se rendre à cette journée, qu’il a intégrée à son cursus, pour se rendre encore mieux compte, à travers la diversité des témoignages, de l’état du contexte dans lequel ils sont en apprentissage de leur belle profession.

Philippe Grauer


Programme

Matinée

09:00 – Allocutions d’ouverture :

Jean-Luc Chassaniol

Simone Veil (sous réserve)

Président de séance : François Caroli

09:30 — Ouverture : Élisabeth Roudinesco.

10:15 — Pascal Henri Keller : Du corporel au psychique.

11:00 — Pause

Président de séance : Laurent Degos

11:15 — Didier Tabuteau : L’expert et les politiques de santé publique

12:00 — Discussion

12:45 — Déjeuner (sur place et sur inscription)

Après-midi

Président de séance : Alain Vanier

15:00 — Roland Gori : La psyché est-elle soluble dans le comportement ? (provisoire)

15:45 — Claude Finkelstein : Patient — usager — être humain en souffrance, quelle est notre place ?

16:30 : Discussion
Président de séance : Daniel Lemler

17:15 : Discours de clôture : Pierre Delion

Comité d’organisation : François Bing, Roland Gori, Pascal Henri Keller, Henri Roudier, Françoise Zarifian.


BULLETIN D’INSCRIPTION

SIHPP. Quel avenir pour les traitements de l’âme? Hommage à Edouard Zarifian ,
21 février 2009, CMME, CHS Sainte-Anne 100 rue de la Santé 75014 Paris, de 9h à 18h

À retourner accompagné d’un chèque l’ordre de la SIHPP à l’adresse suivante :
François Bing, Bibliothèque médicale Henri Ey, CHS Sainte-Anne, 1 rue Cabanis, 75674 Paris cedex France

Renseignements : F. Bing : 0660604194. sihpp.ey@wanadoo.fr

Nom :

Prénom :

Adresse :

Profession :

Courriel :

inscription : 50 € — repas compris

inscription simple : 20 €

étudiants : 15 €

Nuit sécuritaire (3)

La nuit sécuritaire devient un mouvement unitaire de sursaut de la psychiatrie demeurant en rapport avec l’orientation psychodynamique. Nous appuyons ce mouvement, rien de ce qui se passe au sein du Carré psy ne nous est étranger.

Philippe Grauer


Chers amis,

Le meeting du samedi 7 Février fut un succès.

Très bientôt, les textes, enregistrements audio et vidéo des interventions seront disponibles en ligne.

Plusieurs articles de journaux commencent à en rendre compte. «Les intervenants ont fait honneur à l’intelligence» dit par exemple Philippe Petit (France culture et Marianne.fr). Voir aussi Libération, l’Humanité, France Inter, Médiapart…

Un manifeste (que vous trouverez ci-joint) y a été adopté. Il est à diffuser autour de vous bien sûr. Il peut servir de base à des réunions que vous pourriez avoir le souhait d’organiser dans vos services, hôpitaux, CMPP, associations ou autres endroits d’exercice collectif pour ceux d’entre vous qui travaillent en psychiatrie.

Des actions sont proposées que vous trouverez dans le communiqué ci-joint.

Nous voudrions particulièrement insister sur une des propositions qui consiste à ce chacun prenne la parole : que chacun, de sa place, envoie une lettre au président de la république avec copie au ministre de la santé (et à lanuitsecuritaire@collectifpsychiatrie.fr) pour dire ce qu’il pense ou ressent de la situation faite à la psychiatrie et aux patients qui se confient à nous.

Un grand mouvement pour la psychiatrie est en train de naître.

Le site sera notre point de rencontres, d’information et d’échanges.

Par ailleurs nous vous enverrons régulièrement une lettre tentant de rassembler les nouvelles, les décisions d’action, les nouveaux textes.

Chacun peut doit et peut trouver sa place dans cet espace de dignité retrouvée qui se constitue.

La nuit sécuritaire (suite)

Meeting de « La Nuit Sécuritaire » du 7 février

Un meeting pour élaborer ensemble


La journée du samedi 31 janvier, répondant à l’Appel des Appels, à ce que nous en rapportent les membres du Snppsy qui y participaient furent un franc succès et l’enthousiasme militant y vibra fort.

Cela rebondit sur une nuit, à laquelle ce communiqué invite à s’inscrire. Le premiers concernés sont les «  soignants en psychiatrie qui, quel que soit leur statut ou leur mode d’exercice, ne peuvent plus tolérer la dégradation et la mise en cause de leur travail« , mais comme nous l’expliquions ici même au pr. Bokobza, l’ensemble des partenaires locataires du Carré psy est concerné par ce qui se passe, et le SNPPsy s’associe à l’effort commun.

Alors bonne nuit sécuritaire à tous et bravo à la militance humaniste à Montreuil réunie.

Philippe Grauer


Chers signataires,

En moins d’un mois, vous avez déjà été plus de 15 000 à soutenir le texte de La nuit sécuritaire.

Les « 39 » qui ont été à l’origine de cet appel se sont réunis le 9 janvier pour envisager les suites possibles de ce mouvement de protestation dont l’ampleur même nous a surpris et confortés dans notre engagement. L’écho médiatique donné à notre initiative est remarquable dans sa durée et son intensité, et témoigne de son impact dans la société : la révolte des soignants, fondée sur leur pratique et leur expérience, pose la question de la place de la folie dans la culture c’est-à-dire celle de la manière de vivre ensemble.

Les paroles de peur et de haine, la confusion entre maladie et criminalité entretenue par l’exploitation éhontée de faits divers ont cette fois été massivement dénoncées. Ce refus déterminé de soignants a été reçu avec soulagement par beaucoup. D’où l’apparent recul du Président de la République, qui a tenu après-coup des propos lénifiants, mais sans rien retirer à sa précédente déclaration.

Notre collectif n’est ni un syndicat, ni une association. Il est composé de soignants en psychiatrie qui, quel que soit leur statut ou leur mode d’exercice, ne peuvent plus tolérer la dégradation et la mise en cause de leur travail. C’est sur cet engagement que nous voulons nous fonder pour étayer notre refus, pour regagner cette dignité mise à mal dans notre travail quotidien.

Car il faut aller plus loin et retrouver des espaces de paroles et d’échanges d’où doivent sortir des actes. Aujourd’hui, dans de nombreux appels, il est question de refus d’obéissance.

Il s’agit pour nous :

– de refuser la logique sécuritaire contreproductive en luttant contre la banalisation des mesures de contention
– de promouvoir une formation digne de ce nom des psychiatres et des infirmiers
– de sortir de la tyrannie comptable destructrice du temps nécessaire à l’écoute et au travail thérapeutique
– de dénoncer une dérive vers l’obligation juridique et administrative aux dépens du cadre humain qu’il nous faut soutenir et réinventer dans bien des domaines.

– Le deuxième temps de notre action contre la résignation et l’indifférence sera un meeting où tous les soignants en psychiatrie sont conviés afin de mettre en commun nos analyses et nos déterminations et faire émerger d’autres formes, d’autres propositions pour soutenir et amplifier cette dynamique.

Nous invitons tous les syndicats et partis politiques à venir s’y exprimer

Samedi 7 février de 14:00 à 18:00

« La Parole Errante à la Maison de l’Arbre« 

9 rue François Debergue

93100 – Montreuil-sous-Bois

Metro Croix de Chavaux (métro ligne 9).

NB : le meeting était initialement prévu à l’hôpital Ste Anne, mais la direction a annulé notre réservation sans explication.

Merci de vous inscrire uniquement si vous souhaitez réellement venir. CECI N’EST PAS UNE PÉTITION DE SOUTIEN au meeting mais une INSCRIPTION CONCRÈTE nous aidant à préparer l’organisation.

Si vous êtes inscrit & que vous ne pouvez finalement pas venir, merci d’adresser un courriel à ELIE WINTER POUR PRÉVENIR.


Si l’on s’inscrit c’est en cliquant sur

S’INSCRIRE AU MEETING

Voir les inscrits


Cet article est repris du site du SNPPsy avec son aimable autorisation.

CINÉ PHILO : Sous le soleil de Satan

Palme d’or Cannes 1987 !

Sous le soleil de Satan

de Maurice PIALAT (1987)
inspirée du roman homonyme de Georges Bernanos (1926)


Aller au séminaire

C’est la faute à Voltaire

Ou au cinéphilo

C’est la faute à Rousseau

ou à Bernanos. De toute façon c’est la faute à quelqu’un. »L’univers morbide de la faute ! »contre bling bling ? Allez donc au cinéma voir du Maurice Pialat en compagnie de Daniel Ramirez.

Philippe Grauer


Un film étonnant, fort et dense. Pour ceux qui on lu le roman de Bernanos (et encore pour ceux qui ne l’on pas lu), il s’agit d’une adaptation assez classique. On se souvient que lors de l’octroi de la Palme d’or à Cannes, il y a eu un tollé dans la salle. Maurice Pialat a dit alors devant tout le monde : « Vous ne m’aimez pas? Je ne vous aime pas non plus! ». Beaux geste d’indépendance d’un artiste déjà loin de désirs de séduction et des aléas de l’opinion.

Le film a été critiqué parce que « trop intellectuel », trop « littéraire »… comme si c’étaient là des gros mots. Ce tournant vers la superficialité et la facilité commençait déjà à faire son œuvre; aujourd’hui il est à son apogée. Le péché, la culpabilité, la tentation, la puissance du mal et sa lumière. Bien sûr, c’est un cocktail indigeste et décalé pour une époque qui ne veut que le plaisir, la jouissance de la richesse et du paraître, ce qui explique plutôt la réaction violente du public de Cannes déjà gagné par le « bling-bling ». On aurait cependant tort de considérer que ce fond obscur et paradoxal du Christianisme (et de la culture occidentale) que Bernanos a su si bien dépeindre soit purement une chose du passé.

C’est faire acte d’indépendance intellectuelle que de revoir des productions comme celle-ci. On pourrait parler de Depardieu dans sa meilleure époque, ou de Sandrine Bonnaire, toujours magnifique, mais je préfère, pour les connaisseurs, mentionner que la musique est d’Henri Dutilleux ! Rarissime collaboration avec le cinéma d’un des plus grands compositeurs français du XXe siècle.

Daniel Ramirez


Séance présentée et animée par Daniel Ramirez

Débat sur le sujet :

L’homme faillible ou la chute des corps.
Autour du christianisme : culpabilité et rédemption


L’Entrepôt — lieu des cultures — tel: 01 45 40 07 50

7, rue Francis de Pressensé, Paris 75014 — métro : Pernety

{Attention : nouveau site internet de l’Entrepôt ! Il y aura une page consacrée au ciné-philo. Vous y trouverez la programmation en avance et des informations sur les films et sujets traités. Vous pouvez y accéder en allant sur le site L’entrepot.fr, ménu « cinéma », rubrique « ciné-philo ».

Psychanalyse : éthique du sujet

Intervention lors de la journée de l’appel des appels le 31 janvier 2009

Par Nathalie Georges Lambrichs

Présidente de l’Association des Psychologues Freudiens

Actualité

Après le lapsus à double détente de Muriel Michelin*, je vais dire un gros mot : Psy-cha-na-lyse ? Psychoanalysis. Un mot qui déchaîne autant de préjugés qu’il y a d’auditeurs et d’auditeures.

Un mot qui éveille en chacun de vous des préjugés, dont les psychanalystes sont les premiers solidaires, par principe. Ils ont contribué à les créer avec vous, par leurs insuffisances, leurs prétentions, leurs guéguerres et leurs ridicules. Ce sont des gens bizarres. Dans le malentendu ils trouvent leurs ressources, dans le ratage le levier structural de leur opération. C’est que cette opération met en jeu ce lieu dit psychique, espace potentiel où gîte l’intime, l’intime si étranger en soi, où chacun peut, mais jusqu’à quel point ?,répondre de ce qui le cause, c’est-à-dire de son jugement – qui lui échappe –, de sa culpabilité – qui le paralyse – ou de son innocence – qui l’exclut des discours, de la tyrannie de la pulsion.

La psychanalyse est donc une éthique du sujet, une éthique de l’intérêt porté au comment ça rate, et avec quelles conséquences.

Depuis Freud, il y a donc des freudiens, dont certains sont « les psychologues freudiens », réunis dans une association. L’université les a produits, sensibilisés à la clinique, tandis qu’un autre cursus, de recherche et de développement, formait hier d’autres « psychologues ». Mais voilà que ces derniers sont devenus, par une alliance avec les neurosciences et leurs promesses étant donné d’une part les réponses du rat et, d’autre part, les captivantes images de l’imagerie cérébrale du Neurospin, des dits cliniciens.

Qui sont les dinosaures, qui les mutants ? Le débat est ouvert depuis cinq ans. Il doit se poursuivre. L’éradication légale de la Psychoanalysis est prévue pour 2011 en Grande-Bretagne. Alors, la psychanalyse ? Nous faisons valoir qu’elle est une démarche qualité, d’un autre type.

Rappel à rebours en quatre scansions

2008 : Le n°9 du Nouvel Ane (LNA) paru en septembre dernier comporte deux pleines pages consacrées à la déclaration de guerre aux technopsys, signée Roland Gori et Alain Abelhauser.

2006, janvier, lancement de la pétition Pasde0deconduite pour les enfants de trois ans.

2005 : « Extorsion de l’intime » est le titre choisi par Gérard Wajcman pour sa contribution à la Journée du CNAM intitulée « Trouble des conduites… dans l’Inserm ». [ organisée par les psychologues freudiens et l’InterCoPsychos – NDLR]

2004 : Jacques-Alain Miller convoquait le « Forum des psys » et créait donc LNA, journal apériodique (dont le n°9 est à la librairie), en réponse à l’amendement qui porte le nom d’un célèbre chasseur de sectes.

Contre-feux.

2009 : Là où nous voulons agir, Freud était sceptique : quels bienfaits attendre de la civilisation dont les trésors pèsent de tout leur poids sur les générations futures ? N’exige-t-elle pas trop de sacrifices ?

Le mérite de l’évaluation, c’est la simplicité : le sacrifice est radical. Les mots, elle nous les met en bouche, bien conformes, et renouvelables à son gré : ne dites plus malades ou patients, dites client, ne dites plus clients, dites usagers, non, acteurs de santé…

Cette novlangue flatte notre pente conformiste, elle se flatte d’éradiquer notre angoisse, et avec elle, la vitalité et le ressort de créativité individuelle qui en procèdent.

Questionnaires et protocoles auront raison de l’imperfection des langues humaines. Rien ne sert de savoir, il faut cocher à point… Aujourd’hui, l’insu portable est au zénith, ségréguant dans l’ombre tous ceux qui n’en seraient pas ravis et comblés.

«Saurons-nous redessiner dans cette jungle l’empire du non-agir ? Il est clair que nous devons nous retrousser les manches.

Notre collègue espagnol Juan Pundik nous en donne l’exemple, il a su sensibiliser l’opinion en matière de prescription de psychotropes aux enfants et aux adolescents, si bien que Ministère de la Santé et de la Consommation  Espagnol a décidé d’imposer de sérieuses garanties à ces actes qu’on voudrait banaliser.

Ici et là les freudiens s’organisent, travaillant avec des équipes enseignantes, soignantes, éducatives, pénitentiaires ; créant des unités psychanalytiques d’orientation dans des CMP, ou des associations comme Souffrance au travail. Il s’agit d’imposer des intervalles où l’évaluation, certes, a cours, indexée sur d’autres exigences que le tout quantifiable si bien camouflé par la démarche dite qualité, une évaluation inventive comme l’est le développement non prévisible et non conforme de ceux qui souffrent dans leur corps érogène, sexué et doué de l’étrange faculté de penser, fût-ce avec leurs pieds, et des mots, des mots, encore des m-o-t-s.

Pour une approche historique et sociale de la psychanalyse

Villa Gillet

25 rue Chazière 69004 à Lyon

en collaboration avec les éditions Albin Michel

Eli ZARETSKY  (historien/États-Unis)
Élisabeth ROUDINESCO (historienne/France)

Débat :

pour une approche historique et sociale de la psychanalyse.

animé par Thomas Wieder, journaliste au Monde des livres

      

Europsy et sa croisade

Nous reprenons la diffusion avec un texte remarquable de Marie-Hélène Bigot sur le projet Europsy. L’auteure prend argument d’une lettre du secrétaire général du SNP pour présenter le programme Europsy, ses origines, ses ramifications.

Surtout, elle en propose une lecture grandement éclairante, qui nous permet d’en saisir les enjeux. Ellle affirme aussi la conception qu’elle a élaborée, pas-sans autres, de la formation des psychologues et des conditions requises pour exercer leur art.

Nous donnant avec précision les références de sa lecture, elle nous donne un outil précieux pour nous repérer dans le dédale des organisations, programmes et organismes engagés dans cette affaire.

Ce projet est entièrement traversé par une idéologie de l’évaluation qui ne laisse aucune place au désir, ni à l’acte. Il procède d’une tentative de suturer ce qui a été ouvert au moment même de la naissance de la psychologie comme discipline par la découverte de l’inconscient et la pratique de la psychanalyse. Le nom de Freud est ici en jeu. Cette béance inaugurale s’est trouvée confirmée par la création de la profession-symptôme de psychologue praticien en France dans l’après-guerre, et par la loi de 1985. C’est ici l’intervention de Lacan, tant au point de vue de la doctrine que de la formation du psychanalyste qui a été décisive. Je ne fais que mentionner cela, je donnerai, dans un ouvrage collectif à paraître, quelques développement sur ce point. C’est cette béance maintenue qu’Europsy veut refermer. C’est celle que nous nous employons à laisser ouverte.

Jean-François Cottes

Europsy et sa croisade

Par Marie-Hélène Bigot

La lettre que Monsieur Quéheillard adresse à Roal Ulrichsen, Président de la FEAP, et à Roger Lécuyer, au titre de Président de la Cofradec, appelle réponse (1)

Elle laisse dans l’ombre certains des points fondamentaux qui se jouent pour les psychologues en France et en Europe avec le projet Europsy. Bien qu’il soit précisé que le SNP ne reconnaît pas là ses options, on a l’impression que, moyennant quelque adaptation aux réalités de la psychologie en France, il serait possible de trouver un terrain d’entente. Il n’en est rien.

Cette lettre fait suite à l’annonce par la FFPP, Fédération Française de la Psychologie et des Psychologues, de la création de Comités Nationaux « pour délivrer EuroPsy ». Il s’agirait en clair de procéder à la délivrance du diplôme de base de psychologue concocté par le groupe « EuroPsy » et ratifié par la FEAP, la Fédération Européenne des Associations de Psychologues, cela, dans tous les pays d’Europe (2).

La FFPP, l’association nationale française affiliée, désignée par la FEAP comme son représentant en France, a donc fait savoir qu’un Comité National était mis en place. Baptisé « Cofradec », pour « Comité français de la délivrance de la certification », Roger Lécuyer en a été élu Président au terme d’une élection organisée à la FFPP. Ce Comité sera constitué de 4 universitaires et de 4 praticiens, supposés représenter les principaux courants théoriques et les principales spécialités en France. Si l’on s’en tient à l’annonce, ils ont été élus le 6 décembre 2008.

Point de départ

Monsieur Quéheillard dit savoir que « la FEAP et la FFPP sont en train de mettre en place ce projet « Europsy » dans plusieurs pays européens ». Il enchaine sur les positions du SNP sur «la discipline et la profession » pour demander à ses interlocuteurs si et comment ils entendent « adapter leur projet en fonction des réalités » qu’il expose.

Il ne remet pas en cause leurs prétentions à déployer un tel projet. Leur démarche ne s’autorise pourtant d’aucune force légale, ne s’appuie sur aucune loi nationale ou directive européenne qui lui donnerait un caractère obligatoire. Elle ne se fonde que d’un « je veux ». C’est une position de maître qui tente de « faire accroire », de subordonner au projet en question, en vue de recomposer le paysage de la psychologie en France et en Europe

Rapportons-y la politique de « valorisation », précédemment mentionnée, qui veut optimiser les avancées du projet et accroître son impact (3). Mais est-ce seulement cela ?

La formation des psychologues

Monsieur Quéheillard, pour le SNP, fait valoir que la psychologie relève « des sciences humaines », son objet est en effet l’être humain et ce qui le fonde, dans sa singularité. Il relève que les cadres de pensée auxquels la psychologie se réfère sont hérités « d’une double tradition historique ».

Nous préciserons que ces cadres, s’ils sont deux, sont distincts.

L’un se réclame de la science et de « l’objectivisme ». Il vise à saisir l’homme, son malaise, au travers d’expériences qu’il veut objectives.

N’oublions pas pourtant que, même à considérer l’homme et sa psyché à partir de la neurologie, de la biologie, de l’étude du cerveau, du relevé de données quantifiables et chiffrables, cela tient d’une conception théorique, ce n’est pas un fait en soi. Ces hypothèses, leurs expérimentations et résultats, ceux retenus comme significatifs, n’échappent pas au « cadre de pensée » de ceux qui les conçoivent, même si leur souhait serait d’atteindre à la réalité humaine.

Le repérage du second cadre sous les termes d’un « humanisme », d’un « subjectivisme » qui s’aborderait sous l’angle d’une relation intersubjective échoue à donner son cadre à la psychanalyse. En effet, si celle-ci oriente la pratique de beaucoup de psychologues en France, elle ne répond pas tant de l’épanouissement de la personne humaine que de la révélation du désir qui anime chacun au un par un et l’oriente. Cette découverte se fait, non à partir d’une théorie de l’intersubjectivité, mais de celle de l’inconscient et de la mise en acte du transfert. Le désir de celui appelé à répondre à la demande qui lui est adressée est convoqué dans cette affaire.

L’exercice de tout psychologue trouve à se constituer de la mise en jeu, non seulement de concepts, mais aussi de « son implication personnelle », de son être. Le cadre de son intervention répond donc toujours d’un au-delà de l’enseignement reçu.

C’est pourquoi une formation universitaire, aussi bien faite soit-elle, ne peut prétendre délivrer une formation qui réponde de ce dernier critère. Le niveau de formation théorique et pratique qu’elle est susceptible d’offrir ne peut, à notre sens, l’inclure.

Elle peut viser à la transmission de concepts, se donner pour but d’instruire l’étudiant sur leurs implications, sur leurs limites. Elle peut viser à lui faire saisir la présence de cette « implication personnelle » dans ce qu’il entend d’autrui et le mener à s’interroger sur la façon dont il entend la prendre en compte. Elle ne peut prétendre incarner les courants théoriques, ni se confondre avec les écoles, avec ceux qui portent la responsabilité d’une théorie qu’ils soutiennent, à charge pour eux de l’interroger et de l’éclairer.

Il nous parait essentiel de distinguer ces places, faute de quoi on assisterait au rabat de l’écart d’où chacun, étudiant, enseignant, praticien ou chercheur, peut interroger sa mise.

La formation EuroPsy

Ce diplôme est un diplôme « de base ». Il est prévu de lui adjoindre des diplômes dits « avancés », des spécialités qui pourraient, « à long terme » nous dit-on, « restreindre les lieux d’exercice, les niveaux et les tâches de ceux qui ne posséderaient que le diplôme Europsy de base » (4)

Nous retenons plus particulièrement l’existence d’une spécialité en clinique et santé et d’une autre en psychothérapie. En ce qui concerne cette dernière, Philippe Grosbois a annoncé, dans un article du « Fédérer » de juin 2008 la mise en place de Comités Nationaux dans 7 pays de la Communauté Européenne, « pour évaluer les compétences des psychologues qui répondent aux critères de l’EFPA en matière de psychothérapie » (5).

On note que la politique de l’EFPA s’accélère et qu’elle recherche un impact maximal. Monsieur Quéheillard fait pourtant remarquer que l’existence de spécialités « a été refusée par le SNP » et « qu’aucune hiérarchie de niveaux de formation » ne doit être instaurée. L’EFPA n’en a cure.

S’il est précisé que le projet Europsy « ne vise pas à conférer un droit d’exercice et ne devra pas remplacer les pré-requis nationaux relatifs à la profession », ses auteurs ajoutent qu’il est «évident que plus la reconnaissance du projet EuroPsy sera mise en place et plus les pré-requis nationaux s’y conformeront » (6). Parvenir à ce que les pré-requis nationaux s’alignent sur le projet Europsy. Le but est celui-ci : parvenir à imposer les « normes d’études et de formation » conçues par les membres du groupe Europsy et ratifiées par la FEAP.

Exiger, par exemple, de tout psychologue qu’il puisse mettre en œuvre les 20 « compétences de base » qui ont été listées. Elles décrivent son action par le menu, elles la circonscrivent dans un mode d’emploi, dans des « rôles » préalablement attribués. Son intervention se doit d’être linéaire et planifiée. Elle se base, par exemple, sur « le repérage, la préparation et la mise en place d’interventions adaptées aux buts visés grâce à la mise en place du diagnostic et des développements ultérieurs, en tenant compte du service demandé ». (7). Ces dites “bonnes pratiques” seront garanties par un contrat où superviseur et étudiant conviendront du champ professionnel choisi, du type de client rencontré, du rôle à tenir et des compétences à mobiliser.

L’écart entre la demande et le désir d’un sujet est écrasé, ignoré. L’acte se doit d’être conforme aux attentes du « client », de suivre un « plan d’intervention ». La surprise est bannie. Le transfert, la mise en acte de l’inconscient n’ont aucun droit de cité dans ce chemin tracé d’avance. La psychanalyse n’est d’ailleurs pas nommée. Est-ce un hasard, une tendance ? Suffirait-il de rappeler l’existence d’autres théories pour les voir prises en compte ?

Le projet Europsy prévoit qu’incombe au Comité National de l’association affiliée (Cofradec/FFPP) la tâche de préparer et publier une liste des cursus de formation universitaire en psychologie accrédités » (8). Les « écoles thérapeutiques » autorisées à dispenser une psychothérapie seront aussi évaluées et accréditées.

Ce Comité pourra donc décider des lieux d’enseignement, de qui dispense la psychothérapie adéquate, soit autoriser ceux qui s’accordent avec les critères d’Europsy.

EuroPsy prévoit aussi un apprentissage obligé de la pratique avec un superviseur. C’est en le regardant faire, en se laissant soi-même observer, qu’on serait supposé « apprendre et progresser ». Pour encadrer cela un « guide de supervision » devrait paraître ! (9)

Non seulement une démarche de supervision se doit en effet de « rester à l’initiative du professionnel » (et donc ne pas être systématisée) mais elle ne peut devenir un enseignement universitaire, procéder d’une « sélection et d’une validation académiques » (10).

Avec Europsy, c’est par l’appui sur un autre qu’on regarderait faire, un Autre avec lequel on aurait « des discussions critiques » que l’on trouverait à fonder son exercice. Des savoir-faire et des techniques viendraient se substituer au surgissement d’un « je ne sais pas » et à la possibilité d’un questionnement sur « la part prise » par soi-même dans le cadre posé.

Comment l’université pourra-t-elle être un lieu de confrontation théorique, comment pourra-t-il y avoir un lieu de questionnement des savoirs quand l’EFPA/ses associations affiliées seront « ceux qui savent », quand les membres du Comité décideront d’inclure ou d’exclure lieux, étudiants, enseignants, psychothérapeutes… ?

Des connaissances, même « doctorales », ne seront dans ce cas que copies conformes.

Ces exemples ne sont pas des choix malencontreux. Le projet EuroPsy est le résultat d’une orientation qui se proclame scientifique. Ses normes reposent, selon ses auteurs, sur des critères « scientifiquement établis de la psychologie comme science et comme profession »(11)

Les sources du projet

On nous dit qu’Europsy s’est inspiré de travaux effectués par la BPS, British Psychology Society, pour établir ses pré-requis. Nous savons qu’un canevas de formation a été établi dans un premier temps par l’ENOP, un équivalent de la FEAP pour les psychologues du travail. Il a pu constituer un modèle, certains membres d’Europsy sont d’ailleurs issus de la psychologie du travail et des organisations. Le projet Europsy est décrit comme la suite logique de ce processus. Mais il y a plutôt ici mise en œuvre d’une orientation décidée que reprise de quelques points de repère antérieurs.

Si nous nous intéressons aux membres d’Europsy nous nous apercevons qu’ils sont, pour la plupart, les mêmes depuis que le groupe s’est constitué.

Les « gènes » qui répondent du projet nous sont décrits autrement par Bernard Wilpert : Europsy est né à partir d’une idée d’Ingrid Lunt. C’est elle qui a soigneusement choisi « des collaborateurs potentiels -« des partenaires »- pour la plupart admiratifs de sa sagacité, de ses aptitudes sociales et scientifiques » nous Wilpert (12). C’est dans un second temps que sont intervenus les autres points: le modèle construit par l’ENOP, le soutien de la FEAP au projet et les subsides du programme européen Léonardo de Vinci.

Qui sont ces « partenaires » ? 

Ils représentent des universités ou des associations nationales, et plusieurs sont aussi membres d’organisations internationales de psychologie, en particulier de l’IUPsyS, l’Union Internationale de Psychologie Scientifique, et de l’IAAP, l’Association Internationale de Psychologie Appliquée.

Ingrid Lunt, très active, est vice-présidente de l’IUPsyS pour la période 2004-2008. Elle fait partie des dirigeants de l’IAAP jusqu’en 2010. Elle est affiliée à la division internationale de l’APA, l’Association Américaine de Psychologie. D’autres sont membres de la SIOP, Société pour la Psychologie de l’Industrie et des Organisations, une autre division de l’APA .

Ces organisations ont toutes pour caractéristique de soutenir la psychologie scientifique et d’œuvrer à son internationalisation.

Ingrid Lunt nous apprend d’ailleurs que l’IUPsyS poursuit « une initiative similaire à celle d’Europsy à un niveau plus global » (13). Cette association veut établir des standards, internationaux cette fois, pour les psychologues.

La FEAP, l’IAAP et l’IUPsyS ont signé un accord en juillet 2002 qui précise que « les trois associations partagent l es mêmes buts en promouvant la psychologie dans le monde », et qu’elles « travaillent en étroite collaboration » (14)

Pour sa part, la FFPP siège maintenant avec la SFP, Société Française de Psychologie, au sein d’un « Comité National Français de Psychologie Scientifique » (CNFPS). Michel Denis, le

Président de l’IUPSyS, a demandé en mai 2008 que cette association reconnaisse le comité comme son représentant en France (15).

Une Association pour l’organisation du Congrès Mondial de Psychologie Appliquée a été créée fin 2007 en vue de recevoir la Conférence Internationale de l’IAAP qui aura lieu en France en 2014. En sont membres de droit, entre autres, la FFPP et la SFP, leurs présidents, ainsi que Roger Lécuyer et Jacques Py (16).

La FEAP et la FFPP ont donc avec ces associations et leur orientation, pour le moins, des affinités. Comment concevoir qu’elles puissent prendre en compte un cadre qui ne se définisse pas de la science mais de l’hypothèse de l’inconscient ?

Pour Ingrid Lunt et Jose Maria Peiro, membres d’Europsy, les changements sociaux en Europe, par exemple dans « les écoles, les organisations, la santé mentale et les services sociaux », « la recherche sur la prévention, les conduites et leurs conséquences » réclament l’attention croissante des psychologues. L’Europe devient donc une cible, un objectif (« a target ») pour cette psychologie qui se définit « comme une science et une profession » (17)

Faire jouer la jurisprudence, faire la loi

Le numéro de septembre 2008 de « Fédérer », le bulletin de la FFPP, fait valoir que « la responsabilité des membres du Cofradec Europsy, en particulier ceux qui vont siéger dans le premier comité est considérable, car ce comité va créer une jurisprudence, et engager en grande partie l’avenir de la profession en France » (18). Cette référence à la « jurisprudence » nous rappelle que la France n’est pas seule concernée. Tous les « comités nationaux » instaurés en Europe par l’EFPA créeront cette situation de fait et viseront à l’établissement d’une jurisprudence. Coup de bluff ?

Si cette démarche de l’EFPA va dans le sens de la politique d’optimisation qui est la sienne, l’angle choisi nous semble différent des prétentions affichées jusqu’alors : distribuer une carte professionnelle, construire une « plate-forme » (19). Il est question ici de jurisprudence. Considérons aussi que Philippe Grosbois annonce la délivrance d’un « Diplôme Europsy avec mention de spécialiste en psychothérapie » avec mise en place de Comités Nationaux dans 7 pays d’Europe. Ce forçage diffère d’une démarche en vue de l’établissement d’une plate-forme, de critères minimaux de reconnaissance.

La directive européenne 2005/36/CE vise à la reconnaissance des qualifications professionnelles. Elle s’applique aux psychologues, elle n’impose pas aux États l’harmonisation du contenu de leurs formations. Contrairement à ce qu’espérait l’EFPA, l’article 15 précise que les Etats conservent leurs compétences « pour déterminer les qualifications professionnelles requises pour l’exercice des professions sur leur territoire » (20). L’EFPA comptait beaucoup sur cet article pour faire d’EuroPsy une plateforme commune, pour imposer Europsy en Europe.

En 2006, elle disait vouloir malgré tout contribuer à l’établissement d’une plate-forme qui servirait de référence. Ce processus est codifié : il faut la proposer à la Commission Européenne qui convoque un groupe d’experts… en vue de son adoption. Adoptée elle acquiert une force juridique, qui ne peut excéder ce qu’en dit l’article 15 : elle ne s’impose pas. Cela ne fait pas une jurisprudence ni ne permet d’imposer les critères d’une spécialité.

Nous ne pouvons que nous interroger, sachant que l’EFPA et ces associations internationales sont très attentives aux modifications de la législation européenne et aux opportunités qu’elle peut offrir.

La directive relative aux services de 2006 ne s’applique pas aux psychologues. Les services de santé ont été exclus de cette directive. Cependant aucune directive spécifique les concernant n’a été rédigée, malgré un rapport rédigé en ce sens par Maître Vergnaud en mai 2007 (21)

Alors que de nombreux Etats ont souhaité que les services de santé bénéficient d’un encadrement « autre que celui exercé par les juges de la Cour de Justice des Communautés européennes dans le cadre de contentieux », on apprend que le Parlement Européen a  préféré inviter la Commission « à proposer un instrument approprié en vue, notamment, de codifier la jurisprudence de la cjce en la matière »(22). Ce point est à l’heure actuelle en discussion.

Est-ce de cela qu’il serait question ? S’agirait-il de faire glisser les psychologues vers un système où tout groupe, en fonction de ses intérêts propres, pourrait viser à imposer le cadre qui lui convient, sans plus respecter la place particulière tenue par les services de santé ? Pour le plus grand bénéfice des intérêts du groupe en question et du marché ?

Le but de ces associations est de parvenir à imposer leurs standards, de développer une psychologie « universelle », ou « globale », au détriment de ce qu’elles rabattent du côté d’une diversité culturelle, de psychologies « indigènes », jamais décrites comme relevant de théories de l’être humain inconciliables avec leurs présupposés (23). Il s’agit de passer au-delà d’un cadre qu’elles considèrent n’être constitué que de frontières traditionnelles, d’amener les Etats à tendre vers des normes qui conviendraient mieux à leurs intentions.

La responsabilité des membres du Cofradec serait effectivement considérable dans ce changement de l’organisation du champ de la psychologie en France et en Europe. Il s’agirait, ni plus ni moins, de la retailler selon les vœux des tenants de la psychologie scientifique.

Au vu du laminoir qu’ils constituent pour toute théorie autre que celle qu’ils transportent, le projet de décret récemment proposé, visant à encadrer le titre de psychothérapeute, constitue un cadre respectueux des orientations théoriques présentes en France et de la compétence de l’Etat (24).

Il met l’accent sur la nécessité de contenus clairement identifiés et référés plutôt que de s’appuyer uniquement sur un dit « haut niveau ». Notons qu’un niveau, même doctoral, se contente fort bien des standards d’un seul courant. Ce projet de décret considère qu’il existe des courants théoriques, il ne s’octroie ni le droit, ni le pouvoir de décider « d’UN », qui serait « Le Vrai ».

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1- Quéheillard J.-L., Secrétaire Général du SNP, Lettre au Président de la FEAP (EFPA), Roal Ulrichsen, et au Président du COFRADEC Europsy, Roger Lécuyer, 24 novembre 2008. http://www.psychologues.org

2- Fédérer, Bulletins 38 à 40, http://www.ffpp.net

3- Bigot M.-H., « La psychologie de l’Europe, sans diversité », note 26, http://www.psychologuesfreudiens.org

4- Diplôme Européen de Psychologie, Projet du groupe Europsy, http://ffpp.free.fr/europsy/europsy220905vf.pdf, p. 3

5- Grosbois P., Présentation de la synthèse du rapport d’activité du « Standing Committee on Psychotherapy » 2005-2007, Fédérer N°38, http://www.ffpp.net

6- Diplôme Européen de Psychologie, Ibid. supra, p.3

7- Ibid. sup., p.28

8- Ibid. sup., p.9

9- Ibid. sup., p.35

10- Quéheillard J.-L., pour le SNP, Cf. Supra.

11- Lécuyer R., Europsy : Certification européenne en psychologie. Déclaration de l’EFPA, 12 10 2006. FFPP, p.6

12- Wilpert B., Projecting a European Diploma in Psychology, European Psychologist, PsycARTICLES, sept. 2002, 7, 3, p.222.

13- Lunt I., On achievements and challenges in the international organisation of psychology, The Psychologist, février 2005,18, 2, p. 79

14- International Association of Applied Psychology, Newsletter, Volume 15, Issue 1, january 2003, p. 63

15- www.am.org/iupsys/natmembers/GA2008/2008-GA-3-3-france.pdf –

16- Association for the organization of the 28th International Conference of Applied Psychology 2014, « Consortium of Psychology Associations – 28th ICAP 2014 », www.sfpsy.org/IMG/doc/A-CIPA-2014-UK.doc

17- Peiro J.-M, Lunt I., The context of a European Framework for Psychologists’ Training, European Psychologist, PsycARTICLES, sept. 2002,7,3, p. 169-172

18- Fédérer, N°39, http://www.ffpp.net

19- Lécuyer R., Europsy : Certification européenne en psychologie, Ibid. supra, p.3

20- Directive 2005/36/CE du Parlement et du Conseil du 7 septembre 2005 relative à la reconnaissance des qualifications professionnelles, Article 15, Alinéa 4.

21- Projet de rapport sur l’impact et les conséquences de l’exclusion des services de santé de la directive relative aux services dans le marché intérieur. Rapporteur Vergnaud B., Commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs, 2006/2275 (INI). 06 03 2007 www.europarl.europa.eu/meetdocs/2004_2009/documents/pr/656/656490/656490fr.pdf.

22- « Quel encadrement européen pour les services de santé ? », Coopération Sociale Européenne, Fiche de synthèse, juillet 2007

23- Lunt I., On achievements and challenges in the international organisation of psychology, Ibid. supra, p. 79

24- Projet de décret, 22 10 08, http://www.psychologues.org/Docs/decret+arrete_22_10_08.pdf

Psychiatrie et libertés : enjeux d’un changement de paradigme.

D’abord le discours, présidentiel, à la fois humaniste, souriant, sécuritaire, menaçant. Puis la loi. Nous en sommes à l’étape un. C’est le moment de réagir. Nous nous sommes fait l’écho de nombreuses protestations sur ce souci d’une nouvelle Lettre de cachet en train de se mettre en place. Prions les dieux qu’il faille moins qu’une Révolution pour abolir une pareille réinvention.

Le fait est qu’une lutte idéologique et politique au sens large du terme est en cours, au sein du Carré psy et plus largement de la société française à l’heure de la mondialisation. Il s’agit de choix entre options nettement différenciées entre une vue ultralibérale et celle qui prévoit un minimum de régulation. Il s’agit au niveau mondial mais cela se réfracte dans l’uinivers européen puis français, il s’agit d’éviter une crise de type sérieusement catastrophique, il s’agit aussi et surtout de savoir quelles valeurs nous tenons à préserver. Qui nous ? vous tout aussi bien.

Dans nos professions l’option managériale et sécuritaire, idéologisée comportementalisme et neurosciences, s’oppose à une perspective néo humaniste, fondée sur l’option psychodynamique. Naturellement l’affaire est plus complexe que ce à quoi la présente phrase a l’air de la réduire. Mais l’alerte humaniste est bel et bien là, mobilisant l’ensemble comme on dit des personnels concernés, ce qui regarde bien entendu la population, donc l’opinion, donc vous, qui n’atterissez pas sur ce site par hasard.

Les trois textes qui suivent présentent de ce point de vue des intérêts différents. Le premier explique, il explique bien. Le deuxième analyse le principe de l’incarcération préventive au nom d’un concept qui vient de sortir, véritable alien juridique, celui de dangerosité, et soutient le principe de la séparation des pouvoirs appliqué à celle des domaines. Dans les deux cas il y a atteinte aux libertés fondamentales. Enfin le troisième préconise la désobéissance civile comme défense contre un projet de dispositif appuyé sur une philosophie de la peur dont le principe s’avère vigoureusement antidémocratique.

Quand vous aurez consulté ce dossier, vous disposerez sur ces sujets sensibles des moyens de vous représenter une part du combat de l’actuelle psychiatrie, sinistrée, récupérée par la neurologie, humiliée, manipulée. Vous constaterez qu’il n’y a pas que nous de maltraités dans cette vaste affaire, où tout se tient côté valeurs. Raison de plus pour certains de s’en rendre compte et de ne pas s’abstenir de solidarité avec leurs collègues de la psychothérapie relationnelle.

Philippe Grauer


1/

JEAN LOUIS PEDINIELLI

SINISTRE 2 DÉCEMBRE 2008

Le Président se penche dangereusement sur la folie
Le Président a voulu parler de la psychiatrie à la Nation. Il a tenu à le faire d’un hôpital psychiatrique, ce qu’aucun Président n’avait encore osé faire, alors que selon ses propos son entourage lui avait dit “Ne touche pas à ce domaine. Tout le monde s’y casse la figure”. Mais lui ne recule devant aucun défi. En effet, témoins des propos tenus et des gestes qui l’accompagnaient, nous savons qu’il faudra un autre Président de la République pour que pareil affront à l’humain soit effacé. Comment n’avons-nous pas pu crier notre honte et notre colère sur le champ ? La folie est redevenue à la demande d’un Président l’objet de la vindicte populaire. La folie est condamnable il faut l’enfermer et l’effacer !

Silence on sécurise

Le danger est à nos portes. Il faut soigner certes mais il faut surtout ’protéger’ la société, avons-nous entendu. D’abord les hôpitaux vont être ’sécurisés’ (on pense barbelés, caméra, miradors, doubles portes blindées, les fouilles au corps, les chiens). Mais d’abord il va y avoir obligation de soins. Cette affirmation n’avait jamais été prononcée par un Président, ni par un ministre. C’est une décision d’une gravité exceptionnelle. Elle vient s’ajouter à l’atteinte à la liberté que représente toute hospitalisation d’office. Elle vient enfreindre toutes les règles médicales. Elle empiète sur la liberté des familles. C’est en fait l’ouverture à l’arbitraire, car elle ne s’appuie sur aucune donnée vérifiable, et ses limites seront incontrôlables.

Écrasement de tout espace thérapeutique

Elle va même pouvoir se continuer à domicile. Un pas de plus dans l’atteinte à la liberté. Ces deux décisions constituent l’écrasement de tout espace thérapeutique : toute la psychiatrie est dans cet espace : nous connaissons la difficulté pour une personne qui n’a pas conscience de la nature de ses troubles pour qu’elle arrive peu à peu se sentir soutenue en confiance et qu’elle perçoive l’appui qu’elle peut tirer des soins. Tout soin obligatoire au contraire la pousse à comprendre que la société qui l’entoure lui est hostile, alors consciemment et inconsciemment elle va s’organiser pour lutter contre elle. Cette obligation vient annuler la psychiatrie dans sa qualité de soins.

On a cru l’entendre dire aux familles ’Dormez tranquille : un officier de police va venir apporter les médicaments à domicile, les pompiers les assisteront au cas où votre malade de refuserait d’avaler son médicament (certes on a quelques doutes sur l’ambiance pour faire les injections ’obligatoires’). C’est avoir une piètre idée du désir de soin qu’ont les familles.

Géo-localisation de la folie

Le schizophrène (car le terme a été employé comme si la science avait reconnu le terme comme une vérité scientifique incontournable), qui sera sorti sans permission, fera l’objet d’une poursuite ; pour prévenir pareille ’folie’ il recevra un bracelet de « géo-localisation ». Ce bracelet pourra de façon préventive être posé d’emblée en même temps que le diagnostic, tout comme les personnes ayant une maladie d’Alzheimer, la comparaison a été affirmée et elle est forte, elle montre la méconnaissance ’totale’ qu’a le Président sur ce que sont les troubles psychiques. Comment ses conseillers le laissent-ils ainsi se couvrir de ridicule ? Une autre barrière est ainsi franchie : celle de la géo-localisation de la folie. Il n’y a plus moyen d’échapper. Georges Orwell doit être stupéfait de voir son 1984 se réaliser.

Gare aux placements d’office : fichage ad vitam eternam

Les placements d’office seront l’objet d’une liste nationale connue (sous secret médical, bien sûr) de tous les hôpitaux psychiatriques. C’est bien pire que le casier judiciaire, car les ’erreurs’ ne seront jamais effacées. On ne sait pas encore avec précision quelles seront les conditions permettant de placer une personne d’office, c’est capital, car une fois mise dans cette liste, elle n’en sortira plus !

D’abord l’hospitalisation d’office donnera droit à un ’régime spécial’ qui va être extrêmement difficile à délimiter. Il faudra être sûr que les patients soient dans des espaces d’hospitalisation d’où on ne peut s’échapper. ’Ce n’est pas comme en prison’, la différence a été affirmée cinq fois, c’est exact que d’une prison on peut encore s’échapper. D’un hôpital psychiatrique on ne pourra plus fuguer.

Cellules de sûreté

La Ministre veillera aussi à la construction de 200 cellules ; une somme d’argent considérable a déjà été donnée à la Ministre de la Santé. Y seront associés quatre nouveaux centres pour malades difficiles de 40 places chacun. L’enfermement est ainsi affirmé comme l’arme définitive contre la folie. Si quelqu’un a l’idée (folle) de penser que le malade a été traité suffisamment pour pouvoir sortir (on se demande en effet comment pareille éventualité pourra être envisagée) il faudra obtenir d’abord l’accord du Préfet en personne. Car le Président a insisté : le Préfet ne déléguera plus à un sous-fifre cette surveillance. Cet homme responsable, le premier représentant de l’État dans le département, saura comment surveiller toute tentative de sortie. Le Président en a appelé constamment à la responsabilité de chacun. Cela veut dire clairement que les sanctions devant toute “erreur” vont pleuvoir dru, du Préfet au portier. L’allusion aux victimes éventuelles d’un fou était discrète mais portée au plus haut niveau.

Enfermement à vie

Le Préfet va s’appuyer sur l’avis d’un comité de trois personnes. On entrevoit les procédures, les attentes interminables, les doutes, les demandes de vérification pour être certain ! On ne va pas demander aux experts en qui on fait toute confiance mais ils ont déjà tant de tâches difficiles. On demandera au chef de service concerné, à un cadre infirmier, et à un autre psychiatre libéral par exemple, car il faut que les libéraux s’associent au public. Ce choix est malicieux si on l’examine, il ne pourra pas décider d’une sortie.

Attention (fantasme de) danger

Comment un tel comité pourrait-il affirmer que ce malade n’est pas dangereux ? La notion de danger étant un pur fantasme (il n’y a jamais eu la moindre donnée scientifique pour dire ce qu’est le danger en la matière), la conséquence est grave : personne n’est capable d’affirmer que dans les moments qui viennent une personne que nous avons devant les yeux “ne peut être dangereuse”, personne ; et si un accident survenait tous les trois seront coupables. Le chef de service sachant que des peines de prison l’attendent ne pourra le faire, le cadre infirmer pourra le faire encore moins car il voudra défendre tous ses collaborateurs infirmiers, quant au psychiatre libéral, plus on peut enfermer les malades difficiles, plus son travail en cabinet sera paisible ; pour sa sauvegarde personnelle, pour sa vie de famille, il ne peut prendre le risque d’aller en prison.

Ainsi quatre professions seront à partir de demain “extrêmement” attentives à ne pas laisser sortir un malade qui aura manifesté le moindre signe de violence.

Murs, sauts de loup, miradors : nous voici bien gardés

Va s’y adjoindre une cinquième qui après la condamnation récente à Grenoble de l’un d’entre eux sera encore plus vigilant pour que toutes ces mesures soient respectées : ce sont les Directeurs d’hôpitaux, d’autant que le Président leur a rendu un vibrant hommage. Le directeur va veiller à la reconstruction de murs infranchissables, des sauts de loups (détruits depuis 40 ans), au contrôle à la porte de l’hôpital, aux fermetures des cellules et des services, aux miradors aux quatre coins de l’hôpital (les caméras ne sont pas encore arrivées, on ne voit pas comment on va pouvoir s’en passer dorénavant), à la bonne observance des traitements obligatoires (car il faut aussi une surveillance administrative), au contrôle de tous les documents de placement d’office et surtout, surtout, aux mesures de permissions avec leurs traitements obligatoires associés, à son parc automobile enfin, pour aller rechercher avec la police les malades fugueurs, à tout moment et en nombre suffisant.

Si quelqu’un a besoin de soins psychiatriques “ne pas le soigner c’est être coupable de non assistance à personne en danger”, c’est d’autant plus simple qu’on ne saurait comment demander son consentement à une personne qui a perdu les sens ? (ceci était accompagné d’un geste significatif : le doigt présidentiel a pointé l’honorable crâne ! La démonstration scientifique est irrésistible.)

Une menace claire

Pour conclure le Président a mis un terme à toute hésitation à obéir à ses ordres, la menace était claire, bien présente, elle a été affirmée avec une émotion sacrée, celle du Président, écartant d’un mot et d’un revers de main toute contestation, qui ne pourrait être “qu’idéologique”. Sur un champ aussi grave l’idéologie est donc interdite. Chacun a compris là que tout effort de compréhension clinique des troubles et toutes les approches humaines étaient ainsi écartées après avoir été sévèrement condamnées, car “idéologiques”. Le mot de conclusion a été prononcé avec le sourire, comme s’il savait qu’il y avait un mot qui allait tout faire accepter. Il a été dit que toutes ces affirmations allaient dans le sens de l’humain “bien entendu” ! (clin d’œil appuyé) nous devons savoir qu’il sait ce qu’il faut nous dire !

Notre honte ! Mais pourquoi n’avons-nous pas crié notre terreur de voir s’imposer un tel régime de crainte, de perte de liberté. Jusqu’alors aucune loi française n’a franchi ces barrières intimes que sont le domicile, l’obligation de soins, la géo-localisation ! cette barrière a été franchie en s’appuyant sur cette notion insaisissable de danger.

Nous sommes effarés de constater l’état d’ignorance qui existe en haut lieu. C’est aussi la première fois qu’un Président de la République stigmatise une maladie précise. C’est une blessure humaine grave. Comment ces personnes portant cette prétendue maladie vont s’en relever alors que nous savons très bien la variété de troubles correspondant à ce diagnostic ? Nombre d’entre eux peuvent ne jamais être soignées parce qu’ils n’en ont pas besoin.

Personne dangereuse

Comment les usagers de la Santé Mentale vont-ils oser dire que leurs troubles se rapportent à cette prétendue maladie ? Comment les usagers vont-ils pouvoir se défendre après telle affirmation venant de si haut, en public ? Jamais la stigmatisation n’avait atteint ce niveau. Ces usagers vont se sentir associés aux personnes ’dangereuses’. Affirmation sans fondement qui devient sans limites.

Et pourtant toutes les statistiques montrent que les malades mentaux ne sont pas plus souvent auteurs de crimes que la moyenne de la population. Toutes les statistiques montrent qu’ils commettent moins de délits. Toutes les statistiques montrent qu’au contraire les malades mentaux, au lieu d’être agresseurs sont 20 fois plus souvent victimes de violences que le reste de la population. Pourquoi l’entourage du Président lui a-t-il permis de se couvrir ainsi de ridicule. Quand le Président des français se ridiculise, je me sens comme citoyen malmené et blessé car il nous représente tous.

Violence stigmatisatrice

C’est vrai que la folie fait peur depuis que l’homme existe. C’est vrai que tout doit être fait pour montrer à la population que la folie fait partie de l’homme, et que plus l’homme est entouré par la solidarité humaine plus sa folie est intégrée à sa personne, et au lieu de le diminuer, l’enrichit. Une commission a été nommée au début de l’été pour faire des propositions afin de sauver la psychiatrie française de l’abandon dont elle était l’objet, la commission Couty ; son travail est balayé par cette invitation à la violence sécuritaire renforçant encore l’hôpital transformé en prison, et stigmatisant la folie avec tant de mépris.

Ce 2 décembre 2008 les professionnels de la psychiatrie, les usagers de la santé mentale ne peuvent rester muets. La seconde étape sera la loi. Il y a maintenant urgence. Nous savions qu’elle était dans les tiroirs depuis deux ans. Il fallait un évènement. Ce fut le drame de Grenoble. La situation d’une personne suffit pour faire une loi qui va troubler 65 millions de personnes en ciblant un million et demi d’entre elles comme susceptibles de violences. Dans les plus brefs délais c’est dans la rue qu’il faut défendre notre société, ses malades. Il y va de l’homme et des français. De tous.


2/

NON À LA PERPÉTUITÉ SUR ORDONNANCE !

par le Dr. Guy BAILLON Psychiatre des Hôpitaux

Paris le 2 décembre 2008

La loi du 25 février 2008 relative à la rétention de sûreté fait rupture dans notre tradition juridique. Elle permet l’incarcération dans des établissements spéciaux de personnes condamnées qui, bien qu’ayant purgé leur peine, seront privées de liberté du fait de leur ”particulière dangerosité”. Pour la première fois dans notre droit, des individus pourront être enfermés sur décision judiciaire non pour sanctionner des actes délictueux ou criminels, mais pour anticiper des actes qu’ils n’ont pas commis ! À juste titre, Robert Badinter a dénoncé dans cette loi une rupture majeure avec les principes fondamentaux de notre justice pénale.

Cette loi fait également rupture dans la tradition et l’éthique médicales, car c’est l’expertise médico-psychologique qui devient l’élément clé du dispositif pour décider de cette mesure de sûreté. Alors que sa mission est de porter secours et de soigner, la médecine se trouve ici instrumentalisée dans une logique de surveillance et de séquestration. C’est le savoir psychiatrique qui légitimera l’incarcération d’individus au motif d’un diagnostic de “particulière dangerosité”. La privation de liberté est ainsi parée des habits de la science, comme si le savoir des experts permettait de prédire les actes criminels d’une personne.

C’est une mystification et une confusion organisée des registres.

Une mystification car il est faux que l’on puisse prédire, pour un individu donné, les actes à venir. L’usage que l’on fait à cet égard des statistiques concernant la récidive est une duperie, car ces chiffres concernent des populations, non des individus. Or c’est bien de la liberté d’un individu qu’il s’agit.

C’est une confusion que de demander à des soignants d’occuper cette place, car leur fonction, leur déontologie et leur éthique les situent du côté de la personne, ses libertés et ses contraintes, non d’un ordre public désincarné. Cette séparation fondamentale est une garantie essentielle des libertés, contre la tentation de faire le bien de chacun contre lui-même. La psychiatrie est familière de ces dérives : faut-il rappeler qu’il y eut des internements pour motifs politiques ?

La monstruosité de certains crimes et la souffrance terrible des victimes, dont chacun est saisi, sont utilisées pour aveugler la raison et céder aux politiques prétendument efficaces. C’est une manœuvre démagogique. On sait par avance que cette politique ne résoudra en rien le problème des criminels récidivants. Par contre ce dont on est sûr, c’est que ce dispositif, d’abord destiné à des populations restreintes s’étendra progressivement, au nom du principe de précaution. Ce fut le cas des mesures d’obligation aux soins, initialement destinées aux agresseurs sexuels, et qui sont aujourd’hui appliquées à une part croissante de personnes condamnées, quel que soit leur acte.

C’est une idéologie, et non pas un fait, on déplace progressivement la gestion de la peine vers la médecine, réalisant progressivement une société de sûreté médicale.

Au nom de notre éthique et de la nécessaire séparation des domaines, garante des libertés, nous, professionnels de la psychiatrie, déclarons publiquement refuser de participer à la mise en place de ce dispositif de rétention de sûreté. Parce que la psychiatrie n’est pas l’affaire des seuls psychiatres, chacun, concerné par ce refus, manifeste son soutien en signant et en faisant signer cet appel.

Premiers signataires

Association Pratiques de la folie – Alain ABRIEU, psychiatre de secteur, chef de service, président de l’AMPI (Association Méditerranéenne de Psychothérapie Institutionnelle) – Jean ALLOUCH, psychanalyste, Paris – Elsa ARFEUILLERE, psychologue, Evry – Stéphane ARFEUILLERE, psychologue – St Denis – Hervé BOKOBZA, psychiatre, psychanalyste, Montpellier – Mathieu BELHASSEN – interne en psychiatrie, Paris – Fethi BENSLAMA, Directeur de l’UFR Sciences Humaines Cliniques, Paris VII – Olivier BOITARD, psychiatre des hôpitaux, administrateur du CHI de Clermont de l’Oise – Paul BRETECHER, psychiatre, psychanalyste, Paris – Loriane BRUNESSAUX, interne en psychiatrie, Paris – Monique BUCHER, psychiatre, Paris – Anne CHAINTRIER, psychiatre, psychanalyste, Paris – Patrice CHARBIT, psychiatre, vice président de l’AFPEP-SNPP ( Association française des psychiatres d’exercice privé, syndicat national des psychiatres privés) – Franck CHAUMON, praticien hospitalier, psychanalyste, Paris – Patrick CHEMLA, psychiatre des hôpitaux, psychanalyste, Reims – Alice Cherki, psychanalyste, Paris – Jean DANET, maître de conférences à la faculté de droit de Nantes – Pierre DELION, Professeur de psychiatrie, Lille – Michel DAVID, psychiatre des hôpitaux, chef de service du SMPR de Guadeloupe, Président de la Société Caraïbéenne de Psychiatrie et de Psychologie Légales – Olivier DOUVILLE, psychanalyste, maître de conférences Paris VII – Denis DUCLOS, sociologue, directeur de recherches au CNRS – Corinne EHRENBERG, psychanalyste, directrice de l’USIS Paris 14 – Patrick FAUGERAS, psychanalyste, Alès – Jean-Marie FAYOL-NOIRETERRE, magistrat honoraire, Lyon – Roger FERRERI, chef de service de psychiatrie infanto-juvénile, Evry – Jean-Jacques GIUDICELLI, psychiatre, psychanalyste, Paris – Roland GORI, psychanalyste, Professeur des Universités, Aix-Marseille – Françoise GOUZVINSKI psychologue en psychiatrie – Pascale HASSOUN, psychanalyste, Paris – Clément JALLADE, praticien hospitalier, Bouffémont – Sandrine JALLADE, praticien hospitalier, Evry – Xavier LAMEYRE, magistrat chercheur, Paris – Guy LERES, psychanalyste, Paris – Marie-José LERES, psychologue en secteur de psychiatrie infanto-juvénile, Saint-Denis – Laurent LE VAGUERESE, psychanalyste, Paris – Danielle LEVY, psychanalyste, Paris – Serge KLOPP cadre de santé, EPS Maison Blanche Paris – Paul LACAZE, psychiatre, Montpellier – Antoine LAZARUS, Directeur du Département de Santé Publique et Médecine Sociale, Paris XIII – Loïc Le Faucheur, Psychologue, Evry – Claude LOUZOUN, psychiatre, Président du CEDEP (Comité européen droit, éthique et psychiatrie) – Sophie MARTIN-DUPONT, praticien hospitalier, présidente du SPEEP (Syndicat des praticiens exerçant en prison), Le Mans, – Paul MACHTO psychiatre, psychanalyste, Montfermeil – Francine MAZIERE, linguiste, professeur émérite, Paris XIII – Patrick MEROt, Psychiatre, psychanalyste, Nogent – Véronique NAHOUM-GRAPPE, anthropologue, EHESS – Marie NAPOLI, psychiatre des hôpitaux, présidente de l’USP (Union syndicale de la psychiatrie) – Okba NATAHI, psychanalyste, Paris – Jean-Marie NAUDIN, Psychiatre, praticien hospitalier, professeur des universités, Marseille – Jean OURY, psychiatre, Clinique de La Borde, Cour-Cheverny – Catherine PAULET, psychiatre des hôpitaux, Présidente de l’ASPMP (Association des Secteurs de Psychiatrie en Milieu Pénitentiaire), Marseille – Vincent PERDIGON, psychiatre, psychanalyste, Paris – Michel PLON, psychanalyste, Paris – Jean-Claude POLACK, psychanalyste, Paris – Erik PORGE, psychanalyste, Paris – Annie RUAT, psychiatre chef de service, MGEN, Paris – Marie Receveur, juge de l’application des peines, Lyon – Pierre Yves ROBERT, praticien hospitalier – Président du CSIP (Collège des soignants intervenant en prison), Nantes – Patrick SERRE, praticien hospitalier, président de l’APSEP (Association des professionnels de santé exerçant en prison), Le Mans – Olivier SCHMITT, psychiatre, Président de l’AFPEP-SNPP (syndicat national des psychiatres d’exercice privé) – Didier SICARD, Professeur de médecine, Président d’honneur du CCNE (Comité Consultatif National d’Ethique) – Hanna SLOMCZEWSKA, psychiatre des hôpitaux, Avignon – Béatrice STAMBUL, Psychiatre des Hôpitaux, Responsable du CSST Villa Floréal à Aix en Provence – Annette VALLET, professeur retraitée – Alain VANIER, psychanalyste, Professeur de psychopathologie, Paris VII – François VILLA, psychanalyste, Maître de conférences, Paris VII – Martine VIAL-DURAND, psychologue psychanalyste, responsable du dispositif Ateliers Thérapeutiques de Nanterre – Loick VILLERBU, professeur de psychopathologie et criminologie, directeur de l’Institut de Criminologie et Sciences Humaines, Rennes – Daniel ZAGURY, psychiatre des hôpitaux , chef de service, Paris – Radmila ZYGOURIS, psychanalyste, Paris.

Pour signer la pétition : Pratiques de la folie http://www.pratiquesdelafolie.org/

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Chronologie :
le 2 décembre, discours présidentiel
le 8 le Dr. Guyader riposte
16 c’est publié.

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DÉSOBÉISSANCE CIVILE

Lettre ouverte en date du 8 décembre du Dr. Guyader à Nicolas Sarkozy à la suite de son discours à l’Hôpital Erasme d’Antony le 2 décembre, concernant une réforme de l’hospitalisation en psychiatrie. Publié le mardi 16 décembre 2008.

Etampes, le 8 décembre 2008

Monsieur le Président,

Éluard écrit dans Souvenirs de la Maison des Fous [[Paul Éluard a retiré une grande humanité de son passage en planque à Laborde durant la guerre.] : “ma souffrance est souillée”.

Après le meurtre de Grenoble, votre impatience à répondre dans l’instant à l’aspiration au pire, qu’il vaudrait mieux laisser dormir en chacun d’entre nous, et que vous avez semble t-il tant de difficulté à contenir, vous a amené dans votre discours du 2 décembre à l’hôpital Erasme d’Antony à souiller la souffrance de nos patients.

Érasme, l’auteur de L’Éloge de la Folie eut pu mieux vous inspirer, vous qui en un discours avez montré votre intention d’en finir avec plus d’un demi siècle de lutte contre le mauvais sort fait à la folie : l’enfermement derrière les hauts murs, lui appliquant les traitements les plus dégradants, leur extermination en premier, quand la barbarie prétendit purifier la race, la stigmatisation au quotidien du fait simplement d’être fou.

Vous avez à Antony insulté la mémoire des Bonnafé, Le Guillant, Lacan, Daumaison et tant d’autres, dont ma génération a hérité du travail magnifique, et qui ont fait de leur pratique, œuvre de libération des fécondités dont la folie est porteuse, œuvre de libération aussi de la pensée de tous, rendant à la population son honneur perdu à maltraiter les plus vulnérables d’entre nous. Lacan n’écrit-il pas « l’homme moderne est voué à la plus formidable galère sociale que nous recueillions quand elle vient à nous, c’est à cet être de néant que notre tâche quotidienne est d’ouvrir à nouveau la voie de son sens dans une fraternité discrète, à la mesure de laquelle nous sommes toujours trop inégaux ».

Et voilà qu’après un drame, certes, mais seulement un drame, vous proposez une fois encore le dérisoire panégyrique de ceux que vous allez plus tard insulter leur demandant d’accomplir votre basse besogne, que les portes se referment sur les cohortes de patients. De ce drame, vous faites une généralité, vous désignez ainsi nos patients comme dangereux, alors que tout le monde s’entend à dire qu’ils sont plus vulnérables que dangereux.

Mesurez-vous, Monsieur le Président, l’incalculable portée de vos propos qui va renforcer la stigmatisation des fous, remettre les soignants en position de gardiens et alarmer les braves gens habitant près du lieu de soin de la folie ? Vous donnez consistance à toutes les craintes les moins rationnelles, qui désignant tel ou tel, l’assignent dans les lieux de réclusion.

Vous venez de finir d’ouvrir la boîte de Pandore et d’achever ce que vous avez commencé à l’occasion de votre réplique aux pêcheurs de Concarneau, de votre insulte au passant du salon de l’agriculture, avilissant votre fonction, vous déprenant ainsi du registre symbolique sans lequel le lien social ne peut que se dissoudre. Vous avez donc, Monsieur le Président, contribué à la destruction du lien social en désignant des malades à la vindicte, et ce, quelques soient les précautions oratoires dont vous affublez votre discours et dont le miel et l’excès masquent mal la violence qu’il tente de dissimuler.

Vous avez donc, sous l’apparence du discours d’ordre, contribué à créer un désordre majeur, portant ainsi atteinte à la cohésion nationale en désignant à ceux qui ne demandent que cela, des boucs émissaires, dont mes années de pratique m’ont montré que justement, ils ne pouvaient pas se défendre. Face à votre violence, il ne reste, chacun à sa place, et particulièrement dans mon métier, qu’à résister autant que possible.

J’affirme ici mon ardente obligation à ne pas mettre en œuvre vos propositions dégradantes d’exclure du paysage social les plus vulnérables. Il en va des lois comme des pensées, certaines ne sont pas respectables ; je ne respecterai donc pas celle dont vous nous annoncez la promulgation prochaine.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, la très haute considération que je porte à votre fonction.

Docteur Michaël GUYADER Chef de service du 8ème secteur De psychiatrie générale de l’Essonne, Psychanalyste.