Autisme — halte à la désinformation !

pas l’un ou l’autre mais l’un & l’autre

Par Philippe Grauer

Toujours la même chose, ça n’est pas ou l’un ou l’autre mais l’un et l’autre. La psychanalyse et la psychothérapie (1« ) sur le terrain de l’autisme n’ont pas à se voir opposées aux recherches neurologiques, l’une bonne l’autre pas. Le combat des mêmes contre les mêmes a quelque chose de lassant, mais de rassurant, c’est toujours le même combat. Celui qui se livre actuellement au Sénat et dans la campagne médiatique d’amalgame avec la charlatanerie sectaire, allons donc ! à la psychothérapie relationnelle dans le vain espoir de la liquider — il ne faut tout de même pas prendre ses rêves à ce point pour de la réalité, procède de la même inspiration.

Bien entendu nos psychopraticiens {{relationnels n’ont droit de cité à l’hôpital qu’à condition d’être aussi psychologues. Cela ne nous empêche pas, bien au contraire, de mener le combat pour la psychodiversité.

} }


Il y a des limites que nul ne devrait se permettre de franchir, pas plus certaines associations de parents d’enfants autistes que les autres. Pourtant, dans le but louable de « défendre » les autistes, l’Association Léa pour Sami, par l’intermédiaire de son président M’Hammed Sajidi, franchit de façon répétitive ces limites en prenant pour cible les pédopsychiatres en général et les psychanalystes en particulier.

Fait-on avancer la cause de ces enfants par la désinformation, la calomnie, les attaques ad hominem, les déclarations haineuses ? Jusqu’à présent, aucun professionnel n’a réagi publiquement, par respect pour la souffrance de parents touchés par la maladie de leur enfant et peinant à trouver des réponses adéquates, tant nous sommes en retard en matière de places d’accueil et de pédagogie adaptée pour les enfants autistes.

Notre silence finit par nous rendre complices consentants. Contrairement aux idées véhiculées par cette association, qui ne jure que par les méthodes éducatives dont elle prétend que les pédopsychiatres se désintéressent, l’ensemble des professionnels concernés par la psychose et l’autisme ont intégré l’apport des neurosciences, des techniques éducatives et de la psychothérapie.

Ils réorganisent leurs dispositifs avec les moyens dont ils disposent pour en faire bénéficier les enfants, avec le soutien actif des parents, dont l’adhésion est non seulement souhaitée mais indispensable.

Nul parent, même s’il encense une méthode qui a fait ses preuves pour son enfant, n’est en droit de chercher à l’imposer à tous les enfants à l’exclusion de toute autre. Nul spécialiste ne se prétend détenteur d’un savoir, ou d’une pratique, qui s’appliquerait à tous les enfants autistes en excluant toute autre approche : l’autisme, par la variété de sa clinique et probablement de ses causes, n’autorise pas la simplification, si rassurante soit-elle.

> ENFANTS « COBAYES »

C’est pourquoi la pétition et la manifestation du 2 avril à l’initiative de l’Association Léa pour Sami devant le ministère de la santé pour « demander un moratoire contre le packing » est particulièrement choquante : les médecins sont accusés de prendre les enfants pour des « cobayes » à qui on appliquerait « des méthodes scandaleuses »… Au fait, de quoi s’agit-il ? D’une technique d’enveloppement qui a des indications précises, mais
limitées, puisqu’elle concerne des jeunes se mutilant gravement ou tellement violents qu’ils mettent en péril la vie familiale, la poursuite de leurs soins et de leur intégration scolaire. Cette technique obéit à des règles éthiques précises.

Elle ne constitue qu’un élément, à un moment donné, de l’ensemble de la prise en charge de ces patients. Alors qu’elle est pratiquée depuis plus de dix ans dans le monde entier, le professeur Delion a présenté un projet d’évaluation de ses effets thérapeutiques (dossier Programme hospitalier de recherche clinique), avec avis favorable du Comité de protection des personnes du CHRU de Lille, où il exerce. C’est pour empêcher cette évaluation — réclamée par des praticiens du monde entier — que cette association mobilise d’autres parents avec des arguments injustifiables.

Il ne faut pas nous leurrer sur le sens des attaques envers le professeur Delion. Parmi les professionnels, il n’a pas à être défendu : sa compétence, son humanité, sa rigueur et son inventivité sont unanimement reconnues. Mais, à travers lui, c’est tout simplement la possibilité de délivrer des soins aux autistes quand ils en ont besoin, à leur fratrie et à leurs
parents, qui est visée.

L’autisme serait-elle la seule maladie à ne pas englober le psychisme, au prétexte qu’elle serait d’origine génétique ou neurobiologique ? C’est aussi la mort souhaitée d’une collaboration — ô combien précieuse —, entre neuroscientifiques et pédopsychiatres, dans l’élaboration d’hypothèses cognitives et psychopathologiques qui nourrissent la recherche, et à terme le traitement des autistes. C’est pourquoi il est grand temps de réagir, et
de ne plus laisser passer ces entreprises de désinformation aussi bruyantes que nocives.

Caroline Eliacheff est pédospychiatre et psychanalyste.

  • 1 Relationnelle faudrait-il spécifier, en tant que déclinaison hospitalière de la psychanalyse ?

SECTES ET PSYCHOTHÉRAPIE : amalgame de campagne

[Document : Rapport Miviludes 2008]

À part cela, continuer de suivre l’état de la question au Sénat en cliquant sur les mots soulignés ci infra.

Miviludes. Rapport au Premier ministre, rapport 2998. Paris, La Documentation française, 199 p.-

Georges Fenech — Miviludes : accusations graves sur fond d’études manquant de sérieux

À première lecture, le rapport Fenech nous a paru un peu léger en ce qui concerne la question de la psychothérapie (au sens générique du terme). Son rideau de fumée satanique masque mal une étude guère approfondie. Qu’on nous pardonne mais la recherche n’est pas une affaire de Renseignements généraux. La littérature est pourtant abondante. Va-t-il falloir que nous publions nous une bibliographie de référence pour orienter nos chercheurs administratifs dans un champ où ils paraissent bien désorientés ? Le fait de parler avec l’autorité de l’État crée obligation scientifique et de rigueur. On attendait du sérieux, on se voit offrir du médiatique. Pas forcément du meilleur.

Un vrai bazar

Consultez les pp 107-110 du rapport Fenech joint à cet éditorial sous forme de document PDF consacrées à la psychothérapie (au sens générique). Ce travail de la Miviludes, s’appuyant sur un inventaire à la Prévert juxtaposant un répertoire de méthodes de la FF2P à une liste de méthodes de bien-être englobant l’ayurvéda, la catharsis glaudienne, eh oui ! le jeûne et la supervision, nous n’inventons rien, en conclut, que conclure d’un pareil objet, en conclut que des « psychothérapeutes » aux parcours hétérogènes, comment le dire mieux, suscitent l’interrogation sur leurs parcours de formation.

Question de méthode

C’est le moins qu’on puisse penser. Ce qu’on pourrait également en dire c’est que l’étude de la Miviludes ne nous semble pas assise scientifiquement de façon bien sérieuse et que nous sommes en droit de nous interroger à notre tour sur sa méthodologie. Apparemment il s’agit de picorage dans des lieux de référence fourre-tout, sans travail critique ni référence sociologique ni psychothérapique ou psychanalytique solides(1« ). De plus, ça n’est pas tant les méthodes qu’il devrait s’agir de qualifier ou disqualifier, mais bien davantage les praticiens. Là encore, c’est le moment de le répéter, question de méthode.

Nous n’avons jamais été approchés

Nous n’avons jamais en ce qui nous concerne été approchés, alors que nous figurons au centre de la nébuleuse psy dans laquelle l’auteur du rapport ne voit que fumées sataniques et brouillards dignes de méchants films de revenants ou de possession. Notre site est consultable, et facilement identifiable, on peut lui poser autant de questions qu’on veut, et nos programmes s’étalent sur l’équivalent de 100 pages. Nos textes et documents sont consultables, et même plutôt souvent consultés, mais apparemment pas par les fonctionnaires chargés de s’intéresser à notre profession et responsables devant la nation de lui en parler en connaissance de cause. Le SNPPsy a pignon sur rue, et sur internet, et est interrogeable, tout comme l’Affop : nada !

Allo l’Inserm ?

Seule l’Inserm, qui s’est mis le doigt dans l’œil en évaluant de façon parfaitement non scientifique la psychanalyse au début de la crise Accoyer, est considéré par l’auteur du rapport comme enquêteur fiable. Soit. Que ne nous a-t-il approchés ?

Qui veut noyer son chien

Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. À partir d’un concensus facile à obtenir sur la peur légitime de sectes antidémocratiques et antihumanistes, on engendre un syndrôme de purification apparenté aux fantasmes et méthodes intellectuelles de la Sainte Inquisition, c’est du Bush. Au nom de la République on lance une chasse aux sorcières vers la psychothérapie relationnelle, AVANT d’avoir fait sur elle la moindre enquête un peu sérieuse, ou plutôt en ignorant les protagonistes et interlocuteurs institutionnels dont on se propose de nettoyer le paysage psy. Les Verbatims des réunions tenues au ministère de la Santé sont pourtant à disposition, en tout cas sur notre site et celui du SNPPsy, et tant d’autres études et ouvrages !

Purification psychique

Que signifient ces procéures et ces procédés ? Prenons garde à la purification psychique. Page 104 Delphine Guérard, psychologue de son état et plutôt rigoureuse dans sa démarche, liste d’après un article de l’excellent Journal des psychologues cinq caractéristiques permettant d’identifier de la dérive sectaire. Saisissons-nous de cet outil, le seul dont dispose le rapport pour mesurer ce danger, et jugeons les Écoles et organisations historiques de la psychothérapie relationnelle à son aune.

Malhonnêteté républicaine

Au lieu de crier à tout hasard au voleur en plein milieu du marché et de risquer de faire lyncher le premier gamin aperçu en flagrant délit de courir pour rattraper son chien. N’ajoutons pas une dose de maladresse républicaine à un dossier suffisamment sensible comme cela, car il y a sûrement mieux à faire. Par exemple s’occuper des vraies sectes malfaisantes, et s’appuyer sur les psychothérapeutes honnêtes et honnêtement formés, inscrits auprès d’institutions responsables et respectables(2« ), pour contraindre les autres à cesser leurs pratiques pseudopsys ou à se former sérieusement sans délais avant de les reprendre dûment encadrés, s’ils en ont les moyens intellectuels et humains (long travail sur soi, et pas n’importe quoi, c’est notre métier, nous savons de quoi nous parlons et savons l’évaluer).

Grosses évidences contre grossières agressions

Ce billet ne constitue qu’une toute première approche. Qu’on nous le pardonne, encore que par les temps qui courent, dans certaines sphères, hautes ou médiatiques, l’ambiance n’est pas, envers nous, à la mansuétude. Après tout, c’est peut-être un honneur qu’on nous fait. De grâce qu’on cesse immédiatement tout amalgame diffamatoire et tout mot d’ordre persécutif contre les bons psychothérapeutes relationnels, ayant passé par des filières identifiables et évaluables, et qu’on fasse les gros yeux aux vrais malfaiteurs. Il est regrettable de devoir aligner ainsi des évidences grossières, mais elles se mesurent à des agressions mal venues qui le sont tout autant. De grâce, revenons-en à la rationalité et à la démocratie. Revenons-en à la présomption d’innocence, à un peu de jugeotte, et tout simplement à quelque humanisme.

De 450 heures à 5 ans : doublement de « peine”

Certes faire des études n’est pas une punition. C’est pourtant ce que l’obligation inique prévue par la loi en débat se prépare à mettre en place mettre en place, au motif fallacieux de la lutte antisectes. Entre 450 heures de psychopathologie clinique universitaire obligatoire pour accéder à l’usage du titre générique de psychothérapeute si l’on est sorti d’une bonne École, proposé par le précédent ministre Xavier Bertrand, et l’actuel dispositif de la double formation imposée à sens unique : tout psychothérapeute relationnel dûment formé devra effectuer une formation complète supplémentaire de cinq années en psychologie, mais non l’inverse, un gouffre bée.

Accoyer – Terminator, le retour

Celui de l’inflexible volonté du vengeur suprême Bernard Accoyer, adossé au corporatisme des psychologues. Le rapport de la Miviludes, en pratiquant un amalgame populiste avec la question des dérives sectaires, dont précisément les institutions historiques de la psychothérapie relationnelle se sont en se fondant même, clairement démarquées, en rend pas service à sa propre cause. Il n’est jamais de bonne politique de traquer les ennemis de la démocratie et de l’humanisme là où on sait bien qu’ils ne sont pas.

  • 1 Le classement que propose Élisabeth Roudinesco dans Le patient le thérapeute et l’État. Fayard, 2004, 179 p., peut donner lieu à controverse, mais l’ignorer est difficile. Il présente le mérite de ne pas classer les psychothérapies ni la psychanalyse dans les sectes.
  • 2 On n’a qu’à les vérifier et homologuer, en leur imposant les contraintes nécessaires, certainement pas en leur imposant de recommencer entièrement des études en psychologie alors qu’ils ont déjà étudié cinq années universitaires voir davantage. On arrête la persécution, on agit raisonnablement et démocratiquement. Pourquoi pas ?

Michel Vaujour : l’enfermement qui libère

Et si le bonheur c’était la liberté ? un ancien prisonnier témoigne.

Notre profession consiste à aider ceux qui viennent nous en parler à se libérer de leurs prisons internes, qui les empêchent de vivre leur vie à eux, une vie qui ait un sens, celui qu’ils finiront peut-être par élaborer et découvrir au long cours de leur cheminement en notre compagnie.

Autant dire que le témoignage de Michel Vaujour nous intéresse. Ils sont plusieurs, d’étudiants du Cifp, à nous avoir recommandé d’aller voir ce film. Carole Bitoune la première a répondu à notre appel d’écrire son invite. La voici. Merci à elle de s’efforcer de contribuer à notre libération à nous.

Philippe Grauer


Inspiré par la révolte contre l’injustice sociale, Michel Vaujour, ce jeune homme de 17 ans, qui se décrit lui-même comme « un fils de rien » choisit de rompre avec l’ordre établi en optant pour la délinquance.

Ses braquages le conduisent en prison. L’enfermement attise son sentiment d’injustice. Son obsession pour la liberté rend son enfermement interminable. Les évasions succèdent aux évasions. Elles rallongent ses peines et le forcent à supporter l’enfer des quartiers de haute sécurité pendant dix-sept ans. Michel Vaujour se rend particulièrement célèbre en s’échappant de la prison de la Santé en 1986 au bout d’un treuil arrimé à l’hélicoptère que pilote sa compagne.

Cette fuite en avant va durer pendant un quart de sa vie d’adulte (27 ans de détention). C’est le temps qui lui faudra pour apprendre à se libérer en choisissant une autre voie.

Dans son documentaire intitulé Ne me libérez pas je m’en charge, titre inspiré d’un slogan de mai 68, Fabienne Godet retisse avec Michel Vaujour les fils de son histoire.

Libéré en 2003, il a trouvé le bonheur. C’est l’amour qui l’a sauvé en lui donnant la force de trouver le véritable chemin de sa liberté. Aujourd’hui, il goûte l’instantanéité de la vie et savoure la beauté des choses. Ses paroles simples raisonnent comme des vérités.
Ma plus belle évasion ? C’est de la prison que je m’étais faite dans la tête. Aujourd’hui, je me sens infiniment libre ? Quant au passé, je n’en ai pas. Je sais par quoi je suis passé, mais seul le présent m’importe. C’est le résultat d’une hygiène de vie de 27 ans. Maintenant je ne me fais jamais de soucis sur l’avenir. Le cadeau c’est que je goûte à la vie ici et maintenant.”

Courez le voir !

Sectes et psychothérapie sur BFM — interview éclair, comme la fermeture du même nom

BFM TV : mais où est passé le dialogue ?

Toute personne ayant pu l’entrevoir pourrait-elle nous le signaler ? Figuration intelligente (?), manipulée pourrait-on dire tant l’expression est à la mode, sur BFM : deux répliques, une minute environ, le dernier mot revenant aux détracteurs, le président du SNPPsy pris entre le baillon et les ciseaux ça n’est pas hier soir sur BFM qu’on a pu l’entendre. Cela s’appelle paraît-il dialoguer en direct avec les téléspectateurs, étrange expression pour désigner le contraire de ce à quoi l’on procède.

Passer à la télé : passer muscade ; le phénomène sectaire en France sert de bien étranges causes apparemment. Lisez plutôt d’Arnaud Esquerre, La manipulation mentale, sociologie des sectes en France, chez Fayard, venant de sortir, une curiosité ouvrant le scandale sur la face opposée du tout permis (donc on évalue à tour de bras pour corriger cette absolue licence, ça il oublie de le mentionner)(1« ). Vaguelette maccarthyste relouquée opérant sa tempête dans le verre d’eau français ?

La quasi unanimité de l’inanité impressionne. Les nuées de fantasmes mal étudiées qui vous manipuleraient le mental si l’on s’y prêtait, le vent médiatique qui les rabat sur nos ondes, tout cela semble un peu léger en définitive, mais deviendrait pesant, relativement aux enjeux et à la complexité de l’affaire.

On ne peut que se préoccuper de ces mises sous pression affolées affolantes un peu folles, — fofolles mêmes, quelqu’un parle sans frémir d’un tiers des psychothérapeutes, pas moins, relevant de la secte, le n’importe quoi n’est assurément pas loin, pourraient si l’on n’y prenait garde déboucher sur une chasse aux sorcières en direction non des sectes, elles prolifèrent nous dit-on, merci, et s’agit-il réellement de cela ? mais de la psychothérapie — exacte antidote à l’assujetissement — puis à terme de la psychanalyse.

De la psychothérapie comme nous l’entendons, relationnelle. Heureusement il ne prononcent jamais ces deux mots ensemble, ils ne nous nomment pas, cela nous épargne un peu, dans la guerre des mots et la montée de la novlangue qui se proposerait de nous anéantir nous, les honnêtes gens, bien plus que les sectes, si les citoyens de ce pays se laissaient tourner la tête et mettre sous emprise médiatique.

Nous n’en sommes pas là. Étudions ces façons de faire, et croire pouvoir façonner l’opinion. En attendant un information ouvrant vraiment sur la réflexion relisez nos Cinq critères, qui tout de même, sans tambour ni trompette, nous qualifient depuis bientôt un demi siècle au service de nos concitoyens.

  • 1 Encore une autre histoire. Ce sociologue de tendance ultra gauche des mœurs est contre le principe de toute loi. Par un autre biais et excès inverse, il nous considérerait comme secte tout autant que celles dont nous dénonçons le danger, puisqu’il est pour la liberté des sectes, à l’américaine où tout est secte et totalement libre en tant que tel. Corrélat : évaluation à mort. L’extrêmisme de partout guette. Qui prétendrait cette question facile à résoudre ? Pourvu qu’un peu de sagesse et de modération intervienne grands dieux !

    Par contre son interrogation radicale concernant la vision du monde antisectaire oblige à revenir aux fondements. En ce qui me concerne je me positionnerais, comme Élisabeth Roudinesco, à mi-chemin : il faut de la loi, et protéger qui doit l’être en matière d’inceste, d’abus sectaire et autres joyeusetés, sans pour autant verser dans l’Inquisition. On pourrait appeler cela un républicanisme modéré. L’actuelle bouffée médiatique anti psychothérapie (relationnelle) ne va pas dans ce sens.

Oui aux psychothérapeutes (relationnels), non aux charlatans

Le projet de loi sur l’hôpital menace de provoquer une erreur historique

La presse y va fort depuis la publication du rapport de la Miviludes, l’excellente Mission interministérielle de lutte contre les sectes, dont le président Georges Fenech, déclare au Figaro que « les gens qui souhaitent se tourner vers un psychothérapeute ne savent pas comment faire le bon choix ».

Ça n’est pas faute d’avoir été auprès du Ministère de la Santé depuis des décennies expliquer qui nous étions, ce que nous faisions et les garanties dont nous entourions notre pratique, encadrée par nos Cinq critères.

Non, l’idée qui conduit à nous ignorer volontairement c’est qu’il faut confier aux psychologues et aux psychiatres le soin d’administrer la psychothérapie relationnelle, non enseignée à l’université qui n’en veut rien savoir(1« ). Même pas, le soin plutôt d’administrer des psychothérapies à protocoles, nous ayant disparu. En fumée ? comment nous ignorer, ingnorer notre psychothérapie du processus de subjectivation et penser magiquement qu’il suffit de fermer les yeux dans notre direction pour que nous cessions de gêner le scientisme sécuritaire ambiant ?

Enfin l la bataille médiatique fait rage, et Le Monde affiche cet article que nous vous soumettons, comme un peu d’antidote à celui de La Croix, parfait contre les sectes, odieux contre la vérité.

D’autres voix que celle de la FF2P représentent comme on sait le quartel des institutions historiques de la psychothérapie relationnelle. Dont celles du SNPPsy, du Psy’G, de l’Affop. On peut peut-être encore aujourd’hui s’autoproclamer « psychothérapeute », mais chacun sait que nos praticiens dûment encadrés fournissent toutes les garanties requises à qui sagement désire ne pas se confier au premier venu (y compris à un psychiatre qui se prétendrait psychanalyste par exemple).

Le texte que nous vous soumettons constitue une reprise de celui que nous avons déité précédemment sur le même sujet sous l’intitulé dramatisé comme les usagers en danger. On s’y référera pour connaître notre réflexion critique à ce sujet.

Philippe Grauer


Dans le cadre du projet de loi réformant l’hôpital, le Sénat examine d’ici au 20 mai, une nouvelle formulation de la loi d’août 2004, réglementant l’usage du titre de psychothérapeute. En effet, cette loi n’a jamais pu être mise en oeuvre, le Conseil d’Etat ayant successivement rejeté tous les projets de décret d’application proposés par le gouvernement.

Bien que dans plus de 90 % des cas les psychothérapies soient aujourd’hui entreprises à l’initiative des  » usagers  » eux-mêmes, en dehors du cadre hospitalier, un article a été ajouté à ce texte de loi visant essentiellement à réformer l’hôpital, et le Sénat doit se prononcer maintenant, en  » procédure d’urgence « .

Ce nouveau texte proposé par le gouvernement, et adopté en première lecture par l’Assemblée nationale, n’est pas conforme aux normes européennes et risquerait de constituer une erreur historique : en effet, il mettrait en danger des usagers psychologiquement vulnérables, en accordant la caution de l’État à des médecins et des psychologues, certes compétents dans leur domaine, mais non formés spécifiquement à la psychothérapie ; et cela en excluant paradoxalement les psychothérapeutes professionnels qualifiés, certifiés à un niveau bac + 7, dans une trentaine d’établissements d’enseignement supérieur privé. Il convient de rappeler que la pratique de la psychothérapie n’est pas, en France, enseignée à l’université publique.

Quatre millions de personnes (soit 8 % de la population adulte française) ont eu recours à la psychothérapie afin de pouvoir surmonter leurs souffrances psychosociales : dépression, stress, chômage, isolement, conflits conjugaux, familiaux ou professionnels, traumatismes psychologiques, etc.

Douze méthodes scientifiques sont largement reconnues à l’échelle européenne ; elles se répartissent en cinq courants principaux : psychanalyse, thérapies cognitivo-comportementales, thérapies familiales, psychothérapies humanistes ou psychocorporelles, psychothérapies intégratives.

La formation dispensée depuis un quart de siècle, dans des écoles et instituts privés (niveau d’entrée bac + 3 minimum, avec une sélection concernant l’équilibre et la maturité de la personnalité), comprend une psychothérapie personnelle, des cours théoriques, incluant la psychopathologie, une formation méthodologique et pratique, sous supervision étroite, et un engagement déontologique.

Il importe de souligner que beaucoup de ceux et celles qui choisissent, à 40 ans en moyenne, la psychothérapie comme second métier, ont déjà une expérience professionnelle qui les y prédispose particulièrement (travailleurs sociaux, métiers de la santé, éducateurs…). C’est eux que la loi éradiquerait de l’exercice de cette profession. Il s’agirait là d’une décision incompréhensible et impardonnable.

Cependant il est vrai que, profitant de l’absence de textes législatifs, un certain nombre de charlatans, voire de  » gourous  » de mouvements à caractère sectaire, se sont autoproclamés  » psychothérapeutes « , sans aucune formation sérieuse et représentent un danger certain d’infiltration dans le no man’s land que créerait l’adoption de la loi dans sa rédaction actuelle. Croyant viser au mieux, elle risque fort de virer au pire.

En effet, le projet d’article en débat au Sénat ne fait pas la distinction radicale qui s’impose entre ces usurpateurs et les psychothérapeutes qualifiés authentiques. Ce projet a fait l’objet du dépôt de onze amendements émanant de plusieurs courants politiques (UMP, Union centriste, PS). Le vote doit intervenir en début de semaine.

A noter qu’un manifeste initié, le 9 mai, par dix-sept professionnels incontestés, circule en ligne et a déjà été signé par plusieurs centaines de médecins, psychologues et professeurs d’université dûment formés à la psychothérapie ou à la psychanalyse dans des instituts privés, à l’issue de leurs études universitaires de base.

Ces spécialistes – parmi lesquels plusieurs personnalités mondialement connues, comme Boris Cyrulnik, Mony Elkaïm, etc. – font part de leur désaccord profond et attestent qu’ils ont acquis leur formation de psychothérapeute ou de psychanalyste en dehors du circuit universitaire traditionnel, qui se prête mal à une formation aussi spécifique et personnelle. L’avenir et la créativité d’un métier essentiel à nos sociétés modernes se trouvent ainsi gravement menacés.


Serge Ginger, président de la Commission européenne d’accréditation des instituts de formation à la psychothérapie ;

Edmond Marc, professeur émérite des universités, Paris-X ;

Armen Tarpinian, directeur de la revue de  » Psychologie de la motivation « .

Codirecteurs de l’ouvrage Être psychothérapeute, questions, pratiques, enjeux. Dunod, 2006).

© Le Monde

  • 1 Exception faite de quelques niches où l’on trouve encore une psychologie clinique d’inspiration psychodynamique, qui délivre une formation peu en rapport toutefois avec celle que nos bonnes écoles administrent

Sectes — quand des charlatans se font passer pour des thérapeutes : quand des journalistes se font passer pour vertueux

« Quand des charlatans se font passer pour des thérapeutes » — et quand des journalistes ne manquent pas d’air mais d’éthique.

Dans son dernier rapport, rendu public mardi 19 mai, la Mission interministérielle de lutte contre les sectes épingle de nouveau les psychothérapies déviantes


La photo en pleine première page de La Croix en date du mardi 19 mai

représente de neuf à dix personnes floutées, filoutées devrait-on dire, chacune avec un document sous les yeux, il s’agit de l’horreur des « psychothérapeutes déviants », légendée Thérapie de groupe. Vous direz, il ne s’agit pas de psychothérapie, il n’y a que demi mal. En page deux, en couleur, elle est annoncée la couleur : « De 25 à 30 % de ceux qui se disent psychothérapeutes ne sont ni psychiatres, ni psychanalystes, ni titulaires d’un diplôme de psychologue ». Nulle mention des psychothérapeutes relationnels encadrés par leurs institutions historiques. Celles-ci n’existant tout simplement pas aux yeux de Marianne Gomez.

Depuis Moreno, Lewin, Bion et mon maître Max Pagès

il en passé sous les ponts de la science, jusqu’à l’excellent Un singulier pluriel du Pr. Kaès, pour valider et faire valoir l’extraordinaire instrument que constitue le groupe psychothérapique. En intitulant « Thérapie de groupe » une image représentant la malhonnêteté sectaire, La Croix pousse le bouchon un peu loin. S’attendant sans doute à ce que comme d’habitude nous laissions l’éclaboussure sècher pour tapoter la poussière le lendemain. Une fois n’est pas coutume, nous protestons.

La pratique de l’amalgame

figure de réthorique aussi vieille qu’elle, consiste à dire du mal de Pierre en indiquant plus ou moins subrepticement qu’il est aussi mauvais que Paul, qu’on attaque officiellement. Si Pierre proteste c’est qu’il s’est reconnu dans le portrait de Paul, si ce n’est toi c’est donc ton frère, CQFD. S’il ne dit rien c’est que c’était bien vrai ce qu’on disait à demi mot.

Nos institutions historiques se sont contituées également contre la menace sectaire

Allez comprendre comment il se fait qu’à la veille d’un débat au Sénat sur le titre générique de psychothérapeute, à l’occasion d’un rapport sur les sectes, on entreprenne d’éclabousser médiatiquement nos praticiens respectables avec de vieilles histoires de charlatanerie qui ne nous concernent pas ? l’hypocrisie puritaine va de pair avec la perversion. Le Seigneur nous en protège, lui dont les impénétrables voies font passer le scandale par celles de sa presse catholique.

{Quant à la Scientologie qui a transformé un simple super voltmètre, axé sur le principe du pont de Wheatstone, en « instrument du culte » vendu à prix d’or, il n’est pas révélé dans l’article consacré par le même journal à son sujet, qu’elle est protégée et favorisée par le maire UMP de Marseille, où Tom Cruise lui faisait tenir boutique sur le vieux port il y a peu.

Philippe Grauer} }


Jamais les psychothérapeutes n’ont eu autant de succès. Les « vrais », c’est-à-dire ceux qui ont été formés à des techniques éprouvées ; mais aussi les « faux », les charlatans, qui n’ont de thérapeutes que le nom. Si le phénomène n’est pas nouveau, il est en constante augmentation, alerte la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).

Son rapport annuel publié mardi 19 mai parle d’une « explosion de la bulle psy accompagnée de nombreuses déviances ».

Cet engouement s’explique par un croisement de l’offre et de la demande. D’un côté, « face aux difficultés des sociétés contemporaines et devant le recul de certaines institutions, dont la famille, l’accompagnement psychologique est de plus en plus sollicité pour des publics fragiles (malades, jeunes en difficulté, personnes dépendantes…), pour gérer des situations de crise (catastrophes naturelles) ou des fléaux sociaux (violence urbaine, toxicomanie, délinquance…). Cette évolution coïncide avec un élargissement constant des pratiques et des méthodes, dont le nombre se situerait aujourd’hui entre 200 et 400 », explique le chapitre du rapport consacré au « Risque santé ».

Une enquête faite au début des années 1980 par la Fédération française de psychothérapie sur un peu plus de 8 000 Français estimait, par extrapolation, que près de 3 millions de personnes avaient suivi ou suivaient encore une psychothérapie. Mais, si l’on admet que l’entourage d’un patient en thérapie est fortement concerné, en réalité huit à dix millions de personnes en subissent les effets, souligne la Miviludes. Aujourd’hui, « il est raisonnable d’estimer l’impact des pratiques psychothérapeutiques à environ douze millions de personnes », lit-on dans son rapport.

Témoignages inquiétants
Or, de 25 à 30 % de ceux qui se disent psychothérapeutes ne sont ni psychiatres, ni psychanalystes, ni titulaires d’un diplôme de psychologue. « Ils se réclament de disciplines diverses et ont des parcours de formation hétérogènes », note la Miviludes. Car le titre de psychothérapeute n’est pas protégé : n’importe qui peut s’en réclamer. Plus pour longtemps toutefois, puisque l’article réglementant la profession devrait enfin être adopté dans le cadre de la loi sur l’hôpital. Chacun pourra alors savoir à qui il se confie.

En attendant, la Miviludes dit avoir été alertée par des témoignages inquiétants sur deux types de déviance : d’abord, la nouvelle médecine germanique, inspirée par le docteur Geerd Hamer. Celle-ci « développe la thèse que toute maladie, et en particulier les cancers,


FENÊTRE COULEUR : « De 25 à 30 % de ceux qui se disent psychothérapeutes ne sont ni psychiatres, ni psychanalystes, ni titulaires d’un diplôme de psychologue »

Mensonge par omission

Mais quel est le pourcentage de psychothérapeutes relationnels dûment titularisés au Snppsy, ou relevant de sociétés savantes titularisantes soigneusement sélectionnées, fédérées à l’Affop, répondant aux cinq critères de base du Snppsy ?

Quel pourcentage de psychothérapeutes relationnels relevant de la FF2P, autre institution historique de la psychothérapie française, filiale de l’Association européenne de psychothérapie ?

En omettant sciemment, car l’existence d’institutions historiques de la psychothérapie relationnelle est connue de tous, y compris du Ministère de la Santé, et de l’ensemble des collègues, qui savent très ce que nous sommes et représentons, que simplement le corporatisme aveugle — comme quoi on peut être excellent psychothérapeute et pas trop éthique citoyennement parlant, en omettant notre existence, à quelle manœuvre se livre La Croix ?

Notre discours et les documents que nous émettons depuis des lustres ne sauraient se voir ignorer que de qui ne veut pas savoir. Pour le coup, nous ne relevons pas du faux souvenir induit, ils se souviennent parfaitement de nous, professionnels et journalistes partiaux, mais d’un vrai savoir frappé de déni — forclusion locale non induite ou ténébreuse manipulation ? allez savoir. Nous nous rappelons ici à leur bon souvenir.


naissent de graves conflits psychologiques non résolus (…) enfouis dans l’inconscient du malade. Le décryptage de ce conflit conduit à la guérison. » Un important réseau de « thérapeutes » auto-institués s’est ainsi développé sur ces bases, en dépit de plusieurs condamnations prononcées à l’encontre du fondateur de cette théorie.

La mission de lutte contre les sectes s’inquiète aussi de la pratique des faux souvenirs induits. L’an dernier déjà, la Miviludes avait épinglé cette dérive thérapeutique consistant à persuader un patient, une femme le plus souvent, que les troubles dont elle souffre sont la conséquence de l’abus sexuel que lui aurait fait subir son père ou sa mère dans l’enfance.

Fantasme et réalité
Ce phénomène a fait son apparition aux États-Unis dans les années 1990 avant de se répandre en France au début des années 2000. Il est particulièrement difficile à combattre, souligne le docteur Erik Nortier, psychiatre, qui suit chaque année environ une dizaine de victimes à la demande de l’association Alerte faux souvenirs induits (Afsi) : « Tout le problème est d’arriver à distinguer ce qui relève du fantasme et ce qui relève de la réalité, puisque les abus sexuels sur mineurs, cela existe aussi », explique l’expert psychiatre.

Combien de victimes peut-on imputer à des thérapeutes déviants ? Impossible à dire. Mais il semble que celles-ci sont bien supérieures au nombre de personnes demandant à être aidées. Si leurs proches témoignent parfois (lire les Paroles en page suivante), les principaux intéressés, eux, se manifestent peu ou pas du tout. « Soit les victimes restent complices de ce qu’elles ont traversé, persuadées que le gourou est dans le vrai ; soit elles sont sorties de cette relation d’emprise, mais pour basculer dans un refus de contact », analyse Michel Topaloff, psychiatre et psychanalyste.

Car l’effet des pratiques charlatanesques est assimilable à un traumatisme : la personne perd toute confiance en autrui. « Ce sont des gens qui ont été trompés, trahis par celui ou celle en qui ils avaient placé tous leurs espoirs. Comme s’ils avaient vécu une histoire d’amour dans laquelle le prince charmant s’avère être un salaud.

Ils en éprouvent de la honte et, en même temps, ont les plus grandes peines du monde à se confier à un nouveau thérapeute », reprend Erik Nortier.

« Illusion groupale »
Pour ces deux psychiatres, l’adhésion à une entreprise sectaire s’apparente à l’addiction toxicomaniaque. « C’est le fruit d’une rencontre entre une fragilité personnelle, un “dealer” – le gourou – et une drogue – la secte », poursuit Erik Nortier, paraphrasant le spécialiste des drogués récemment décédé Claude Olievenstein. À partir du moment où l’on entre dans ce système de croyance, que l’on fait partie du groupe, plus rien d’autre n’a d’importance. La personne vit une « illusion groupale », telle que décrite par le psychanalyste Didier Anzieu : les membres du groupe sont unis dans l’amour du père (du gourou), ils expulsent leur agressivité vers l’extérieur et vivent dans un état d’euphorie spécifique qualifié par les psychiatres d’« élation ».

Autant d’éléments qui expliquent la difficulté qu’ont les sortants de secte à se reconstruire : il leur faut à la fois faire le deuil du « paradis perdu » qu’a constitué le groupe à un moment donné, retrouver des repères leur permettant de vivre sans l’appui du groupe et admettre que ce qu’ils ont subi n’est pas sans lien avec leur histoire personnelle. Pour ce cheminement, « il est préférable qu’ils soient entourés », estime le docteur Topaloff, qui préfère adresser ces patients à un centre de thérapie familiale.

Mais la parade essentielle reste bien évidemment la prévention. La Miviludes propose ainsi de « dresser un inventaire précis et régulièrement actualisé de l’offre à risque », « d’évaluer les contenus, les limites et la dangerosité des pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique » et « d’informer régulièrement le grand public ». Les psychiatres, eux, donnent quelques pistes sur les signes qui doivent alerter : « Il faut se méfier de quelqu’un qui promet la guérison psychique à tout coup », avertit ainsi le docteur Michel Topaloff.

En ce domaine, la solution miracle n’existe pas – cela se saurait. Quant à Erik Nortier, il met en garde contre les groupes qui proposent de soi-disant « tests psychologiques » minute : « à partir du moment où vous acceptez, vous êtes cuits, prévient-il, parce qu’ils savent que vous n’allez pas forcément très bien. » Des recommandations en apparence très simples, mais qui peuvent éviter à chacun d’entre nous d’être, un jour, pris dans un engrenage fatal.
Marianne GOMEZ

Psychothérapie relationnelle mise en musique – nouveaux rebondissements

Intermède pour les curieux.

Dans la même veine voir l’air de la mère

PSYCHOTHÉRAPIE : LES USAGERS EN DANGER — ALERTE !

Le bons sens, chose la mieux partagée, faculté de bien juger et de distinguer le vrai du faux — donc de distinguer un professionnel dûment formé d’un charlatan sans toujours tout confondre —, pourrait-il se voir mis en échec au pays de Descartes auprès de la représentation nationale ? sans délibérer, à minuit moins cinq, un amendement est adopté, procédé cavalier bien connu en particulier coutumier de la méthode Accoyer.

Puis c’est l’unanimité enfin une bonne loi égale pour tous, — cependant inégale pour nous, on en distingue de plus égaux que d’autres mais cela ne semble pas visible — qui sont les {{tous en question : tous les autres sauf nous.

Et maintenant débat au Sénat, où de nombreux sénateurs de droite comme de gauche marquent leur désaccord. Cela suffira-t-il ? C’est dans ces circonstances qu’apparaît le texte émanant de la FF2P que nous diffusons, un peu tardif peut-être mais le voici tout de même, qui alerte. Il n’est pas sûr que les patients, comme la patrie, soient en danger, à ce point, à l’hôpital où depuis toujours ils sont soumis au régime prévu par cette loi. De plus on compte également des professionnels très compétents à l’hôpital et dans les CMP. Mais on peut comprendre que des collègues s’alarment car il y a lieu la sonnette du même nom, de la tirer.

Il n’est ni juste ni correct ni responsable de chercher à déstabiliser et décrédibiliser une branche professionnelle toute entière, pour satisfaire au singulier mélange d’idéologie scientiste, de corporatismes, de populisme et de raisons personnelles. L’amendement présenté suscite l’indignation.

On ignore ce qu’il en sera délibéré et voté. On peut assurer d’avance que notre profession triomphera. Quand et comment c’est à notre pugnacité, à notre amour de notre métier, au soutien obejctif de ceux qui nous font l’honneur de recourir à notre travail de praticiens, de fournir des éléments de réponse. On peut nous faire confiance, non seulement pour l’éthique de notre exercice contrôlée par nos institutions historiques, mais aussi pour maintenir vivante notre psychothérapie.

Nous n’en démordrons jamais, elle ne sera jamais rayée d’un trait de plume de la réalité sociale et psychosociale de ce pays. Le SNPPsy et l’AFFOP se tiennent sur la brèche, et plus nombreux s’y tiendront ensemble mieux cela sera. C’est ainsi que la psychothérapie relationnelle de toute façon vivra !

Philippe Grauer }}


Une loi hospitalière pour une psychothérapie libérale hors hôpital

La nouvelle loi hospitalière (HPST) est en débat, en urgence, au Sénat, cette semaine. Curieusement, un article y a été intégré concernant la protection du titre de psychothérapeute — cela alors que plus de 90 % des psychothérapies sont effectuées hors du milieu hospitalier, à l’initiative des usagers eux-mêmes.

Sans le moindre débat à minuit moins cinq

Lors de sa séance du 4 mai 2009, consacrée au débat sur ce projet, du fait de l’absence de plusieurs Sénateurs à la Commission de Affaires sociales du Sénat, cinq amendements rectificatifs préparés par les Sénateurs UMP et centristes, ont été automatiquement retirés, et le texte voté à la hâte par l’Assemblée Nationale, à minuit moins cinq, sans le moindre débat, devant un hémicycle désert, a donc été adopté par la Commission et risque fort de se trouver ratifié par le vote général du Sénat, prévu le 12 ou 13 mai prochain.

4 millions d’usagers en danger

Si ce nouveau texte de loi entrait en vigueur, les 4 millions d’usagers français vulnérables (8 % de la population adulte) ayant recours à une psychothérapie, se trouveraient en danger évident d’être confiés — sous couvert de l’État — à des personnes inexpertes.
En effet, la loi prévoit paradoxalement d’accorder le titre (générique) de « psychothérapeute » à des professionnels non formés spécifiquement à cette spécialité (en effet, les psychologues et les psychiatres ne sont pas formés à la psychothérapie (1« ), ni à la psychanalyse, à l’Université) et d’en interdire l’usage aux professionnels qualifiés, formés spécifiquement, à un niveau d’études de bac + 7, à cette spécialité, dans une trentaine d’instituts d’enseignement supérieur privés(2« )

Deux amalgames successifs

Les Parlementaires, bousculés par l’urgence, ont ainsi cédé à deux amalgames successifs :

– dans un premier temps, ils ont confondu les psychothérapeutes professionnels qualifiés et certifiés, avec de soi-disant « psychothérapeutes » autoproclamés, sans formation suffisante — parmi lesquels se sont infiltré quelques charlatans et gourous de mouvements sectaires ;

– dans un second temps, ils ont confondu les psychologues et psychiatres avec les psychothérapeutes, sans prendre en compte les exigences différentes de formation, pourtant reconnues dans tous les pays d’Europe, notamment l’exigence d’une psychothérapie ou psychanalyse personnelle pour tous les psychothérapeutes, ainsi que d’une supervision permanente de la pratique professionnelle, cela en sus de la formation théorique, impliquant bien entendu, une solide formation en psychopathologie.

Un appel solennel

Nous publions ci-après, un appel solennel signé par un certain nombre de psychothérapeutes éminents — qui s’alarment de ce danger de régression dans notre législation, en espérant que les Sénateurs vont se ressaisir in extremis lors de la séance plénière de vote, prévue le 12 ou 13 mai.


QUI SONT LES PSYCHOTHÉRAPEUTES

(3« )?

LE LÉGISLATEUR PERSISTE, AGGRAVE ET SIGNE

Avec le « cinquième acte » de la tragédie qui se joue actuellement au Parlement, dans le contexte de la Loi HPST, définissant entre autres, l’usage du titre de psychothérapeute, le législateur continue de méconnaître gravement la vraie spécificité et la fécondité des apports de la psychothérapie, notamment celle du courant humaniste. La volonté légitime de vouloir protéger les usagers, ne tient aucun compte des règles rigoureuses de fonctionnement, de recrutement et de formation — incluant la psychopathologie – que, depuis 30 ans, les organisations professionnelles se sont données.

Une quadruple erreur

Règles qui sont aussi celles de l’Association européenne de psychothérapie (EAP) qui regroupe 120 000 psychothérapeutes qualifiés, de 41 pays. Malgré les réactions de professionnels éminents, psychiatres, psychologues, universitaires, et des praticiens certifiés, la loi qui doit être votée au Sénat entre le 12 et le 14 mai, s’entête à vouloir faire de la psychopathologie clinique le critère principal de validation de la profession. Cette méconnaissance de la réalité de la profession entraîne une quadruple erreur :

• celle de méconnaître la spécificité du métier et de ses exigences de formation ;

• celle de confondre les perturbations psychiques graves — qui en appellent aux
compétences du psychiatre — et ce qu’il est accoutumé d’appeler les souffrances psychosociales — qui constituent l’essentiel des demandes d’aide psychothérapeutique ;

• celle d’éloigner de ce métier les personnes qu’un parcours personnel et professionnel prédispose particulièrement à son exercice. En effet il s’agit en réalité, pour la majorité des personnes qui s’adressent aux instituts de formation, non pas d’étudiants nouvellement sortis d’un cursus universitaire en psychologie, mais de professionnels entre 35 et 50 ans, exerçant des métiers de relation d’aide sociale, sanitaire, éducative et autres.

• celle de menacer la créativité même de la Psychothérapie.

Socialement & éthiquement inacceptable

Telle qu’elle est proposée, la loi créerait un no man’s land où pourraient s’infiltrer sans vergogne des « aidants » non formés ni certifiés ainsi que des groupes sectaires au nom prometteur. Par ailleurs, le clivage fait entre les psychanalystes — qu’elle intronise — et les psychothérapeutes — qu’elle exclut (les uns et les autres sont formés dans des instituts privés, selon des critères de formation très proches) — rend ce texte socialement et éthiquement inacceptable.

La vraie compétence acquise dans les Écoles que la loi se propose d’ignorer

Précisons que beaucoup de ceux auxquels la loi accorde, après simple inscription sur une liste préfectorale, le libre usage du titre — médecins, psychologues et nombreux psychiatres — ont acquis leur vraie compétence de psychothérapeute dans les écoles et instituts de formation que la loi ignore.

Les signataires de ce Manifeste en veulent solennellement témoigner.

Marie-Françoise Bonicel, Maître de Conférence en psychologie sociale à l’université de Reims, psychologue clinicienne, psychothérapeute (4« )

Cyrille Cahen, neuropsychiatre, psychothérapeute

Pierre Canouï, psychiatre, pédopsychiatre, psychothérapeute

Isabelle Crespelle, psychologue clinicienne, présidente de la Commission européenne
des méthodes de psychothérapie

Alain Delourme, docteur en psychologie, psychothérapeute

Charles Gellman, neuropsychiatre, psychothérapeute

Serge Ginger, psychologue clinicien, psychothérapeute, président de la Commission
européenne d’accréditation des instituts de formation à la psychothérapie

Edmond Marc, psychologue, professeurdes universités, Paris X

Michel Meignant, médecin, psychothérapeute, représentant l’EAP au Conseil de l’Europe

Max Pagès, professeur émérite des universités, psychologue, psychothérapeute

Lucien Tenenbaum
, ancien chef de service des hôpitaux psychiatriques, psychothérapeute

  • 1 Au sens où nous l’entendons. La FF2P continue comme nos adversaires de parler de psychothérapie au sens générique, en l’entendant au sens spécifique de psychothérapie relationnelle, un cochon n’y retrouverait pas ses petits.
  • 2 Tout est là, dans cette dénomination. les Écoles en question ne sont pas des {instituts d’enseignement supérieur } au sens plein du terme, aux yeux de l’université qui les ignore comme partenaires, même si légalement ils peuvent en revêtir la forme (facultés libres). On devrait dire de bonnes écoles, homologables, si un corporatisme vigoureux associé à un parti pris scientiste débouchant sur une partialité et hostilité sans faille de l’université et des ministères compétents n’en interdisaient l’idée même.
  • 3 relationnels bien entendu, héritiers de la psychologie humaniste.
  • 4 psychothérapeute dans ce contexte signifie psychothérapeute relationnel. Cette note vaut pour toute la liste, chaque fois que le professionnel se réclame de ce titre

Société scientiste et pensée magique

Nous relayons ici une invitation conjointe de l’AFFOP & du SNPPsy, d’autant plus volontiers que nous sommes au Cifp sensibles à la question posée et à tout effort pour la penser, autant idéologiquement que politiquement. Le scientisme et le corporatisme empoisonnent littéralement nos professions, et il convient d’en définir les composants, cerner et discerner les enjeux, afin de ne pas nous-mêmes glisser sur ce savonneux mélange répandu par plaques sur le sol du Carré psy.

Philippe Grauer


Notre propos sera d’illustrer en divers domaines, psychothérapie relationnelle, psychiatrie, psychologie, psychanalyse et sociologie, que notre société est devenue scientiste sans vraiment en prendre conscience.

Pourtant c’est celle dans laquelle nous vivons — ou tentons de survivre. Nous pensons qu’elle tire sa respectabilité de la pensée magique, laquelle semble faire l’objet d’un consensus social, et en retour nourrit la première d’une façon cachée mais délétère.

Le scientisme

Le scientisme, théorie du XIXème siécle, affirme la validité absolue de la science considérée comme susceptible de répondre à toutes les questions auxquelles l’humanité est confrontée au moyen de solutions scientifiques. Les experts en sont ses représentants chargés au nom de la science de définir ce qui est bon et ce qui doit être décidé ou mis en œuvre.

La pensée magique

La pensée magique, telle que nous l’entendons ici, est une survivance à l’âge adulte d’une étape naturelle du développement du psychisme enfantin, l’âge magique, celui de l’égocentrisme et du rêve de toute puissance qui le plus souvent diminue progressivement et spontanément vers sept ans … mais souvent persiste en prenant la forme de rituels obsessionnels et de désirs impérieux de contrôle.

scientisme & pensée magique —> croyance & contrôle

Quoi de plus différent en apparence que le règne de la raison scientifique contre la survivance d’une pensée enfantine irrationnelle, immature, empreinte de toute puissance ? Nous en verrons toutes les convergences, car scientisme et pensée magique se rejoignent dans le domaine de la croyance et dans l’aspiration au tout contrôle. Les tenants de la pensée magique se sentent rassurés par les promesses sécuritaires d’une société devenue scientiste tandis que l’influence des scientistes s’appuie sur la crédulité de leur public.

S’incrire

Retenez bien cette date, Samedi 13 juin, et notez la sur votre agenda. Nous vous attendons très nombreux pour entendre nos intervenants et dialoguer avec eux. Le programme complet et les modalités d’inscriptions seront prochainement en ligne. Si vous ne recevez pas nos informations par courriel, inscrivez vous au Buleltin d’information de l’AFFOP, à la rubrique Newsletter. Ou bien envoyez un courriel.

Tarifs pour la JE

50€ jusqu’au 25 mai

60€ au delà et sur place, à l’entrée

20€ pour les étudiants.

Prêtre, instite, psy

Quand on connaît l’orientation idéologique sociale et politique de l’actuel pape on redoute ce que les mesures prévues pourraient produire et l’on se surprend à décidément trouver que la loi de 1905 sur le séparation de l’Église et de l’État, sur le modèle de laquelle depuis toujours nous avons soutenu qu’il serait avisé de régler les rapports de la psychothérapie relationnelle et de la psychanallyse avec l’État, demeure une bonne loi, dont toute remise en cause serait fâcheuse.

Reprenant le propos de Freud nous soutenons le principe dit de la laïcité de la psychanalyse, l’étendant à la psychothérapie relationnelle. L’indépendance des psychothérapeutes relationnels par rapport aux médecins et aux psychologues se distingue de celle de l’école de la République face aux institutions ecclésiastiques. Pourtant un lien associe ces concepts, tenant à l’idée qu’une identité ne doit pas se voir soumise à une autre indûment, pour des raisons de commodité du moment, liée dans les deux cas à une régression de la position humaniste.

Nous avons quant à nous à cœur de soutenir le principe d’une saine dissociation institutionnelle, respectant la personnalité morale, d’un côté de l’État républicain, de l’autre des pratiques psychiques fondées sur le principe de la dynamique de la subjectivation et de la liberté pour l’individu, la personne ou le sujet comme on voudra, de déterminer par lui-même ce qui de sa vie, dans sa vie et son histoire propre, fait sens à ses yeux.

La transmission des valeurs qui sont les nôtres ne saurait se voir confisquer ou falsifier. En l’occurence « l’autorité compétente d’une des parties », celle de nos Écoles par nous encadrées et agréées — qui n’ambitionnent pas la qualité universitaire mais de transmettre un complexe de savoir, savoir faire, savoir être et savoir faire être — mériterait de se voir considérer comme lieux de formation dignes de reconnaissance, homologables, articulables même à l’université.

Nous ne demandons pas « l’équivalence de compétence » en voie d’être obtenue par l’Église catholique, mais seulement le respect de notre identité professionnelle et des institutions de formation et de reconnaissance qu’elle s’est donnée comme cadre et sécurité.

Nous ne nous posons pas en rivalité et concurrence avec nos collègues psys universitaires, puisque nous faisons et sommes autre chose. Il serait sage de ne pas chercher à régler un problème de coexistence par la subordination et l’élimination. Dans le cas de l’Église récupérant le terrain abandonné par les IUFM, l’abus part dans l’autre sens. Nous ne demandons que justesse et justice. Que notre existence soit prise en compte, dans le cadre d’un système global de certification et reconnaissance qui ne maltraite personne ni aucune institution digne de respect.

Philippe Grauer

– Les inter titres sont de la Rédaction.


QUAND LE PRÊTRE FORMERA L’INSTITUTEUR

Un assaut sans précédent

On assiste à un assaut sans précédent pour tenter d’affaiblir
l’enseignement républicain et laïque au profit de l’enseignement privé
et confessionnel. En principe, la République « ne reconnaît, ne salarie,
ni ne subventionne aucun culte ». En coulisse, tout est fait pour
torpiller l’esprit de cette loi dès qu’il s’agit d’éducation nationale.
Dans la plus grande discrétion, tout un pan du discours prononcé par
Nicolas Sarkozy à Saint-Jean-de-Latran vient d’entrer en vigueur. On se
souvient de cette phrase dans laquelle le président plaçait le prêtre
au-dessus de l’instituteur « dans la transmission des valeurs ». Depuis,
il a tenté de minimiser. Ces mots traduisent pourtant une vision de la
transmission et de l’enseignement que son gouvernement applique à la
lettre.

Gestion postcoloniale de l’islam

Dans une autre partie de son discours, moins célèbre, le président
regrettait que la République ne reconnaisse pas la « valeur des diplômes
délivrés par les établissements d’enseignement supérieur catholique ». On
pensait à la reconnaissance de diplôme de théologie. Ils n’ont pas à
être validés par la République puisqu’elle ne « reconnaît aucun culte ».
Mais le président s’obstine. Notamment avec l’arrière-pensée de pouvoir
estampiller la formation des imams rêvée par le ministère de l’intérieur
mais dispensée par la Catho. Un bricolage qui ne fait que renforcer
l’impression d’une gestion postcoloniale de l’islam, donc la propagande
islamiste. Tout en tuant à coup sûr l’esprit de 1905.

Diplômes d’enseignement supérieur sous l’autorité compétente … de l’Église

L’affaire est plus grave qu’il n’y paraît. Les décrets de cet accord –
signé en catimini entre la France et le Vatican le 18 décembre 2008 –
viennent de tomber. Ils prévoient la « reconnaissance mutuelle des
diplômes de l’enseignement supérieur délivré sous l’autorité compétente
de l’une des parties ». Or cette « reconnaissance » ne vaut pas seulement
pour les matières théologiques mais aussi profanes. Autrement dit, le
baccalauréat ou d’éventuels masters.

Fin du diplôme d’État

L’accord feint d’appliquer une directive européenne (le processus de
Bologne), pensée pour reconnaître les diplômes étrangers, mais il change
de nature à partir du moment où il est signé avec le Vatican, pour
« reconnaître » des diplômes délivrés sur le sol français par des
établissements de l’Église. Ce qui revient non seulement à casser le
monopole des diplômes qu’avait l’État depuis 1880, mais aussi l’esprit
de l’article 2 de la loi de 1905.

Petite astuce

Jusqu’ici, les établissements catholiques privés pouvaient parfaitement
préparer des élèves au bac, mais ceux-ci devaient passer leur diplôme
avec tous les autres. Petite astuce connue des professeurs : de nombreux
établissements privés choisissent de ne présenter que les meilleurs
élèves sous leurs couleurs et d’envoyer les autres en candidats libres
pour améliorer leur score de réussite au bac. Appâtés par des
pourcentages tournant autour de 100 %, de plus en plus de parents se
tournent vers ces établissements au détriment de l’école publique.

L’Opus dei refait surface

Le gouvernement fait tout pour encourager ce choix : démantèlement de la
carte scolaire, baisse du nombre de professeurs dans le public. Le plan
banlieue est à sec, mais on racle les fonds de tiroirs pour financer –
sur fonds publics – l’ouverture de 50 classes privées catholiques dans
les quartiers populaires. Un grand lycée Jean-Paul-II est sur les rails.
Un collège tenu par l’Opus Dei est déjà sous contrat.

Le Vatican pourrait former les enseignants

Il ne manquait plus que ça : la fin du diplôme d’État. Justement au
moment où l’État annonce vouloir supprimer les IUFM, brader les
concours, et remplacer leur formation par un master que pourrait
préparer n’importe quel établissement privé. Comme ça, en plus de
délivrer le baccalauréat, le Vatican pourra ouvrir des masters destinés
directement aux futurs enseignants.

1905 : Combes ou catacombes ?

Un comité 1905 vient de porter plainte devant le Conseil d’État. S’il
n’obtient pas gain de cause, le prêtre aura le champ libre pour
reprendre la main sur l’instituteur.

Caroline Fourest