« Aujourd’hui, les psychanalystes sont trop souvent conformistes »
Ravivées voici que chatoient sous la plume d'Élisabeth Roudinesco les couleurs de la psychanalyse
par Philippe Grauer
Les poncifs et dogmatismes de la psychanalyse nuisent fortement à sa santé. La psychologisation de l'existence par le moyen de diagnostics médiatiques foudroyants, comme l'abus inconsidéré du fameux complexe d'œdipe, la notabilisation en d'autres termes, n'ont pas arrangé la, comment dire, paradiscipline ces derniers 30 années. La psychiatrie s'en est sauvagement débarrassée, la psychologie aussi, la psychanalyse comme puissance coloniale n'est plus. Elle y a gagné, en apparaissant comme doctrine et culture et en cessant de prétendre à la scientificité. Tout juste "science de l'âme", cela peut suffire à ceux qui ont besoin d'elle, car entre des oreilles expertes (et la parole qui va avec, les psychanalyses aussi muettes que le premier cinéma (au moins il y avait les cartons) sont une impasse) elle continue de rendre de grands services, autant qu'à ceux qui se l'approprient culturellement. La psychanalyse n'est pas non plus une annexe de la médecine. Elle n'est, comme nous, qui nous réclamons de la psychothérapie relationnelle, sa demie sœur en dynamique de la subjectivation, ni psychologique ni médicale. Nini quoi. Ça a sa beauté. Depuis le surgissement de la psychologie humaniste américaine, le ninisme est devenu un genre à part entière. Nous qui le sommes, pour notre part, savons ce que cela signifie, et comment, à partir de notre différence, cela nous incline naturellement à nous sentir proches.
Merci à Élisabeth Roudinesco pour ce témoignage d'un rapport autre à la psychanalyse que l'académique ou le convenu. Un rapport vivant. Nous nous réservons d'analyser très bientôt pour notre part le beau livre qu'elle nous propose ici, conjoignant ses qualités d'historienne à celles plus littéraires d'un vagabondage éclairé ne manquant pas de charme.