Homme, Femme ? Mode d’emploi !

Rendez-vous du Centre psychanalytique de consultations et traitement :

Vendredi 17 avril — 14:30 — 18:0-
Centre hospitalier spécialisé Montperrin — AIX-EN-PROVENCE


« Cause toujours » à l’École de la Cause se dit conversation. C’est donc à une causerie sous ce vocable que nous invite le CPCT localisé à Montperrin. Conversation ou causerie, l’essentiel c’est qu’on y parle d’amour, ici dans le plus pur style lacanien. Il faut de tout pour faire un monde, nous autres au CIFP qui parlons le multiréférentiel en sommes persuadés. C’est pourquoi nous répercutons volontiers cette histoire de rapport qui n’existe pas et de relation accordant deux symptômes.

L’idée du CPCT étant de faire court, puisque la micro cure proposée se limite dans le temps et l’argent, les cas racontés ramassent leur thème et livrent un premier démêlage. Pourquoi pas ? il faudra bien aussi que ça prenne le temps que ça prend, et un premier tour de piste, puisque tout est hors de prix, c’est toujours ça de pris.

L’intérêt pour le clinicien étant d’en profiter pour s’instructionner. Pourvu que, là comme ailleurs, on ne s’y enferme pas à double tour et s’autorise d’autres tours, détours, recours.

Philippe Grauer


Symptôme

Disons tout d’abord que le vrai fondement du couple, c’est le symptôme.
En effet, sur quoi, l’un et l’autre des partenaires s’accordent-il, au sens même harmonique ? L’expérience analytique montre que c’est le symptôme de l’un qui entre en consonance avec le symptôme de l’autre. Certes, hommes et femmes sont rendus d’abord partenaires par la parole, ne serait-ce que parce qu’ils s’adressent à l’Autre et que l’Autre leur répond, les reconnaît ou pas, les identifie. Le fondement du couple signifiant, c’est un « tu es », « tu es ceci ».

Choix d’objet et narcissisme

Avec Freud, nous savons également que les sujets sont rendus partenaires également par l’identification au même. « Amor omibus idem », c’est ainsi que s’ouvre l’article « amour » du Dictionnaire philosophique de Voltaire. La pente de l’amour est d’aller toujours vers le même. Ce qui se traduit un siècle et demi plus tard en termes freudiens : l’amour est toujours narcissique. Même quand l’amour s’appuie sur l’autre pour le choix d’objet, il n’en est pas moins narcissique puisqu’il cherche l’amour en retour. Les sujets sont aussi bien rendus partenaires par la libido. On peut aussi ajouter que les sujets sont rendus partenaires par le désir — le désir qui est la traduction lacanienne de la libido et précisément partenaires par la médiation du phallus.

Rapport — relation

D’où le grand intérêt qui s’attache régulièrement dans le rapport du couple, à ce qui se passe après la relation sexuelle : la question est de voir si l’homme reste, ou s’il s’en va. S’il reste, c’est la preuve de l’amour, il y a autre chose que la satisfaction phallique qui le retient. C’est ici que s’inscrit la relation sexuelle dans sa différence avec le rapport sexuel. La relation sexuelle proprement dite, est un lien qui s’établit au niveau du désir. Le rapport sexuel, dans sa différence avec la relation sexuelle, c’est le lien qui s’établirait au niveau de la jouissance. Or, on est plutôt porté à penser qu’ils sont rendus solitaires par la jouissance : c’est le statut auto-érotique, voir autistique de la jouissance. De fait, la jouissance de l’Un, ne rencontre jamais la jouissance de l’Autre, sauf par la mise en jeu d’une construction symptomatique du couple.

Sylvie Goumet : « Affaires de femmes»

Etre l’homme de la vie d’une femme fait de celui-ci l’objet de convoitises réelles ou imaginaires. Jusqu’où une femme est-elle prête à aller pour le garder ? Empêtrée dans la jalousie ou dans l’abnégation, deux patientes, en quête d’un amour radical, tentent de se conformer au désir supposé de l’autre. L’une a décidé de ne rien donner avant d’être certaine de son choix, l’autre donne tout et, ce faisant, chacune éclaire la part qu’elle prend à l’affaire.

Élisabeth Pontier : « Condamné à faire le coq»

Amin va découvrir, lors du traitement au CPCT ce que sous-tend la question qui l’a poussé à consulter : « je n’ai jamais aimé une femme réellement ». De ces questions préalables : comment Amin aime-t-il ? et quelle fonction tient l’amour dans sa vie ?, il en ressort l’affirmation d’une solution singulière contre la soumission à l’impératif d’une norme sociale.

Patrick Roux : « La princesse du désert »

Elle est seule aux prises avec l’éducation des enfants, les tâches du quotidien, un emploi ennuyeux. Elle est surchargée, mais au fond, mène une vie morne et sans saveur. Insatisfaite, elle attend un guide, un appui. Le traitement au CPCT — plus écourté que court — fera surgir la logique à l’œuvre et la place du partenaire manquant.


Conversation animée par Hervé Castanet — Directeur du CPCT de Marseille
Renseignements sur les tarifs et inscriptions au :    
06 70 10 56 49 / 06 76 75 20 91

Le temps circulaire et l’anti-mémoire : la guerre infinie au Liban.

Conférences de la SIHPP 

La SIHPP vous invite à une conférence

donnée par Reina Sarkis

Reina Sarkis est psychanalyste et chercheur associé, depuis octobre 2008, au Collège de France auprès de Henry Laurens (chaire d’Histoire contemporaine du monde arabe). Elle est doctorante au département d’histoire de l’Université de Paris  VII (GHSS). Sa thèse porte sur la mémoire de la guerre civile libanaise et la faisabilité d’une commission de Vérité et Réconciliation.  

Elle est impliquée dans les programmes de recherches de l’Institut Français du Proche-Orient et co-auteur de deux ouvrages : Le Printemps des Interrogations,  sur les réformes politiques et sociales au Liban, en français et en arabe (2007) et  L’Homophobie « Rouhab al Mouthliya » en arabe (2004).

CHS Sainte-Anne, CMME, salle polyvalente, 100 rue de la Santé, 75014 Paris, à 21 heures

L’Affop réagit à l’amendement Bachelot d’inspiration Accoyer.

Rien n’est joué mais le cours que prennent les choses ne laisse pas d’inquiéter. Comme dans d’autres pays d’Europe nos Écoles ont mis en place des cursus longs et exigeants de formation à la psychothérapie relationnelle. Massacrant le paysage psy à la tronçonneuse l’accoyérisme de cette loi imposerait — pour se réclamer du titre générique de psychothérapeute, encore faudrait-il le désirer ! — cinq ans d’études universitaires supplémentaires à nos étudiants en reconversion qui effectuent déjà cinq ans et davantage.

Ça n’est pas au motif que nos apprentis-étudiants sont des adultes en reconversion, dont les études universitaires sont déjà effectuées au cours des deux décennies précédentes, et qui n’auront garde de retourner faire psychopatho en cinq ans de psychologie administrée au jeunes gens qui se préparent à devenir psychothérapeutes d’État ne connaissant rien à la réalité des choses humaines comme dit le poète, cependant dûment diplômés en théorie cognitiviste et psychopathologie théorico théorique, qu’il serait judicieux, démocratique et républicain de les punir de choisir notre digne identité professionelle. En connaissance de cause puisqu’il ont l’âge de peser leurs choix et d’accompagner leurs patients à l’aide de leur savoir, savoir-faire et savoir faire être, accompagné d’une expérience de la vie, retravaillée par psychothérapie individuelle ou psychanalyse, qui ne manque pas de prix.

Pourquoi pas faire psycho ? quand on est jeune il faut un diplôme et si on veut devenir psy autant que ce soit en psychologie, même si celle qui prévaut dans nos universités bien françaises à l’avant-garde du front de la recherche états-unienne des années Reagan et Bush, laisse craindre que l’accueil psy dans nos hôpitaux ne soit à l’avenir pas si brillant qu’on nous le promet foi de thérapie brève, courte mais bonne comme certaines plaisanteries parfois mauvaises au bout du compte — mais c’est une autre histoire puisque de toute façon nos psychothérapeutes relationnels œuvreront en secteur libéral privé.

Bref, comme le soutient si bien Catherine Génisson, députée socialiste fidèle aux principes Accoyer assidue des heures tardives propices à l’irruption des « cavaliers », mais malheureusement pas seulement elle, vive le diplôme en cinq ans ajouté aux cinq ans de la formation à la psychothérapie relationnelle, promis, si cela continue sur cette voie, à un nouveau nom de baptème, on connaît ainsi des juifs qui en 40 ont été pour plus de sûreté baptisés catholiques puis protestants.

L’affaire suit son cours, nous suivons l’affaire. Qui n’est pas pour autant dans le sac comme aurait dit Prévert qui avait plus d’un tour dans le sien, nous tâcherons de nous en souvenir tout au long de notre action pour soutenir notre belle bonne et originale profession qui fait tant de jaloux.

Philippe Grauer


COMMUNIQUÉ DE L’AFFOP

Modification de l’article 52

C’est dans la nuit du 5 mars 09, à 23h.42 que l’Assemblée Nationale a adopté en 1ère lecture et à l’unanimité des rares parlementaires présents à cette heure tardive un nouvel amendement concernant l’usage du titre de psychothérapeute.

Celui-ci, proposé par le gouvernement, présenté et défendu par Mme Roselyne Bachelot, ministre de la santé, modifie le texte de l’article 52, texte que nous connaissons bien, en effaçant certaines de ses contradictions qui n’ont jamais permis que la rédaction de plusieurs décrets d’application successifs puisse être mise en œuvre.

Face à ces difficultés inhérentes à un texte de loi, lui-même contradictoire, le gouvernement, probablement sous une nouvelle impulsion de Bernard Accoyer, actuel président de l‘Assemblée Nationale, a décidé de passer en force et en rapidité en faisant voter cet amendement au sein d’une loi concernant la réforme de l’hôpital, jugée urgente et ne bénéficiant que d’une seule lecture dans les deux chambres.

Du point de vue de la forme

Celle-ci est contestable en droit.

Car il s’agit à nouveau d’un cavalier dont Bernard Accoyer est friand, mais jusqu’à présent sans succès institutionnel. Son objet : faire passer rapidement et en force un texte législatif dont le propos ne concerne pas la loi dans laquelle il est inclus, ce qui est anticonstitutionnel. En effet quel rapport entre la réforme de l’hôpital et la question du titre de psychothérapeute qui concerne majoritairement des praticiens en exercice libéral ?

Une de nos premières options de riposte est de saisir le conseil constitutionnel sur ce point. Cela nécessite la signature de 60 parlementaires, à suivre.

Du point de vue du fond

Le dernier projet de décret ainsi que l’arrêté qui lui était joint étant devenus obsolètes, le combat devrait continuer sur de nouvelles bases.

Le nouvel amendement fait habilement disparaître la distinction entre les « de droit » et les « non de droit », en supprimant les 3èmes & 4èmes alinéas de l’art.52, et en leur substituant 4 nouveaux alinéas.

Cependant il fait drastiquement référence à une exigence de pré-requis universitaires de haut niveau, doctorat en médecine, master 2 en psychologie ou psychanalyse pour pouvoir prétendre à suivre une formation universitaire de psychopathologie clinique.

Ceci, de fait, exclut une bonne partie des psychothérapeutes relationnels qui ont suivi leur cursus de formation dans nos écoles agréées, cursus théorique, expérientiel et didactique effectué souvent à la suite d’une décision de reconversion professionnelle.

Quelles que soient les équivalences ou dispenses accordées, pour les étudiants sérieux qui sont nombreux à l’être, l’addition sera lourde.

Comment cumuler, psychothérapie personnelle, formation dans une de nos écoles agréées, et cursus universitaire ?

Et pour ceux d’entre nous qui sont formateurs, quelles seront les conditions de l’agrément de celles nos écoles qui en feront la demande ?

Nous avons par ailleurs soigneusement noté que, dans cet amendement, les pouvoirs publics semblent se soucier du sort des professionnels déjà en exercice.

Pourtant les conditions se durcissent, ne s’appliquant, dans ce même amendement, qu’aux praticiens disposant de plus de 5 ans d’exercice à la date de parution du prochain décret.

Et nous ne savons rien du sort réservé à ceux qui se sont engagés dans un cursus de formation dans nos écoles.

Soyez sûrs que nous nous soucierons de défendre les nouveaux praticiens ainsi que nos élèves, auprès du Sénat d’abord, puis dès que nous aurons connaissance des termes du prochain décret.

Ceux-ci, en toute logique, ne devraient guère nous surprendre dans la mesure où le nouvel amendement qui vient d’être voté par le parlement semble, à nos yeux, n’avoir pour principal objet que de modifier la loi afin de la rendre conforme à la dernière version connue du décret et de rendre celui-ci applicable en droit.

Les responsables de l’Affop conscients de tous ces enjeux mettront tout en œuvre pour défendre votre exercice, à venir ou établi, que vous soyez étudiant dans nos écoles agréées, membre de nos organismes, ou praticien figurant sur notre annuaire.

Le bureau de l’Affop

Sigmund Freud – Max Eitingon Correspondance 1906-1939

Freud, lettres dans la tourmente.


La tragédie l’aveuglement face au nazisme se déroule sous nos yeux. On voit aussi Eitingon lancer le premier modèle d’école de formation à la psychanalyse. Nous autres psychothérapeutes relationnels qui, depuis le premier projet du SNPPsy, conduit par votre serviteur, d’Institut des hautes études en psychothérapie des années 80, n’avons cessé de nous intéresser à la question de la transmission, restons très sensibles au modèle qui deviendra princeps, de ce grand transmetteur de la psychanalyse.

Comme d’habitude l’article que livre ici Élisabeth Roudinesco constitue un modèle du genre.

Philippe Grauer



Sigmund Freud, Max Eitingon, Correspondance 1906-1939. Édition de Michael Schröter, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, Hachette-Littératures, 976 pages, 49 euros.

Parmi les grandes correspondances de Freud, celle avec Max Eitingon est la plus tragique et la plus émouvante. Enfin disponibles en Français, ces 821 lettres   permettent de saisir sur le vif l’histoire du mouvement psychanalytique allemand depuis son apogée, entre 1920 et 1930, jusqu’à sa destruction par les nazis pendant la décennie suivante. Elles éclairent du même coup la relation entretenue par Freud avec cet étonnant disciple venu de l’est qui fut beaucoup plus lucide que lui sur la politique qu’il aurait dû mener face aux hitlériens.

Né en 1881, à Mohilev, en Bielorussie, Max Etingon était le fils d’un riche négociant en fourrures. Après ses études de psychiatrie à Zurich, il se rendit à Vienne en 1907 pour rencontrer Freud qui devint son analyste au cours de promenades vespérales. Mais c’est en février 1921, après l’effondrement des Empires centraux, qu’il réalisa, à Berlin, pour l’amour de la psychanalyse, la grande oeuvre de sa vie : le Berliner Psychoanalytisches Institut (BPI), premier institut de formation qui allait servir de modèle à tous les autres fondés ensuite dans le monde entier, et intégrés à l’International Psychoanalytical Association (IPA, 1910).

À travers cette expérience, Eitingon mit en place les règles d’un cursus encore en vigueur aujourd’hui : analyse didactique, analyse de contrôle, enseignement théorique, etc… Pour le remercier, Freud lui fit don de l’anneau d’or réservé aux initiés.

Au fil des années, Eitingon mit sa fortune au service de son Institut, développant aussi, dans le cadre d’une policlinique, des cures  gratuites pour les démunis et payantes pour d’autres patients. En 1930, il était devenu à lui seul, selon le mot d’Ernest Jones (1879-1958), “le coeur de tout le mouvement psychanalytique international.”

Mais, à cette date, suite à la crise économique et à la montée de l’antisémitisme, les psychanalystes de langue allemande, presque tous juifs, commencèrent à prendre la route de l’exil.

Outre la psychanalyse, Eitingon, socialiste et athée mais soucieux de l’héritage du judaïsme, avait deux autres passions : la cause sioniste et sa femme, Mirra, comédienne au tempérament fragile. Or Freud n’aimait ni le sionisme, qui était à ses yeux la quête d’une inutile terre promise, ni l’épouse de son disciple qui l’exaspérait.

Après janvier 1933, les échanges devinrent d’autant plus tendus que les deux épistoliers usaient d’un langage codé, leurs missives étant soumises à la censure. Isolé au sein du BPI, Eitingon fut poussé à la démission par les quelques psychanalystes non Juifs – Felix Boehm et Carl Müller-Braunschweig notamment – qui profitèrent de la situation pour adhérer au nazisme et prendre la place de leurs collègues exclus par les lois dites d’aryanisation de la médecine et de la psychothérapie.

Contre Eitingon, Ernest Jones, nouvel homme fort de l’IPA, conservateur anglais, hostile à la gauche freudienne allemande – Otto Fenichel, Ernst Simmel, etc. – et soucieux de renforcer la puissance anglo-américaine, s’appuya sur Boehm pour favoriser une politique de collaboration avec le nouveau régime. Elle consista à maintenir, sous le nazisme, une pratique dite neutre de la psychanalyse, afin de préserver celle-ci de toute contamination avec les autres écoles de psychothérapies, elles-mêmes introduites au sein du nouveau BPI “aryanisé”.   

Hostile à cette ligne, Eitingon exigea, avant de prendre une décision, que Freud lui exposât par écrit ses propres orientations. Et celui-ci s’exécuta dans une lettre datée du 21 mars 1933, soulignant que son disciple avait le choix entre trois solutions : 1 – cesser les activités du BPI; 2 – collaborer à son maintien sous la houlette de Boehm “pour survivre à des temps défavorables”;  3 – quitter le navire au risque de laisser les jungiens et les adlériens s’emparer du joyau, ce qui obligerait l’IPA à disqualifier celui-ci.

À cette date, Freud avait donc opté pour la deuxième solution, préconisée par Jones et qui débouchera, deux ans plus tard, sur la nazification intégrale du BPI, repris en main par le sinistre Matthias Heinrich Göring, cousin du Maréchal. Cependant, il ne souhaitait pas l’imposer à Eitingon, convaincu par ailleurs que l’Autriche ne risquait pas d’être menacée par Hitler. Le 17 avril, il se félicita que Boehm l’eût débarrassé du psychanalyste Wilhelm Reich, dissident et marxiste, qu’il haïssait, et qui sera ensuite exclu de L’IPA avant d’émigrer en Norvège puis outre-Atlantique, et de Harald Schultz-Hencke, adlérien nazi, qui ne tardera pas à être réintégré dans le BPI.

Devant un  tel aveuglement, qui consistait à croire que la psychanalyse pouvait survivre sous le nazisme, Eitingon décida de rester aussi fidèle au freudisme qu’au sionisme. Sans adresser à Freud le moindre reproche, il quitta l’Allemagne pour s’installer à Jérusalem en avril 1934. Il y retrouva l’écrivain Arnold Zweig et fonda une société psychanalytique et un Institut sur le modèle de celui de Berlin, jetant ainsi les bases d’un futur mouvement psychanalytique israélien.

En quelques années, la vieille Europe fut vidée de la totalité des pionniers germanophones de la psychanalyse. Devenus anglophones et pragmatiques, ceux-ci furent contraints aux Etats-Unis, et à la grande fureur de Freud, de transformer une doctrine centrée sur l’exploration de l’inconscient, de la subjectivité et de la pulsion de mort, en un outil thérapeutique au service d’un hygiénisme du bonheur : le contraire de ce qu’avait été la révolution du sens intime inventée à Vienne, au début du XXéme siècle, par des Juifs de la Haskala, groupés autour du père fondateur, lequel, après L’Anschluss, sera obligé de se réfugier à Londres avec toute sa famille.

En janvier 1940, quand Anna Freud demanda à Eitingon de collecter les lettres de son père, Arnold Zweig fit parvenir à son ami celles qu’il avait reçues de Freud. Délicatement, il lui signala une missive datée du 10 février 1937 dans laquelle le maître exprimait un jugement cruel envers Mirra. Touché au vif, Eitingon ne voulut conserver de Freud que le souvenir de l’être aimé.

Il mourut trois ans plus tard au moment où le monde berlinois qu’il avait tant servi n’était plus que nuit et brouillard.


Maintenant vous pouvez recommencer à écrire, et ce que vous voulez. Les lettres ne sont pas ouvertes

1 – 16 mai 1920 : Freud offre à Eitingon son propre anneau avec une pierre représentant un faune jouant avec un enfant :

“ Je l’ai ôté de mon doigt parce qu’en cette époque de vaches maigres je n’ai rien pu trouver de beau. Il vous revient comme à nul autre et vous le porterez aussi en mémoire de moi, pour qui vous êtes devenu un ami si précieux et un fils si cher”

2 – 8 septembre 1933 : Eitingon annonce à Freud qu’il cesse son activité à Berlin :

“Hier j’ai donné mes dernières heures d’analyse, ce seront peut-être effectivement les dernières que j’aurai prodiguées sur le sol allemand (…) Lorsque je reviendrai en novembre, il s’agira d’abandonner définitivement la tente que j’ai ici. Entre l’arrêt et le recommencement, on restera pendant une brève période totalement dépourvu de patrie et de toit; une frontière clairement dessinée entre deux phases de la vie.”

3 – 6 février 1938 : Freud s’apprête à quitter Vienne et commente les événements de Palestine et d’Allemagne

“Nous suivons avec un grand malaise les récits portant sur tous les événements qui surviennent en “Terre sainte” (…) On ne peut cependant pas s’empêcher de penser de temps en temps à Maître Anton qui clôt l’un des drames de Hebbel sur ces mots : je ne comprends plus ce monde. Avez-vous vu que l’on s’apprêtait en Allemagne à interdire aux Juifs de donner à leurs enfants des prénoms allemands? Ils ne pourront répondre qu’en exigeant que les nazis renoncent à ces prénoms appréciés que sont Johann, Josef et Maria.”

4 – 7 juin 1938 : Freud est arrivé à Londres :

“Le sentiment de triomphe qu’apporte la libération s’agrège trop fortement au travail de deuil, car on continuait à beaucoup aimer la prison dont on a été libéré, et au ravissement qu’inspire le nouvel environnement, et qui pourrait vous pousser à crier “Heil Heitler (sic)”, se mêle le malaise dérangeant qu’inspirent de petites singularités de l’environnement étranger (…) Nous sommes d’un coup devenus populaires à Londres. Nous croulons sous les fleurs. Maintenant vous pouvez recommencer à écrire, et ce que vous voulez. Les lettres ne sont pas ouvertes.”

Santé mentale : après les fonds de pension les fonds de folie

Nos amis psychologues freudiens s’inquiètent d’un projet de réforme du Secteur au profit d’une organisation pas vraiment service public du « marché » de la folie.

Pour réaliser cette privatisation il faut transformer les psychologues en profession de santé. Ils ont toujours refusé, à juste titre, cette classification qui les situe comme auxiliaires et subordonnés des médecins. Ça ils n’aiment pas. Imaginons un seul instant que la nouvelle catégorie en voie de création par la mainmise et mise sous séquestre du titre générique de psychothérapeute, de psychothérapeute précisément, soit réputable profession de santé. Les psychologues conservent sain et sauf leur privilège, les psychothérapeutes Accoyer — appelons-les comme ça ils lui doivent une honteuse chandelle (on ne peut tout de même pas dire fière) — font l’affaire, car c’en est une. Comme il se trouvera que les « psychothérapeutes » Accoyer seront des psychologues ou des psychologues n’ayant pu atteindre le Master 2, c’est du gagnant-gagnant.

Et qui serait perdant-perdant ? la psychiatrie réintégrée au corps de la neurologie a déjà perdu son âme. La psychologie en voie de réorganisation s’apprête à prendre la succession, mais pas pour l’âme. Les psychopraticiens relationnels, nous après changement de nom, occupés à œuvrer en dehors du champ neuro-privatif, n’ont rien à perdre, c’est déjà fait ils auront perdu jusqu’à leur nom, ils pourraient devenir les heureux alternatifs d’une opération haut les mains qui les laisserait mains propres.

Trop tôt pour dire. Affaire à suivre. Un feuilleton hallucinant, vu qu’il s’agit de psychose. Vous me direz, nous la psychose ça n’est pas notre champ d’action. C’est vrai. Méfions-nous, au sein du Carré psy tout se tient, et une malfaisance quelque part a tôt fait de se répercuter de toutes parts.

Philippe Grauer


Le commerce des âmes façon Couty

Il faut recourir à cet anachronisme dans le discours — l’âme — pour prendre la mesure de la réforme proposée par Edouard Couty dans son rapport « Missions et organisation de la santé mentale et de la psychiatrie ». On voit facilement alors apparaître le principe de cette réforme : mettre les outils du « secteur » à disposition du domaine commercial. Suivons en la mécanique.

Le dépeçage du secteur

Le secteur accueille jusqu’ici la psychose dans une continuité, traitant ses moments productifs en articulation avec ses possibilités de stabilisation, indistinctement en intra-hospitalier (« l’hôpital ») ou en extrahospitalier (autour du pivot du « CMP »), ce qu’illustre et conceptualise des formules mixtes intra-extra, particulièrement efficaces. Cette continuité nécessaire autant pour les soins que la conceptualisation de la « maladie mentale » — et donc la recherche, Edouard Couty la rompt : l’hospitalisation est désectorisée et mutualisée entre institutions publiques ou privées, l’extrahospitalier du secteur est quant à lui mis au service d’un « Groupement Local de Coopération pour la santé mentale » (GLC) à la direction propre et regroupant tous ceux qui étaient jusque-là ses interlocuteurs. Le secteur n’est donc plus le lieu où se conçoit et donc se centralise efficacement une prise en charge, il devient un prestataire de service pour le GLC, soit, comme le dit Edouard Couty qui choisit avec soin ses mots : «les médecins contestent le fait que le secteur psychiatrique n’ait plus le monopole et c’est d’ailleurs ce que je propose !» (« Bientôt une réforme de la psychiatrie en France », Le Figaro du 13 février 2009).
À qui profite cette fin de « monopole » ?

Des citoyens faustiens malgré eux

La diffusion dans le discours ambiant de « la santé mentale » doit s’accompagner d’une prise de conscience : notre âme ne nous appartient plus. Nous l’avons capitalisée et la voilà déjà en bourse. Il ne s’agit pas seulement de la prise de contrôle par des fonds de pension de cliniques privées, mais d’une totale mise sur le marché. Décidés à faire fructifier notre capital santé mentale, nous allons être débordés d’offres alléchantes à haut rendement pour notre « bien-être », par ailleurs pourvoyeuses de marges substantielles.

Pour ceux chez qui les interventions plastiques sur l’être, visant quelques symptômes dérangeants, auront échouées, pour ceux qui auront fait de mauvais placements, il reste le second marché, celui du handicap, appelé à un fort développement.

La formule matérialiste du commerce des âmes

Le dépeçage du secteur lié à la promotion de la santé mentale provoque donc une formidable ouverture commerciale. Economies pour les uns, profits pour les autres, c’est un deal gagnant-gagnant que propose Édouard Couty à la nation de ceux qui veulent gagner plus. Au prix de la construction de la plus improbable usine à gaz « GLC », vouée constitutionnellement à l’échec, là où il était efficacement si simple de préciser les missions et les moyens du secteur déjà existant. Mais qui veut encore se soucier des errements de la jouissance des parlêtres quand travailler à la réussite du commerce mondial est si grisant ?

Et les psychologues dans tout cela ?

Une partie à trois se joue pour la redistribution des rôles entre médecin, infirmier et psychologue, ces deux derniers devant assumer une partie des anciennes tâches du premier. C’est pour les infirmiers que c’est le plus clair : en contrepartie d’une spécialisation en psychiatrie les menant à un niveau Master 2, ils seront le pivot du système, dès un premier contact d’orientation.

Contrairement aux deux autres, les psychologues sont légion. Mais pas encore en état de marche. Pour y remédier, il faut soit reconnaître leurs actes soit en faire une profession de santé. Édouard Couty ne se prononce pas, renvoyant à de mystérieuses négociations en cours, qui, à la réflexion, semblent bien être celles autour du titre de psychothérapeute (souligné par nous, NDLR).

Edouard Couty propose à la psychiatrie de rentrer dans la marche forcée imposée à notre pays pour satisfaire aux critères de la compétitivité économique devant assurer le bonheur de tous, après celui de quelques uns. Cela au moment où ce modèle social révèle au grand jour son inconsistance et les désastres qu’il génère. Par delà la « santé mentale », qui est un agent économique appréhendé tantôt comme coût tantôt comme gain, la psychiatrie touche pourtant au plus intemporel de l’humanité, au plus unique, au non échangeable. Monsieur Couty feint de croire que nous l’aurions oublié. L’avons-nous fait ?


Jean-François Cottes

La mission Couty a rendu son rapport « Missions et organisation de la santé mentale et de la psychiatrie » qui fait le point sur la mise en œuvre du plan psychiatrie et santé mentale 2005-2008 et propose des orientations pour l’établissement d’un nouveau plan ainsi que pour la loi annoncée sur la psychiatrie.

On se souvient des recommandations de la sous-commission Jouvin à propos des psychologues (voir nos Instantanés 282, 284 et 286) et le tollé qu’elles suscitèrent.

Ce tollé n’aura pas été vain puisque ces recommandations n’ont pas été inscrites au rapport.

C’est plutôt l’orientation générale de ce rapport qui est critiqué en tant qu’il trace la perspective de la disparition du secteur psychiatrique et, finalement, de la psychiatrie.

On peut lire ce rapport sous pdf ici 

Vincent Lucas nous donne ci-dessous sont point de vue très informé sur la question.

Le Syndicat national des psychologues a publié un communiqué que l’on peut lire ici


Instantanés de l’InterCoPsychos – N°293

Nouvelle loi — les débats. Ah les beaux jours !

Comme toujours, la terminologie noie le poisson, le terme générique de psychothérapie permet d’escamoter que la psychothérapie relationnelle n’a que bien peu à voir avec la TCC, celle du psychiatre neurologue, celle du psychologue non freudien. La création d’un titre unique permet de nous nier. Enfin, d’essayer. Il ne permettra pas de nous éradiquer (le rêve de certains corporatistes). Nous tenons au sein du Carré psy la place de l’autre. Quel honneur ! on peut nous faire confiance, nous y ferons honneur.

“Quant aux nouveaux “psychothérapeutes” sur listes préfectorales que veut créer la loi, ils seront formés à la psychopathologie à partir d’un niveau universitaire Master 2, sans qu’aucun des cinq critères qui légitimaient les ci-devant psychothérapeutes dépossédés de leur nom ne soit pris en compte. Ils seront de fait psychopathologues concurrents des psychologues scientifiques, mais rien ne les aura préparés à l’exercice de la psychothérapie relationnelle du sujet.” Que le cri d’Yves Lefebvre continue de retentir aux oreilles charmées par la musique d’ascenceur unanime de nos élus persuadés que la diplomation universitaire républicaine a enfin résolu la quadrature du cercle vicieux des psychothérapies des quatre vents.

Nous livrons à votre réflexion l’intégralité des débats, il y a même les photos des protagonistes enthousiastes, telle que nous la communiquent nos amis de l’interCoPysycho. Quel beau jour ! s’exclame le député socialiste. Nous tenons notre diplôme réconciliateur. Instructionnant.

Philippe Grauer


L’assemblée nationale a adopté jeudi 5 mars dans le cadre de la loi sur l’hôpital un article additionnel qui modifie l’article 52 de la loi du 9 août 2004 portant sur le titre de psychothérapeute.

Cet article a été adopté à l’unanimité. Il doit être examiné en simple lecture par le sénat.

Ci-dessous vous lirez :

– l’article additionnel accompagné de « l’exposé sommaire »,

– le débat qui a précédé le vote et notamment l’exposé de Mme Bachelot, ministre de la santé qui a elle-même présenté et défendu ce texte ainsi que les interventions de députés dont Mme Génisson et M. Le Guen,

– et un montage réalisé par nous du nouvel article 52 (sous réserve) tel que modifié par le vote du 5 mars complété de l’article additionnel et faisant apparaître les alinéas supprimés.

La suppression des troisième et quatrième alinéas si controversés de l’article 52 et leur remplacement par quatre alinéas beaucoup plus explicites et précis, constitue une solution élégante ˆ à l’italienne (Loi Ossicini) ˆ qui devrait permettre au processus d’encadrement de l’usage du titre de psychothérapeute d’entrer de la bonne façon dans sa phase finale.

Nous reviendrons demain sur ce point.

Jean-François Cottes


ASSEMBLÉE NATIONALE

5 mars 2009

RÉFORME DE L’HÔPITAL – (n° 1210)

Adopté

AMENDEMENT N° 2083 Rect.

présenté par le Gouvernement


ARTICLE ADDITIONNEL

APRÈS L’ARTICLE 22, insérer l’article suivant :

Les troisième et quatrième alinéas de l’article 52 de la loi n° 2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique sont remplacés par quatre alinéas ainsi rédigés :

« Un décret en Conseil d’État précise les modalités d’application du présent article et les conditions de formation théorique et pratique en psychopathologie clinique que doivent remplir l’ensemble des professionnels souhaitant s’inscrire au registre national des psychothérapeutes. Il définit les conditions dans lesquelles les ministères chargés de la santé et de l’enseignement supérieur agréent les établissements autorisés à délivrer cette formation.

« L’accès à cette formation est réservé aux titulaires d’un diplôme de niveau doctorat donnant le droit d’exercer la médecine en France ou d’un diplôme de niveau master dont la spécialité ou la mention est la psychologie ou la psychanalyse.

« Le décret en Conseil d’État définit les conditions dans lesquelles les titulaires d’un diplôme de docteur en médecine, les personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue dans les conditions définies par l’article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations peuvent bénéficier d’une dispense totale ou partielle pour la formation en psychopathologie clinique.

« Le décret en Conseil d’État précise également les dispositions transitoires dont pourront bénéficier les professionnels justifiant d’au moins cinq ans de pratique de la psychothérapie à la date de publication du décret. ».

EXPOSÉ SOMMAIRE

Compte tenu de la sensibilité des troubles qu’ils cherchent à améliorer, qui touchent à l’intimité psychique et relationnelle de l’individu souvent en situation de grande vulnérabilité, les psychothérapeutes doivent disposer d’un haut niveau de connaissance et de compétence pour prendre en charge de façon adaptée les personnes qui ont recours à eux.

C’est pourquoi il est apparu indispensable que toutes les personnes qui utilisent le titre de psychothérapeute aient suivi au cours de leur cursus, une formation théorique et clinique de psychopathologie clinique. Les concepts et approches qui seront développées dans cette formation exigent, pour leur bonne compréhension, un niveau élevé universitaire de type Master 2 de psychologie ou de psychanalyse ou Doctorat de médecine.

Les professionnels qui, dans leur cursus de formation initiale, auront déjà suivi tout ou partie des modules développés dans cette formation pourront bien sûr bénéficier de dispenses totales ou partielles.

Une formation n’est de qualité que lorsque l’établissement dans lequel elle est délivrée est, lui-même, de qualité, c’est pourquoi il est nécessaire d’agréer ces établissements.

Il est en outre nécessaire de prévoir des dispositions permettant de tenir compte de la situation particulière des professionnels déjà installés depuis plusieurs années.


M. le président. La parole est à Mme la ministre pour soutenir l’amendement n° 2083 rectifié.

Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé. Il s’agit d’un amendement important, qui concerne un grand enjeu de santé publique.

L’article 52 de la loi d’août 2004 relative à la politique de santé publique a pour objectif d’encadrer l’usage du titre de psychothérapeute afin de protéger les personnes ayant recours à ces professionnels, d’autant qu’elles sont dans des situations de grande vulnérabilité et de fragilité psychologique. L’une des conditions de cet encadrement consiste à garantir la qualité de la formation de ces professionnels en la fixant à un niveau élevé afin de leur permettre d’appréhender les différents aspects de la psychologie humaine et de ses troubles ainsi que les différentes approches et concepts de prise en charge.

Depuis 2007, de nombreux échanges et réunions de travail avec les représentants des professionnels concernés avaient permis de stabiliser un premier puis un second projet de décret en particulier pour s’assurer que les conditions requises pour l’inscription à la formation en psychopathologie clinique assurent un niveau suffisant de sécurité des pratiques.

Toutefois les textes d’application n’ont pu être adoptés jusqu’à présent car le Conseil d’État a rejeté ces deux projets de décret, non du fait de leur contenu mais parce qu’il a considéré que la base légale était insuffisante pour permettre de prendre des mesures susceptibles d’assurer la qualité et le niveau nécessaires de formation.

Par ailleurs, l’article 52 dont j’évoquais l’existence à l’instant ne prévoit rien pour les professionnels pratiquant la psychothérapie avant la parution de la loi.

C’est pourquoi je propose un amendement visant à remédier à ces difficultés. Il permet de réserver l’accès à la formation de psychopathologie clinique aux titulaires d’un diplôme de niveau mastère de spécialité en psychologie ou en psychanalyse ou d’un doctorat en médecine ainsi que de tenir compte des professionnels installés. Il permet, par ailleurs, de mettre en place des dispenses partielles ou totales et de garantir les qualités des formations au travers de leur agrément.

Inutile de vous dire, mesdames, messieurs les députés, qu’il s’agit d’un amendement très attendu.

M. le président. Quel est l’avis de la commission ?

Jean-Marie Rolland, rapporteur. La commission n’a pas examiné cet amendement qui permet de régler la délicate question de l’utilisation du titre de psychothérapeute. Il fallait garantir à nos concitoyens la qualité de la formation théorique et clinique dispensée. Cet amendement résout enfin le problème en précisant les niveaux qu’il sera nécessaire d’avoir atteint en matière de formation universitaire ou clinique.

M. le président. La parole est à Mme Catherine Génisson.

Mme Catherine Génisson. Je tiens à remercier le Gouvernement pour avoir présenté cet amendement. Il est nécessaire et salutaire de faire en sorte que les meilleures conditions possibles soient réunies, tant pour les psychothérapeutes qui exercent cette profession que pour les personnes qui ont recours à une psychothérapie.

M. Antoine Herth. Tout à fait !

M. le président. La parole est à M. Jean-Marie Le Guen.

QUEL BEAU JOUR !

M. Jean-Marie Le Guen. Mes chers collègues, quel beau jour ! Cela fait en effet cinq ans que nous discutons de cette question. Les passages en force sont parfois inutiles et il ne suffit pas de faire preuve d’une autorité trémulante pour parvenir à faire adopter un certain nombre de dispositions.

Un « minimum » de débat, cinq ans ! a permis de faire avancer les choses et d’aboutir à un dispositif structuré. L’existence d’un diplôme universitaire permet de progresser, même si d’autres problèmes se créent autour de ces questions.

(L’amendement n° 2083 rectifié est adopté.)


Article 52 modifié le 5 mars 2009 (sous réserve NDLR)

L’usage du titre de psychothérapeute est réservé aux professionnels inscrits au registre national des psychothérapeutes.

L’inscription est enregistrée sur une liste dressée par le représentant de l’État dans le département de leur résidence professionnelle. Elle est tenue à jour, mise à la disposition du public et publiée régulièrement. Cette liste mentionne les formations suivies par le professionnel. En cas de transfert de la résidence professionnelle dans un autre département, une nouvelle inscription est obligatoire. La même obligation s’impose aux personnes qui, après deux ans d’interruption, veulent à nouveau faire usage du titre de psychothérapeute.

Nouveaux alinéas

Un décret en Conseil d’État précise les modalités d’application du présent article et les conditions de formation théorique et pratique en psychopathologie clinique que doivent remplir l’ensemble des professionnels souhaitant s’inscrire au registre national des psychothérapeutes. Il définit les conditions dans lesquelles les ministères chargés de la santé et de l’enseignement supérieur agréent les établissements autorisés à délivrer cette formation.

L’accès à cette formation est réservé aux titulaires d’un diplôme de niveau doctorat donnant le droit d’exercer la médecine en France ou d’un diplôme de niveau master dont la spécialité ou la mention est la psychologie ou la psychanalyse.

Le décret en Conseil d’État définit les conditions dans lesquelles les titulaires d’un diplôme de docteur en médecine, les personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue dans les conditions définies par l’article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations peuvent bénéficier d’une dispense totale ou partielle pour la formation en psychopathologie clinique.

Le décret en Conseil d’État précise également les dispositions transitoires dont pourront bénéficier les professionnels justifiant d’au moins cinq ans de pratique de la psychothérapie à la date de publication du décret.


Alinéas supprimés 

L’inscription sur la liste visée à l’alinéa précédent est de droit pour les titulaires d’un diplôme de docteur en médecine, les personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue dans les conditions définies par l’article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations.

Un décret en conseil d’État précise les modalités d’application du présent article et les conditions de formation théoriques et pratiques en psychopathologie clinique que doivent remplir les personnes visées aux deuxième et troisième alinéas.

Le DSM, maladie de la médicalisation

Christopher Lane, Comment la psychiatrie et l’industrie pharmaceutique ont médicalisé nos émotions (Shyness. How Normal Behavior Became a Sickness), traduit de l’anglais (États-Unis) par François Boisivon, Flammarion, 379 pages, 26 euros.


Homo deessemus

Courez acheter cet ouvrage, tant pis, mettez-vous aux pâtes à l’eau le temps qu’il faudra, au risque de tomber dans le syndrôme des pâtes à l’eau, non encore catalogué au DSM — cf. à ce propos ici-même le parti d’en rire — à cause de la pression des ONG s’occupant de la faim dans le monde, ou, comme on disait dans les années 70 par provocation, volez-le (à un ami c’est moins antisocial, enfin ça se discute, de toute façon la kleptomanie figure sûrement au DSM), enfin trouvez le moyen de le lire (si vous êtes habitué d’une bibliothèque, gare à vous, vous frôlez l’addiction) !

Ce qui est terrible avec la France, pays d’avant-garde intellectuelle c’est bien connu (des français), c’est que nos têtes chercheuses en psychologie s’ingénient à promouvoir les vieux modèles qui commencent à se périmer aux États-Unis. Ainsi nos psychiatres reneurologisés, ne jurent et font jurer que par le DSM, qui fera rire les générations futures sur plusieurs générations, et qui pour l’instant empoisonne tout simplement la pensée clinique.

Il a au moins le mérite d’exister disent ses défenseurs mous. Il se trouve que ça n’est pas un mérite, mais une calamité. Et un délire, un vrai ! On en a vu d’autres, officialisés, de délires, qui avec le prestige de l’uniforme et l’efficacité d’une dictature, ont fait souffrir beaucoup de monde tout de même dans un passé récent. Cette imbécilité pompeuse et rétrograde nuit à la santé publique. Elle entrave tout simplement l’exercice de l’intelligence.

Elle est folle. Elle agit à bas bruit, plus de bruit de bottes, seulement des communiqués ridicules à la télévision sur la dépression, une nouvelle maladie endémique contre laquelle se mobiliser pour le plus grand bien des malades : vous et moi, de l’industrie pharmaceutique, et d’un nouvel ordre moral nous priant de nous museler préventivement nous-mêmes avant qu’il ne soit trop tard et que nous soyons par le président de la République réputés dangereux, à enfermer à vie sur avis … du psychiatre, tiens donc, zélateur du DSM bien entendu !

Les psychiatres fous ne résident pas seulement dans les films, ils vivent et règnent tranquillement sur notre époque, si nous n’y prenons garde et ne leur opposons une solide résistance de principe, ils menacent la civilisation, dont le malaise devrait céder à leurs injonctions thérapeutiques, afin de nous conduire en marchant redressés sinon droit au meilleur des mondes.

Opposons-leur le principe humaniste. Appuyons-nous sur les intellectuels courageux qui savent dire non et nous inviter à nous démoutonner. Nous avons certes un cerveau, une sorte d’abat sophistiqué(1« ), mais surtout une conscience et une subjectivité, une responsabilité, une citoyenneté, une capacité d’aimer, découvrir et désirer, nous sommes des personnes et non des cerveaux à décerveler. Sachons réfléchir et dire non quand c’est nécessaire, pour rester humains et tout simplement raisonnables, êtres de raison et non de systèmes prétentieux, vertigineusement creux — pouvant accessoirement servir de tire-lires.

Philippe Grauer


Élisateh Roudinesco

Au moment où les psychiatres français  s’insurgent contre une politique d’État qu’ils jugent contraire à leur éthique, voilà que le modèle cognitivo-comportemental qu’ils contestent et qu’ils regardent comme “américain”, est violemment critiqué aux États-Unis comme inefficace, grotesque et quasiment fasciste. De l’autre côté de l’Atlantique, cette mise en cause ne vient pas des psychiatres, trop soumis au diktat des laboratoires pharmaceutiques, mais des historiens et des écrivains. En témoigne le livre de Christopher Lane, un best-seller en 2007.

Prenant l’exemple de la timidité qui n’est en rien une maladie mais une émotion ordinaire, l’auteur, spécialiste de l’époque victorienne et des cultural studies, dénonce la manière dont le fameux DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) — élaboré par l’American Psychiatric Association (APA), puis adopté dans le monde entier à travers l’Organisation mondiale de la santé (OMS) — a permis, en une trentaine d’années, de transformer en maladies mentales nos émotions les plus banales, pour le plus grand bonheur d’une industrie pharmaceutique soucieuse de rentabiliser des molécules inutiles : contre la crainte de perdre son travail par temps de crise économique, contre l’angoisse de mourir quand on est atteint d’une maladie mortelle, contre la peur de traverser une autoroute à un endroit dangereux, contre le désir de bien manger parfois avec excès, contre le fait de boire un verre de vin par jour ou d’avoir une vie sexuelle ardente, etc… 

Grâce au DSM, nous sommes donc invités à nous considérer comme des malades mentaux, dangereux pour les autres et pour nous-mêmes. Telle est la volonté hygiéniste et sécuritaire de cette grande bible de la psychiatrie moderne.

Ayant eu accès pour la première fois aux archives de l’APA, Lane y a découvert des informations étonnantes sur les différentes révisions de ce Manuel du père Ubu, censé définir l’homme nouveau du début du XXIéme siècle.

Entre 1952 et 1968, les deux premiers DSM étaient axés sur les catégories de la psychanalyse, c’est-à-dire sur une nomenclature des affections psychiques qui correspondait à l’étude de la subjectivité consciente et inconsciente : on y distinguait des normes et des pathologies, des névroses, des psychoses, des  dépressions, etc… Mais, à partir des années 1970, sous la pression des laboratoires et des départements de neurosciences, soucieux de réintégrer la psychiatrie dans la neurologie et de créer une vaste science du cerveau où seraient mélangées des maladies dégénératives et des névroses légères, cette approche dite “dynamique”, fondée sur des psychothérapies par la parole, fut contestés sur sa droite pour son absence de scientificité biologique et sur sa gauche pour son incapacité à penser l’évolution des moeurs. 

Ainsi en 1973, les homosexuels, groupés en associations, exigèrent de ne plus figurer dans le DSM au titre de malades mentaux : ils furent donc déclassifiés à la suite d’une vote. Mais cette décision n’avait rien de scientifique même si elle était justifiée puisque l’homosexualité n’est pas une maladie mentale. En conséquence, il fallut procéder à une nouvelle révision du DSM, d’autant que d’autres catégories de citoyens réclamaient, au contraire des homosexuels, d’être pris en compte dans le Manuel : les traumatisés de guerre notamment, désireux d’être indemnisés sans se soucier de savoir si leur problème relevait ou non d’une maladie mentale. On inventa donc pour les satisfaire “le syndrome post-Vietnam” qui fut dûment catalogué comme maladie mentale dans le DSM.

C’est alors qu’en 1974, le psychiatre Robert Spitzer, enseignant à l’Université de Columbia, admirateur de Wilhelm Reich et gavé de cures psychanalytiques, fut pressenti pour diriger la troisième révision du Manuel. Convaincu d’être le prophète d’une révolution neuronale de l’âme, il s’entoura de quatorze comités, composés chacun d’une multitude d’experts. Il effectua alors un retour spectaculaire vers le XIXéme siècle, réintroduisant dans le Manuel la classification d’Emil Kraepelin (1856-1926)(2« ), psychiatre allemand contemporain de Freud, ce qui lui permit de rétablir une analogie pourtant largement dépassée entre troubles mentaux et maladies organiques.

Entre 1980 (DM-III) et 1987 (DSM-III-révisé), la folle équipe de Spitzer procéda à un “balayage athéorique” du phénomène psychique substituant à la terminologie de Kraepelin celle des psychologues du conditionnement. Les concepts classiques de la psychiatrie furent alors bannis au profit de la seule notion de trouble (disorder) qui permit de faire entrer dans le Manuel 292 maladies imaginaires. Dans le DSM-IV, publié en 1994, on en comptabilisait 350 et pour le futur DSM-V, de nouveaux syndromes seront ajoutés tels que l’activité sexuelle libertine, l’apathie, l’amour de la gastronomie ou encore le plaisir de se promener pendant des heures sur l’Internet : “J’ai honte pour la psychiatrie”, dira un psychiatre de renom : ”S’il vous plaît, il y a assez de choses ridicules dans la psychiatrie pour ne pas offrir des motifs de moqueries  supplémentaires.” Ce Manuel, dira un autre, est un “nouveau suspensoir de l’Empereur”.

Après avoir lu ce récit, on se demande  qui pourra faire barrage un jour à l’expansion de ces thèses aberrantes, comparables à celles du docteur Knock, et qui ont pour objectif de faire entrer dans des tableaux sombrement  pathologiques l’existence ordinaire des hommes, au prix d’oublier que les fous peuvent être vraiment fous. 

Pour l’heure, rien ne permet de dire que la démonstration argumentée et convaincante de Christopher Lane puisse être entendue par les psychiatres soumis aux molécules et qui continuent de croire aux vertus classificatoires de cet étrange Manuel. 

ARTICLE PARU DANS LE DERNIER NUMÉRO DE LA SIHPP

  • 1 Les neurosciences, c’est passionnant, mais sorties de leur contexte, ça peut devenir effrayant.
  • 2 Pour le poser encore plus clairement, voici un vrai manifeste neokraepelinien écrit en 1978 par le psychiatre américain Gerald Klerman :

    1. La psychiatrie est une branche de la médecine.

    2. La psychiatrie devrait utiliser les méthodologies scientifiques modernes et ancrer sa pratique clinique dans les connaissances scientifiques.

    3. La psychiatrie traite les malades. Ils ont besoin de traitement précisément à cause de leur maladie mentale.

    4. Il y a une ligne de démarcation entre le normal et le pathologique.

    5. Il existe des maladies mentales bien séparées les unes des autres. Les maladies mentales ne sont pas des mythes. Il n’y en a pas une seule mais plusieurs. C’est la tâche d’une psychiatrie scientifique, comme dans d’autres spécialités médicales, d’investiguer aussi bien les causes que le diagnostic ainsi que le traitement de la maladie mentale.

    6. L’objet de focalisation des (médecins) psychiatres doit être les aspects biologiques de la maladie mentale.

    7. L’attention des psychiatres doit se porter explicitement, expressément et de façon prédominante sur le diagnostic et la classification.

    8. Les critères diagnostiques doivent être codifiés. Un terrain de recherche légitime et valable serait de valider ces critères par des techniques diverses. En outre, ces techniques doivent être enseignées dans les écoles médicales plutôt que de se voir dénigrer ou déprécier comme ce fut le cas des années durant.

    9. Les efforts de recherche visant à améliorer la validité et la fiabilité du diagnostic et de la classification devraient utiliser des méthodes statistiques.

    Ce manifeste constitue l’expression complète et claire de ce que représente le paradigme neo-kraepelinien. On voit bien qu’au temps de son écriture en 1978, dans l’enseignement de la psychiatrie aux États-Unis on luttait encore contre une arrière-garde psycho dynamique dont l’auteur fustige le « dénigrement » du modèle scientifique.

    Cette note est extraite d’un article à paraître ici même de Michael Randolph « Menaces et défis »

Élisabeth Roudinesco commente l’amendement du 5 mars 2009

Psychothérapies — Commentaire de l’amendement du 5 mars 2009 — Article additionnel à la loi sur la Réforme de l’hôpital (1210)

voté par L’Assemblée nationale, qui modifie l’article 52 dite loi Accoyer. Inséré après l’article 22, n° 2083.

Cet article fait le point sur la situation et les stratégies développables. La terminologie flotte, qui nomme psychothérapeutes les psychothérapeutes relationnels. Il apparaît à l’évidence que les praticiens TCC, les psychiatres non référés à la psychanalyse, les psychologues même cliniciens non référés à la psychanalyse ou à la psychothérapie relationnelle, qui se disent psychothérapeutes au sens générique du terme ne sont pas visés par l’appellation qu’utilise l’autrice dans ce texte.

On en revient au fait que les psychothérapeutes relationnels ont si bien illustré la dénomination de psychothérapeute au sens strictement défini de relationnel, que le nom qu’ils se sont donnés durant plus d’un quart de siècle après introduction et acculturation européenne de la psychologie humaniste (Nouvelles thérapies), de psychothérapeutes tout court, qu’ils ont cru spécifique, continue de la désigner dans l’esprit public.

Lorsqu’elle parle indifféremment de « multiples écoles de psychothérapies en expansion dites “nouvelles thérapies”, relationnelles, corporelles, groupales, etc. », Élisabeth Roudinesco désigne un ensemble que précisément nous dénommons psychothérapie relationnelle, le pluriel de la mise en vrac n’étant plus nécessaire puisqu’il subsume un ensemble cohérent. Le etc. d’ailleurs n’allant pas plus loin que moins d’une dizaine. Il nous revient de dessiner le domaine et d’articuler le concept (cf. GRAUER Philippe, {Psychothérapie relationnelle — contribution à la construction d’un concept, un débat scientifique que nous avons l’impression d’avoir déjà participé à nourrir, modestement bien sûr. À nos yeux la psychothérapie relationnelle comme la psychanalyse, est multiple mais repose sur un socle définissable : primat de la relation comme ressort thérapeutique, reconnaissance du transfert, même sous d’autres aspects, intersubjectivité, organisation interne du psychisme faisant place au conflit, phénoménologie, reconnaissance de la catharsis comme principe de travail émotionnel comportant élaboration (vs. abréaction sans bénéfice thérapeutique), dimension psychocorporelle du travail, éléments inspirés de la théorie freudienne, utilisation du système RSI, dynamique du processus de subjectivation, etc, nous voici en train d’utiliser à notre tour le etc. que haïssait Stendhal.

Les psychothérapeutes relationnels ne récusent pas tous l’idée de diplôme. Ce qu’ils dénoncent, connaissant le milieu psy, c’est que la loi devienne traquenard, comme cela se fit au moment de la loi Évin. Ce qu’ils dénoncent, c’est qu’il faille suivre le cursus A pour exercer B et non réciproquement. Ce qu’ils redoutent c’est que leur spécificité se trouve escamotée, leur nom confisqué et assassiné, vampirisé. Ce qui n’est pas fatal non plus, mais on comprend leur ultra vigilance.

Ils ne se reconnaissent bien évidemment pas dans les tenants} d’un retour à une pensée magique, irrationnelle ou obscurantiste, eux qui estiment avoir apporté au domaine psy des ouvertures que d’ailleurs de nos jour de nombreux psychanalystes leur empruntent sans jamais les citer, en feignant de venir de découvrir cela par leur seul mérite il y a juste un an.

Nou souhaitons que la guerre des psys s’appaise. Peut-être tenons-nous là l’occasion ? En tout cas nous continuerons de militer pour l’alliance objective d’une psychothérapie relationnelle solide et d’une psychanalyse ouverte, et d’une juste loi correctement appliquée. C’est possible, et nous militerons dans ce sens.

Philippe Grauer



Cet amendement efface en partie le caractère contradictoire de l’article 52 de la loi 2004-806 du 9 août 2004, relative à la politique de santé publique. Contradiction qui avait été fort bien dénoncée par le sénateur Jean-Pierre Sueur. Il remplace les troisième et quatrième alinéas par une nouvelle formulation qui rend obligatoire un diplôme universitaire (médecine, psychiatrie, master 2 de psychologie, de psychopathologie ou de psychanalyse) pour tous les praticiens voulant faire usage du titre de psychothérapeute.

Il semble être approuvé par l’ensemble des psychanalystes et par tous les titulaires de ce diplôme. Mais il est récusé par les psychothérapeutes qui, certes, pourront bénéficier d’une clause dite de “grand-père” mais qui ne pourront pas faire reconnaître leurs formations au titre d’un diplôme universitaire.

Certains d’entre eux pensent qu’il est possible de saisir le Conseil constitutionnel en arguant du fait que la procédure parlementaire utilisée est un “cavalier”, c’est-à-dire que l’amendement ne concernerait pas la loi dans laquelle il est inclus. Sans doute peuvent-ils essayer. Mais, d’après mes informations auprès des intéressés, il est hautement probable qu’ils ne recueilleront pas les signatures des 60 élus nécessaires à cette saisine.

Un autre recours possible a été évoqué : saisir la Cour européenne des droits de l’homme pour discrimination à l’encontre des psychothérapeutes. Cette procédure est pensable mais peu réalisable : elle risque de durer des années et de se solder par un échec. En effet, il est difficile de plaider la discrimination, alors que le présent amendement réduit la contradiction entre les deux alinéas et rend obligatoire le diplôme universitaire aussi bien pour les psychanalystes que pour les psychothérapeutes.

Sauf à retourner à une époque antérieure à 1789, on ne saurait contester, dans les états démocratiques d’aujourd’hui la validité des diplômes universitaires. Et si les psychothérapeutes s’y opposent, ils seront marginalisés dans la mesure où la totalité des états de droit ont mis en place, depuis trente ans, une réglementation des médecines de l’âme usant d’un modèle de la science qui, certes, peut être inopérant et parfaitement inadéquat dans ses dérives scientistes — dénoncées d’ailleurs par les praticiens et les usagers — mais qui, pour autant, ne saurait être abandonné au profit d’un retour à une pensée magique, irrationnelle ou obscurantiste.

Que par un transfert de titre, les psychothérapeutes soient désormais en France dépossédés du nom qui est le leur, et dont ils sont les héritiers historiques, depuis l’invention du terme par Daniel Hack Tuke puis par Hippolyte Bernheim en 1891, pose bien évidement un problème épistémologique auquel aucune procédure juridique ne saurait apporter de solution.

De même, un problème se posera dès lors que les psychanalystes, psychiatres et médecins  pourront user de ce titre pour être reconnus psychothérapeutes : seront-ils vraiment devenus des psychothérapeutes au sens de ce que sont aujourd’hui, dans le monde entier, les psychothérapeutes héritiers de la tradition issue de la fin du XIXéme siècle? Seront-ils comparables aux praticiens qui, dans le monde entier, appartiennent à ces multiples écoles de psychothérapies en expansion dites “nouvelles thérapies”, relationnelles, corporelles, groupales, etc ?  On peut en douter. Et à cet égard, cette loi maintient une ambiguïté. Reste à savoir ce que seront les décrets, les arrêtés et les modalités d’application de la loi, une fois le Sénat consulté en juin ou juillet 2009.

Par ailleurs, la psychanalyse continue à être nommée dans la loi sans être définie, ce qui ne manquera pas de relancer une guerre des psys entre toutes les communautés : psychiatres, psychanalystes, psychologues, psychothérapeutes débaptisés et contraints de trouver une nouvelle appellation : psychopraticiens ou psychanalystes ?

Article paru dans le dernier bulletin de la SIHPP

DSM : un nouveau trouble dysphorique ?

Le texte que nous vous conseillons de visiter expose la mécanique du délire DSM. Excellent matériel pédagogique. Que ceux qui désirent s’initier à la pensée neuro TCC et à la scientistique s’y rendent sans délai.

Roland Gori et Christian Hoffman parlent ailleurs de propagande scientifique. Qu’elle jouisse d’une certaine audience universitaire de nos tristes jours comme Lévi-Strauss le disait des tropiques ne laisse pas d’inquiéter, mais peut à l’occasion amuser les honnêtes gens.

Consultez ce document, effarez-vous, esclaffez-vous. Rejoignez ceux que le parti d’en rire ne démobilise pas de la nécessaire lutte contre une sottise pompeusement revêtue d’oripeaux bariolés aux couleurs de la science.

Philippe Grauer

Ne pas taper sur « La Tapeuse de Lacan »

Billet à propos de l’ouvrage de Maria Pierrakos, psychanalyste

Un compte rendu d’un livre surprenant, se voulant — et y parvenant — bouleversant.

Ce petit livre (pas plus de deux heures à la lecture) réussit la prouesse inouïe de traduire un malaise caractérisé face au phénomène d’extase mutuelle obscure que l’auteure aurait observé lorsqu’elle était la sténographe aux séminaires, dans la déclinaison pli par pli de l’univers impitoyable de la psychanalyse selon Lacan. Elle rend visible la chaîne et la trame d’un habit qu’elle trouve tissé de narcissisme pur. 
Sur un site d’échanges d’idées autour de la psychanalyse, il est dit de ce que Maria Pierrakos a écrit dans son livre, « est passée à coté de l’essentiel ». Etrange remarque, car Maria Pierrakos s’est efforcée d’accomplir plusieurs tâches dans son petit livre dont très certainement la plus importante était de ne pas s’éloigner trop de ce qui pourrait être considéré par d’autres observateurs comme des questions essentielles : la psychanalyse lacanienne a-t-elle fait beaucoup de mal à la réputation de la psychanalyse en général ? Est-ce que la psychanalyse lacanienne aurait colporté dans l’ensemble des foyers psy de la France et parfois ailleurs une pratique désastreuse liée à une philosophie enracinée fermement dans le mortifère ? La scène originale sur laquelle s’est joué la séduction d’une large tranche du monde intellectuel français nous a-t-elle montré un processus d’emprise profondément sectaire ? Difficile, quelles que soient les réponses que l’on voudrait y apporter, de traiter ces questions d’inessentielles.   
Pour appréhender aussi bien le dessein que la portée du livre en voici quelques extraits :

« L’être monstrueux que représentait l’entité Lacan/auditoire, couple pervers communiant dans un langage secret et des rites sectaires, avec d’un côté le dévoilement des mystères, de l’autre la soumission et l’adoration, là se révélait l’imposture. » ;

« À quel moment Lacan a-t-il oublié, dans ses constructions de plus en plus élaborées, le but ultime de la psychanalyse : la délivrance du prisonnier, la victoire contre les forces d’oppression de la vie psychique ? »

« Briser la cohérence du langage, obliger l’auditoire à être aux aguets pour suivre les méandres de la pensée, suggérer une logique non-euclidienne, ouvrir des tunnels dans les profondeurs obscures de l’inconscient, c’est-à-dire avoir une fonction essentiellement éveillante, y a-t-il plus psychanalytique ? Mais les tunnels débouchaient sur d’autres tunnels, à l’infini ; et, de surprise en surprise, de saisissement en saisissement, combien sont tombés dans une sidération qui ne laissait plus place qu’à une imitation spasmodique ? »

« L’analyse lacaniennne est une recherche permanente, mais de quoi ? Quelle est cette ivresse de la béance qui transparaît dans les paroles de Lacan et qui s’est transmise dans la pratique de ses disciples ? »

« Mais, avec l’attitude lacanienne, c’est comme si le fin rideau de larmes qui s’interpose entre nous et le monde extérieur et nous permet d’en avoir une vision supportable devait disparaître, et nous nous retrouvons les yeux irrités, aux deux sens du terme. Il est de bon ton chez les lacaniens de parler avec mépris d’une certaine psychanalyse humaniste. Mais n’aurions-nous pas à faire ici à une théorie qui, dans son abstraction extrême, penche du côté du non humain ? »

« Ce n’est donc pas la théorie, savante, argumentée, explosive, nouvelle, qui doit être interrogée ici mais l’être qui naît de cette théorie. Si l’on essaie d’écarter un par un, comme les rideaux superposés d’un théâtre, les périodes étincelantes, les digressions spirituelles, les virtuosités langagières, les savants rapprochements philosophiques, linguistiques, anthropologiques, structuralistes, qu’est-ce qui apparaît sous ces voiles ? Essayons d’imaginer (oui, imaginer !) l’homme décrit par Lacan : c’est un homme en négatif, une radiographie ; ce qui est vivant n’apparaît plus ; un homme décharné, dévitalisé, une marionnette dont les fils sont tirés par le signifiant, un parlêtre. Un parlêtre est-il autre chose que parole ? »

« Ainsi, sous couvert d’une pensée hautement élaborée et donc difficilement accessible, on en arrive tout doucement à un emprisonnement des esprits, emprisonnement d’autant plus insidieux que la doctrine se dit à la fois émancipatrice et foisonnante d’idées. »

« {J’ai réussi là où le paranoïaque échoue » a dit Freud. Il serait navrant qu’au sein même de la psychanalyse, le paranoïaque fût en train de réussir. »} »

Maria Pierrakos élabore lentement, avec soin et sans excitation, sa thèse d’une énorme imposture, tellement énorme que tant et tant de personnes n’y ont vu que de l’imposant. D’autres, en revanche, comme elle, flairaient bien les habits du roi mais personne n’a proposé aussi clairement qu’elle dans ce contexte que le problème ne se situait pas dans la nudité mais dans la contagion d’aveuglement qu’elle engendrait.

Marie Pierrakos utilise, à mes yeux, la rigueur d’une humilité non feinte comme sonde de dissection d’un monde complètement sidéré et, il faut le dire, absolument sidérant.

À la fin de son petit livre, elle s’interroge en tant que psychanalyste elle-même aujourd’hui, sur l’effet sur la psychanalyse en général en France de ce qu’elle perçoit clairement comme un OPA du glauque, de l’indifférent et du méprisant. De sa part, ce qu’elle méprise le plus, on le sent, est le recours systématique au mépris, dont elle nous fournit quelques exemple d’anthologie.

Aujourd’hui la question-clé n’est peut-être plus l’auto-autorisation comme jadis, avec ou sans les quelques autres mais une auto-référentialité proche de l’hypnagogique : le métier balance d’avant en arrière, la navette dévie un fil d’un millimètre ou deux, l’absorption dans ces micro-changements est absolue, la curiosité du vivant se meurt.

Michael RANDOLPH,
Février 2009