Nuit sécuritaire — le Bulletin

« La Nuit sécuritaire – Appel des 39 » continue à agiter les milieux psychiatriques ! Et tous les professionnels de psychiatrie se mobilisent partout en France.

Nous refusons de laisser la psychiatrie devenir un instrument d’une politique sécuritaire.

Nous demandons un MORATOIRE sur toute loi sur la psychiatrie promulguée dans la soi-disant « urgence » !


L’amendement Bachelot-Accoyer fait partie d’une loi dont le principe suscite de vives réactions parmi les professionnels de l’hôpital. On sait que Bernard Accoyer veille sur son enfant et c’est selon sa méthode qu’un amendement de plus déposé à l’heure du loup a modifié la loi (en égalisant le jeu cette fois c’est vrai mais ça reste injuste) et c’est pourquoi nous jumelons le nom de Roselyne Bachelot au sien pour désigner l’amendement nous concernant : tout le monde devrait être psychologue ou médecin pour bénéficier du si convoité par les corporatismes titre générique de psychothérapeute.

La qualité de psychanalyste ou de psychothérapeute relationnel ne se diplôme pas mais s’acquiert par l’acceptation dans une société savante ou en ce qui nous concerne le passage par une École agréée par la profession confirmé ensuite par validation par les pairs, ce qui instaure une sorte de caution confraternelle solidaire.

Si le législateur saisi par le démon de la sécurité et aux prises avec la phobie du charlatanisme caractéristique du milieu médical, désirait couvrir du bouclier du diplôme universitaire tout praticien psy, il n’avait qu’à décider du nombre d’heures de psychopathologie administées par l’université à imposer à nos praticiens en psychothérapie relationnelle. C’eût été les respecter dans leur spécificité, et avec eux respecter les millions de citoyens qui recourent à leurs services (1« ), en encadrer le tout de la rassurante référence universitaire. Pourquoi pas ? C’eût été se lancer dans la nécessaire politique d’ouverture de l’université à des aspects de la recherche qui lui restent hélas étrangers, et réciproquement cela eût pu renforcer la vigueur intellectuelle de l’ensemble du peuple psy. Xavier Bertrand l’a tenté. Sa proposition s’est brisée sur le mur du corporatisme et la haine scientiste de la psychanalyse.

Instaurer le diplôme de psychologue comme garantie de la pratique psychanalytique ou psychothérapie relationnelle a l’air juste parce que la loi y soumet tout le monde, mais se marque d’une tendance à la liquidation de tout un secteur d’activité et d’une branche féconde de la clinique et de la recherche. On peut et on doit, à l’instar des psys aux prises avec une réforme ultraconservatrice de l’hôpital et de la psychiatrie, interroger et interpeler une telle volonté, drapée dans le discours sécuritaire sur les manifestations psychiques réduites à un traitement insuffisamment éclairé de la question de la violence.

Puisque le débat est engagé, se poursuit vivement et que nos collègues entendent marquer leur opposition à une vue simpliste des choses, nous nous portons solidaires de leur combat pour prévenir la déshumanisation technocratique, gestionnariste et sécuritaire de l’hôpital, qui en définitive concerne tout le monde, psys et ceux appelés un jour, sous une forme ou sous une autre à recourir à eux.

Acteurs de la psychodiversité nous pensons qu’il n’est pas bon de réduire la palette des soins, y compris les non médicaux relatifs au souci de soi, offerts à l’hôpital et ailleurs à l’ensemble de nos concitoyens. Ça n’est pas contre nous que l’appareil d’État se mobilise et s’efforce de réduire l’âme à une affaire de protocoles et de diplômes rétrécis par le corporatisme, mais contre l’humanisme et l’ouverture, contre l’écoute de l’autre à respecter dans sa singularité, à se garder de stigmatiser. Nous serons toujours de ce combat-là, qui s’étend bien au-delà de nous, fort heureusement.

Philippe Grauer


Une étude internationale démontre l’absurdité de l’amalgame entre violence et maladie mentale

NON, avoir des « troubles mentaux », ce n’est pas une « cause de violence ». C’est le résultat de l’étude de Elbogen et coll. publiée en février 2009 dans les Archives of General Psychiatry. C’est scientifiquement aussi que nous devons lutter contre les idées reçues stigmatisantes et relayées au plus haut niveau de l’État. A lire : l’article (en anglais), et sa présentation en Français dans le Quotidien du Médecin (http://www.collectifpsychiatrie.fr/spip.php?article94) et dans le Figaro http://www.collectifpsychiatrie.fr/spip.php?article93


Lettre ouverte du Pr. Delion

Il était dans les premiers signataires de la pétition « pasde0deconduite pour les enfants de moins de 3 ans », en janvier 2006 (http://www.pasde0deconduite.ras.eu.org/). Cette action a réuni 200 000 signatures, et a empêché de condamner à vie les enfants de 3 ans trop turbulents. C’était déjà la défense du soin psychique qui était en jeu, rappelant qu’être turbulent, c’est avant tout exprimer un malêtre à faire comprendre.

En pièce jointe, vous trouverez ici-même la « Lettre ouverte » du Pr Delion (cette version intégrale et sa version courte sous pdf) :
PROPOSITION POUR UNE DÉFENSE DES SOINS PSYCHIQUES
LETTRE OUVERTE AUX PARENTS D’ENFANTS D’ADOLESCENTS ET D’ADULTES AUTISTES,
À LEURS PROFESSIONNELS EDUCATEURS PEDAGOGUES ET SOIGNANTS.

Il s’agit là encore de défendre une conception du soin psychique attaquée au titre de sa référence psychanalytique. Ce n’est que par la caricature, la calomnie, qu’une attaque contre la technique du packing est abusivement assimilée à une pseudo-barbarie, en prenant à partie, dans leurs souffrance, les parents d’enfants autistes.


Le RIM-Psy est nominé au « Big Brother Award ! »

Ce fichier informatisé est obligatoire pour tous les services de psychiatrie publique depuis plusieurs années déjà. Or les soignants doivent y noter beaucoup d’infos médicales et non anonymisées permettent la constitution de base de données individuelles dont on ne parle pas assez ! Les infos ici : http://bigbrotherawards.eu.org/Fichier-RIm-Psy-Ministere-de-la-Sante.html


Les « FORUMS DE LA NUIT SECURITAIRE »

Dans toutes les régions, des colloques, des journées d’études, des associations réservent une partie de leur temps pour un forum « la Nuit Sécuritaire ». Nous serons donc :

– 15 mai : à Montpellier http://www.collectifpsychiatrie.fr/phpPetitions/index.php?petition=6 à la Mairie (PS) de 14h à 19h
– 5-6 juin : à Paris http://www.collectifpsychiatrie.fr/spip.php?article47 Pratiques de la Folie vendredi 5 juin à 20h à 22h, 92 bis Bd du Montparnasse
– 5-6 juin : à Marseille http://www.collectifpsychiatrie.fr/spip.php?article48
– 12-13 juin : à Reims avec La Criée : http://www.collectifpsychiatrie.fr/spip.php?article68
– 19-20 juin : à St Alban http://www.collectifpsychiatrie.fr/spip.php?article74


Groupes locaux : « Dans les régions… »

Dans plusieurs hôpitaux, des groupes se créent. Notamment :

Ville-Evrard http://www.collectifpsychiatrie.fr/spip.php?article90 : Le mercredi 1er avril 2009, trente neuf soignants, (si ! si !, ce n’est pas une blague ni de la propagande ) des secteurs du 9-3 rattachés à l’E.P.S. de Ville Evrard se sont réunis dans un pavillon de Ville Evrard répondant à l’invitation de quelques uns de l’appel des 39. Ils ont voté à l’unanimité la création d’un collectif des 39 du 9-3 !

UZES : http://www.collectifpsychiatrie.fr/spip.php?article97
« Psychiatrie, le malentendu ? » : C’était le 17, nous étions 89 : La création du collectif 17/89

GRENOBLE : à l’hôpital de St Egrève, la situation est très difficile. Témoignage : http://www.collectifpsychiatrie.fr/spip.php?article98

MONTFAVET : des soignants nous envoient ce témoignage, court : « Le directeur a retiré tous les arbres et salons de jardin de l’unité UMD pour éviter des fugues à venir. Il aurait été mis en demeure par le préfet de veiller à ce qu’il n’y est plus aucunes fugues. »


HPST : la mobilisation est à son comble.

Les syndicats d’infirmiers et de médecins ont diffusé le 17 avril un communiqué intersyndical (en pièce jointe) contre le projet HPST.
Vous trouverez en pièce jointe également la motion commune des conférences de CME.
Les professeurs de médecine de l’APHP ont aussi pris position contre le projet en lançant « l’appel des 25 ». Infos : http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/politique/20090419.OBS3860/hopital__lappel_des_25_soutenu_par_10.000_personnes.html

Mardi 28 avril sera une journée d’action nationale avec grève et manifestation.
A Paris, la manifestation partira de Montparnasse à 11h pour aller vers le Sénat. Pour « la nuit sécuritaire », le point de ralliement est devant la FNAC de la rue de Rennes.

… avant les manifestations de la fête du travail qui se préparent.


Continuez à SIGNEZ LA PETITION, et diffuser cette lettre autour de vous. http://www.collectifpsychiatrie.fr/phpPetitions/index.php?petition=1


Continuez à écrire au Président de la République et à votre député pour exprimer. Pour aider votre inspiration, une sélection de lettre est déjà publiée sur le site : http://www.collectifpsychiatrie.fr/spip.php?rubrique15.

ECRIVEZ VOUS AUSSI VOTRE LETTRE. A envoyer :
– à l’Elysée directement en cliquant ici :  » Ecrire au Président « . (attention, une fois envoyé, le texte n’est plus accessible, il faut faire un copier/coller avant d’envoyer). Vous pouvez également le faire, notamment si votre correspondance est accompagnée de pièces jointes, par voie postale à l’adresse suivante:

Monsieur le Président de la République

Palais de l’Elysée

55, rue du faubourg Saint-Honoré

75008 Paris

– à votre député, qui devra examiner les projets de loi à venir, et qu’il faut donc informer.
– à notre collectif pour diffusion sur notre site web, à lanuitsecuritaire@collectifpsychiatrie.fr


D’autres infos sur le site www.collectifpsychiatrie.fr

[Document : COMMUNIQUE intersyndicale 17 avril 2009]

  • 1 N’entendant nullement pour autant se lancer dans les hasardeuses voies de la magie.

Hpst ! On réorganise l’hôpital et la santé — la mentale en prime amendementice. La défense de l’hôpital public prend de l’ampleur.

À propos de la loi HPST

La SIHPP communique

Selon le Quotidien du médecin, la contestation de la loi Bachelot, animée par les chefs de service de l’AP-HP,  prendrait de l’ampleur. Vous trouverez ci-dessous deux communiqués de presse et un texte adressé au public provenant du Mouvement de défense de l’hôpital public .

Les psychothérapeutes relationnels n’ont pas droit de cité à l’hôpital, dont la loi HPST est éponyme (1« ). Ils se portent néanmoins solidaires de leurs collègues qui y travaillent, car la cause de la psychothérapie axée sur le processus de subjectivation et de la psychanalyse, orientée dans le même sens, leur importe tout autant, comme il est constant que l’intérêt des patients est de se voir offrir sans exclusive le type d’écoute intersubjective, appuyée sur la psychologie dynamique qu’elles proposent, en quelque lieu que ce soit.

Cela d’autant plus que c’est dans le cadre de la loi HPST que se niche l’amendement concernant l’obligation qui serait faite à toute personne désireuse de revendiquer le titre générique de psychothérapeute d’avoir effectué l’entièreté des études de psychologie pour pouvoir y prétendre : double formation imposée aux psychothérapeutes relationnels, formation de moitié moindre pour les psychologues.

C’est dans cet esprit de résistance au gestionnarisme et aux psychothérapies de et à protocoles assistées par administration de molécules que nous répercutons ces textes sur notre site. Nous prenons part ainsi, par l’information, sur documents livrés par la SIHPP, au combat pour la psychodiversité et le maintien des valeurs humanistes à l’hôpital, qui n’a pas à devenir une entreprise comme les autres (entre nous par les temps qui courent ça n’est pas forcément une référence).

Philippe Grauer


I — COMMUNIQUÉ DE PRESSE DU MOUVEMENT DE DÉFENSE DE L’HÔPITAL PUBLIC

Les médecins, chirurgiens, pharmaciens, biologistes, odontologistes de l’Assistance Publique- Hôpitaux de Paris réunis le 25 mars 2009 en Assemblée Générale à la demande de leurs syndicats et intersyndicat :

1. renouvellent leur opposition au pouvoir absolu donné par la loi HPST aux directeurs, pouvoir qui pourrait entraîner l’hôpital public dans une dérive comptable en contradiction avec sa mission de soins ;

2. affirment leur opposition à la suppression des emplois médicaux et paramédicaux dans les hôpitaux pour des raisons purement comptables, non justifiée par des objectifs médicaux ou par une activité insuffisante. Cette réduction massive et programmée des personnels médicaux et paramédicaux ne peut qu’altérer la qualité des soins et réduire l’accès aux soins ;

3. exigent que le service hospitalier regroupant les équipes médicales et paramédicales dirigé par un chef de service et un cadre de santé reste la structure de base de l’organisation des hôpitaux publics ;

4. demandent que le périmètre des services, le projet médical ainsi que la nomination des responsables médicaux, à tous les niveaux de l’hôpital, soient décidés par la Commission Médicale d’Etablissement et son président avec avis conforme du directeur ;

5. appellent l’ensemble des médecins, chirurgiens, biologistes, pharmaciens et odontologistes des hôpitaux à cesser toute collaboration avec l’administration et à se recentrer exclusivement sur leurs activités médicales ;

6. appellent l’ensemble des soignants à se réunir dans les services et dans les hôpitaux pour discuter de la loi et envisager une manifestation unitaire de défense de l’hôpital public , et mandatent les représentants désignés par l’Assemblée Générale pour rencontrer l’ensemble des soignants et les associations de patients en vue de décider de manifestations communes ;

7. appellent l’ensemble des collègues des hôpitaux de la région parisienne et de province qui partagent leurs inquiétudes à rejoindre ce mouvement ;

8. se déclarent solidaires des internes et des chefs de clinique-assistants inquiets de leur formation et de leur avenir professionnel ;

9. décideront d’autres formes d’actions en fonction des réponses du gouvernement, qui a la possibilité de faire amender la loi au Sénat.


II — COMMUNIQUÉ DE PRESSE


Devant le refus du gouvernement d’accepter tout amendement à la loi HPST, dite loi Bachelot, la communauté médicale de l’AP-HP, réunie en assemblée générale le 8 avril 2009, a décidé d’appeler à l’action l’ensemble des médecins des hôpitaux.

À partir d’aujourd’hui, nous arrêtons toute participation aux activités de gestion hospitalière (Comités exécutifs locaux, Comités consultatifs médicaux, Commission médicale d’établissement, réunion de pôles, préparation du plan stratégique, etc.).

Nous informons le gouvernement et les sénateurs qui vont discuter et voter la loi que si elle n’est pas amendée, elle s’appliquera sans nous.

En accord avec l’ensemble des syndicats médicaux et de personnels de l’AP-HP, nous appelons à une journée de grève le 28 avril avec manifestation de tous les personnels de l’hôpital, praticiens, internes, chefs de clinique-assistants, infirmières, aides-soignants, paramédicaux, administratifs, techniques et ouvriers.

Nous sommes d’accord pour agir avec l’ensemble des organisations syndicales contre la suppression des emplois pour de simples raisons de rentabilité financière, et contre une vision purement comptable de l’hôpital. Nous sommes pour une gestion rigoureuse des deniers de la collectivité, au service de l’égalité d’accès à des soins de qualité.

Nous demandons la convocation d’états généraux pour une vraie réforme de l’hôpital et du système de santé.

Nous appelons l’ensemble des communautés médicales de la région parisienne et de province
à nous rejoindre pour créer un mouvement national de défense de l’hôpital public.

Nous appelons les usagers, les associations de patients et la population à se joindre à nous.

Mouvement de défense de l’hôpital public


L’hôpital s’adresse aux malades, à leurs familles et à la population


Les personnels des hôpitaux de l’Assistance Publique de Paris ont décidé d’agir pour s’opposer au volet hospitalier de la loi HPST (Hôpital, Patients, Santé, Territoires) dite loi Bachelot et aux suppressions d’emplois non médicalement justifiées.

Partisans d’une réforme de l’hôpital pour adapter ses structures aux besoins de la population et aux progrès de la médecine, les personnels de l’hôpital refusent de façon catégorique que la loi Bachelot confie la responsabilité de l’hôpital public à des directeurs gestionnaires dont la réussite sera jugée sur leur capacité à éliminer les activités de soins non rentables et à supprimer des emplois.

Les directeurs auront les pleins pouvoirs sur le projet médical de l’établissement, sur l’organisation des soins et sur la nomination des médecins dont ils pourront arrêter à tout moment l’activité. La loi prévoit la suppression des services regroupant les équipes médicales et paramédicales sans même préciser par quelles structures ils seront remplacés. Si les services sont supprimés, la cohésion des soins sera remise en cause.

Cette loi a pour seul objectif de réduire les coûts au détriment de la qualité des soins, de la sécurité des soins et de l’accès aux soins.

Si la loi est adoptée sans modification, les directeurs des hôpitaux auront toute liberté de sélectionner les malades et les pathologies considérés comme « rentables », sans tenir compte des réels besoins de la population. Ils seront de plus obligés de réduire les investissements pourtant indispensables pour assurer le maintien d’un haut niveau de qualité et l’application des progrès continus de la médecine. La réduction du nombre de personnels dans les hôpitaux, qu’il s’agisse des personnels administratifs, des secrétaires, du personnel soignant est programmée. C’est ainsi que 1 000 emplois doivent disparaître dés cette année à l’Assistance publique, et ce n’est qu’un début.

On oublie que les malades ne sont pas des consommateurs, qu’ils n’ont pas choisi d’être malades et préfèreraient ne pas fréquenter les hôpitaux. On oublie que la santé n’est pas une marchandise, pas plus que les soignants ne sont des producteurs.

Nous sommes favorables à une collaboration entre les soignants, médecins et paramédicaux, et les gestionnaires de l’hôpital. Nous sommes opposés à une soumission des soignants à un directeur omnipotent qui n’a pas la compétence pour décider seul de l’organisation des soins. Notre seul but est de défendre la qualité et l’accès aux soins, et de rendre à nouveau les hôpitaux attractifs pour les jeunes médecins et les jeunes infirmières.

Notre action contre la loi HPST dans sa forme actuelle est au service des malades. Nous sommes partisans d’une réforme de l’hôpital pour adapter ses structures aux besoins de la population et aux progrès de la médecine. Nous sommes favorables à un large débat national sur la réforme de l’hôpital, à la hauteur d’une véritable politique de civilisation.

NOUS APPELONS LA POPULATION À REJOINDRE NOTRE MANIFESTATION UNITAIRE LE 28 AVRIL À 11 HEURES À MONTPARNASSE

Mouvement pour la défense de l’hôpital public

  • 1 Le H pour hôpital, de Hôpital, patients, santé, territoire

Autisme — lettre ouverte aux parents d’autistes, à leurs éducateurs et soignants

LETTRE OUVERTE AUX PARENTS D’ENFANTS D’ADOLESCENTS ET D’ADULTES AUTISTES, A LEURS PROFESSIONNELS EDUCATEURS PEDAGOGUES ET SOIGNANTS

Avril 2009

On peut parler de psychiatrie relationnelle, nous connaissons des psychiatres freudiens qui ne s’en privent pas. Comme plus on est de fous plus on rit, nous nous réjouissons de cette extension du concept à certaine pratique psychiatrique.

On mesure à lire cette adresse de Pierre Delion que la psychothérapie relationnelle se situe bien en deça de la pratique lourde appliquée à l’hôpital dans le cadre d’une politique pédopsychiatrique vilipendée par une santé mentale pas sentimentale pour un sou, encore moins pour un euro.

Le tout sécuritaire s’accompagne d’un tout managerial et d’un tout TCC pas fatalement adaptés à la complexité de situations comme celles des autistes, qui requièrent la coopération de toutes les écoles et tendances de recherche. L’intégrativisme ici semble particulièrement adapté. Ça n’est pas une École multiréférentielle que cela pourrait déranger.

Philippe Grauer


Depuis plusieurs années, quelques rares parents d’enfants autistes règnent dans le monde des associations de parents d’enfants autistes par la terreur, les dénonciations, les calomnies ad hominem et la manipulation médiatique. Jusqu’à présent, nous étions un certain nombre de professionnels de la pédopsychiatrie à y voir le signe d’une souffrance telle qu’en vivent tous les parents dont un enfant est touché par une maladie, un handicap ou une difficulté majeure qui met en jeu son présent et son avenir.

Entre-temps, les pratiques et les prises en charge éducatives, pédagogiques et thérapeutiques ont progressé quelquefois de manière notable, notamment en ce qui concerne les neurosciences, mais aussi les techniques éducatives et les psychothérapies intensives.

Aujourd’hui, les équipes de pédopsychiatrie françaises se forment activement pour se situer dans cette perspective intégrative, réorganisent leurs dispositifs pour y accueillir les aspects complémentaires nécessaires pour la prise en charge de chaque enfant et engagent des réflexions cliniques, psychopathologiques et thérapeutiques en tenant compte des avancées des neurosciences, notamment dans la pratique des bilans diagnostiques, mais aussi dans l’élaboration d’hypothèses intégrant les différents aspects complémentaires.

Nous arrivons ainsi à ce que d’aucuns appellent une « pédopsychiatrie intégrative » qui conjugue sous l’égide des parents, un développement des aides éducatives pour tous les enfants qui en ont besoin, une approche pédagogique à chaque fois que c’est possible et un soutien thérapeutique quand c’est nécessaire. Cette approche plurielle nécessite de se concerter avec les partenaires autour de l’enfant de façon à lui apporter au plus près de ses besoins définis lors du bilan, du diagnostic et des indications de prises en charge, les différentes aides nécessaires.

Dans ces perspectives intégratives, le rôle de l’équipe de pédopsychiatrie est de proposer les soins dont chaque enfant a besoin en fonction de son histoire pathologique, de ses symptômes actuels et d’autres éléments qui sont déterminés par les ressources existant autour de l’enfant et de sa famille. C’est ainsi que certains enfants présentant des symptômes très préoccupants tels que les très graves automutilations, une violence mettant en péril la vie familiale, la poursuite de leurs soins et de leur intégration scolaire et finalement leur développement, peuvent recevoir des soins spécifiques tels que le packing ou enveloppements humides, ou une approche avec la pataugeoire, ou tout autre média qui peut faciliter l’instauration du lien avec l’enfant atteint de Troubles Evolutif du Développement, et qui constituent autant de moyens utilisés par les équipes soignantes et souvent éducatives pour rentrer en contact avec ces enfants.

Dans le grand ensemble de ces approches, le packing est une technique de soin qui appartient au groupe des techniques d’enveloppement requises pour rassembler le corps d’un enfant qui manque de contenance du fait de sa pathologie. Elle consiste à envelopper doucement un enfant qui garde ses sous vêtements, dans des serviettes trempées dans l’eau à la température du robinet (autour de dix degrés) jusqu’au cou, puis dans un drap sec, puis dans un tissu imperméable qui permettra un réchauffement rapide et dans deux couvertures chaudes. L’enveloppement dure environ une minute et en quelques minutes (deux à cinq), le corps de l’enfant se réchauffe soudainement produisant chez lui une détente musculaire importante, le surgissement de sourires et éventuellement de sons (et de paroles quand il a accès au langage) et d’échanges par le regard. La séance dure entre quarante cinq et soixante minutes et se termine par le « désenveloppement » de l’enfant, son rhabillage et le partage d’une collation avec les soignants qui sont restés avec lui pendant la séance.

En fonction de la pathologie de l’enfant, l’équipe peut lui prodiguer plusieurs séances par semaine quand l’effectif des soignants le permet. Ces traitements peuvent durer plusieurs semaines ou mois en fonction de l’évolution clinique. Dans tous les cas, les parents donnent leur accord à cette prise en charge pour laquelle ils sont informés loyalement des effets attendus. Nous voyons désormais un grand nombre de professionnels participant à des équipes d’établissements du médicosocial venir nous demander d’apprendre la technique pour en faire bénéficier les enfants et les adolescents qu’ils accueillent.

Quand c’est possible, la prise en charge par packing commence en milieu hospitalier et se poursuit dans l’établissement médicosocial avec des réunions de supervision communes aux équipes thérapeutiques et médicosociales dans le cadre d’une pratique de psychiatrie de secteur. La pratique de cette technique permet de ne pas utiliser les médicaments psychotropes de façon excessive et facilite la restauration des échanges entre l’enfant et ceux qui le prennent en charge, et donc avec ses parents et sa fratrie. Les reproches qui sont faits aux praticiens du packing au sujet du fait qu’ils ne demandent pas leur avis aux enfants ne sont pas recevables puisque dans les cas de la plupart de ces enfants, leur avis ne serait pas suffisant du fait de l’importance de leur retard de langage voire de leur déficience co-morbide, ce qui vaut pour tous les soins qui sont indiqués pour les enfants en question, et que ce sont les parents qui doivent donner un accord éclairé pour les soins proposés à leur enfant.

Dans certains cas d’enfants qui parlent, nous leur présentons la technique et demandons aux parents d’en parler avec eux de leur côté. Et il n’est pas rare de voir un enfant sans langage nous prendre par la main lors des jours qui suivent les premières séances pour nous conduire dans la salle dans laquelle son enveloppement est réalisé.

Ces reproches montrent à quel point un malentendu existe puisque nous ne parlons manifestement pas des mêmes enfants autistes : les uns ont un pronostic relativement favorable et peuvent bénéficier pleinement des approches éducatives si les parents le souhaitent, tandis que d’autres ont absolument besoin d’approches thérapeutiques du fait de la gravité de leur tableau clinique. Les praticiens sont dans l’obligation de tenir compte de tous les cas et ne peuvent s’en tenir à généraliser à partir d’un seul exemple. Et les parents le comprennent habituellement sans difficulté.

Enfin, cette technique fait l’objet de l’expérience de très nombreuses équipes, et depuis plus de dix ans, des demandes ont été faites pour obtenir la possibilité d’en évaluer les effets thérapeutiques en référence aux critères habituellement reconnus en médecine et en psychiatrie sous la forme de dossiers de Programme hospitalier de recherche clinique. Après plusieurs demandes déposées auprès des commissions ad hoc, un Programme hospitalier de recherche clinique national a été obtenu en 2007, suivi d’un avis favorable du Comité de protection des personnes du CHRU de Lille ( à l’unanimité et à bulletin secret) fin 2008.

Nous venons donc de rassembler tous les éléments qui nous permettent de lancer cette recherche pour démontrer les effets de cette méthode et en évaluer l’efficacité. Je rappelle qu’une telle évaluation ne peut être entreprise que si la technique est réalisée en fonction de critères éthiques admis par la communauté scientifique médicale. Ce qui est le cas pour notre recherche. Nous voici donc dans la position paradoxale d’avoir enfin réuni les éléments permettant d’évaluer clairement et rigoureusement ce que l’expérience nous montre depuis longtemps.

Et c’est précisément à ce moment-là que des voix s’élèvent pour demander un arrêt de ces pratiques, sans avoir pris la précaution de se renseigner suffisamment sur elles ni auprès de ceux qui la proposent. Et loin de le faire dans un esprit consistant à s’informer à partir des expériences de ceux qui en expriment le besoin, à savoir des professionnels posant les indications de soins par packing pour les raisons déjà évoquées, mais aussi plus fréquemment que ces détracteurs ne veulent le reconnaître, par des parents qui y trouvent une réponse aux symptômes épouvantables que sont, entre autres, les automutilations graves.

APPEL POUR LA DEFENSE DES SOINS PEDOPSYCHIATRIQUES INTEGRES AUX PERSONNES AUTISTES

Je demande à tous les parents qui bénéficient pour leurs enfants de prises en charge dans les secteurs de pédopsychiatrie de France de nous aider à aider leurs enfants dans la poursuite de la mise en œuvre de telles prises en charge avec tous les partenaires nécessaires, étant entendu que ces équipes qui les accueillent sont dans un processus de formation à l’intégration des différents aspects complémentaires : l’éducatif, la pédagogie et les soins psychiques.

Je demande à tous les professionnels des équipes de pédopsychiatrie française de se ressaisir, et de ne pas continuer à accepter les calomnies dont nous sommes aujourd’hui pratiquement tous victimes de façon scandaleuse et injustifiée, et de développer avec les parents des enfants qu’ils accueillent dans le cadre d’une politique de secteur bien comprise, des actions qui visent à montrer que les agresseurs ne sont pas les seuls à pouvoir parler de l’autisme de façon autorisée, et notamment de ce qu’ils ne connaissent pas personnellement, ce que leurs calomnies montre de façon éclatante ; j’en profite pour dire qu’il ne suffit pas de lire des informations sur internet pour devenir compétent de ce seul fait. Si je répugne à demander aux parents de nous aider, je crois qu’aujourd’hui, après avoir observé en silence les dégâts réalisés par notre attitude antérieure de neutralité bienveillante, il n’est plus possible de laisser se répandre de telles manifestations de haine sans que cela ait des conséquences sur le travail que nous menons.

Je demande aux scientifiques de faire l’effort conceptuel d’avancer sur les chemins des neurosciences autant que faire se peut, mais sans réduire les pratiques admises aux seuls résultats validés. Par définition, avant d’être validés toutes les hypothèses doivent pouvoir être envisagées, posées, travaillées, sans courir le risque d’être disqualifiées pour des raisons idéologiques, si les conditions éthiques dans lesquelles ces soins se délivrent font l’objet d’un consensus accepté par les instances concernées. Je ne parle pas là des caricatures toujours faciles à faire pour dénigrer celui qu’on veut déstabiliser sous le couvert de la science. J’ai trop de respect pour la démarche scientifique pour accepter qu’elle soit dénaturée au service d’idéologies douteuses.

Je demande aux politiques de ne pas tomber dans la posture démagogique qui consisterait à tenir compte de ceux qui font le plus de bruits sans tenir compte des différents points de vue concernés. Bien au contraire, nous avons vu que c’est de la mobilisation des parents d’enfants autistes qu’est venue la possibilité de faire remonter auprès des décideurs les manques insondables en matière de prises en charge sur tout le territoire national. Ils doivent tenir compte de l’ensemble de la problématique présentée, et aussi prendre en considération les avis exprimés par les professionnels et leurs représentants. C’est de cette articulation fondamentale que leur rôle pourra produire les meilleurs effets de déblocage des crispations insupportables auxquelles nous sommes arrivés.

Je demande aux administrations nationales, régionales et locales de nous aider à mettre autour de la table de discussion, quitte à se faire aider d’un médiateur, tous les partenaires qui gravitent autour de la question de l’autisme pour que le dialogue qui est le seul ressort sur lequel nous pourrons avancer puisse devenir le scénario le plus fréquent, à défaut d’être le plus facile à réaliser.

Je demande aux médias dont le rôle de quatrième pouvoir se vérifie de plus en plus, de continuer à tenir bon sur leur rôle qui consiste à informer le citoyen de la façon la plus objective possible en donnant la parole aux différentes parties en présence, et de ne pas tomber dans une utilisation pervertie de leur outil, qui accentuerait, déformerait et conflictualiserait les souffrances des uns contre les autres dans une visée médiamétrique aux effets ravageurs sur les personnes directement concernées, alors que cet outil recèle des possibilités pédagogiques énormes quand il est justement utilisé. La psychiatrie est aujourd’hui un bouc émissaire trop facile à désigner. Les professionnels qui y travaillent font dans la plupart des cas tout ce qui est dans leurs capacités pour rester humains dans la relation qu’ils instaurent avec les patients qui leur sont confiés. A trop leur faire porter l’ensemble des malheurs qui touchent la population des personnes autistes, on risque d’aboutir à un « burn out » généralisé qui aurait des conséquences désastreuses en matière de psychiatrie, et in fine, sur le plan sociétal ; à ce titre, les médias peuvent nous aider puissamment à un véritable débat démocratique.

Je demande enfin à tous les citoyens de ce pays de ne pas oublier que nous sommes des corps et des esprits humains, dont les deux aspects sont inséparables. Une maladie, même d’origine génétique ou neurologique, connaît toujours des développements qui englobent le psychisme du malade, et contribuer à une meilleure santé nécessite d’associer des approches physiques et psychiques pour y parvenir. Les soins psychiques proposés par les équipes de psychiatrie de secteur ont aujourd’hui pour objectif d’aider à cette démarche dans un climat pacifié. Toute polémique haineuse ne peut qu’en minimiser les effets bénéfiques attendus.

Nous annoncions une « Suite dans les prochains jours » : il s’agissait d’une erreur éditoriale, le texte était complet. Par contre vient de paraître une suite logique qu’on peut cliquer ici pour l’obtenir : le Bulletin de La nuit sécuritaire qui vient de paraître

Commentaires sur l’état de la recherche en psychothérapie (comme je le vois)

Cette fiche de lecture provient du site de l’Ifgt. Que son autrice soit louée de mettre à notre disposition cette réflexion sur la question de l’évaluation et de la recherche désintoxiquée de l’évaluationnisme scientiste à la mode Reagan Bush encore très prisée dans notre pays avec le décalage horaire habituel sous nos latitudes.

Déja Carl Rogers expliquait qu’il faut se préoccuper des effets et résultats de la psychothérapie humaniste, mais avec des méthodes isomorphes, ainsi cohérentes à leur objet. Le fait que cet article ait paru dans une revue rogerienne en dit long sur la continuité historique du message. Reprenons-le à notre compte.

Bien entendu quand l’autrice et l’auteur évoqué parlent de psychothérapie nous entendons psychothérapie relationnelle. Dans l’esprit de l’auteur il s’agit de psychothérapie humaniste. Une considérable confusion provient du projet actuellement en délibération au Sénat, concernant le titre générique de psychothérapeute, confondant des pratiques hétérogènes. Ce titre conjoint des pratiques, théories et méthodologies contradictoires mêlant (a) le modèle standard du thérapeute sujet actif appliquant un traitement à un usager (1« ) réactif}, à celui de la psychothérapie relationnelle — en ceci apparentée à la psychanlayse, (b) du psychothérapeute implicatif, interactif, s’engageant en relation avec une autre personne considérée dans sa subjectivité, au cours d’un processus dont se dégagera possiblement un peu de la vérité de celui venu chercher à résoudre son malaise en en dégageant le sens.

Un processus n’est pas un traitement, à la suite d’un diagnostic. On n’est pas là dans la santé mais dans la recherche de la vérité de soi. Il se trouve que parfois, cela tombe comme en théologie la grâce, cela en effet, soigne. Le soin pris de soi auprès d’un psychothérapeute relationnel peut vous tirer du malaise ou du malheur. On peut discerner entre les deux domaines une mitoyenneté troublante, intéressante au demeurant, féconde peut-être. Malheureusement, la médecine s’en est avisée, et voilà pourquoi votre fille est muette.

Comme quoi deux univers de référence pour un seul terme cela peut prêter à confusion, et à conséquence.

Philippe Grauer}


Commentaires sur l’état de la recherche en psychothérapie (comme je le vois)

David E. Orlinsky

Article paru en traduction française (réalisée par Françoise Ducroux-Biass), dans la revue Approche centrée sur la personne 2007/1, n°5, p. 5-14

Cet article est paru d’abord en anglais dans le Bulletin de la Society For Psychotherapy Research, Section Amérique du Nord, en janvier 2006. Chris Muran, président à l’époque de cette section, avait demandé à Orlinsky de donner son avis sur l’état actuel de la recherche sur la psychothérapie. Vous trouverez l’article en anglais à (cliquer sur l’hyperlien souligné ci après, cela vous livrera le texte en pdf) cette adresse .

C’est un article important, par la liberté de ton de son auteur. Orlinsky reconnaît cette liberté qui est devenue possible selon lui, par le fait qu’il ait consacré plusieurs années de sa vie à la recherche sur les psychothérapies, qu’il est reconnu par la communauté internationale et qu’il a le privilège de ne pas avoir à chercher des fonds pour faire ses propres recherches. Dans cet article, il n’attaque pas la recherche sur les psychothérapies, car elle est pour lui nécessaire, mais il la critique d’une manière qu’il souhaite constructive.
Il voudrait que la recherche devienne plus réaliste, c’est-à-dire plus ancrée dans la réalité de la pratique.

Il développe ce qu’il considère le paradigme prégnant ou modèle standard et qui pourrait représenter un piège car ce modèle serait réducteur et non réaliste. Le thérapeute est ainsi présenté comme un sujet actif qui fait quelque chose au patient, « objet réactif ». C’est un modèle unidirectionnel qui va du thérapeute au patient. Lorsque les recherches font que le patient est orienté aléatoirement vers une thérapie, on se soucie peu de la préférence du patient pour le traitement en question. Par contre, le thérapeute « applique » lui son modèle préféré. Elkin (1999) en aurait conclu que « les comparaisons entre les conditions de traitement reflètent les effets de l’interaction du traitement-x- thérapeute, plutôt que les effets principaux du traitement. » Ce qui serait très souvent oublié.

Autre critique émise par Orlinsky, c’est le fait que la cible du traitement n’est pas l’individu dans sa globalité ni dans son contexte, (on ne tient pas compte non plus de son développement), mais un trouble spécifiquement diagnostiqué. Par ailleurs, ce ne sont pas non plus les thérapeutes dans leur globalité, ni dans leur contexte, ni considérés selon leur développement qui sont étudiés, mais un ensemble de « savoir-faire guidés par un manuel » auquel le thérapeute est censé se conformer.

Ces réductions prendraient appui sur des biais cognitifs de la culture moderne que nous partagerions tous. Orlinsky cite un sociologue Peter Berger (2« ) et ses collègues qui décrivent un de ces biais sous le nom de componentialité.

« Les composants de la réalité sont des unités indépendantes qui peuvent être mises en relation avec d’autres unités semblables, impliquant ainsi que la réalité n’est pas conçue comme un flux ininterrompu de jonctions et de disjonctions d’entités uniques. Cette appréhension en termes de composants est essentielle à la reproductibilité du processus de production (industrielle) aussi bien qu’à la corrélation entre hommes et machines (…). La réalité est ordonnée en termes de telles unités qui sont appréhendées et manipulées comme des unités atomistiques. Ainsi tout est analysable sous forme de composants constituants ; tout peut être séparé et réuni à nouveau dans les termes de ces composants. » (Berger, Berger & Keller, 1974, p. 72).

Ainsi les recherches s’appuient sur l’idée de séparabilité (par exemple du patient et de son trouble, ou encore du patient et du thérapeute) et d’interchangeabilité (par exemple deux patients présentant en apparence le même trouble, ou que le traitement soit avec tel ou tel psychothérapeute). Autre facteur culturel répandu et qui a des répercussions dans les méthodologies de recherche et des résultats, c’est l’idée de distinction ou dichotomie essentielle entre psyché et soma.

Orlinsky donne alors sa propre vision : « La réalité, voici comme je la vois : une personne (a) est une unité psychosomatique, (b) qui évolue dans le temps, le long d’une trajectoire de vie spécifique et (c) qui est un self subjectif objectivement connecté à d’autres selfs subjectifs, (d) chacun d’entre eux constituant des nœuds actifs ou réactifs d’une toile intersubjective de relations de communauté et de modèles culturels, une toile dans laquelle ces mêmes modèles et relations, ( e) exercent une influence formative sur le développement psychosomatique des personnes. »

Il poursuit en donnant sa vision de la réalité de la psychothérapie qui « … comprend (a) une relation sociale, définie culturellement, formée intentionnellement entre (b) des personnes qui interagissent entre elles dans les rôles de client et de thérapeute, (c) pendant un laps de temps déterminé, durant lequel leurs trajectoires de vie se rencontrent, (d) le thérapeute agissant au nom de la communauté qui l’a certifié apte ( e) à s’engager dans une relation avec le patient dans le but d’influencer le cours de la vie du patient dans des directions qui doivent être bénéfiques au patient. »

Ces réalités ne sont pas totalement prises en compte par le paradigme de recherche dominant. L’auteur en donne des causes culturelles, psychologiques, historiques et économiques. Ce paradigme dominant perdurerait aujourd’hui (en Amérique du Nord) du fait que les services psychothérapeutiques continueraient à recevoir des fonds de l’assurance maladie et que la recherche soit largement financée par des institutions de recherche biomédicale. « La plupart des fonds de recherche en psychothérapie et en pratique psychothérapeutique provient de sources qui soutiennent implicitement le modèle de santé mentale. Comme d’habitude, ‘c’est celui qui engage les musiciens qui choisit la musique’ ».

Orlinsky finit son article en rêvant de recherches qui soient fondées sur un paradigme qui corresponde bien à l’expérience réelle et à la réalité vécue de ce qui est censé être étudié.
N’oublions pas ces critiques énoncées dans cet article, lorsque nous lisons des articles de recherche.


David E. Orlinsky est un chercheur en psychothérapie. Il a publié de nombreux articles et livres. Il s’est intéressé particulièrement aux recherches alliant processus et résultats et à l’impact du thérapeute dans le processus thérapeutique.

Orlinsky, D., E. (1975). Psychotherapeutic Experience : Multivariate analyses of patients’ and therapist’ reports.

Geller, J., D., Norcross, J., C, Orlinsky, D., E. (2005). The psychotherapist’s own psychotherapy. Patient and Clinician Perspectives.

Orlinsky, D., E., RØnnestad., M., H. (2005). How Psychotherapists Develop : A Study of Psychotherapeutic Work and Professional Growth.

  • 1 N’oublions pas que le titre générique de psychothérapeute en projet a pour horizon premier la sphère hospitalière. Le rôle des compagnies d’assurances américaines dans la promotion du DSM, du cognitivisme et du saucissonnage de la personnalité adapté à des protocoles vite fait mal fait, et de la préoccupation de réaliser des économies dans le cadre de supermarchés du soin bas de gamme au moindre coût sécu, en somme le rôle de la préoccupation ultralibérale et manageriale dans la détermination de la politique de santé mentale (terme ayant succédé à celui de psychiatrie) ne doit jamais être perdu de vue. Ainsi la personne qui entreprend la démarche reçoit le doux nom d’usager. On s’y perdait entre le médical {{patient et l’américain client, le troisième larron usager vient les coiffer au poteau.
  • 2 Berger, P., Berger, B. & Kellner, H.. The homeless mind : Modernization and cousciousness. New York. Vintage Books, 1974.

Paquet d’annonces d’intérêts variés

Tout cela sous pdf.

Sans la version sous un logiciel d’écirture nous voici désarmés pour vous fournir l’information complète sur les événements dont nous vous informons. Non dépourvus intérêt, nous vous les fournissons brut de décoffrage, au lieu d’attendre. Faites-en votre miel.

Philippe Grauer

Condamné à faire le coq ! qu’en disent les souris ?

Rendez-vous clinique

Ça bouge à Marseille. À côté de la soirée de présentation du Cifpmed pour ce 6 avril, le CPCT vous invite à son prochain rendez-vous du 17 avril. Sachez où donner de la tête, dans l’ordre chronologique.

Philippe Grauer


Chers collègues et amis,

Veuillez trouver en pièces jointes l’affiche du prochain Rendez-Vous clinique du CPCT- Marseille, ainsi que le bulletin d’inscription.

J’interviendrai sous le titre : «  Condamné à faire le coq « . (argument sur la doc jointe)

Afin d’introduire le travail de réflexion de cet Après-midi de formation, sur le thème : « Homme, Femme ? Mode d’emploi ! « , 

– 1/ Je vous propose de relire nos classiques, et plus particulièrement la pièce de théâtre créée par Jean Giraudoux le 27 avril 1939 : Ondine dont Jacques Lacan recommande la lecture au cours de la séance du 21 janvier 1975 de son Séminaire Livre XXII « RSI « . 

– 2/ Vous trouverez également en ligne un article de Rose-Paule Vinciguerra, Analyste Membre de l’Ecole de la Cause freudienne intitulé «  Les paradoxes de l’amour  » qui y fait référence.


Affaires de femmes

Sylvie Goumet, secrétaire général du CPCT à Marseille et Consultante au Centre de Consultations, interviendra à cette occasion sous le titre : «  Affaires de femmes « . Elle propose quant à elle de nous reporter aux références suivantes :

– 1/ Dominique Laurent : « Des souris et des femmes« , in Revue de la Cause Freudienne, n°70, Le rapport sexuel au XXIème siècle, p.45

– 2/ Pierre Naveau : « La logique de l’hystérique et la promotion de la jouissance sexuelle, du mythe au réel« , in Lettre mensuelle, n°270, p.29

– 3/ Quelques extraits du Séminaire de Jacques Lacan, XVIII, D’un discours qui ne serait pas du semblant

– p.74 : « …La femme n’existe pas. Qu’elle existe, c’est un rêve de femme, et c’est le rêve d’où est sorti Don Juan. S’il y avait un homme pour qui La femme existe, ce serait une merveille, on serait sûr de son désir. »

– p.143 : « …elles [les hystériques] sont celles qui, sur ce qu’il en est du rapport sexuel, disent la vérité. On voit mal comment aurait pu se frayer la voie de la psychanalyse si nous ne les avions pas eues. Que la névrose, qu’une névrose tout au moins — je le démontrerai également pour l’autre — ne soit strictement que le point où s’articule la vérité d’un échec. »


Interviendra également notre ami Patrick Roux
et sera présente Nicole Borie, psychanalyste, Directrice du CPCT Lyon
J’espère que vous me ferez l’amitié de venir débattre avec nous!

Merci de diffuser

Bien à vous. E.P.

APPEL DES APPELS Premières impressions après le 22 Mars


« détricotage systématique des métiers dans chacun des domaines », « garant ultime de l’espace de l’intime et du lien social » nous savons ce que cela veut dire. Raisons majeures pour nous de soutenir Roland Gori dans sa campagne.

Philippe Grauer


Plus de mille personnes ont répondu présents le 22 Mars 2009 au deuxième rassemblement national de l’Appel des appels qui s’est tenu à Montreuil à la Maison de l’Arbre.

Ils ont été accueillis par Dominique Voynet, Maire de Montreuil, et par Stephane Gatti, au nom de la « Parole errante ». Dans ce lieu et à une date, hautement symboliques, chaque champ socioprofessionnel concerné par les appels (qui se multiplient) a porté témoignage de la manière dont ses praticiens résistent aux politiques de normalisation, de détricotage systématique des métiers dans chacun des domaines, justice, culture, recherche, information, psychiatrie, hôpital public, et plus généralement dans tous les secteurs du « bien public », garant ultime de l’espace de l’intime et du lien social. L’assemblée a pris acte à partir du témoignage exemplaire des comités locaux qui se réclament de l’Appel des appels (Marseille, Strasbourg, Toulouse, Rennes, Bordeaux, Brest, Nancy, etc.) de leur constitution.

L’assemblée a tenté de cerner davantage le périmètre de ses actions et de ses valeurs afin d’éviter d’entrer en concurrence avec les autres mouvements politiques et sociaux tout en soutenant leurs actions lorsqu’elles se fondent sur les mêmes valeurs. La singularité de l’Appel des appels provient de l’éthique citoyenne qui prend racine dans les valeurs des pratiques professionnelles et des finalités humanistes dont elles sont issues. Il conviendrait à l’avenir de rassembler davantage le continuum complet de chacun de ces métiers en y intégrant des travailleurs pauvres et précaires qui paradoxalement, pour une société dite de la connaissance, les peuplent plus encore que dans d’autres secteurs professionnels. Une première table ronde a permis d’approfondir les dispositifs de normalisation et l’idéologie de l’évaluation produisant l’actuel malaise dans la civilisation.

Il s’agit d’une véritable initiation sociale à la soumission volontaire des individus et des populations. La seconde table ronde a débattu des possibilités de convergence avec les autres appels qui résistent à cette politique de la peur et de la norme. Le débat reste ouvert, mais l’essentiel demeure de reconnaître à l’Appel des appels sa singularité irrévocable sans pour autant se priver des solidarités partagées pour défendre les valeurs qui nous rassemblent. L’Appel des appels se veut un véritable laboratoire d’analyses et de réflexions transversales aux champs artistique, scientifique et social, d’expérimentations, de soutien à la production de savoirs et des actions alimentant, sur la durée, chacun des appels en lutte pour la préservation et la promotion de l’éthique humaniste.

L’Appel des appels ne saurait se substituer aux responsabilités spécifiques des mouvements syndicaux et politiques dont il salue la tradition et la détermination. Tout en révélant le caractère citoyen des valeurs, des savoirs et des pratiques des métiers, l’Appel des appels suscite une culture du politique sans confusion avec « la politique ». L’Appel des appels, fort des 73 200 signataires qui ont soutenu son initiative, souhaite créer les conditions d’une deuxième vague d’expression en nouant avec les institutions nationale et européenne de la société civile, les partis, les organisations syndicales, les associations, les mutuelles et coopératives, un dialogue permettant dans la durée de résister à la civilisation actuelle de la norme et de la peur, et de faire des propositions à la hauteur des défis de la crise.


Constitution d’un comité local à Paris

Parmi les demandes faites dimanche l’une concerne les comités locaux de Paris et de l’ile de France. Afin d’aider à sa constitution nous allons inscrire sur une liste tous ceux qui le souhaitent et en particulier ceux qui dimanche se sont manifestés. Nous proposons à ceux qui habitent Paris et qui souhaitent participer à la constitution de ce comité local de se signaler. Il vous suffit d’envoyer un message à l’adresse suivante : appel75

LA NUIT SECURITAIRE : où en sommes nous ?

À chaque fois que la corde d’un des côtés du Carré psy vibre sous les coups que peuvent lui porter une politique antihumaniste, nous, psychothérapeutes relationnels, nous portons solidaires.

Philippe Grauer


Cher(e) signataire de la pétition « La Nuit Sécuritaire »,

Le mouvement continue, et s’organise.

Les faits

Depuis plusieurs mois, des réformes concernant la psychiatrie sont en préparation, et se sont accélérées depuis le discours du Président de la République le 2 décembre 2009. La psychiatrie y est abordée sous le seul angle sécuritaire, sans aucun égard pour le soin !
Quelques semaines plus tard paraissait déjà la circulaire d’application de ces projets pas encore discutés avec les professionnels : la circulaire du 22 janvier 2009, qui attribue déjà les budgets par région pour la créations de chambres d’isolement supplémentaires, d’unités fermées, de vidéosurveillance, de bracelets électroniques.
Depuis décembre également, les « évasions » de patients hospitalisés sont de plus en plus médiatisées, virant même à la chasse à l’homme à grand renforts d’hélicoptères (Hôpital de St Avé, témoignage en pièce jointe) ! Des hôpitaux psychiatriques sont « sécurisés » avec bareaux aux fenêtres, interdictions de promenades dans les parcs, annulation arbitraires de permission pour des patients en HO.

Nos actions

1. La pétition a déjà plus de 23 000 signatures. Continuez à la diffuser, à la faire signer : SIGNEZ LA PETITION « LA NUIT SECURITAIRE« 

2. Refus de la « manne avilissante » de la circulaire du 22 janvier : nous nous engageons tous à nous opposer à l’application de la circulaire, à ne pas accepter d’argent pour enfermer quand on en aurait besoin pour soigner. Notre texte ici : « NON merci nous ne voulons PAS DE CETTE MANNE AVILISSANTE« ,

3. Nous appelons à l’opposition aux processus d’évaluation, de certification, dont les critères déshumanisants sont incompatibles avec le soin en psychiatrie.

4. Nous appelons tous les soignants et citoyens à reprendre la parole en écrivant au Président de la République (détails ci-dessous)

5. Nous avons créé un collectif d’avocat, prêts à être interpellés notamment lorsque que l’hospitalisation d’office serait maintenue par le prefet malgré les demandes de l’équipe soignante. Nous rappelons l’article 3211-3 du Code de santé publique, que nous vous invitons à rappeler dans tous vos certificats d’HO : “Lorsqu’une personne atteinte de troubles mentaux est hospitalisée sans son consentement en application des dispositions des chapitres II et III du présent titre ou est transportée en vue de cette hospitalisation, les restrictions à l’exercice de ses libertés individuelles doivent être limitées à celles nécessitées par son état de santé et la mise en oeuvre de son traitement. En toutes circonstances, la dignité de la personne hospitalisée doit être respectée et sa réinsertion recherchée.”

6. Nous avons participé à l’Appel des Appels depuis sa création

7. et aux États Généraux de la Justice pénale, dont une des 5 commissions porte sur « Responsabilité Pénale et maladie mentale ». Vous trouverez l’appel du 20 juin en pièce jointe, document concluant cette première journée d’Etats Généraux.

8. Aujourd’hui, nous demandons un MORATOIRE d’un an accompagné d’un vrai débat public national, sur les réformes engagées en psychiatrie. Vous trouverez en pièce jointe le courrier précisant le sens de cette nécessité.

Nos rencontres continuent

avec vous, et se déplacent partout en France :

1. Après le meeting de Montreuil le 7 février vidéo en ligne ici

2. et le forum de l’association UTOPSY auquel nous étions présents vidéo en ligne ici)

3.

15-16 mai — Montpellier

Le prochain forum aura lieu à Montpellier grâce à l’association Isadora. Programme en pièce jointe. Le vendredi 15 mai après-midi est consacré au forum de « La Nuit Sécuritaire »entrée gratuite et inscription en ligne ici, et le samedi 16 mai au colloque de l’association sur le thème « La création au risque de l’Institution » inscription et information ici.

4.

12 juin — Reims

Et le suivant à Reims le 12 juin 2009 grâce à l’association « la criée » : « l’hétérogène dans la clinique et dans la culture ». Programme et bulletin d’inscription en pièce jointe.


Vos lettres au Président de la République et aux députés

nous arrivent et sont souvent des témoignages d’une psychiatrie vivante, créative, exigeante. Les détails du projet de lettres sont ici : lettre au Président de la République

Vous pouvez en lire une partie déjà mise en ligne sur le site web : Les premières lettres sont disponibles sur le site.

ÉCRIVEZ VOUS AUSSI VOTRE LETTRE

À envoyer : 

– à l’Elysée directement en cliquant ici  : Ecrire au Président « . (attention, une fois envoyé, le texte n’est plus accessible, il faut faire un copier/coller avant d’envoyer). Vous pouvez également le faire, notamment si votre correspondance est accompagnée de pièces jointes, par voie postale à l’adresse suivante:

Monsieur le Président de la République
Palais de l’Elysée
55, rue du faubourg Saint-Honoré
75008 Paris

– à votre député, qui devra examiner les projets de loi à venir, et qu’il faut donc informer.

à notre collectif pour diffusion sur notre site web.
         

D’autres infos sur le site http://www.collectifpsychiatrie.fr

Mais qui donc est responsable ?

Et la psychothérapie relationnelle Dieu sait à qui c’est la faute ?

Desmond TUTU — la responsabilité paternelle

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